Une propagande belliqueuse





télécharger 25.05 Kb.
titreUne propagande belliqueuse
date de publication16.10.2016
taille25.05 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos

Une propagande belliqueuse





La défaite de Sedan et ses conséquences révélaient l’état alarmant de la France. En décapitant son roi elle semblait avoir perdu son principe directeur : deux républiques, deux empires et une restauration avaient échoué.

La Troisième République, installée en catimini, était aussitôt tombée aux mains des tenants de l’ordre ancien, élitistes, craignant le peuple et ses « classes dangereuses », hostiles à la démocratie. Ni royaume, ni empire et pas encore république démocratique, qu’était la France de la fin du 19e siècle ? Sur quoi reposait sa souveraineté ?
Question existentielle à laquelle les dépositaires de la parole publique, intellectuels, artistes, politiques — s’efforcèrent de répondre, chacun selon ses moyens et ses convictions.

Œuvre énorme, étalée sur plusieurs décennies, à laquelle contribuèrent notamment Maurice Barrès (1862-1923) patriote républicain puis inspirateur de la droite nationaliste ; Charles Maurras (1868-1952) fondateur de l’Action Française, quotidien estimé et, d’autre part, mouvement contre-révolutionnaire et royaliste ; Jules Ferry (1832–1893), républicain, père de l’enseignement public, laïc et gratuit et néanmoins tenant de la thèse du partage de l’humanité en races naturellement hiérarchisées, en sorte que les races supérieures étaient fondées à dominer les autres (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Ferry1885.asp) ; Jules Michelet (1798-1874) historien républicain qualifié de romantique, selon qui « l’Angleterre est un empire, l’Allemagne une race, et la France une personne » ; Ernest Renan (1823-1892), anti-démocrate sur le fond (Cf. La réforme morale et intellectuelle de la France, réed. 10/18, 1967) et néanmoins historien et philologue étincelant à l’origine de la conception française de la nation.

_____________________________


ERNEST RENAN,

Qu’est-ce qu’une nation ?
Conférence prononcée en 1882. Texte court, lumineux et d’une étonnante actualité.
«  Mais, qu'est-ce donc qu'une nation ? … Comment la France persiste-t-elle à être une nation, quand le principe qui l'a créée [ndlr : la royauté] a disparu ? Comment la Suisse, qui a trois langues, deux religions, trois ou quatre races, est-elle une nation, quand la Toscane, par exemple, qui est si homogène, n'en est pas une ? Pourquoi l'Autriche est-elle un État et non pas une nation ? En quoi le principe des nationalités diffère-t-il du principe des races ? Voilà des points sur lesquels un esprit réfléchi tient à être fixé, pour se mettre d'accord avec lui-même. »
Texte intégral disponible pour deux euros aux éditions Mille et une nuits (http://www.1001nuits.com) et en ligne sur le site Lexilogos  (http://www.lexilogos.com/renan_ernest.htm).

_____________________________

Tous ont parlé en termes passionnels de Nation, Patrie, Races, Identité et Sentiment national, Territoire national, Morts (pour la Patrie), Barrés pour sa part opposant les Français « racinés » par la terre et le sang aux Français « artificiels » ou « de papier » (Barrés).

Ces mots charnels autant qu’émouvants prirent alors leur envol et imprégnèrent les consciences sous l’effet d’une diffusion massive par les organisations politiques de droite comme de gauche, la presse et l’appareil d’état. Quelques chiffres permettent d’évaluer l’ampleur du phénomène.
La presse quotidienne de la fin du 19e siècle était aussi abondante que celle de nos jours, si ce n’est plus. Le Petit Journal tirait à lui seul plus d’exemplaires que Le Monde et Le Figaro réunis. (1 million d’exemplaires en 1890-95 contre 550.000 pour Le Monde et 370.000 pour Le Figaro en 2002.)

Les premières organisations politiques de masse rassemblaient plus d’adhérents que nos actuels partis politiques. Et elles rivalisaient de patriotisme. À gauche, la Ligue des patriotes, fondée en 1882 par Gambetta et Dérouléde entreprit une vaste opération de sauvetage afin « d'extirper les racines de la défaite et de la décadence. » Elle regroupait d'innombrables clubs gymniques et sociétés de tir (http://fr.wikipedia.org/wiki/Sport_en_France) créées après la défaite, dans le but à demi avoué de donner une formation paramilitaire aux Français.

à droite — selon nos conventions actuelles — la Ligue de la patrie Française, co-fondée par Maurice Barrès en 1898, cultivait un nationalisme bigarré, fidèle à la République mais antiparlementaire, xénophobe et antisémite. Elle défendait l’honneur de l’armée — bouclier de la Patrie — endommagé dans l’affaire Dreyffus.

