Mémoires du xvème Congrès de l’amifram





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date de publication12.05.2017
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Mémoires du XVème Congrès de l’AMIFRAM

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La francophonie dans l’enseignement du FLE


Clotilde Barbier Muller

Universidad de Sonora

La rédaction, l’orthographe, le contenu du texte et les références demeurent sous l’entière responsabilité de l’auteur.
Introduction

Dans cette présentation, nous essaierons de définir l’importance de considérer la francophonie dans l’enseignement du FLE. Nous reviendrons sur les débuts de la discipline FLE et ses liens avec la francophonie, nous observerons les remarques du CECR qui concernent la compétence socio-culturelle dans la perspective actionnelle pour aborder finalement la francophonie dans ses dimensions politique, linguistique et socio –culturelle. et montrer ainsi que la francophonie a largement sa place dans notre discipline.
La francophonie est un phénomène politique, linguistique et socio -culturel dont la présence est de plus en plus visible dans l’enseignement du FLE. Depuis sa conception politique en 1970 à Niamey, elle est apparue progressivement dans nos lectures (Le Français Dans le Monde/ les Francophonies du Sud), dans nos congrès, dans nos manuels d’enseignement et nous ne pouvons plus continuer d’enseigner LE français comme si la francophonie n’existait pas.
Revenons un peu sur les débuts de notre discipline justement et voyons comment dès ses débuts, elle est liée d’une certaine façon à la francophonie :
Le FLE

Les premiers travaux de construction et de stabilisation institutionnelle et théorique du FLE commencent véritablement dans les années 60. L’Europe est sortie de la Seconde Guerre mondiale et on commence à ressentir l’internationalisation de la société européenne dans tous les secteurs de la population de toutes classes et de tout âge. La France termine de régler ses comptes avec ses anciennes colonies et peut sauvegarder le seul patrimoine qu’elle a laissé et qui est considéré encore légitime par les ex-colonisés : sa langue. Elle entreprend ce travail sous la présidence de de Gaulle avec la création du CREDIF (Centre de Recherche et d’Etudes pour la Diffusion du Français)  et du BELC (Bureau d’Etudes pour la Langue et la Civilisation françaises à l’étranger) qui marque un tournant dans la didactique du FLE. Nous sommes en pleine décolonisation et la problématique de l’enseignement du français change.

Dans les années 80, les bureaux d’assistance pédagogique des services culturels à l’étranger changent de nom et deviennent des bureaux d’action linguistique ; les nouvelles consignes sont de rendre le français plus visible et le monde de l’entreprise devient un sponsor important de la langue française, la connectant au marché du travail international.

Cette politique aboutit en 1983 à la création de filières universitaires en didactique du FLE :

  • la mention FLE de la licence en Lettres Modernes, ou Sciences du langage ou Langue vivante étrangère

  • Une maîtrise FLE et un DEA/DESS de didactique du FLE.

En 1985, une commission spéciale de réflexion et de proposition créée par le Ministère de l’Education Nationale sous F. Mitterrand crée un Test de FLE composé alors d’unités capitalisables, le DELF et le DALF.

Depuis les années 80 on assiste donc à un renouveau de la didactique du FLE mis en marche par des politiques linguistiques éducatives fécondes et dynamiques, et le FLE se disciplinarise pratiquement dans toutes les universités.

Parallèlement à ce phénomène, on observe d’autres mouvements d’affirmation du français dans le monde. Dans les années 70, sont créées ou renforcées des institutions francophones telles que l’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique), l’AUPELF, (Association des Universités Partiellement ou Entièrement Francophones). En 1969, était née la FIPF (Fédération Internationale des Professeurs de Français) et avait contribué à la création de nombreuses associations nationales de professeurs de français, de tous les pays, entre autres, de l’AMIFRAM en 1970 (Association de Maestros e Investigadores de francés en México). Bien qu’encore flou, le concept de francophonie surgissait.

Un autre facteur à mentionner dans cette renaissance de la discipline est incontestablement « l’émergence d’une problématique de type sociolinguistique autour de la prise en charge des valeurs et des statuts particuliers du français- dans et en dehors de la classe de français –dans des contextes plurilingues très divers » (Spaeth, 2003) qui reconnait l’importance des différents contextes dans lesquels est enseigné le Français, (FLS et FLE), et qui nous oblige aussi à identifier les spécificités et les dynamiques didactiques propres à chacun de ces contextes. La francophonie contient toutes les valeurs et les statuts particuliers du français et il est temps pour nous, enseignants de FLE de considérer ces spécificités.

