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III


Le troisième bataillon des sections armées de Paris logeait sur le port. Je vis, en approchant du Rhin, de grands hangars qui servaient à mettre les marchandises en dépôt, avant de les embarquer sur le fleuve : c’était la caserne des fédérés. Ils avaient sous ces hangars, fermés aux deux bouts par de grosses bâches, des bancs, des chaises et de la paille en quantité, pour se reposer à leur aise. Ils chantaient, ils buvaient, ils jouaient aux cartes, tous, jeunes et vieux, en bonnets rouges ou chapeaux à cornes ; et c’est là que je reconnus la vérité de ce que Chauvel nous avait raconté du peuple parisien, qui vit partout comme dans ses vieilles rues, sans s’inquiéter du reste. C’est une race de gens petite, sèche, maigre, pâle, hardie et sans gêne ; des êtres qui ne seront jamais bons soldats, parce qu’ils raisonnent toujours et qu’ils se moquent de tout, et particulièrement de leurs supérieurs. Ce n’est pas avec les fédérés de Paris qu’il aurait fallu vouloir faire le grand ; tout de suite ils vous auraient remis à votre place. Ces gens, de tous les états, se tutoyaient depuis le commandant jusqu’au simple volontaire.

Comme j’entrai dans la halle, un petit maigre, tout pâle, qui n’avait qu’un souffle, se mit à faire le coq pour se moquer de moi ; mais je n’eus l’air de rien comprendre et je m’approchai de sa table, en demandant la citoyenne Lisbeth, cantinière au 3e bataillon de Paris. Un vieux, en bonnet rouge et gros favoris, qui jouait et fumait, me demanda sans tourner la tête :

– Qu’est-ce que tu lui veux, à la citoyenne ?

– C’est ma sœur, lui dis-je.

Alors tous ceux de la table se retournèrent pour me regarder, et le petit maigre, me montrant la toile du fond, dit :

– Tu n’as qu’à toquer à la porte.

C’était une vieille bâche tendue contre le vent du Rhin ; dans le moment où je m’en approchais, la lumière d’un grand feu brillait par ses ouvertures. L’ayant donc écartée, je vis une autre halle, plus petite que la première, où ces Parisiens avaient établi leur cantine. Vingt ou trente d’entre eux, réunis là, faisaient la cuisine du bataillon ; les uns écumaient le pot-au-feu, d’autres secouaient de la salade, d’autres épluchaient des légumes ou plumaient des poules. Dans un coin, à gauche, ma sœur Lisbeth, en bras de chemise, un mouchoir de soie rouge autour de la tête, remplissait des bouteilles au robinet d’une grosse tonne ; elle paraissait toute joyeuse, et son mari, le sergent Marescot, assis sur un coffre, le genou en l’air et son coude dessus, fumait tranquillement sa pipe en regardant travailler les autres ; il était là comme le maître de la maison.

Lisbeth, m’ayant vu de loin, se mit à crier :

– Hé ! c’est toi, Michel ? Tu arrives bien... Quelle noce nous allons faire !

Je comprenais bien d’où tout cela venait, mais comme elle arriva tout de suite m’entourer le cou de ses grands bras, en me demandant des nouvelles du père et de la mère, des frères et sœurs, je fus pourtant attendri. Elle me débarrassa de mon sabre et de mon chapeau, qu’elle posa sur une caisse, et son mari vint me donner une poignée de main, en clignant de l’œil et riant en dessous. Il avait la mine d’un vrai renard.

– Ça va toujours bien, beau-frère ? me disait-il. Je suis content de te voir.

Les autres me regardaient, me tapaient sur l’épaule et m’appelaient citoyen beau-frère, cousin Michel, patriote de la montagne, comme s’ils m’avaient connu depuis dix ans.

