Grille d’analyse socio-technique de la race ardenais roux





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Séminaire O2LA

Corte, 24-26/09/2011

GERARD Marie

Doctorante SEED (Université de Liège)

Grille d’analyse socio-technique de la race ardenais roux

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  1. Histoire de la race et de sa réimplantation en Wallonie



    1. Une extinction contrariée (18ème-20ème siècle)

« Parce que moi au départ je n’ savais pas que ça existait des moutons de cette couleur-là. […]. Mais je ne comprends pas, bon je ne suis pas vieux, vieux mais je n’ai plus 20 ans non plus, les Ardennais, ça ne m’a jamais rien dit […]. J’ai jamais vu des bêtes rousses, des moutons roux » (Robert Cardols, 12 avril 2011).

« Et donc c’est clair qu’on en a acheté parce qu’on les trouvait beaux. Et c’est vrai que c’était original et que les gens, à ce moment-là, étaient étonnés et surpris de voir un mouton autre que blanc ou noir ». (Christian Mulders, 31 mai 2011).

Mais quelle est l’histoire de cette curieuse bête qui, il y a une dizaine d’années encore, semblait avoir disparu de la mémoire des hommes et des éleveurs ? L’histoire de l’Ardennais Roux, de son extinction et de son retour sur le sol wallon à la fin des années 1990, est pleine de détours et de rebondissements. Elle fut essentiellement reconstruite par un éleveur hobbyiste flamand du nom de Staf Vandenbergh, passionné par l’histoire des races locales ovines de nos régions. A travers les musées, les brocantes et les bibliothèques, il rassemble patiemment les données qui vont lui permettre de reconstruire ce récit oublié. C’est alors la rencontre, au début des années 1990, de cet homme et de Christian Mulders, fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture encore fédéral et chargé de la mise en place de la législation MAE balbutiante, qui scellera le retour de l’Ardennais au Sud du pays, considéré comme le berceau de la race. Aujourd’hui, l’Ardennais Roux apparaît comme la race ovine la plus importante de Wallonie, « avec le plus grand nombre d’animaux et d’éleveurs ». (Extrait de l’AG du 23 septembre 2011).

Mais que s’est-il donc passé ? Reprenons depuis le début le fil de cette histoire dont Christian Mulders s’est fait le colporteur et que les éleveurs d’Ardennais se racontent et se transmettent…

« Au début du 19ème siècle, l'élevage du mouton était l'élevage principal dans les Ardennes, belges en tout cas. Au début du 20éme siècle, on a basculé totalement vers l'élevage bovin. Pourquoi est-ce qu'on a basculé vers l'élevage bovin? D'une part parce qu'on a réussi à améliorer le foncier. On a amélioré les parcelles, donc avec des parcelles plus fertiles, on peut se permettre le bovin. Parce que l'ascension sociale c'est de passer du mouton au bovin. Mais aussi et surtout parce que tout ce qui était landes et bruyères a été planté d'épicéa. Et donc tout ce qui était parcours pour les moutons a été planté avec un code forestier très restrictif qui exclut tout pâturage...avec des révoltes d'ailleurs populaires au cours 19ème siècle. Les gens n'étaient pas heureux qu'on leur coupait la possibilité de faire pâturer leurs moutons dans ces terres vaines comme ils les appelaient à l'époque. Et donc l'épicéa a chassé le mouton d'Ardennes et donc le mouton ardennais a connu une décroissance très très importante. » (Christian Mulders, printemps 2010).

Ce que Christian Mulders raconte de manière condensée, c’est l’histoire, appliquée au cas particulier de l’Ardennais Roux, de ce qu’on a appelé la « première révolution agricole » du 19ème siècle et dont les grandes lignes directrices n’ont cessé, tout au long du 20ème siècle, de se durcir et de s’intensifier. Les ouvrages et les thèses défendues par les historiens de l’élevage moderne ainsi que les articles publiés par certains historiens régionalistes ou folkloristes précisent cette histoire brossée à larges traits dans la citation précédente.



Au 19ème siècle, l’Ardenne apparaît comme une terre hostile et sauvage. On ne peut s’empêcher de lire avec quelque effroi la description peu engageante qu’en donne en 1829 V. Bronn, docteur de philosophie et professeur d’économie rurale et forestière à l’Université de Liège dans un petit ouvrage intitulé Mémoire sur l’utilisation des terrains incultes de l’Ardenne :

« Les terrains incultes de l’Ardenne, qui font partie du Royaume des Pays-Bas, sont situés dans les contrées les plus montagneuses du grand-duché de Luxembourg et des provinces de Namur et de Liège ; […]. Ils commencent au nord-est de la province de Liège, longent les frontières de la Prusse, s’étendent sur Spa, Francorchamps, Stavelot, etc., et, s’élargissant ensuite, ils envahissent la plus grande partie du nord du grand-duché et du sud-est de la province de Namur. Leur élévation est généralement assez considérable ; le point le plus élevé (945 mètres au-dessus du niveau de l’océan) est à la Baraque Michel, aux frontières de la Prusse, sur le chemin qui conduit à Sourbrodt, à Jalhay et à Néau. Le climat est très rigoureux, surtout dans les montagnes élevées, où il y a beaucoup de plateaux humides, tourbeux et marécageux, connus dans le pays sous le nom de fanges, d’où descendent la plupart des rivières et des ruisseaux qui arrosent le pays. Ces eaux stagnantes, qui reposent généralement sur une couche épaisse d’argile, qui ne leur laisse aucune issue, ont été prodigieusement augmentée dans quelques endroits, par suite d’une manière vicieuse d’exploiter la tourbe ; elles entretiennent dans l’air une humidité constante qui, jointe à l’élévation considérable du sol, rend le climat extrêmement dur et froid. Il y règne des brouillards épais, et les voyageurs traversant les fanges et se trouvant surpris par eux ou par la neige, s’enfoncent souvent dans les tourbières et dans les marais, et succombant à la faim et à la fatigue, ils périssent après avoir erré un ou plusieurs jours… »1.

Dans cette Ardenne de la première moitié du 19ème siècle, c’est toujours l’ancien système agro-pastoral qui régit l’économie paysanne. Les meilleurs terrains – qui demeurent rares sur ces terres pauvres – sont réservés aux cultures ; en certains endroits où le sol est particulièrement mauvais, la jachère s’impose une année sur deux. Dans de telles conditions, nourrir le bétail relève de la gageure et ce sont les usages ancestraux de la « vive » et de la « vaine » pâture qui permettent aux paysans d’assurer, durant la belle saison et jusqu’à la fin de l’automne, la nourriture de leurs animaux. Par conséquent, jusqu’au milieu du 19ème siècle, l’Ardenne est une région de paysage ouvert où, à côté de la superficie cultivée dépourvue de toute clôture, se trouvait des surfaces, plus ou moins vastes, plus ou moins importantes, ces « terres vagues » qui, pour la plupart d’entre elles, appartenaient à la commune, et où paissait le bétail. Comme le signale V. Bronn, ces pâtures

« consistent principalement en bruyères, qui donnent une assez bonne nourriture, surtout aux bêtes à laine, quand elles sont encore tendres et jeunes ».