Et de fait, depuis trente ans que se construit le FLE comme discipline à part entière, comme nous venons de le mentionner, on a pu remarquer que la francophonie n’était pas vraiment présente dans la discipline. La francophonie s’est organisée institutionnellement et politiquement, elle a créé quelques institutions à vocation éducative et linguistique ; grâce à certains programmes émanant souvent du gouvernement français pour favoriser sa politique extérieure, elle a, bien que tardivement et insuffisamment, développé une nouvelle approche de l’enseignement du FLS, surtout en Afrique où les enjeux économiques sont importants mais sa présence n’est pas encore vraiment significative dans l’enseignement du FLE.

Des efforts réels apparaissent peu à peu dans les manuels d’enseignement, , dans les services culturels des ambassades, les études francophones, ont investi le champ littéraire, les études sociolinguistiques ont inclus les spécificités linguistiques et culturelles dans l’apprentissage d’une langue et en l’occurrence du français, et c’est pourquoi il semble difficile aujourd’hui de ne pas considérer de façon plus systématique la francophonie comme un élément essentiel dans la construction linguistique et culturelle des apprenants de FLE.

Le CECR

Dès sa création, le Conseil de l’Europe a cherché à élaborer une politique linguistique éducative commune à tous les pays membres de l’Europe, selon un axe plurilingue et par l’élaboration du Cadre Européen Commun de Référence en 2001, aujourd’hui CECRL (Cadre Européen Commun de Référence des Langues) qui a clairement orienté ses travaux vers la prise en compte de la diversité linguistique pour « promouvoir et faciliter la coopération entre les établissements de différents pays ». Cette réflexion sur la transversalité des apprentissages et des programmes d’enseignement plurilingues a permis de resituer sous un jour nouveau l’apprentissage du FLE, jusqu’alors simplement juxtaposé à la langue maternelle, comme une langue étrangère dont il fallait acquérir « la maîtrise avec le locuteur natif idéal comme ultime modèle ». Le but est à présent de développer un répertoire langagier dans lequel toutes les capacités linguistiques trouvent leur place.
Que propose de nouveau le CECR ?

Avec l’approche communicative, les enseignants avaient déjà entraîné les apprenants à réaliser des actions en classe, que ce soit des exercices de grammaires, de l’explication de texte ou du jeu de rôle. Cependant, ces actions étaient toujours réalisées à des fins d’apprentissage. Aujourd’hui le C.E.C.R propose une réflexion approfondie sur la finalité de l’apprentissage, il propose la complexité plutôt que la simplicité linéaire, il propose la construction de savoirs plutôt que l’accumulation de connaissances. Il propose d’agir avec l’autre, et non plus simplement agir.

  • De la communication on passe à l’action :

Autrefois on communiquait pour communiquer, aujourd’hui, on communique pour agir.

  • Les tâches d’apprentissage deviennent des actions : du milieu scolaire, on passe au milieu social.

L’approche communicative avait permis au milieu scolaire d’entrer dans le milieu social. Aujourd’hui c’est le milieu social qui entre dans la le milieu scolaire. Avec la perspective actionnelle, tâche d’apprentissage et tâche sociale sont liées. Il ne s’agit plus en classe de simuler des situations d’usage en donnant à l’apprenant le rôle de l’usager. L’apprenant sera acteur d’un projet qui ne visera pas seulement la réutilisation ou l’application de connaissances mais aussi sa construction en fonction des objectifs à atteindre et des aléas de la situation (Bourguignon, 2006)

  • De l’objet décrit (la langue) on passe au sujet (l’usager). Des connaissances on passe aux compétences

Avant l’approche communicative, n’existait que l’objet langue. L’approche communicative a introduit le sujet et s’est concentrée sur lui. En didactique on parlait de centration sur l’apprenant, d’autonomie et l’objet langue était encore une réalité extérieure préfabriquée, utilisée dans des situations simulées.

