Thèse présentée à la Faculté des Lettres pour le Doctorat ès-Lettres





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av. J. C.), dont la dynastie avait le nom de T’ang était considéré comme le premier Empereur dans l’histoire de la Chine par Confucius (à l’exclusion des premiers Empereurs chinois fabuleux). Si l’on plaçait le mot Tang après le mot Yao, cela ferait Yao-Tang, nom homonyme approximatif de Jectan, donc les Chinois devaient être les descendants de Jectan 2.

*

Quoique le P. Parrenin fût fort enchanté de sa découverte, il ne vou­lait pas attacher trop d’importance à savoir au juste lequel des enfants de Sem fut le vrai ancêtre des Chinois puisque, dit-il, « en entrant dans la Chine, ils fermèrent la porte derrière eux » 1. Si ce genre d’hypothèse est un peu enfantin, les autres remarques sur les Chinois qu’a faites le P. Parrenin n’en étaient pas moins intéressantes et instructives. Il suivit l’Empereur K’anghi jusqu’à la Tartarie. Il faisait à cette occasion souvent des descriptions détaillées sur ses voyages. Il y rencontrait des Mongoux, des Thibétains qui, d’après lui, sont aussi des descendants de Sem. Mais p.57 ils sont si différents des Chinois pour les mœurs, pour la langue, pour les traits du visage. Ce sont des gens grossiers, ignobles, fainéants, défauts essentiels mais rares chez les Chinois.

« Quand il vient quelqu’un de ces Tartares à Pékin et qu’on demande aux Chinois la raison de cette différence. Ils répondent : Choui-t’ou-k’o-che (que cela vient de l’eau et de la terre), c’est-à-dire de la nature du pays qui opère sur l’esprit de ses habitants » 2.

Cette fois-ci, le P. Parrenin fait confirmer cette théorie par les faits qui sont d’ailleurs vrais. En accompagnant l’Empereur jusqu’à la Tartarie, il y trouve des Chinois de Nanking qui s’y étaient établis et leurs enfants étaient devenus de vrais Mongoux 3. Et il a vu aussi de ses propres yeux des Mores répandus dans toute la Chine des Juifs résidant dans le Ho-Nan ; on ne les eût point reconnus, s’ils n’avaient eu soin de con­server des signes extérieurs de leur religion, tels que la circoncision et l’abstinence de la chair de porc et quelques marques aux habits, comme le bonnet de toile blanche, les moustaches coupées et la loi qu’ils se sont faites de ne s’allier qu’ensemble.

Si cette recherche sur l’origine dus Chinois passionnait les savants français, comme nous l’avons dit plus haut, il y eut toujours les érudits « pour » et les érudits « contre », tout comme dans les querelles reli­gieuses sur les cérémonies chinoises. Longtemps, De Guignes et Deshau­terages, avec leurs arguments sans assez de fondements discutèrent pour savoir si les Chinois étaient ou non une colonie égyptienne. C’était sûrement une des études sur la Chine à cette époque qui portait le moins de fruits, mais, de documents peu solides, on tirait quand même des conclusions. Il est vrai que l’écriture idéographique chinoise semble être l’hiéroglyphe égyptien perfectionné, et les mœurs chinoises ont aussi des ressemblances avec celle des Égyptiens : voilà les preuves incontestables. Mais on ne s’avisa pas de penser que toutes les anciennes civilisations se ressemblent et on ne comprit pas que la civilisation chinoise immémoriale est une de p.58 celles qui ont conservé toujours la jeunesse de l’antiquité ; il y a une ligne droite qui lie le passé au présent. Au contraire, la civilisation occidentale est une ligne courbe qui marque les périodes par étapes ; on marche en avant et laisse ce qui est en arrière comme quelque chose de mort et de démodé, telles que nous voyons aujourd’hui les langues et les mœurs de lancien temps, même les plus belles.