C’est qu’effectivement, comme Christian Mulders ne cesse de le rappeler dans ses articles et ses entretiens, l’Ardenne était, jusqu’au 20ème siècle encore, une terre de moutons :

« Peu ont conscience du fait qu’avant d’être une terre d’élevage de bovins, l’Ardenne était un pays de moutons. Au début du 20ème siècle encore, l’Ardenne comptait plus de moutons que de bovins » écrit-il (Christian Mudlers, 1998).

C’est également l’opinion défendue par la revue Mémoires des Hautes Ardennes qui consacre tout un numéro aux bergers et aux moutons de l’Ardenne d’hier. Ces « bêtes à laine » ou ces « bêtes à fumier » comme on les appelait alors, paissaient durant la belle saison sur les landes de bruyères et de genêts de la commune, accompagné d’un berger élu par les villageois. Tout un folklore rural était associé à la vie des moutons et du berger. Tous les matins, les animaux étaient rassemblés par le berger qui traversait le village en chantant le chant du « liolo » ou en soufflant dans sa trompe faite en corne de vache ou de bœuf ; il ramenait les animaux à la nuit tombante avant de prendre son repos chez l’un des villageois chargé, ce soir-là, de l’accueillir. Mais écoutons le professeur Bernard Willems, auteur d’une jolie étude sur les bergers et les moutons de nos contrées d’autrefois et qui fait revivre ce départ des animaux renouvelé chaque matin :

« Et, tout à coup, la trompe du berger retentit. Il n’y a qu’une seule note, mais forte et sonnant loin. Le berger souffle à coups plus longs ou plus courts. Après s’être interrompu un moment, il répète son appel. Cela signifie, dans toutes les fermes où se trouvent des moutons : « De Scheffer tüt », les moutons doivent sortir. Le berger et son chien attendent calmement le rassemblement. Le troupeau suit toujours le même chemin habituel à travers le village. Des étables situées de part et d’autre de ce chemin, mais aussi des ruelles latérales, de maisons un peu éloignées, des groupes de moutons, tantôt grands, tantôt petits, accourent à la rencontre du berger. […]. Le troupeau se complète petit à petit. A l’autre bout du village, les chemins se séparent. Le berger y a le choix entre différents pâturage ; lui sait quand et comment les utiliser. Souvent, il se dirige vers les grandes landes devant la forêt. Fraîches et longues d’un doigt, les pousses de callune, de la callune sans piquants ni épines, y offrent une nourriture très appréciée. L’après-midi, il gagne alors les vieux chaumes des essarts, où l’herbe repousse et qui n’ont pas encore été broutés. Que les moutons vont s’y réjouir ! »2



Pour le professeur Bernard Willems, le mouton du pays était l’ « Islinger » (d’après l’Oesling, dite aussi Eisling ou Isling, dénomination de l’Ardenne et en particulier de l’Ardenne orientale) ; néanmoins, étant donné sa couleur rousse, on l’appelait partout dans le pays « Tête-rouge ». Il en donne la description suivante :

« L’Islinger ou Tête-rouge convenait bien à notre région. Il était résistant et, avant tout, peu exigeant en nourriture, une particularité qui n’était pas sans importance pour les anciennes étendues de bruyères, de genêts, de fagnes de notre terre montagneuse. L’animal était quelque peu haut sur pattes, contrairement à l’espèce introduite plus tard ; il avait d’assez grandes oreilles et produisait facilement de la graisse, mais moins de viande. La plus grande différence avec le mouton ultérieur résidait toutefois dans la production de laine. Le front de l’Islinger était ras et la tête sans laine jusque derrière les oreilles, tout comme les pattes jusqu’au tronc ».

D’après lui, ce mouton Islinger était indigène dans le Luxembourg belge et grand-ducal. Et effectivement, d’autres descriptions très semblables sont faites non plus d’un mouton appelé « Tête-rouge », mais bien d’un « mouton ardennais », très présent dans la province du Luxembourg. Ainsi, dans la revue Chasse et pêche des années 1886-1887, on peut lire :

« Tous trois [le mouton de race ardennais, le cheval ardennais et la vache ardennaise] se distinguent par leur petite taille, leur sobriété, leur endurance. Ils sont adaptés à un sol pauvre et à un climat rigoureux. Le mouton ardennais à la face, les oreilles et les pattes rousses. Le chanfrein est très légèrement busqué, les oreilles sont petites ; on le tient en général pour la laine et les agneaux. Sa chair a un goût très délicat. Transporté sur un terrain plus riche, il prospère à vue d’œil, mais habitué à un sol inculte, il est assez sauvage et ne laisse pas conduire en troupeau dans les terrains cultivés »3.

De son côté, Charles Morren écrit en 1849 dans sa « Notice sur les races anglaises de moutons les plus utiles à propager en Belgique et notamment en Campine, en Ardenne et au centre du pays » :

« La race ardennaise est sans aucun doute un produit du pays, comme toutes les races animales de cette région. Si le cheval des Ardennes est sans rival, le mouton des Ardennes est aussi une variété aborigène du plus grand intérêt. Petit, court, léger, vif, svelte…, le mouton des Ardennes est sobre, mais il exige l’herbe aromatisée de ses montagnes. Si sa chair est incomparable sous le rapport de la tendreté, de la délicatesse et du fumet, c’est sans doute le parfum des labiées, la tonicité des syngénèses, herbes délicieuses des collines subalpines de sa région, qui donne à cette viande son mérite et ses excellentes qualités ».

On trouve également diverses descriptions d’un « mouton d’Ardenne » dans les premiers ouvrages des zootechniciens français qui tâchent de répertorier les diverses « races » d’animaux en vue de leur « amélioration ». Ainsi, Louis Gossin, dans ses Principes d’agriculture appliqués aux diverses partie de la France publié en 1858 consacre un chapitre aux « Petites races de bruyères » dans lequel il fait mention de « la race des Ardennes » et dont il propose une description lapidaire :

« Plus nombreuse en Belgique qu’en France, tête et pied roux, laine blanche ou roussâtre, très médiocre ».

Après avoir écrit quelque mot sur « Les Solognots » dans le même chapitre, il conclut en affirmant que :

« La plupart des moutons de bruyères donnent une chair très succulente, ce qui tient surtout à la nature aromatique des plantes dont ils se nourrissent ».

Dans son ouvrage concernant l’élevage d’ancien régime, l’historien moderne Jean-Marc Moriceau, lorsqu’il définit brièvement les différentes « races » ovines françaises de l’époque, évoque le « mouton d’Ardenne », petit et à la couleur rousse. D’après Christian Mulders, certaines traces écrites de ce mouton remontent parfois jusqu’au 16ème siècle.

