Thèse présentée à la Faculté des Lettres pour le Doctorat ès-Lettres





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mais n’eut pas autant de succès que Lonjumel. Il a laissé des manuscrits en latin dont l’Abbé Prévost a donné des extraits en français dans l’Histoire des voyages t. 26. La relation de Rubruquis a répandu beaucoup de jour sur la géographie des parties septentrionale de la Tartarie.

L’examen de ces anciens voyageurs français a été peut être superficiel et rapide, mais cela montre que la France a bien été une des premières nations de l’Europe qui eut ses relations avec la Chine vers le XIIIe siècle. Puis encore, d’après les sources chinoises, des bateaux commerciaux français sont arrivés à Canton en 1518. Voici le récit du vice-Roi de cette Province :

« Dans la douzième année Tchengte (1518), des étrangers venus de l’Ouest, nommés Fa-lan-Ki (Français), dirent qu’ils apportaient un tribut et ils entrèrent brusquement dans la rivière, et, avec leurs canons terriblement retentissants, ils ébranlèrent au loin la place. Il en fut rendu compte p.15 à la Cour, et un ordre fut reçu qui enjoignait de les repousser immédiatement et de suspendre le commerce. Après cela, peu de tributs furent ap­portés à Canton ; ils se rendaient dans le Fou-Kien. Le gouverneur de Canton écrivit ensuite à la cour, et il obtint la permission de rouvrir le commerce 1.

Si le voyage de Marco-Polo était plus connu en Europe c’est grâce à sa fonction dans la cour de Pékin (Khanbalik) 2. Koublaï Khan l’envoyait auprès du Pape en qualité d’ambassadeur. Ensuite, son livre a un intérêt international : les lecteurs du temps en tirèrent non seulement une idée claire sur la Chine, mais encore sur tous les empires de l’Orient dont les richesses passaient pour presque fabuleuses. Cette connaissance secon­da tout d’abord le mouvement de l’Occident vers l’Orient dont les croi­sades furent une des nombreuses manifestations ; et en second lieu, ce fut en allant à la recherche de ce pays merveilleux « Cathay » ou « Khitai » de Marco-Polo que Colomb, par les fausses données géographiques de Ptolémée, découvrit l’Amérique. En réalité le Khitai de Marco-Polo n’est autre chose que le Khitain, nom d’une des tribus mongoles dont les Russes, par une mauvaise habitude qui remonte à l’antiquité, se servent de nos jours encore comme dénomination de la Chine. C’est donc une grosse erreur de confondre ce nom avec Tsin, mot identique à celui de Tchina chez les Indiens, et ensuite répandu dans l’Europe entière. On sait maintenant que ce nom est celui d’une brillante dynastie de l’antiqui­té (221-206 av. J. C.), dont l’empereur Che-Hoang-Ti s’illustra dans le monde entier en faisant construire la Grande Muraille contre l’invasion tartare. Les autres suppositions sur la dénomination de l’Empire du Milieu par le mot de Chine nous paraissent trop douteuses et ne pourraient être admises.

La Chine, dans l’antiquité, était célèbre en Europe comme le pays producteur de la soie, et de la porcelaine chinoise connue au moyen âge. Les Portugais ont rouvert la route de la Chine à la fin du XVe siècle, et les Hollandais pénétrèrent à leur tour dans l’Asie et firent un trafic considérable. Officiellement, la France n’inaugura son commerce avec la Chine qu’après la fondation des Compagnies françaises des Indes p.16 (1660 1, 1664-1697) et elle ne se développa complètement que vers 1719, après la création de la Grande Compagnie.

Quant aux missionnaires il y a longtemps, comme nous l’avons dit plus haut, que la Chine fut visitée par des Français, mais c’est en 1685 que sont arrivés à Pékin les cinq Jésuites envoyés par Louis XIV pour établir une mission française rivale de la mission portugaise. Nous possédons assez de documents pour nous permettre de faire une histoire complète des missions depuis le temps de Marco-Polo jusqu’à nos jours, mais comme le sujet de notre étude se rapporte à une époque déterminée nous nous borne­rons à le traiter sans remonter plus loin.