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CHAPITRE SEPTIÈME

LA LITTÉRATURE CHINOISE EN FRANCE

LA MÉTHODE D’ÉTUDES CHINOISES DE FOURMONT
I. — Difficulté de la langue et

la méthode d’études chinoises de Fourmont

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p.59 S’il existait en France, au temps de Louis XIV, une Chine philoso­phique, il n’y existait guère une Chine littéraire au sens strict du mot. Autant les ouvrages parus sur Confucius furent abondants, autant les écrits sur la littérature furent maigres et insignifiants. La raison est que, bien qu’il y ait une ressemblance établie dans le domaine littéraire de tous les pays, la langue chinoise (sans s’être muni de cette clef secrète, rien n’est possible pour pénétrer dans la profondeur d’une autre civilisation), est beaucoup plus difficile à s’approprier pour les Européens que celles de l’Europe ne le sont pour les Chinois. Ainsi cette étude fondamentale constitue un obstacle sinon infranchissable, du moins épineux pour ceux qui sont décou­ragés quand ils rencontrèrent les premiers obstacles. Et si quelquefois les premières difficultés sont franchies, vient ensuite l’exigence d’un travail encore plus acharné à cause des allusions et des symboles compliqués 1 employés d’une manière respectivement différente chez chaque auteur, pour arriver à sentir le charme de la langue et pour se former une idée juste sur la portée des termes choisis lorsqu’on a des livres de tel ou tel écrivain sous les yeux. Toutes ces difficultés à surmonter pour comprendre p.60 la littérature chinoise étaient sans doute la cause profonde pour laquelle les gens du XVIIe et du XVIIIe siècle n’ont pas osé concevoir l’idée de vulgariser la littérature comme ils ont fait de la philosophie chinoise ; il faut tenir compte aussi de la différence de conception d’un Chinois sur la vie sociale qui constitue le fond même des expressions dans son écrit, car l’art d’écrire, quel que soit le genre, ne traduit autre chose que la représentation de la vie réelle. Et dans la littérature surtout, l’idée ne joue qu’un rôle secondaire vis-à-vis de la forme, de « la vie des mots » façonnés et forgés durant des siècles, jusqu’à former un art pur, propre à une langue, qu’on ne pourra jamais transcrire dans une autre langue.

En 1735, parurent les « Réflexions critiques sur les Histoires des an­ciens peuples » de Fourmont. C’est un ouvrage critique comme son titre l’explique bien. Ce n’est pas une étude à priori, mais comparative et solide avec des textes savants bien documentés par les soins d’un érudit dont les connaissances sur le peuple chinois sont fort appréciables. L’auteur nous dit avec quel travail il a enfin pu entrer en possession de la langue chinoise, et obtenir le fruit de ses études sur les livres chinois. Il critique sévè­rement l’ignorance absolue de ses contemporains qui se prétendent sinolo­gues alors que la méthode avec laquelle ils étudient le chinois est fausse.

« Plus on y met d’assiduité, plus la difficulté même est grande ; plus en même temps on acquiert de connaissances, plus ces connaissances sont justes, exactes, réfléchies : avantage que n’ont jamais ni les voyageurs ou marchands qui ne séjournent à la Chine que pour leur commerce, ni même ceux qui y vont pour l’Évangile, lorsqu’ils se contentent de la langue par­lée, ou que, voulant savoir quelques caractères, ils les apprennent par rou­tine et sans principe. Tels sont néanmoins la plupart ; si on les consulte sur la langue parlée des chinois, ils la possèdent : exigez d’eux une connais­sance grammaticale de cette même langue, exigez d’eux la connaissance des dictionnaires, des grammaires, des Annales, etc., mais surtout l’art par lequel les docteurs chinois parviennent à la lecture et à l’intelligence des caractères, cette langue des yeux seuls, cette langue des premiers hommes, aujourd’hui supérieure aux hiéroglyphes des Égyptiens, ils demeurent muets : et nous, gens à 6.000 lieues de la Chine, mais instruits par les livres mêmes des Chinois, nous serions obligés de la leur apprendre, tant ils sont neufs sur les principes 1.