Comme les citations précédentes le laissent entendre, la « race ardennaise » était réputée pour la qualité exceptionnelle de sa viande. Au 18ème siècle, l’abbé Dom Nicolas Spirlet, dernier seigneur-abbé de Saint-Hubert, en vantait fréquemment les qualités. Comme il l’écrit dans une de ses lettres :

« Le mouton fait la richesse de l’Ardenne ».

En effet, sa viande aromatisée semble très appréciée par le roi de France en personne…La correspondance de l’abbé est truffée d’anecdotes relatives au mouton du pays et à l’organisation d’un marché d’animaux vers la Cour du roi. Il aurait sans doute été atterré de constater l’inexorable déclin du mouton ardennais. Pourtant, à la fin du 19ème siècle déjà, le nombre d’animaux ne cessait de diminuer. Si le premier inventaire des populations ovines organisé par le ministère de l’Agriculture en 1937 atteste que la race ardennaise est toujours la mieux représentée en province du Luxembourg, elle n’existe plus que dans de faibles effectifs. Giovanni Hoyois, auteur d’un ouvrage intitulé l’Ardenne et l’ardennais publié en 1949 en parle déjà au passé :

« Le mouton d’Ardenne, bien que tardif comme les autres espèces, jouissait d’une certaine réputation. Il était petit, léger et agile et portait ainsi la frappe commune. A l’âge adulte, il pesait de 25 à 35 kg, poids vivant. Sa toison était blanche, souvent roussâtre dans sa jeunesse, courte, fine et serrée. Sa viande était de fort bonne qualité, si maigre que fût la pâture. Quant à la laine, elle ne pesait pas lourd : de trois quarts de livre à une livre par an, mais elle était estimée ».

Plus rien dorénavant n’enrayera la chute accélérée de la population ardennaise. Pourtant, à peine un siècle plus tôt, Julien Deby, lorsqu’il réfléchissait aux races locales susceptibles d’après lui de s’étendre et de se propager, citait en premier lieu les ardennais et ouvrait sa réflexion en signalant ces « excellents moutons des Ardennes, dont les restaurateurs de Paris vendent souvent la chair pour du chevreuil… ».



C’est qu’entre-temps, l’agriculture et l’élevage avaient subi de considérables mutations et avaient radicalement changé de visages. Le mouton ardennais, attaché aux règles de l’agriculture d’ancien-régime, s’est donc éteint avec le système qui avait permis son développement et son rayonnement. En effet, le déclin progressif du mouton ardennais s’explique d’abord par la remise en cause, de plus en plus sévère au fil du 19ème siècle, des pratiques ancestrales de gestion collective du sol et de ses ressources. Le professeur V. Bronn résume bien les idées « progressistes » de l’époque : à ses yeux, l’obstacle majeur à l’amélioration et la culture des landes ardennaises en friche consiste

« en l’état d’indivision des landes communales, état dans lequel chacune cherche à s’enrichir aux dépens des autres, et où l’intérêt individuel est toujours opposé à celui de la commune et à toute amélioration ».

Les usages de la vive et de la vaine pâture – qui permettaient à la collectivité des paysans sans terre de nourrir leurs animaux sur des parcelles non encloses – sont toujours inquiétés davantage au profit de la propriété privée qui, elle, ne cesse de gagner du terrain. A partir de la seconde moitié du 19ème siècle, le mouvement des enclosures, encouragé par la loi du 25 mars 1847 sur le défrichement des terrains incultes et qui encourage, voir oblige, les communes à se départir de leurs terrains, ne cesse de prendre de l’ampleur en Ardenne. Les terres sont de plus en plus clôturées et, à la place des anciennes landes pâturées par les moutons, on trouve des prairies artificielles, plus riches, plus grasses et autorisant les nouveaux propriétaires à se défaire progressivement de leurs « bêtes à laine » pour accueillir sur leurs domaines des bovins. Petit à petit, les landes de bruyères et de genêts cèdent leur place à de nouvelles prairies encloses sur lesquelles, durant la belle saison, paissent des vaches. En 1949, l’abbé Joseph Bastin fera ce constat :

« La plupart des champs sont devenus des enclos ; le bétail y est parqué au printemps et ne rentre plus à la ferme avant les premières gelées de l’automne ; l’engrais naturel ne se perd plus sur le chemin ; de grand matin, le paysan est dans son clos pour traire les vaches et éparpiller les déjections. Ce système, emprunté aux régions herbagères, a amené la disparition des hérdîs èt hèdrèsses, dès dchéns d’vaches èt dès bordons âs-ânés ».

A côté des vaches, on trouve également sur ces parcelles privées de plus en plus d’épicéas car l’industrialisation et le développement des charbonnages créèrent des besoins importants en bois de mine. Le paysage ardennais change donc d’allure pour adopter celle qu’on lui connaît aujourd’hui : les anciennes landes se transforment : certaines en champs ou en prairies afin d’accueillir les bovins qui se multiplient ; d’autres sont drainées afin d’y planter les nouvelles forêts d’épicéa. En outre, à côté de ces mutations qui intéressent essentiellement l’aspect foncier, un autre danger guette le mouton ardennais : le développement des voies de communication – des routes, des chemins de fer…- autorise désormais le déferlement de nouvelles « races améliorées » au niveau de la laine et de la quantité de viande. Les élites tâchent d’introduire le Mérinos de Rambouillet pour la qualité de sa laine qui doit permettre le développement des filatures de Verviers et de Sedan. De son côté, Bernard Willems raconte le remplacement progressif dans l’Ardenne orientale de la « Tête-rouge » par la « Tête-noire » :

« Autour de 1900, l’Islinger a dû céder peu à peu la place au Tête-noire, le mouton dit anglais. Le Tête-noire est plus exigeant en nourriture et réclame un meilleur pâturage que ce que nous pouvions offrir auparavant. Il produit plus facilement de la viande et porte aussi plus de laine. Le nouveau mouton prit donc l’avantage grâce à son plus grand apport en viande et en laine. La laine frisée plus épaisse de cet animal descend sur la tête jusqu’au-dessus des oreilles et le long des pattes jusqu’aux articulations des genoux. Emergeant du buisson laineux de la face, les yeux regardent souvent bien droit. Grâce à cette épaisse robe de laine, l’animal peut aussi passer la nuit dehors dans un enclos ou ailleurs. […]. L’introduction de la Tête-noire dans nos troupeaux se fit par l’achat constant de béliers tête-noire. C’est tout d’abord le domaine de Grünkloster qui s’en procura un, de l’étable du célèbre propriétaire de moutons Peter Meis, de Steffeln. De là, cette race gagna Elsenborn et d’autres localités ».

L’ardennais ne résistera pas longtemps à ces nouveaux venus et les effectifs de la population ne cesseront de s’amoindrir ; le dernier troupeau important du baron de Fierlant de Freux, dans la province du Luxembourg, est vendu et dispersé à la fin des années 1960 ; le mouton ardennais s’est éteint au sud du pays.

