La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d'Oise et du Vexin





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Nous avons dit que, vers la fin du XIII° siècle, une fraction assez considérable du fief de Laval avait été aliénée au profit de la famille de Péronne, originaire sans doute de la ville dont elle portait le nom. Ce lopin se composait de cent arpents de terre, épars sur le territoire, de plusieurs maisons, dont la Cerisaie, payant le cens, rue des Bourgeois, droit de champart sur plusieurs manants, et surtout de l’hôtel seigneurial, basse-cour et dépendances, ancien logis des Montmorency et des Laval, lorsque, par hasard, ils se rendaient dans la localité. En 1374, nous retrouvons, dans cet établissement, Jean de Péronne qui, le 10 août, rend aveu de son fief au sire de Montmorency. Il y avait là « un hôtel où les prédécesseurs du seigneur avouant logeaient, maintenant en mauvais état », de sorte qu’il a fixé sa résidence dans la métairie à côté, « manoir avec cour et jardin contenant en tout un arpent, et un clos devant, la porte du manoir de un arpent avec une charterie joignant audit clos » le tout situé au levant de la haute butte, c’est-à-dire au chevet de l’église en descendant vers les Coutures, qui bordent le grand chemin de Pontoise à Chambly.1
Les terres de Jean avoisinaient celles de Jacques de Péronne et de Guillaume de Péronne, qui lui payaient des redevances, ainsi que Guillaume de la Croix qui pouvait être son gendre.2 Un titre de 1380 rappelle que « l’hôtel de Péronne » entouré de murailles, s’élevait en bordure de la place de l’Eglise, dans le voisinage des manoirs du sire de Thibouville et de la famille Ramé ; une ruelle les séparait ; il s’ouvrait sur la place, près le chevet de l’église et sa voie, d’accès, pour descendre à la rue des Bourgeois, dont l’entrée était marquée par un calvaire, n’était autre que la rue dite de Clerbourg dans l’acte de fondation de Saint-Clair daté d’un demi-siècle plus tard.3
Jacques de Péronne, successeur de Jean, en 1398, était un riche seigneur, possesseur du château de Stors près l’Isle-Adam.4 Il délaissait naturellement Hérouville, où son hôtel de Péronne s’effondrait de plus en plus. Son successeur, Jean de Péronne, s’en désintéressa tout à fait. Jean et sa femme Perrette de Vuignes, probablement fille de Guillaume de Vignes, nommé dans un abornement de 1398, vendirent tout ce qu’ils possédaient dans notre paroisse, à Jean de Louviers, en 1425. Toutefois la famille de Péronne, richement possessionnée à Hérouville, ne devait pas disparaître encore de la localité. Louis de Péronne payait des redevances censives au fief de Laval, en 1438. Guillot de Péronne vécut dans la paroisse jusqu’en 1450 ; son bien fut acquis par Guillaume Benoit, laboureur, dont la petite fille, Françoise, le transmit à messire Gérard Caffin, curé d’Hérouville. Nous trouvons ici les noms des deux plus anciennes familles de cultivateurs de la localité ; la tradition veut qu’elles existassent déjà au temps de saint Louis. Le fait est possible, la difficulté est de le prouver. Nous attirerons seulement l’attention sur l’acquisition de biens fonds par de simples manants que le travail et l’économie avaient enrichis. Charlot de Péronne avait, après 1450, définitivement liquidé ce qui restait de la fortune de sa maison. Son existence est signalée sur les lieux depuis 1405. Pierre de Bréban acheta les derniers lambeaux des biens des Péronne pour en faire le noyau d’un domaine qui, en 1468, portait son nom.
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La propriété foncière a changé de maîtres. On voit qu’elle n’est plus aux mains de ces grands seigneurs féodaux, dont quelques noms ont paru dans ces pages. La chevalerie a disparu, décimée par la guerre, ruinée par les dépenses de la Cour ; une couche nouvelle la remplace en partie, avocats, juges, financiers, hommes d’affaires et de lois, et... commerçants. Les fournisseurs des armées sont devenus des millionnaires et d’autre part, l’édit de 1409, autorisant les Bourgeois de Paris à acquérir des biens nobles, jette sur la banlieue des sacs d’écus en échange de sacs de grains. De notre chartrier sortent maintenant des noms ronflants, mais sans qualité, des noms de lieu de naissance portés, avec particule, par des épiciers, des drapiers, des bijoutiers, des bouchers, quelques parlementaires, avocats ou conseillers, des prêtres qui placent, comme les autres, leurs économies dans les guérets de la Brie, de la Beauce ou du Vexin.
Qui est ce Jean de Louviers, dit l’aîné, dont le nom rappelle les moulins à foulons de la Basse-Seine, acquéreur de vingt sous de rente sur l’hôtel de Péronne, en 14051 ? Son apparition dans la paroisse produit un fait nouveau. C’est un marchand de drap, bourgeois de Paris, marié avec Margot Bignet, fille de Lambert Bignet, drapier comme lui. Jean de Louviers le jeune, leur héritier, marchand drapier et bourgeois de Paris, époux de Jeannette Clutin, vulgairement appelée la Clutine, reparaît dans nos champs en 1425. Il achète tout le bien de Jean de Péronne et de Perrette de Vignes2 ; peu après, à la suite d’acquisitions nouvelles, il a fait du fief qu’on appela Brécourt, une propriété dont la ferme se dresse au nord de l’hôtel de Péronne, de l’autre côté de la principale rue du village. Avant 1443, date de sa mort, Jean de Louviers avait revendu la plus grande partie de ce qu’il possédait à Hérouville, événement regrettable, car ses descendants, devenus hauts et puissants seigneurs, avec un blason d’or à la fasce de gueules accompagné de trois têtes de loup (Louviers!) arrachées de sable, illustrèrent leur époque d’une gloire qui eût rejailli sur nos modestes sillons.
Un joaillier, Jean Clerbout, fut acquéreur de Jean de Louviers pour le domaine jadis possédé par les Péronne. Fils d’un argentier de la reine ayant fait une belle fortune3, il devint maître général des monnaies et conseiller du roi à la Chambre des Comptes. On le trouve, en 1439, marié à Marie Foucault, appartenant à une famille mi-partie d’épiciers, mi-partie parlementaire, dont les membres n’allaient point tarder de parvenir également à la noblesse... Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur la facétie de ces braves gens qui trempent leur épée dans la mélasse avant de se la mettre au flanc ; bornons-nous à constater leur établissement dans les paroisses des environs de Paris, où ils se créent des positions seigneuriales, racines d’une Société nouvelle destinée à produire un certain éclat.
Suivons-les rapidement à Hérouville. - A Jean Clerbout ou Clerbourg succède Oudart Clerbourg, qu’on appelle aussitôt de Clerbourg, parce que le fief qui a pris son nom le lui rend avec la particule. Comme son père, il est général des monnaies ; on le voit parent des Foucault, des Hesselin, personnages importants dans les offices du Parlement et de la ville de Paris, ainsi que de gentilshommes appelés Jean de la Planche et Henri de Quetteville. Ces relations le mènent à un beau mariage. Il a épousé Jeanne de Longuejoue, dame de Saint-Germain, fille de Jean de Longuejoue, seigneur d’Yverny, et sœur de Mathieu de Longue-joue, l’un des principaux dignitaires de la cour de François 1er. Tous deux accrurent leurs possessions, mais ils n’eurent pas d’enfants, de sorte que Jeanne hérita, en usufruit, d’un tiers du fief de Clerbourg, avec les acquêts en nue propriété. Le surplus passa à Louis, frère d’Oudart. Celui-ci était seigneur du Moulin-Basset, près Saint-Denis. Il portait un écu fascé d’or et de sable de six pièces à la bordure de gueules chargée de six besants d’argent.1 D’accord avec sa femme Catherine Vigneron, il vendit Clerbourg, pour 240 écus d’or, à maître David Chambellan, le 13 mai 1497 (notaires Nicolas et Dreux Contesse à Paris). Cet acte nous apprend que Louis de Clerbourg était licencié ès lois, qu’il demeurait à Paris, dans son hôtel du Cornet, rue Saint-Martin, devant l’église Saint-Merry, ayant pour voisins le chaudronnier Etienne Aubouin, Jean Renaut d’autre part, et qu’au bout de sa maison se trouvait l’hôtel de la dame de Saint-Germain, sa belle-sœur, le tout provenant de la succession de Jean et Oudart de Clerbourg, défunts2. La dame de Saint-Germain vécut jusqu’en 15393, toujours propriétaire, à Hérouville, de parcelles du fief Clerbourg dont hérita son frère Mathieu, appelé Monsieur de Soissons, parce qu’il était évêque de ce diocèse ; il possédait également le fief de Bréban, dont nous parlerons. C’était le temps ou quelques-uns des petits fiefs détachés peu à peu de l’ancienne terre de Montmorency, commençaient à être réunis sous la main d’une des personnes qui ont signalé, avec intérêt, leur séjour dans notre paroisse ; elle nous a laissé beaucoup de documents.