p.61 On est porté aujourd’hui à trouver ces paroles trop sévères tant pour les marchands que pour les missionnaires français en Chine, mais l’auteur a formulé son jugement avec justesse et raison, de telle sorte qu’il reste en­core vrai maintenant. Il est assez curieux de constater qu’au commencement du XVIIIe siècle, un savant a pu trouver la méthode pour les études chinoises. Fourmont est bien le premier sinologue qui avait bien découvert le chemin qu’il fallait suivre pour arriver à une connaissance parfaite sur la Chine tout comme sur les Chinois.

«...Surtout l’art par lequel les docteurs chinois parviennent à la lecture et à l’intelligence des caractères ». Voilà sa méthode simple et logique. Sans ce moyen, rien ne serait possible pour quiconque cherche à avoir un résultat satisfaisant dans l’étude d’une langue étrangère. Travaillant sous la direction d’un jeune chinois 2 correspondant assidu du P. Prémare alors missionnaire en Chine, Fourmont a réussi à devenir un lettré français ayant un esprit chinois. Malheureusement la plupart de ses manuscrits n’ont jamais été mis au jour.

Nous donnons ici une liste des ouvrages de Fourmont sur les études chinoises : les uns sont imprimés et les autres restent en manuscrits.

1. Ouvrages imprimés

Explication de la feuille écrite dans la langue des Lamas du Thibet, imprimée dans la grammaire chinoise de M. Bayer en 1730.

Les clefs chinoises en table, avec leurs significations à côté : Paris, chez Bullot, 1719.

Meditationes Sinicæ. Paris, 1737, chez Bullot.

Catalogue de tous les livres chinois, tartares, et indiens de la Biblio­thèque du roi, imprimé dans le premier volume des manuscrits de la bibliothèque royale, 1739. p.62
2. Dissertations

Lues à l’Académie, et imprimées, soit dans les Mémoires,

soit dans l’Histoire de la même académie.

Sur la Littérature Chinoise, 1722 (Histoire de l’Académie, T. 5, p. 312).

Dissertation sur les Annales Chinoises, où l’on examine leur époque et la croyance qu’elles méritent, 18 Mai 1734. Mémoire de l’Aca­démie, p. 13, p. 507.

3. Dissertations

Lues à l’Académie et restées manuscrites.

Réflexions sur les termes de Fag-sour, d’Altounkhan et de Tamgadge, que l’on trouve dans les auteurs qui ont écrit de la Chine.

Dissertation sur le sens que présentent les clefs chinoises.

Sur les commencements de l’histoire chinoise par rapport à l’invention des arts.

Dissertation où l’on rapporte les différents sentiments sur le nombre et la difficulté des caractères chinois.

Contre l’opinion du P. Magalhanes et de Muller sur la facilité de la langue chinoise.

Sur les distinctions qu’il faut faire lorsqu’on parle de la langue chinoise, et que, fautes de les avoir faites, les auteurs qui en ont parlé, se sont la plupart trompés.

Sur les auteurs qui se sont appliqués à faire connaître la langue chinoise.

4. Ouvrages sur la langue chinoise.

Comparaison de la grammaire chinoise des P. de Prémare, et de celle de M. Fourmont.

Dictionnaire Chinois-Latin, par tons.

Dictionnaire Chinois-Latin, par clefs. p.63

Dictionnaire Latin-Chinois.

Dictionnaire Français-Chinois.

Dictionnaire historique, chronique et géographique de l’Empire de la Chine.

Réfutation de plusieurs Mémoires concernant la littérature chinoise.

