Cours de Français, Mme Humblet. Français





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Les Chouans : (1829) La Peau de chagrin : (1831) Le Père Goriot : (1834-1835) Illusions perdues : (1837) Splendeurs et misères des courtisanes : (1838) Le Lys dans la vallée : (1836) …


2.2) Contexte littéraire & contexte historique : Ayant vécu dans la première moitié du 19em siècle, Balzac a eu pour contemporains de nombreux « Géants de la littérature » tels que Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, Hernani), Théophile Gautier (le Capitaine Fracasse), Georges Sand (Indiana), Musset,… chacun appartenant à divers courants littéraires, bien que le romantisme soit quand même le courant dominant de l’époque. Au cours de ce siècle, la littérature devient plus accessible parce que de plus en plus de gens savent lire, que la presse se développe énormément et que la notion de loisir fait son apparition dans les classes moyennes, une classe sociale qui prend son essor dans le sillage de la bourgeoisie. C’est dans ce contexte qu’apparaît le roman, qui sera d’abord historique, sous l’influence d’auteurs tels que Walter Scott (Ivanhoé), Fenimore Cooper (le dernier des mohicans) ou encore Alexandre Dumas (Les trois mousquetaires) puis que des écrivains comme Balzac ou Stendhal rendront réalistes.

Au niveau politique, on appelle le 19e siècle « siècle des Révolutions » qui voit se succéder les systèmes : république, monarchie, empire,… qui cherchent à s’adapter aux nouvelles aspirations démocratiques et aux transformations économiques dues à la révolution industrielle, la colonisation et les conflits entre les puissances européennes. La société elle aussi se transforme, les bourgeois deviennent peu à peu la « nouvelle aristocratie » et une nouvelle classe sociale apparaît : la classe  ouvrière.

Après mille ans de monarchie de droit divin, la Révolution, aussi éphémère a-t-elle pu être (15 ans) a laissé des traces profondes dans la société française. Balzac, au même titre que ses contemporains hérite des acquis de cette révolution, à savoir une liberté de pensée, de ton, d’expression (même si celle-ci, à certains moments, a pu être bridée par le pouvoir). Tout cela a sans doute contribué à façonner une génération d’écrivains sans équivalent dans l’histoire de la littérature.

2.3) Thèmes : Dans la Comédie Humaine Balzac aborde plusieurs thèmes. Voici les plus récurrents :

2.3.4) La passion: Il est difficile d’affirmer que Balzac condamne les passions humaines, il pense plutôt qu’elles confrontent les hommes à un terrible dilemme. Pour lui la vie est une réserve d’énergie, si nous laissons nos passions nous diriger nous usons cette énergie et mourrons jeune. Alors que si nous résistons à nos passions nous vivrons vieux, mais qu’est-ce qu’une vie sans passions ? Par ailleurs les passions individuelles, dès lors que nous les laissons nous submerger, nous empêcheraient alors de mettre notre énergie au service du bon fonctionnement de la société, ce qui est pour lui primordial. Donc, il estime qu’il revient à chacun de faire un choix entre « tuer les sentiments pour vivre mieux, ou mourir jeune en acceptant le martyr des passions » (La peau de chagrin). Lui a choisi la seconde option qu’il était pourtant loin de préconiser…

2.3.2) L’argent: En ce siècle qui voit le triomphe de la classe bourgeoise et les débuts du capitalisme, il est normal que ce soit un des thèmes principaux de la Comédie Humaine. Cependant, son importance trahit aussi la véritable obsession que son auteur avait pour l’argent. Faire fortune a toujours été un des ses objectifs. Toutefois Balzac au travers de ses romans dénonce cet attrait de l’argent, qui ne serait qu’une valeur factice empêchant, à l’égal des passions, les hommes de se concentrer sur leur société et qui les mènerait, par ailleurs, doucement à la folie.

