Memoire de master arts et sciences de l’enregistrement





titreMemoire de master arts et sciences de l’enregistrement
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Biographie et discographie


Le décor étant planté, nous allons voir à présent comment s’est constitué le groupe, de son nom même à ses membres, et comment il a construit sa légende.


    1. Le nom


Pour un groupe, le nom a rarement quelque chose d’anodin. Il est censé poser d’emblée l’identité du groupe, par un habile jeu de mot, une formule poétique, une référence culturelle. Par exemple, l’ex-groupe de Manu Chao, la Mano Negra, avait choisi un patronyme à consonance latine évoquant la maffia italienne. La main noire était une marque laissée pour prévenir les futures victimes d’un sort funeste. Avec souvent plus d’une dizaine de musiciens sur scène, la formation pouvait bien se comparer à une maffia, au sens familial (le batteur était le frère de Manu) et au sens un peu canaille. La puissance de frappe du collectif correspond bien à cet avertissement. « L’offensive sera sans pitié. » Mais la tonalité latine du nom ramène à l’aspect festif de leur musique même. Le public sait à priori à peu près à quoi s’attendre.
Bien évidemment, la genèse d’un groupe passe par plusieurs appellations. « Noir Désir » ne s’est pas décidé de prime abord. Pour son premier concert en 1981, il joue sous le nom de « Psychoz ». La tendance des années 80 est à la manipulation de l’orthographe et à l’anglicisme, tendance qui ne s’est jamais démentie depuis. Ce premier essai fait irrésistiblement référence au chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock Outre la dimension psychologique, donc, le groupe se veut certainement inquiétant. La personnalité se dessine et les membres du groupe recherchent déjà l’idée de noirceur.
Ils passent ensuite à « 6.35 » en 1982. Ici la référence m’échappe complètement et je suis incapable d’expliquer ce nouveau choix. Nouveau choix qui est d’ailleurs très vite abandonné, puisque l’identification ne fonctionne pas tellement sur ce patronyme abscons. On se rapproche alors avec « Station désir » deux mois plus tard puis finalement « Noirs Désirs ». La recherche du sombre a été réduite à sa plus simple expression avec l’usage de la couleur noire. Le mot « désir » peut avoir une connotation sexuelle, dans la mesure où le groupe est encore très jeune. Au sujet de la vie musicale nocturne de Bordeaux, le groupe, pas encore tout à fait sous sa forme définitive, était très présent, sur scène comme dans la salle. « Les Noir Dez (…) étaient chez eux. Ils se plaignaient juste du manque de filles »8 déclare Francis Vidal à leur sujet. Dans un reportage sur le rock à Bordeaux diffusé dans les Enfants du rock sur FR3 en 1983, on voit apparaître Bertrand Cantat pour la première fois… en compagnie d’une charmante demoiselle. Le chanteur a toujours exercé un puissant magnétisme sur la gent féminine (confère V, 2. ) et il ne devait sûrement pas le regretter, à ses débuts tout du moins.

Ensuite, le désir ne concerne pas forcément que le sexe. Il semble en tout cas poser des bases solides : le désir est le moteur humain de toute action ou création.

Si on paraphrase, on peut aussi déclarer qu’ils cherchent le sombre, la noirceur, que c’est la direction qu’ils veulent infléchir à leur musique. Somme toute, ce patronyme se veut surtout une référence incontournable au romantisme littéraire. Nous verrons davantage par la suite comme les textes et les références du groupe s’ancrent dans ce discours. (confère III, 1. et 2.) Quoi qu’il en soit, les différents mouvements du romantisme en Europe, au cœur de leurs contrastes, se réunissaient dans l’attirance pour l’obscur et l’exaltation des sentiments. « Dans le Domaine Moral, le romantisme proteste contre l’empire absolu de la raison, dont le siècle des Lumières faisait le guide presque unique de l’esprit humain ; il ne croit pas qu’elle suffise à l’homme, et fait valoir les droits du cœur. (…) »9 affirme Paul Van Tieghem à ce propos. Bertrand les a lus dans sa jeunesse, et quand il ne les a pas lus ce sont ses modèles musicaux tels les Doors, le Gun Club ou bien les artistes dépressifs de la new-wave qui les lui ont transmis. Les poèmes de Mallarmé, Rimbaud et De Nerval lui ont servi de livres de chevet et on y retrouve de très nombreuses références dans ses textes. Dans un poème de l’écrivain irlandais James Joyce figure même l’expression exacte, le pluriel en moins :
« Mes yeux sont perdus dans le noir, perdus,

Mes yeux sont perdus dans le noir, amour.

A nouveau. Plus rien. Amour obscur, noir désir. »10
J’ignore s’il s’agit d’une simple coïncidence mais cela apparaît assez troublant. Quand bien même ça en serait une, elle correspond très bien à l’état d’esprit du groupe. Face à l’adjectif « perdu », la notion d’égarement et d’incertitude fonde véritablement l’œuvre de Noir Désir, jusqu’à être le titre d’une chanson dont nous étudierons le clip : Lost.

