Thèse présentée à la Faculté des Lettres pour le Doctorat ès-Lettres





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Les Mémoires sur l’État présent de la Chine (1696) et Lettres sur les cérémonies de la Chine (1700), de Louis le Comte 1, Les lettres édifiantes et curieuses  (1702) écrites par les missionnaires de la Compagnie de Jésus et les Descriptions de la Chine, etc. (1735) du P. Du Halde.

Louis Le Comte, savant et astronome français, séjourna assez longtemps à la cour de Pékin. Parmi les missionnaires fonctionnaires auprès de l’empereur K’anghi, nul n’avait fait plus que lui de voyages dans les provinces de l’Empire. Mais les besoins des Missions engagèrent ses supérieurs à le renvoyer en Europe ; d’abord à Rome où il instruisit le Pape de l’état des choses et ensuite en France où il fut nommé confesseur de la Duchesse de Bourgogne. Ses mémoires, parus en 1696, eurent un grand succès et bientôt plusieurs éditions. C’était l’époque la plus âpre des querelles religieuses. Et les Cérémonies de la Chine complétèrent sa gloire et provoquèrent un grand bruit. Ces ouvrages intéressants et ins­tructifs sur les choses de l’Extrême-Orient furent reconnus aussitôt publi­quement comme les meilleures sources sur la Chine ; et c’est justement à cause de cela que l’auteur fut accusé d’exalter beaucoup trop ce peuple, lequel d’après les Mémoires de Le Comte 2 « avait conservé pendant deux mille ans la connaissance du vrai Dieu et avait sacrifié au Créateur dans le plus ancien temple de l’univers » et enfin « c’est le Chinois, dit-il, qui avait pratiqué les plus pures leçons de morale tandis que le reste de la terre était dans l’erreur et la corruption ». Ces idées qu’il a soutenu dans ses divers écrits se trouvent particulièrement dans sa lettre au Duc de Maine 1.

Cette façon de plaider la cause de la morale chinoise ne plaisait guère au Supérieur du « Séminaire des Missions Étrangères » à Paris, qui jugea à propos de déférer ces livres à Rome et à la Faculté de théologie de Paris le 1er Juillet 1700. Ces écrits après avoir été examinés par les huit p.26 députés, désignés particulièrement pour cette affaire, furent censurés par la Faculté le 18 Octobre 2. Il en fut de même bien entendu du côté du Pape 3, à Rome, malgré les éclaircissements sur les points censurés par ses confrères, malgré ses propres sollicitations. Le Comte attendit vainement d’être entendu devant la Congrégation comme il l’avait demandé. Il fit donc des efforts sans résultat contre le parti-pris et les idées précon­çues de ses adversaires. Lui, mathématicien de l’Empereur de Chine, spé­cialiste de la langue chinoise et longtemps missionnaire en Extrême-Orient, écrit des choses que les gens qui ne connaissaient pas la Chine jugèrent fausses et mensongères. On lut ses ouvrages, on les conjectura scandaleux, alors on les condamna comme si les éloges des vertus d’un autre peuple, dont l’auteur eut l’idée d’enseigner le bilan aux Européens, avaient quelque chose d’horrible et d’immonde, susceptible d’outrager les bonnes mœurs. D’après ces juges, ces Chinois, tels que les décrivent les voyageurs du temps, petits, laids, au visage jaune avec un nez en accent circonflexe à l’envers, prenant le thé avec de petites tasses, ne doivent jamais être bons et vertueux. Ils ne veulent pas qu’ils soient ainsi. Celui qui ose les représenter autrement est impardonnable, peu importe que ce soit la réalité.

