Mémoires d'une jeune fille





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Université Paris X - Nanterre

Maîtrise de Littérature Moderne
Simone de Beauvoir,
Mémorialiste


Mémoire présenté par
Isabelle Hazan

Sous la direction de Claude Leroy


1996-1997

I Introduction 3

II Des mémoires entre tradition et innovation 4

1 Une vocation de mémorialiste de l'enfance à la vieillesse 4

2 Du mysticisme chrétien aux différents mandats existentialistes : le moi comme souverain 26

3 La création d'un nouveau genre hybride des écritures du Moi 36

III Une écriture en perpétuel devenir 44

1 Le langage comme reflet du réel 44

2 A la recherche du sens 53

3 L'acceptation d'autrui 64

IV Des mémoires intersubjectifs 77

1 Autrui comme quête du sens et la lutte contre le désespoir 77

2 Le lecteur créateur du sens 85

3 Vaincre la solitude et la mort. Des mémoires conçus comme une analyse psychanalytique 90

V Conclusion 95

VI Bibliographie 96

IIntroduction




Les mémoires sont un type d'écrit qui a véritablement commencé à se diffuser au dix-septième siècle. Raconter sa vie, la transformer en objet d'art, de nombreux auteurs l'ont fait depuis cette époque. Les mémoires montrent les difficultés qui existent pour créer un lien entre la vie et l'écriture. Si les auteurs croient souvent être très originaux dans leurs mémoires parce qu'ils y racontent leur vie, qui, par définition, est unique, le lecteur, lui, a bien souvent l'impression que tous ces écrits se ressemblent. Naissances, joies, déceptions, échecs forment une trame que nous retrouvons dans toutes les vies. Les grands mémorialistes vivaient surtout au dix-septième siècle et le public connaît le nom de mémorialistes de cette époque tels que Saint-Simon. Après la seconde guerre mondiale, les écritures du moi connaissent un nouvel essor. Celui-ci est contemporain de la naissance du courant existentialiste dont le principal représentant était Sartre. Compagne de ce dernier et figure marquante de l'après-guerre, Simone de Beauvoir a écrit des mémoires d'une ampleur gigantesque. Son entreprise a l'ambition folle de retracer toute la vie de notre auteur même dans ses détails les plus insignifiants. Elle défend bien entendu les thèses existentialistes dans ses mémoires. Beaucoup de lecteurs et de critiques littéraires n'ont vu que ce but didactique dans les écrits de notre auteur. Pourtant, une étude plus approfondie montre que celui-ci a véritablement d'autres qualités qu'un simple exposé des thèses existentialistes. Nous tâcherons de montrer quelles sont les spécificités des Mémoires d'une jeune fille rangée et de La force de l'âge. Nous tenterons de tisser les liens qui existent entre le genre traditionnel des mémoires et les ouvrages que nous étudions puis les spécificités des mémoires de Simone de Beauvoir. Celles-ci sont, en effet, l'illustration de ses théories philosophiques : elles leur sont propres et ne sont pas une simple reproduction de celles de Sartre.

IIDes mémoires entre tradition et innovation

1Une vocation de mémorialiste de l'enfance à la vieillesse


La vocation de mémorialiste naît généralement à l'âge mûr. C'est, en effet, lorsque la plus grande partie de la vie a été vécue, qu'elle a pris un chemin qui vraisemblablement ne se modifiera pas qu'un homme peut être tenté par l'écriture de ses mémoires. Il a alors tout un passé à ordonner, des aventures à raconter, une expérience de la vie qu'il peut avoir envie de transmettre. L'écriture peut être choisie comme un moyen de donner un sens à sa vie. De plus, le mémorialiste qui écrit vers ses cinquante ans et au-delà ressent souvent les "approches" de la mort. L'écriture des mémoires est alors ressentie comme un prolongement de la vie, un sursis, elle permet de vivre une seconde fois sa vie et de façon beaucoup plus satisfaisante que la "vraie" vie. Le mémorialiste choisit les événements qu'il raconte, abandonne tous les événements communs qui lui semblent non significatifs, qui tissent pourtant toute vie humaine.