La perspective actionnelle propose un processus complexe de maturation du sujet à travers l’objet qu’il va modifier, auquel il va s’adapter et qu’il va adapter progressivement aux actions qu’il va accomplir. Les connaissances de la langue ne sont donc plus suffisantes, il faudra que l’apprenant les transforme en compétences sociales, qu’il utilise des stratégies d’utilisation en contexte, qu’il considère la dimension pragmatique de ces connaissances qu’il ne perde pas de vue, l’Autre avec ses spécificités linguistiques, culturelles, sociales, politiques avec qui il va agir.

Si on perd de vue cette perspective multi-culturelle ou co-culturelle (qui engage l’action) on prend le risque de limiter le FLE à une matière d’enseignement de plus dont la finalité serait simplement une évaluation sommative ajoutant des crédits au bulletin de notes des apprenants.

Que peut alors signifier la francophonie dans l’enseignement du FLE dans la perspective actionnelle du C.E.C.R ?

Le C.E.C.R est un instrument élaboré en Europe, pour la réalité multilingue, multiculturelle plurilingue, pluriculturelle Européenne et dont l’objectif est de mieux préparer les nouveaux citoyens européens aux échanges de plus en plus nombreux et normalisés entre institutions éducatives ainsi qu’entre entreprises du monde du travail. Dans la réalité non européenne, l’urgence d’utiliser un tel instrument de travail peut paraître moindre mais bien qu’éloignés de l’Europe, ne sommes-nous pas, nous, les centres de langues, universités, écoles mexicaines, à une petite échelle, une mosaïque européenne ? En ce qui concerne notre Département de Langues Etrangères de l’Université du Sonora, celui-ci propose de nombreuses langues européennes aux étudiants de l’Université et de nombreux apprenants multiplient leur apprentissage de plusieurs langues. Il n’est pas rare de voir les apprenants inscrits en français ET en anglais, en français ET en allemand, ou en français ET en italien, ou encore en français ET en portugais, en 3 langues même. Notre responsabilité s’en trouve donc multipliée et la pédagogie de tâches dans l’agir langagier proposée par le C.E.C.R marque une nouvelle étape pour les enseignants tout comme pour les apprenants.

De plus, dans les représentations de l’apprenant, l’enseignant sert souvent de référence: Référence linguistique et culturelle. Si l’enseignant fait une réflexion sur l’altérité qu’il peut représenter, il pourra faire évoluer le fonctionnement des représentations qu’il véhicule vis à vis de la langue et de la culture qu’il enseigne et amener les apprenants, eux aussi à diversifier leur conception de l’apprentissage d’une langue et du rôle que tous ses acteurs y jouent.

Le pari que représente le C.E.C.R dans les cours de FLE est donc aussi le pari de la diversité. Donner au français standard enseigné sa dimension hétérogène, plurielle, multiculturelle, variée, diversifiée, variationniste.

Le Malien Amadou Bâhampate écrivait (en français) dans Aspects de la civilisation africaine : « La beauté d’un tapis est dans la diversité de ses couleurs ». Cette phrase pourrait servir d’introduction à un cours de FLE et promouvoir un partage de réflexions entre enseignant et apprenants sur le sujet de la diversité dans la langue qu’ils entreprennent de découvrir. .

Dans l’organisation d’un très beau projet pédagogique intitulé Lettres de francophonie de l’Université de Rouen où sont respectées et valorisées les valeurs et l’identité de tous les pays membres de la francophonie, Daniel Modard (2005) l’un des créateurs de ce projet déclarait :

[…] Le domaine qui reste entièrement à explorer est probablement celui de la francophonie, non pas d’un point de vue institutionnel (nombre d’organismes et d’équipes de recherche s’en occupent déjà…) mais du point de vue de la valorisation des parlers et des cultures que celle-ci recouvre. On ne peut en effet s’intéresser à l’étude des usages langagiers liés aux français parlés dans le monde sans se préoccuper à un moment ou à un autre de l’appropriation naturelle ou guidée de ces usages (« appropriation , étant à considérer au sens large du terme) …Les Français ne peuvent plus limiter leur horizon à une perspective franco-centrée en oubliant que leur langue est parlée au quotidien sur d’autres continents avec des nuances et des accents parfois bien différents.[…] (Modard :2003)

Qui est l’Autre qui parle la langue que je suis en train de découvrir ? Qui sont les Autres qui parlent cette langue aussi ? Où se trouve son pays ? Leur pays ? Que sais-je de ce pays ? De ces pays ? Qu’aimerais-je savoir de plus ? Comment pourrais-je découvrir les usages, les cultures derrière la langue que j’apprends. ? Combien de portes me reste-t-il à ouvrir, sur la langue, sur les cultures qu’elle implique? Ne vais-je pas m’enrichir si je sais tout cela ?