Le Comte avait certainement tort de ne pas suivre le goût de ses con­temporains. Il avait comme défaut — aux yeux de ses adversaires — non seulement de peindre la vraie physionomie morale des Chinois, mais encore d’avoir l’audace de critiquer, avec dédain et ironie, le mauvais goût des lecteurs lorsqu’ils se trouvaient en présence d’un livre de voyages dans de lointains pays ; pour lesquels, dit-il dans ses Mémoires : « Si on ne les réveille pas des aventures inouïes et des prodiges continuels, ils s’endorment sur les histoires les mieux écrites et les plus raisonnables : de sorte que pour leur plaire, il faudrait ce semble, faire des peuples d’une nouvelle espèce et créer exprès pour eux un nouveau monde ». Et ensuite, il faisait des reproches sévères, d’ailleurs très justes, aux voyageurs de décrire leur im­pression de voyage sans avoir une méthode pour étudier le pays où ils vien­nent de mettre les pieds. Il montrait quel ridicule il y a quand on enseigne aux autres des choses qu’on ignore soi-même.

p.27 « A peine sont-ils débarqués qu’ils courent de toutes parts, comme des gens affamés ramasser avec avidité tout ce qui se présente et charger indif­féremment leur recueils des contes publics et des discours populaires. Ce qui aurait fait dire fort plaisamment à un Espagnol qu’un certain auteur, au lieu d’intituler son livre : Relation de ce qu’il y a de plus considérable dans le nouveau Monde, eût beaucoup mieux fait de lui donner pour titre : Relation de ce que toute la canaille des Indes, les Mores, les Cafres, les Esclaves, etc... m’ont fidèlement rapporté dans les entretiens que j’ai eus régulièrement avec eux.

Dans ses Mémoires, Le Comte expose à ses amis de France tout ce qu’il avait vu au cours de ses voyages dans l’Empire chinois de Canton à Hang Tcheou, du Chan-Si à Pékin et il les informa de la vie qu’il menait auprès de ses confrères à la Cour (t. I, p. 66, t. II, p. 4-303) en un mot, la vie des Princes et des Bourgeois jusqu’à celle des campagnes (t. I, p. 287 ; t. II, p. 256 etc.). Et dans Les Cérémonies de la Chine, il parlait un peu particulièrement de ce que le titre comporte, c’est-à-dire le culte des ancêtres, celui des philosophes. A la manière de ses confrères, il y soutenait que c’est simplement du respect et de la reconnaissance envers les anciens, qu’il n’y a pas du tout de superstitions.

Enfin, ses descriptions de la Chine, dans tous les détails, sont assez exactes. On y trouve certains points qui sembleraient être inventés ou exa­gérés. C’est la traduction des livres ou des discours des Chinois. Mais dans la traduction, il est toujours permis au traducteur de bien interpréter une langue étrangère. Cela est même indispensable si on veut obtenir une œuvre ayant un haut intérêt littéraire. Cette méthode n’est pas moins pra­tiquée aujourd’hui par de bons traducteurs quand ils veulent faire ressortir davantage le génie et la beauté d’une autre langue dans la leur, et faire sentir son charme et son harmonie dans la transcription. Ce n’est donc pas une invention ou une exagération. C’est même la condition essentielle pour bien traduire, au surplus, on y appréciait la technique et la recherche pa­tiente des termes propres de l’écrivain. D’ailleurs sur ce point, Le Comte a dit lui-même dans l’avertissement de ses Mémoires :

« Quelques-uns ont cru que les discours que font les Chinois dans mes Mémoires sont plus de mon invention que de la leur : je suis bien aise qu’on sache qu’en ce point comme en tous les autres, j’ai tâché de dire exactement la vérité. Ce sont pour l’ordinaire de pures versions et si je n’y conserve pas toujours le style serré et obscur des Chinois, ce p.28 n’est que pour tâcher de faire mieux sentir en notre langue toute la force et toute la délicatesse que j’ai moi-même senties dans la leur.

Voilà une méthode pratique pour la traduction du chinois en Fran­çais que tout le monde doit suivre. Le style serré et obscur dans un texte chinois tout comme dans le texte latin exige beaucoup d’intelligence et d’érudition pour le comprendre à fond. Le Comte dans ses traductions a souvent transmis le sens général du texte entier, et non mot à mot.