L’inversement angliciste auquel les musiciens ont procédé provient peut-être de ce poème, sinon de la tendance à l’anglicisme ou d’une syntaxe tout simplement poétique. Il est vrai que « Désirs noirs » sonne beaucoup moins.

Enfin, l’usage du pluriel est très révélateur de l’état d’esprit de la formation à cette période : les désirs sont multiples ; le groupe revendique plusieurs influences, à savoir le côté sombre de la new-wave et de la poésie incantatoire de Jim Morrison au sein des Doors, le rock expérimental et avant-gardiste de modèles comme les MC5 ou le Gun Club et le punk revendicatif des Clash ou des Sex Pistols. La multiplicité peut concerner également le désir d’expériences, musicales mais aussi sociales et humaines. La volonté de ne jamais se figer. L’affirmation de la notion de groupe enfin, ou comment le patronyme désignant l’ensemble peut exprimer les individualités qui en font l’alchimie. Aujourd’hui encore, ils pourraient porter ce nom affecté du pluriel. Mais leur premier producteur Théo Hakola, qui le détestait, leur a suggéré de se plier au singulier. Une des rares concessions qu’ils aient jamais faites à l’industrie du disque.

De la multiplicité et l’incertitude au pluriel, ce nom se fait un guide, un roc fédérateur, un signe de maturité au singulier. NOIR DESIR donc, l’entité, unique dans le paysage musical français. Un nom qui revêtira des significations changeantes et nuancées au fil de l’histoire des quatre bordelais, que nous allons à présent étudier.



    1. Les membres et le line-up11


Il ne faut pas se leurrer : Noir Désir est né de Bertrand Cantat. Ce dernier reste par nécessité le parolier exclusif au sein du groupe (les autres ne prennent pas la plume). Bien sûr il ne le fait pas à lui tout seul, il faut le plus souvent une rencontre pour cela. Mais l’histoire part de lui et de ses propres « noirs désirs ».
Bertrand Cantat est né le 5 mars 1964 à Pau. Son père fait carrière dans l’armée et entraîne la famille (un grand frère, Xavier, et une mère institutrice) dans de nombreux déménagements. Bertrand fera ainsi dans sa jeunesse l’expérience de la vie nomade et de l’ouverture d’esprit et apprendra constamment à se réintégrer. Accoutumé au bord de mer, il passe de la Normandie à la Gironde où il atterrit à Bordeaux en 1980. Là, il n’aura jamais eu autant de mal à s’adapter. « Une belle ville, mais une ville de cons… dira-t-il plus tard. Je me suis retrouvé dans une école catholique, Saint Lucien-Genès où je croisais des jeunesses fascisantes, genre Action Française et Parti des Forces Nouvelles. Beaucoup de gosses venaient de famille où leur avenir était déjà tracé. On n’avait pas, finalement, les mêmes préoccupations. »12 Pour survivre à cette atmosphère qui, malgré des idées déjà bien arrêtées, ne manquera pas de l’influencer politiquement, Bertrand trouve des refuges : la littérature et la musique ainsi que le sport.

La littérature, il s’y est plongé dès l’âge de 12 ans, bien avant d’arriver ici. Dernier lien avec l’école et l’éducation pour un enfant rebelle à toute autorité, Il dévore surtout des recueils de poèmes, qui le pousseront très tôt à écrire. On sent dans son style un peu éclaté et hermétique cette fascination pour Mallarmé et dans ses contes sombres et morbides l’influence du mouvement romantique du XIXème siècle. Sur le premier album du groupe, il citera Lautréamont dans la chanson les Ecorchés.

Il développe simultanément sa passion pour la musique. D’abord du rock indépendant avec les MC5 et la scène de Détroit, précurseurs du punk. Le rock avant-gardiste du Gun Club et son leader Jeffrey Lee Pierce avec qui il liera amitié plus tard. Puis les groupes punks notamment les Sex Pistols, les Buzzcocks et les Clash. Et enfin le rock psychédélique des Doors, qui sera une vraie révélation pour lui. Il se sent forcément concerné par la poésie très romantique de Jim Morrison et par ses dérives mystiques. Il ne faudra pas être surpris qu’il calque beaucoup son chant des débuts sur celui du « Roi Lézard ».

Enfin, la seule discipline que Bertrand tolère est celle du corps, avec la pratique de plusieurs sports dont le football et surtout l’escrime avec son frère aîné.