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Voici d’abord un parchemin de la dimension d’une petite nappe, recouvert d’une écriture magnifique et très lisible. C’est le contrat de mariage de notre nouvelle dame et maîtresse. Claude de Sansac, « dame de Villiers-sous-Coudun et en partie d’Hérouvi1le » avec « noble homme » Jean Foucault, conseiller du roi et correcteur en sa Chambre des Comptes, signé à Paris, le 18 avril 1523, devant Aignan Pichon et Roger Roard, notaires, en présence de « nobles hommes et sages » maîtres Mathieu de Longuejoue, conseiller au Parlement, seigneur d’Yverny, et Charles Michon, conseiller du roi au Trésor, oncles de la mariée. Celle-ci, par suite de l’abandon de 25 marcs de vaisselle d’argent et d’un titre de rente de 175 livres sur la Ville de Paris, recevait de son tuteur Michel Brinon, son propre beau-frère, cinq mille huit cents livres tournois, argent comptant, avec les fiefs de Clerbourg et de Laval, sis à Hérouville1.
On se souvient, peut-être, que le comte de Vendôme avait cédé Laval, en 1487, à Antoine de Paris. La fille d’Antoine, Madeleine de Paris avait épousé maître David Chambellan, déjà possesseur du fief de Bréban, formé sur la paroisse par diverses acquisitions d’un prêtre appelé Pierre de Bréban, chanoine de N.D. de Paris en 1471, et plus tard curé de Saint-Eustache, qui revendit le tout en 1485 au dit maître David Chambellan.2 Ce Chambellan, seigneur de La Veuve en Berry, avocat général au Parlement de Paris, dont le père, Etienne, vicomte du Perron, avait joué, comme lieutenant général à Bourges, puis conseiller au grand Conseil, un rôle dans le gouvernement de Louis XI, ce Chambellan, quelle circonstance l’attirait à Hérouville, sinon son premier mariage avec Catherine Foucault, proche parente, sans doute, nièce de Marie Foucault, femme de Jean de Clerbourg, dont nous avons signalé la présence dans notre paroisse, une quarantaine d’années auparavant ? Les fils Clerbourg y furent propriétaires jusqu’à la fin du XV° siècle. Ils étaient, de David Chambellan, les propres cousins ; nous n’avons donc pas à nous étonner d’avoir vu David, propriétaire de Bréban, de Laval, acquérir enfin, de ces mêmes cousins, le fief de Clerbourg dont nous trouvons dotée Claude de Sansac, au jour de son mariage. Cependant David avait perdu sa première femme : il la remplaça par cette Madeleine de Paris, cueillie peut-être sur le territoire d’Hérouville et qui lui apporta Laval ; elle lui donna trois filles dont l’aînée, Madeleine, épousa Mathieu de Longuejoue, beau-frère d’Oudart de Clerbourg ; la seconde, Marguerite, fut unie à Charles Michon, seigneur du Bois-Bagnolet, conseiller du roi ; la troisième devint la femme de Jean de Sansac, seigneur de Villiers-sous-Coudun, clerc du roi en sa Chambre des Comptes, d’où naquirent Jeanne, épousée par Michel Brinon, greffier de la Cour des Aides de Paris, et Claude, dame d’Hérouville, dont nous développons ici l’origine. David Chambellan, grand-père de Claude, auquel elle succéda directement, étant orpheline de père et mère au moment du décès de cet aïeul, était, après la mort de sa seconde femme, entré dans les ordres : il devint doyen du chapitre de N.D. de Paris, et mourut en charge, l’an 1518, dans sa maison sise au coin de la rue Maleparole et de la rue Bertin-Poiré.3
Quant au marié de 1523, Jean Foucault, il descendait d’une lignée de gros épiciers de la rue Traversière ; petit-fils de Jean Foucault et de Perrette Herbelot, connus en 1463, il avait eu pour père Philippe Foucault, né en 1400, lequel se qualifiait bourgeois de Paris, marchand épicier et seigneur de Maudétour, fief acheté en 1489 des bénéfices d’un lucratif négoce. Ce Philippe d’ailleurs, personnage actif, cumulait toutes fonctions ; il était messager-juré de l’Université de Paris, sorte de maître de poste chargé du transport des paquets et correspondances des étudiants ; de plus, très processif, il plaidait constamment, gérait la curatelle du fils que lui avait laissé sa femme Colette Marisy, acquérait des biens nobles et augmentait tellement sa fortune que ses descendants purent, comme les Louviers et bien d’autres, faire figure de grands seigneurs cent ans plus tard1. Jean Foucault né avant 1500, mineur en 1511, institué correcteur des comptes en 1520, résigna sa charge en 1530 et mourut peu après, à la fleur de l’âge.
Un des premiers soins de la nouvelle dame d’Hérouville en partie fut de relever l’hôtel seigneurial de Clerbourg pour en faire sa résidence d’été ; elle y eut « hôtel avec granges, étables, cour, jardin, tout environné de murs d’une contenance d’un arpent », et un grand portail «  ouvrant sur la rue où est le puits Baderet », près duquel se voyait la petite porte pour entrer au clos du dit Clerbourg », comprenant aussi un arpent ; plus tard, elle fit construire un colombier. Les actes ayant trait à ces modifications sont datés de 1518, 1538, 1548, 1558 ;2 ces actes disent que l’hôtel de Clerbourg « tenait d’une part au jardin des Carrières, d’un bout à la terre aux Fischets et au puits Baderet, et d’autre à la rue aux Bourgeois, c’est-à-dire la rue du Bon-Puits, allant de la rue des Fischets à la rue aux Bourgeois ». Le puits Baderet, le puits Mégnin, le puits Callandre avoisinaient cet établissement qui s’étendait depuis le chevet de l’église jusqu’aux Coutures, bordant le chemin de Chambly à Pontoise. Il y avait précisément dans cette direction un fief appelé la Couture (pour culture) d’Anne-Marie, voisine du Clos Bataille et de la Couture du Diable appartenant aux Benoît ; plus loin étaient le fief Callandre et l’Ormeteau Marie. Cette Couture d’Anne-Marie contenait une ferme avec dépendances ouvrant sur la place du Puits-Baderet, un verger planté d’arbres fruitiers et une trentaine d’arpents de terre aux champs. Détaché des biens des Montmorency avant 1306, ce fief avait appartenu au XIV° siècle, à Jean Le Jeune, écuyer, puis à Sévestre Le jeune en indivis avec Jean de Hardeville qui en firent aveu en 13983. Jean Doulx-fils, écuyer, habitant Mézy, près Meulan, possesseur au XV° siècle, en trafiqua de son mieux, par inféodation partielle à Mahiet Benoit, en 1466, et par constitution de rente, au profit d’Antoine Dufour et Jean Letellier, de Pontoise, en 1477, « pour subvenir à ses affaires et nécessités ». Jean de Sansac, père de dame Claude, acheta, en 1492 les créances de Dufour et de Letellier et mit ainsi une main sur le domaine ; il s’empressa de porter sa déclaration au baron de Montmorency. Une autre rente avait été constituée au profit d’Odouart Comparel ; elle était payée par Pierre Benoit : Marguerite Comparel en jouissait avec son mari Vincent Maciot, bourgeois de Paris, seigneur de Nanteau-sur-Essonne, mais ils ne furent pas fâchés d’en trouver « acqueteuse et acheteresse » la noble Claude de Sansac, pour le prix de trois cents livres. Claude augmenta ainsi, en 1533, d’un nouveau fief, sa terre d’Hérouville qu’un second mariage devait accroître du double quelques années plus tard.1
Elle avait perdu son premier mari en 1532. Quittant Paris dès lors pour la campagne, elle vint résider dans sa maison de Clerbourg, où son séjour a laissé le souvenir des bienfaits répandus dans la paroisse. Elle gratifia de ses libéralités l’église Saint-Clair, dans laquelle elle avait, comme fondatrice, une chapelle ouvrant sur le chœur et dédiée au saint patron de la localité ; elle y pénétrait par une petite porte pratiquée dans le bas-côté du bâtiment à dextre et donnant accès sur le haut de la ruelle dite de Clerbourt, à cinquante pas de l’entrée de ce domaine. - Monsieur de Soissons, propriétaire de Bréban, oncle de Claude, faisait-il quelque-fois des visites à sa nièce ? On peut le croire malgré les occupations multiples du prélat et les honneurs dont il était entouré.