2.3.3) La réussite sociale: nombre des personnages de Balzac, parmi les plus connus, sont de jeunes provinciaux qui arrivent à Paris pour « réussir ». Il s’agit là d’autant de représentations de Balzac qui, lui aussi, entendait intégrer l’aristocratie et devenir riche. Cependant, à travers son personnage de Lucien de Rubempré (Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes), qui, lui, finira par se brûler à son rêve de réussite et par se suicider, Balzac tente de nous mettre en garde. Le personnage de Rastignac, quant à lui, est l’archétype de l’arriviste qui monte à Paris et est présenté, dans un premier temps, comme un individu sympathique dont l’humanité va s’effacer quand il va parvenir à intégrer la haute société. (Le père Goriot et Illusions perdues)

2.3.4) Politique et religion: Dans les Chouans, l’intrigue oppose républicains et royalistes mais nous serions bien incapables de dire pour quel parti le cœur de Balzac penche, et là réside son grand talent d’historien c’est qu’il sait faire preuve d’impartialité et d’objectivité. En fait, Balzac est monarchiste parce qu’il estime que ce système politique est celui qui offre le plus de structure à notre société. Il pare d’ailleurs la religion des mêmes vertus.

2.4) Construction :

2.4.1) Les descriptions : Quand un auteur décrit, il tente, en fait, de rivaliser avec les arts de la vision. Toutefois lorsque nous regardons avec nos yeux nous pouvons embrasser une scène ou un paysage en un instant alors que dans un roman une description vient généralement interrompre l’action.

Les romans de la Comédie Humaine valent cependant moins par leur intrigue que par les analyses psychologiques des personnages qu’ils mettent en scène et les descriptions qui les composent. Mais il a souvent été reproché à Balzac que celles-ci soient trop longues. Donc, il lui arrive de nous dévoiler un paysage à travers les yeux d’un de ses personnages. Par exemple, au début du premier chapitre des Chouans on découvre les environs de Fougères où viennent d’arriver les officiers d’un régiment républicains. De cette manière nous avons l’illusion que l’action se poursuit sans la désagréable impression que causerait un arrêt descriptif. Ou alors il se justifie avant de commencer une description particulièrement fastidieuse : à nouveau dans Les Chouans, il commence le troisième chapitre par 6 pages de description de la ville de Fougères précédé de ce commentaire : « Les derniers évènements de cette histoire ayant dépendu de la disposition des lieux où ils se passèrent, il est indispensable d’en donner ici une minutieuse description sans laquelle le dénouement serait d’une compréhension difficile. ».

« Vous connaissez la cage, voici l’oiseau », écrit Balzac dans Modeste Mignon. Pour lui la demeure d’un personnage, les objets dont il s’entoure sont autant d’indications sur sa vie et sa pensée. Il ne se prive donc pas de décrire avec force détails l’intérieur et le mobilier de certain de ses héros. De plus, le fait d’associer à des objets communs une histoire originale donne une nouvelle dimension à la vie réelle, celle de l’imagination. (*Extrait n°2) Mais encore le fait que Balzac puisse s’étendre ainsi sur la description des biens matériels reflète bien les nouvelles valeurs qu’instaure le capitalisme naissant.

2.4.2) L’action : De manière générale on considère que le premier talent du romancier est de pouvoir susciter l’intérêt du lecteur grâce à l’intrigue et de le tenir en haleine jusqu’au dénouement de son histoire.

Balzac a effectivement écrit plusieurs romans dans lesquels l’intrigue est montée de manière à ne dévoiler les ficelles du drame qu’à la fin, comme Le père Goriot où le narrateur est aussi observateur et découvre au fur et à mesure les tenants et les aboutissants de la triste histoire du père Goriot…

Mais Balzac fait parfois tout le contraire et dévoile dès le début du récit comment celui-ci va se terminer ou donne une grande quantité d’indices qui nous renseignent sur son issue. Ou encore, le titre lui-même nous permet de déterminer si la fin sera heureuse ou non, nous nous imaginons bien que celle d’Illusions perdues ne sera pas un happy end, par exemple.

L’auteur de la Comédie Humaine, en plus d’être un adepte des longues descriptions, ne se prive pas de retour en arrière, pour préciser certains détails de la biographie d’un de ses personnages, ou de faire des digressions en introduisant au milieu du récit un commentaire personnel. Cela nous prouve que Balzac n’accorde pas une importance fondamentale à son intrigue, mais aux protagonistes et au milieu. Il s’intéresse plus au développement des causes, qu’il faut déduire, que des conséquences, qui sont observables.