La musique lui permet de surmonter ses problèmes d’adaptation à la société Bordelaise. « Mes seuls copains étaient les hommes de la marge, les spéciaux, confiera-t-il. (On) formait une confrérie, dont le lien était souvent la musique. »13 C’est ainsi qu’il rencontre le guitariste Serge Teyssot-Gay sur les bancs du lycée.
Serge Teyssot-Gay est né le 16 mai 1963 à St Etienne. A peine neuf mois plus tard, ses parents se séparent et sa mère déménage avec lui dans la banlieue de Bordeaux. Il commence la guitare à l’âge de 9 ans et est le seul à savoir jouer lorsque le groupe se forme. Si Bertrand fut le guide au niveau spirituel et politique, lui, est un grand travailleur qui poussa les autres à exercer leur instrument. Il apportera paradoxalement un jeu très proche du Gun Club bien que contrairement à Bertrand, il ne connaissait pas du tout le groupe de Jeffrey Lee Pierce (et ne le découvrira que lorsque les critiques auront fait les comparaisons). Seul le goût pour la musique punk qu’il partage avec son nouvel ami peut laisser présager du son Noir Désir. Par la suite, si le bassiste Frédéric Vidalenc pourra être remplacé et si la place de Denis Barthe à la batterie ne sera pas immuable, lui sera aussi primordial au groupe que Bertrand.

Lorsqu’il le rencontre, en 2de, en 1980, il n‘est pas plus attiré par les études que lui : « Je ne savais pas de quoi on me parlait. C’était l’horreur ! »14 Ils se reconnaissent mutuellement comme des « hommes de la marge » et fondent leur amitié sur la musique. L’envie de monter un groupe vient très vite, mais il leur faut trouver d’autres acolytes.
Ils font la connaissance de Denis Barthe (né le 7 avril 1963 à Talence en Gironde) durant les vacances de l’été 1981. Comme nous l’avons vu, la musique constitue un lien social entre eux, ce qui n’a rien d’anodin à cette époque. L’idéal punk permet à ces jeunes de construire quelque chose de potentiellement éphémère mais qu’ils considèrent importante. « (Il y avait) l’incroyable prétention de penser qu’on peut apporter quelque chose, (…) quelque chose qui n’a jamais existé… ».15 Denis est si impressionné par le magnétisme de Bertrand et le jeu de Serge qu’il leur ment en prétendant savoir jouer de la batterie. En réalité, il n’a jamais touché une caisse claire ou un charlet ! « J’ai filé acheter une batterie d’occase et j’ai passé quinze jours à taper comme un fou. (…) Puis ils m’ont appelé pour répéter. (…) Ils jouaient largement aussi mal que moi  ».16 Il fournira aussi le local de répétition et deviendra par la suite un peu le modérateur du groupe pour les nombreuses disputes et les re-formations. Globalement, il se situe plutôt dans le hard-rock (Kiss) et le punk lorsque le groupe démarre.
Ces trois là resteront le noyau dur pour une aventure de 25 ans. Les débuts d’un groupe passant toujours par l’instabilité, quelques autres musiciens graviteront autour d’eux.
Lors du premier concert sous le nom de Psychoz, Hervé Porges et Thierry (le frère de Serge) complètent la formation, respectivement à la basse et à la guitare rythmique. Entre 1981 et 1985, le line-up change plusieurs fois. Hervé Porges et Thierry Teyssot-Gay s’en vont, Hervé est remplacé par Vincent Leriche, qui quitte le groupe en compagnie de Serge un peu plus tard, ce dernier lassé du peu de travail que fournissent Bertrand et Denis. Déjà Bertrand réfléchit énormément à des questions d’éthique, et les répétitions sont bien plus consacrées au débat qu’à jouer véritablement. Serge n’arrête pas la musique pour autant mais expérimente hors de la guitare avec B.A.M. (Boîte A Musique) : claviers et boîtes à rythmes avec Vincent Leriche. Pendant ce temps, Frédéric Vidalenc (né le 16 novembre 1962 à Bègles), issu du groupe Dernier Métro, reprend la basse au sein de Noirs Désirs, secondé par Luc Robène à la guitare. Puis Bertrand Cantat s’éloigne lui-même quelques temps, cédant son micro à Emmanuel Ory-Weil, pour revenir un peu plus tard. Ory-Weil prend alors en main le management du groupe pour quelques années.

La formation Cantat-Robène-Barthe-Vidalenc effectue plusieurs petits concerts puis gagne un tremplin de rock organisé par FR3. La densité du public s’accroît, attiré surtout par la personnalité et la voix de Bertrand. « Les gens disaient que nous avions une énergie, une âme, et surtout, un véritable chanteur, ce qui n’est pas toujours le cas dans les groupes locaux. »17 Et puis le guitariste Luc Robène part à son tour, alors que l’avenir commence à se dessiner. Sans hésiter, Bertrand recontacte Serge et la formation (presque) définitive s’établit. Musicalement mais surtout humainement.

En épilogue, Frédéric Vidalenc, éreinté par la tournée Tostaky de 1994, préfère prendre le large sur un voilier. Jean-Paul Roy (né le 14 août 1964 à Civray), responsable des guitares au sein de l’équipe technique du groupe, récupère alors sa place au début de l’enregistrement de l’album 666 667 Club et la conservera.
A noter également : Le violoniste François « Bubu » Boirie participera à l’enregistrement des deux premiers albums et suivra Noir Désir dans ses premières grosses tournées nationales. Il figure dans le premier clip de Henri-Jean Debon pour Noir Désir En route pour la joie.

