La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d'Oise et du Vexin





télécharger 203.56 Kb.
titreLa Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d'Oise et du Vexin
page1/4
date de publication11.05.2017
taille203.56 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
  1   2   3   4


HEROUVILLE




Marquis de BRISAY



LE CHARTRIER D’HEROUVILLE

1906
Préface


Merci à ceux qui ont eu l’initiative de remettre au goût du jour ce document1, qui permettra aux hérouvilloises et aux hérouvillois de découvrir ou d’approfondir leur connaissance du village dans lequel ils vivent, ainsi qu’à tous ceux qui y cherchent des racines familiales.
Ce chartrier2, mis à jour par le Marquis de BRISAY, dernier châtelain en 1906, c’est-à-dire hier, est très précieux dans l’histoire d’Hérouville.
En plus des archives nationales et départementales, en plus des minutes notariales, des registres paroissiaux, des documents communaux, d’une monographie communale, travail d’un instituteur communal, etc… le Chartrier est un document majeur de l’histoire d’Hérouville-en-Vexin.
Je voudrais remercier tout spécialement « La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d'Oise et du Vexin »3 de nous avoir autorisés la publication sur Internet de ce document, ô combien précieux.
Merci aussi à l’association « QIO »4 (qui occupe actuellement une aile du château), pour sa collaboration technique, qui a facilité son transfert en document informatique.
Bonne lecture !





Dominique GERNAY

Maire d’Hérouville

Le 6 juillet 2004



Si l’on pouvait mettre le nez dans les archives de tous les châteaux, me disait un érudit connaissant bien son terrain, l’histoire n’aurait plus de secret. On saurait tout !...
Cette boutade se trouve confirmée, en ce qui concerne les deux domaines d’un peu d’importance possédés par ma famille à la fin du XVIIIe siècle, Denonville1 et Hérouville2.
Dans la première de ces résidences, malgré les saisies opérées en 1793, les confiscations, les ventes publiques successives portant sur les deux tiers du mobilier, malgré la destruction par le feu, sur la place du village, de tout ce qui avait trait, dans les papiers de la maison, aux droits de cens et rentes foncières, louds ès ventes, justice, banalité, les terriers, etc., il est resté assez de documents privés pour reconstituer l’histoire de la localité depuis le XIVe siècle et, si l’on ajoute ce que fournissent les sources publiques, celles des familles qui ont possédé la terre, en remontant jusqu’au onzième.
A Hérouville, maison respectée par suite de circonstances particulières, la période révolutionnaire a passé sans rien détruire ; les terriers même ont subsisté. Il y a cinquante ans, dans une armoire à provisions, entre beaucoup de chandelles et quelques pains de sucre, un sac de toile reposait quiètement, mais non sans faire entendre un bruit de copeau froissé lorsqu’on se risquait à poser la main dessus. Cet étrange objet de ménage, tiré de son sommeil, ouvert et dégorgé, mit au jour quantité de documents en parchemin, en papier, dont le classement fut tenté, avec la meilleure volonté du monde, par l’instituteur du village et par le curé. La tâche était facile : on trouva un inventaire et la plupart des pièces étaient rangées par matériaux, d’intérêt connexe.
Ce petit chartrier a été, un temps, l’objet de patientes études.... j’en ai lu, j’en ai déchiffré de mon mieux la plupart des textes. J’aurais voulu en tirer une notice détaillée des parcelles ou fiefs, composant, au moyen-âge, le territoire d’Hérouville, et leur rendre un peu de vie, en présentant, sur chaque héritage, la série plus ou moins intéressante, mais extrêmement multiple, de ses possesseurs. Ce travail technique, embroussaillé, aurait peut-être, par un goût prononcé de terroir, composé, même pour les archéologues du meilleur estomac, un aliment indigeste. Je me borne à offrir à mes lecteurs, dont j’invoque la grande indulgence, un tableau d’ensemble dans lequel apparaîtront quelques figures en saillie, personnages d’origines variées, femmes surtout, autour desquels seront groupés les faits qui les font mouvoir dans le cadre où les hasards de l’existence les ont placés.
*