A l’époque, cette disparition n’inquiéta ni n’ému personne : cela faisait déjà longtemps que la race ardennaise ne faisait plus partie du paysage et qu’elle était oubliée des hommes. Il fallut attendre le début des années 1990 pour que certains commencent à s’en préoccuper. C’est à l’occasion de la mise en place de la législation concernant les mesures agro-environnementales qu’un fonctionnaire du ministère de l’agriculture chargé de penser leur application concrète sur le territoire s’intéresse aux races locales en voie de disparition ; en effet, l’une des mesures concerne la « sauvegarde des races locales menacées ». Si le groupe de travail que Christian Mulders coordonne connaît bien des races de chevaux ou de bovin dont les effectifs sont depuis longtemps en perte de vitesse et qui pourraient bénéficier du statut de race locale menacée – ils pensent immédiatement au cheval de trait ardennais et à la vache blanc-bleu mixte par exemple –, ils ne connaissent guère le patrimoine ovin et sont bien en peine d’identifier les animaux qui pourraient profiter des mêmes subventions. Ils prennent alors contact avec une association flamande et rencontrent Staf Vandenbergh. Voici comment Christian Mudlers relate cette histoire :

« Donc en fait on a commencé à parler de races locales menacées quand il y a eu le règlement européen sur les méthodes agro-environnementales, sur les MAE en 1992. Puis on a…moi, j’ai commencé à travailler là-dessus en 1993 ici au niveau de la RW et à ce moment-là on a commencé à voir les différentes méthodes qu’on pouvait appliquer…et puis il y avait expressément cette méthode  « sauvegarde des races locales menacées » et on se disait : le cheval de trait ardennais, oui, le blanc bleu mixte, puis en mouton on ne voyait pas et c’est à ce moment-là qu’on a eu des contact avec Staf Vandenbergh et avec les flamands. […]. Et c’est à ce moment-là qu’on a commencé à s’intéresser aux races et puis qu’on a vu des moutons et qu’on s’est dit ça c’est vraiment bien ».

Si l’association flamande qu’ils contactent est vivante depuis les années 1980, elle vient tout juste de se constituer de manière officielle ; elle s’appelle aujourd’hui la S.L.E. (« Steeunpunt Levend Erfgoed ») et s’intéresse aux races locales menacées de différentes espèces d’animaux de ferme et de basse-cour, notamment les chevaux, les vaches, les chèvres, les poules, les moutons et les oies4. Staf Vandenbergh est précisément chargé du groupe ovin : c’est lui qui leur apprend qu’il demeure sur le sol flamand quelques animaux de la vieille race ardennaise réputée disparue et qu’on appelle ici «Voskop » ou, plus précisément, « Kleine Brabaanse Voskop » : Tête de Renard du Petit Brabant. C’est une histoire bien étrange qu’il est patiemment parvenu à reconstituer et qu’il leur raconte. Staf Vandenbergh, qui d’après Robert Cardols « est un passionné pire que nous », possède des moutons depuis 1973 ; ses bêtes étaient au départ chargées d’entretenir le terrain autour de sa maison. Les moutons qu’il achète ne le laissent cependant pas indifférent et il désire bientôt connaître la race à laquelle ils appartiennent. C’est le début d’une nouvelle passion pour les races ovines et surtout pour les anciennes races de nos régions. De fil en aiguille, au cours des années 1980, il rentre en contact avec des éleveurs qui cherchent à mettre sur pied une association de protection et de sauvegarde des races locales des animaux de ferme. C’est là qu’il rencontre des bergers soutenant qu’ils possèdent toujours dans leurs troupeaux de vieilles races de moutons flamands ; les éleveurs parlent de trois races anciennes : les « Voskop », les « Houtlander » et les « Lakenschaap ». Les « Voskop » sont essentiellement élevés par un berger, Ian Hermans, qui travaille au nord d’Anvers et dont les moutons sont chargés de l’entretien des landes de la réserve naturelle de Kalmthoet. C’est alors que Staf Vandenbergh commence à s’interroger réellement sur l’histoire des races locales : ne sont-elles que trois en Belgique ? N’en existe-t-il pas d’autres ? Quels étaient leurs usages à l’époque ? Pourquoi ont-elles décliné et disparu ? Il entame alors de minutieuses recherches à travers les bibliothèques, les librairies, les brocantes et les musées afin de reconstituer l’histoire des races ovines de notre pays. Ses recherches lui apprennent deux choses essentielles : premièrement, il existe huit races anciennes de moutons en Belgique ; deuxièmement, le « Voskop » n’est pas une race d’origine flamande, mais bien une race wallonne dont les textes anciens parlent sous le nom de « mouton ardennais ». En effet, les vieux manuscrits ne font aucune mention d’un tel mouton du côté de la Flandre et le nom de « Voskop » n’apparaît nulle part ; par contre, de nombreux ouvrages évoquent un « mouton ardennais », bien connu à l’époque pour la qualité de sa viande. Il en déduit alors que le « Voskop » de Ian Hermans n’est rien d’autre que le « mouton ardennais », disparu de Wallonie depuis les années 1960. D’après lui, si le mouton s’est maintenu en Flandre, c’est à la faveur d’un ancien commerce qui associait les régions de Flandre et de Wallonie : effectivement, pendant longtemps et jusqu’à une époque relativement récente – Staf Vandenbergh parle de ses grands-parents –, nombre de marchands flamands s’en allaient à la fin de la bonne saison acheter en Ardenne des bêtes relativement maigres pour les engraisser sur leurs riches prairies l’année suivante. Staf Vandenbergh est limpide lorsqu’il raconte cette histoire :

« Et disons, c’est en lisant cela et en faisant le rapport avec le Kleine Brabaanse Voskop que je me dit, m’enfin, c’est sans doute…on n’a pas fait d’analyse ADN…mais que je me dis c’est sans doute le même mouton ; d’autant plus qu’il y avait, et encore dans le temps de mes grands-parents, une sorte de commerce entre les Ardennes et la Flandre où à la fin de la première saison il y avait des marchands flamands qui achetaient du bétail en Ardenne pour engraisser la saison suivante ici en Flandre dans des prairies de meilleure qualité. Et c’est sans doute comme ça aussi que le mouton ardennais est arrivé ici chez nous et que finalement il a été utilisé par des bergers dans des terrains de moins bonne qualité. […]. Donc je me dis tiens ce que nous avons ici c’est sans doute le mouton ardennais »

Certains moutons ardennais sont ainsi peu à peu passés en Flandre où ils se maintiennent dans les terrains particulièrement pauvres et difficiles ; c’est chez Ian Hermans que le mouton ardennais, qu’il appelle en souvenir de sa région d’origine Kleine Brabaanse Voskop, est essentiellement retrouvé. Christian Mudlers nous raconte l’histoire de Ian Hermans :