A la lecture des Mémoires d'une jeune fille rangée et de La force de l'âge, nous ne pouvons qu'être frappés par la vocation de mémorialiste que manifeste Simone de Beauvoir dès son plus jeune âge. Les différentes catégories temporelles (passé, présent, futur) ont un sens pour elle alors qu'elle est très jeune, car elle est déjà extrêmement sensible à la labilité du temps. Ainsi n'est-elle pas encore rentrée à l'école qu'elle prévoit les multiples changements qui vont l'affecter et conduire la petite fille à la jeune fille puis la femme à la femme âgée :

« J'avais gagné deux ou trois centimètres, on me félicitait, et je me rengorgeais. Parfois pourtant je prenais peur. Le soleil caressait le parquet ciré et les meubles en laqué blanc. Je regardais le fauteuil de maman et je pensais : Je ne pourrais plus m'asseoir sur ses genoux. Soudain l'avenir existait, il me changerait en une autre qui dirait moi et ne serait plus moi. J'ai pressenti tous les sevrages, les reniements, les abandons et la succession de mes morts. »

Il faut sans doute faire la part des choses et noter l'illusion rétrospective qui joue dans toute écriture mémorialiste. L'enfant de cinq ans qui comprend qu'elle va grandir et se transformer, le fait sans doute de façon bien plus intuitive qu'intellectuelle. Cette intuition de la "succession des morts" fait place à une impression sensible, celle du soleil entrant dans le salon.

C'est parce que la jeune Simone est dotée d'une grande sensibilité, qu'elle perçoit l'importance du moment présent qui va bientôt disparaître et elle a l'intuition de la labilité du temps. Une structure est récurrente tout au long des Mémoires d'une jeune fille rangée et de La force de l'âge, le plaisir sensible du moment présent, le plaisir de vivre, d'"être au monde" est toujours accompagné par l'angoisse de la mort et de la finitude. Il n'en reste pas moins que Simone de Beauvoir fut toute sa vie sensible au bonheur du moment. Jeune femme de vingt-trois ans, professeur de philosophie et compagne de Sartre, elle passe des vacances en Espagne. Elle décrit ainsi sa découverte du paysage espagnol : « Peut-être est-ce le privilège des gens très actifs ou très ambitieux sans cesse en proie à des projets que ces trêves ou soudain le temps s'arrête, où l'existence se confond avec la plénitude immobile des choses ! Quel repos ! Quelle récompense ! A Avila, le matin, j'ai repoussé les volets de ma chambre ; j'ai vu, contre le bleu du ciel, des tours superbement dressées : passé, avenir, tout s'est évanoui ; il n'y avait plus qu'une glorieuse présence : la mienne, celle des remparts ; c'était la même et elle défiait le temps. Bien souvent au cours de ces premiers voyages, de semblables bonheurs m'ont pétrifiés. » 1

Le bonheur, s'il est bien sûr le but de tous les hommes tient une place particulièrement importante dans l’œuvre de Simone de Beauvoir. Il est comme Francis Jeanson le souligne dans Simone de Beauvoir ou l'entreprise de vivre, le leitmotiv de toute son œuvre : ainsi dit-elle dans les Mémoires d'une jeune fille rangée, qu'à vingt ans elle continuait à désirer avec passion cette autre chose que je ne savais pas définir puisque je lui refusais le seul nom qui lui convînt : le bonheur !2. Dans La force de l'âge, elle confirme sa vocation pour le bonheur : « Dans toute mon existence, je n'ai rencontré personne qui fût aussi doué que moi pour le bonheur, personne non plus qui s'y acharnât avec autant d'opiniâtreté. Dès que je l'eus touché, il devînt mon unique affaire. »3, bonheur qu'elle affirme connaître grâce à l'indépendance financière et à la rencontre de Sartre. Le bonheur est lié à la plénitude du moment présent qui s'accompagne, malheureusement, comme nous l'avons précédemment souligné de la crainte de la mort. Simone de Beauvoir nous raconte qu'elle réalise son statut de mortelle vers ses quinze ans : « Un après midi à Paris, je réalisais que j'étais condamnée à mort. Il n'y avait personne que moi dans l'appartement et je ne refrénais pas mon désespoir, j'ai crié, j'ai griffé la moquette rouge. Et quand je me relevai, hébétée je me demandai : Comment les autres font-ils ? Comment ferais-je ? » Cette crise liée à l'angoisse de la mort n'est que le premier exemple de toute une série de crises qui ont rythmé son existence. Ainsi est-elle saisie par une angoisse semblable lorsqu'elle a dix-neuf ans et passe des vacances chez son grand-père à Meyrignac :