II. — La Prose : Morceaux traduits de Kou-Wen 1

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Malgré le peu de traductions de textes chinois parues à cette époque, on trouve tout de même quelques fragments qui pourraient donner un aperçu de la littérature chinoise. En 1685 parut en Chine un recueil de Kou-Wen ; grand recueil de lecture en prose de style ancien, dont les sujets sont les plus divers : des lettres, des récits renfermant une moralité, des dissertations et des requêtes, des décrets des empereurs, etc. Ce recueil, composé par l’ordre impérial, avait pris à son choix des textes ayant le caractère particulièrement officiel ; c’est-à-dire qu’il y avait surtout des requêtes, des dissertations officielles et des rapports présentés au trône. Et ce choix de Kou-Wen publié pour être lu à K’anghi, ne pouvait pas passer inaperçu des missionnaires de la Cour. Vite, ils ont entrepris une tra­duction en choisissant ceux de ces morceaux qui avaient le caractère le plus moral, et qui manifestent tous l’unité de l’idée morale ou philosophique. Ces traductions ont été faites par le P. Hervieu, insérées avec analyse dans le Tome II du livre de Du Halde.

On doit remarquer que, si les textes chinois de ce recueil ont été écrits avec le style du Kou-Wen (style ancien) la traduction française n’en fut par moins rapprochée de la solennité latine. En comparant les deux textes, on trouve qu’il y manque un scrupule d’exactitude scientifique. Et malgré le dévouement coutumier des missionnaires dans toutes les branches d’étu­des, le P. Hervieu respectait vraiment trop peu ce qui est original. Tou­tefois ce défaut est excusable si on pense que la littérature chinoise, qui p.64 offrait un texte tout gonflé de substances et riche de nuances, était assurément difficile et qu’elle ne pouvait être comprise en France que si l’on supprimait au besoin la couleur locale trop manifestée et propre à la com­préhension de la mentalité chinoise, et que si l’on tâchait de l’arranger de façon à se conformer au goût des français pourvu qu’il n’y eut pas de contre sens.

C’est sûrement dans cet esprit que le P. Hervieu a traduit le Kou-Wen. On pourra le confirmer en comparant quelques phrases de la tra­duction avec celles du texte original. Ainsi nous reproduisons ici le même passage de la traduction du P. Hervieu avec celle d’un contemporain, M. Margouliès, on constatera aisément la différence qu’il y a entre les deux traducteurs.
1. Traduction du P. Hervieu

Déclaration de l’Empereur King-Ti pour recommander aux peuples l’agriculture, aux magistrats la vigilance et le désintéressement.

« A quoi bon toutes ces sculptures, et ces autres vains ornements qui deviennent si fréquents ? Non seulement, ils ne sont pas nécessaires ; mais occupant beaucoup d’hommes, ils nuisent à l’agriculture. A quoi bon aussi tant de broderies et d’autres colifichets qui amusent aujourd’hui les fem­mes, autrefois bien plus utilement occupées aux étoffes et aux habits d’u­sage ? Les hommes laissant l’agriculture pour d’autres arts, les campagnes deviennent incultes, et les femmes laissant pour des bagatelles les étoffes nécessaires, on manque de quoi s’habiller dans les familles. Or, que de gens à qui le vivre et le vêtir manquent, ne s’échappent à rien de mal, c’est assurément une chose assez rare... »

Voici maintenant la traduction directe de M. Margouliès laquelle est beaucoup plus près du texte chinois.

2. Décret 1 ordonnant aux Fonctionnaires (rétribués) de deux mille Che 2 d’être attentifs à leur charge.

« La sculpture sur pierre et la gravure sur métal, c’est ce qui lèse l’a­griculture. Les brocarts et les broderies les cordons de soie rouge, c’est ce qui endommage les travaux féminins 3. Si l’agriculture est lésée, c’est là l’origine de la famine. Si les travaux féminins sont endommagés, c’est là la source du froid (qu’on souffre). Or, il est bien rare que la famine et le froid arrivent ensemble et qu’on puisse ne pas commettre de fautes 4. »

Cette dernière traduction simple et précise met plus en relief l’élégance du style chinois que la traduction précédente qui est plutôt une composition du P. Hervieu d’après les idées chinoises. Il nous semble après avoir lu ces deux textes que la langue chinoise n’est pas si rebelle à la transcription dans une autre langue. Si le P. Hervieu avait mal réussi en sa traduction, c’est que, comme pensait Fourmont pour la plupart des missionnaires, il ne savait que la langue parlée et donnait l’explication du texte pour la traduc­tion du texte.

