La Société Historique et Archéologique de Pontoise, du Val d'Oise et du Vexin





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Monsieur Lion conservé comme curiosité. Le quartier du Puits-Baderet2, déblayé des masures qui l’encombraient, fit place au jardin potager s’étendant au flanc du Haut Verger jusqu’au chemin de Chambly, et l’emplacement concédé dans la rue des Fischets, uni au domaine3, permit d’établir une pelouse entourée de bouquets d’arbres, que dominait une terrasse avec escalier, à chaque bout, pour en faciliter l’accès. C’est alors que dans le but de ménager la communication entre la section nord (rue des Fischets) et la section sud du village (rue des Bourgeois et place de l’Église), fut percée la ruelle menant, au long du clos Bataille, de la petite ferme, devenue, en 1731, location d’Ambroise Caffin, avec 200 arpents de terre, à la Grande Rue d’Hérouville, section nord du chemin de Pontoise à Labbeville, lequel venant des Maillières, passait devant la clôture occidentale du château pour tomber sur la rue du Bon-Puits, en face l’église, au coin même de la basse-cour de l’ancien Brécourt annexé par M. Pallu4.
En 1734, M. Pallu, seigneur d’Hérouville, paya une taxe de 6oo livres à l’Etat pour ce domaine ; il en avait fait aveu à M. le Prince, l’année précédente. A cette époque, le château et son jardin, avec le champart, rapportaient 6oo livres ; les deux fermes 6,328 livres ; les bois taillis et remises 3oo francs ; les droits seigneuriaux 102 1. ; les rentes en nature, 90 1 ; les rentes en argent, 46 1 ; les lods ès ventes, 200 fr. ; les bois réservés, 100 fr ; le moulin de Verville était affermé à Claude Leconte pour 500 francs. Le total du revenu montait à 8,266 francs, relief ou mutation auquel fut taxée la succession (en quenouille) de M. Pallu5. Ce dernier avait testé en 1736 ; il mourut en 1739, laissant, de Michelle Chanlatte, épousée le 3 juin 1685, à Paris, morte le 7 novembre 1711, trois enfants : -1 Jacques, né en 1693, mort en 1712 ; -2. Marie-Thérèse, née en 1690, religieuse ; -3 Françoise-Michelle, unie à Ange Pinon, conseiller au Parlement, qui devint seigneur d’Hérouville.

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Les Pinon formaient une vieille famille de noblesse de robe, connue avant le XV° siècle, dont un membre, Laurent, fut évêque d’Auxerre de 1432 à 1449. Jacques Pinon, seigneur d’Oncy et de Vitry-sur-seine, doyen de la Grand’Chambre et conseiller d’Etat, mérita d’être qualifié « Mécénas des gens de lettres et grand magistrat ». Il vivait au temps de la Ligue, et fut l’auteur des diverses branches dont l’une est représentée de nos jours par M. le vicomte Pinon, colonel en retraite, à Paris. Une autre branche fournit Simon Pinon, seigneur de Saint-Simon, conseiller au Parlement, mort en 1692, marié à Catherine Lenoir, père de Bernard Pinon, conseiller au Parlement, décédé en 1710, qui avait épousé Françoise Pallu, sœur de M. d’Hérouville. Ange Pinon, son fils aîné, était donc le cousin germain de Françoise-Michelle Pallu qu’il épousa en 1712. L’œuvre principale de ce personnage, d’ailleurs commencée par son prédécesseur qui n’eut pas le temps de la mener à bien, fut la reconstruction totale du château sur un plan moderne, dont l’exécution confiée à l’architecte Gaudot, fut achevée en 1740, sous l’heureuse inspiration des principes de l’école de Rome. Bâtiment central orné d’un péristyle à grosses colonnes et larges chapiteaux carrés, percé d’ouvertures à balcon, puis d’œils de bœuf dans une toiture très élevée dominée encore par de hautes cheminées ; vastes pavillons de chaque côté en avancée légère sur la ligne du fond, d’où partent deux ailes en retour, à toiture abaissée, avec mansardes. De cette époque date la grille monumentale ouvrant sur le préau de la Bourgogne. A cette époque, également, fut formé le grand parc ; on y consacra les trente-huit arpents de bonne terre situés à Maulu et au chemin d’Auvers, de l’autre côté du chemin de Pontoise à Chambly, s’étendant en face du château vers l’orient, en prolongation de l’ancien Haut Verger qui ouvrait, on se le rappelle, sur ledit chemin, dès le XIV° siècle.