C’est ainsi que dans les Mémoires sur l’état présent de la Chine, Tome I, p. 85, l’édit rendu par l’empereur à la mort du P. Verbiest se trouve rapporté de la façon suivante :

« Je considère sérieusement en moi-même, que le Père Ferdinand Verbiest a quitté de son propre mouvement l’Europe pour venir dans mon Empire et qu’il a passé une grande partie de sa vie à mon service. Je lui dois rendre ce témoignage, que durant tout le temps qu’il a pris soin des Mathématiques, jamais les prédictions ne se sont trouvées fausses ; elles ont toujours été conformes au mouvement du Ciel. Outre cela, bien loin de négliger l’exécution de mes ordres, il a paru en toutes choses exact, diligent, fidèle et constant dans le travail jusqu’à la fin de son ouvrage, et toujours égal à lui-même. Dès que j’ai appris sa maladie, je lui ai envoyé mon Médecin, mais quand j’ai su que le sommeil de la mort l’a enfin séparé de nous, mon cœur a été blessé d’un vive douleur. J’envoie deux cents écus d’or et plusieurs pièces de soie pour contribuer à la dépense de ses obsèques, et que je veux que cet édit soit un témoi­gnage public de la sincère affection que je lui porte.

Or le texte de l’édit, inséré dans le Recueil des Edits de K’ang-hi, page 17, peut se traduire comme suit :

« DECRET :

Moi, empereur, considérant que Verbiest, venu d’une contrée loin­taine, a rendu des services depuis de longues années pour l’organisation du calendrier conformément aux données astronomiques et la surveillance de la fabrique de canons dans l’intérêt des opérations militaires, qu’il s’est acquitté de ses fonctions avec une activité, un zèle et une attention sans défaillance, que son caractère était d’une sincérité sans mélange, sans changement du début à la fin de sa carrière, je n’ai cessé de me louer de lui. Ayant appris qu’il était malade au lit, j’espérais encore que les soins médicaux le rétabliraient et que sa guérison était possible. p.29 Maintenant sa mort soudaine me donne une émotion profonde. Je fais don spé­cialement de deux cents onces d’argent et de dix pièces de satin supé­rieur pour témoigner mon regret tout particulier pour la mémoire de ce sujet venu de loin. Décret spécial.

Ce que nous reprochons à Le Comte, comme nous avons déjà fait à ses confrères, c’est l’inexactitude de ses écrits quand il est question de la religion. Il voulait que l’estime de l’Empereur pour les missionnaires signifiât qu’il avait l’idée de favoriser le catholicisme, selon l’expression de Le Comte : « pour payer les services que ces pères tâchent de lui rendre » 1. On sait que les adversaires des Jésuites guettaient toujours en silence leurs gestes dans l’espoir de saisir un mot ou une phrase comme document pour les attaquer. C’est ainsi que M. Cousin, dans le Journal du Lundi 21 Janvier 1697, insérait un article contre eux au sujet du dernier écrit du P. Verbiest :

« Le P. Verbiest étant à l’extrémité de la vie, laissa un écrit pour lui être présenté, (à l’empereur) : « Je meurs content puisque j’ai employé tous les moments de ma vie au service de votre Majesté. »

« L’auteur, dit Le Comte, passe sous silence tout ce qui suit, tou­chant les vues que ce Père avait dans le service de ce Prince et ajoute ensuite cette réflexion : Les deux apôtres qui moururent à Rome n’en auraient pas pu dire autant à Néron ».