Il ne s’agit plus, on l’aura compris, d’apprendre une langue étrangère en tant que matière qui n’aurait rien à voir avec le reste des contenus scolaires ou universitaires de la formation professionnelle ou de la maturation individuelle de l’ apprenant mais de l’ aider à se construire comme acteur social plurilingue, à même de vivre, d’apprendre, de transmettre, d’interagir en mobilisant de façon adéquate des ressources diversifiées et de le faire non seulement pendant la durée de la scolarité mais à long terme.

Qu’est-ce que la francophonie exactement

On considère deux étapes dans l’histoire de la francophonie. La première est au XIXème siècle et la seconde au XXème siècle.

XIXème siècle :

On se limite souvent à dire que le père de la francophonie est Onésime Reclus ce géographe voyageur qui, utilisa le premier ce mot en 1886 pour définir les personnes qui parlent la langue française dans le monde dans : « France, Algérie, colonies ». Déjà inquiet du rôle que l’anglais commençait à jouer dans le monde, dans l’immense l’Empire Britannique, ainsi que du rôle grandissant des Etats Unis dans l’économie mondiale, il souhaitait un rôle plus proéminent pour la France. Dans ses écrits, on remarque une obsession de chiffres de populations couvrant telles ou telles proportions de territoires et une sorte d’angoisse de voir que la France n’occupe pas suffisamment de place dans ce monde alors qu’elle est porteuse d’une des plus grandes civilisations qui soient. Il reproche les erreurs passées de la France lorsque par manque de vision, elle perdit ses territoires (Canada, Louisiane) et voit en la conquête des territoires de l’Afrique, l’occasion d’assurer à la France une part de terres suffisante pour récupérer et conserver un rôle de premier plan à l’échelle internationale.

La francophonie est donc née d’une idée franco-centrée essentiellement , portée par un projet d’expansion démographique et territoriale et motivée par des rivalités symboliques avec d’autres grandes puissances colonisatrices telles que l’Angleterre, l’Espagne ou le Portugal qui ont déjà assuré la pérennité de leur langue et de leur culture sur tous les continents .

Mais François Provenzano (2006) trouve un autre auteur de ce mot, beaucoup moins cité dans l’histoire de ce concept, peut être en raison de sa nationalité suisse et du caractère beaucoup plus humaniste et littéraire de son projet, Virgile Rossel, auteur d’une Histoire de la littérature française hors de France (Rossel 1895). Rossel annonce une foule de travaux consistant à faire de la francophonie littéraire la juxtaposition des spécificités culturelles propres à chaque zone envisagée. Le découpage en ‘aires culturelles’ constitue en effet, nous allons le voir, l’une des grandes options d’un certain discours sur la francophonie.

Dans son analyse, Provenzano expose ainsi les deux versants existants de la francophonie originelle : l’un a caractère franco centré et l’autre à caractère périphérique, déjà plus vulnérable, mais qui assume l’héritage d’une langue prestigieuse porteuse de multiples cultures. On perçoit déjà, comme on le percevra plus tard au XXème siècle, avec les littératures en français d’Afrique, la précarité matérielle et symbolique de ces territoires qui doivent assumer l’héritage d’une langue prestigieuse mais sans institution littéraire à part entière. Visionnaire d’une certaine façon, Rossel souligne déjà le caractère métalittéraire de cette première francophonie qu’on retrouvera dans la renaissance de ce concept au XXème siècle, dans un espace périphérique encore plus large et encore plus vulnérable.

F. Provenzano après avoir engagé une comparaison entre les deux pionniers du concept marque bien leurs différences mais aussi souligne leur amour pour une langue qui semble investie pour les deux auteurs d’un génie qui lui est propre. Chez le premier, elle doit commander aux destinées des peuples colonisés présents et futurs et chez l’autre, elle doit servir d’idéal d’expression, elle doit être un trait d’union entre la civilisation française et sa périphérie.