En 1740, la justice seigneuriale d’Hérouville n’était que moyenne et basse : par lettres patentes du roi, elle devint haute justice, avec tribunal, prison, gibets et officiers, dont les quittances de gages se multiplient, dans nos archives, de cette date à l’an 1785, avec les signatures de Mes Potier, Laforest et Levasseur... etc., Grandin, notaire à Auvers, dut bientôt céder les affaires de la localité à MM. Cailleux, au profit desquels une étude fut instituée1. A M. Pinon doit être attribué le don du terrain, derrière l’église, où, sur l’emplacement des anciens jardinages de la famille Dieu, fut construit le nouveau presbytère.
Quelques acquisitions intéressantes, le renouvellement des baux des fermes, des poursuites en paiement de devoirs féodaux négligés, des fondations de messes et d’une rente de 50 livres pour l’entretien d’une lampe devant l’autel, malgré qu’ils eussent obtenu de l’archevêque de Rouen, l’établissement d’une chapelle privée dans leur habitation2, signalent la présence de M. et de Mme Pinon jusqu’en 1758. « L’état de la vaisselle d’argent et des livres trouvés à Hérouville à la mort de M. Pinon », et le « relief payé pour la succession de dame Françoise-Michelle Pallu » par sa fille, datés de 1759, prouvent, que le ménage Pinon partit la même année pour le grand voyage…
Françoise Pinon, leur fille (pas unique, elle avait une sœur, religieuse à Conflans-Sainte-Honorine), naquit en 1717, le 24 juin, à Paris, rue du Cloître-Notre-Dame et fut baptisée à Saint-Jean-le-Rond. Le 12 mars 1733, dans l’église Saint-Paul, au Marais, elle fut mariée, par Mgr de Laubrière, évêque de Soissons, officiant, à Louis-René de Brisay de Denonville, appelé le marquis de Brisay, seigneur de Bouère, la Vezouzière et la Duferie, mestre de camp de cavalerie et premier cornette des chevau-légers de la Garde du roi, en présence du comte et de la comtesse de Denonville, père et mère du marié, et des témoins : Louis de Rogres de Lusignan, marquis de Champignelles, Louis Quentin de Richebourg, marquis de Champcenets, oncles de l’époux ; Bernard Pinon, capitaine aux Gardes françaises et Nicolas Pinon, oncles de l’épousée. La veille, le contrat de mariage signé par le roi, la reine, tous les princes de la maison de Bourbon et les ministres, avait été lu dans le salon de M. Pinon, rue des Tournelles, en présence des mêmes Champcenets et Champignelles, de Mesdames de la Villeneuve et Courtin de Tanqueux, la duchesse de Chaumes, MM. de Méliand, d’Argenson, de Champignelles et Champcenets fils, de Jordy de Cabanac, le marquis de Soucy et autres parents, qui le signèrent à leur tour. On assurait à l’époux trois cents mille francs par versements successifs, une pension de quatre mille livres, avec le revenu des terres dont il portait le titre, héritage de son oncle, le comte de Brisay. La dot de la marquise consistait en quatre mille huit cents francs de rente sur deux maisons sises rue des Tournelles et soixante mille francs à venir sur la fortune de sa mère. Elle était, de plus, héritière d’Hérouville et elle recevait en don, de son oncle Bernard, les terres de Gellainville, Bouville et La Saussaye-en-Beauce, enfin trente mille francs pour l’acquisition des meubles du ménage1.
La jeune femme comptait seize ans et demi, le mari trente-deux. Cette union avait été préparée par diverses voies : les Courtin, les Lamoignon, amis intimes et parents du comte de Denonville en étaient les intermédiaires, la rue des Tournelles, où les familles occupaient des immeubles voisins, l’occasion ; un inventaire des biens et des dettes laissés par le comte, en 1749, présentera ce dernier comme débiteur d’une dizaine de mille francs envers dame Françoise-Michelle Pallu, ce qui prouve l’existence, entre les seigneurs d’Hérouville et ceux de Denonville, d’anciennes relations.
Comme naissance, l’alliance offrait des avantages recherchés à l’époque, Louis-René, fils unique (avec neuf sœurs) de Pierre-René de Brisay, comte de Denonville, marquis d’Avesnes et baron du Puiset, engagiste du domaine royal d’Yanville, seigneur de Maisons, Chénay, Levéville-en-Beauce, de Moncé, Nauvay, Terre-haut, Saint-Calais-au-Maine, pour nous en tenir à la lettre du contrat de mariage de 1733, était petit-fils du marquis de Denonville, maréchal de camp, gouverneur du Canada et sous-gouverneur du duc de Bourgogne, que le duc de Saint-Simon a déclaré « brave et honnête gentilhomme » pour pouvoir, sous cette couverture, l’éreinter plus à l’aise. Il était chef d’une vieille famille angevine, devenue beauceronne par suite d’une alliance contractée, au XVI° siècle, avec la sœur d’un cardinal, Charles de Hémart de Denonville, évêque de Macon et d’Amiens, dont le domaine passa aux Brisay, qui en prirent le nom. - Louis-René était né le 17 mai 1705, à Paris, rue Montmartre, baptisé à Denonville en 1705 et placé en 1716, âgé de 15 ans, dans les Mousquetaires du Roi, école militaire d’alors.