* *

Havoise de Montmorency vivait au temps de saint Louis. Fille de Mathieu II, connétable de France, le héros de Bouvines, et d’Emma de Laval, sa seconde femme, elle naquit après 1221 et fut conjointe, en 1239, avec Jamet de Château-Gontier, comte du Perche. On lui donna en dot la terre d’Hérouville, ce qui démontre que la terre d’Hérouville faisait partie des biens de la maison de Montmorency. C’était un assez beau domaine d’environ neuf cents arpents de terre, avec des droits lucratifs, la justice, les rentes foncières, le cens sur les principales habitations du village1, surtout le champart à la douzième gerbe, dont le produit formait la plus grande partie du revenu2. En abandonnant Hérouville à Havoise, le sire de Montmorency s’était réservé une rente de soixante livres, à prélever chaque année sur le rendement de ce champart, ce qui donne une idée de l’importance qu’avait alors l’ensemble de la seigneurie3.
La jouissance d’Havoise fut troublée par son frère Guy de Laval qui, devenu majeur, fit rentrer dans son domaine, par des procédés léonins, la dot de la dame de Château-Gontier. Guy, en 1246, se qualifiait vicomte de Rennes, seigneur de Vitré, Acquigny, Hérouville... etc. Après son veuvage (1259) et la mort d’un de ses frères consanguins, Havoise réclama un partage plus équitable de la succession paternelle ; elle dut avoir recours au Parlement, pour obtenir la saisine Fraterne porcionis. Guy fut obligé, en 1263, de restituer à sa sœur une partie de la terre d’Hérouville, montant environ aux deux tiers de la totalité du fief. Guy conservait l’autre tiers, destiné à former par la suite la parcelle du territoire connue sous le nom de fief de Laval ; mais il laissait à sa sœur l’obligation de payer soixante livres de rente au chapitre de Beauvais et la chargeait encore d’une rente de quarante livres, à son profit, le tout à prélever sur le revenu du champart.
La dame de Château-Gontier avait installé sur son domaine le tribunal, les officiers de justice, les receveurs, la prison... En 1270, une rixe à main armée suivie de mort d’homme et de pillage dans les maisons étant survenue à Hérouville, les sergents de la justice locale s’emparèrent des coupables et les mirent au cachot. On allait les juger quand le bailli de Pontoise, avisé du cas, envoya prendre les prévenus et les fit conduire aux prisons du roi. Havoise en appela au Parlement de ce qu’elle considérait comme un abus d’autorité : elle se disait souveraine maîtresse des sujets de son fief, maintenant que l’héritage lui en avait été régulièrement dévolu. Antérieurement, il est vrai, de semblables cas s’étant présentés, la justice royale en avait été saisie, parce que Havoise ne détenait la terre que in dotalicium, sous la tutelle du châtelain de Pontoise. La situation ayant changé, elle réclamait l’exercice intégral de ses droits. Le bailli prouva que, depuis quarante ans et plus, le roi était seul haut justicier dans toute la châtellenie de Pontoise, sauf sur les terres du sire de l’Isle-Adam et sur celles de quelques abbayes. Un arrêt de la Cour donna raison au bailli, attribuant à la justice d’Hérouville la répression des délits de violence, lutte, coups et meurtrissures sans effusion de sang, la police, l’entretien des voies publiques, etc., mais non la connaissance des meurtres, incendies et pillages laissés à la juridiction royale.1
L’aurore du XIV° siècle nous présente, à Hérouville, une situation assez embrouillée. Philippe de Château-Gontier, seconde fille d’Havoise, est en possession du grand fief ; le petit fief, appelé Laval, est aux mains de son cousin, Bouchard de Laval, petit-fils de Guy, dont nous avons parlé. Mais ces nobles parents ne s’entendent pas. Philippe ne veut plus payer à Bouchard la rente champartière, qu’elle lui doit aux termes du partage de Guy, à moins que Bouchard ne se reconnaisse son vassal sur ce point. C’est une grosse affaire, la ligeance exigée entraînant des obligations agaçantes et coûteuses. En 1301, dame Philippe actionne sire Bouchard, personnage à la dissipation duquel le fief de Laval a dû de fortes amputations. Bouchard, pour en finir, a cédé, rétrocédé, échangé ou vendu son héritage très diminué à son neveu Guy de Laval. Celui-ci, en 1306, soutient le procès, s’opposant à la ligeance prétendue par la dame d’Hérouville. En 1307, le fief débiteur de la rente a été saisi, pour non accomplissement de son dû, par le bailli de Montmorency, et remis au sire de Laval à titre d’indemnité. Dame Philippe en appelle aussitôt ; l’année suivante, le Parlement casse la sentence du bailli comme excessive et remet le fief champarteur à la dame d’Hérouville, la condamnant, sous peine de gros dommages, à s’acquitter de la rente, arrérages compris depuis plusieurs années, flétrissant la débitrice comme ayant donné, pour sa défense, « beaucoup de mauvaises raisons »2 !
Philippe de Château-Gontier avait été conjointe avec Guillaume de Longray, gentilhomme du Maine ; elle vivait encore en 1319. De cette union, une fille unique, Jeanne de Longray fut unie à Guillaume de Silly, d’où provinrent les sires de la Roche-Guyon. Mais déjà le domaine des Montmorency, à Hérouville, avait subi des morcellements dont nous constatons les conséquences. Une fraction assez importante, comprenant un manoir et cent arpents de terre parait avoir été acquise par Guillaume de Mory, seigneur de Villepinte, vassal de l’abbaye de Saint-Denis, qui en dota sa fille.