Le Comte, avec raison, reprochait à M. Cousin de n’avoir pas été de bonne foi dans l’extrait, de manquer de charité dans la réflexion en com­parant K’anghi, le protecteur déclaré des missionnaires, avec Néron, le plus cruel persécuteur des Chrétiens. Pour prouver cette calomnie, il complétait ainsi le texte du P. Verbiest :

«.... Mais je la prie (Sa majesté) très humblement de se souvenir après ma mort, qu’en tout ce que j’ai fait, je n’ai eu d’autre vue que de procurer en la personne du plus grand Prince de l’Orient, un Protecteur à la plus Sainte Religion de l’Univers. 2

En réalité cette traduction de Le Comte n’est pas plus vraie que le texte tronqué de M. Cousin, qui est absolument faux, publié dans l’idée de polémique contre les missionnaires. Nous jugeons nécessaire d’en donner p.30 une nouvelle traduction d’après le texte chinois intitulé Hi-Chao-Ting-Ngan ; cela veut dire : Les Édits de Kanghi.

« Le Président du Tribunal de l’Astronomie, chargé de la confection du calendrier avec les titres d’Attaché de première classe au Ministère des Travaux Publics et de Mandarin de deuxième classe.

« Votre sujet respectueux Nan-Houai-Jen (Verbiest) présente ce Mé­moire, profondément reconnaissant pour la haute et profonde bienveillance du Prince, à l’instant de mourir où le chant de l’oiseau 1 devient triste, je prie humblement votre majesté de jeter les regards sur ce qui suit :

Si votre sujet Verbiest, lettré d’Occident, depuis ses premières années, élevé dans la modestie et le respect, est venu de si loin, c’est dans une inten­tion 2 que votre Majesté connaît parfaitement, et que je n’ose développer. Pour ses faibles connaissances dans l’Astronomie, il a eu l’honneur pen­dant les années de Chun-tche d’être appelé à Pékin par Che-tsou-Tchang-Hoang-ti 3 où il fut nourri pendant plusieurs années par l’ordre de l’Em­pereur. J’ai rendu de modestes services dans la confection du Calendrier et j’ai reçu en retour plus que je ne méritais avec les titres du Président etc..., malgré mes refus qui n’ont pas été agréés par Sa Majesté. Peu de temps après j’ai eu le titre d’Attaché de première classe etc… par une faveur extraordinaire et une accumulation sans fin, et de plus, j’ai été honoré de tant de bienfaits qu’il serait impossible de les énumérer jusqu’au bout.

Quand j’ai réfléchi au peu de services que j’ai rendus depuis trente ans, il me semble que votre Majesté a été bien mal payée de ses bienfaits. Je reçois la nouvelle que sa Majesté l’Impératrice douairière est montée au ciel et que votre Majesté montre la sincérité de son affection filiale par un deuil et une affection qui dépassent la nature. La maladie m’a empêché de me rendre au Palais pour prendre le deuil, j’en ai éprouvé un profond regret et un cuisant chagrin. Atteint d’une maladie incurable, j’attends la mort d’un jour à l’autre, et viens maintenant faire mes adieux à votre Ma­jesté. Je ne puis m’empêcher de me comparer à un animal domestique dévoué à son Maître, et sur mon lit je me prosterne en signe de reconnaissance pour les bontés de votre Majesté. Je ne puis retenir mes larmes, ma p.31 gratitude est extrême, c’est ainsi que je présente avec respect le présent mémoi­re.

Voila ce que contient réellement ce Mémoire du P. Verbiest, qui a été l’objet des discussions à travers les siècles.

Il semble qu’en parlant des écrits de Le Comte, nous ayons oublié les « Lettres édifiantes par les missionnaires » et les Descriptions du P. du Halde.

Des lettres édifiantes, la plus ancienne date de 1545 : c’est une lettre de François Xavier ; la collection véritable commence en 1702 jusqu’en 1776. Puisqu’il y eut en tout 34 volumes et une autre réédition en 24 volumes. (1878) il est difficile de parler sur l’ensemble de ces lettres. De même pour le livre du P. du Halde qui est aussi riche de détails sur les Chinois que les Lettres édifiantes, mais du Halde a mis plus d’ordre dans son livre que les Lettres édifiantes n’en possèdent ; c’est parce que du Halde a ajouté aux mémoires de ses confrères le soin de les classer pour former en 4 volumes qui furent dès lors considérés comme la meilleure description de la Chine qu’on ait dans le monde.
CHAPITRE TROISIÈME

LA CHINE D’APRÈS LES VOYAGEURS : MISSIONNAIRES ET LAÏQUES.

