Résumé Dans ce mémoire, j’ai souhaité répondre à la question «Dans quelle mesure le verlan est-il l’expression de la recherche d’une identité chez les jeunes en France?»





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date de publication11.05.2017
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Samuel Dennis Candidate Centre: 001203

Centre: International School of Toulouse



Français B – Niveau Supérieur
Mémoire



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(http://estuairegironde.net/art/paroles/verlan2.gif)
Nombre de mots: 3421 mots
Sujet :

Dans quelle mesure le verlan est-il l’expression de la recherche d’une identité chez les jeunes en France?
« VERLAN n.m. (inversion de l’envers). Argot codé dans lequel on inverse les syllabes des mots (par ex. : zarbi, bizarre ; ripou, pourri). »1

Table des matières :
Résumé………………………………………………………………………….…3
Introduction………………………………………………………………………..4
La formation du verlan…………………………………………………………….4
L’évolution du rôle du verlan à travers l’histoire……………………...………….6
L’utilisation du verlan…………………………………………………………….9
Au delà du verlan………… ...………………………………………………..….12
Conclusion……………………………………………………………………….13
Bibliographie……………………………………………………………………..15

Résumé
Dans ce mémoire, j’ai souhaité répondre à la question «Dans quelle mesure le verlan est-il l’expression de la recherche d’une identité chez les jeunes en France? ». En passant par la formation, l’utilisation et l’évolution du verlan, j’ai voulu savoir à quel point le verlan peut se définir comme un phénomène culturel et non seulement un simple jeu de langue.

J’ai rencontré de nombreux problèmes au cours de la production de ce mémoire. Quasiment toutes consistaient à trouver des ressources adéquates, utiles et profondes. A vrai dire, la partie la plus facile a été l’interview car c’est cette partie-là qui m’a permis d’adapter la ressource à ma manière en posant des questions qui me donneraient les informations nécessaires pour réaliser ce travail. Je trouve que le problème de retrouver des ressources sur le verlan existe principalement pour deux raisons. Premièrement, le verlan n’est pas pris très au sérieux dans cette société qui défavorise le changement et qui a peur de tout ce qui est différent. En effet, l’Académie Française refuse à un certain niveau d’admettre que le verlan fasse partie de la langue française. Deuxièmement, le verlan est une langue plutôt parlée qu’écrite. C’est pour cette raison que le verlan n’a pas de règles orthographiques ou grammaticales. Comme conséquence, le verlan survit avec, comme moyen, le bouche à l’oreille et c’est pour ça que ce n’est pas étudié sérieusement, expliquant le déficit de ressources que j’ai rencontré.

La conclusion que j’ai tiré de ce mémoire et qu’il semblerait vraiment que le verlan soit, d’un côté une déclaration d’indépendance et, d’un autre côté un jeu de langues qui semble être, de nos jours, un peu démodé.

Introduction
Le verlan est un phénomène qui n’existe que dans très peu de pays et de langues. La région du Río de la Plata en Argentine et Uruguay a le « lunfardo » et le « vesre » et il existe le « Šatrovački » en Europe de l’Est et le « shelta » en Irlande. C’est une manière de s’exprimer oralement en inversant les syllabes de certains mots. Mais c’est surtout en France que le verlan domine. C’est une des nombreuses formes d’argot qui existent en France. Le Dictionnaire d’Argot Français comporte plus de 18000 mots2. Parmi les autres argots formels existent l’apocope et l’aphérèse (qui consistent à trancher des syllabes), le redoublement et les systèmes de codage. Parmi ces derniers, le verlan avec le javanais et le louchébèm3. Comme les autres argots, il est évident que le verlan est plus ou moins utilisé selon les classes sociales. A travers ce mémoire je vais essayer de trouver si et dans quelle mesure le verlan est aujourd’hui l’expression d’une recherche d’identité chez les jeunes en France. Je ferai cela en prenant en compte sa formation, son histoire, son utilisation et son évolution, tout en explorant qui le parle, où exactement et pourquoi.