Ce qu’était l’enfant, un portrait peint par Largillière quatre ou cinq ans auparavant, et conservé dans la famille, va nous le dire : un petit saint Jean tout brun, très joli, très éveillé, sortant d’une peau de mouton, qui dissimule à peine sa nudité, un bras déjà robuste levant une croix de bois ; la tête de l’éphèbe aux cheveux bouclés, aux yeux vifs, au nez retroussé, à la bouche rieuse, sous une carnation ambrée à laquelle l’artiste a donné l’âme de son pinceau, révèlent les traits d’un gaillard disposé à bondir bientôt dans l’arène.
Dangeau, le duc de Luynes, feront connaître « le jeune Denonville qu’on appelle Brisay » comme un turbulent chevau-léger qui, dès l’âge de 17 ans, se lance dans des « extravagances blâmées par les gens sérieux de la cour, cabales contre le duc de Chaulnes, son chef direct, exigences dans la maison du roi, où Denonville, simple sous-lieutenant de la Garde (mais au rang de colonel), demandera « à souper dans les cabinets de Sa Majesté » les jours où il était de service, bien que les usages s’y opposassent1. Vivant à Versailles, courant sans cesse à Paris, en résidence chez ses parents ou dans quelque « folie » du faubourg, Louis-René, mestre de camp de cavalerie du 25 novembre 1719, à 18 ans, et camarade des jeunes seigneurs les plus lancés, dépensait beaucoup. Véritable bourreau d’argent, il ne se contentait pas de puiser à pleines mains dans la bourse paternelle, soulagée de 122,000 francs, en quelques années, il empruntait de tous côtés, même à des fournisseurs, il devait 1,250 livres à son tailleur, pour l’année 1722. Voltaire, à qui l’industrie était habituelle, lui avance quarante mille livres, hypothéquées à 10% sur les terres de Bouère, la Vezouzière, la Duferie. Six mois après son mariage, le marquis de Brisay obtenait encore de son père seize mille francs, s’engageant à mettre un terme à « ses enormes dissipations »2 ; mais il avait compté sans M. Ange Pinon, beau-pére moins conciliant, qui, le 14 mai 1735, se fit établir tuteur ad hoc de la marquise sa fille, obtint au profit de celle-ci une séparation de biens, et fit procéder à la vente du mobilier du ménage. Cette mesure était peut-être conservatoire, mais elle ne favorisait pas l’harmonie d’un couple privé du lit de famille ; elle enterrait à jamais la vie conjugale d’une jeune femme qui n’avait pas vingt ans.
Pourquoi poursuivre notre pauvre marquis dans une existence de casse-cou malheureusement trop commune aux gentilshommes de son temps ? Ses créanciers réunis en syndicat sous la présidence de Voltaire, ne lui ménagèrent aucun tournant, aucune poursuite, surtout après la mort de son père et alors que le terrible M. Pinon se faisait délivrer lettres de cachet, en vertu desquelles le marquis de Brisay voyageait de forteresses en forteresses, de Lille à Lyon, de Lyon à Angoulême, etc.... Saisie, vente de ses terres, de ses meubles, administration de la substitution sous laquelle le comte de Denonville avait placé Denonville « pour assurer du pain à ses petits enfants », et perception de tous les revenus, etc., voilà l’œuvre légale mais cruelle du syndicat Voltaire, dont le débiteur obtint toutefois une petite rente, pour ne pas mourir de faim1.
Entre temps Louis-René suivait brillamment sa carrière. Sa bonne tenue sous les armes lui fit attribuer, par le roi, en 1731, une pension de 3,000 livres, comme « faveur personnelle ». Blessé au siège de Philisbourg, il fut, devant cette place, nommé brigadier (1° août 1734)2. Le 27 octobre, il fut agréé pour la charge de lieutenant des chevau-légers de la Garde, accordée seulement aux officiers généraux, mais il fallait payer cette charge 200,000 fr., et bien que Louis XV eut accordé à M. de Brisay un brevet de retenue de 80,000 livres, le titulaire de ce don généreux ne put en profiter « en raison du mauvais état de ses affaires ». Le marquis de Brisay était chevalier de Saint-Louis, depuis 1735 ; maréchal de camp, du 1° janvier 1740 ; il fit, sous ce grade, la campagne de Bavière en 1742, puis se retira du service, en vendant sa charge de premier cornette pour 130,000 livres, dont le syndicat de ses créanciers s’empressa d’encaisser le total ; il mena depuis ce moment, jusqu’en 1777 environ, l’existence la plus heurtée, la plus pénible.