La carrière de Mathieu de Longuejoue fut la reproduction de celle de son beau-père, David Chambellan qui, fatigué de la vie séculière, se fit prêtre, mais le gendre parvint plus haut. Fils et petit-fils de conseiller au Parlement, où son bisaïeul maternel, Philippe Aguenin fut Président, Mathieu avait débuté au Châtelet comme conseiller, en 1502. Il était, avant 1518, conseiller au Parlement, et maître des requêtes en 1523. Sa finesse, ses connaissances en matière d’administration et de justice, son aptitude aux affaires le firent remarquer par les hommes du gouvernement. La monarchie était en quête d’esprits nouveaux et de caractères d’une trempe particulière ; la vieille noblesse n’avait plus qu’une demi-part à la direction de l’Etat ; la diplomatie, les finances prenaient une extension exigeant un personnel d’élite. Longuejoue fut employé au dedans comme au dehors à des missions délicates qu’il remplit avec succès ; la plus importante fut la ratification du traité de Cambrai, qu’il obtint de Charles-Quint, en 1529. Passé alors en Espagne, il négocia la délivrance des Enfants de France, otages de leur père, et les ramena au roi qui contracta de ce fait à l’égard de Mathieu, une véritable dette de reconnaissance.2
Mathieu de Longuejoue, marié avec Madelaine Chambellan, était devenu veuf avant 1518 et gérait alors la tutelle de ses enfants Thibaut et Jeanne. Lorsque ceux-ci furent émancipés, Mathieu entra dans les Ordres ; il eut d’abord l’abbaye de Royaumont (1530), puis l’évêché de Soissons (1533) ; il prit place dans l’Assemblée des Grands du Royaume, en 1536. La valeur personnelle de Monsieur de Soissons, l’amitié du connétable Anne de Montmorency, les sentiments du roi devaient porter ce prélat aux plus hautes charges. Il fut nommé conseiller d’Etat. Il reçut la garde des sceaux de France après la mort du chancelier du Bourg, en 1538. Remplacé par Guillaume Poyet, il reprit les sceaux en 1544, et mourut, très âgé, en 1558, plein d’une considération que ses contemporains ne lui ont pas ménagée.
Mathieu de Longuejoue était le légataire des biens de sa sœur Jacqueline, veuve d’Oudart de Clerbourg, à Hérouville. De ce chef il détenait, outre Bréban, un sixième du fief de Clerbourg, dont le reste appartenait à sa nièce. Venait-il à Hérouville ? Monsieur de Soissons, pendant que la grosse cloche était mise en branle en son honneur, pouvait, après avoir déposé sa mitre d’or, aller cueillir des fraises dans « un quartier de terre à prendre le long de la ruelle des Carrières, aboutissant par devant à la rue où est le puits Baderet, compris la petite porte pour entrer audit quartier de clos assise au long du grand portail de Clerbourg », c’est-à-dire dans un carré du jardin même de sa nièce, dont il se trouvait possesseur, par suite du susdit héritage et d’un accord passé, le 18 mars 1548, entre R. P. en D. messire Mathieu de Longuejoue, évêque de Soissons, et dame Claude de Sansac, maintenant femme de messire Jean de Berbisy1.
Claude, malgré ses occupations, ses acquisitions, ses restaurations d’édifices, etc., avait trouvé la solitude pénible, sous l’ombre de ce grand clocher où roucoulaient les bisets volages de son nouveau colombier seigneurial. Elle glissa sa main dans celle d’un brave gentilhomme bourguignon, écuyer du duc d’Orléans, que ses fonctions à la cour tenaient le plus souvent « demeurant à Paris », mais qui ne se refusait pas aux loisirs des champs. Claude, veuve de moins de quarante ans, sans enfants, épousa donc ce Jean de Berbisy. Leur union dura douze ans. Claude de Sansac était veuve pour la seconde fois peu avant 1558, date à laquelle elle rendit de nouveaux aveux pour ses possessions diverses. Laval, Clerbourg, Douffy - au duc Anne de Montmorency, dont la duchesse Madeleine de Savoie lui délivra quittance signée de sa main (autographe). Elle vécut jusqu’en 1571, portant à peu près l’âge du siècle.2 Elle laissa deux enfants Madeleine, mariée à Jérôme de Marie, seigneur de Versigny, et Jean-François de Berbisy que nous verrons en possession de la plus grande partie des terres de la paroisse d’Hérouville.
Il faut remonter au XIV° siècle pour retrouver le point de départ et la formation d’une des principales terres acquises par Monsieur de Berbisy, fils et héritier de dame Claude de Sansac. Il existait alors, à Hérouville, un certain écuyer portant le nom du lieu, avouant, en 1356 et 1373, à Montmorency, parmi ses possessions, « une maison devant le Moustier avec un arpent de terre devant la porte dudit Jehan d’Hérouville, joignant par derrière au chemin de Pontoise à Chambly »3. Cette position est intéressante parce qu’elle relève exactement l’emplacement qu’occupera plus tard le château, avec sa cour au couchant et son verger au levant, ainsi que le terrain situé devant l’entrée du château destiné à former plus tard la partie antérieure de l’avenue appelée la Bourgogne. Ce nouveau fief avait été détaché de celui qu’ont possédé jadis les Montmorency puisqu’il en subit et subira jusqu’à la fin la ligeance. Jean d’Hérouville, le jeune, écuyer, successeur et fils du précédent, augmentait son fief, en 1380, de vingt-huit arpents de terre à l’Ormeteau-Marie, sur le chemin de Chambly (ce sera plus tard le parc du château), à lui vendus par Jean de Thibouville et Thomas Ramé, puis de « terrains et masures devant l’église » entre le logis de Thibouville et d’Etienne Lemaistre. Après 1400, il avait pour successeur Jean Ram,. déclaré son héritier. Jeanne et Perrette Ramé, filles de Jean, succèdent à celui-ci et leurs époux rendent aveu à Montmorency, en 1456. Le fief est alors en indivis entre Jean et Alexis de Calais, fils de Perrette Ramé et de Jacques de Calais, et Denis Bataille, époux de Jeanne Ramé. Ce dernier, notaire à Paris, indemnisa ses neveux, posséda le fief complet par testament de sa femme, lui donna son nom - Clos Bataille, dont on a fait clos de la bataille bien qu’il n’y ait pas eu de sang répandu dans cette enceinte - et le vendit à Simon Bazannier, bourgeois de Paris, époux de Marie Turquan.1 Voilà de nouveau le commerce parisien se partageant les lambeaux du domaine des Montmorency, car Hugues Bazannier, fils de Simon, se qualifie « marchand mercier »2, et Michel Cavé, son oncle, possède, tout à côté, le petit fief d’Alligant, dont il fait hommage le 5 août 1484. Nous connaissons à cette date la composition exacte du fief Bataille ; il comprend maison d’habitation, cour et jardin, basse-cour avec grange, établis et colombier couvrant deux arpents, le clos et le haut verger de neuf arpents, plus soixante-treize arpents de terre loués à bail par Olivier Benoît dont le logis est adjacent au verger du côté nord. - Hugues Bazannier, fils du précédent, bourgeois de Paris, se disant « seigneur du fief Bataille par la succession de son père », céda ce fief à Toussaint Lepelletier, bourgeois de Pontoise, à raison de trente livres l’arpent, par actes des 21 juillet 1538, 28 août 1539, 6 mai 1541 (Claude Lemoine et Philippe Palanquin, notaires à Paris), et Lepelletier François, époux de Catherine Causette, qualifié « noble homme, conseiller du Roy au bailliage de Senlis et seigneur du fief d’Hérouville » passa à « noble homme Jérosme de Marle, écuyer, seigneur