Memoire de master arts et sciences de l’enregistrement





titreMemoire de master arts et sciences de l’enregistrement
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date de publication29.10.2016
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Présence (et absence) à l’écran.


« J’ai toujours voulu que le groupe soit à l’image. Paradoxalement je me suis battu pour qu’il n’y soit pas omniprésent » déclare Henri-Jean Debon. Quel est le sens de ce paradoxe et comment a-t-il été appliqué au cas Noir Désir ?



    1. Des images précieuses


En général, il s’agit du choix du réalisateur que de faire apparaître le groupe à l’image. Debon l’a donc fait systématiquement, Jacques Audiard, Alex et Martin et Michel et Olivier Gondry pas du tout.

De manière basique il peut paraître étrange de faire la promotion de l’artiste sans son concours. Dans le cas de Noir Désir davantage encore lorsque l’on dispose d’un visage aussi magnétique que celui de Bertrand Cantat. Pour ce qui est de la performance, il suffit de regarder En route pour la joie ou Tostaky pour être sûr d’avoir de l’énergie à filmer.

Les choix d’Henri-Jean Debon se déclinent en différentes catégories. Bien que dans les vidéos plus poétiques, le groupe apparaisse constamment en live, En route pour la joie demeure la seule où il est intégral. Il faut dire que le réalisateur a approché les bordelais en fan, et qu’il ne pouvait que rendre compte de leur puissance scénique lorsque son prédécesseur avait proposé une fiction tiède.

Par la suite, Debon réalisera plutôt des scénarios poétiques, elliptiques, à l’esthétique documentaire, ce qu’amorce Tostaky et sera posé définitivement avec Marlène et A ton étoile.

Enfin, il s’illustrera par des films mettant directement en scène le groupe : Un jour en France, L’homme pressé et Lost.
Ce sont les fictions poétiques qui nous intéressent ici, dans la mesure où le groupe y apparaît peu. Ces films ont été tournés pour des morceaux moins teigneux, plus évanescents, mis à part Tostaky qui reste un cas spécial. En effet, Bertrand Cantat occupe l’écran pendant la totalité du morceau, tandis que les images défilent derrière lui. On sort donc d’En route pour la joie dont il persiste le côté live avec la performance de Cantat pour entrer, parallèlement à la démarche du groupe, dans une écriture plus raffinée épousant davantage le texte. On perd le primitivisme pour la poésie, et Debon entend donc mettre cette facette en valeur. Cependant, le vidéo-clip est censé exalter les qualités de l’artiste, morales comme physiques. Ne pas le faire apparaître serait le tronquer de son œuvre. Les images dont le groupe est absent expriment une ambiance sonore, une rythmique à travers le montage et retranscrivent surtout les paroles. Noir Désir doit apparaître pour cautionner le morceau. Il s’agit d’une règle très basique, située à la surface de lecture du clip : on entend un morceau, on observe la transposition des paroles à l’écran et on a donc besoin à un moment de mettre un visage sur l’ensemble.
Ce moment est choisi de façon bien précise. Nous avions vu l’année dernière les méthodes utilisées par les clippeurs pour porter à l’écran les passages musicaux de ponts ou de chorus.44 Dans Marlène et surtout A ton étoile, le groupe intervient sur ces passages. La démarche est d’autant plus sensible dans A ton Etoile par l’utilisation de ces gros plans sur les oreilles des musiciens. Voilà le temps de l’écoute. Toutefois, le but n’est pas de les faire passer pour les meubles. Dans Marlène, le point de montage n’est pas fait directement sur le pont, mais laisse Bertrand finir sa phrase. Très simplement, le moment s’avère propice pour laisser parler le groupe, c’est également une façon de faire revenir les musiciens devant le sens.
Debon place des images filmées en concert ou en répétition ; en gros, les musiciens au travail, aussi peu anodin que cela paraisse. Il les filme comme il filmerait un plombier en action. Cette dimension échappe au spectateur non musicien mais il s’agit d’un vrai métier dont les activités principales tournent autour du studio et de la scène. Puisque le propos du clip est de mettre en avant des images anodines mais néanmoins fortes, celles du groupe doivent s’inscrire dans cette optique.