La formation du verlan
La formation du verlan est basée sur l’idée simple d’inverser les syllabes de certains mots et de les prononcer à peu près ainsi. Le mot « verlan » lui-même est une inversion des deux syllabes de « l’envers ». Selon Pierre Merle, le verlan est « un cryptage à l’envers ».
Par contre, il n’existe pas de règles précises mais, à la place, un système complexe qui se compose de cinq étapes et beaucoup d’exceptions. On commence avec le mot initial (par exemple, arabe) puis il arrive qu’avec certains mots, on leur modifie la dernière voyelle soit pour l’exagérer, soit pour ajouter une syllabe pour faciliter la distinction de deux syllabes différentes (arabeuh). Après, on sépare les deux syllabes pour savoir quoi inverser (ara-beuh). Cela s’appelle le découpage. Ensuite, l’étape la plus importante est l’inversion qui, comme son nom l’indique, consiste à inverser les syllabes d’un mot (beuh-ara). C’est cette partie-là qui est la base du verlan. La dernière étape, la troncation, est justifiée pour des raisons de prononciation. Il peut arriver qu’on enlève ou « retranche » la dernière syllabe (beur). Il est aussi possible que dans la troncation, on modifie complètement la dernière syllabe. Par exemple, cigarette devient garette-ci puis garo.
Voici un tableau qui donne des exemples de la transformation vers le verlan de certains mots, en utilisant les techniques décrites ci-dessus4 :

Un décodage simple


Mot Initial

Modification de la dernière voyelle

Découpage

Inversion

Troncation

herbe

herbeuh

her-beuh

beuh-er

beuh

bizarre




bi-zar

zar-bi

zarb'

niquer




ni-quer

Ké-ni

kénn'

moi




m-oua

ouam




poil




p-oil

oil-p

oilpé

flic

flikeuh

fli-keuh

keuh-fli

keuf

ça




ç-a

ass




choper




cho-pé

Pé-cho




cigarette




ci-garette

garette-ci

garo

discret

discreu

di-screu

screudi

screud'

arabe

arabeuh

ara-beuh

beuh-ara

beur

énervé

énerv'

éner-v

vénère




"n'importe" "quoi"

"nimport'" "quoi"

"nin-port'" "k-oi"

"portnin" "oik"

"portna" "wak"


Il peut aussi arriver que des mots qui ont déjà été « verlanisés » connaissent une autre « verlanisation ». Si l’on reprend l’exemple de « arabe » qui devient « beur » en verlan, le mot existe aussi dans la forme « robeu » (beur, beuro, beu-ro, robeu). Cela est très intéressant car « beur » est peut être un des mots verlan les plus utilisés et ceci, depuis plusieurs années. Il a été employé par la presse, les adultes et il a fait son apparition dans le dictionnaire et donc la langue française. Alors il a sûrement été « verlanisé » encore une fois pour le garder séparé et codé.

Tout cela peut servir comme preuve que le verlan est un code qui sert à démarquer, dans une certaine mesure, le groupe de personnes qui l’utilisent donc de leur créer une identité. Ceci s’explique par le fait que le verlan semblerait être incompréhensible à toute personne qui ne connaît pas sa formation et qui, par suite, ne sait pas comment le décoder. Je crois que les personnes qui sauront utiliser et donc comprendre cette langue sont les jeunes et surtout les jeunes Arabes. Je vis en France depuis l’âge de cinq ans et, en étudiant la société dans laquelle j’ai grandi, j’ai vu que le verlan est utilisé surtout par les jeunes immigrés. J’essaierai de trouver une raison pour cela plus loin dans le mémoire.

