Bernard Andrieu ó Histoire des sciences de la vie et ÈpistÈmologie†: rÈductions et rÈductionnismes 5





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QUESTIONS D’EPISTEMOLOGIE
Addendum

QUESTIONS D’EPISTEMOLOGIE
Addendum


ACTES DU STAGE DE FORMATION PERMANENTE (MAFPEN)

DES LANDES ET DES PYRENEES ATLANTIQUES
Lycée Gaston Fébus, ORTHEZ

16 novembre, 14 décembre 1994, 18 janvier et 14 février 1995

Organisé par Fabien Grandjean

« Par-delà les étoiles, par-delà toute chose, c’est vers l’inconditionné que nous visons, là-bas où il n’y a plus de choses qui fourniraient un sol et fondement.

Et pourtant, nous ne posons notre question qu’afin de savoir ce que c’est qu’une pierre, ce que c’est qu’un lézard qui sur la pierre se chauffe au soleil, ce que c’est qu’un brin d’herbe qui pousse à côté de la pierre, et ce que c’est que ce couteau que nous tenons peut-être en main, nous qui sommes couchés là sur la prairie. »
M. Heidegger, Qu’est-ce qu’une chose?, trad. Jacques Reboul et Jacques Taminiaux, Paris, Gallimard [1971], 1979, p. 20-21.

TABLE DES MATIERES


Bernard Andrieu ó Histoire des sciences de la vie et ÈpistÈmologie†: rÈductions et rÈductionnismes 5

Jean-FranÁois Dupeyron ó ScientificitÈ, vous avez dit scientificitȆ? 31

Index nominum 51

HISTOIRE DES SCIENCES DE LA VIE ET ÉPISTÉMOLOGIE :

RÉDUCTIONS ET RÉDUCTIONNISMES.)’;.)’;.-P.)’;.)’;.-L.)’;.)’;.)’;1

« Les récents progrès de la génétique ont suscité la crainte d’une résurgence de l’eugénisme. Pourtant, lorsqu’on évoque cette éventualité, les biologistes se récrient et déclinent toute responsabilité : l’eugénisme serait le fait d’idéologues pervertis, il n’aurait rien à voir avec la science... Voilà un joli sophisme et une singulière amnésie. »
André Pichot.)’;2


Introduction
Les relations entre les sciences humaines et les sciences de la vie sont nécessairement marquées du sceau de la réduction. Il serait vain de s’en tenir à la seule distinction de Wilhelm Dilthey.)’; (1833-1911) selon laquelle expliquer et comprendre suffiraient à séparer les sciences de l’explication (sciences de la cause, de l’exactitude et de l’expérimentation) des sciences de l’interprétation (science du sens). En effet, le projet même des sciences de la vie est d’étudier l’homme sous le point de vue analytique de ses éléments, que nous avons désignés sous le nom de dividus.

L’objectif est ici de retrouver, à l’intérieur des réductions méthodologiques qui accompagnent tout travail d’analyse scientifique, les moments et les effets du déplacement de ces réductions vers ce que nous appelons des réductions idéologiques.

Selon Jean-Didier Vincent.-D.)’; :
« il existe deux types de réductionnisme. Le premier, pratique — celui du chercheur —, repose sur l’utilisation de préparations simples ou artificiellement simplifiées pour essayer de comprendre le fonctionnement d’organismes plus compliqués, en dégageant par exemple l’existence de lois exportables du modèle à l’original. Le second, triomphant et sectaire, réduit le tout à la somme de ses parties. Le premier reconnaît que tout savoir est bon à prendre, pourvu qu’il puisse être soumis aux épreuves de vérification. Le second prétend que chaque parcelle de vérité contient toute la vérité. On comprend que la vanité de ce dernier fasse beaucoup de tort à la modestie du premier »1.
Quant à nous, nous appelons réduction méthodologique, le premier, et réduction idéologique, le second — réservant l’expression de réductionnisme à l’attitude qui consiste à conférer une valeur absolue au dividu.