III. — La Poésie : Quelques odes du Che-King

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En dehors du Kou-Wen, on trouve encore quelques odes du Che-King (premier livre canonique chinois), insérées également dans Du Halde. Le Che King, un des livres classiques, renferme trois cents poésies de tous genres que Confucius a revues et classées. Le P. Prémare en a traduit seu­lement huit avec une introduction dans laquelle il a exposé en peu de li­gnes ce qu’il savait sur ce livre. Il a fait entr’autres, remarquer que ce re­cueil de poésies anciennes a été beaucoup recommandé par Confucius. Il semble que ce sinologue ait ignoré totalement que ces poésies ont existé bien avant Confucius au nombre de plusieurs milliers, et que c’était Confu­cius lui-même qui avait donné au recueil sa forme actuelle. De plus s’il est p.66 certain qu’au début du XVIIIe siècle, la traduction libre était admise, était même en vogue, celui ou ceux qui prétendent connaître une langue étrangère qu’ils ne comprennent réellement pas ne sont plus excusables. C’est malheu­reusement le cas du P. Prémare. En comparant ses traductions avec les textes originaux, on est surpris de constater que la connaissance du chinois de notre traducteur n’était point suffisante pour lui permettre de traduire quoi que ce fût. Et cependant, il avait l’audace d’ajouter aux traductions des notes et des éclaircissements que lui-même serait probablement fort embar­rassé d’expliquer : ainsi Hia, Chang, Tcheou sont désignés dans l’histoire de la Chine antique par un terme courant : « Les san tai » (les trois dynas­ties). Le P. Prémare ayant mal compris le sens propre du mot « tai » (dy­nastie) l’a traduit par « race ». Ainsi « troisième race » est le terme du P. Prémare pour désigner les Tcheou, alors troisième dynastie historique de la Chine. Cette faute grave pourrait rendre toute une histoire incompréhen­sible, si l’on ne sait pas de quoi il s’agit dans le texte original. Mais si l’on connaît l’histoire chinoise, les notes du traducteur deviennent superflues.

En lisant les traductions, on rencontre des contresens étonnants. Malgré le temps que le P. Prémare a consacré à l’étude du Chinois il était ma­nifestement incapable de comprendre les phrases les plus simples, pour lesquelles d’ailleurs, Tchou 1 avait donné des notes d’une limpidité parfaite. Nous reproduisons une de ces odes traduites par ce missionnaire suivie d’une autre traduction presque littérale d’un autre missionnaire le P. Couvreur, afin qu’on puisse juger de l’écart considérable entre le texte original et la tra­duction du P. Prémare.

1. Traduction du P. Prémare.

A la louange de Ven-Vang.

« C’est le ciel qui a fait cette haute montagne, et c’est Tai-Vang qui l’a rendue un désert ; cette perte vient uniquement de sa faute ; mais Veng-Vang lui a rendu son premier éclat. Le chemin ou celui là s’était enga­gé est rempli de dangers : mais la voie de Veng-Vang est droite et facile. p.67 Postérité d’un si sage roi, conservez chèrement le bonheur qu’il vous a procuré. »

2. Traduction du même texte par Le P. Couvreur

T’ien-Tso 2

(Éloge de T’ai Ouang et de Ouen Ouang)