2.4.3) Les personnages : Alors que dans la plupart des romans, les auteurs tentent de créer des personnages qui sont des archétypes pour que le lecteur puisse facilement s’y identifier, tel que Dumas (père) avec les trois mousquetaires où chacun de ses quatre héros représentait un certain « type » d’individu, Balzac, lui, prend le parti de souligner les aspects individuels de ses personnages pour que ceux-ci nous semble familiers mais pas commun. Pour cela, il nous donne, comme expliqué plus haut, de nombreux détails sur l’endroit où ils vivent, leur maison, leur mobilier, leur généalogie, leur enfance mais aussi leur habillement et leur description physique. Toutes ces précisions nous donne l’impression de les connaître intimement et nous permet de les rattacher à quelque chose de concret : un lieu, un objet,… Cependant Balzac, lui aussi, crée des archétypes, principalement parce qu’il est physiognomoniste* et donc que pour lui la description physique d’un individu nous révèle déjà presque tout ce qu’il y a à savoir sur lui et ses principaux traits de caractère. Pour l’auteur de la Comédie Humaine si un homme a une calvitie cela indique une virilité fragilisée (La vieille fille) ou encore, si il a des mollets « de douze pouces de circonférence » c’est un indice de sa vigueur (Eugénie Grandet). Chaque élément descriptif spécifique à un personnage aura donc souvent une influence sur le dénouement de l’intrigue.

Par ailleurs cette même intrigue sera aussi généralement l’occasion pour Balzac de traiter un même « type » d’individu plusieurs fois, de manières différentes, pour pouvoir nous en montrer toutes les facettes et ainsi concrétiser le personnage dans notre esprit. C’est ainsi qu’il a eu l’idée géniale du retour des personnages ! Selon ce principe Balzac fait revenir à l’envi certains personnages d’un roman à l’autre et chaque fois on en apprend un peu plus sur ces protagonistes de la Comédie Humaine. Un des meilleurs exemples de ce retour des personnages  est celui de Vautrin, ancien forçat, dont le vrai nom est Jacques Collin, et qu’on découvre d’abord dans le Père Goriot où il se fait arrêter après avoir monté un projet crapuleux pour faire fortune avec l’aide du jeune Rastignac. Ensuite il reparaît dans Illusions perdues sous le nom de l’abbé Carlos Herrera mais aussi sous de nouveaux traits! Puis, dans Splendeurs et misères des courtisanes, il devient adjoint de police avant de finir chef de la police de sûreté… Ici Balzac « épuise » donc le thème du criminel en s’inspirant clairement du célèbre Vidocq, qui est d’ailleurs un de ses contemporains. Un autre exemple est celui de Corentin, le jeune policier qui est responsable de la fin tragique des amants dans Les Chouans mais qui revient, toujours comme policier mais chaque fois plus âgé, dans Une ténébreuse affaire, dans la dernière partie de Splendeurs et misères des courtisanes, où il arrête d’ailleurs Vautrin et encore dans Les Petits bourgeois, où il a pris le nom de Monsieur du Portail.

Le retour des personnages est vraiment une des particularités balzaciennes qui a fait le succès de la Comédie Humaine. Elle permet de donner un rythme nouveau à une intrigue, en introduisant un personnage que le lecteur connaît déjà et qu’il ne s’attend pas à retrouver, mais aussi de développer de la manière la plus complète un « type » particulier. Le philosophe Alain a défini la Comédie humaine comme un « carrefour où les personnages se rencontrent, se saluent, et passent. De là vient qu'au lieu d'être dans un roman, on est dans dix. ». Malgré ses tendances physiognomoniste, Balzac a créé des personnages qu’il individualise un maximum grâce à des longues descriptions. Ainsi il a pu écrire cette œuvre gigantesque et faire interagire plus de 4000 personnages différents dont 1000 que l’on pourrait placer dans un immense arbre généalogique.

*Physiognomoniste : Personne qui adhère aux théories, élaborées par le philosophe suisse Lavater, en vertu desquelles il serait possible de connaître les dispositions intellectuelles et morales de quelqu’un d’après sa physionomie.