Par réduction méthodologique, nous désignons l’ob-jectivation d’un élément selon une technique scientifique ; ainsi ce sont les évolutions techniques qui permettent d’isoler de manière de plus en plus élémentaire la matière active dans le cerveau. La réduction appartient nécessairement au travail du scientifique, au point qu’il faut privilégier pour la comprendre un point de vue internaliste. Selon G. Canguilhem.)’;,
« l’internalisme… consiste à penser qu’il n’y a pas d’histoire des sciences, si l’on ne se place pas à l’intérieur même de l’œuvre scientifique pour en analyser les démarches par lesquelles elle cherche à satisfaire aux normes spécifiques qui permettent de la définir comme science et non comme technique ou idéologie »2.
La réduction méthodologique doit reconstituer les étapes du travail même de la science, en confondant l’objet de l’histoire d’une science avec l’objet de cette science elle-même — confusion que dénonce G. Canguilhem. La tentation de la réduction méthodologique est de croire parvenir à une description objective des conditions et des développements internes d’une science par le moyen de la psycho-biographie et de la chronologie des travaux. Or, comme le souligne G. Canguilhem.)’;, l’objet scientifique lui même,
« constitué par le discours méthodologique, est second, bien que non dérivé, par rapport à l’objet naturel, initial »3.
Sans cette distinction, bien des confusions sont entretenues.

i. pour l’historien des sciences, la science est construite
Il serait aisé de distinguer l’histoire des sciences de l’épistémologie s’il suffisait d’introduire le critère de la réflexion philosophique sur la science pour accorder à la seconde un champ spécifique. Dès lors l’historien des sciences n’aurait pas vocation à philosopher, il aurait exclusivement pour tâche de reconstituer le développement et la production des objets scientifiques. Mais Georges Canguilhem a pu préciser combien l’histoire des sciences interroge les méthodes et les outils de la découverte scientifique indépendamment de leur incidence idéologique. Même s’il est vrai que chaque science engendre une idéologie interne — celle présupposée par l’objet de ses recherches1 — et une idéologie externe — celle produite par le corps social en fonction des attentes qu’il projette sur la science et de l’impact des découvertes scientifiques —, l’historien des sciences se contente d’étudier les réductions méthodologiques internes au travail de la science.)’;.

Le travail de l’historien des sciences est spécifique dès lors qu’il reconnaît qu’une science se construit historiquement et conceptuellement et qu’il doit l’étudier dans une période donnée afin d’en délimiter les concepts, les modèles, les techniques, les expérimentations, les idées. L’histoire des sciences ne peut s’arrêter à une vérité chronologique de la découverte scientifique. Car cela supposerait que l’historiographie a l’exhaustivité et l’objectivité d’une reconstitution exacte. Or une telle prétention ferait disparaître à la fois la temporalité propre à la découverte scientifique et la succession des représentations. Selon Jacques Roger .)’;:
« l’histoire des sciences découpe donc dans la trame de l’histoire un ensemble de faits et d’idées dont la rationalité historique est ailleurs, et impose à cet ensemble une rationalité extérieure, fondée sur la science moderne. »2.
Ce découpage de l’histoire doit ainsi faire face à des mythes, entretenus par un discours scientiste, selon lesquels il y aurait une science pure qui suivrait son cours normal et dont le développement se ramènerait à une série continue de progrès. Ainsi, selon M. D. Grmek, quelques mythes méthodologiques sont récurrents en histoire des sciences.D.)’;.)’;.-L.)’;.)’;3 : le mythe de l’unité du découvreur et de la localisation spatio-temporelle de la découverte entretient l’idée du héros scientifique. Une telle conception de la découverte scientifique, en simplifiant et schématisant son origine, engendre une illusion historique qui autorise le savant à se présenter comme un précurseur. Les mythes de l’évolution continue et du progrès permanent du savoir scientifique se substituent ainsi à la succession de ses modèles et à la suite de ses renversements de paradigmes.