Les abornements signalés dans les aveux de la fin du XIV° siècle citent fréquemment « Madame d’Hérouville », ce qui prouve que cette personne possédait, sur le territoire, pas mal de bien. Cette Madame d’Hérouville est Ysabeau de Mory, fille de Guillaume ; elle était, dès 1356, en possession d’une partie de l’ancien fief d’Havoise et de Philippe1 ; jeune, orpheline, vivant sous la tutelle de son frère Guillaume de Mory, seigneur de Villepinte, elle épousa d’abord Guillaume de Broullart, du Parisis, et d’une famille alliée aux d’Orgemont, aux Montmorency. Ce chevalier périt sans doute aux guerres, et la veuve s’unit avec Jean de Thibouville, chevalier, appartenant à une famille connue en Normandie, depuis 1200, par des services rendus à 1’Etat.2
Jean de Thibouville, peu après son mariage, fit aveu du fief d’Hérouville3 à messire Jacques, seigneur de Montmorency (1371). La même année, il passait avec ce suzerain un accord touchant le relief de dix-sept arpents de terre qu’il venait de racheter sur une autre fraction de l’ancien domaine d’Havoise de Château-Gontier. La maison qu’il habitait, avec sa femme, était «  un manoir sis devant le Moustier bordant la rue et touchant les hoirs Thomas Ramé ». Un aveu de 1373 cite, sur cette même place de l’église « une masure tenue par messire Jehan de Thibouville ». Telle était la position de l’hôtel seigneurial habité par les détenteurs de cette fraction de l’ancien domaine des Montmorency.
Madame d’Hérouville, comme l’appellent les actes postérieurs à 1398, relatifs à son veuvage, passa la plus grande partie de son existence en ce manoir, ayant pour voisins la famille Ramé, les Péronne, MM. Jean d’Hérouville père et fils, les seigneurs de Brécourt, Jean d’Ardel, fils de la demoiselle de Cauches, et autres individus formant une petite société de gentilshommes laboureurs, endossant tour à tour la brigandine, ou menant la charrue ; il fallait vivre, les temps étaient durs ; à la prospérité du siècle précédent avait succédé la désolation de l’invasion anglaise ; la ruine s’apprêtait à entrer dans toutes les maisons. Après Guillaume de Thibouville, chambellan du duc d’Orléans, et Catherine de Thibouville, sa sœur, mariée au sire de Havelen et morte en 1419, Pierre de Havelen, devenu seigneur d’Hérouville, trouva la terre si endommagée qu’il ne put payer, en 1423, la rente de soixante livres due aux chanoines de Beauvais ; ceux-ci lui accordèrent, en 1426, un dégrèvement ; mais à partir de 1442, les chanoines ne touchèrent plus un sou ni une gerbe. Le débiteur avait disparu et le suzerain, Jean, baron de Montmorency « mit le fief en sa main » par défaut de devoir rempli.4
Nous ne nous attarderons pas sur les discussions élevées entre ce riche seigneur et les chanoines, au sujet de la rente champartière d’Hérouville, les uns réclamant, d’un bien ruiné, leur dû au total, l’autre se refusant à s’acquitter des obligations contractées par son aïeul ; le sujet est attristant et fastidieux. Nous en tirerons seulement ce fait, qu’en 1467, le domaine ne rapportait plus que dix livres de revenu. A bout de procès, Montmorency abandonna le fief aux chanoines de Beauvais, qui le firent gérer par un cultivateur de la localité, Jean Dieu, personnage dont le nom est resté célèbre, à plus d’un titre, dans la paroisse.1
Au moment, en effet, où le pays semblait plongé dans la misère, une grande dame, une insigne bienfaitrice, avec le concours de ce Jean Dieu, au nom prédestiné, opérait l’œuvre la plus importante et la plus coûteuse qui ait jamais été accomplie dans la localité, la construction du monument actuel appelé l’église Saint-Clair d’Hérouville.