2.5) Critiques : Si nombreux sont les admirateurs de Balzac, nombreux aussi sont ses détracteurs. On peut les séparer en trois catégories, à savoir : ceux qui lui reprochent, et on ne peut les contredire, la grossièreté de son style et le manque d’attention qu’il a prêté à la langue. Ceux qui lui reprochent son manque de rigueur dans son approche scientifique, principalement les réalistes et les naturalistes. Mais s’il est vrai que Balzac aspirait à être l’historien de son siècle il n’en restait pas moins romancier et considérait que l’art pouvait transcender la réalité. Les derniers sont les « stendhaliens » qui sont opposés à Balzac en quelque sorte par principe, comme les élèves d’Oxford sont, par principe, contre ceux de Cambridge.

Une autre critique qui peut être faite à Balzac c’est celle de tout à fait dédaigner dans son œuvre la classe ouvrière. En fait, cette lacune est très représentative d’une époque où les bourgeois n’avaient même pas conscience de l’importance de cette classe sociale sans laquelle leur société n’aurait pas pu avancer.

2.6) Œuvre-clef : A une époque de grandes productions littéraires, la Comédie Humaine est devenue une œuvre clé de la littérature française parce qu’elle a su se différencier par la volonté de son auteur de réaliser un projet inédit. Ecrire l’Histoire de son siècle à travers l’histoire des individus qui y ont vécu. Il y aborde donc de nombreux thèmes de société tels que les passions humaines, l’argent, l’arrivisme, la politique, etc. Et fait une critique de cette France en plein bouleversement, qui se cherche des nouvelles valeurs et de nouveaux objectifs. Il crée un nouveau genre, à la fois historique, social et privé.

Son modèle romanesque est original. Pour la première fois un romancier ose accorder à la psychologie de ses personnages et à leur environnement plus d’importance qu’à l’intrigue. De ce fait, Balzac développe de nouvelles techniques d’écriture qui lui permette de rendre ses héros plus vivant et ayant chacun leur propre identité. Il « crée » le retour des personnages, qui inspirera de grands auteurs tels que Marcel Proust et il inspirera le courant littéraire naturaliste. Il arrive à intégrer de longues descriptions dans ses récits sans faire diminuer l’intérêt du lecteur. Toutes ces innovations ont contribué à faire de la Comédie Humaine un des chefs d’œuvre de la littérature mondiale.

Une autre des particularités de cet ouvrage est que son auteur est un des plus productif qui n’a jamais existé. Il a écrit, au bas mot, plus de 100 ouvrages en seulement 20 ans. Mais en plus il a su instaurer une cohérence entre tous ses romans pour former un ensemble magistral.

Victor Hugo dira, à propos de la Comédie Humaine : « Tous ses livres ne forment qu'un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ».

3) Les Chouans :

3.1) Les chouans dans la Comédie Humaine : Paru en 1829, L'ouvrage obtient un succès mitigé. Balzac le remania en 1834, y introduisant davantage de nuances psychologiques et rendant plus complexe le personnage de Marie de Verneuil, présentée jusqu'alors comme une simple aventurière. En 1841, il le reprit une nouvelle fois, afin de renforcer ses liens avec d'autres titres de La Comédie humaine. Son titre définitif, Les Chouans (ce roman porta successivement les titres de : « Le Gars », « Le Dernier Chouan », « La Bretagne en 1799 »,… ), lui est attribué en 1841. Ce roman, qui marque le début du cycle de la Comédie Humaine, appartient aux « Scènes de la vie » militaire qui elles-même font partie des « Etudes de mœurs ».

3.2) Résumé des Chouans :

Nous sommes fin septembre 1799, la révolte gronde à nouveau dans l’Ouest de la

France. Sur la route de Mayenne, à Fougères, les Chouans attaquent un petit détachement de soldats sous les ordres du commandant Hulot qui accompagnent des conscrits*. Les royalistes leur tendent une embuscade. A cette occasion, ils emploient une tactique nouvelle sous les ordres du Gars, un noble envoyé de Londres pour fédérer les royalistes bretons dans leur lutte.
Quelques semaines plus tard, arrivent à Alençon une jeune parisienne, mademoiselle de Verneuil, et sa servante, Francine, une femme originaire de Bretagne qui n’est autre que l’ancienne maîtresse de Marche-à-Terre, un impitoyable Chouan. Elles sont escortées par le régiment du commandant Hulot ainsi que par Corentin, un jeune policier. Toutes deux descendent à l’Auberge des Trois-Maures où elles font la connaissance d’un jeune officier de la marine, du Gua-Saint-Cyr qui séjourne là avec sa mère.