XXème siècle :

Tombée en désuétude, pendant près d’un siècle, l’idée de francophonie renaîtra hors de France cette fois, dans les ruines de l’Empire colonial dont avait rêvé son précurseur. Quelques dirigeants africains, dont les présidents Senghor, Diori et Bourguiba, qui avaient gardé avec la France des liens privilégiés, appartenant eux-mêmes à une classe sociale privilégiée généralement éduquée en France, promeuvent une nouvelle solidarité pour les ex-colonies françaises, basée sur la langue et la culture françaises et ébauchent ainsi la renaissance de l’idée de communauté francophone. Léopold Sédar Senghor (1962) apporte alors à la cause de la francophonie le soutien le plus symbiotique : la langue française […] ce merveilleux outil trouvé dans les décombres du Régime colonial a une dimension humaniste capable de réveiller à leur chaleur complémentaire […] les « énergies dormantes de tous les continents et de toutes les races. Ces impressions sont d’autant plus spectaculaires qu’elles viennent de la plume d’un ex-colonisé ; elles font table rase d’une histoire difficile pour ne laisser sa place qu’à la Langue, qu’à la Culture. L’idée de francophonie s’impose donc comme une évidence historique, inévitable et laisse de côté toutes les contingences matérielles, socio économiques, politiques qu’elle implique.

Cependant les disparités si grandes entre le pouvoir central (l’ex métropole) et la périphérie (les anciennes colonies) obligeaient à reconnaitre la diversité de ses situations et à concevoir l’idée sous un autre jour.

De nombreuses associations voient alors le jour, surtout au Canada où les revendications linguistiques font pression sur la politique nationale. En 1966, on avait créé le Haut Comité pour la Défense et l’Expansion de la Langue Française qui est devenu en 1973 le Haut Comité de la Langue Française. En 1970, on crée l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)1 sur la base du Traité de Niamey (Niger) et selon sa propre définition Elle mène des actions politiques et de coopération multilatérale pour donner corps à une solidarité active au bénéfice des populations de ses Etats et gouvernements membres. Elle agit dans le respect de la diversité culturelle et linguistique et au service de la promotion de la langue française, de la paix et du développement durable.

On ne parle plus de « Civilisation de l’Universalité » mais de « diversité culturelle et linguistique » ; l’idée de francophonie va évoluer vers l’idée de spécificités culturelles et linguistiques, comme l’avait déjà formulé Virgile Rossel au XIXème siècle, pour répondre aux revendications nationales de tous les pays membres et ainsi vivre au delà des frontières de l’Hexagone, dans ses multiples réalités.

Dans ce bref historique de la francophonie nous pouvons voir que naissant d’une vision essentialiste de la langue française, la francophonie a progressivement évolué vers une vision variationniste de la langue ce qui la rend beaucoup plus intéressante pour son enseignement.

Francophonie géographique :

Forte d’une population de plus de 870 millions d’habitants et de 200 millions de locuteurs de français de par le monde, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a pour mission de donner corps à une solidarité active entre les 70 États et gouvernements qui la composent (56 membres et 14 observateurs) - soit plus du tiers des États membres des Nations unies. (Voir carte en document annexe)2

Cette carte géographique est bien sûr institutionnelle et non linguistique, et nous pouvons définir par cette carte trois types d’appartenance francophone.

  • L’histoire coloniale de la France (Afrique/Caraïbes/Asie du Sud Est)

  • La présence ancienne d’un groupe d’émigrants français du XVI et XVIIème siècles (Canada)

  • Avec la création de l’Europe, le modèle francophone représente une alternative au modèle anglophone d’une part et ex-soviétique d’autre part. (Pays des Balkans)

F majuscule vs f minuscule

Le F majuscule de la Francophonie l’assoit dans son statut politique officiel intergouvernemental mais dessert la francophonie , celle du rassemblement des hommes autour d’une langue aux multiples visages , quand il l’isole des individus qui la composent : il la transforme en une Institution soucieuse de son image, de ses rituels, de ses grands messes annuelles, mais qui fait abstraction des réalités socio-économiques sous-jacentes ; comme si la mystique d’une langue suffisait à rendre vertueux et efficace le rassemblement de tous les peuples qui l’utilisent pleinement ou de façon secondaire. La glottophagie est un danger qu’elle ne peut ignorer, les connivences qui existent entre Langue et Pouvoir dans certaines parties de son espace créent de dangereux clivages diglossiques et remettent en cause le statut des langues qu’elle inclut dans sa diversité culturelle. Abdou Diouf (2007) est lucide dans son souci de distinguer avec véhémence francophonie de francocentrisme.