Le saxophoniste hongrois Akosh Szelevényi deviendra un collaborateur régulier du groupe en studio comme sur scène à partir de l’album 666 667 Club. Ses influences free-jazz et sa créativité conduiront les bordelais à une plus grande ouverture d’esprit et à des tendances tribales de plus en plus affirmées jusqu’à Des visages des figures.

Et puis le touche-à-tout Christophe Perruchi, spécialisé dans l’habillage sonore de pièce contemporaine, sera justement une pièce maîtresse dans la réalisation de la tournée Des visages, des figures.
Au fil des albums et des tournées, le groupe ne cessera de mettre les nerfs du public à rude épreuve en se séparant officieusement pour se reformer encore. Ils préfèrent éviter de sacrifier leur liberté artistique et leurs rapports humains au profit de leur carrière. « A chaque fois qu’on se retrouve, on se demande avant tout si on a envie de continuer ensemble. Je trouve que c’est une attitude plutôt saine. »18

Il faudra cet évènement tragique que l’on connaît pour dissoudre le groupe peut-être cette fois définitivement. Professionnellement s’entend, car les musiciens soutiennent leur chanteur et ami dans l’épreuve.



    1. Biographie et discographie.


Pendant l’absence de Serge Teyssot-Gay, le groupe avait déjà travaillé sur plusieurs maquettes mais attendait une proposition de maxi. Les membres estimaient que deux titres ne suffisaient pas pour poser leur identité. En quête de producteur, le groupe n’hésite pas à envisager Ray Manzarek, légendaire clavier des Doors, ou Jeffrey Lee Pierce, leader du Gun Club, plus confidentiel mais tout aussi estimé au sein du groupe. C’est finalement Théo Hakola, leader américain de Passion Fodder, qui non seulement les produira mais convaincra également la major19 Barclay de les signer. Un scandale à l’heure de l’émergence du rock alternatif issu de la culture punk : signer chez une major revient à se damner. Les chefs de file de ce mouvement sont des petits groupes activistes (Les garçons bouchers, Bérurier Noir, les Wampas, Ludwig Von 88…) qui revendiquent l’indépendance totale et la marginalité. Le geste de Noir Désir équivaut à une trahison pure et simple : l’immersion dans le show-business. Les propositions faites par le milieu n’ont pourtant pas manqué mais le groupe a toujours poliment refusé. Et le voilà à présent chez l’ennemi. Chez Noir Désir, on s’en moque, on aurait même plus tendance à s’affliger de ces réactions : « Il y a (…) une grande ignorance. (…) Dans ce métier, savoir ce que tu veux faire c’est important, mais savoir ce que tu ne veux PAS faire, c’est primordial ! (…) En tout cas, (Barclay) nous laisse agir, nous laisse (…) réfléchir et décider. »20

Où veux tu qu’je r’garde sort en février 1987 et récolte un succès critique autant que public (5000 exemplaires vendus, ce qui est vraiment considérable pour le premier jet d’un groupe local hors du circuit alternatif). La presse célèbre la naissance d’un « grand groupe » et proclame le 6 titres « grand moment rock de (l’année) »21. Le label est impressionné et fait signer à la formation un nouveau contrat pour trois albums.

Les bases posées, des fans de plus en plus nombreux (davantage gagnés sur scène que par le disque d’ailleurs) attendent le premier album.

Il viendra plus difficilement ; le groupe traverse des remises en question et érige définitivement le doute en valeur primordiale dans sa démarche. Noir Désir a de vraies exigences artistiques et un respect profond du public. Il n’entend pas se reposer sur ses lauriers parce qu’il a bien vendu son premier disque. L’anglais Ian Broudie, spécialiste en pop et new-wave, les guidera sur la voie qu’ils ont du mal à trouver. Le groupe veut sonner brut, et ne veut surtout pas qu’on assimile aux textes poétiques de son chanteur une démarche de rockers intellectuels. Le producteur cherche à tempérer et aérer leur son. L’enregistrement aux studios ICP de Bruxelles est long et fastidieux. Les concessions ne sont faites qu’en vertu du perfectionnisme.

Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) est « accouché dans la douleur »22 en 1989 mais remporte tous les suffrages, propulsé par un tube marin très ambigu : Aux sombres héros de l’amer pour lequel a été réalisé le premier clip de notre corpus. Comme souvent, le simple extrait de l’album ne le représente pas à merveille. Le groupe, parti en tournée dès la sortie de l’album, ignore son passage sur toutes les radios, sa bonne place dans le top 50 et une véritable hype qui s’organise autour de son nom. Voila une campagne qui lui a échappé et qu’il aurait certainement empêchée. Malgré tout, cette reconnaissance médiatique leur donnera du crédit ; on les voit déjà comme les sauveurs du rock français, qui allient la fureur et la spontanéité du jeu anglo-saxon avec le lyrisme et l’ampleur d’une vraie poésie française. Les détracteurs reprennent néanmoins Bertrand Cantat sur ce point en qualifiant sa prose de « poésie lycéenne ». Cependant tout se passe toujours sur la scène, où l’on peut capter la véritable teneur de ce premier album. Très vite, le groupe refuse même de jouer Aux sombres héros de l’amer en s’apercevant des dégâts que la chanson commence à causer. Qu’importe, leur nom est déjà sur toutes les bouches. Noir Désir remporte coup sur coup le Bus d’acier, récompense destinée au meilleur groupe de rock français de l’année et leur premier disque d’or, ayant passé la barre des 100 000 exemplaires vendus (au final 150 000 sur deux ans). Ils ressortent quelque peu traumatisés de cette expérience et se montreront donc davantage inflexibles avec Barclay. Noir Désir refuse ainsi catégoriquement de passer dans l’émission de variétés de Jean-Pierre Foucaut et rejette en bloc ce système de promotion effréné : « Ce qui compte c’est la vie. Et Foucault, c’est la fin de la vie. (…) L’argent en quantité raisonnable, oui, mais jamais au prix de notre dignité… »23 Les bordelais ont choqué les camarades alternatifs, ils choquent désormais leur propre label. Une attitude inouïe dans l’histoire du rock français.
Noir Désir, on le sait maintenant, ne se repose pas sur ses acquis. A la fois satisfaits et effrayés du statut auquel ils ont accédé (le succès d’un groupe marginal), ils remettent les choses au clair avec Barclay afin d’éviter de devoir subir les méthodes commerciales mises à l’œuvre sur Veuillez rendre l’âme… pour la sortie de leur deuxième album. C’est un véritable bras de fer avec l’industrie, mais leur statut est justement un argument de poids. Pour que des commerciaux vous mangent dans la main, faites du chiffre. Le groupe n’a pas fini de cultiver le paradoxe ! Le nouvel album sera donc marqué par cette lutte de tous les instants. No, no, no évoque, selon qu’on la lit, les refus d’une fille face à son séducteur ou le dialogue potentiel entre Noir Désir et sa maison de disque : « I don’t need no gales, no poems, no story from outside, no shelter inside, all right ? ».24 Le titre The Holy economic war est suffisamment explicite. Enfin, En route pour la joie, constat plus ou moins flou d’un monde en déréliction urbaine, déroule parmi ces paroles cette phrase : « Qui êtes vous messieurs-dames pour me parler comme ça ? » L’attaque n’est pas encore frontale puisque Cantat fait surtout preuve de virulence en anglais mais Noir Désir est un des premiers groupes à écrire sur l’industrie du disque et sa propre situation dans ce système finalement. Du ciment sous les plaines sera l’occasion d’un album, radical, spontané, totalement indépendant (autoproduit par le groupe au sein du label !), en résumé tout ce que Ian Broudie les a empêchés de faire sur Veuillez rendre l’âme... Cette fois ci, le son brut est là, les compositions sont chaotiques, l’album est résolument moderne, proposant des prémices du rock hardcore25 et même des résonances industrielles. L’écriture est moins pompeuse, et amorce, sur En route pour la joie, le style elliptique et instinctif qui caractérisera Tostaky (le continent) sur l’album suivant. Le groupe se permet même des traits d’humour, par exemple sur La chanson de la main, texte absurde et éthylique. L’album sort en février 1991, et soulève moins les foules que le précédent mais personne n’y est indifférent. Objectif atteint pour le groupe. Cantat s’exprimait à ce sujet: « A un moment donné, qui se situe certainement maintenant (…), la quête acharnée du succès serait une idiotie absolue. (…) Voilà pourquoi notre nouvel album n’a rien d’un disque commercial (…) C’est un album dont je suis très fier, car il a le mérite d’être sincère, mais il ne faut pas s’attendre à ce que nous en vendions un million d’exemplaires. ».26 De fait, Du ciment sous les plaines a fait le plus mauvais score dans la discographie de Noir Désir. Qui se venge tout de même du traitement infligé au premier album avec des conditions incompréhensibles pour les responsables de Barclay : pas de single, peu de presse et une tournée des petits clubs (qui ne rapportent rien ou si peu). N’oublions pas que le groupe a grandi dans l’idéologie punk et cherche à rester proche de son public, vivant. Une tournée de tous les excès, comme en témoigne parfaitement le vidéo-clip de Henri-Jean Debon, à l’issue de laquelle Bertrand doit consulter pour ses cordes vocales.
Epuisé, le groupe se disperse. Bertrand part en Amérique latine où il pose les ébauches d’un morceau sur les relations de ces pays avec les Etats-Unis. Ce texte fondera le titre Tostaky (le continent), pièce maîtresse du nouvel album à venir, éponyme.