« Une nuit à La Grillère, comme je venais de me coucher dans un vaste lit campagnard, l'angoisse fondit sur moi ; il m'était arrivé d'avoir peur de la mort jusqu'aux larmes, jusqu'aux cris mais cette fois c'était pire : déjà la vie avait basculé dans le néant : rien n'était, sinon ici maintenant une épouvante si violente que j'hésitais à aller frapper à la porte de ma mère, à me prétendre malade pour entendre des voix. »4

Elle n'est pas seulement sensible à sa mort mais également à celle des autres. Ainsi dit-elle de Bourla un ami juif de dix-neuf ans mort en déportation (elle est âgée alors d'une trentaine d'années) :

« Personne et nulle cette absence ne s'incarnait, pas de tombe, pas de cadavre, pas un cri, comme si rien absolument n'avait eu lieu. On a retrouvé un mot de lui sur un papier : je ne suis pas mort. Nous sommes séparés seulement. C'était un mot d'un autre âge. Maintenant personne n'était là pour dire : nous sommes séparés, ce néant m'égarait. »5

Simone de Beauvoir considère les mots comme salvateurs de cette crainte de la mort. A cet égard, elle nous raconte une scène hautement symbolique, si bien que le lecteur peut douter de la "sincérité" de Simone de Beauvoir et percevoir que c'est bien plus l'intellectuelle de cinquante ans qui réfléchit sur le pouvoir des mots que la petite fille qui a la parole. Celle-ci âgée d'environ six ans se trouve dans l'antichambre familiale, et elle est saisie par l'angoisse de la labilité du temps symbolisé par : « l'horloge en bois sculpté qui enfermait dans un ventre deux pommes de pin en cuivre et... les ténèbres du temps ». Mais les livres de l'antichambre ont tôt fait de calmer son anxiété : « Les livres me rassuraient : ils parlaient et ne dissimulaient rien ; en mon absence, ils se taisaient ; je les ouvrais et alors ils disaient exactement ce qu'ils disaient, si un mot m'échappait maman me l'expliquait. ». Les mots par le biais de l'oralité la sauvent du néant et calment sa peur : « J'avais spontanément tendance à raconter tout ce qui m'arrivait, je parlais beaucoup, j'écrivais volontiers. Si je relatais dans une rédaction un épisode de ma vie, il échappait à l'oubli, il intéressait d'autres gens, il était définitivement sauvé. »6 De l'oralité, elle passe très facilement à sa propre production littéraire, pourtant, elle ne cherche pas encore à faire le lien entre sa propre vie et l'écriture. En fait, la jeune Simone se méfie des mots, ceux-ci lui semblent insuffisants pour décrire la splendeur du réel, voire franchement trompeurs. Preuve en est de l'épisode de la tante moustachue. Simone de Beauvoir fait vers trois ans et demi de violentes crises de rage ; si bien que les passants dans la rue la prennent pour une enfant martyre. Un jour, elle donne un coup de pied à une dame qui lui tend un bonbon. Une de ses tantes qui écrit dans un journal pour enfant, La poupée modèle, outrée par l'attitude de sa nièce raconte l'épisode du "coup de pied" de Simone mais en le modifiant. Lorsque Louise, la jeune bonne qui s'occupe de Simone, lui raconte cette histoire, la petite fille est choquée par les "mensonges" de l'écriture « Je partageais la révérence qu'inspirait à mes parents le papier imprimé : à travers le récit que me lisait Louise, je me sentis un personnage ; peu à peu cependant la gêne me gagna. "La pauvre Louise pleurait souvent amèrement en regrettant ses brebis" avait écrit ma tante. Louise ne pleurait jamais ; elle ne possédait pas de brebis, elle m'aimait : et comment peut-on comparer une petite fille à des moutons ? Je soupçonnai ce jour-là que la littérature ne soutient avec la vérité que d'incertains rapports »7. Toutefois sa vocation de "mémorialiste" est si forte et se manifeste si tôt qu'elle tâche de trouver une image d'elle même dans les romans qu'elle lit. Tous les romans qui la marquent sont ceux qui mettent en scène une héroïne qui lui ressemble. Elle a neuf ans lorsqu'elle se passionne pour Les Quatre filles du docteur March grâce à la figure de l'héroïne Joe. « Je m'identifiais passionnément à Joe l'intellectuelle. Brusque, anguleuse, Joe se perchait pour lire en haut des arbres, elle était bien plus garçonnière et plus hardie que moi mais je partageai son horreur de la couture et son amour des livres. Elle écrivait, pour limiter, je renouais avec mon passé et composais deux ou trois nouvelles. »8.

