Les femmes dans la société française de la Belle époque à nos jours. S. Vigreux





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Les femmes dans la société française de la Belle époque à nos jours. S. Vigreux

DIJON, le 19 mai 2010.

INTRODUCTION

Au niveau historiographique, il s’agit d’une période dense où l’on trouve l’industrialisation et ses effets sur l’histoire des femmes.

L’intitulé du programme : « Les femmes dans la société française » donne une place reconnue à l’histoire des femmes permettant aux enseignants d’avoir une vision féminine de l’histoire. Mais le danger est de faire des femmes un groupe à part. Il faut donc replacer cette partie du programme dans quelque chose de plus global. L’objectif est d’aboutir à une histoire mixte et de ne pas considérer l’histoire des hommes comme la seule « véritable » histoire.

De ce point de vue, le programme de LP est à l’avant-garde et novateur.

Qui sont les femmes dont-on parle ?

Il s’agit principalement des Françaises. Les sources sont masculines et les archives modestes en particulier pour les étrangères. Il peut être intéressant d’effectuer une comparaison avec les femmes d’autres pays occidentaux, par exemple par rapport au droit de vote (en Turquie, dès 1918).

RQ. Les Femmes ont été jusque là étudiées en fonction de leur appartenance à un groupe : ouvrières, paysannes, résistantes, syndicalistes (histoire sociale et politique et histoire culturelle.

Pourquoi La Belle Époque (1890-95) ? 

On choisit cette borne chronologique car on assiste à une prise de conscience féminine en relation avec l’application du suffrage universel exclusivement masculin. Les femmes prennent place dans la vie publique sans passer par des médiations masculines ou familiales : lutte pour le droit de vote, l’éligibilité, l’égalité des salaires. Les deux guerres mondiales accélèrent cette prise de conscience avec le remplacement des hommes et l’apprentissage de la lutte politique. Il faut pourtant nuancer le grand élan émancipateur de 14-18.

Quelles sont les grandes évolutions de la condition féminine à cette période ?

  • Le travail des femmes, qui a toujours existé, gagne de nouveaux secteurs : l’industrie puis, après 1945, le secteur tertiaire.

  • On assiste à des progrès dans l’éducation et à la prise en compte des compétences féminines : les femmes accèdent aux carrières libérales ou administratives et à l’enseignement supérieur.

  • Les progrès de la médecine et en particulier la contraception permettent aux femmes de prendre leurs distances par rapport à la maternité.

  • L’évolution de la législation interdit les discriminations homme/ femme.

Étant donné le faible volume horaire disponible pour mettre en œuvre le programme, l’enseignant doit faire des choix : par exemple les aspects politiques, économiques…

Les temps forts sont le travail féminin,  la sociologie des femmes, les rôles dévolus aux Françaises, les mouvements féministes, les femmes et les conflits, les relations avec les hommes, l’accès à une autonomie politique et privée.

Historiographie.

L’histoire des femmes appartient à des territoires qui se sont beaucoup élargis au XIXème siècle : par exemple, préoccupations autour de la vie privée, des mentalités, des racines…

Un ouvrage majeur est celui de Simone de Beauvoir Le 2ème Sexe qui contient 2 remarques essentielles :

  • Les femmes n’ont pas d’histoire donc elles ne peuvent pas être fières d’elles-mêmes ;

  • On ne nait pas femme on le devient

 Les femmes sont le fruit d’un processus d’acculturation qui détermine leur rôle social et leur comportement vis-à-vis du monde. Il s’agit d’un processus historique de construction.

Ces idées influencent les mouvements féministes des années 60 qui mettent en évidence l’oppression de la femme, dont l’exclusion de l’histoire n’est qu’une manifestation.

Dans les années 80, les recherches sur les représentations favorisent une approche très favorable à l’histoire des femmes. Le fait que les femmes aient laissé peu de traces écrites entrainent le développement d’une histoire orale. On rejette les approches misérabilistes et celles qui naturalisent les femmes (les « prédispositions » féminines). Les recherches vont se tourner vers le subjectif et l’intimité et les travaux se centrer sur la sphère privée mais aussi sur la vie publique (cf. la revue Clio, histoire et société fondée en 1995.

Le programme débute avec l’industrialisation.

  • La question primordiale est celle du travail : même si les femmes ont toujours apporté leur contribution, par exemple aux champs, elles n’étaient pas rémunérées ! Avec l’industrialisation elles entrent massivement sur le marché du travail salarié tout en assurant leur travail domestique ! Le travail féminin devient plus visible, le lieu de travail étant désormais éloigné du domicile.

  • A la fin du XIXème  siècle : elles payent peut-être plus que les hommes le coût de l’industrialisation : accidents au travail, chutes, mutilations, accouchements difficiles suivis de retours très rapides à l’usine.