Le Nevermind de Nirvana répand dans le monde son énergie désespérée, popularisant ce que la presse nommera le mouvement « grunge ». Les membres de Noir Désir, indépendamment les uns des autres, s’intéressent de plus en plus à la scène avant-gardiste bruitiste new-yorkaise de Sonic Youth et au rock hardcore sans concession de Fugazi. Lorsqu’ils se retrouvent, les expériences personnelles et les nouvelles influences de chacun permettent de jeter les bases de Tostaky. C’est tout naturellement que Ted Niceley, producteur de Fugazi, viendra les assister en studio à Londres. Et tout naturellement que le groupe se radicalise davantage, avec un son abrasif et, reléguant ses problèmes de santé au passé, un chanteur plus enragé que jamais, s’éloignant désormais de ses modèles, délaissant le trop plein d’emphase de son écriture pour une plume plus automatique et débridée, et passant avec aisance du chant parlé au hurlement incontrôlé selon les morceaux. Sommet incontestable du disque, le single Tostaky (le Continent) rallie un public conquis à son slogan « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien » scandé par la foule lors de la tournée. Cet album symbolise le début de l’ouverture au monde (Tostaky étant la contraction de l’expression todo esta aqui : tout est là). Moins de fables et de chansons narratives. En français, en anglais et en espagnol, Noir Désir s’exprime sur ce qui l’entoure et sur ce qui l’inquiète, parle d’histoire et de colère ( Marlène en référence à Marlène Dietrich, Cortès est cité dans Tostaky (le Continent)). Sans aucune promotion sinon les publicités d’Henri-Jean Debon, l’album, sorti fin 2002, est très vite consacré disque d’or et atteindra les 500 000 exemplaires vendus en 2003.
Le groupe tourne à bâtons rompus. Au lieu des cinquante dates prévues à l’origine, il en enchaîne 120 dans la fureur et l’hystérie collective la plus totale. Sa méfiance envers la presse et les médias (malgré un exceptionnel passage live à l’émission Le cercle de minuit) est définitive lorsque un journaliste, lassé de ce succès dans la durée qui semble anormal pour un groupe de rock français, épingle Bertrand Cantat à un « numéro chamanique de Jim Morrison de la Gironde ».27 Ce dernier n’hésitera pas à présenter le papier sur scène à l’Olympia et à réagir en plein milieu du concert. Bien que le journaliste comme Bertrand aient dialogué par la suite, le mal est fait et les relations avec la presse seront longtemps compliquées, mis à part avec les fanzines, indépendants et intègres.

Pour marquer une page d’histoire du groupe, Noir Désir sort un double-album live28 issu de cette tournée, Dies Irae, en janvier 1994, qui restitue sans retouche la furie de ces concerts. Parallèlement, il sort sa première VHS, Noir Désir, créditée par Henri-Jean Debon qui a filmé les bordelais lors de cette épopée scénique.
« Si Noir Désir se met à rabâcher du Noir Désir, on va se retrouver aussi cons qu’un bon nombre de groupes dont je tairai les noms. »29 déclarait Denis Barthe. Après le repos nécessaire pour se remettre de cette aventure, le groupe a bel et bien tourné une page. Il a perdu dans la foulée Frédéric Vidalenc remplacé au pied levé par Jean-Paul Roy. Serge Teyssot-Gay en a profité pour sortir son premier album solo, Silence radio, en 1996.

« Repartir de zéro, ça ne signifie pas oublier son passé ».30 C’est pourquoi Ted Niceley, désormais adopté, accompagne les bordelais dans un studio au cœur des Landes pour enregistrer le nouvel opus, 666 667 Club.

Il est temps de sortir de l’adolescence pour l’album dit « de la maturité ». Le point de départ du premier disque aura conduit la formation à partir de l’intérieur d’eux-mêmes pour peu à peu s’ouvrir sur le monde. Rencontrés sur la route, des musiciens atypiques comme Akosh S. vont lui redonner un second souffle et amorcer la tendance ethnique qui s’affirmera par la suite. L’instrumental éponyme qui ouvre l’album figure ainsi une sorte d’invocation où la voix oscille au milieu des flûtes des charmeurs de serpents et des tambours. On célèbre le retour du violon, mais un violon teinté de culture Yiddish sur le morceau Ernestine. Des cloches tibétaines tintent sur Septembre en attendant. Le disque s’attache aussi à des sonorités en phase avec l’époque, comme l’assimilation du funk et du hip-hop (Fin de siècle et surtout L’homme pressé).
Le groupe s’engage, sur disque comme sur scène. L’utilisation de la langue étrangère demeurait pudeur pour Bertrand Cantat. Il s’en expliquait ainsi : « A partir du moment où ça n’est pas exactement ta langue maternelle, ça jette un écran de fumée ; c’est ça désinhiber. Et l’écran de fumée te permet éventuellement de te mettre à poil derrière. »31 Aujourd’hui l’attaque est frontale et dans la langue de Molière. Là où il stigmatisait la montée du Front National sur l’album précédent avec Here it comes slowly, il proclame « FN / Souffrance » haut et fort. (Un jour en France).

Le groupe s’implique dans la vie citoyenne. Le combat contre le FN reste implacable avec des actions dans les villes conquises par la flamme nationaliste. Lorsque la salle du Sous-Marin est murée par la municipalité du couple Maigret à Vitrolles, il donne un concert de soutien et invite son personnel dans les salles où il joue.