« Mr. Hermans est quelqu'un de très cultivé, mais qui a ses idées bien à lui et sa personnalité très particulière. Qui élève du mouton depuis toujours et qui habitait près de Malines, dans ce qu'on appelait le Kleine Brabaanse. Et dans cette région là il y eu des inondations très très importantes dans les années 60: il y eu des digues qui se sont rompues et donc il y a toute une zone qui a été inondée et des fermes qui ont été complètement inondées dont la ferme des parents de Ian Hermans où Ian Hermans était jeune éleveur. Et donc ils ont été totalement sinistrés. Ils ont réussi à sauver une partie de leur troupeau de mouton. Et donc à ce moment-là, il est allé s'installer dans des landes à Kalmthout au Nord d'Anvers près d'une zone de dunes dans des conditions très très difficiles: terrain sablonneux, pratiquement rien à manger. Il est allé s'installer dans cette zone qui était une des seules zones libres ou disponibles où il a pu s'installer. Et dans cette zone c'est son mouton Voskop qui a survécu. Les autres moutons qu'il a essayé, et on peut dire qu'il a essayé au moins 20 races de mouton différentes, et chaque fois ça ne marchait pas bien. Donc il a réussi à maintenir et la plupart des animaux viennent des troupeaux de Ian Hermans. C'est lui qui a été vraiment la source principale »5.

Lorsque Christian Mulders prend contact avec l’association flamande en 1993 cette dernière vient d’être reconnue officiellement par le ministère de l’Agriculture comme association d’élevage. La vingtaine d’éleveurs flamands engagés dans le projet élèvent quelques Voskop dont ils savent désormais qu’il s’agit de l’antique mouton ardennais. Christian Mulders apprend donc l’existence des huit anciennes races ovines belges et détient par conséquent les informations nécessaires en vue de leur accorder le statut de « races locales menacées » prévu par la nouvelle législation européenne. Flamands et wallons vont désormais travailler main dans la main afin de sauver ces anciennes races de l’extinction promise : Robert Cardols, engagé depuis toujours dans « le monde du mouton » et essentiellement dans les associations de livres généalogiques est contacté  de même que Philippe Vandiest qui travaillait à l’époque pour l’OPPEW, l’association pour la promotion du petit élevage en Wallonie6. Reconnue de manière officielle, la nouvelle association d’élevage flamande dépose en 1993 les documents rassemblés patiemment par Staf Vandenbergh afin d’obtenir l’agrément pour l’ouverture de huit nouveaux livres généalogiques concernant l’ensemble de la Belgique. En 1997, ils réalisent le premier inventaire de ces vieilles races ; Staf Vandenbergh s’en souvient particulièrement bien : ils ont visité 62 éleveurs qui détenaient environ 1200 animaux pour les huit races réunies. Sur base de ces précieuses informations et des expertises menées en même temps afin d’éliminer les animaux aux défauts zootechniques trop importants, les standards sont élaborés, les livres généalogiques sont ouverts et le Ministère leur procure officiellement l’agrément un an plus tard. En 1998, la race « Ardense Voskop » ou « Ardennais Roux » est donc reconnue par les autorités à travers son premier standard de race et son livre généalogique. Entre-temps, les premiers ardennais foulaient de nouveau le sol de l’Ardenne et de la Wallonie puisque Christian Mudlers et Robert Cardols en avaient démarré l’élevage et la sélection dès 1995. A partir de là, les ardennais roux se propagent au sud du pays. Divers articles sont publiés dans la presse et ils sont présentés pour la première fois à la foire de Libramont – le grand événement agricole wallon de l’année – à l’été 1996 où ils remportent un vif succès dont Christian Mudlers se souvient avec délectation :

« Au niveau publicité...On a eu une concurrence assez rude avec les éleveurs classiques de moutons. Les éleveurs classiques de moutons, en 95 quand on a commencé il y avait 5 races de mouton à viande reconnues. Il y avait la race de mouton laitier, d'ovin laitier belge, le mouton laitier belge, puis il y avait 5 races de mouton à viande reconnues: le Texel, le Suffolk, le Hampshire, le Bleu du Maine et l'Ile de France. Et quand on a commencé à les élever on s'est dit on va les présenter et la principale vitrine agricole en RW c'est la foire agricole de Libramont qui a un rayonnement important en RW et aux alentours. C'est une foire qui draine effectivement 120-150000 visiteurs chaque année. Dans le stand des moutons, il y a des concours de moutons qui sont réservés aux 5 races classiques et puis il y a un stand où on présentait nos moutons, on a dit ben on va présenter les moutons ardennais dans ce stand. Et alors là on a eu des tensions parce que les visiteurs qui n'étaient pas des éleveurs de moutons habitués des concours etc. Ils se ruaient tous sur les loges des moutons ardennais, ils ne regardaient pas les autres, ils étaient là...Alors que tous les éleveurs qui étaient là riaient, souriaient du mouton ardennais...ça n'a pas de conformation qu'est-ce que c'est que ça pour une bête...mais les amateurs, tous les promeneurs, ils allaient voir les mouton ardennais, c'était ça qu'ils trouvaient le plus beau parce qu'il a une gueule, parce qu'il a une allure, parce qu'il leur plaisait...ça paraissait un peu...c'est un peu original. C'est vrai qu'au départ, il y a 15 ans, un mouton roux, on ne connaissait pas. Ca n'existait pas. Un mouton c'est blanc, parfois, il y a des noirs et puis c'est tout. Voir du roux dans un mouton, c'était déjà un peu une révolution...et puis alors tous les gens se présentaient...Et donc on a fait un petit folder tout à fait amateur en noir et blanc qu'on a photocopié 100 fois et puis le petit folder est parti tout de suite. Et puis on avait mis les adresses à ce moment-là des 5, 6 éleveurs qui avaient des moutons et puis on a vendu des moutons et c'est comme cela que ça s'est développé progressivement ».

A l’occasion de l’une de ces foires agricoles, Robert Cardols rencontre également le descendant du baron de Fierlant qui lui raconte les dernières mésaventures de son père et de ses moutons. En effet, la race s’éteignant petit à petit, le baron de Fierlant s’est trouvé bien en peine de trouver de nouveaux béliers capables de renouvelé le sang de son troupeau. Il opta alors pour la seule solution qui lui restait : ayant entendu parler de la race solognote, très semblable à l’ardennaise, il ramène de Sologne un camion de béliers qu’il n’hésite pas à introduire dans son troupeau.