Que devenait l’épouse négligée de Louis-René, pendant les avatars plus ou moins correctionnels de son mari ? Retirée à Hérouville, dont elle était propriétaire depuis 17593, elle partageait son temps entre les occupations campagnardes, fondation d’une école gratuite, renouvellement de baux, ouverture d’une route, plantation d’une avenue, visites aux villageois, doux épanchements avec Babet, Rémy, Noël, Mlle Bertin, ses fidèles domestiques... et son appartement de Paris, situé d’abord rue des Trois-Pistolets, puis rue du Marché-Saint-Honoré, paroisse de la Madeleine.
Le marquis, caché à Tournay4 depuis vingt ans, ne faisait point de visites à sa femme. Les aventures qu’il avait soulevées, ses voyages forcés, les séjours dans les citadelles de l’Etat et les maladies qu’il y avait contractées avaient consommé ses dernières ressources provenant d’un petit héritage du côté maternel ; il n’avait obtenu du service de la guerre aucune liquidation de retraite. Son fils lui faisait une pension et lui abandonnait 3,000 fr. de solde qu’il touchait comme sous-lieutenant des gendarmes de la Maison du Roi. En 1777, le marquis de Brisay put enfin rentrer à Paris ; il chargea une parente d’intéresser sa femme à son sort. On se figure les dispositions de dame Françoise Pinon, à l’égard de l’homme qu’on avait si inconsidérément attaché à sa destinée. Il fallut l’intervention d’un homme de loi pour obtenir d’elle six mille livres déposées chez un notaire à Paris, dans le but de « prévenir la discussion judiciaire sur un sujet si délicat, et donner des marques de ses sentiments »5... Que d’amertume et de mépris pour cette réticence   ?
Bien que leur réunion dans la vie commune ait été, sauf au début, l’exception, Madame de Brisay avait donné deux fils à son mari. L’aîné, Ange-René, naquit à Paris, le 6 novembre 1735 ; baptisé à Denonville, le 14 avril 1742, il eut pour parrain son aïeul maternel, Ange-Pinon d’Hérouville, et pour marraine, sa tante Melle de Denonville (Gabrielle-Thérèse de Brisay). C’est lui qui, par beaucoup d’ordre, une sage gestion d’affaires, tira son père des griffes des créanciers, sauva l’honneur du nom, la fortune de la maison et mourut en 1787, laissant ses trois enfants dans une situation que la Révolution allait amoindrir. Maréchal de camp, lieutenant des gendarmes du roi, sous-gouverneur de l’Orléanais1, il avait épousé, en 1766, Louise Picot, sœur du général en chef, comte de Dampierre, tué à Famars, en 1793. Le second, Paul-Alexis, né en 1737, chevalier de Malte au berceau, vivait en 1754, et mourut avant sa majorité. Madame Pinon, sa grand’mère, lui avait destiné Hérouville, par substitution de sa fille qui opéra, plus tard, la même substitution au profit du cadet de ses petits-fils2.
Le vieux marquis, goutteux, sourd et ramolli, écarté de Paris, de Denonville et d’Hérouville, finissait ses quatre-vingts ans dans une petite maison aux bords de la Seine. Ses petits enfants l’y visitaient et s’amusaient de ses historiettes. Il ressassait des souvenirs de jeunesse assaisonnés d’un goût particulier pour les excentricités du grand Frédéric ; il marchait le dos voûté, la main appuyée sur un gros jonc à pomme d’or, il prisait, époussetait son jabot.., tout comme le roi de Prusse ; et quand on lui demandait pourquoi il se contrefaisait ainsi - « Mais vous ne savez donc pas, disait-il tout étonné, le grand Frédéric fait ainsi ! »
Il mourut le 25 octobre 1784, à Fontainebleau, et fut inhumé dans l’église paroissiale de cette ville3.