II. — Fondation de la première Église à Pékin, en 1650.
Les Empereurs K’anghi, Yong-Tcheng, Kien-Long et les missionnaires

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Le choix de la date de 1650 pour notre étude n’est point arbitraire ; car c’est en cette année que le P. Adam Schall 2, Président du Tri­bunal des mathématiques de l’empereur Chouen-Tche posa la première pierre pour la fondation d’une grande Église sur un vaste terrain dont l’Empe­reur lui fit la concession, au centre de Pékin 3. Dès lors, le christia­nisme introduit depuis longtemps en Chine, déformé, mal compris, repre­nait un caractère véritable, ou du moins s’en rapprochait assez sérieusement. Et l’arrivée successive des missionnaires, de différents ordres : Jé­suites, Dominicains, Franciscains, Français ou d’autres nationalités, agran­dissait de jour en jour l’œuvre des missions.

Il va sans dire qu’avant cette construction grandiose, il existait déjà, dans différentes localités de l’empire, un certain nombre d’Églises. Mais c’étaient plutôt des maisons particulières où l’on avait arrangé des cha­pelles et des oratoires décorés dans le goût de l’Extrême-Orient. Tandis que celle qui fut construite sous la direction du P. Adam Schall était un p.17 monument qui dominait tous les autres par sa hauteur, ayant la forme d’une croix latine, en un mot, tous les détails architecturaux et même les ornements étaient purement européens. Au dessus du portail, il y avait une grande plaque en marbre où on lisait une inscription conçue en ces termes, en Chinois et en mandchou :

« La foi ayant été d’abord apportée en Chine par l’apôtre St-Thomas, fût propagée de nouveau dans l’Empire, sous la dynastie des T’ang ; sous la dynastie des Ming, Saint François Xavier, Mathieu Ricci et plusieurs religieux de la Société de Jésus prêchèrent la religion par la parole et par des livres écrits en chinois. Ils travaillèrent avec grand zèle ; mais les fruits furent peu abondants, à cause de l’instabilité de la nation. L’empire étant échu aux Tartares, et les religieux de la même Société ayant corrigé et publié le Calendrier de l’Empire, ce temple a été élevé publiquement et consacré au Dieu très bon et très grand. L’an mil six cent cinquante, la septième année de Chun-Tche 1.

Il serait peu utile d’exposer l’histoire complète des relations de la Cour de Pékin avec les missionnaires de 1650 à 1750. Ce qui nous inté­resse le plus, c’est de pénétrer la vraie psychologie de ces monarques à l’égard des prêtres ; car, durant de si longues années, les empereurs de Chine n’avaient jamais voulu traiter les missionnaires, fonctionnaires à Pékin avec les mêmes égards que ceux qui prêchaient la foi dans les provinces. Cette espèce de jeu où on rivalisait de psychologie avait produit beaucoup de conséquences graves. D’un côté, les missionnaires espé­raient éperdument que leur présence à la cour et surtout les importants services qu’ils avaient rendus à l’Empire pourraient leur valoir les sym­pathies de la masse, dont ils ont constamment attiré la pensée sur les intérêts qu’elle pourrait avoir à embrasser la foi chrétienne, puisque l’Em­pereur lui-même, comme ils prétendaient, était leur admirateur. De l’autre côté, les Empereurs, de père en fils, suivaient toujours la même politique ; tout en accueillant bien leurs hôtes étrangers venus de l’autre extré­mité de l’Univers, attirés, selon leur conception et selon la parole des missionnaires, par leur sagesse et leur renommée pour devenir leurs sujets, ils savaient à merveille mettre au service de l’utilité publique, leurs connaissances scientifiques et techniques et ne cessaient jamais de surveiller leurs actions dans la politique.