Et puis comme nous l’avons déjà vu, le clippeur sait parfaitement qu’il n’y a pas d’autre endroit que la scène où capter leur authenticité. Dans les fictions qui tournent autour d’eux, il est forcé de leur demander de faire les acteurs, même s’ils jouent encore globalement leur propre rôle. En concert, le public fait oublier les caméras, le réalisateur se fait discret. D’ailleurs, les images de Marlène sont prises à distance raisonnable. On avait très peu vu le public dans En route pour la joie, ici il est bien présent, et Bertrand semble l’insulter. Je suppose qu’il faut être parfaitement à l’aise pour se le permettre.
Plus subtilement, le réalisateur finit par « offrir » ses images. Celles de Marlène s’inscrivent de façon peu manifeste dans le clip, elles correspondent tout au plus à la recherche de ces choses ancestrales comme nous l’avons vu plus haut. Dans A ton étoile, Debon retravaille sur le mythe en s’efforçant de capter ce qui fait la personnalité du groupe sur scène. Au bout de quelques vidéos, on sait comment se comporte Bertrand, on a vu Serge effectuer ses sauts. Il convient d’aborder le groupe sous un autre angle. « C’est toujours la fantasmagorie, le côté mythologique du groupe. (…) C’est ce que tu vas rechercher en tant que fan. » Debon va donc effectuer des prélèvements pour aller chercher des choses plus personnelles, ici, ces gros plans des jambes des musiciens, et leur(s) oreille(s), qui les tien(nent) liés à leur art.45 « Quand tu ne vois pas l’ensemble des mouvements, tu obtiens des choses magiques, explique-t-il. Les plans sur les jambes de Sergio ne sont pas particulièrement rock : ses petits sauts sont plutôt enfantins. » Il est vrai que le fan a porté son choix sur ce groupe plutôt qu’un autre parce qu’il a de la personnalité. Cela n’a aucun intérêt pour lui de le voir faire les mêmes gestes qu’un autre, jouer de la guitare de la même façon… Et même si Noir Désir perpétue une certaine tradition scénique du rock, les bordelais ont trouvé leurs marques. Le fan est donc en quête de ces marques pour pouvoir affirmer son appartenance à une tribu aux signes caractéristiques et uniques. Ayant été fan lui-même avant de les filmer, Henri-Jean Debon préfère donc réduire le temps imparti aux musiciens de manière à donner de la valeur à leurs courtes apparitions. Il l’énonce en ces termes :

« Moins d’image ne veut pas dire qu’ils ne sont pas davantage glorifiés ils le seraient même plus. Le peu d’image qu’on a d’eux sont précieuses dans les clips. » Il pense donc le vidéo-clip en termes de cadeau et de générosité.


    1. Comme elle vient : une incarnation impersonnelle


Pour l’album 666 667 Club, Henri-Jean Debon a été grandement mis à contribution : non seulement pour les vidéo-clips mais également pour la pochette de l’album, les photos et les t-shirts. Jacques Audiard a tourné l’ultime clip de l’album : Comme elle vient.
Ce clip, à l’instar de Le vent nous portera et A l’envers, à l’endroit, s’est fait sans le groupe. Ce qui pose un problème de tronque en vertu de ce que nous avons dit plus haut. Pour autant, est-il totalement absent ? Si les deux autre films se basent respectivement sur une fiction court-métrage et sur un film expérimental jouant plus sur la rythmique, celui d’Audiard réussit le pari du play-back sans la formation.

La forme brève n’est jamais à court d’idées pour contourner le mensonge du play-back. Car cette méthode reste un mensonge, celui de faire croire que le chanteur à l’image est réellement en train d’interpréter la chanson dans des conditions live. En réalité, il chante lors du tournage par-dessus le morceau puis l’extrait du disque est re-synchronisé sur la vidéo par dessus l’image. Les points de montage témoignent indubitablement de l’artificialité de la chose. Certains s’en accommodent dans la mesure où il s’agit de promotion, fonction première du clip, et que les moyens ont peu d’importance, quitte à leurrer.

Pour déjouer cette problématique, le procédé le plus fréquent consiste à transférer l’interprétation sur des personnages. L’animation y joue son rôle, la formation virtuelle Gorillaz en étant un exemple pertinent. Il a bien fallu de véritables musiciens pour enregistrer la chanson Feeling good inc. sur disque, mais le concept en attribue la paternité à une bande de singes animés. Cela ne pose alors pas le moindre problème de leur confier la performance du play-back.
Le clip de Comme elle vient représente un cas particulier. En guise d’avatars, Audiard propose un groupe de femmes anonymes. Jusqu’ici rien de sensationnel mais ces personnes sont toutes sourdes et muettes. Le play-back ne s’effectue pas avec la bouche mais avec les mains. De surcroît, les handicapées, sentant la musique à travers les vibrations du son, déclinent les paroles avec un vrai sens du rythme et une véritable intensité.