Ce processus d'identification se reproduit lorsqu’elle a dix-huit ans, l'héroïne du Moulin sur la Floss de G. Eliot, la jeune Maggie Tulliver, lui renvoie nous dit-elle "l'image de son exil" : « Les autres la condamnaient parce qu'elle valait mieux qu'eux, je lui ressemblais et je vis désormais dans mon isolement, non pas une marque d'infamie mais un signe d'élection. Je n'envisageai pas d'en mourir. A travers son héroïne je m'identifiai à l'auteur, un jour, une adolescente, une autre moi-même, tremperait de ses larmes un roman où j'avais raconté ma propre histoire »9. Ces lectures tant aimées la renforcent donc dans sa volonté d'écrire sa propre vie. Volonté qu'elle montre très jeune ainsi écrit-elle vers six-sept ans sa première œuvre : « Ma première œuvre s'intitula Les malheurs de Marguerite. Une héroïne alsacienne orpheline par surcroît traversait le Rhin avec une nichée de frères et de sœurs pour gagner la France. J'appris avec regret que le fleuve ne coulait pas où il aurait fallu et mon roman avorta. »10. L'échec de sa première œuvre, lui fait retrouver un chemin qu'elle croit plus facile, parce qu'il est ; en réalité, sa vocation profonde : celle de mémorialiste : « Alors je démarquai la famille Fenouillard qu'à la maison nous goûtions tous vivement ! Monsieur, Madame Fenouillard et leurs deux filles : c'était le négatif de notre propre famille. » Toutefois, si la vocation de mémorialiste est bien là dès l'enfance (nous pouvons en juger grâce à l'illusion rétrospective), elle met du temps à se concrétiser comme telle. Toute son œuvre antérieure aux Mémoires d'une jeune fille rangée est une projection d'elle-même, une tentative détournée pour parler d'elle. Suivons le cheminement qui la mène à l'écriture des Mémoires d'une jeune fille rangée en 1958.

A 18 ans, elle écrit un premier essai littéraire dont l'héroïne possède certains traits communs avec elle : « Je composai ma première œuvre. C'était l'histoire d'une évasion manquée. L'héroïne avait mon âge, dix-huit ans, elle passait des vacances en famille dans une maison de campagne où devait la rejoindre un fiancé qu'elle aimait conventionnellement. » Plus tard, agrégée de philosophie et compagne de Sartre, elle multiplie les tentatives littéraires au travers desquelles elle projette des éléments de sa propre vie, mais de façon modifiée.

Alors qu'elle est âgée de vingt-trois ans et professeur à Marseille, elle modifie la vie d'Elisabeth Mabille dite Zaza, son amie d'enfance, morte de façon tragique à vingt et un ans. (La "véritable" histoire de Zaza est racontée dans les Mémoires d'une jeune fille rangée publiées en 1958) : « 
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