de Versigny au nom et comme tuteur de noble personne Jean-Français de Berbisy, mineur, fils de feu noble Jean de Berbisy et demoiselle Claude de Sansac, jadis sa femme, seigneur et dame des fiefs de Clerbourg et de Laval », l’hôtel seigneurial de clos appelé la Bataille avec dépendances, pour la somme de vingt livres une fois payées, et l’abandon d’une rente de quarante livres que dame Claude de Sansac avait acquise, en 1557, sur les greniers de la ville de Paris. Cette cession fut consentie à Paris, devant Doufas et Thiériot, le 12 juin 1568. Elle laissait en dehors de ses conditions une partie des terres du fief Bataille détenues par Marguerite Lepelletier, fille de Toussaint, mariée à Cardin le Bret. seigneur de Flacourt, doyen du Conseil, d’où elles passèrent à Marie le Bret, sa fille, mariée à Charles de Laubespine, neveu de la macabre Madame de Stors ; elle laissait également de côté la petite ferme de Bataille, occupée par Pierre Benoît avec un lot de terres données, par son mari, à Catherine Causette, veuve de François Lepelletier, qui en fit aveu, avec ses enfants, Toussaint, Catherine et Marie, en 15803. Ce petit bien s’appela dès lors le fief des Pelletiers. Toussaint Lepelletier, fils aîné de Catherine, le posséda en indivis avec ses sœurs Mesdames du Vivier et de Pamesol. Ils habitaient ensemble à Souvie, en Bourgogne, et s’occupaient si peu de ce lopin de neuf arpents de terre que leurs tenanciers, les Benoît, les Caffin, les Richardière, négligeaient de payer censives et redevances. Il y eut un procès. M. de Berbisy fut appelé à donner son avis. D’autres personnages, de noms mal connus, y figurèrent également, tel cet Alexandre de Turnia (écrit Tschournià) dont la femme, Gillette de la Porte, était propriétaire du petit fief Callandre1. Tout cela ennuyait les Pelletier, qui se débarrassèrent en 1603, pour 1666 livres comptant, de ce qu’ils avaient à Hérouville, terres aux Coutures, à Manlu, aux Pendus, et quelques sous, quelques poules de rente sur plusieurs maisons de la rue des Fischets, artère-nord de la localité ; l’acquéreur Jean Lamisse était le prête-nom et le mandataire de messire Jean-François de Berbisy.

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Les Berbisy, dont l’écu portant un mouton paissant se confondait avec l’agneau pascal dans les ornements de l’église d’Hérouville, étaient originaires de Dijon, où l’on trouve encore une rue de leur nom ; vieille famille ayant occupé de bonnes charges de magistrature, mais de noblesse... acquise, si l’on en juge par les armes un peu trop parlantes qu’elle exhibait. L’ancien blason présente des emblèmes,... le nouveau, des calembours - Depuis Perronot de Berbisy, dit le Grand, vivant en 1339, marié à Odette de Mormant, jusqu’à Jean, son arrière petit-fils (cinq générations), que nous avons vu apparaître à Hérouville, la généalogie se déduit par individualités de conditions respectables, magistrats, chambellans du duc de Bourgogne, conseillers au Parlement de la province, maîtres des requêtes, écuyers d’écurie des souverains, etc ; un d’eux fit les frais de la chronique scandaleuse des derniers Valois - c’est une note gaie dans un ensemble plutôt rébarbatif2.
Jean de Berbisy, quatrième fils d’Henri, écuyer du duc Charles le Téméraire, qu’il suivit sur les champs de bataille, et de Jeanne de la Baume, fut élevé page du Cardinal de Lorraine et devint son écuyer ; nommé ensuite gentilhomme servant du Dauphin, François, fils aîné de François 1er, il passa écuyer du duc d’Orléans, plus tard Henri II ; c’est lui qui épousa Claude de Sansac, dame de Clerbourg, à Paris, le 17 mai 1544. En mai 1545, tous deux résidaient à Hérouville et recevaient des rentes payées par la dame de Brécourt, dont l’habitation faisait face à la leur.
Jean-François de Berbisy, leur fils unique, qualifié seigneur de Vil1iers-sous-Coudun, d’Auvers et d’Hérouville, naquit en 1546. Il perdit son père avant 1558, et vécut sous la tutelle de sa mère d’abord, puis sous celle de son beau-frère Jérôme de Marle, seigneur de Versigny, époux de Madeleine de Berbisy. Ce personnage étant « un des seigneurs suivant la cour » présenta son pupille, qui bientôt s’y trouva en bonne place, car, par lettres royales du 18 septembre 1571, Jean-François de Berbisy, âgé de vingt-cinq ans, reçut de Charles IX, le collier de Saint-Michel ; le 10 décembre 1592, il était nommé bailli et gouverneur de la place de Crépy-en-Valois, et peu après épousait Claude de la Guette, laquelle, autorisée de son mari, touchait, en 1575, un quartier des 2,000 livres de rente qu’elle avait sur la Ville de Paris.
La succession de Claude de Sansac, qui testa en 1571 et mourut peu après, à Hérouville, fut partagée le 9 octobre de la même année entre ses deux enfants. Les fiefs de Laval, Clerbourg et Douffy restaient à Jean François, déjà possesseur du Clos Bataille acheté pour lui, en 1568 par son tuteur, et qu’il devait plus tard compléter par l’acquisition des Pelletier. Le 18 mars 1580, Jean-François de Berbisy, chevalier de l’Ordre, et Jérôme de Marle, chevalier de l’Ordre, au nom de Madeleine de Berbisy, sa femme, firent à Madame la duchesse de Montmorency, comme successeurs de « messire Jehan de Barbisy », aveu du fief de Laval-Clerbourg avec trois muids de blé de rente dus par « les hoirs de Cugnac », dont messire François de Cugnac, baron de Dampierre, avait reconnu l’obligation par un accord daté de l’année précédente.1 . Cette rente était la conversion des quarante livres dues jadis annuellement aux sires de Laval par la grange champartière d’Hérouville, maintenant détenue par les Cugnac.
Cette rente grevait, comme nous le savons, l’ancien domaine d’Havoise et de Philippe, passé aux Thibouville puis aux chanoines de Beauvais, auxquels le sire de Montmorency l’avait abandonné en raison d’un passif exorbitant. Les chanoines l’avaient loué à Jean Dieu. Ce brave homme, par bienveillance ou par faiblesse, ne faisait point rentrer la douzième gerbe champartière que chaque paysan devait, sur cent, à la seigneurie dont il avait la ferme. Pierre Touillefaust, chanoine, la lui reprit au bout de quatre ans, la géra tout aussi mal, supporta les aveux à produire, les mutations à payer et l’engagement d’entretenir « clôtures et couvertures des bâtiments » de la grange sise rue des Bourgeois, non moins que « l’hôtel seigneurial » situé devant l’église.2 La charge était lourde ; le fermier s’en trouva écrasé lorsqu’en 1474, le sire de Laval (comte de Vendôme) obligea les chanoines à lui payer la rente de trois muids de blé ou quarante livres, dont nous parlons. Touillefaust se démit. Les chanoines eurent recours au seigneur d’Ennery, messire Guy de Flavy, de puissante maison, qui consentit à prendre, à la pointe de l’épée, la gestion de leur bien : on l’en voit détenteur en 1488.3 Mais après lui, et sans doute sous la gestion de sa fille Jeanne de Flavy, morte en 1508, le fief des chanoines périclita de nouveau et fut l’objet d’une liquidation ; c’est alors que la ferme du champart et la plus grande partie des terres furent acquises par le seigneur de Dampierre, moyennant l’obligation de payer les rentes ducs aux chanoines de Beauvais et au possesseur du fief de Laval.