*

* *
Jeanne de Laval, comtesse de Vendôme, était fille de Jean de Montfort-Gaël (Guy XIII à Laval) et d’Anne de Montmorency, dernière descendante en ligne directe du connétable Mathieu et d’Emma de Laval. Née en 1407, elle épousa, en 1424, Louis de Bourbon, comte de Vendôme ; elle fut la sexaïeule d’Henri IV.
Jeanne, dès 1414, avait hérité du petit fief qui portait son nom, dont les aînés de sa maison avaient été possesseurs à toutes les générations. En diminution sur les 250 arpents de terre dont il se composait à l’origine, le fief de Laval, disloqué de 100 arpents et de l’hôtel seigneurial acquis par la famille de Péronne, au XIII° siècle, ainsi que de quarante arpents situés aux Essarts, sur le chemin de Pontoise, avec l’hôtel de la Tonsure, au bout de la rue des Bourgeois, inféodés à Guillaume Coudoie (Couldoué,), ne comprenait plus, en 1306, lorsque Guy IX, sire de Laval et de Vitré, en fit aveu à son «  chier cosin le seignor Jahan de Mo-ranci »2 que quatre-vingts arpents de terre labourable, dont vingt-deux au « Val de Névillé », quatre au « Buissonnet par où l’on va aux Massiés », quatorze au « chemin de Brécourt et à celui de Labbeville », quarante arpents aux « Essarts », en bordure de ceux que détenait Guillaume Coudoie pour une rente de quatre livres par an, des rentes en nature montant à quatre setiers vingt-deux boisseaux et le cens rapportant sept poules et soixante-dix deniers à percevoir sur quatre maisons de la rue des Bourgeois, principale artère de la partie sud du village. En 1382, le seigneur de Laval3 avait produit un nouvel aveu dans lequel il se donnait pour voisins Charles de Péronne, le curé d’Hérouville et Michel de Jouy, de Pontoise, Mahé de Villette, Jean Gueury, Jean de Brécourt, Pierre du Boutet, Etienne Lemaistre, le seigneur d’Hérouville, Pierre Lahouste, Guillaume Coudoie, Michel Taillechaire, Perrin Barthélemy, etc.4 Sur ce tout petit bien, auquel elle tenait sans doute, comme à un souvenir de famille, Jeanne s’intitulait dame d’Hérouville ; elle possédait au moins le point central et pour ainsi dire le cœur de la paroisse, cette « haulte butte » sur laquelle se trouvait l’église, ou tout au plus la ruine d’un édifice primitif, vieux déjà de trois cent cinquante ans, « fondu » sous le poids des ans et sous les coups des désastres publics. Jeanne en fit l’abandon aux paroissiens pour reconstruire leur église. Elle fournit les premiers fonds à l’exécution d’un plan, dont les grandes lignes et l’élégance de style prouvent que la comtesse de Vendôme ne demeura pas étrangère à l’œuvre. Elle dota la fabrique d’un héritage destiné à l’entretien des objets du culte. A son exemple, les habitants augmentèrent avec émulation cette petite fortune jusqu’à produire ce qu’on appela, au XVI° siècle, « la terre Monsieur Saint-Clair d’Hérouville ».
Dans un récent travail présenté à la Société archéologique de Pontoise, M. Coquelle a démontré que « le chœur d’Hérouville avec son abside pentagonale, sa voûte en cul-de-four et les deux baies romanes qui en encadrent une autre de style flamboyant, la base du clocher et la nef possédant onze colonnes grosses et courtes... etc. » permettent d’attribuer à l’érection du monument, deux époques, dont la plus ancienne remonte au XII° siècle. L’an 1356, il est fait mention dans la localité, de « une maison sise devant le Moustier »; un aveu de 1374 présente un « Manoir devant le Moustier bordant la rue » ; un acte de 1382 mentionne, aux champs, « la terre au curé d’Hérouville »1 Ces fragments de texte et les caractères spéciaux de l’édifice suffisent à établir qu’il existait un monument religieux antérieurement à la fondation de la comtesse de Vendôme, mais il est certain qu’à l’époque où vécut cette dame, ce monument, par suite des guerres ou par vétusté, manque d’entretien, appauvrissement des fidèles, indifférence des seigneurs du lieu, était tombé en ruines et qu’une construction nouvelle s’imposait. La paroisse subissait alors l’influence du nommé Jean Dieu, simple cultivateur mais homme sage et de bon conseil, à qui les chanoines de Beauvais avaient, avons-nous dit, témoigné une extrême confiance -d’ailleurs déçue- en lui remettant à bail l’exploitation de la grange champartière. Ce manant pouvait manquer d’envergure dans le maniement d’un grand fief ; il n’était que simple jardinier, fils de Nicolas Dieu, jardinier aussi, cultivant ensemble « les jardinages » situés derrière la haute butte, et logeant dans une maison pour la possession de laquelle ils étaient vassaux du fief de Laval ; il est néanmoins évident que par son caractère et son honorabilité, Jean Dieu exerçait une autorité morale sur son entourage.