De surcroît, ces femmes ont de la personnalité, elles n’ont pas été choisies au hasard. Tant qu’à remplacer le groupe Audiard aurait pu choisir des femmes à la plastique parfaite, ce qui n’est jamais inutile. Toutefois, dans le cas de Noir Désir, la meilleure manière d’être fidèle à leur image est justement d’éviter ce piège grossier. Ainsi, les sourdes qui se succèdent à l’écran sont de celles que l’on croise tous les jours.

En creusant, on pourra cependant leur trouver de nets points communs. Le dialogue d’introduction qui a valu à Audiard des problèmes de censure évoque la question du Front National. « 12, 13 % aux Européennes, 15% aux présidentielles, t’en tires quoi comme conclusion ? » demande l’une. Et l’autre lui répond d’un humour pince-sans-rire : « Qu’il vaut mieux être sourde que d’entendre ça. » Ces handicapées présentent donc vraisemblablement des affinités politiques, entre elles bien sûr, et avec Noir Désir également. Ce dialogue apporte la caution que les personnes qui vont s’emparer du texte de Bertrand Cantat méritent sa confiance de par leurs convictions. Il est de notoriété publique que Jean-Marie Le Pen est la bête noire de la formation bordelaise, bien que le texte de cette chanson, que je sache, n’ait pas grand-chose à voir avec ce thème. Il est également de notoriété publique que Bertrand Cantat a des idées de gauche, et la présence du mot « camarade » dans le texte l’atteste s’il le fallait encore. Ce qui vaut aux protagonistes de brandir le poing toutes ensemble. Là il se peut que Jacques Audiard ait fait preuve de trop de démagogie lorsque le dernier coup de cymbale re-déclenche ce geste frondeur.
Pour le reste, l’ensemble des personnages est censé constituer une foule fidèle à l’idée que l’on se fait du groupe et de son leader : engagés, passionnés, tolérants, humains. Ainsi le défilé des interprètes propose le mélange. D’abord de couleur ; puisqu’on stigmatise le Front National, il faut bien lui répondre. Ensuite d’âge, avec une fourchette de 18 à 50 ans. Puis des critères esthétiques : tourner un clip avec des femmes à la beauté toute relative constitue un fait rare dans l’histoire du vidéo-clip. Ainsi, cette jeune fille du dernier refrain portant des lunettes n’est pas particulièrement jolie. Et celle qui ouvre la chanson arbore un look très masculin. Enfin, ces femmes semblent toutes posséder un caractère bien trempé - dû à leur handicap certainement - que le rythme trépidant de la chanson conforte en mouvements secs et en visages fermés. Certaines en disposent toutefois visiblement plus que d’autres par exemple cette dame vêtue d’une chemise léopard a plus de présence que sa partenaire blonde aux cheveux frisés, en jean et pull plus sobre.
Ces femmes tendent donc à incarner le groupe à l’écran, devenant une sorte d’allégorie de leur esprit. Bertrand Cantat se voit dépossédé de son texte, restitué sous cette forme qui aurait capté et retransmis l’essence de Noir Désir. Mais est-ce bien le cas ? Cette « mascarade » (pour utiliser un mot du texte) n’aurait-elle pas un visage un peu trop bien pensant, sorte de campagne de publicité pour Benetton version gauchiste ? Peut-on réellement prétendre rendre la vérité d’un artiste et d’une performance en lui substituant des avatars ? Cette vérité n’est-elle pas inscrite sur la figure des musiciens eux-mêmes ? Au sujet de l’engagement, Bertrand Cantat disait « Pas de slogans, des convictions ».46 Or le procédé développé par Audiard dans ce clip semble justement faire de cette chanson un slogan, quelque chose d’ancré, ce que Bertrand répugne, artiste « dégagé » qu’il entend être avec le groupe. La question reste en débat.
Dans une certaine mesure, Richard S a commis la même faute en remplaçant le chanteur à la plume par un écrivain quadragénaire. Ce dernier rédige le texte de la chanson qui, semble-t-il, donne naissance à Cantat et à sa mésaventure, le montage liant les différentes séquences et évènements de façon confuse. Le réalisateur lui a donc enlevé son rôle de parolier pour le cantonner à l’interprétation et au jeu d’acteur. C’est très grave. Mais différent car le groupe apparaît tout de même à l’écran.