Chacune de ces deux ligues, — celle des patriotes, et celle de la patrie — recueillait autant d’adhérents que les deux partis majoritaires actuels, UMP et PS réunis, alors que la France comptait moins de 40 millions d’habitants contre plus de 60 aujourd’hui. Les effectifs d’adhérents (à lire comme des ordres de grandeur) traduisent le vif intérêt des citoyens pour la politique, en fort contraste avec l’indifférence, voire la désaffection, actuelle.
Seul un public restreint connaît encore les enseignements des ligues et de la presse du 19e siècle. Ceux de l’école publique et laïque, en revanche, ont gravé dans les mentalités la vision toujours présente de la « France éternelle ».

Dès sa fondation en 1882, cette école reçut pour mission première de former de bons citoyens et de bons soldats.

«Si l’écolier ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l’instituteur aura perdu son temps » écrit l’« instituteur national », Ernest Lavisse en préface à l’édition 1912 de son manuel d’histoire.

L’introduction d’exercices paramilitaires dans les cours d’école ne provoqua donc aucune protestation, bien au contraire. Idem pour l’enseignement des hymnes guerriers qui se poursuivi longtemps.
_____________________________

Soit dit en confidence, votre serviteur qui n’était pas un excellent écolier dans les années 1950, avoue devoir son Certificat d’étude à une interprétation remarquée du Chant du départ ­ — encore dit « La victoire en chantant » — dont il n’est peut-être pas superflu de rappeler le refrain :

« La République nous appelle

Sachons vaincre ou sachons périr

Un Français doit vivre pour elle

Pour elle un Français doit mourir. »
Vivre et mourir pour elle… ces paroles font leur plein d’exaltation héroïque avec la musique : branchez le son pour 80 secondes d’audition sur Youtube :  : http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=8pJkAepu4cE.

(Les images sont incongrues. Napoléon se méfiait des hymnes patriotiques et ses grognards marchaient sur l’air de « Il pleut, il pleut bergère, ». Le chant du départ appartient aux armées révolutionnaires de l’éphémère Première République.)

_____________________________
L’enseignement de l’histoire, de la géographie et de la lecture, était autant d’occasion de faire connaître et aimer la France, patrie méconnue d’une population majoritairement illettrée et ignorante de ce qui se passait hors de sa paroisse.

Deux manuels sont qualifiés de « catéchisme  de la République » tant ils ont été réédités — jusque dans les années 1950 — et tant il importait, aux yeux des fondateurs de « la laïque », de promouvoir une religion « nationale » transcendant les confessions, les partis, les origines sociales et les terroirs.
Le manuel de lecture intitulé Le tour de France de deux enfants est signé « G. Bruno », pseudonyme d’Augustine Fouillée, épouse d’un philosophe prolixe, proche d’Ernest Renan.

Ci-dessous la couverture de la 366e édition et sa préface qui nous renseigne sur les préoccupations des gouvernants.

_____________________________
LE TOUR DE LA FRANCE

PAR DEUX ENFANTS

Préface

Sans omettre dans cet ouvrage aucune des connaissances morales et pratiques que nos maîtres désirent trouver dans un livre de lecture courante, nous avons décidé d ‘en introduire une que chacun de nous considère aujourd’hui comme absolument indispensable dans nos écoles : la connaissance de la patrie.
On se plaint continuellement que nos enfants ne connaissent pas assez leur pays : s'ils le connaissaient mieux, dit-on avec raison, ils l'aimeraient encore davantage et pourraient encore mieux le servir. Mais nos maîtres savent combien il est difficile de donner à l'enfant une idée nette de la patrie, ou même tout simplement de son territoire ou de ses ressources. La patrie ne représente pour l'écolier qu'une chose abstraite, à laquelle, plus souvent qu'on ne croit, il peut rester étranger pendant une assez longue période de la vie. Pour frapper son esprit, il faut lui rendre la patrie visible et vivante.

Dans ce but, nous avons essayé de mettre à profit l'intérêt que les enfants portent aux récits de voyage. En leur racontant le voyage courageux de deux jeunes Lorrains à travers la France entière, nous avons voulu la leur faire pour ainsi dire voire et toucher ; nous avons voulu leur montrer comment chacun des fils de la mère commune arrive à tirer profit des richesses de sa contrée et comment il sait, aux endroits même ou le sol est pauvre, le forcer par son industrie à produire le plus possible.