p.18 L’Empereur K’anghi était bon avec les missionnaires. Yong-Tcheng était peut être un peu dur envers eux ; mais Kien-Long, dont le grand désir était d’égaler son illustre aïeul K’anghi, aimait et admirait ces der­niers à la façon de son grand-père. C’est-à-dire qu’il utilisait volontiers leurs talents sans se trop préoccuper de leur doctrine, sans même trop s’inquiéter de leur propagande religieuse. Il les laissait faire et les cou­vrait avec bonté de sa protection, tant que les accusations n’étaient pas trop pressantes et que les Tribunaux suprêmes de Pékin ne poussaient pas les hauts cris. Il sut entretenir, comme K’anghi, les missionnaires dans de perpétuelles illusions en leur accordant toutes sortes de faveurs pour leurs savoirs scientifiques. C’est pourquoi on n’est pas étonné de voir à Pékin que les missionnaires hauts dignitaires dans de différents tribunaux : mathé­matique, astronomique ou d’affaires étrangères, sont considérés comme des sujets chinois 1. Tantôt, ils étaient classés à la suite de l’escorte de l’Em­pereur dans les parties de chasse en Tartarie, tantôt ils étaient nommés ambassadeurs pour traiter avec les Russes. Et hélas ! leurs confrères des pro­vinces ne profitaient en rien de leur distinction pour la propagande de la religion. Ils pouvaient exercer leur fonction d’apôtres à condition qu’ils ne feraient rien qui fût susceptible de porter atteinte aux cérémonies chinoises, et au respect des lois de l’Empire ; et la désobéissance à ces obli­gations pouvait susciter des accusations de lettrés contre eux et les faire charger de chaînes et de fers.

Il semble que ce soit bizarrerie ou manque de droiture de la part des Empereurs de Chine d’employer les missionnaires dans des fonctions, alors qu’ils n’eurent aucune idée de favoriser le christianisme. Cela vient, nous en sommes certains, de l’esprit même de la civilisation chinoise que les Jésuites du temps avaient fort bien compris.

Lorsque Ts’in Che Hoang-Ti voulut éloigner des emplois tous ceux qui n’étaient pas du royaume de Ts’in, son ministre Li-Sse, originaire du Royaume de Tch’ou, qui l’avait aidé à devenir maître de l’Empire, fit à ce prince en faveur des étrangers une remontrance pour empêcher le renvoi de ces derniers. Le P. du Halde publia dans son œuvre cette pièce en première page des traductions de Kou-Wen Yuen-Kien, avec le commen­taire de K’anghi ; cela prouve que les Jésuites qui avaient envoyé cette p.19 pièce à du Halde auraient jugé important de faire savoir aux Européens les sentiments de K’anghi à leur égard. Nous donnons ici le commentaire de K’anghi, traduit par les missionnaires.

« Dans l’antiquité, dit le feu Empereur K’anghi, quiconque avait de la sagesse et de beaux talents était estimé. Les Princes prévenaient ces sortes de gens par des présents et leur donnaient toujours de l’emploi s’ils en voulaient prendre. Ils étaient fort éloignés de les chasser ou de les rejetter précisément pour n’être pas naturels du pays. Profiter des talents qu’on trouve est une maxime de sagesse 1.

N’est-ce pas ici toute la politique de K’anghi vis-à-vis des mission­naires ? Et comme cette fameuse pièce de Li-Sse est dans le Kou-Wen, pièce classique que tous les écoliers doivent connaître et qui leur est souvent donnée comme sujet de dissertation pour faire l’éloge de cet ancien ministre de la Chine, les missionnaires n’ignorent rien de ce qui est plus important dans la morale chinoise, à savoir de ne garder jamais la haine des races et de savoir profiter des talents qu’on trouve en un homme quelle qu’en soit l’origine. Voici quelques fragments des parties plus importantes de cette remontrance d’après la traduction dans le livre du P. du Halde.