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p.32 Au XVIIe et au XVIIIe siècle, les missionnaires français en Chine étaient assez nombreux ; y vinrent au surplus des voyageurs laïques, qui étaient presque tous embarqués sur des navires marchands. Parmi ces voya­geurs laïques, quelque grand que fût le nombre de ceux des autres pays, on trouvait très peu de Français 1. Ce n’est sûrement pas la difficulté du voyage qui les retenait ; de même « la seule curiosité et la passion d’ap­prendre » comme dit Thévenot en 1684 dans son « Voyage » ne nous pa­raissent pas des raisons suffisantes pour les autres voyageurs de diffé­rents pays, qui ont quitté leur patrie pour aller dans des contrées lointaines.

Pour avoir, aujourd’hui, une opinion assez juste sur les œuvres de ces voyageurs, aussi bien missionnaires que laïques, l’important est de chercher dans leurs œuvres mêmes les motifs pour lesquels ils ont entrepris des ran­données aux confins de l’Asie, afin de pénétrer leur psychologie pour juger ce qu’ils disent de vrai et de faux.

Les missionnaires, les uns à cause de leur vocation religieuse, et les autres en qualité de mathématiciens, d’astronomes pour la plupart, se p.33 rendirent en Chine, soit sur l’ordre de leur Mission, soit sur l’ordre du roi Louis XIV, dans l’unique but de répandre la foi chrétienne. Ce dernier cas fut celui des Pères Louis le Comte, Fontaney, Bouvet, Gerbillon et Visdelou. Ils traversèrent d’abord le Siam, puis se dirigèrent vers le Nord. C’est ainsi qu’ils voyagèrent à travers une grande partie de la Chine. Après avoir longtemps séjourné à la cour de Pékin, ils entrèrent souvent en contact avec la société. Ce qui leur permit tout de même d’avoir une vue assez générale sur l’ensemble de la civilisation : en prêtres, ils ont vu ce qui s’est passé chez le peuple, en fonctionnaires, ils ont observé la finesse et la noblesse chinoise chez les aristocrates. Cette double occupation occasionna souvent des difficultés ; ce qui explique bien comment ils n’eurent pas le temps de faire un livre complet sur un sujet. C’est ainsi qu’on leur reproche souvent leurs ouvrages qui sont, cela est vrai, une collection de notes qu’ils ont rangées tant bien que mal, sans méthode, dont les sujets sont les plus divers. Ils ne les traitent point comme des réductions régulières et com­plètes ; on pourrait presque donner tout ce qu’ils ont publié durant deux siècles sous le même titre : « Ce qui concerne l’empire Chinois ». Ce sont pour ainsi dire des mémoires qui peuvent servir à d’autres pour les classer en différents livres 1 sur la Chine à titre documentaire.

Parmi les livres des Missionnaires, après les « Mémoires » du P. Louis le Comte, les écrits du P. Gaubil sont très utiles. Il fit le voyage de Chine en 1721 avec le P. Jacquet. Une grande partie de son journal a été publiée dans le recueil du P. Etienne Souciet 2. On y trouve divers extraits des auteurs chinois, concernant leur astronomie, leur histoire etc., illustrées par les notes du P. Gaubil, qui a pris soin d’expliquer les termes et d’éclaircir la géographie de Marco-Polo, de Rubruquis et de plusieurs autres voyageurs en Tartarie, au Thibet et en Chine. Aucun missionnaire n’avait eu l’idée de cette entreprise avant lui, et n’aurait été capable d’y réussir. Il faut ajouter de même que le P. A. de Rho­des 3 avait bien écrit ses voyages et que l’ouvrage du P. Philippe Avril 4 a été aussi beaucoup lu ; il y en a encore bien d’autres. Mais tout p.34 cela ne peut pas dépasser la valeur du P. Gaubil, parce qu’il avait une intelligence remarquable, connaissait à fond la langue parlée et littéraire de la Chine, et savait chercher les sources dans l’histoire même du pays pour confronter ce qu’il avait vu de ses propres yeux.