De grandes marmites bouillaient sur le feu, la bonne odeur des viandes se répandait partout ; et quand, au bout d’une heure, on s’assit autour de la table pour dîner, c’était un véritable festin d’aristocrates que nous allions faire. Jamais je n’ai mangé de meilleures choses en tous genres, particulièrement en jambons et saucisses – nous étions au pays de Mayence ! – ni bu de meilleur vin : c’était bien sûr du vin d’évêques ou de chanoines ; et malgré l’idée que tout cela venait du pillage, la satisfaction et le contentement des fédérés finirent par me gagner ; je me disais :

« Bah ! le vin est tiré !... Il serait bu tout de même !... Autant qu’il me fasse du bien qu’aux autres ! »

Cette nuit-là j’ai connu la malice des Parisiens ; c’est là que je les ai entendus rire, se moquer des rois, des princes, des évêques, et puis chanter des chansons qu’on n’oserait jamais répéter ; ça leur venait naturellement. Il y en avait même un grand borgne, qui se mit à chanter des airs de tendresse et d’amour, en s’accompagnant sur un violon. Sa voix était toute fêlée et cassée ; mais il chantait si bien, en levant la tête vers le ciel d’un air désolé, que le froid m’entrait jusque dans les cheveux de l’entendre. Et comme il parlait de patrie, d’amante, de vieux père, je me levai tout pâle, et je sortis pour cacher mon trouble, parce que je pensais à Marguerite. Deux minutes après, lorsque je rentrai dans la halle, tout était changé ; ce grand borgne dansait sur une jambe, faisait des farces et voulait jouer de la clarinette avec son nez. – Voilà les Parisiens !

Lisbeth, au milieu de ces fédérés, jouissait d’une véritable considération ; quand elle parlait, en disant des bêtises, ils riaient ensemble et criaient :

– Ha ! ha ! ha ! bravo la citoyenne !... Hé ! hé ! hé !

Tout ce que je peux dire, c’est que c’était une belle femme, grande, hardie et sans gêne, une vraie cantinière, qui n’aurait pas eu peur de prendre un fusil à l’occasion ; enfin la ressemblance de notre mère, mais plus grande et plus forte. Malgré cela je pensais, en voyant l’admiration des fédérés :

« Si vous l’aviez rencontrée dans le temps, pieds nus sur la route, au milieu de la neige ou de la poussière, suivant les voitures et criant : « Un liard, messeigneurs, pour l’amour de Dieu ! » vous seriez bien étonnés de savoir que c’est la même. »

Après tout, elle en valait bien d’autres, qu’on voit rouler en carrosse avec de grands flandrins derrière ; il ne faut pas toujours songer aux commencements.

Ces Parisiens trinquaient à l’Ami du peuple ; le citoyen Marat passait chez eux pour un Dieu ! Danton, Robespierre, Desmoulins, Collot-d’Herbois, Couthon, Legendre, ne venaient qu’en seconde ligne. Le grand borgne disait que celui-ci manquait de nerf, celui-là de courage, un autre d’idées ; qu’ils n’avaient pas le coup d’œil de l’homme d’État, etc. ; mais le citoyen Marat avait tout, à les entendre. Tous disaient :

– Tant que nous aurons Marat, la révolution ira bien ; s’il meurt, les autres se débanderont ; ils perdront la tête, ils se laisseront gagner par les girondins !

Ces fédérés s’indignaient contre Custine, qui venait de faire fusiller les pillards ; ils le traitaient de ci-devant. Le grand borgne, avec son chapeau de trois pieds et sa cocarde comme une roue de charrue, parlait d’écrire à l’Ami du peuple et de lui dénoncer cette abomination ; les autres l’approuvaient, ils voulaient motionner contre les généraux aristocrates.

Finalement tous se mirent à danser ; et pendant qu’ils faisaient leurs folies, Marescot, assis en face de moi, au bout d’une table, me raconta son mariage avec Lisbeth, qu’il avait connue servante chez le comte de Dannbach, major au régiment d’Alsace, où lui, Marescot, était trompette. Il me dit qu’il l’avait aimée tout de suite, à cause de sa vivacité, de sa propreté, de son économie, et de ses talents extraordinaires pour la cuisine, et qu’ayant eu son congé l’année d’après à Paris, il l’avait épousée pour prendre une petite gargotte rue Dauphine ; mais que le commerce n’allant plus depuis la guerre, à cause des troubles continuels, il avait vendu son fonds et s’était engagé comme cantinier dans le 3e bataillon des fédérés, où leurs affaires prospéraient, grâce à Dieu.