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Un cadet de Gascogne, pauvre, bien né, nommé Antoine de Cugnac vint, simple écuyer, mettre son épée au service du roi Charles VI, contre les Anglais ; il fut placé en garnison au château de Rochefort-en-Yveline. Dans cette forteresse avait pris asile Jeanne Le Brun, fille d’Adam, sire de Palaiseau, veuve de Guillaume de Harville, avec de petits enfants.
Jeanne est qualifiée par les généalogistes, dame de Palaiseau, Nesles, Balincourt, Dampierre et Hérouville. Comment cela ? C’est que le terroir d’Hérouville n’appartenait pas en entier aux Montmorency et à leurs successeurs. Dès le milieu du XIV° siècle, les Le Brun, issus de Gilles Le Brun, seigneur de Trasignies, beau-frère du sire de Joinville, et connétable de France en 1248, avaient des biens dans la localité, au sujet desquels ils étaient en procès ayec les moines de Saint-Martin de Pontoise, gros décimateurs. Ils possédaient Nesles, Valangoujart et Balincourt. Le dernier, appelé Jacques, ajoutait à ces domaines la possession des terres de Palaiseau, Dampierre, et se disait seigneur en partie d’Hérouville. Chambellan du roi, en 1408, il périt à la bataille d’Azincourt, laissant ses terres à sa sœur Jeanne, qui épousa, en 1418, l’écuyer de Cugnac. Celui-ci trouva, dans cette union romanesque, amour, considération et fortune. En 1423, il était chevalier, chambellan du roi et fort bien en cour. Charles VII lui donnait, pour ses services, trois cents royaux le 19 avril 1431. Il suivit toutes les guerres du règne et mourut en 1451, laissant un fils Pierre, que les papiers d’Hérouville appellent François et une fille Marie, femme de Geoffroy de Courcillon.
Les Cugnac-Dampierre, héritiers de leur mère Jeanne Le Brun, se succéderont dès lors à Hérouville, dans le voisinage des Chambellan et des Berbisy, tous grands seigneurs, tous chambellans et maîtres d’hôtel des rois, maîtres des eaux et forêts en Orléanais où se trouvait, près Gien, leur seigneurie de Dampierre. Ils feront des acquisitions de terres, figureront dans les aveux, les abornements, jusqu’à ce que les dépenses d’une vie fastueuse, les frais occasionnés par les guerres de religion, principalement la dissipation de François III, qui fut conseiller du roi aux Conseils d’Etat et privé, lieutenant-général au gouvernement de l’Orléanais, chevalier de l’Ordre et maréchal de camp, ait apporté la ruine dans la maison.1
Cependant Monsieur de Berbisy, sa sœur morte sans enfants, son beau-frère de Marle ayant péri assassiné en 1590, avait recueilli toute la succession maternelle et pris bonnes racines à Hérouville, dont il se qualifiait seigneur partiel, comme son vassal Dampierre. Déjà, depuis quelques années, il s’était créé une installation définitive et digne de sa condition, en construisant « le grand logis » c’est-à-dire le premier château qui put vraiment porter ce nom dans la localité. Elevé au sommet du clos Bataille, faisant face, du côté ouest, à la rue Bourgeoise et par sud à l’église, de l’autre, au « haut verger » que bornait le chemin de Chambly, ce logis occupait à peu près l’emplacement, mais un peu plus au nord, de l’ancienne « maison séant devant l’église » où Messieurs d’Hérouville faisaient leur résidence au XIV° siècle, où résidèrent ensuite les Ramé, les Bataille, les Bazannier, laquelle, en 1568, n’était plus qu’une « masure » avec « basse-cour et grange » jardin et colombier, le tout « partie clos de murs, ouvrant sur la grande rue dudit lieu », s’étendant « de la dite grande rue au chemin de Pontoise à Chambly2 ». C’est là que se retrouvera dès lors le château d’Hérouville avec sa cour d’honneur, sa basse-cour, la pelouse entourée de bosquets et de futaies, couvrant une superficie de neuf arpents entre la grille donnant accès à la grand’route, et la porte de sortie du bas sur l’ancien chemin de Pontoise.
Le château nouveau, grande bâtisse à trois-étages éclairés de multiples ouvertures, sans caractère de style, comme l’on peut s’en rendre compte par un croquis trouvé dans nos archives, était achevé avant novembre 1588, date à laquelle le maître y résidait lorsqu’en présence de Robert Moreau, gruyer de Saint-Denis, et Antoine Caffin, habitant du village, peut-être son fermier, il remit à M. H. Réaulme des Oilletz, fondé de pouvoir de messire Louis de Berthon, seigneur de Grillon, chevalier des Ordres du roi, maître de camp du régiment des Gardes, en résidence à Blois, auprès de S. M., cinq cents écus fixés pour la rançon de l’écuyer Jacques Dauvet, seigneur des Arènes, beau-frère du dit sieur de Berbisy et prisonnier de guerre du dit maître de camp1. Cette libéralité, volontaire ou forcée, attire notre attention sur le second ménage de Jean-François veuf de sa première femme, il avait épousé le 15 mars 1583, Aimée Dauvet, fille de Guillaume Dauvet, seigneur des Arènes, président au Parlement de Paris, qu’il perdit en 15952.
Monsieur d’Hérouville - on lui donnait dès lors ce nom - toujours fidèle au parti de la cour, accepta, en janvier 1595, la charge de maître d’hôtel du roi pour laquelle il prêta serment le 6 décembre 1594 et qu’il conserva jusqu’à sa mort ; il suivit Henri IV dans la conquête de son royaume ; il prit part au siège d’Amiens, en 1597. Marié une troisième fois, le 23 juillet 1595, avec Elizabeth de Fergon, fille d’Etienne de Fergon, seigneur de Veniers, général des finances en Poitou, il se retira, avec cette dame, à la campagne, variant ses séjours entre Hérouville, Auvers et Paris, où nous l’apercevons encore, en 1603 ; traitant, dans son logis de la rue du Pain-Mollet, une affaire avec Claude Lamisse, avocat au Parlement. En 1616, le ménage Berbisy vivait à Hérouville, augmentant la terre d’acquisitions au bois de Gérofay. En 1621, il donnait à bail pour quatre ans, au prix de 180 livres de loyer, à François Frémont, tailleur d’habits « la basse-cour d’Hérouville avec le jardin derrière la bergerie, le clos appelé la Bataille, les greniers, la foulerie, cave, étables et granges, à la réserve du grand logis sinon la petite salle basse et la cuisine, dont jouira le dit preneur, à condition de prendre à sa charge les menues réparations, avec le colombier que le dit preneur sera tenu de rendre bien peuplé, et le pressoir en bon état qu’il soit prêt à tourner et travailler ». Le preneur s’obligeait à donner aux chevaux de son maître un quarteron de gerbe de vesce « quand ils iront au dit lieu », et s’interdisait de « couper aucun bois dans le dit clos ni jardin déclaré3 ». Dès lors, M. et Madame de Berbisy habitaient le château d’Auvers, acquis de l’abbaye de Saint-Denis, en 1599, d’où fut daté, le 20 septembre 1623, l’aveu de leurs possessions, rendu au duc de Montmorency, pair et amiral de France ; cet acte cite les héritiers Cugnac et Lepelletier ; les Caffin (Michel, Jean, Pierre, Ambroise, Gérard, Robert, Eléonor) ; les Benoît (Michel et Denis), Gautier Lemoine, François Haumier, Anne Trianon, Nicolas Josse, Jean Thibout, Jean Boivin, Madame de Stors et Monsieur de Morely. Antoine Caffin logeait au puits Baderet sur la limite de la clôture sud du château, et Robert Caffin sur la limite nord, tous deux à chaque entrée de la rue des Fischets, qui coupait la pelouse du château en séparant le clos Bataille du Haut Verger, et devait plus tard, être englobée dans la propriété.1
M. de Berbisy annexa à la seigneurie d’Hérouville l’important domaine de Dampierre, en 1626. François de Cugnac, dernier possesseur, était mort depuis dix ans. Les affaires de sa succession n’étaient guère limpides. Léonard de Rabutin, baron de Bussy, son beau-frère, n’avait pas touché la dot de sa femme, Diane de Cugnac, douze mille livres à prendre sur Hérouville. Antoine IV de Cugnac, dit le marquis de Dampierre, fils de François et neveu de Diane ne semblait pas disposé à s’acquitter envers l’oncle Rabutin. Celui-ci obtint, à son profit, le 21 juillet 1622, saisie du domaine, lequel, après longues formalités, fut mis en vente « par criées et subhastations » sous le porche de l’église du lieu, et malgré l’opposition du marquis, adjugé à Jean-François de Berbisy, pour le prix de 6o,ooo livres, avec les charges2. C’est ainsi que M. d’Hérouville, déjà possesseur des fiefs réunis Laval, Clerbourg, Douffy, Bataille, Pelletier, arrondit sa terre de la ferme du Champart, avec dépendances assez importantes louées par bail du 10 mars 1622, à Catherine Debray et à ses fils, au prix de 2,000 francs par an. La terre d’Hérouville comprenait maintenant plus de cinq cents arpents provenant, presqu’en totalité de l’ancien domaine des Montmorency, plusieurs fermes, maisons, château, etc., et la prééminence seigneuriale de l’église, où le vieux Berbisy venait assister aux offices dans la chapelle décorée de son mouton paissant ! Il mourut le 4 décembre 1632, à Auvers, âgé de quatre-vingt-sept ans, et fut inhumé dans l’église du lieu. Sa veuve, Elisabeth de Fergon, fut déposée près de lui, en 1639.