L’évolution du rôle du verlan à travers l’histoire
Comme toutes les langues, le verlan a une histoire qui commence avec sa création. Mais avant de regarder l’exemple précis du verlan, il est important de savoir d’où viennent toutes les formes d’argot.
Dès qu’une langue est née, des dérivations et des transformations apparaissent à partir de la langue d’origine, d’où le français traditionnel et le français moderne. Les argots existent aussi depuis très longtemps, même peut-être depuis le latin. Selon Pierre Merle, professeur de sociologie à l’IUFM de Bretagne, la première forme d’argot reconnu en français était une espèce de « cant – argot dit « des voleurs » »5. En France, le Moyen Age a connu le premier des argots français et Pierre Richelet, lexicographe, lui a donné sa première définition – « le langage des gueux et des coupeurs de bourse, qui s’expliquent d’une manière qui n’est intelligible qu’à ceux de leur cabale ». De là, il semblerait que les argots soient des codes pour certaines groupes de personnes. En effet, des périodes historiques sont souvent accompagnées de leurs propres additions à la langue française, réservées à des groupes d’individus. Par exemple, la première guerre mondiale a introduit de nombreux termes comme « poilu ». Les événements de mai 68 ont aussi fait apparaître « s’éclater » ou encore « prendre son pied » parmi d’autres6. Le Shelta, utilisé par les gens du voyage d’Irlande, était en effet utilisé pour être incompréhensible aux gens en dehors du groupe7.
Il est donc probable que le verlan, étant aussi un argot, soit un code qui sert à distinguer certaines personnes d’autres. Selon Pierre Merle, le verlan est « probablement aussi vieux que le français lui-même ». Mais dans ce cas, il ne parle pas du verlan comme on le connait aujourd’hui mais plutôt de « métathèses orales ». Les métathèses sont des permutations et existent depuis toujours dans la langue française mais il ne s’agit pas forcement d’inverser des syllabes entières mais plutôt des lettres. C’est ainsi qu’en partie, les langues se développent pour devenir ce qu’elles sont aujourd’hui. Pierre Merle utilise comme exemple « formage » qui est devenu « fromage » 8.
Mais on trouve les racines du verlan, en tant que jeu de mots, à la fin du XVIe siècle, sous Henri IV. Il a été notamment utilisé par Voltaire avec comme exemple, son nom. Il a trouvé son pseudonyme en inversant les syllabes du village d’Airvault dans les Deux-Sèvres, d’où il est originaire. Aussi, il a utilisé l’inversion de syllabes pour appeler Diderot « monsieur Tompla » (ou « Platon ») dans ses lettres par flatterie mais aussi pour éviter des critiques. De là, on a encore une preuve que le verlan est, effectivement, un code. Le premier mot verlan à rentrer dans le dictionnaire fut « verjus ». Antoine Furetière l’utilisa dans son Dictionnaire universel en donnant comme définition « On dit c’est verjus ou jus vert pour dire : c’est la même chose ». On note aussi du XVIe au XVIIIe siècle, l’utilisation de mots comme « Bonbours » pour désigner les Bourbons, « sans-six sous » pour les sans-soucis (les pauvres) et « Sequinzouil » pour Louis XV. Puis on n’a pas entendu parler d’inversions de syllabes pendant un moment jusqu’à ce que le verlan retrouve une nouvelle définition dans le Dictionnaire des argots (1965) de Gaston Esnault. Ce dernier le désigne comme un jeu qui « amuse de bonnes ménagères, plaît aux écoliers, se prête aux sobriquets ; on le trouve dans le patois lyonnais, chez les bateliers de la Seine, dans les argots de Savoie » 9. Si l’on étudie les dates de ces évolutions on voit qu’elles sont aux alentours du temps de la Révolution en France et ces inversions des syllabes sont utilisées surtout par les gens qui ont fait la Révolution (les sans-six sous). Ceci démontre deux choses. Premièrement, il est possible que les mots comme « Sequinzouil » et « Bonbours » aient été créés pour se protéger quand on voulait critiquer ces personnes et ceci explique mon deuxième point qui est que l’utilisation de ces inversions exprimerait un mécontentement chez certains et donc une recherche d’identité parmi ces individus.
Dans les années 70, certains essaient d’introduire le verlan comme quelque chose de beaucoup plus utilisé et commun. Parmi eux, Jacques Dutronc en 1971 avec sa chanson J’avais la vellecère qui zéfait des guevas10. La chanson n’a eu aucun succès mais en 1977, l’album de Renaud Place de ma mob avec la fameuse chanson Laisse Béton a connu un grand succès avec plus d’un demi-million d’albums vendus. C’est à ce moment- là que le verlan s’est vraiment installé dans la culture française. Renaud l’avait utilisé en tant que jeu de mots mais depuis les années soixante-dix, le verlan a connu une croissance surprenante et surtout dans les banlieues. C’est, en partie, grâce au président François Mitterrand qui a, au début des années quatre-vingt, introduit un nombre de réformes permettant plus l’expression libre. Parmi celles-ci, le droit à la « tchatche sur radios libres » 11. Cela a permis aux radios d’utiliser des argots et langages de tchatche et de là, la création de stations de radio comme NRJ, Europe 2, SkyRock et Fun Radio. Cette démarche vers la liberté d’expression a, sans doute, contribué à la diffusion du verlan dans la France.