Mademoiselle de Verneuil et l’officier éprouvent tout de suite une forte attirance l’un pour l’autre cependant un climat de méfiance règne. D’ailleurs le commandant Hulot veut alors vérifier l’identité de Gua-Saint-Cyr, qu’il croît être le Gars, mais la jeune femme l’en dissuade grâce à un document officiel dont elle dispose et invite le jeune marin et sa mère à se rendre à Fougères dans la même voiture, accompagnés par les soldats républicains. Dès le début du voyage, le jeune homme et mademoiselle de Verneuil s’avouent un amour réciproque avant que la jeune parisienne ne découvre que le marin Gua-Saint-Cyr n’est pas celui qu’il prétend être… Ce dernier lui confie alors être un ami du Gars, le comte de Bauvan. Cependant peu après, il s’avère qu’il n’est autre que le Marquis de Montauran alias le Gars ! (*Extrait n°1)

Blessée par ce double mensonge Mademoiselle de Verneuil hésite à livrer le chef de la rébellion aux républicains mais ses sentiments pour le jeune homme l’emportent.

Le Marquis propose alors de s’arrêter pour la nuit au château de la Vivetière où sa « mère » séjourne. En fait le château est le Q.G. de la chouannerie où sont réunis des responsables de la rébellion. Montauran assure néanmoins à son amante que les hommes qui les accompagnent ne seront pas inquiétés. Malheureusement Madame du Gua donne ordre aux Chouans de massacrer tous les soldats tandis qu’elle dénonce Marie de Verneuil comme une espionne envoyée par Fouché, le chef de la police de Paris.

Elle est alors livrée à un des Chouans qui a ordre de la tuer à la fin de la nuit. Cependant elle réussit à s’échapper avec l’aide de Marche-à-Terre prêt à tous les sacrifices par amour pour Francine. Furieuse que Montauran l’ai trahie, ivre de vengeance, Mademoiselle de Verneuil décide de le livrer aux républicains.
Elle s’installe à Fougères où Corentin l’attendait. Apprenant que le Marquis donne un bal elle décide de s’y rendre malgré le danger qu’elle encourt à aller s’exposer lors d’une réception où tous les chefs royalistes seront présents. Toutefois dès que les amants s’aperçoivent, tous deux comprennent qu’ils n’ont pas cessé de s’aimer. Ils décident donc de se marier dans la petite maison qu’occupe Mademoiselle de Verneuil à Fougères et de repartir en Angleterre.

Cependant Corentin, qui aime Marie et veut la perte de Montauran, fait

croire à celle-ci que celui-ci veut se joue d’elle. A nouveau elle doute de son amant et alerte Hulot qui transforme la ville en véritable souricière pour capturer le Gars. Quand la jeune femme apprendra le mensonge de Corentin, il sera trop tard pour arrêter le mécanisme qu’elle a déclenché…

* Conscrit : Jeune homme appelé au service militaire

3.3) Extraits & analyses :

3.3.1) Extrait n°1 : «  — Où sommes-nous? demanda-t-elle au capitaine Merle, qui se tenait toujours à une certaine distance de la voiture.

      • A trois lieues et demie de Fougères, mademoiselle.

— Nous allons donc y arriver bientôt? lui dit-elle (…)

— Ces lieues-là, reprit Merle tout joyeux, ne sont pas larges, seulement elles se permettent dans ce pays-ci de ne jamais finir. Lorsque vous serez sur le plateau de la côte que nous gravissons, vous apercevrez une vallée semblable à celle que nous allons quitter, et à l'horizon vous pourrez alors voir le sommet de la Pèlerine. Plaise à Dieu que les Chouans ne veuillent pas y prendre leur revanche ! (…)

A ce mot l’émigré tressaillit pour la seconde fois, mais si légèrement, que Mlle de Verneuil fut seule à remarquer ce tressaillement.

«  Qu'est-ce donc que cette Pèlerine? demanda vivement la jeune fille en interrompant le capitaine engagé dans sa topographie bretonne.