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Les Berbisy installés, nous n’avons qu’à les passer, rapidement en revue. - La caractéristique de leur humeur est cet amour de la propriété qui les pousse à acquérir sans cesse tous les lopins petits ou grands, dont peut s’améliorer leur possession, principalement aux alentours de leur résidence. Ils jouent des coudes ; ils étendent constamment leurs limites, encore resserrées entre des bâtiments, des jardins, des clôtures qui vont disparaître et se fondre dans l’ensemble du domaine arrondi3.

Etienne, huitième enfant de Jean-François, qui en eut dix, et l’aîné des fils de son troisième lit, né à Hérouville le 4 juillet 1604, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi en 1627, marié avec Anne du Plessis de la Saussaye en 1628, fut l’unique héritier mâle survivant et détint, jusqu’en 1660, les seigneuries d’Auvers et d’Hérouville. Il racheta les parts de ses sœurs, Mesdames de Saint-Martin et de Vaumain1 ; puis, successivement, entre les années 1633 et 1654, il attaqua et conquit, à coût d’argent, tous les possesseurs du groupe de maisons entourant le puits Baderet, sur le flanc sud du clos Bataille, et finit par raser ce pâté d’édifices, pour en incorporer le sol à son enclos2.
La vie assez tourmentée de ce seigneur, ses démêlés avec ses enfants, avec son suzerain l’abbé de Saint-Denis, avec les villageois de son entourage, au sujet de ses lapins, de ses pigeons... etc., ont été décrits avec un vif intérêt, par M. Mataigne, dans son histoire d’Auvers-sur-Oise ; nous n’y reviendrons pas. Remarié, en 1634, avec Marie le Rebours, morte en 1638 ; puis, en 1641, avec Françoise Nicolas, dame de Montmort, à Auvers, il mourut à Paris, où il était allé chercher du repos, laissant Hérouville à François, son unique fils, né en 1629, de sa première femme.
François de Berbisy, émancipé en 1651, connu sous le nom de marquis d’Hérouville, servit comme lieutenant au régiment des Gardes françaises, fut blessé au visage devant Arras, et dut quitter l’armée. En 1657, résidant au château d’Hérouville, il procédait au mesurage de ses terres augmentées de nouveaux acquêts. Il s’annexa l’immeuble de Louis Debray, le pré de Jacques Douart, la masure d’Hyacinthe Sanson. Il fit saisir Nicolas Caffin et Catherine Chéron3… Il eut de graves conflits avec ses sœurs, dont l’une fut une sorte de Marion de Lorme qui finit internée, et une terrible guerre de clocher avec son parent, M. de Charmont, alors seigneur d’un tiers de la paroisse, au sujet de la chasse en plaine et des honneurs dans l’église. Une sentence arbitrale du tribunal des maréchaux de France - il y aurait donc eu cartel entre les rivaux - trancha, en 1678, la question au profit du Berbisy, le Charmont conservant droit exclusif de chasser sur ses propres terres4.
Je pense, avec M. Mataigne, que François de Berbisy subissait une « situation financière assez précaire ». Beaucoup de procès, beaucoup de tristes affaires mal réglées, des dépenses à la cour et à la ville, de continuelles acquisitions de parcelles de terre à solder, voilà quels en étaient les suffisants motifs. Il devait beaucoup à son cousin Louis Testu, seigneur de Menouville, qui se fit délivrer, en 1683, une sentence du Parlement, pour saisie partielle d’Hérouville. Mais Berbisy, s’il était évincé, devait conserver le droit de chasser comme auparavant. Pour ceux qui, même en ce siècle, ont connu notre plaine giboyeuse, la consolation accordée avait sa valeur.
François de Berbisy avait épousé une femme riche, en 1658, Anne Couart, fille de Jacques Couart, seigneur de la Patrière, conseiller du roi, lieutenant de l’artillerie de France ; en 1677, elle garantissait pour son mari un emprunt de 25,000 francs. Elle ne lui donna pas d’enfants et lui survécut, avec un douaire, dont nous avons nombreuses quittances, revêtues des plus gigantesques signatures. Ah ! la calligraphie des dames d’Hérouville !
Le dernier de nos Berbisy mourut au château d’Hérouville le 13 décembre 1695, à 3 heures du matin, et fut inhumé dans l’église du dit lieu, où se voit encore, devant l’entrée du chœur, la pierre tombale recouvrant ses restes. Mal avec tous les siens, il avait, depuis 1682, fait une donation de ses biens à un ami, messire Jacques Pallu, conseiller au Parlement de Paris, qui assista à ses derniers moments1.
Nous ne pouvons passer sous silence les démêlés du marquis d’Hérouville avec le marquis de Verderonne qui, simple vassal pour Bréban de l’ancien Clerbourg, prétendait au titre de seigneur d’Hérouville et s’efforçait de rompre les liens qui l’attachaient aux Berbisy.
Bréban2, laissé par Mathieu de Longuejoue, en 1558, à son gendre, Jean Dauvet3, seigneur de Berneuil et de Frocourt, conseiller du roi, Président à la Cour des Aides, fils d’un Procureur au Parlement qui fut garde de la Prévôté de Paris, personnages de haute condition4, passa à Pierre Dauvet, chevalier de l’Ordre, gentilhomme de la chambre du roi, qui le donna à sa femme Marthe de Saint-Simon. Celle-ci céda Bréban, en 1602, à Madame de Stors, Madeleine de Laubespine, fille de Gilles de Laubespine, seigneur de Verderonne, alors veuve de René du Val, seigneur de Stors, président des comptes à Rouen, laquelle, dès 1580, avait acquis de Monsieur Dauvet, le sixième de Clerbourg, avec le petit potager provenant de M. de Soissons : elle eut ainsi à Hérouville 203 arpents de terre, une grande ferme et plusieurs maisons. C’était une femme experte en affaires et dont le nom reparaît à plusieurs reprises dans nos archives, mais l’aventure extraordinaire marquant la fin de sa vie est le point par lequel elle est restée célèbre au pays.