    1. Interaction avec le texte


Finalement, l’interprétation des sourdes-muettes aurait tendance à parasiter le texte. Les gestes à l’image et la personnalité des protagonistes détournent la concentration que les paroles requièrent. Peut-être est-ce volontaire, pour montrer que le langage des signes est aussi puissant que la voix et peut la perturber ? Quoi qu’il en soit, cela révèle quelque chose au niveau de la présence du groupe à l’image, ou du groupe réincarné en d’autres figures : elle peut créer un conflit au niveau du texte.
On a toujours considéré que le vidéo-clip ne devait pas servir une mise en scène littérale du texte. Il se doit d’être une troisième piste, de prendre les paroles en dent de scie ou bien carrément à contre-pied mais jamais d’y coller. Cela dénote un manque d’inspiration et empesantit le discours puisqu’il est inutile de redire visuellement ce qui est déjà chanté, à moins d’ une bonne dose de fantaisie. Il faut donc produire un décalage.

Sur ce point, Richard S. a échoué. Aux sombres héros de l’amer était peut-être une ode déjà beaucoup trop visuelle pour être adaptée sur le mode de la fiction. Plus subjectivement, on dira que le film n’est pas raté en tant que vidéo-clip de commande dans la mesure où il reste assez élaboré scénaristiquement et remplit parfaitement sa fonction promotionnelle. Son seul tort étant d’être trop basique et caricatural, trop académique en fait.47 Dans ce cas précis cependant, la présence des musiciens sert le texte à merveille, en lui faisant trouver une résonance au sein de leur propre histoire potentielle. On constate d’ailleurs à partir de ce clip originel que le groupe jouera quasiment systématiquement son propre rôle.
Le choix du clip live pour Hoo-doo / En route pour la joie ne favorisait pas le suivi des mots. Cette option permettait de montrer le groupe dans toute sa splendeur (ou sa décadence) scénique, et le texte pouvait difficilement y occuper une place.

Ce n’est pas le cas de Hoo-doo. Le « Hoo-doo » est un peu un pestiféré, un marginal à éviter, d’où le conseil de Bertrand « Stay away from the Hoo-doo ».48 Un thème qui convient parfaitement au guitariste de blues. Le texte et son interprétation sur l’album Du ciment sous les plaines ont motivé le choix de cette introduction. Le chanteur avouait se livrer davantage dans la langue de Shakespeare. Il vient incarner son écriture à l’écran, une écriture intime. Au niveau du discours comme de l’image, on a l’impression d’y voir un bluesman du sud déchirant sa guitare. Et la dimension tribale et fiévreuse de la performance correspondent parfaitement à la phrase « Listen to the big whistle of sound ».49 Ici, Cantat est parfaitement investi de son propos et cette introduction n’aurait pu se faire sans lui.
Dans Tostaky (le continent), son omniprésence n’a à voir avec le texte que pour cautionner son interprétation par le biais du « lipsing ».50

Dans Marlène et A ton Etoile, pas de play-back donc aucun rapport de surface. A ton étoile traite d’une notion de repère, de lutte et d’espoir. (« Si tu cherches un abri inaccessible, dis-toi qu’il n’est pas loin et qu’on y brille. A ton étoile. ») On peut voir simplement dans les gros plans des oreilles et des jambes des musiciens l’expression de leurs propres repères et espoirs, cristallisés dans leur art. Quant à Marlène, il s’agit de Marlène Dietrich. Bertrand chante son admiration pour la femme droite et généreuse, plongée dans la Seconde guerre mondiale. De manière générale, il parle de résistance, un mot qui trouve une résonance sur scène d’où sont issues les quelques images du groupe.
On trouve les exemples de décalage les plus intéressants dans Un jour en France et L’homme pressé.