C’est en étudiant l’histoire de l’évolution du verlan que l’on peut voir apparaître un argument qui indique d’une manière assez évidente que le verlan serait, en effet, une forme d’argot qui servirait à créer une identité au sein d’un groupe de personnes. Certains événements historiques en France ont créé une forte sensation d’identité parmi des groupes de personnes comme les étudiants de mai 68 ou les poilus de la première guerre mondiale ou encore les révolutionnaires. Ces groupes ont cherché à se démarquer et à montrer qu’ils avaient leur propre identité. Si on prend l’exemple des étudiants, ils voulaient être différents des forces autoritaires auxquels ils avaient l’impression d’être soumis. Et c’est donc parmi ces groupes (incluant les voleurs ou les gens du voyage) qui cherchaient à s’isoler que l’on voit apparaître des argots. Il ne s’agit pas forcément du verlan mais d’autres argots et le verlan a fait son apparition parmi les jeunes avec la création des radios libres et surtout à travers un autre phénomène en France ; l’immigration des maghrébins suite à la colonisation française de certains pays du nord de l’Afrique. Cela, en plus de l’entretien que j’ai eu avec Laura, me permet de déduire que le verlan est surtout utilisé par les jeunes maghrébins.
L’utilisation du verlan
C’est en examinant l’utilisation actuelle du verlan que l’on pourra vraiment donner une réponse à la question que je me pose. Il est évident que si le verlan est vraiment l’expression d’une recherche d’identité, il serait utilisé par un groupe de personnes en particulier car ce groupe l’utiliserait pour se distinguer des autres. Utilisé par tout le monde, il perdrait son utilité et on voit ceci avec la deuxième verlanisation du mot « arabe » qui devient « beur » et ensuite « rebeu ». Le verlan est utilisé principalement par les jeunes et surtout dans les banlieues. C’est un code qui s’est installé dans la culture assez récemment donc les plus âgés ne le connaissent pas vraiment au delà de la chanson Laisse Béton de Renaud.
On a déjà vu que le verlan est un code car il peut être classé comme un « cant », le mot anglais pour désigner un langage crypté ou codé. Le verlan n’est pas une langue que tout le monde peut utiliser et pour étayer ce fait, le verlan n’existe pas à l’écrit ou dans les dictionnaires, même si certains mots (comme beur) apparaissent souvent dans les dictionnaires ou dans la presse. Les mots en verlan n’ont même pas d’orthographe exacte mais ils sont plutôt basés sur la phonétique des mots. Le manque d’orthographe dans le verlan indiquerait qu’il n’est là que pour être utilisé à l’oral.
J’ai interviewé une fille, Laura, qui habite à Toulouse, une ville connue pour ses banlieues et sa population jeune. C’est une des villes d’Europe ayant la plus grande population d’étudiants. Quand je lui ai demandé pourquoi le verlan était utilisé par les jeunes beurs, elle m’a répondu que c’était pour être différent des autres et surtout des adultes. Puis elle m’a dit que le verlan était surtout utilisé dans les « cités » et les banlieues. Laura m’a expliqué que quasiment tous les jeunes à Toulouse parlent le verlan et puis que c’est surtout les jeunes immigrés ou immigrés de seconde génération qui l’emploient d’une manière qui crée vraiment une langue très différente du français standard (voir les poèmes ci-dessous)12. Il est vrai que beaucoup de maghrébins aiment se distinguer à des moments des autres. D’ailleurs c’est la cause de beaucoup de problèmes sociaux en France. Si l’on écoute des jeunes maghrébins quand ils parlent, il est sûr que certains d’entre eux utilisent une langue légèrement différente de celle qu’utilisent les français natifs. Dans leurs dialectes, on trouve des mots arabes et d’autres néologismes comme « nuigrave », qui signifie cigarette, et surtout du verlan. J’ai aussi interviewé un jeune Arabe, Momo, qui habite au Mirail, une des cités de Toulouse. Il m’a expliqué que, comme beaucoup de gens de son quartier, il aime se distinguer des Français le plus possible parce que sinon ils se sentent coupables de trahir leur pays et leur religion. Aussi, il veut se distinguer car il n’a pas l’impression d’être apprécié par les autres Français de son âge et, selon lui, c’est le cas de la plupart des jeunes maghrébins. Le verlan est une des manières pour lui de s’exprimer d’une manière individuelle et de ne pas être « un d’eux »13. Donc il semblerait qu’en quelque sorte, le verlan soit aussi l’expression de la mauvaise intégration des jeunes immigrés en France, qui suggérerait que beaucoup d’entre eux sont à la recherche de leur propre identité.

Comme preuve de l’utilisation du verlan pour exprimer cette identité entre les jeunes Français et les Arabes, ces poèmes expriment vraiment ce qui se passe dans la tête de beaucoup d’arabes.