Madeleine de Laubespine, au château de Stors, était étendue sur son lit, morte ou tenue pour telle. On la porta dans la chapelle de Nogent, à I’Isle-adam, dont elle était fondatrice et où elle devait être inhumée. La cérémonie terminée, le cercueil est laissé tout ouvert (heureusement !) en attendant que le fossoyeur ait creusé le terrible trou. Mais le fossoyeur, en travaillant tout à son aise, avait remarqué les joyaux laissés sur le corps de la haute et puissante dame ; à nuit close, il revint dans le but de se les approprier. Il prend la main, cherche à en faire glisser une bague ; les doigts gonflés ne se prêtant pas au larcin, il brise un doigt... Madame de Stors se dresse. La douleur l’avait éveillée. L’homme s’enfuit, terrorisé. Madame de Stors, dont le costume succinct ne gardait pour vêtement qu’un suaire, sortit du cercueil et fit une demi-lieue, pieds nus, pour rentrer au logis ; elle eut beaucoup de peine à se faire admettre par ses gens, qui ne voulaient pas ouvrir à un fantôme. Elle vécut encore quelque temps, considérée par toute la région, comme une ressuscitée1.
Charles de Laubespine, neveu de Madame de Stors, hérita d’elle; en 1636, et fit aveu de Bréban à M. de Berbisy ; c’est lui qui épousa Marie Le Bret dont la mère, Marguerite Lepelletier, avait encore quelques biens, à Hérouville. Leur fils, Claude, créé marquis de Verderonne, en 1630, épousa Hélène d’Aligre, fille du chancelier de France de ce nom ; il ouvrit une campagne d’intrigues dans le but de n’avoir à reconnaître pour suzerain que M. le prince de Condé. Pour parer aux inconvénients devant résulter de cette affaire, M. de Berbisy risqua plusieurs visites conciliatrices. Stors était dans son voisinage, il y rencontra la fière marquise, sur les projets de laquelle égards ni révérences n’eurent d’effet. La hautaine fille du garde des sceaux invoqua les arguments de droit et ceux de fait elle fit valoir ses relations, la situation de sa famille, l’autorité qu’avait au Parlement son mari, la faveur du roi, non moins que la volonté de Mgr le Prince de Condé, suzerain d’Hérouville, successeur des Montmorency, de qui elle avait promesse et engagement « pour luy faire plaisir ». Malgré tant d’obstacles, l’affaire entamée en 1679 fut jugée, après beaucoup d’ennuis, de démarches et de frais, au profit du seigneur d’Hérouville dont les papiers étaient en règle2.
Jacques Pallu, seigneur d’Andigny, petit-fils d’échevins de la ville de Tours, d’abord payeur des rentes de la ville de Paris, puis, par acquisition de charge, conseiller du roi au Grand Conseil aux gages de 6oo livres par an3, prit possession d’Hérouville, en 1695, après la mort de François de Berbisy, dont il était, avons-nous dit, bénéficiaire par donation ; il continua la série des achats de biens ; les plus importants eurent pour résultat l’annexion de Brécourt et celle de Menouville.
Brécourt était une ferme enclavée entre le jardin situé derrière la bergerie et la basse-cour de l’ancien logis de messire Jean d’Hérouville, au XIV° siècle, le clos Bataille, au nord, avec le pâté de maisons du puits Baderet, au bout, et la rue du Bon-Puits qui la séparait de l’hôtel de Clerbourg. Brécourt ouvrait par un portail sur la Grande-Rue ou rue Bourgeoise à son point d’accès sur la place de l’Eglise.
L’ensemble des bâtiments couvrait un arpent de superficie, destiné à compléter la basse-cour et la melonnière du potager du château au XIX° siècle. Soixante-dix arpents de terre et plusieurs maisons du village en dépendaient. Depuis Jean de Brécourt, possesseur en 1352, reconnaissant à Saint-Martin de Pontoise une rente sur sa « grange dixmeresse » sise à Hérouville1, jusqu’à l’époque où nous sommes parvenus, ce fief a passé entre des mains si nombreuses qu’il n’en peut être cité que quelques détenteurs. Perrette de Brécourt, petit-fille de Jean2, le vendit à Jean de Louviers, en 1425. Nous connaissons ce seigneur-drapier qui posséda également Clerbourg. Sa veuve Jeannette Clutin en jouit avec son second mari Pierre de Landes, général des Monnaies. Sur Nicolas de Louviers, leur fils et successeur à Brécourt, il faut lire l’intéressant travail de M. A. Rey, publié dans le compte rendu de la séance (11 mai 1904 à Pontoise), de la Société historique du Vexin ; on y constatera l’importance du personnage que notre paroisse a pu compter parmi ses habitants... au moins passagers. Il vécut jusqu’en 1483. Son fils puiné Jean de Louviers, chanoine de N.-D. de Paris, vendit Brécourt à Richard Hélin, médecin de Charles VIII, en 1490 environ. Les Hélin, les Aguenin, les Burgonsie, les Cattin, les Suzet, sont des noms essentiellement parisiens, groupés en girandole autour de Brécourt. Léon Hélin, vers 1530, reconstruit le manoir qu’il habite, agrandit la basse-cour et fait élever un gigantesque colombier, longtemps appelé « fuye Monsieur Lion » ; ce monument s’écroula en 1840. Jean Morely, autre médecin du roi, achète le fief en 1536 ; il en fait, l’an 1540, aveu à Montmorency, ce qui prouve que ce petit domaine était encore un démembrement de l’ancienne seigneurie des premiers barons chrétiens.
Les Morely, dont le nom figure à tout moment dans nos papiers, restèrent en possession jusqu’en 1648 ; alors apparaît Arnoul Lallement, conseiller au Parlement, seigneur de Brécourt « comme représentant Monsieur de Morely » ; Gabriel Lallement lui succède dont la fille a épousé ce Nicolas Leclerc, seigneur de Lesseville, que Tallement des Reaulx présente comme tanneur de Meulan « prodigieusement riche ». Monsieur de Lessevi1le, le fils, maître des comptes à Paris, jouissant de soixante mille livres de rente, mourut Président de Chambre au Parlement. Par lui et par son beau-frère Henri Poncher, conseiller au Parlement, Brécourt avait, en 1669, été affermé, pour 1,200 livres de loyer, à Nicolas Caffin ; leurs héritiers, MM. de Lesseville et Poncher, vendirent, en juin 1699, ce même Brécourt à M. Jacques Pallu, seigneur d’Hérouville, qui le paya vingt-deux mille livres.
Menouville fut la petite ferme de l’ancien fief des Pelletiers, située à l’entrée de la rue des Fischets, en bordure et au nord du haut verger du château, avec un clos s’étendant jusqu’au chemin de Chambly. Acquérir cette ferme, avec toutes ses dépendances assez nombreuses, c’était donner suite au plan d’agrandissement dont nous avons soigneusement indiqué la marche. Menouville formé de divers lambeaux recueillis sur le terroir de la paroisse et agglomérés en fief, relevant, comme les autres, de Montmorency, avec une partie du bois de Girofay, redevancier de M. le prince de Conti, à Valmondois, était la propriété de M. Louis Testu de Balincourt, seigneur de Menouville, qui lui avait donné ce nom. Le père de Louis, René Testu, passait en 1631, avec Étienne de Berbisy, un « contrat de réunion des acquisitions » par lui faites sur le territoire de notre paroisse, où nous signalons alors son apparition. Sa veuve, Antoinette de La Fontaine, reçut Menouville en douaire, le greva de diverses rentes, c’est-à-dire d’emprunts hypothécaires, l’un au profit du sieur Fournier pour douze mille livres, l’autre en faveur de M. Soret de Boisbrunet, de Pontoise, prêteur de dix mille huit cents francs, remboursés en 1714 ; puis elle jeta ce bien aux mains du terrible Samuel de Charmant, son second mari, que nous avons vu disputer à François de Berbisy, à la pointe de l’épée (?) le droit de chasse sur le territoire commun. En 1683, M. et Madame de Charmont consentirent, avec S. A. Mgr le prince de Condé, seigneur de l’Isle-Adam, « contrat de vente du tiers de la seigneurie d’Hérouville », de sorte que le premier prince du sang de France fût devenu paroissien de Saint-Clair, si les héritiers Charmont n’avaient fait annuler cette vente. Louis Testu, dit Monsieur de Menouville, marié à Charlotte de Sébouville, eut quelque difficulté à se débrouiller dans la succession maternelle, afin d’en tirer ce qui lui revenait de ce que devaient prendre les héritiers Charmont ; il n’en obtint d’abord qu’un sixième à partager avec ses sœurs Mesdames de La Fontaine et de Lesseville. Le mécontentement des beaux-frères, les mauvais procédés des Charmont nécessitèrent une liquidation, dont voulut profiter avec un peu trop de précipitation, Jacques Charpentier, seigneur d’Ennery. Celui-ci, par clause d’un papier secret, se prétendait acquéreur de MM. de Menouville et de Charmont, pour le tout, mais il ne lui resta que la part de Charmont. M. Jacques Pallu, par arrêt du Parlement, en 1704, fut reconnu et demeura acquéreur ferme des terres et fiefs appartenant à M. de Menouville comprenant, d’après l’aveu qui fut rendu aussitôt, « la sixième partie de l’ancien fief d’Hérouville, vassaux, censives, rentes foncières, volailles, moulin à vent en ruine, droit de chasse, cent cinquante-deux arpents de terre, une ferme avec maison, cour, jardin, droit de champart sur cent arpents de terre, chargés d’une rente de cent cinq livres au profit de l’église Saint-Clair et de vingt-cinq livres au chapitre de Beauvais, plus sept arpents de bois à Girofay et un moulin à eau à Verville ». Il avait payé ce bien cinquante deux mille francs1.