  • C'est, reprit Merle, le sommet d'une montagne (…). Nous nous y sommes battus à la fin de vendémiaire avec le Gars et ses brigands. Nous emmenions des conscrits qui, pour ne pas quitter leur pays, ont voulu nous tuer sur la limite; mais Hulot est un rude chrétien qui leur a donné…

  • Alors vous avez dû voir le Gars? demanda-t-elle. Quel homme est-ce ?... »

Ses yeux perçants et malicieux ne quittèrent pas la figure du faux vicomte de Bauvan.

« Oh! mon Dieu! mademoiselle, répondit Merle toujours interrompu, il ressemble tellement au citoyen du Gua, que, s'il ne portait pas l'uniforme de l'École Polytechnique, je gagerais que c'est lui. »

Mademoiselle de Verneuil regarda fixement le froid et immobile jeune homme qui la dédaignait, mais elle ne vit rien en lui qui pût trahir un sentiment de crainte; elle l'instruisit par un sourire amer de la découverte qu'elle faisait en ce moment du secret si traîtreusement gardé par lui ; puis, d'une voix railleuse (…) elle dit au Républicain : «  Ce chef-là , capitaine, donne bien des inquiétudes au premier Consul. Il a de la hardiesse, dit-on; seulement il s'aventure dans certaines entreprises comme un étourneau, surtout auprès des femmes.

— Nous comptons bien là-dessus, reprit le capitaine, pour solder notre compte avec lui. Si nous le tenons seulement deux heures, nous lui mettrons un peu de plomb dans la tête. (...)

(…)

— Jamais les Chouans n'ont eu de chef plus cruel que celui-là, s'il faut ajouter foi aux bruits qui courent sur lui, reprit Merle en s'adressant à la fois à Francine et à sa maîtresse.

— Oh! pour cruel, je ne crois pas, répondit mademoiselle de Verneuil ; mais il sait mentir et me semble fort crédule : un chef de parti ne doit être le jouet de personne.

— Vous le connaissez ? demanda froidement le jeune émigré.

— Non, répliqua-t-elle en lui lançant un regard de mépris, je croyais le connaître...

— Oh ! mademoiselle, c'est décidément un malin, reprit le capitaine en hochant la tête (…) Si l'on brûle un village aux Royalistes, il en fait brûler deux aux Républicains. Il se développe sur une immense étendue, et nous force ainsi à employer un nombre considérable de troupes dans un moment où nous n'en avons pas de trop ! Oh ! il entend les affaires.

— Il assassine sa patrie, dit Gérard d'une voix forte en interrompant le capitaine.

— Mais, répliqua le gentilhomme, si sa mort délivre le pays, fusillez-le donc bien vite. »

Puis il sonda par un regard l'âme de mademoiselle de Verneuil, et il se passa entre eux une de ces scènes muettes dont le langage ne peut reproduire que très imparfaitement la vivacité dramatique et la fugitive finesse. Le danger rend intéressant. Quand il s'agit de mort, le criminel le plus vil excite toujours un peu de pitié. Or, quoique mademoiselle de Verneuil fût alors certaine que l'amant qui la dédaignait était ce chef dangereux, elle ne voulait pas encore s'en assurer par son supplice, (…) elle se plaisait à lui faire durement sentir que sa vie dépendait d'un seul mot, et déjà ses lèvres paraissaient se mouvoir pour le prononcer. (…), savourant une vengeance toute innocente, et punissant comme une maîtresse qui aime encore.

(…)

Une femme aime tant à hésiter dans une lutte de vie et de mort, quand elle tient l'arrêt. Le jeune général souriait de l'air le plus calme, et soutenait sans trembler la torture que mademoiselle de Verneuil lui faisait subir; son attitude et l'expression de sa physionomie annonçaient un homme nonchalant des dangers auxquels il s'était soumis, et parfois il semblait lui dire : — «Voici l'occasion de venger votre vanité blessée, saisissez-la! Je serais au désespoir de revenir de mon mépris pour vous. » (…). Joyeuse de découvrir que son amant portait un vieux titre, dont les privilèges plaisent à toutes les femmes, elle éprouvait quelque plaisir à le rencontrer dans une situation où (…) elle le mit vingt fois à l'épreuve, en obéissant peut-être à cet instinct qui porte la femme à jouer avec sa proie comme le chat joue avec la souris qu'il a prise.