Comme je lui demandais s’il était encore à Paris au moment des massacres de septembre, il me répondit qu’il avait vu ces massacres, et me les raconta en détail, disant qu’ils avaient commencé le dimanche 2 septembre, vers trois heures de l’après-midi, dans la rue Dauphine, où le peuple avait massacré des prisonniers qu’on conduisait à l’Abbaye, parce qu’un de ces prisonniers s’était permis de frapper un homme de l’escorte ; qu’après cela le peuple s’était partagé en deux bandes : l’une, composée en grande partie des fédérés du Midi, avait couru aux Carmes du Luxembourg, où se trouvaient enfermés des prêtres et des évêques réfractaires accusés de conspiration, pendant que l’autre bande, beaucoup plus nombreuse, enfonçait les portes de la prison de l’Abbaye, et tuait tout ce qui lui tombait sous la main.

Mais que, vers cinq heures, le conseil général de la Commune ayant envoyé des commissaires pour inviter le peuple à former un tribunal, qui jugerait les prisonniers avant de les mettre à mort, le carnage avait cessé. Que le peuple avait choisi douze juges, parmi les bourgeois du quartier connus par leur civisme, et le citoyen Maillard comme président ; qu’il avait aussi nommé quarante et un tueurs, chargés d’exécuter les jugements. Qu’après cela les juges s’étant assis autour d’une table dans le guichet de la prison, le registre d’écrou devant le président et les tueurs attentifs dehors, dans la cour sombre, éclairée par des torches, les exécutions avaient commencé vers dix heures du soir. Le président lisait le nom d’un prisonnier, et les causes de son arrestation sur le registre ; des fédérés allaient le chercher ; on l’interrogeait ; il se défendait ; s’il était acquitté, trois fédérés le menaient dehors, en criant : « Chapeau bas, c’est un innocent ! » Le peuple l’embrassait et on lui donnait une escorte jusqu’à sa maison ; s’il était condamné, le président disait : « À la Force ! » pour faire croire au malheureux qu’on allait seulement le conduire à la prison de la Force ; des fédérés le poussaient dans la cour, en répétant : « À la Force ! » et les tueurs tombaient dessus à coups de sabre, de pique et de baïonnette.

Quelques-uns voulaient se défendre ; d’autres demandaient grâce ; d’autres, la tête penchée et les coudes en l’air, essayaient de parer les coups, et se sauvaient tout couverts de sang, en appelant au secours ; il fallait les poursuivre et les finir dans un coin. Quand ils ne remuaient plus, les tueurs criaient tous ensemble : « Vive la nation ! » et venaient se remettre devant la porte du guichet, en attendant la sortie d’un nouveau prisonnier. De temps en temps ces hommes buvaient un verre de vin ; et, lorsque la femme de l’un d’eux lui apportait sa soupe, un camarade prenait son sabre et le remplaçait.

Les choses s’étaient passées à peu près de même dans toutes les prisons, excepté pour les femmes de mauvaise vie et les officiers suisses, qu’on avait tués sans jugement. Les prêtres enfermés aux Carmes du Luxembourg n’avaient pas été jugés non plus ; les fédérés du Midi les avaient massacrés, en leur criant : « Souviens-toi de la Saint-Barthélémy ! » À Bicêtre, les prisonniers s’étaient barricadés dans la prison ; il avait fallu amener du canon et leur livrer bataille.

Marescot me racontait ces abominations en fumant tranquillement sa pipe ; il trouvait cela naturel, et me dit qu’elles avaient duré trois jours de suite. Moi, malgré le bon vin que j’avais bu, je me sentais froid par tout le corps, mon cœur se serrait ; à la fin je ne pus m’empêcher de m’écrier :

– Mais, beau-frère, c’est abominable ce que vous me racontez là ! Comment ! cette boucherie a duré trois jours, et personne n’a rien fait pour l’arrêter ; car, vous avez beau dire, des gens qu’on juge sans témoins, sans avocats pour les défendre, sans autres preuves qu’une note sur un registre de prison, c’est horrible !... Qu’est-ce que faisaient donc la Commune, la garde nationale, les ministres et l’Assemblée législative ?