« Le ciel a fait cette haute montagne (le mont Ki) ; Tai Ouang a défriché les terres environnantes. Il a commencé l’ouvrage, Ouen Ouang l’a terminé. (Grâce à eux), des chemins unis conduisent au pied de cette monta­gne escarpée. Leurs descendants puissent-ils la conserver ! »

Voilà la traduction qui a rendu tous les sens du chinois. Celle du P. Prémare a des contre sens incroyables. Puisqu’il s’agit ici d’un éloge fait à deux grands ancêtres de la Maison des Tcheou, comment peut-on dire que « C’est Tai-Vang qui a fait de cette haute montagne un désert » : symbole de sa dynastie qu’il a reçu du ciel ? Pourquoi le chemin est-il rempli de « dangers » ? Et pourquoi la voie de Ven-Vang est-elle « droite et facile » ? En un mot la traduction du P. Prémare est incompréhensible et n’a presque pas de rapport avec le texte.

Cette ode est classée dans la partie des « Soung » (éloge d’une œuvre méritoire accomplie) de la maison des Tcheou. On sait que dans le Che-King les poésies sont classées en six catégories : la première s’intitule « Foung » (chanter les événements), la seconde « Fou » (exposer les senti­ments primordiaux) ; La troisième « Pi » (procéder par allégorie) ; la qua­trième « Hing » (procéder par comparaison) ; la cinquième « Ya » (exposer les connaissances et le bon ordre) ; enfin la sixième « Soung » comme nous l’avons déjà dit, celle qui est destinée à faire l’éloge d’une œuvre méritoire accomplie.

D’après le P. Prémare, dans le Che-King, il y a seulement cinq genres de poésies dont le dernier renferme, dit-il, « les poésies suspectes de Confu­cius a rejetées comme apocryphes ». Il est difficile de saisir ici la pensée du P. Prémare ; Confucius étant, on l’a vu, le rédacteur du recueil. Aussi bien cette remarque reste-t-elle strictement personnelle au P. Prémare.


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CHAPITRE HUITIÈME

LE THÉATRE CHINOIS EN FRANCE

I. — « Les Chinois » : Comédie de Regnard et de Dufresny.
La Chine sur les tréteaux du « Théâtre de la Foire ».

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p.68 Il n’y avait pas au XVIIe siècle, comme au XVIIIe siècle (et même jusqu’à présent) une pièce de théâtre chinois proprement dit qui fût jouée en France. Le public ne se faisait aucune idée de ce qui devait être le vrai théâtre de l’Empire du Milieu. Par contre, on a toujours voulu composer des œuvres soit disant chinoises, mais dont le fond et la trame sont sortis de l’imagination de l’auteur européen.

Nous avons déjà dit que les missionnaires ont toujours éprouvé une grande admiration pour la Chine. Le grand retentissement qu’ont obtenu leurs publications ne pouvait sûrement pas laisser indifférent le public. Toutes ces images vivantes de Chinois qu’ils ont dépeintes avec habileté ; leur tenue, leurs manières hantaient les esprits. Les auteurs comiques saisis­saient cette occasion pour faire des pièces n’ayant d’autre but que d’amuser le public plutôt que de l’instruire. Ces pièces uniquement faites pour distraire étaient assez nombreuses. « Les Chinois » Comédie en cinq actes, mise au théâtre par MM. Regnard et Dufresny, et représentée pour la première fois par les comédiens italiens du roi dans leur Hôtel de Bourgo­gne, le 13 Décembre 1692. « Arlequin invisible chez le roi de la Chine », 1713. « La Princesse de la Chine », 1729. Ces comédies du Théâtre de la Foire eurent pour initiateur Le Sage qui, en fait d’orientalisme, avait revu et corrigé la traduction des « Mille et un Jours » de Petis de la Croix. Il existe à la Bibliothèque Nationale une autre pièce de lui p.69 inédite 1 en collaboration de M. d’Orneval. Cette pièce avait été jouée par la troupe du Sieur Restier à la foire de St-Germain en Février 1723
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