L’histoire de la francophonie pèse lourd dans son héritage. Dans une grande partie de son espace, la langue française est entrée de force dans les peuples et de la même façon que cette langue lutte aujourd’hui contre une homogénéisation anglophone et cherche à revendiquer un héritage culturel glorieux, ne se verra-t-elle pas contrainte à accepter le désir de revendication de ceux-là même qu’elle a acculturés, leur besoin de récupérer leur propre héritage culturel tout aussi glorieux ?

Francophonie Culturelle

  • Identité : Concept complexe :


Si nous nous arrêtons au concept d’identité au singulier, ou plus précisément des identités au sein d’un seul espace géo- culturel comme l’est celui de la francophonie, nous pouvons observer que chaque espace rassemble en son sein un nombre infini d’identités. Chaque nation qui le compose est elle-même une mosaïque d’identités multiples et unes à la fois : En France, on peut avoir une identité européenne, française, lorraine, vosgienne, citadine ou villageoise, au Québec, cette identité pourra être américaine, canadienne, québécoise de la province, québécoise de la ville, en Belgique, on peut être européen, belge, wallon, liégeois et les exemples se multiplient dans tous les espaces géo-culturels du monde.

Peut-on hiérarchiser ces identités ? Peut-on les exclure les unes des autres et créer un seul individu ?

Comment faire pour que ces identités complexes soient complémentaires et qu’elles ne soient pas des identités de confrontation, comme cela peut se produire au Québec, par exemple, dans le désir de souveraineté de certains canadiens francophones ?

L’identité est un concept complexe, mouvant, qui traverse le temps de façon versatile, se laissant absorber ou se revendiquant jalousement selon les étapes historiques et politiques des nations. Dans son ambition culturelle identitaire la francophonie se trouve face à d’importants défis. Son souhait étant de conjuguer les cultures contre le risque d’uniformisation culturelle et linguistique engendré par la mondialisation, il lui faudra savoir travailler dans le respect, la connaissance et les besoins de tous ses membres, il lui faudra se rapprocher de tous et de chacun dans leur réalité politique et économique nouvelle et surmonter le seul débat linguistico- identitaire auquel on essaie trop souvent de la réduire.

Au cours de l’histoire, des peuples ont abandonné leur langue. L’identité, comme la langue, évolue sans cesse. Enfin, s’il existe une identité individuelle, il n’est pas sûr qu’il existe une identité collective autre que fantasmée ou imposée autoritairement par des régimes totalitaires. (Lapacherie, JG, 2008) )

Francophonie comme alternative à la mondialisation

Les objectifs de la Francophonie ont souvent les accents d’une bataille à livrer contre un ennemi dont on n’ose pas prononcer le nom, mais qu’on perçoit derrière les mots, mondialisation, globalisation. Qui dit bataille, dit efforts, pertes, désespoir, vaincus … Certes le français est moins parlé dans le monde aujourd’hui que l’anglais (le mot est lâché) le chinois, l’espagnol, l’arabe mais il est, avec l’anglais une langue internationale présente sur les 5 continents.

Certes, le français change, s’anglicise, se transforme d’un pays à l’autre en fonction des besoins, des contextes des individus qui le parlent partout dans le monde, mais ce phénomène s’est toujours produit tout au long de l’histoire des hommes et toutes les langues du monde ont connu, connaissent et connaitront des métamorphoses.