« Enfin, c'était un baron et j'ai rencontré – bon, baron, le premier est mort – et j'ai rencontré il y a quelques années à Libramont dans le stand des moutons le baron de Fierlant, mais bon, le jeune mais qui est âgé de 70 et je ne sais combien d'années et qui s'intéressait aux roux qui étaient exposés. Et alors comme c'était moi la référence dans le stand par rapport à l'AWEOC, ben j'ai pu parler avec lui. Il m'a raconté que c'était exceptionnel d'avoir deux agneaux par exemple, ce qu'on sait bien que la race n'est pas des plus prolifique; mais bon, j'apprenais qu'ils avaient à l'époque, qu'ils étaient parti en France, chercher […]ils sont allés chercher des béliers, un camion entier de Solognot, pour […] la consanguinité. Puisqu'ils tournaient avec leurs béliers etc....et je crois qu'il n'y avait que ce troupeau-là d'important...enfin, 2000 brebis, c'est quand même imposant. Donc, ils sont allés chercher un sang nouveau, un camion m'a-t-il dit - «  moi, je vois encore mon père partir avec le camion et revenir avec une volée de béliers » - qu'ils ont intégrés dans leur troupeau ».

Cette histoire alimente toujours aujourd’hui les inquiétudes de certains éleveurs qui cherchent avant tout à différencier ces races cousines très difficiles à distinguer pour un éleveur amateur afin de détenir des ardennais roux réputés pour leur « pureté ».

Les éleveurs wallons sont de plus en plus nombreux à élever des ardennais roux qu’ils inscrivent officiellement en Flandre auprès de l’association consacrée à la sauvegarde des races locales menacées : petit à petit, la race gagne du terrain et prend de l’ampleur. D’autant que depuis ? et grâce au travail de Christian Mulders, les primes MAE peuvent constituer un incitant non négligeable auprès des éleveurs ; certains d’entre eux se lancent dans des projets d’ « éco-pâturage » : le pâturage des moutons est chargé de « restaurer » et d’entretenir certains milieux naturels protégés. Les effectifs remontent alors doucement : le mouton ardennais est « à la mode » et les animaux se vendent à cette époque « comme des petits pains ». Les éleveurs qui souhaitent en acquérir doivent patienter sur des files d’attente où s’en procurer à la source, directement chez Ian Hermans qui les vend désormais à prix d’or. Ce système se maintient et prospère jusqu’en 2003 où il sera revu de fond en comble puisque l’agriculture belge traverse alors les mutations de la régionalisation. Désormais, la gestion des livres généalogiques relèvera de l’AWEOC, l’Association Wallonne des Eleveurs Ovins et Caprins.

La gestion de la nature :

le pâturage des réserves naturelles

L’idée de la protection de la nature est loin d’être une idée naturelle. Elle se fait jour en Europe et aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle ; d’après l’historien K. Thomas qui s’est intéressé de près à cette question, l’émergence de cette nouvelle sensibilité – dont nous sommes aujourd’hui les héritiers – s’explique notamment par l’effritement de l’attitude anthropomorphique et par les bouleversements de la révolution industrielle (Dans le jardin de la nature). C’est lorsque la maîtrise de la nature par l’homme devient effective qu’il s’attache à la nature ; la nature n’apparaît comme un désir aux yeux de l’homme que lorsqu’il l’a perdue. Ce désir contradictoire explique par exemple pourquoi les premières législations concernant le « bien-être animal » (la Loi Grammont) émergent exactement en même temps que le projet zootechnique. Le premier parc naturel, le parc du Yellowstone, est mis sur pied aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle.

Si l’idée de protection de la nature est admise à la fin du 19ème siècle, ce fut pendant longtemps sur le mode d’un sanctuaire « sauvage » qu’il faut à tout prix préserver de l’intrusion humaine. Car l’émergence de cette sensibilité nouvelle pour la nature est aussi l’émergence et la valorisation de la « nature sauvage ». Le romantisme en Europe et les théories de la wilderness aux Etats-Unis exaltent le sentiment de la « nature sauvage » face aux turpitudes de la société occidentale. Comme l’écrit Descola : « L'histoire n'est plus à faire de cette sensibilité nouvelle qui, en pleine industrialisation, découvre un antidote au désenchantement du monde dans une nature sauvage rédemptrice et déjà menacée » (Par-delà nature et culture). La pensée écologique sera durablement dominée par ce courant. Ce n’est que dans les années 1980 que ce paradigme de la conservation radicale s’effrite pour faire place petit à petit à l’idée de gestion de la nature que nous connaissons aujourd’hui. Retraçons cette histoire.

D’après C. et R. Larrère (Du bon usage de la nature), lorsque les colons débarquèrent sur le continent américain et entamèrent la conquête de l’Ouest, ils perçurent la nature comme un milieu dangereux et hostile qu’ils devaient affronter, conquérir et mettre en valeur. Le philosophe américain Tocqueville écrit en parlant d’eux : « Les merveilles de la nature inanimée les trouvent insensibles et ils n’aperçoivent pour ainsi dire les admirables forêts qui les environnent qu’au moment où elles tombent sous leurs coups. Leur œil est rempli d’un autre spectacle. Le peuple américain se voit marcher lui-même à travers ces déserts, desséchant les marais, redressant les fleuves, peuplant la solitude et domptant la nature ». Néanmoins, comme en témoigne Tocqueville lui-même, tous ne pensent déjà plus comme ces colons partis à la conquête de l’Ouest : la nature ne devient admirable que lorsqu’elle n’est plus à craindre. Ainsi, de même qu’en Europe où se propage partout auprès des élites la nouvelle sensibilité romantique, les aristocrates de l’Est du pays, à l’abri de la vie dure des pionniers, se passionnent déjà pour les récits des voyageurs, pour les descriptions de la faune, de la flore et des paysages de la nation américaine. Cette manière de percevoir et de considérer la nature, d’abord propre aux élites aristocratiques et à la bourgeoisie va cependant gagner toujours plus de terrain. Au milieu du 19ème siècle déjà Henry David Thoreau publie Walden ou la vie dans les bois. Il raconte les deux années qu’il a passé seul dans une cabane qu’il s’est construite au bord de l’étang de Walden : rousseauiste, il exalte les valeurs de la vie sauvage, la solitude, l’exercice physique.

Fin du 19ème siècle, cette version de la nature s’impose : les valeurs du siècle précédent se sont renversées. De quelque chose d’hostile et de dangereux qu’il s’agissait de maîtriser et de dominer, la nature est devenue quelque chose d’admirable que l’homme se doit de préserver. Dans les dernières décennies du siècle, le mouvement en faveur de la protection des forêts vierges prend de l’ampleur. Il se scinde cependant entre les partisans de la « conservation » et ceux de la « préservation ». Pour les premiers, il faut exploiter de manière raisonnable les forêts, avec constitution des réserves pour assurer l’avenir des ressources. Il s’agit donc de faire un « bon usage » de la nature : l’homme peut intervenir, mais il doit le faire en respectant la nature. Les seconds sont plus radicaux : il s’indignent contre cette manière de concevoir la forêt comme un réservoir de ressources. Par amour de la wilderness, de la nature vierge et primordiale, il faut la défendre contre toute intervention humaine comprise alors comme une intrusion, presqu’une violation. Ce sont les partisans de la préservation radicale de la nature qui l’emportèrent et qui devinrent de plus en plus nombreux. Ils défendent une conception dure et radicale des rapports entre l’homme et la nature : la nature sauvage est radicalement extérieure et étrangère à l’homme et elle doit le rester. Plus que la nature sauvage, c’est la nature vierge, la nature primordiale, hors de toutes activités humaines, qu’ils défendent. Pour eux, se situer dans la nature, c’est nécessairement l’instrumentaliser et chercher à la mettre en valeur. Ainsi, l’un de ses partisans peut écrire : «Le sanctuaire que nous voulons est un monde qui n’est pas entravé par l’homme, un monde laissé à sa propre créativité ».