La Révolution éclata. Elle ne fut pas violente à Hérouville. La châtelaine était aimée en raison des services qu’elle rendait aux habitants du village et par suite de sa résidence habituelle au milieu d’eux. Elle habillait les pauvres, ainsi que le prouvent les comptes des lingères de la localité en 1793 ; elle avait, en 1790, acheté à Corbeil et fait distribuer tout le blé nécessaire à l’alimentation de l’année et à l’ensemencement des terres. Son meunier de Verville, Chardin avait moulu, pour elle, cette année-là, cinquante setiers de blé. En date du 28 juillet 1793, la municipalité délivra un certificat attestant que « la citoyenne Françoise Pinon, veuve Louis-René de Brisay, a toujours démontré par ses actions et ses bienfaits pour la patrie l’envie du maintien de la République et qu’elle a prêté le serment de maintenir la liberté et l’égalité »4. Ajoutons que la citoyenne envoya son argenterie à la Monnaie et qu’elle fournit quarante mille francs pour les frais de la guerre. Mais un danger imminent planait sur elle. La veuve Brisay était aïeule d’émigrés. Les Jacobins de Pontoise vinrent la chercher pour le Tribunal révolutionnaire. Les habitants d’Hérouville réclamèrent et obtinrent son élargissement. La vie reprit au château, vie végétative et d’attente, vie parfois anxieuse, mais la vie... On en juge par les comptes de dépenses, acquittés régulièrement, les mémoires des grainetiers, serruriers, maçons et couvreurs, laboureurs qui touchaient 460 francs pour défrichement à trois chevaux « dans la Bourgogne », c’est-à-dire l’avenue ; l’apothicaire, le boucher et le papetier fournissaient leurs marchandises à « la citoyenne de Brizay »1, et le cuisinier Mouton, le valet de chambre Appert, la femme de chambre Dispette continuaient leur service. Charles Perrot, le cocher n’avait plus à gouverner qu’une « bête asine ». Boissy, concierge, et sa femme ménagère, Madame Perrot, « femme de charge », Beau, garde des bois, Olive, jardinier, Cresson, journalier, et Cailleux, régisseur du domaine, laissent constater que la maison, pour une femme seule, était encore assez bien montée. Il fallut cependant, aux termes de la loi du 9 floréal an III, contre les ascendants d’émigrés, subir un partage avec la République. Celle-ci s’attribua et mit en vente la grande ferme et plus d’un tiers des terres de l’ancienne seigneurie d’Hérouville, estimée 860,000 francs. Personne n’ayant voulu se porter acquéreur des biens de l’ex-marquise de Brisay, celle-ci put racheter, pour la somme de 118,000 francs, qu’elle paya à longues échéances, la portion confisquée2. C’est ainsi que le domaine d’Hérouville ne fut point démembré.
La « grand-mère Pinon », comme on l’appelait dans la famille, vécut jusqu’en 1809 ; elle avait quatre-vingt-treize ans. Fidèle aux conseils de sa mère, elle avait fait une substitution de son bien en faveur du second de ses petits-fils. Les substitutions supprimées par le nouveau Code, elle maintint ses volontés par un testament, en vertu duquel Hérouville devint la propriété de Louis-Achille de Brisay qui fit valoir la terre et l’améliora considérablement. Mais le comte de Brisay avait dans les veines le sang de son grand’père ; le goût des spéculations plutôt que celui des plaisirs anéantit sa fortune. Terres, fermes, château, parc, tout fut vendu après sa mort (1855-1861) pour rembourser huit cent mille francs d’hypothèques et la dot de sa bru, la marquise de Brisay, mariée à Alexandre René, mon père, en 1845, qui à son entrée dans la maison la lui avait remise à discrétion.

Le château d’Hérouville, acheté par Monsieur Fessart, fut par les fils de celui-ci, cédé au fermier Joseph Boucher, qui en démolit la partie centrale, se réservant les deux ailes, l’une comme bâtiment d’exploitation, l’autre comme logis de sa famille.
La construction de Gaudot, éventrée, le parc, l’avenue, les pelouses passées au socle des charrues, l’air de désolation et d’abandon dans lequel se dresse aujourd’hui, sur sa vieille butte solitaire, le haut clocher de l’église Saint-Clair, présentent un aspect à faire penser que la civilisation moderne ne manque pas d’analogie, par certains de ses résultats, avec la barbarie du moyen-âge…
Heureusement, elle a respecté nos vieux papiers !

Marquis de Brisay.
Paris, 6 mai 1906.

1 Ce document est publié par la commission « Culture et Environnement » de la commune d’Hérouville. Renseignements : herouville@free.fr, et disponible sur le site internet de la commune d’Hérouville : http://www.herouville-en-vexin.net.

2 Un chartrier est un « recueil de chartes », autrement dit, un inventaire d’actes officiels.

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