Dans cette perspective, Noir Désir soutient également le GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés) en réunissant la crème des artistes de rock français ralliés à la cause lors d’une soirée de concert intitulée « Liberté de Circulation » dont les bénéfices sont reversés à l’association. La formation se range aussi aux côtés de José Bové et des alter mondialistes, ainsi que du Sous-commandant Marcos qui défend les indiens du Chiapas contre la dictature de l’Etat mexicain. Noir Désir, groupe engagé ? Cantat préfère l’expression de Pierre Desproges : « artiste dégagé » et affirme simplement vouloir « redistribuer la parole » et « faire un boulot de vigilance ». (confère V, 3.)
666 667 Club touche bien vite au disque de platine (plus d’un million de disques vendus) et assoit pour de bon la popularité du groupe. Ce dernier n’a plus peur de la promotion ; il a acquis un pouvoir inédit en France et sera un modèle de gestion de carrière pour toute une génération d’artistes. Ainsi, le groupe sort quatre singles tous clippés (dont trois par Henri-Jean Debon qui a également réalisé la pochette de l’album) et améliore ses relations avec la presse en donnant plus d’interviews.

De tous les combats, les bordelais sont tout de même forcés de se modérer pour les concerts et espacent les différentes représentations de manière à pouvoir gérer leur vie familiale et leur santé (Bertrand avait fini aphone au terme de la tournée Tostaky.)
Pendant la tournée, le groupe a eu la surprise de recevoir le titre Septembre en attendant, spontanément remixé par un ami de Belgrade en version trip-hop.32 Positivement intrigué, Noir Désir a constitué un appel d’offre et mis à disposition l’intégralité de ses morceaux ( piste par piste) pour qui voudrait se frotter à l’exercice. Les participants sont nombreux et Barclay reçoit plus d’une centaine de maquettes. Le groupe met une année à sélectionner 13 titres, anonymes à la réception pour plus d’équité. Par la suite, il se rendra compte que leurs remixeurs sont pour la plupart des amis ou des musiciens qu’ils apprécient.

Alors que l’album de remixes devient une tendance commerciale lassante, One trip/One noise, sorti en novembre 1998, est accueilli par la critique comme « une leçon ».33 L’album est cohérent et ouvert à d’autres horizons, pas nécessairement électroniques, comme les magnifiques arrangements de cordes de Yann Tiersen le démontrent sur A ton étoile.

A terme, ce disque aura une importance capitale pour les musiciens eux-mêmes, déconcertés d’avoir dépassé les limites du schéma rock guitare-basse-batterie. Cette révélation les guidera dans l’écriture de leur nouvel album.
La conception en sera particulièrement laborieuse. Jusqu’ici, il était plutôt question de demi-remises en questions que de changements du tout au tout. Après One trip/One noise, Noir désir a besoin de nouveaux repères, et il ne les trouvera qu’en jouant. Encore une fois, les musiciens se sont dispersés, Jean-Paul et Denis en creusant la question électronique au sein de l’Oeil du voisin et Serge Teyssot-Gay en adaptant le livre de Georges Hyvernaud La peau et les os pour son deuxième album solo On croit qu’on en est sorti. Bertrand, pour sa part, a fait un peu de route avec son complice Akosh S. Le retour en studio est rude, le groupe est décidé à expérimenter, ce à quoi il s’applique, en envisageant des instruments qu’il n’a jamais touchés. Une sorte de méthode qui consiste à enregistrer les étincelles et les accidents. La première viendra de l’adaptation d’un texte de Léo Ferré, Des armes, initialement prévu pour une compilation lui rendant hommage. Noir Désir, re-motivé, s’engage dans un long processus créatif hasardeux pour un disque composite. De studios en studios, les bandes s’accumulent et le groupe éprouve des réticences à clore les morceaux. Grand bien lui en prend parfois, par exemple lorsque Manu Chao, citoyen du monde et ancien leader de la Mano Negra, passant là par hasard, vient poser sa guitare sur Le vent nous portera.

Riche des collaborations de chaque musicien et de leurs voyages en commun, de ce parcours sur dix studios pendant 2 ans, Des visages, des figures déconstruit Noir Désir pour mieux le retrouver, aéré, inspiré, plus libre que jamais des carcans et des formats (voir les vingt-trois minutes de L’europe à mi chemin ente l’improvisation free-jazz et le rock expérimental ethnique, sur lequel Brigitte Fontaine est intervenue.) Le vent nous portera est une ballade mélancolique où Bertrand pose sa voix comme on ne l’a jamais entendue, chantant véritablement un de ses plus beaux textes. Elle créera bien sûr la surprise sur les ondes. Les puristes n’auront plus que deux morceaux « traditionnels » auxquels se raccrocher Lost - évoquant l’Homme pressé par son chant rappé – et Son style 1, qui ne passera même pas (ou très peu) en radio.