Cette conception, porté par le mouvement de la deep ecology, s’appuie alors sur la notion de climax mis au point au début du 20ème siècle par les écologues et prônant une non-intervention radicale de l’homme dans la nature. D’après la théorie du climax, critiquée depuis une vingtaine d’années, les milieux, lorsqu’ils sont à l’abri de toute intervention humaine évoluent naturellement vers un état d’équilibre qu’on appelle le climax. Le climax, c’est le terme final de l’évolution progressive de la végétation, dans l’hypothèse où cette végétation est à l’abri de toute action perturbatrice ou destructrice. Ainsi, pour chaque milieu, on peut essayer de définir quelle sera son climax, c’est-à-dire l’état d’équilibre à un moment donné atteint. Cet état d’équilibre atteint à un moment donné par le milieu, sera alors détruit par les catastrophes naturelles qui ne manqueront pas de se produire. Ainsi, pour les partisans de la deep ecology faut-il créer des sanctuaires dans lesquels la nature est laissée à elle-même, est laissée à sa propre histoire : elle évoluera vers son état climacique et ce dernier sera mis à mal par diverses catastrophes naturelles. Ainsi, si le milieu évolue spontanément vers « sa fermeture », vers une forêt de plus en plus dense et impénétrable il faut le laisser évoluer de la sorte et certaines catastrophes naturelles – la foudre, les incendies, les tempêtes, les invasions d’insectes, les maladies…– se chargeront de le déstabiliser en créant de vastes clairières et des espaces à nouveau ouverts.

Si cette conception de la wilderness a pu s’imposer aux Etats-Unis et s’exporter aisément dans d’autres contrées du monde (comme l’Amérique du Sud, l’Australie, la Russie…) aux espaces vastes pouvant apparaître comme absolument vierges7, elle rencontrait un terrain et un milieu moins propice dans les vieilles civilisations rurales de l’Europe, du Bassin méditerranéen et de l’Extrême Orient : dans ces milieux investis depuis des millénaires par les hommes, l’idée d’une nature vierge apparaît comme une illusion : partout, à l’exception de l’univers minéral des hautes montagnes, la nature porte en elle la marque et l’empreinte de l’homme qui, à travers ces activités – l’agricultures, la chasse, la cueillette, la sylviculture –, en a visiblement infléchi les processus. On ne trouve chez nous que des lambeaux de climax : la nature est depuis longtemps visiblement anthropisée.

Néanmoins, malgré ce décalage, c’est bien la conception américaine de la préservation des milieux qui demeura longtemps, chez nous aussi, la norme selon laquelle les réserves naturelles furent pensées. Les premiers espaces protégés ont été conçus en France comme des sanctuaires où seule la présence des scientifiques paraissait tolérée. C’est dans les années 1980 qu’un changement s’amorce véritablement et que l’idée de protection de la nature et de non-interventionnisme va laisser place à l’idée d’une gestion de la nature.

En effet, bien souvent, le classement de ces espaces est justifié par la nécessité de préserver les milieux nécessaires à la survie de populations animales et végétales rares menacées par leur transformation. C’est parce qu’on désire protéger des espèces animales et végétales remarquables et en danger qu’on finit par protéger les milieux et les espaces dans lesquelles elles peuvent vivre. Or, les espèces que l’on souhaite ainsi protéger n’appartiennent que très rarement au stade climacique : elles appartiennent pour la plupart à des stades intermédiaires des successions biocénotiques. Or, si ces stades intermédiaires se sont maintenus en équilibre, c’est à travers les activités humaines, notamment les activités agricoles traditionnelles, les activités pastorales et les activités sylvicoles. Du coup, on ne peut plus se contenter de « laisser faire la nature ». La dynamique naturelle et spontanée aurait pour effet de condamner à terme les populations que l’on souhaite précisément protéger. Il est donc utile d’intervenir activement pour entraver le développement des successions et d’empêcher la mise en place du climax.

Prenons l’exemple des tourbières. L’évolution naturelle d’une tourbière est de cesser d’en être une. La lente accumulation de matière organique hausse progressivement le niveau du sol, si bien que les plantes adaptées au milieu humide laissent la place, à la longue, à une végétation de lande, elle-même remplacée quelques décennies plus tard, par des peuplements forestiers. La tourbière, laissée à elle-même, évolue inexorablement vers la forêt. On dit que le milieu se « referme ». Si certains paysages de tourbières et de landes se sont maintenus « ouverts » - comme dans les Hautes-Fagnes à l’Est de la Wallonie par exemple - c’est grâce à toute une série d’activités humaines qui ont entravé l’évolution naturelle du milieu : c’est l’extraction et l’utilisation de la tourbe par les paysans pour l’énergie, l’essartage, mais aussi la fauche pour la mise en culture, les pratiques de pâturage du bétail et l’arrachage de la forêt. Ces milieux, maintenus à des stades intermédiaires d’évolution climacique sont donc des milieux semi-naturels, travaillés et issus des activités humaines. Protéger ces milieux, c’est donc activement intervenir, c’est maintenir ces activités, c’est éviter qu’elles ne se transforment ou qu’on les abandonne.

C’est donc un tout autre paradigme de conservation de la nature qui se met doucement en place dans les années 1980 : « Le respect de la nature, principe quasi sacralisé de non-interventionnisme s’est donc inversé en parti pris gestionnaire » (B. Lizet) : il s’agit d’éviter la fermeture des milieux, par reboisement spontané, dont on sait qu’elle se traduirait par une moindre richesse de la flore et de la faune. Ce nouveau paradigme traduit d’autres rapports entre l’homme et la nature : contrairement aux tenants de la deep ecology, il conçoit des rapports positifs entre l’homme et la nature. La nature apparaît en quelque sorte comme la demeure de l’homme qui y imprime sa marque : la nature n’est pas absolument étrangère à l’homme et celui-ci transforme les paysages. En outre, l’action de l’homme n’est pas pensée de manière systématiquement négative et destructrice, comme une violation. Au contraire, certaines pratiques humaines, qui ont modelé et transformé les paysages en ont accru la richesse, l’hétérogénéité et la diversité. Certaines pratiques humaines apparaissent ainsi bénéfiques à l’égard de la nature. Au sein de ce nouveau paradigme, les modes de gestion mis en place sont les plus divers : depuis la simple réglementation (de la chasse, de l’exploitation forestière…) jusqu’à la restauration mécanique des milieux et aux contrats passés avec les agriculteurs et les éleveurs afin qu’ils maintiennent ou acceptent de renouer avec leurs pratiques traditionnelles de pâturage des animaux.