« Grand Prince : j’ai ouï dire qu’aux Tribunaux suprêmes on a minuté un arrêt pour éloigner des Emplois tous les Étrangers : qu’il me soit permis de vous faire sur cela une très humble remontrance : un de vos ancêtres en usa tout autrement : attentif à chercher des gens capables il reçut tous ceux qu’il put trouver, de quelque côté qu’ils vinssent. Cette partie de l’Occident qu’on appelle Yong lui fournit Jeou-Yu. De l’Orient lui vint Pé-li-Ki, originaire de Ouen, Pi-bon et Kong-Sun-Tchi, tous étrangers. Il leur donna à tous de l’emploi et ils le servirent si bien que ce Prince s’était soumis vingt petits États, termina son glorieux Règne, par la conquête de Si-Jong.... S’il suffit de n’être pas né dans l’État de Ts’in pour en être exclu, quelque mérite ou quelque fidélité qu’on ait, il faudrait, ce semble, pour agir conséquemment, jeter hors de votre Palais ce qu’il y a de diamants, de meubles d’ivoire, et d’autres bijoux. Il fau­drait éloigner de votre Palais les beautés de Tchin et de Ouéi. Si l’on admet cette conséquence et si l’on prétend qu’absolument rien d’étranger ne doit trouver place à votre cour, a quoi bon vous offre-t-on chaque jour p.20 ces ornements de perles et d’autres pierreries semblables qui parent la tête des Reines ? Pourquoi ces gens si ennemis de tout ce qui est étranger ne commencent-ils par leur réforme pour bannir de votre cour tout ce qui en fait l’ornement et par vous imposer la Loi de renvoyer à Tchao la Reine même votre épouse ? Enfin la musique de Ts’in consiste en deux ou trois instruments dont un est en poterie, un autre d’os et dont l’union ne produit qu’un son assez triste ; voudrait-on vous y réduire et vous enga­ger à préférer ce son lugubre, aux agréables concerts des musiciens de Tchin et de Ouei ? Quand il s’agit de votre pur plaisir, ce qui se présente de meilleur en chaque genre, il vous est libre d’en user de quelque pays qu’il vous vienne ; et vous n’aurez pas cette liberté quand il s’agira du choix des hommes ? Il faudra que sans examen et sans distinction, quiconque n’est naturel du pays, vous le rejetiez ? C’est vouloir que vos sim­ples divertissements l’emportent sur le bonheur de vos peuples.

Les Empereurs de Chine ont toujours suivi ces conseils sages et logiques de ne pas rejeter ceux qui ne font pas partie du pays ; puisque le nom de Fils du Ciel leur inspire la dignité qu’ils ont en leur personne de bien représenter la bienveillance du Ciel, qui gouverne tous les êtres créés. Les missionnaires comprirent fort bien cette mentalité chinoise et ils en profi­tèrent. Bien entendu, leurs fonctions auprès des Empereurs leur donnaient une considération dont ils pensaient user pour la propagande religieuse. C’est pourquoi, malgré leur compréhension bien nette des sentiments des souverains, ils persistèrent à faire croire en Europe à leurs succès éclatant de propagande de la foi auprès des grands.

« Les grands mandarins, les officiers généraux d’armée, et les pre­miers magistrats ont de l’estime pour le Christianisme. Ils le regardent comme la religion la plus sainte et la plus conforme à la raison. Ils honorent ceux qui la prêchent, ils leur font amitié, etc... » 1.


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CHAPITRE DEUXIÈME

SOURCES DE RENSEIGNEMENTS.

MISSIONNAIRES


I. — Querelles religieuses

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p.21 En Chine vers la fin de la dynastie des Ming, il s’était formé chez les missionnaires deux écoles : celle du P. Ricci et celle du P. Longobardi. Plus tard les Jésuites et particulièrement les PP. Adam Schall et Ver­biest persistèrent à vouloir tolérer les rites pratiqués en l’honneur de Con­fucius et des ancêtres, regardèrent toutes ces cérémonies comme purement civiles et pouvant être tolérées selon leur mot « en conscience », à condi­tion que, en y participant, on protestât d’avance contre toute tendance ido­lâtrique ou superstitieuse qui pourrait s’y rencontrer. C’est la théorie du P. Ricci 1. Dans l’école de Longobardi se groupèrent les Dominicains, Franciscains, religieux de la Société des Missions étrangères, parmi lesquels le combattant le plus en vue était Monsieur Navarette. Tous, voyant, paraît-il, une superstition dans le culte qu’on rendait au Ciel, à Confucius et aux ancêtres, le condamnaient sévèrement. Leur raison est que si l’on tolérait toutes ces cérémonies, on n’aurait jamais que des néophytes chré­tiens de nom et idolâtres de fait.