En français « normal » :
Double Culture
Je ne connais pas La Marseillaise

Mais c’est ici que je mange mes fraises

Au bled, je suis français

Et je suis arabe en France
Bloqué entre ici et là-bas

Des fois j’ai envie de me cassé

Mais c’est près de Paris que j’ai grandi

Et l’Algérie je l’ai quitté quand j’étais petit
Alors où je me trouve ?

Je me sens perdu, c’est louche

Fierté d’être un algérien à Paris

Tous les soirs, c’est Allah que je prie


En verlan avec des mots arabes :
Double Culture
J’neco ap La Marseillaise

Mais c’est ici que je mange mes fraises

Au deblé, j’suis céfran

Et j’suis robeu en cefran
Kéblo entre ici et là-bas

Des fois j’ai envie de me séca

Mais c’est près d’Paris qu’jai grandi

Et l’Algérie j’l’ai tchav’ quand j’étais p’tit
Alors où j’me vétrou ?

J’me sens perdu, c’est chelou

Fierté d’être un djez à Paris

Tous les soirs, c’est Allah que je prie


En français « normal » :
Ma cité
J’adore ma cité,

Pour moi c’est mon village

Mais attention à toi si t’as pas de vices

Car les dulars, ici, sont sans pitié.
Mélange de races, échanges culturels,

Délires en pagaille, une petite dose de charnelles,

Oui, les moments vécus ici ce sont les meilleurs,

Et quand je suis loin d’ma banlieue j’ai faim…
Solidarité, fraternité et amitié,

Voici ce que nous apprend la vie de béton,

Je peux vous le garantir sur facture : c’est super!

Je parle avec mon cœur, c’est la vérité…

En verlan/argot :
Ma téci
J’kif ma téci,

Pour moi c’est mon lagevi

Mais attention à toi si t’as pas de cevi

Car les dulars, ici, sont sans tiépi.
Mélange de ceras, échanges culturels,

Délires en pagaille, une petite dose de charnelles,

Oui, les moments vécus ici c’est d’la balle,

Et quand j’suis loin d’ma banlieue j’ai la dalle…
Solidarité, fraternité et amitié,

Voici ce que nous apprend la vie de béton,

J’peux vous l’garantir sur facture : c’est canon !

J’parle avec mon artère, c’est la vérité…

"Poèmes de la banlieue (en verlan)." Web. 1 July 2009. .




A la lumière des poèmes, on voit bien que l’usage du verlan est utilisé pour que les poètes puissent se distinguer. Le premier est particulièrement intéressant car il montre vraiment le malaise d’un groupe qui cherche à se définir. Celui qui a écrit Double Culture fait vraiment la différence entre les deux groupes. Il explique qu’il ne se sent pas vraiment à l’aise ni avec les français, ni avec les maghrébins. Ce qui exprime cette recherche d’identité propre, c’est qu’il explique qu’il ne fait pas partie d’un groupe ou d’un autre. Il fait cela à travers le verlan, encore une preuve que le verlan peut être considéré comme une preuve d’expression identitaire.
Donc on peut voir que le verlan pourrait être considéré plus comme l’epxression d’une identité que comme l’expression d’un malaise social. Les mots les plus utilisés en verlan peuvent, pour la plupart, être regroupés en groupes selon leurs définitions. Par exemple, beaucoup d’entre eux désignent des races comme « beur » (arabe), « kebla » (black), « cainri » (Américain) ou encore « feuj » (juif). D’autres groupes de mots évidents concernent surtout la famille – « reum » (mère) –, la drogue – « beuh » (herbe) – et les insultes – « tasspé » (pétasse)14. De là, on voit que ce sont surtout des mots qui servent à se définir, se démarquer, à se replacer dans un contexte social.

Au-delà du verlan
Donc on a vu que le verlan est toujours très populaire et qu’en effet ce n’est plus trop un jeu de mots mais plutôt une manière de s’exprimer entre jeunes Français et jeunes Maghrébins pour passer inaperçu. On a vu que le verlan exprime deux malaises sociaux. Celui entre les jeunes et la génération au dessus et celui entre les jeunes arabes et français. Mais on a aussi vu qu’il existe d’autres formes d’argots. Parmi eux, l’usage de mots arabes dans le français.
C’est un phénomène qui grandit très vite en France et même les non-maghrébins commencent à l’utiliser de plus en plus. Certains mots comme « kif » (aimer), « casbah » (maison) ou même « woualou » (rien du tout) semblent s’introduire dans le langage des jeunes peu à peu15. Serait-il possible que ces mots remplacent le verlan ? Selon Jon Henley, les mots en anglais et arabe sont de plus en plus communs dans le français des jeunes. D’autres néologismes sont aussi très populaires. On a vu l’exemple de « nuigrave » tout à l’heure mais aussi « Bounty » pour désigner un Noir qui essaie de se comporter comme un Blanc parmi plein d’autres. Jon Henley explique que « Le verlan, c’est portnawak » et que « ce n’est plus du tout chébran »16. Selon Laura et Momo, le verlan est toujours utilisé mais n’avance plus17.