Jean Dieu reçut des habitants d’Hérouville la mission de se rendre à Paris, auprès de la comtesse de Vendôme « pour chevir et composer à prix d’argent ou de quelque manière que ce soit avec ladite dame », sur l’acquisition du terrain où se trouvaient les restes de la vieille église, dans le but de procéder au plus tôt à la reconstruction d’un édifice « en l’honneur de Dieu et de Monsieur Sainct Clair ».
Le 13 janvier 1443, devant les notaires Robert de la Mote et Nicolas Billery, Madame la Comtesse, mue de dévotion, « consentit donation pure et simple » auxdits habitants du village d’Hérouville à elle appartenant en partie et à maistre Jehan Dieu, leur procureur » du « lieu appelé communément la haulte butte de Hérouville, contenant environ un arpent et demi, ledit lieu environné de trois rues à commencer de la rue du fief Clerbourg et en suivant jusques aux jardinages qui sont derrière la haulte butte appartenant à Nicolas Dieu.1 La donatrice voulut que « le dit lieu et tout ce qui y sera construit et édifié » relevât de son fief de Laval à six deniers par an payables à la Saint-Denis. Puis « afin de laisser mémoire pour le remède et salut de son âme », elle a donné vingt livres tournois « pour commencer ladite église » ainsi que deux arpents de terre au chemin de Brécourt achetés par elle, cinq ans auparavant, au sieur de Clerbourg. Enfin, elle a demandé qu’un Salve regina soit chanté pour elle, tous les samedis en la nouvelle église, et que, chaque année, au retour du jour de cette fondation, une messe « pour la prospérité et santé de la dicte dame », soit célébrée au maître-autel laquelle, « après son trépassement » servira « au remède et salut de son âme.2 On croit, en outre, que Jeanne de Laval a donné la cloche dont le fa naturel appelle allègrement les fidèles à l’office, à moins que ce don provienne de Claude de Sansac qui fut dame fondatrice au siècle suivant.
La bienfaitrice d’Hérouville mourut en 1468. Elle avait pu voir l’achèvement de l’église Saint-Clair. L’œuvre fut rapidement menée si l’on en juge par la netteté de son style. Il est d’un seul jet, limpide, assuré ; une telle unité règne dans l’ensemble que, sauf la fenêtre à meneaux flamboyants de l’abside et les ornements à feuillages sur corniches de quelques piliers, rien ne révèle au premier coup d’œil la différence d’époques constatées dans la fondation et dans la reconstruction : la hauteur du clocher est surtout d’une conception princière ; une porte, au flanc nord, ouvrant sur les fonds baptismaux présente, dans l’arcature, des reliefs finement modelés d’un caractère ogival flamboyant propre à la fin du XV° siècle. On croit y voir les traces de quelque nouvelle largesse testamentaire de la comtesse ou des soins particuliers de son successeur, qui fut son petit-fils. Celui-ci, François de Bourbon, qualifié par les papiers d’Hérouville « comte de Vendomois, seigneur d’Epernon et de Rémallart », mourut à Verceil, le 2 octobre 1495 ; il avait fait vendre par Jacques de Breslay, son procureur, le 28 février 1487, devant les frères Contesse, notaires au Châtelet de Paris, son « fief de Laval, assis à Hérouville, près Pontoise », à un conseiller du roi au Parlement, maître Antoine de Paris, qui le paya cinq cents livres comptant. Il ne comprenait plus que quarante arpents de terre tant au val de Livilliers qu’au Buissonnet et au chemin de Brécourt ; douze setiers d’avoine, quelques deniers et quelques poules de cens sur quatre maisons de la rue des Bourgeois dont était l’hôtel de la Tonsure, plus huit livres parisis de rente sur les quatre-vingts arpents des Essarts, appartenant aux héritiers Coudoie.3 La rente champartière de quarante livres, due par le fief d’Hérouville, était rentrée de force, par suite d’un procès qu’en 1474, François de Vendôme avait intenté et gagné contre MM. les chanoines de la cathédrale de Beauvais.
  1   2   3   4