Dans le premier, les paroles traitent d’un état d’esprit contemporain favorable à la montée de l’extrême droite. On ne voit pourtant pas le groupe brandir des panneaux « touche pas à mon pote » ni même apparaître Jean-Marie Le Pen - Henri-Jean Debon a écrit tout autre chose. Les Noir Désir sont représentés ici sous la forme de héros de mangas animés, « super-groupe » idolâtré au Japon. Dans le deuxième, le glissement est plus subtil : Bertrand Cantat dresse le portrait robot de « l’homo mediaticus », arriviste sans scrupules au cynisme sans borne. Le scénario du clip dresse, lui, un certain tableau de la jeunesse, cible privilégiée de ce type de personnage et victime consentante. Entre les deux, un groupe de rock. Quel va être son rôle ? Un scénario qui se présente davantage comme une conséquence des lignes de Cantat plutôt que contre-pied.

La présence du groupe et sa performance servent dans ces cas de figure un autre propos que celui de la chanson. Cependant, le clippeur, contrairement à Un jour en France ou même Lost, a utilisé le play-back pour L’homme pressé. Nous avons affaire à un paradoxe singulier, celui de l’interprétation face à des images qui ne tiennent absolument pas le même discours. Dans Un jour en France, il n’en est pas question. Seul le passage du concert fait appel à une synchronisation entre les personnages et leur jeu.

Ainsi le groupe peut-être perçu de multiples façons. De prime abord, on peut croire que Bertrand Cantat incarne à l’écran son « homme pressé » (d’ailleurs il marche pendant toute l’énonciation rappée du premier couplet.) Lorsqu’il chante « J’ai envahi le monde… », il étend les bras et un cocktail Molotov éclate contre le mur juste derrière le groupe. La synchronisation entre ce geste et l’explosion pose une sorte de rapport de cause à effet : l’invasion démagogique des médias suscite la réponse belliqueuse de la guérilla. Et atteste de cette hypothèse. Puis le groupe entame sa chorégraphie de boys band. 51 De quoi s’agit-il, quel est le degré de perception ? Debon joue particulièrement sur l’ambiguïté. Noir Désir mime-t-il ce qu’il devrait faire à la télévision pour rentrer dans les critères de l’homme pressé ? Se moque-t-il de ce que ce dernier propose ? La chorégraphie exécutée s’appuie en tout cas sur le texte au moment du refrain. Aux mots « miettes de mon cerveau », on voit Jean-Paul Roy s’épousseter les épaules. Si la danse doit être prise au premier degré, son interaction avec les paroles créé tout de même un décalage hilarant.
On parlait de « marche » dans le paragraphe précédent. La balade dans les bois de Lost, à ce niveau, suit bien le thème du morceau. Il s’agit un peu d’une vision anarchique de la société et de l’expression de l’engagement du groupe. « I’m lost but I’m not stranded yet».52 On a, en un sens, le sentiment d’entendre un ensemble hétéroclite de récriminations contre le monde en général et plus particulièrement, on évoque le rapport de Noir Désir au monde. A l’énumération chaotique des paroles répondent les quatre rockers, évoluant au milieu de cette forêt en guerre. La marche et l’observation entrent en perspective avec le texte, bien qu’on ne voie évidemment pas à l’image tout ce qu’il contient. Il est à noter que le groupe ne se prête logiquement pas au play-back, puisque simple observateur.

Les paroles correspondent par contre définitivement lorsque Bertrand Cantat, plongé dans une eau trouble et glacée, joint le geste à la parole (et à l’intention de la voix qui se fait rageuse) en jetant les poings dans l’eau, geste d’impuissance que nous analyserons plus avant (confère V, 3. b).

En ce qui concerne la déclaration de Henri-Jean Debon, on comprend qu’il préfère éviter l’omniprésence du groupe à l’écran, qui aurait tendance à étouffer un peu le texte. On pourrait alors avancer que les vidéo-clips Le vent nous portera et A l’envers, à l’endroit sont peut-être moins écrasés. Ce n’est pas le cas, car il y a bien d’autres façons d’enterrer les paroles mais nous y reviendrons aussi. (III, 2. a). En tout cas, ceux de Marlène et A ton étoile fonctionnent par contre très bien. Les courtes interventions du groupe permettent de se concentrer sur tout le reste, et les images anodines se posent en touches impressionnistes accompagnant les mots avec légèreté.

Cela dit, la présence des membres peut s’avérer parfois un renfort nécessaire, avec l’utilisation ou non du play-back. Soit pour le confirmer et apporter une caution au texte, soit au contraire pour le contourner et éviter ainsi d’être trop redondant. Un jour en France et L’homme pressé en sont les meilleurs exemples.


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