D’une part, la reconstitution chronologique tend à solidifier la complexité de toute découverte scientifique qui ne saurait pourtant être attribuée à une intuition soudaine, même si le scientifique lui-même le croit. Une multiplicité de données (informations scientifiques, possibilités techniques, concepts, représentations philosophiques, méthodologie…), dont l’étude analytique peut être effectuée, autorise seulement une modélisation en réseau de la découverte scientifique. Cette modélisation interdit tout réductionnisme méthodologique qui attribuerait à un élément seul le pouvoir déterminant d’une cause. D’autre part, non seulement les niveaux d’analyse rendent aujourd’hui, tant dans la microphysique et la macrophysique que dans les sciences de la vie, tout objet scientifique complexe, mais encore l’histoire des sciences se renouvelle au fur et à mesure de la succession de ses méthodologies.

Il serait donc vain pour cette double raison — complexité de la découverte scientifique et modélisation successive d’une même découverte scientifique — d’espérer de l’histoire des sciences une présentation définitive ; il ne faut en attendre qu’une représentation, à un moment donné et par une société donnée, d’une science produite dans le passé. L’expression de projection épistémique pourrait convenir pour exprimer le mouvement d’interprétation par lequel une société fait l’histoire d’une science. Il faudrait donc toujours situer une histoire des sciences produite par une société (S1) sans croire être parvenu à l’identité parfaite entre S1 et la société qui a produit la découverte scientifique (S2). L’histoire des sciences n’échappe pas au paradoxe de l’historien : celui de devoir représenter le plus objectivement possible le passé.
a) Réductions méthodologiques. — Par méthode, il faut ici comprendre un certain nombre d’étapes :
« La logique expérimentale organise les instruments et les gestes selon une finalité qui tend à la discrimination des structures et des fonctions propres à l’objet naturel ; la procédure est la façon dont cet ensemble fonctionne ; le “design” est la forme synthétique, souvent figurée, que prend la coordination des éléments en vue d’une finalité ; le protocole est la forme écrite des opérations ; l’ensemble peut constituer une rhétorique de la démonstration. Chacun de ces termes permet de caractériser l’observation ou l’expérience comme une logique plus ou moins complexe et esthétique qui s’incarne en un schéma formel que le scientifique compose et qu’il fait fonctionner. C’est une véritable opération pragmatique ».)’;1.
La méthode en biologie est une stratégie démonstrative dont le but est de soumettre à la preuve, d’expérimenter, de prouver, d’éprouver, d’essayer.

Notre problème est de situer le rôle de la réduction méthodologique en biologie. Si nous nous plaçons au point de vue de la logique expérimentale, il est certain que l’évolution des techniques d’observation et d’analyse a permis de découvrir des éléments renouvelant l’explication scientifique. L’histoire des techniques est là pour témoigner de leur rôle fondamental dans le dévoilement de l’inconnu. La discrimination des structures et des fonctions propres à l’élément naturel produit une réduction à l’intérieur même de sa définition : ainsi la reconnaissance, l’isolement et l’identification d’un gène, dont l’activité est impliquée dans le fonctionnement d’un organe (par exemple le cœur), auront été permis par la technique du P. C. R..B.)’;.)’;2. Le généthon devient dès lors l’instrument de nouvelles réductions de plus en plus efficaces.

Il y a donc un présupposé méthodologique dans cette logique expérimentale, puisqu’elle postule la causalité du gène. Cependant le caractère déterminant de ce dernier doit être nuancé. Car entre un déterminisme intégral qui irait du gène au comportement et un autre qui accorderait une place à la distinction entre le potentiel et l’actuel, le degré de la réduction méthodologique n’est pas le même. Y a-t-il des éléments qui déterminent intégralement l’organisme humain au point qu’il faille conclure à sa réductibilité intégrale? Si l’on répond positivement à cette question, comme le font les matérialistes réductionnistes, il faut alors admettre une liaison interne entre la qualité naturelle du gène et l’état de son expression corporelle. Si, en revanche, rien ne nous permet de conclure à un tel déterminisme mécaniste, on peut alors clairement distinguer la réduction méthodologique des présupposés idéologiques utilisés de manière implicite dans l’affirmation des matérialistes réductionnistes.