En entendant cela, Marescot parut tout surpris et me regarda quelques secondes de ses petits yeux noirs.

– Eh ! dit-il ensuite en levant les épaules, ils ne faisaient rien, ils laissaient faire ! Tout le monde s’attendait à cela ; Marat l’avait prédit dans son journal, et personne ne pouvait l’empêcher. – À la prison de la Force, Hébert présidait le tribunal ; à l’Abbaye, Billaud Varennes, substitut du procureur de la Commune, remerciait les tueurs au nom de la patrie. La Commune avait fait relâcher d’avance tous les prisonniers qui n’étaient pas accusés de choses politiques ; elle a payé les tueurs : ils ont reçu chacun six livres par jour. Quant à la garde nationale, elle n’a pas bougé ; j’ai vu des gardes nationaux en faction aux portes des prisons où l’on tuait. L’Assemblée nationale n’a rien fait non plus ; elle a envoyé trois commissaires à l’Abbaye, le 2 au soir, pour engager le peuple à se reposer sur la justice. On les a laissé dire ; ils sont repartis, les massacres ont continué, et personne n’a plus entendu parler d’eux, ni de l’Assemblée nationale législative. Sans Danton, tous ces braves de l’Assemblée qui crient maintenant si fort, se seraient sauvés derrière la Loire, leur ministre Roland en tête, abandonnant Paris à Brunswick ! – La trahison était partout ; après avoir fait semblant d’accepter la révolution du 10 août, la majorité de la Législative employait tous les moyens pour la détruire ; le tribunal établi pour juger les conspirateurs acquittait les plus grands scélérats ; les émigrés, les Prussiens et les Autrichiens remplissaient la Champagne ; ils payaient leurs réquisitions avec des bons au nom du roi de France ; ils fusillaient les patriotes qui voulaient se défendre ; le traître Lavergne venait de leur livrer Longwy ; d’autres traîtres se préparaient à leur livrer Verdun ; cette ville prise, il ne restait plus rien entre eux et Paris ; les aristocrates enfermés dans les prisons le savaient ; ils buvaient et se réjouissaient ; ils criaient : « Patience... nous allons avoir notre tour... Brunswick arrive !... » Tous les jours, des bandits payés pour épouvanter la population couraient dans les rues en criant : « Fermez vos boutiques, les Prussiens et les Autrichiens sont à la barrière ! » Ou bien : « Les Bretons arrivent ! » C’étaient des alertes continuelles ; la générale battait, le tocsin sonnait. Il fallait en finir avec tous ces traîtres ; il fallait leur montrer que, puisqu’ils ne reculaient devant rien pour trahir la patrie, on ne reculerait devant rien pour la défendre : il fallait les épouvanter ! Mon Dieu ! je ne dis pas que des innocents n’ont pas péri dans le nombre ; c’est possible. Mais si les Prussiens avaient gagné la bataille de Valmy au lieu de la perdre ; s’ils étaient entrés à Paris avec les émigrés, crois-tu qu’ils se seraient donné la peine de juger les patriotes ? Non ils les auraient fusillés en masse, comme Brunswick l’avait annoncé dans sa proclamation ; on aurait vu d’autres massacres que ceux de Septembre. Eh bien, ce que les Prussiens et les émigrés voulaient faire contre la nation, pour rétablir l’ancien régime et les privilèges de toute sorte, le peuple l’a fait contre mille ou douze cents conspirateurs, pour sauver la révolution et les droits de l’homme ! Si tu ne comprends pas cela, c’est que tu n’es pas un bon sans-culotte !

Marescot avait raison, je n’étais pas un bon sans-culotte ; malgré toutes les explications qu’il venait de me donner, ces massacres me dégoûtaient ; j’en étais honteux pour notre république. Les bourreaux sont des bourreaux ; qu’ils aient une couronne, un bonnet d’évêque ou une casquette sur la tête, je les mets tous dans le même panier.