— En vertu de quelle loi condamnez-vous donc les Chouans à mort? demanda-t-elle à Merle.

—Mais, celle du 14 fructidor dernier, qui met hors la loi les départements insurgés et y institue des conseils de guerre, répondit le républicain.

— A quoi dois-je maintenant l'honneur d'attirer vos regards? dit-elle au jeune homme qui l'examinait attentivement.

— A un sentiment qu'un galant homme ne saurait exprimer à quelque femme que ce puisse être, répondit le marquis de Montauran à voix basse en se penchant vers elle. Il fallait, dit-il à haute voix, vivre en ce temps pour voir des filles faisant l'office du bourreau, et enchérissant sur lui par la manière dont elles jouent avec la hache...»

Elle regarda Montauran fixement; puis, ravie d'être insultée par cet homme au moment où elle en tenait la vie entre ses mains, elle lui dit à l'oreille, en riant avec une douce malice : — Vous avez une trop mauvaise tête, les bourreaux n'en voudront pas, je la garde.

3.3.2) Analyse n°1 : Cet extrait est révélateur de l’intrigue du roman et de la psychologie des personnages. On y voit bien les tensions qui règnent entre royalistes et républicains à travers les propos du capitaine Merle. Il y est aussi dévoilé les véritables identités des protagonistes et les liens qu’ils vont entretenir jusqu’au dénouement. Mademoiselle de Verneuil se révèle très fière et cruelle et toutefois passionnément amoureuse du marquis. Ce dernier est montré comme courageux et tout aussi fier, il subit sans sourciller le petit jeu de son amante et ne cesse de l’aimer malgré cette basse vengeance de son mensonge. Tout au cours du récit, les deux jeunes gens ne cesseront de s’aimer, de se découvrir, de se décevoir, de se haïr pour, finalement, s’aimer encore plus. Leurs séparations et réconciliations rythment l’intrigue sur fond de guerre bretonne. Les dialogues sont piquants mais séparés par de longues descriptions qui nous permettent de mieux comprendre le raisonnement de chaque personnage. Ici déjà Balzac accorde une grande importance à la psychologie des personnages car ce sont leurs sentiments qui sont à l’origine des aventures qu’ils vont vivre. Le thème de la passion qui consume les êtres et les mène à leur perte est, bien sûr, celui abordé dans ce récit. Dans cet extrait on voit que les deux amants se laissent finalement submerger par leur passion, l’issue ne pouvait être que tragique pour Balzac.

3.3.3) Extrait n°2 : — Tu as raison, Francine, dit-elle, je voudrais, comme toi, que ce mariage fût fait. Ce jour est le dernier de mes jours nébuleux, il est gros de ma mort ou de notre bonheur. Le brouillard est odieux, ajouta-t-elle en regardant de nouveau vers les sommets de Saint-Sulpice toujours voilés.

Elle se mit à draper elle-même les rideaux de soie et de mousseline qui décoraient la fenêtre, en se plaisant à intercepter le jour de manière à produire dans la chambre un voluptueux clair-obscur.

— Francine, dit-elle, ôte ces babioles qui encombrent la cheminée, et n'y laisse que la pendule et les deux vases de Saxe, dans lesquels j'arrangerai moi-même les fleurs d'hiver que Corentin m'a trouvées... Sors toutes les chaises, je ne veux voir ici que le canapé et un fauteuil. Quand tu auras fini, mon enfant, tu brosseras le tapis de manière à en ranimer les couleurs, puis tu garniras de bougies les bras de cheminée et les flambeaux...