M. Pallu avait de la fortune ; les Parlementaires n’en manquaient ordinairement pas. Mais ce qui, surtout, le faisait riche, c’est l’ordre dans sa maison, dans ses affaires. Que de paperasses tombent d’enveloppes cousues des trois côtés, cotées, annotées, numérotées, papiers grossiers couverts de chiffres, écritures, signatures, des comptes de fournisseurs, des liasses de quittances réunies par un lacet, un ruban, un cordon de soulier, parmi lesquelles les nombreuses quittances remises au fils par sa mère, Françoise Tuffier, pour son douaire depuis l’an 1673 jusqu’en 1710 ; la signature de la bonne femme monte, grossit et tremble à mesure que l’âge avance. On vit avec Françoise Tuffier touchant les quartiers de sa rente, on vieillit, on expire presque avec elle ! D’une autre chemise sortent des baux : bail de la grande pièce de la Maillière à Philippe Desgroux, en 1683, bail du fief de Brécourt à Jean Caffin en 1701, location du bois de Girofay à François Boucher en 1712, de la grande ferme d’Hérouville à Pierre Gouy en 1715, nouveau bail de Brécourt pour Pierre Gouy en 1721, etc ; voici des titres d’acquisition ou d’échange avec Louis Boixel, Anne Dupré, Claude Auger, Charles Marchand et Richardière. De 1731 à 1739, seront incorporées au domaine les pièces de terre, situées à l’ouest du château, destinées à former le préau appelé la Bourgogne, où se tiendront les fêtes d’Hérouville, puis l’avenue de tilleuls à double rangée aboutissant à la route de Pontoise à Méru ouverte en 1784. Une liasse des plus importantes a trait aux négociations menées, en 1704 auprès du cardinal de Bouillon, seigneur engagiste de la haute justice de Pontoise, pour obtenir, au profit de M. Pallu, l’autorisation de « clore la rue des Fischets qui traversait son jardin à Hérouville »1.
Un essai typographique de la localité trouvera sa place ici, puisque nous le tirons des abornements contenus dans les aveux, les partages, les actes d’acquisition ou d’échange, les déclarations et les titres divers de notre Chartrier.
Au moyen-âge, on se rendait à Hérouville par le chemin de Pontoise à Chambly, dit Grand Chemin ou Chemin du Roi. Passant derrière Ennery, cette voie pénétrait notre terroir par un quartier buissonneux boisé, appelé les Essarts, dont la remise de la Fouilleuse est un reste. A la Croisette, tandis que le Grand Chemin continuait, en droite ligne, franchissant les coutures, l’Ormeteau-Marie, Maules où se voit la Croix Rouge, pour se diriger sur Nesles par Fontenelles, une section se détachait à gauche, dite chemin de Pontoise à Hérouville, chemin de Pontoise à Labbeville, accédant au village par son extrémité sud, sur un point où se trouvait l’hôtel de la Tonsure dont les Essarts dépendaient. Là commençait du sud au nord, la rue des Bourgeois, déjà citée dans un aveu de 1306 ; artère unique du village, dans sa partie méridionale, elle était bordée de maisons relevant du fief de Laval, l’hôtel de la Cerisaie, les immeubles de la famille Dieu, etc ; à gauche, elle donnait accès à la ferme du Champart et à des habitations, aujourd’hui anciennes, mais dont la notion échappe à nos documents. La rue des Bourgeois, parvenue au pied de la haute butte de l’église, faisait un coude au couchant, pour éviter les jardins des Carrières situés sur un plan plus élevé, et venait aboutir, devant le porche de l’église, sur la place où se trouve aujourd’hui la Mairie. La butte se dressait dans un espace vide, sur le flanc duquel montait, en diagonale, vers la grande ferme voisine du chevet de l’église, le chemin pavé nommé, au XVI° siècle, la rue du fief de Clerbourg. Au bas de la butte, sur le côté nord, passait la rue du Bon-Puits, conduisant de la rue des Bourgeois au carrefour de la terre aux Fischets, direction du levant, bordée du côté de l’église par des maisons au nombre desquelles nous avons signalé les logis d’Etienne Lemaistre, de Jacques Dennery, de Monsieur de Thibouville et des héritiers Ramé, au XIV° siècle, ayant des jardins de peu d’étendue bornés par la ruelle de Clerbourg ; là se trouvait aussi la maison contenant le « four banal d’Hérouville ». Au centre de ce pâté d’habitations, se détachait, à gauche, face au clocher, la Grande Rue ou rue Bourgeoise, sur laquelle ouvrait l’hôtel de Brécourt, puis la maison et basse-cour de M. Jean d’Hérouville destinée à devenir le grand logis de M. de Berbisy et le château moderne. Par cette voie se continuait, vers les Maillières, le chemin de Pontoise à Labbeville, pendant que la rue du Bon-Puits, suivant sa direction entre les bâtiments du fief de Brécourt et ceux du fief de Clerbourg, gagnait le carrefour aux Fischets, où elle changeait de nom et de direction. Le point où elle arrivait est entièrement inconnu de nos contemporains, car il a tout à fait changé d’aspect et cessé de faire partie de la voirie publique. On y voyait autrefois un pâté d’édifices, accumulés autour de la ferme de la Couture d’Anne-Marie, dont les habitants ne devaient jamais tenir la porte close, parce que la cour contenait le fameux, l’excellent, l’intarissable puits Baderet, ressource de tout le village. La ruelle, pour y parvenir ouverte sur l’extrémité de la rue du Bon-Puits, devant le grand portail de Clerbourg, s’appelait la rue du Puits-Baderet ; les édifices qu’elle desservait payaient le cens au fief Bataille, au milieu duquel ils se dressaient. Sur ce point commençait, dans l’autre sens, la rue des Fischets, filant entre le clos Bataille et le Haut Verger, coupant, comme le dit un texte, le « jardin » du seigneur d’Hérouville, donnant ensuite accès à la petite ferme, ancien fief Pelletier devenu Menouville, au clos des Caffin, à divers immeubles relevant, les uns de Brécourt, les autres de Bataille, pour s’aller perdre aux champs, vers le Nord, dans le voisinage du Trou aux Anes.
Les acquisitions successives des châtelains1, la suppression de la rue des Fichets dans la traversée du domaine, changèrent l’aspect des lieux. Les vieux édifices de la place de l’Église, englobés dans le fief principal, furent supprimés. Clerbourg devint, avec son jardin, l’emplacement de la grande ferme, dont Jean Fessart prenait bail en 1731, avec trois cents arpents de terre. Brécourt disparut aussi dans la basse-cour et la melonnière du château, sauf le colombier
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