Ces dernières pratiques de gestion – qui s’appuient sur un partenariat nouveau entre écologistes et agriculteurs – sont apparues un peu plus tardivement, sans doute parce qu’elles ne vont pas de soi. En effet, depuis l’intensification des pratiques agricoles entamée dès le 18ème siècle en Angleterre et qui s’est radicalisée au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’agriculture a souvent été incriminée par les écologistes et pointée du doigt comme l’un des grands responsables de la « crise environnementale » : les critiques adressées aux agriculteurs balaient un nombres impressionnant de pratiques depuis l’utilisation des pesticides et des fongicides, en passant par l’alimentation des animaux et les OGM. Les agriculteurs sont accusés de participer activement à la pollution des sols, à la pollution des rivières et des nappes phréatiques, à la destruction de nombreux habitats d’espèces sauvages, à la perte de la biodiversité domestique…

Ainsi, lorsque les premières expériences de pâturage des réserves en vue d’enrayer la fermeture des milieux furent initiées en France dans les années 1980 – la première réserve est à être gérée par pâturage de bovins est le marais Vernier, dans le parc naturel régional de Brotonne en Normandie – ce sont les écologistes qui s’occupent du bétail. C’est également encore le cas quelques années plus tard lorsque les gestionnaires du marais de Bruges en Gironde près de Bordeaux décideront de recourir aussi aux pâturages de vaches appartenant à des races d’origine locale ; les anthropologues Bernadette Lizet, Martine Bergues et Patricia Pellegrini se sont penchées sur ces questions. Ces divers expériences d’ « éco-pâturage » appellent un rapprochement entre l’écologique et le rural ; le rapprochement sera plus sûrement encore accompli quelques années plus tard lorsque les écologistes et les divers acteurs de la conservation de la nature se tourneront vers les agriculteurs afin qu’ils participent, à leurs côtés, à la gestion des espaces naturels en prenant en charge la gestion du bétail pâturant les réserves. La mise en place des mesures agri-environnementales (MAE) prend officiellement acte des changements qui se sont opérés. A travers ces mesures d’aides aux agriculteurs respectant diverses mesures favorables à l’environnement, il ne s’agit pas de produire moins, mais de produire autrement. Cette démarche contractuelle conduit à intégrer la protection de la nature dans les objectifs des producteurs, c’est-à-dire de ceux qui sont désormais perçus comme s’occupant de l’espace et s’avèrent en mesure de l’entretenir.

La protection de la nature passe donc désormais par sa gestion effective par l’homme. Notons que ceci ne va pas sans poser certaines questions. En effet, la gestion de la nature repose sur un paradoxe qui peut sembler étonnant : les milieux sont en fait artificiellement maintenus dans leur état. Si on laissait la Fagne évolué de manière naturelle, les landes disparaîtraient pour laisser la place à la forêt : c’est là l’évolution naturelle du milieu. On repère donc un premier paradoxe entre ce qui est « artificiel » et ce qui est « naturel » : on remarque que ces deux catégories, qui sont traditionnellement définies par leur opposition, semblent être plus mélangées et plus impures qu’on ne pourrait le croire. En effet, à travers la gestion des milieux, ce que les écologistes ont mis à jour, c’est que la nature était toujours déjà travaillée et transformée par l’homme : l’idée d’une nature vierge, d’une nature primordiale absolument préservée et intacte de toute activité humaine relève davantage de l’illusion. La nature n’est pas naturelle ou n’est pas que naturelle car depuis toujours elle est transformée par l’homme qui la façonne et en fait sans cesse dévier les processus. On ne peut plus établir de partage clair et définitif entre ce qui relèverait du naturel et ce qui relèverait de l’artificiel ou de l’humain : on n’a plus devant nous que des objets hybrides.

Ainsi (R. Larrère, « L’art de produire la nature. Une invention de Rousseau »), les écologistes ont fourni une illustration de ce que pouvait penser le philosophe Rousseau : ce n’est que par l’artificiel qu’on peut retrouver le naturel. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité, Rousseau, qui veut lutter contre les théoriciens du Droit naturel (qui entendent fonder la moralité et les règles de vie en société à partir de la nature), montre comment l’homme a définitivement quitté l’état de nature. Il met en œuvre une fiction théorique : celle de l’état de nature dans lequel l’homme vit en harmonie et en équilibre avec le monde naturel qui l’entoure et dont il fait partie. Néanmoins, Rousseau montrera comment l’homme en viendra à quitter l’état de nature pour entrer dans la société, dans le travail, dans l’économie, dans l’échange. L’état de nature est donc un état que l’homme a définitivement et irrémédiablement perdu et il n’est pas question pour l’homme de « retourner vivre dans la forêt avec les ours ». Le champ s’est donc ouvert à la société et si la nature, parce que l’homme l’a perdue, est devenue objet de son désir, il ne saurait être question de revenir à l’état de nature. Tout ce qu’on peut espérer, c’est retrouver l’illusion de la nature en un lieu de retraite où l’on peut se consoler des misères de la vie en société. Et la meilleure de ces retraites, c’est le jardin de Julie. Mais cette nature, Rousseau n’est pas dupe, n’existe plus : c’est une illusion créée de toute pièce par le travail et les artifices de cette jardinière qu’est Julie. Ainsi, cette dernière explique-t-elle en parlant de son jardin : « La nature a tout fait, mais sous ma direction, et il n’y a rien que je n’aie ordonné ». Aux yeux de Rousseau, la nature ayant définitivement disparu, elle ne peut être retrouvée que par l’artifice.

Les réserves naturelles, depuis qu’elles sont gérées, peuvent, sous certains aspects, être comparées au jardin de Julie. Ce n’est pas la nature naturelle qu’elles préservent, mais bien une nature travaillée, modelée, jardinée qui donne l’illusion d’une nature sauvage, primordiale, naturelle. D’une certaine manière, à travers les projets de gestion des Hautes-Fagnes, on veut recréer du « sauvage ». Cependant, cet espace sauvage, pour être maintenu comme tel, est paradoxalement ultra-domestiqué et ultra-apprivoisé. La gestion est très pointue et très précise : la Fagne est un milieu absolument entretenu et surveillé. Le pâturage des moutons est strictement réglementé zones par zones et périodes par périodes par les biologistes et les écologues supervisant la gestion. Des statistiques sont très régulièrement réalisées afin de mesurer et de suivre point par point la transformation des paysages. Par conséquent, de la même manière que le jardin de Julie, plus qu’un espace abandonné au sauvage, la Fagne s’apparente à une espèce de jardin parfaitement maîtrisé et domestiqué par l’homme. C’est un jardin dans lequel on essaie de recréer à grand renfort d’artifices les conditions de la vie sauvage

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