Marie regarda longtemps et avec attention la vieille tapisserie tendue sur les murs de cette chambre. Guidée par un goût inné, elle sut trouver, parmi les brillantes nuances de la haute lisse*, les teintes qui pouvaient servir à lier cette antique décoration aux meubles et aux accessoires de ce boudoir* par l'harmonie des couleurs ou par le charme des oppositions. La même pensée dirigea l'arrangement des fleurs dont elle chargea les vases contournés qui ornaient la chambre. Le canapé fut placé près du feu. De chaque côté du lit, qui occupait la paroi parallèle à celle où était la cheminée, elle mit, sur deux petites tables dorées, de grands vases de Saxe remplis de feuillages et de fleurs qui exhalerait les plus doux parfums. Elle tressaillit plus d'une fois en disposant les plis onduleux du lampas* vert au-dessus du lit, et en étudiant les sinuosités de la draperie à fleurs sous laquelle elle le cacha. De semblables préparatifs ont toujours un indéfinissable secret de bonheur, et amènent une irritation si délicieuse, que souvent, au milieu de ces voluptueux apprêts, une femme oublie tous ses doutes, comme mademoiselle de Verneuil oubliait alors les siens. N'existe-t-il pas un sentiment religieux dans cette multitude de soins pris pour un être aimé qui n'est pas là pour les voir et les récompenser, mais qui doit les payer plus tard par ce sourire approbateur qu'obtiennent ces gracieux préparatifs, toujours si bien compris ? Les femmes se livrent alors pour ainsi dire par avance à l'amour, et il n'en est pas une seule qui ne se dise, comme mademoiselle de Verneuil le pensait : « Ce soir, je serai bien heureuse ! » La plus innocente d'entre elles inscrit alors celle suave espérance dans les plis les moins saillants de la soie ou de la mousseline; puis, insensiblement, l'harmonie qu'elle établit autour d'elle imprime à tout une physionomie où respire l'amour. Au sein de cette sphère voluptueuse, pour elle, les choses deviennent des êtres, des témoins; et déjà elle en fait les complices de toutes ses joies futures. A chaque mouvement, à chaque pensée, elle s'enhardit à voler l'avenir.

*Métier de haute lisse : Métier à tisser sur lequel les fils de chaîne sont disposés à la verticale. *Boudoir : Petit salon de dame. *Lampas : Tissu d’ameublement en soie orné de grands motifs décoratifs en relief.

3.3.4) Analyse n°2 : Ici Balzac montre très clairement à quel point l’aménagement d’un intérieur peut être révélateur de l’état d’esprit d’un individu. Dans cet extrait Mademoiselle de Verneuil attend son amant et prépare son petit salon pour sa venue. Toute la pièce reflète donc l’impatience, mais aussi la joie, qu’elle éprouve à l’idée d’être bientôt avec lui. Les objets deviennent presque vivants ! Ils sont témoins de son bonheur. Voilà ce qui pousse Balzac à s’étendre sur ses descriptions, c’est qu’il estime qu’elles peuvent nous en apprendre tout autant, voire plus, qu’un dialogue, par exemple. De plus, le fait de décrire la pièce avec tant de précision nous permet de nous la représenter très précisément et ainsi nous aurons l’impression d’avoir nous même observé la scène, d’avoir ressenti l’impatience de la jeune femme.

(Voir aussi le point 2.4.1, pg 4-5 : Les descriptions) .

  1. Sources :


Internet : 1)http://www.jose-corti.fr/auteursromantiques/balzac.html#Anchor-top

2)http://www.mtholyoke.edu/courses/nvaget/230/cm24.html
3) http://www.universalis.fr/encyclopedie/honore-de-balzac/2-la-comedie-humaine-ou-l-illumination-retrospective/

4) http://www.alalettre.com/balzac-oeuvres-les-chouans.php

5) http://funsofts.apinc.org/documentation/leschouans.pdf

6) http://livres.fluctuat.net/honore-de-balzac/livres/les-chouans/

7) http://www.litterales.com/oeuvre--999-_-Les%20Chouans.html


Papier : 1) De Balzac, Honoré., Les Chouans ou la Bretagne en 1799, Paris, Editions Gallimard et Librairie Générale Française, 1961.

2) Rey, Pierre-Louis., La Comédie Humaine Balzac, Paris, Editions Hatier, Collection Profil d’une œuvre, 1979.

3) Fernandez, Ramon., Balzac ou l’envers de la création romanesque, Paris, Editions Grasset & Fasquelle, 1980.

4)Zweig, Stefan., Balzac, Le roman de sa vie, Paris, Editions Albin Michel, 1950.

5) Lemaître, Henri., Dictionnaire Bordas de Littérature Française et francophone, Paris, 1985.

6) L’Encyclopédie thématique UNIVERSALIS.

Fin.




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