La première réunion des Missionnaires pour s’entendre sur cette impor­tante question remontait à 1628. De réunion en réunion, les deux groupes se firent une guerre de plus en plus acharnée et menaçante, et la déplo­rable division fut inévitable. Cette discussion durant plus d’un siècle (de 1628 à 1742) sur les rites chinois ne sera plus renfermée dans les limites p.22 de la Chine, elle deviendra pour l’Europe une controverse pleine d’ai­greur et de passion. On répandra avec profusion des brochures, des vo­lumes, des traités, des lettres, des mémoires. La plupart étaient extrêmement violents.

Les Dominicains et les Franciscains, aveuglés par une haine farouche contre les Jésuites, n’eurent plus d’autres pensées que de ruiner leur œuvre en les accusant de « flatter les athées de la Chine ». Comme dit Voltaire, il serait trop long de rapporter ici les détails de ces querelles religieuses. En résumé, les Jésuites s’adressaient à K’anghi et leurs rivaux au Pape pour décider sur le sujet où ils ne pouvaient s’entendre. Le Pape qui voulait faire acte d’autorité jusqu’à la cour de Pékin comme il avait l’habitude de le faire auprès des souverains de l’Europe, avait envoyé le Cardinal de Tournon en 1705 avec le titre de légat. L’Empereur, étonné déjà de ces querelles, ne pouvait s’empêcher de poser une question aux Missionnaires :

« Comment voulez-vous, dit-il, non sans raillerie, que nous ajoutions foi à ce que vous nous prêchez comme la vérité, lorsque vous-mêmes, vous ne vous accordez pas entre vous ?

Puis, irrité de voir venir l’envoyé d’un souverain spirituel étranger dans son empire pour condamner des coutumes pratiquées depuis la haute anti­quité, alors, il dit au Cardinal de Tournon après avoir lu le mémoire qui lui était présenté : « Ce ne sont là que des demandes frivoles ; le patriar­che n’a-t-il rien autre chose à négocier ici ? » 1. L’Empereur, bien qu’il fût animé de sentiments défavorables envers le Pape, continuait à bien traiter les missionnaires comme érudits et savants. Quelques années plus tard, un autre légat parut (1721) c’était Monseigneur Mezzabarba. Cette fois-ci, K’anghi ne put plus contenir sa colère. Au cours d’une somptueuse réception qu’il donna en l’honneur du légat, il le pria de faire savoir à Sa Sainteté qu’il ferait tout ce qui pourrait lui donner satisfaction et, en effet, deux jours après, le légat reçut de la cour une dépêche scellée du sceau impérial. C’était la constitution apportée de Rome et traduite sur l’ordre de l’Empereur par les P. P. Maillac, Régis, Griampriamo, Jésui­tes et Monsieur Riha, Lazariste, au bas de laquelle on lisait l’annotation suivante écrite par Kanghi lui-même en caractères rouges.

p.23 « Cet espèce de décret ne regarde que de vils Européens ; comment y déciderait-on quelque chose sur la grande doctrine des Chinois, dont ces gens d’Europe n’entendent pas même la langue ? Il paraît assez par cet acte, qu’il y a beaucoup de ressemblance entre leur secte et les impiétés des bonzes et des Tao-Sse, qui ont avec eux des disputes si violentes. Il faut donc défendre à ces Européens de prêcher leur loi en Chine ; c’est le moyen de prévenir les évènements fâcheux. 1