En même temps, ce récit place sous les yeux de l'enfant tous les devoirs en exemples, car les jeunes héros que nous y avons mis en scène ne parcourent pas la France en simples promeneurs désintéressés : ils ont des devoirs sérieux à remplir et des risques à courir. En les suivant le long de leur chemin, les écoliers sont initiés peu à peu à la vie pratique et à l'instruction civique en même temps qu'à la morale ; ils acquièrent des notions usuelles sur l'économie industrielle et commerciale, sur l'agriculture, sur les principales sciences et leurs applications. Ils apprennent aussi, à propos des diverses provinces, les vies les plus intéressantes des grands hommes qu'elles ont vu naître : chaque invention faite par les hommes illustres, chaque progrès accompli grâce à eux devient pour l'enfant un exemple, une sorte de morale en action du nouveau genre, qui prend plus d'intérêt en se mêlant à la description des lieux mêmes où les grands hommes sont nés.
On remarquera que ce livre contient plus de deux cents gravures, cartes ou portraits, et que ces gravures ont toutes un but instructif. Si nous les avons multipliés ainsi dans une proportion que n’offre aucun autre livre de lecture courante, c’est pour rester fidèles à la méthode déjà employée par nous dans nos deux premiers volumes pour l’enfant et pour l’adolescent, méthode à laquelle nos maîtres ont fait un si favorable accueil. Sous chacune des gravures, se trouve une notice explicative qui est déjà l’esquisse d’une petite leçon de choses, et à laquelle le maître saura ajouter l’avantage de graver dans les esprits des enfants les objets, les contrées, les villes et monuments, les hommes illustres dont on leur parle.

En groupant ainsi toutes les connaissances morales et civiques autour de l'idée de la France, nous avons voulu présenter aux enfants la patrie sous ses traits les plus nobles, et la leur montrer grande par l'honneur, par le travail, par le respect profond du devoir et de la justice.

_____________________________
Hit parade : sept millions d’exemplaires vendus avant 1914 et on le trouve toujours en librairie ainsi que sur le site de Nicolas Demassieux  (que l’on remercie) : http://www.demassieux.fr/Site/Tour_de_la_France.html.
Les manuels d’histoire d’Ernest Lavisse sont eux aussi des blockbusters avant la lettre. Les trois volumes du "Petit Lavisse" destinés à l'enseignement primaire sont porteurs d’une France incomparable. "Vous devez l'aimer, écrit l’auteur, parce que la nature l'a faite belle et l'histoire l'a faite grande."

À l'enthousiasme de ses petits lecteurs — et de leurs instituteurs — Lavisse offre l'épopée des héros fondateurs de la nation : Clovis, père des rois ; Vercingétorix, âme de la résistance populaire aux armées étrangères ; Jeanne d'Arc, libératrice de la patrie ; etc. Tous nés du même sol et de la même portée — sens originel de "nation" — tous consacrés à l'édification de la patrie commune. C'est un recueil d'histoires pour enfants, une histoire sainte de la France laïque ou, c'est selon, une histoire laïque de la sainte France. Bref, un catéchisme, on l'a déjà noté.


Source : BNF

http://classes.bnf.fr/heros/grand/062_1.htm
Cinquante générations au minimum s'en sont régalées. «Nous avons tous, […] du Lavisse dans le sang», écrit Pierre Nora en préface à une récente réédition de la « grande » [Histoire de France en 18 (+ 9 ) volumes (http://blog.passion-histoire.net/?p=867).
Les Petits Lavisse contribuèrent grandement à forger une nation unie au sein de la République. Paradoxalement, leur succès fait maintenant problème. Ils ont mal vieilli c’est vrai. Mais ce dont nous souffrons le plus c’est de ne pas parvenir à les remplacer. 


similaire:

Une propagande belliqueuse iconA- passage d’une législation stricte à une acceptation des coutumes locales
«Gallus Gallus» aurait été domestiqué en Asie pour ses qualités belliqueuse. Cela date de la sédentarisation des premiers agriculteurs...

Une propagande belliqueuse icon1 Documents informatifs: La Grande Guerre 1914 – 1918
«la guerre et la propagande à travers le xxème siècle». Ta classe a été chargée d’élaborer un panneau évoquant la première guerre...

Une propagande belliqueuse iconU ne petite histoire de la radio française
«Ici la France» qui deviendra «Les Français parlent aux Français». En parallèle, Radio Vichy exerce une propagande d’Etat

Une propagande belliqueuse icon" La propagande à travers les affiches politiques du xxème siècle "

Une propagande belliqueuse iconGroupement d’œuvres intitulé : L’affiche rouge : une affiche de propagande,...
«l’affiche rouge». Les photographies sont en noir et blanc. Le choix des couleur à pour but d’attirer le regard du spectateur puis...

Une propagande belliqueuse iconComment l’art est-il mis au service de la propagande politique durant la 1
«la Rafle», dessins et photographies des camps (td sur la collaboration française)

Une propagande belliqueuse iconChapitre 1 Eléments d’histoire sociale et intellectuelle de la communication politique
«Classes laborieuses, classes dangereuses» : La propagande et la (peur de la) foule

Une propagande belliqueuse iconHistoire des arts Sonia Duval Fiche de synthèse musique en histoire des arts (session 2015)
«Motivés, le chant des partisans», est une chanson en style reggae de zebda, 1er extrait de l’album «Motivés ! Chants de lutte» en...

Une propagande belliqueuse iconFiche Histoire des Arts : Arts engagés
«dégénérées» (exemple: tableaux d'Otto Dix)en opposition à l'art officiel nazi, à l'initiative du ministre de la propagande nazie,...

Une propagande belliqueuse iconLa propagande dans le monde occidental jusqu’au 15ème siècle
...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com