similaire:

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\Mémoires de la Société archéologique et historique d'Avesnes, t....
«Le château du Quesnoy», Mémoires de la Société archéologique et historique d'Avesnes, t. 27, 1980, 12 p

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin. Tome xciv de 1967

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\Rapport 2-05 : Demande, auprès de l’Etat, de la création d’un établissement...

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\N° 2 ~ Album du département 63 (Puy de Dôme) jusqu’au 95 (Val d’Oise)...

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\Association des "Amis du Vexin Français"

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\SociéTÉ D'Études scientifiques et archéologiques
«Sicile, des grecs aux normands 1500 ans d'histoire – Bretagne, la numérisation du patrimoine archéologique – Toulouse, quand les...

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\La critique historique
«la littérature est l’expression de la société» I e elle change avec elle, ds l’espace et le tps

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\En quoi l’écriture littéraire sous toutes ses formes est-elle particulièrement...
«Poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance. Et c’est ainsi que le poète se trouve aussi lié, malgré lui, à l’événement...

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\A. L’évolution du monde depuis 1945 : un monde structuré par des logiques de guerre froide
«Société/Ere d(e L)’abondance», société de consommation, société industrielle/postindustrielle

La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d\Ema ecole, Mutations, Apprentissages
«Éduquer et transmettre : quelle école demain ?». Merci également aux services de l’iufm et de l’Université de Cergy-Pontoise, sans...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com