Monseigneur Mezzabarba 2 partit avec l’angoisse dans le cœur le 3 Mars 1721, car la constitution de Clément XI était considérée comme annulée. Cette légation, loin d’avoir ramené la paix parmi les missionnai­res, fournit au contraire une occasion de renouveler les troubles plus vio­lemment que jamais. En Europe évidemment on attribuait l’insuccès de la légation aux intrigues des Jésuites. Ainsi la révolte de ces missionnaires à la cour de Pékin contre l’autorité pontificale devint un thème à la mode, Saint-Simon dans ses « Mémoires » en parlait dans les termes suivants :

« En ce temps-ci parut une bulle du pape qui décida très nettement toutes les disputes des missionnaires et des Jésuites de la Chine sur les cérémonies chinoises de Confucius, des ancêtres et autres ; qui les déclara idolâtriques, les prescrivit, condamna les Jésuites dans leur tolérance et leur pratique là-dessus, approuva la conduite du feu Cardinal Tournon, dont les souffrances, la constance et la mort y étaient fort louées, et les menées de la désobéissance des Jésuites fort tancées. Cette bulle les mor­tifia moins qu’elle ne les mit en furie ; ils l’éludèrent, puis à découvert la sautèrent à pieds joints. On a tant écrit sur ces matières que je n’en dirai pas davantage. » 3

Ces querelles prirent fin par une bulle promulguée par Benoit XIV en faveur des Dominicains en 1742, et par la défaite de la Compagnie de Jésus.

Maintenant, nous voyons que le point de départ de ces discussions soutenues par les autres missionnaires contre les Jésuites, était de défendre p.24 le vrai but des Missions. La Chine est-elle vraiment idolâtrique ou non ; c’est une question secondaire, pour mieux dire un prétexte, car, les mis­sionnaires étaient allés à l’Empire du Milieu uniquement pour l’évangéliser non pour admirer sa civilisation, encore moins pour en faire la pro­pagande en Europe. Peu importe que la grandeur de la civilisation chinoise consiste dans le travail des philosophes et des moralistes des divers États, que cette civilisation soit une œuvre perpétuellement perfectionnée et moins homogène que toutes les autres. Le Christianisme a comme prin­cipe de ne jamais consentir que, hors de lui, il y ait encore d’autres vérités qui existent, quelle que soit leur valeur, puisque cette religion est faite pour l’emporter sur toutes les autres. C’est pour cette raison que les Domi­nicains ont soutenu que leur cause était juste et reproché aux Jésuites leur trahison envers la religion. Les pauvres Jésuites, fous de douleur d’être trai­tés par l’Empereur, à cause des disputes entre leurs confrères, comme des gens qui ne méritent pas sa considération, en Europe accusés d’être athées et traîtres à l’Église chrétienne, ne savaient vraiment que faire. Mais ils voulaient encore soutenir leur cause et continuer la lutte. Dire du bien des Chinois était toujours leur préoccupation : ce peuple civilisé possède une morale excellente et sublime qui pourrait être considérée comme un bon modèle pour les autres peuples. Quand à la religion des Chinois, le terme Chang-ti dans le Che King dans le Chou King et que Confucius lui-même répétait si souvent, était en tous points conforme au Dieu Chré­tien. Puisque l’univers est un et qu’il n’y a qu’un seul Dieu, comment voulait-on que ces hommes fussent des idolâtres lorsqu’ils avouaient qu’un seul Dieu existe !

A travers toutes ces querelles, la Chine tirait beaucoup de profits. Elle était bien connue en Europe grâce à la propagande des Jésuites. Mais il faut avouer qu’au point de vue de leur qualité de prêtres, ils n’a­vaient pas bien rempli les devoirs envers l’Église. Ils sont devenus, chose assez curieuse, philosophes chinois ayant des idées laïques tout en étant religieux.

II. — Examen des meilleurs ouvrages

p.25 Les ouvrages parus en France à cette époque furent nombreux. Il y en eut quelques-uns qui ont une importance capitale tant dans le domaine littéraire que dans le domaine historique parmi lesquels nous citons :
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