Enfin, ce qu’on peut dire de plus raisonnable sur ce chapitre, c’est que les royalistes ont aussi de grands reproches à se faire ; ils ne devaient pas appeler l’étranger à leur secours ; tout devait se vider entre nous ; alors Longwy et Verdun n’auraient pas été vendus, et les massacres n’auraient pas eu lieu. La première faute est aux traîtres et à leur ami Brunswick, qui menaçait de brûler Paris et de fusiller tous les patriotes. Voilà la vérité.

Ce soir-là je rentrai bien tard à la caserne.

Le lendemain, pendant que j’étais de garde à la porte de Mannheim, nous vîmes défiler, vers trois heures de l’après-midi, quatre bataillons de grenadiers, un de volontaires nationaux, un régiment de chasseurs à cheval et de l’artillerie en proportion. Le bruit s’était répandu que le général autrichien, – celui qui n’avait laissé que quatre mille hommes pour garder les magasins de Spire, – venait à marches forcées au secours de Worms et de Mayence, avec un corps de douze mille hommes. Mais, le jour suivant, nous savions déjà qu’il arriverait trop tard. Nos troupes étaient entrées à Worms sans résistance ; les habitants les avaient reçues en criant : « Vive la nation ! » et les autorités portaient la cocarde tricolore.

Tout cela n’empêcha pas notre commissaire ordonnateur en chef, le citoyen Pierre Blanchard, de frapper une contribution de douze cent mille livres en écus, moitié sur la ville, qui dans le temps, avait reçu les émigrés, avec la cocarde blanche, en criant : « Vive le roi ! » moitié sur l’évêque et les chanoines, qui souhaitaient de nous voir en enfer. Nous avions déjà frappé quatre cent cinquante mille livres sur le chapitre de Spire : et sur le clergé particulier cent trente mille livres, à cause de la fabrication des faux assignats, que ces gens se permettaient chez eux depuis deux ans. En outre, des convois de farine, de seigle, d’avoine et de foin, d’effets de campement et d’habillement, souliers, chemises et pantalons, en caisses, ballots, et tonneaux, filaient jour et nuit sur Landau ; on n’avait que la peine de réquisitionner les chevaux et les voitures du pays, et de les faire escorter par de petits détachements ; enfin, les gazettes des Allemands et des émigrés n’avaient rien dit de trop sur le bon approvisionnement de leurs magasins ; il faut toujours reconnaître la vérité.

C’est à Spire que l’habillement, l’équipement et l’armement de l’armée du Rhin furent complétés. Les commissaires des guerres surveillaient tout ; ils fournirent à chacun de nos bataillons une tente par seize hommes ; le bureau du quartier-maître, le petit état-major, les ouvriers, les gardes de police et du camp, les capitaines, les vivandiers, reçurent chacun leur tente en bonne toile, garnie de mâts, de traverses et de piquets ; les lieutenants logeaient deux à deux dans une tente. Chaque tente de seize hommes eut deux marmites, deux gamelles, deux grands bidons ; deux pioches, deux pelles, deux haches, deux serpes pour aller au bois. C’est avec cela que nous avons fait trois campagnes terribles.

La cavalerie avait une tente pour huit hommes, et tout ce qui convient aux cavaliers, cordes et piquets, troussières pour aller au fourrage, enfin tout. Et naturellement cela nous fit d’autant plus plaisir, que nous avions gagné ces choses nous-mêmes et qu’elles ne coûtaient pas un denier à la république.

Mais si l’on avait laissé piller et voler les magasins, quelques gueux se seraient enrichis, et les défenseurs de la liberté auraient péri de misère. C’est un grand malheur que les généraux venus plus tard n’aient pas suivi l’exemple de Custine ; les soldats et les volontaires auraient moins souffert, et l’on n’aurait pas vu tant de brigands nager dans l’abondance, eux, leurs enfants et descendants, chose abominable quand on savait d’où venaient ces biens. Enfin, dans les plus beaux temps il reste toujours à reprendre ; pendant que les uns se dévouent à la patrie, d’autres ne pensent qu’à happer et s’enrichir aux dépens de ceux qu’ils regardent comme des bêtes, parce qu’ils ont du cœur et de la probité.
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