L’étude des réductions méthodologiques dans les sciences de la vie s’organise autour des dividus. L’isolation de ce qui serait l’élément premier légitime la découverte d’agents causaux suffisamment fondamentaux pour qu’il soit possible, à partir d’eux, de construire une explication objective. Sans cette réduction, les sciences de la vie n’auraient pu croire atteindre le degré zéro de la cause biologique, même si l’histoire des découvertes le fait indéfiniment reculer à l’horizon de la recherche. La réduction méthodologique définitive, en effet, reste et devrait rester, surtout dans les sciences de la vie, un idéal régulateur, une utopie. Car si elle devait se réaliser, il n’y aurait plus aucun écart entre la réduction et le réductionnisme méthodologique. Bien des scientifiques sont en proie à l’ivresse que donne l’illusion d’avoir le pouvoir d’annuler cet écart, c’est-à-dire de découvrir le dividu absolu à partir duquel toute l’identité humaine serait définitivement expliquée.

Le réductionnisme, dont le risque appartient intrinsèquement à la réduction méthodologique, vise donc à anéantir la distance entre le modèle et le réel en proposant une absolue certitude (certitudo.)’;1), c’est-à-dire qu’il vise à cerner (cernere) le dividu non comme ce qui apparaît — et aussi bien disparaît — par mélange dans un tout, mais comme ce qui ressort de façon tranchée pour soi-même..)’;2 Ce risque est inhérent à la réduction méthodologique dès lors que, dans les sciences de la vie et notamment dans la génétique, le dividu, atteint par la méthode, exerce une action causale sur la réalité somatique et germinale de l’organisme. En oubliant que, rappelle G. Canguilhem.)’;.)’;,
« les sciences sont des discours critiques et progressifs pour la détermination de ce qui, dans l’expérience, doit être tenu pour réel »3,
le réductionnisme méthodologique prend le modèle pour le réel et réduit toute la réalité à ce modèle. Il prétend ainsi abolir toute idéologie : la science offrirait une description objective du réel et sa méthodologie posséderait une neutralité bienveillante qui n’aurait en aucun cas influencé la production de ses résultats. Les représentations et les discours de ce réductionnisme méthodologique ne seraient que l’expression de la formalisation de l’expérience.

Pourtant entre une réduction méthodologique et sa radicalisation (réductionnisme méthodologique), il y a un espace où l’histoire des sciences doit pouvoir exercer sa critique en situant la production de cette réduction par rapport à la doxa, l’idéologie et la pratique politique et sociale qui l’autorisent et la légitiment et dont documents, instruments et techniques, méthodes et questions, concepts et théories scientifiques ne peuvent être séparés (du moins absolument) dans la mesure où les unes et les autres se produisent simultanément et structurent à un moment donné la représentation scientifique du réel. La reconstitution de cet espace de production d’une science, oublié par le réductionnisme, peut nous conduire à privilégier un point de vue externaliste :
« L’externalisme, c’est une façon d’écrire l’histoire des sciences en conditionnant un certain nombre d’événements par leurs rapports avec des intérêts économiques et sociaux, avec des exigences et des pratiques techniques, avec des idéologies religieuses ou politiques »1.
Certes, il y a aussi une tentation de l’externalisme : expliquer toute la méthodologie scientifique à partir des seuls intérêts économiques, conflits institutionnels et oppositions personnelles. Et il est vrai qu’il serait exagéré de réduire l’objet et la méthode scientifiques aux conditions extérieures de sa production, mais, à moins de revenir à une position idéaliste, nul ne peut nier l’influence de ces conditions sur la recherche dans la mesure où celle-ci dépend de financements et d’institutions.)’;.)’;2..)’;
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