Les langues ont toujours évolué en fonction des besoins de leurs locuteurs et ont toujours suivi les mouvements économiques des pays où on les parle. Les conquérants dictent les règles linguistiques de leurs échanges avec les conquis, et la France qui fut elle-même une nation conquérante, dans ses élans rivaroliens semble trop souvent regretter un rayonnement passé, alors que l’impact de son Histoire est encore très vivace aujourd’hui. En effet, elle essaie à coups de décrets, de lois sur l’usage de la langue de maintenir une « pureté » imaginaire en complète contradiction avec le rôle d’une langue dite vivante alors que sa seule chance de transcender les réalités économiques du siècle est de s’adapter a ses locuteurs.

De plus, le plus grand nombre de francophones dans le monde se trouve en dehors des frontières de la France qui n’a plus le monopole des échanges linguistiques. Il faut donc chercher un autre champ de bataille où la lutte serait moins inégale et les linguistes ont déjà montré que les décrets ou les lois sur l’usage des langues ne sont pas la solution à la survie ou à la mort d’une langue. Les langues portent le poids de la communication, de l’échange entre les peuples. Alors, vouloir défendre la langue française comme une relique culturelle, lui donner une mission divine est la vouer à un rôle sacré qui risque de décourager beaucoup d’esprits pragmatiques et la faire passer à côté d’occasions beaucoup plus enrichissantes d’universalité pour elle.

Les actions promues par l’OIF pour placer le français en position compétitive sont louables, elles incluent les technologies tout autant que les faits culturels et pour nous enseignants de FLE, peut-être moins soumis idéologiquement aux besoins de reconquête d’espaces perdus que peuvent subir les enseignants de FLS dans l’espace francophone, elles nous permettent de donner aux apprenants l’image d’une langue de la modernité, une langue vivante dans les 5 continents , une langue riche de multiples identités à découvrir. La francophonie elle-même a les visages qu’on veut lui donner et en tant qu’enseignant on peut choisir celui qui sert le mieux la cause de notre profession, qui est celle de transmettre une langue internationale, efficace dans tous les secteurs, que ce soit des sciences aux littératures en passant par les technologies et nous verrons en quoi la francophonie linguistique peut nous aider à ouvrir les horizons des apprenants et faire évoluer les représentations qu’ils ont de cette langue et par cette réflexion sur une langue étrangère, celles de leur propre langue.
La francophonie linguistique
Nous venons de voir que la francophonie est présente sur les cinq continents, qu’elle rassemble des millions de locuteurs de nationalités, de cultures, de religions, de besoins différents, et qu’elle propose de mettre la langue française au service du dialogue de toutes les cultures qui la composent. Ce n’est donc pas une seule langue pour une seule culture mais une langue aux formes multiples pour multiples cultures.

Comment expliquer alors la diversité linguistique derrière la diversité culturelle ?

De quel français allons-nous parler ? Le français de chaque francophone, une langue éclatée, ou un français standard, une langue normée ?

Qu’est-ce qu’un « francophone » au-delà de la définition réclusienne  du mot?
Exemple de variation stylistique francophone. 
Quand Ahmadou Kourouma entraine le petit soldat Birahima3 dans son aventure guerrière en le bardant de quatre dictionnaires il témoigne de ces couleurs locales et de la schizophrénie que la norme peut entrainer chez les locuteurs

Et d’abord…et un…M’appelle Birahima. Suis p’tit nègre. Pas parce que suis black et gosse. Non ! Mais suis p’tit nègre parce que je parle mal le français. C’é comme ca. Même si on est grand, même vieux, même arabe, chinois, blanc, russe, américain ; si on parle mal le français, on dit on parle p’tit nègre, on est p’tit nègre quand même. Ca c’est la loi du français de tous les jours qui veut ca. »