Le siècle de Louis XIV a été l’un des plus brillants dans l’Histoire de la France, de même que l’époque de K’anghi a été la plus remar­quable dans l’histoire de la Chine moderne. Les deux monarques protec­teurs des belles-lettres et des Arts, méritent bien les éloges des Jésuites, qui trouvent en eux bien des ressemblances étonnantes. Ayant le même carac­tère inflexible et un goût marqué pour la philosophie et la littérature, Louis XIV et K’anghi avaient une mutuelle estime l’un pour l’autre. La manifesta­tion de l’amitié qu’avaient ces deux grands princes a favorisé les relations de la France avec la Chine, et a fondé la tradition du libre échange beaucoup plus dans les sciences et dans les arts que dans la diplomatie. L’in­térêt de la France était, d’une part, de répandre en Chine par ses mission­naires l’utilité des sciences de l’occident, et par contre, celui de la Chine était de charger ces missionnaires, à leur retour, de faire connaître aux écrivains français les idées philosophiques de Confucius, de Lao-tseu, de Tchouang-Tseu etc. Il est indiscutablement vrai que ces idées laïques chinoises une fois importées, ont exercé une influence sur les philosophes du XVIIIe siècle, qui prêchèrent la « religion naturelle », grâce à laquelle la pensée française a admis des réformes, et s’est peu à peu détachée des traditions religieuses.

Les missionnaires, en général, avaient la bonne intention de ne prendre que le bien chez le peuple chinois, mais, pour ne pas critiquer trop mani­festement leurs pays, ils avaient l’adresse d’exagérer un peu ce qu’ils fai­saient de louanges à la Chine. Ils n’avaient pas prévu que ces louanges pourraient tourner en mal contre eux. Lorsque les discussions sur les céré­monies éclatèrent, les Jésuites ne purent contredire ce qu’ils avaient soutenu de la loi chinoise fondée sur la tolérance ; pourtant leurs actes ne furent plus tolérés par K’anghi. Néanmoins ils eurent toute raison de dire que les Chinois sont civilisés, que les mœurs chinoises sont fondées sur l’honneur d’autrui et les affections d’une vie collective dans la famille. Quant à la religion, disaient-ils, les chinois ne sont sûrement pas catholiques de nom, mais Chang-ti est le créateur de toutes choses ; il n’a pas de forme, il n’est nulle part, mais il est partout, donc c’est Dieu. En un mot, les missionnaires ont rendu à la France dans le domaine des Études p.35 sinologiques des services appréciables. L’intention de leur publication fut bonne, parce qu’ils ont voulu instruire ceux qui n’ont pas le moyen de voyager, d’étudier de près une autre civilisation. Grâce à eux, les Français sont parvenus à acquérir des connaissances diverses sur la Chine.

Quant à la deuxième catégorie de voyageurs (laïques), ce sont des gens pour lesquels les aventures ont été la première cause qui les a fait se déraciner de leur propre sol. Vers le commencement du XVIIIe siècle, l’extension du commerce en Extrême Orient était déjà marquée par l’appa­rition des aspirations colonisatrices des pays de l’Europe. Dans les œuvres des voyageurs on trouvait en première ligne des descriptions d’une Chine dont la richesse est inouïe et dont l’immensité en territoire, l’esprit pacifiste donnent l’envie et l’occasion de profiter. Un peuple ignorant et lâche mériterait bien qu’on le traitât en maître. C’est la Chine presque fonciè­rement différente de celle des Jésuites. Le
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