Se pourrait-il que le verlan ait perdu son statut en tant que code et qu’il soit remplacé par les néologismes dont on a parlé tout à l’heure ? Momo m’a expliqué que maintenant que tout le monde sait ce que c’est le verlan, ça ne sert plus comme code et que les jeunes arabes ont plus tendance à utiliser des mots arabes pendant que les français préfèrent les mots anglais. Ainsi, assiste-on à une évolution du langage identitaire chez les jeunes.
Conclusion
Suite à cette étude sur le verlan, j’en arrive à une conclusion qui semblerait être une sorte de compromis. D’un côté, je ne crois pas que le verlan puisse être considéré vraiment comme l’expression d’un malaise social et d’une fracture sociale car ceci ferait appel à une certaine agressivité ou hostilité dans la nature de l’usage du verlan. D’un autre côté, je suis d’avis que le verlan est utilisé par les jeunes, et en particulier par les immigrés, pour exprimer une volonté de se différencier des adultes qui, selon eux, forment parfois une partie trop grande de leur vie. Cette attitude n’existe pas seulement dans le verlan car on le voit souvent apparaître chez les adolescents sous la forme d’autres jeux linguistiques à travers la mode, la musique et la culture en général. Ceux-ci ne font rien que d’exprimer un désir de changement.
Mais face à la très lente intégration des jeunes étrangers et jeunes des banlieues, on peut imaginer dans le futur soit une arabisation moins marquée du verlan ou la réduction d’un noyau dur qui ne s’exprimerait qu’en utilisant le verlan. A l’opposé, dans le cas d’une déliquescence des banlieues, on peut envisager un appauvrissement latent du langage des jeunes quelle que soit la forme d’expression choisie qui contribuerait à une nouvelle crise identitaire.

Bilbliographie
"Argot - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 1 Juillet 2009. .
Momo. "Interview Verlan de Momo." Personal interview. 16 June 2009.
Laura. "Interview Verlan de Laura." Personal interview. 16 June 2009.
Merle, Pierre. Argot, Verlan Et Tchatches. Minneapolis: Editions Milan, 1997. Imprimé.
"Poèmes de la banlieue (en verlan)." Web. 1 July 2009. .
"Verlan - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 1 July 2009. .
Henley, Jon. "Le verlan c'est portnawak." Le blog de Dracipe27. Web. 1 July 2009. .
Le dictionnaire argot français. Web. 1 July 2009. .
"Shelta - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 01 July 2009. .

1 Le Petit Larousse 2000, Larousse / HER 1999

2Le dictionnaire argot français. Web. 1 July 2009. .

3 "Argot - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 1 Juillet 2009. .


4 "Verlan - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 1 July 2009. .


5 Merle, Pierre. Argot, Verlan Et Tchatches. Minneapolis: Editions Milan, 1997. Imprimé.

6 IDEM

7 "Shelta - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 01 July 2009. .

8 Merle, Pierre. Argot, Verlan Et Tchatches. Minneapolis: Editions Milan, 1997. Imprimé.

9 Merle, Pierre. Argot, Verlan Et Tchatches. Minneapolis: Editions Milan, 1997. Imprimé.

10 « J’avais la cervelle qui faisait des vagues. »

11 Merle, Pierre. Argot, Verlan Et Tchatches. Minneapolis: Editions Milan, 1997. Imprimé.

12 Laura. "Interview Verlan de Laura." Personal interview. 16 June 2009.

13 Momo. "Interview Verlan de Momo." Personal interview. 16 June 2009.

14 "Verlan - Wikipédia." Wikipédia, l'encyclopédie libre. Web. 1 July 2009. .


15 Henley, Jon. "Le verlan c'est portnawak." Le blog de Dracipe27. Web. 1 July 2009. .

16 IDEM

17 Momo. "Interview Verlan de Momo." Personal interview. 16 June 2009.

Laura. "Interview Verlan de Laura." Personal interview. 16 June 2009.


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