Lorsqu’il raconte ensuite

« [sa] vie de merde, de bordel de vie dans un parler approximatif, un français passable, pour ne pas mélanger les pédales dans les gros mots. Je possède quatre dictionnaires. Primo, le dictionnaire Larousse et le Petit Robert, secundo, l’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique et tertio le dictionnaire Harrap’s. Ces dictionnaires me servent à chercher les gros mots et surtout à les expliquer. Il faut expliquer parce que mon blablabla est à lire par toute sorte de gens : des toubabs (toubab signifie blanc) colons, des noirs indigènes sauvages d’Afrique et des francophones de tout gabarit (gabarit signifie genre). Le Larousse et le Petit Robert me permettent de chercher, de vérifier, et d’expliquer les gros mots du français de France aux noirs nègres indigènes d’Afrique. , l’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique explique les gros mots africains aux toubabs français de France. Le dictionnaire Harrap’s explique les gros mots pidgin à tout francophone qui ne comprend rien au pidgin. […]
On voit donc très clairement les liens qui se sont tissées entre les langues en place et la difficulté de gérer les relations entre une norme standard acquise à travers l’ enseignement d’un français très éloigné de la réalité du terrain et les variations inhérentes à la pratique des locuteurs à travers leurs langues locales. La recherche désespérée d’une norme à trouver absolument dans des ouvrages de référence comme tous les dictionnaires brandis par Ibrahima est tout aussi déconcertante que la propre « insolence » de l’auteur dans sa démonstration ironique de la dictature de la norme. En effet, l’écriture de Kourouma, sans jamais perdre de sa qualité, de sa rigueur littéraire, est en rupture permanente elle-même avec la norme : écriture « orale », omission du pronom personnel « je », élision du « e », utilisation d’africanismes, utilisation d’une ponctuation surabondante pour mieux l’ « oraliser » ou l’éclaircir. Alors comment expliquer tous les dictionnaires dont s’encombre constamment Birahima  si ce n’est comme une sorte de recours fébrile à la norme ? La fameuse norme imposée par les « toubabs » mais qui, malgré sa légitimité officielle, n’a pas sa place là, ni les mots, pour décrire le monde dans lequel il vit. La norme qui accorde la légitimité dont rêve Birahima mais qui devient un vêtement trop étriqué pour témoigner de ce qui se passe dans toute la francophonie. La norme qui ne suffit plus, ni aux français qui vont lire la francophonie d’ailleurs, (d’où l’Inventaire) ni aux francophones d’ailleurs qui sont si éloignés de la Langue-Nation qu’avoir recours à elle devient dérisoire pour beaucoup d’entre eux (Larousse, Petit Robert), ni aux francophones d’un ailleurs mondialisé (Harrap’s).

Français d’Afrique, français de France, français d’ailleurs, français parlé, français écrit, Larousse, Inventaire ?

De quelle(s) variété(s) ou de quelle(s) norme(s) parlons-nous ?
Conclusion
Faute de plus de temps pour développer d’autres thèmes ayant un rapport très étroit avec mon sujet, tels que le concept de communauté linguistique, le concept de norme et de variation linguistique que je décris plus amplement dans ma thèse de Doctorat en cours, je conclurai ma présentation sur cet exemple de la langue de Kourouma que je partage avec vous et qui peut (et doit) avoir sa place dans la classe de FLE , car nous l’avons dit, le plus grand nombre de francophones se trouve en dehors des frontières de la France et il est temps que nous les écoutions.

Bibliographie :

BOURGUIGNON, C. : De l’approche communicative à l’ « approche communic-actionnelle : une rupture épistémologique en didactique des langues –cultures

Synergies. 2006

http://ressources-cla.univ fcomte.fr/gerflint/Europe1/Claire.pd

DIOUF. A La Francophonie, une réalité oubliée, par Paris, Le Monde, 19 mars 2007.

LAPACHERIE,JG Le multiculturel dans l’espace francophone –mondesfrancophones.com 2008

MODARD, D : Le français, une langue partenaire au service de la construction de compétences plurilingues et pluriculturelles chez les apprenants francophones. L’exemple des « lettres de francophonie » Université de Rouen – Laboratoire Dyalang FRE CNRS 2787 Glottopol N°6- : Juillet 2005

PROVENZANO, F, Francophonie et études francophones: considérations historiques et métacritiques sur quelques concepts majeurs http://epress.lib.uts.edu.au/ojs/index.php/portal/article/view/148/276

PORTAL Journal of Multidisciplinary International Studies, Vol 3, No 2 (2006)

SENGHOR, LS Le Francais langue de culture. Esprit N° 311, p837-844 (1962)

SPAETH, V. Francophonie et Français Langue étrangère : Quelles implications didactiques ? Travaux de Didactique du FLE N°49, 2003


17. www.francophonie.org

2 Site de l’OIF. www.francophonie.org

3 Kourouma, A : Allah n’est pas obligé . (2000) Editions Seuil. Collection Points



UABC – Facultad de Idiomas ____________________________________________________

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