A l’heure de la mondialisation, Noir Désir fait donc œuvre politique de métissage et d’ouverture complète, utilisant des boucles électroniques, faisant appel à Romain Humeau du groupe Eiffel pour des arrangements de cordes majestueux… Pour autant, le disque est sombre, presque résigné face à la globalisation dont nous sommes victimes. Plus que jamais, Bertrand constate, photographie, des instantanés amers. De moins en moins pudique, il dévoile de son intimité en glorifiant sa paternité, source de sa joie personnelle. Plus que jamais, ce qui compte demeure la vie.
Suivant les formules journalistiques : après l’album « de la maturité », celui « de la consécration ». Noir Désir suit bien malgré lui le parcours consensuel d’un groupe à succès, avec tout ce que cela implique. Sorti en septembre 2001, Des visages, des figures est couronné disque de platine en quelques mois ; sa richesse permet à tous de s’y retrouver. Les clips qui accompagnent les singles correspondent à cette image et ont été tournés par des réalisateurs côtés (Alex et Martin pour Le vent nous portera, Michel et Olivier Gondry pour A l’envers à l’endroit) hormis Lost par le fidèle Henri-Jean Debon. On ne peut désormais plus contrôler le phénomène Noir Désir ; quelque part, leur image commence peut-être à leur échapper sans qu’ils ne puissent rien y faire. Leur place est en tout cas définitivement réservée au Panthéon du rock.
Ce qui ne signifie pas qu’ils ont abandonné la lutte. « Encore une fois c’est la vie qui s’entête » chante Bertrand dans Lost. Récompensés par une victoire de la musique en 2002, les girondins en profitent pour régler son compte à Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi-Universal. Ce dernier s’était servi de leur nom pour justifier sa politique culturelle, se prétendant « du côté des rebelles. » En 1996, le groupe était également nominé mais n’avait pas daigné faire acte de présence. Aujourd’hui, ils jouent très exceptionnellement deux morceaux en direct. Puis montent sur le podium récupérer la double victoire (album et vidéo-clip de l’année pour Le vent nous portera) avec une lettre apostrophant leur patron indirect en ces termes « Camarade P.D.G. » Un pamphlet dont le courage et l’audace aura ensuite délié bien des langues.

Noir Désir repart sur la route. Il leur aura fallu du temps pour mettre en place cette tournée, le temps de réorchestrer de fond en comble leur répertoire, recherchant une optique plus intimiste et plus ouverte dans la continuité de l’album. Pour cela, ils seront épaulés par un cinquième membre, Christophe Perruchi, rompu à l’improvisation et à l’utilisation de l’électronique.

Le groupe commence par le Canada puis sillonne le Moyen-Orient où il prend position pour les Palestiniens après avoir visité les camps de réfugiés de Sabra et Chatila au Liban. L’engagement sera plus vif que jamais lorsqu’à peine rentrés en France, ils ont la mauvaise surprise de voir arriver Jean-Marie Le Pen au premier tour des élections présidentielles face à Jacques Chirac, le 21 avril 2002. A l’appel de Yann Tiersen, le groupe vient se produire à Lyon en compagnie des Têtes Raides et de Dominique A.

Ils s’économisent désormais, les dates de leur tournée sont plus dispersées pour leur permettre de souffler et on ne retrouve pas la fureur des concerts de l’ère Tostaky. Le jeu de scène est en fait canalisé pour mieux exploser par intermittences.
Cette tournée sera restituée par le double album live (et peut-être ultime) Noir Désir en Public sorti en 2005, ainsi que par la captation d’un concert à l’Agora d’Evry tourné par Dom Kent pour Canal +. Ce film sera compilé sur le DVD Noir Désir en images dont le disque des bonus contient les vidéo-clips étudiés dans cet ouvrage. Le groupe aura attendu de se manifester à nouveau par respect pour la mémoire de Marie Trintignant ; les bénéfices de ces objets sont d’ailleurs destinés à ses enfants.
Bertrand Cantat en prison, Noir Désir sommeille mais pas ses musiciens. Le besoin de jouer est toujours fort, et si la carrière du groupe semble gâchée et compromise, cela ne signifie pas nécessairement que les musiciens ne se retrouveront pas à la libération de leur chanteur, qu’importe si on les suit dans cette voie. Si cette biographie nous aura montré quelque chose, c’est bien qu’il faut toujours s’attendre à être surpris par Noir Désir.

Né à Bordeaux dans la culture punk et le romantisme new-wave, Noir Désir a évolué à plus d’un titre en traçant une trajectoire unique dans l’histoire du rock français , puis du rock international. D’album en album, il aura acquis à sa cause plusieurs générations sans jamais se trahir tout en se remettant constamment en question.
L’éthique du groupe a trop longtemps évité les systèmes classiques de promotion à outrance pour que l’existence de vidéo-clips de Noir Désir ne génère un paradoxe. L’image qui est donnée y est-elle fidèle à leurs convictions ? Nous allons à présent tenter de répondre à cette question.
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