  • Bien qu’elles disposent, selon les employeurs, de qualités naturelles supposées innées, comme l’adresse, l’endurance ou la finesse, elles sont cependant payées moins cher car le travail féminin est perçu comme un appoint. Elles sont jugées moins productives que les hommes donc perçoivent un salaire plus faible.

Peu à peu, la législation va se préoccuper de cette situation :

  • limitation de la durée du travail, lois (1892 et 1904),

  • interdiction du travail de nuit pour les femmes (et les enfants),

  • emploi garanti à la femme après accouchement (1909),

  • congés maternité (1913),

  • gratuité des soins médicaux (1928). 

Dans le milieu nataliste, une mère qui travaille a mauvaise réputation et est systématiquement stigmatisée. Le mari doit être le garant du groupe et le modèle familial est celui de la femme au foyer.

Le mouvement ouvrier lui-même éprouve un certain malaise par rapport au travail des femmes (influence de Proudhon, très misogyne) : la première femme n’entre à la CGT qu’en 1919 !

A la Belle Époque, les femmes se tournent vers de nouveaux métiers, des « métiers neufs » et des professions intermédiaires. Ce sont pour l’essentiel des emplois de service comme les vendeuses dans les grands magasins, les emplois de dactylo…

Mais on trouve aussi des femmes « médecins » (la première en 1875), des femmes « avocats » (la première en 1900), des professeurs d’université (1906 : Marie Curie première femme à la Sorbonne)… A partir de 1920, les agrégations de grammaire et de philosophie sont ouvertes aux femmes.

Quant au métier d’institutrice, il créé une forte identité professionnelle et, dès 1919, les hommes et les femmes perçoivent le même traitement.

Cependant, dès qu’un emploi se féminise, il est de plus en plus déconsidéré, comme par exemple aujourd’hui les emplois de secrétaire, d’enseignant ou ceux de l’hôpital public. Toutefois les emplois du tertiaire bénéficient d’une plus grande honorabilité que ceux du secteur secondaire.

On a à la fois une république qui exclut et une république qui intègre, un conflit entre la France laïque et la France catholique, chaque camp voyant dans les femmes un ennemi naturel. Le cléricalisme radical s’oppose aux droits nouveaux des femmes, la femme étant considérée comme la cheville ouvrière de l’Église; la suffragette est perçue comme une hystérique ce qui conforte la légitimité d’un modèle viril de la démocratie. On ne remet donc pas en question le code civil napoléonien malgré des manifestations réclamant sa révision, lors de son centenaire, en 1904.

Il existe, pourtant, une certaine intégration grâce à l’éducation. La IIIe République réalise un effort pour l’éducation des filles. Cependant, l’enjeu des lois Ferry n’est pas de rendre les filles égales aux garçons, mais d’éduquer les mères des futurs citoyens. Les filles font aussi progressivement leur entrée dans l’enseignement secondaire : on compte 100 bachelières en 1909, 1 000 en 1920.

On assiste, parallèlement, à la conquête des droits civils : en 1897 les femmes obtiennent le droit de témoigner, en 1905, celui d’aller en justice, en 1907, elles peuvent disposer de leur salaire. Ces mesures ont été obtenues avec l’aide des associations féministes et de certains hommes politiques comme Jaurès ou F. Buisson.

Les droits politiques sont revendiqués par les mouvements féministes, particulièrement, pendant les périodes de tension. Les moyens d’action sont surtout les tracts, les pétitions, les lettres, les articles de presse, les manifestations. Les groupes les plus actifs sont anonymes.

Ce mouvement dit « des suffragettes » mène en France des actions peu spectaculaires par rapport au mouvement des anglo-saxonnes, mis à part celui de L. Weiss (1937). Cependant, une très grande manifestation en 1914 rassemble 6000 personnes réclamant le droit de vote mais « L’union sacrée » vient interrompre ce mouvement.

Quelques zooms sur la période

Les Françaises et la Grande Guerre

Celle-ci bouleverse la société française dans son ensemble. La participation des femmes au conflit prend deux aspects :

  • un rôle traditionnel, celui de la femme qui soigne, réconforte (« ange blanc ») ; on compte beaucoup d’infirmières mais peu de femmes médecins ;

  • le remplacement des hommes au travail, salué par l’opinion publique ; c’est la figure de la « munitionnette » mais dès le 11 novembre 1918 les ouvrières de l’industrie sont licenciées sans indemnité, les journaux changent de ton et critiquent à nouveau le travail féminin. Cependant, de nombreuses femmes maintiennent une activité salariée, souvent par nécessité, parfois par choix.

Après guerre, la société française est meurtrie, les « ex-poilus » ont l’impression de ne plus reconnaître leurs épouses.

L’Entre-deux-guerres

Le temps fort est la conquête du droit de vote que les autres pays démocratiques accordent à cette époque. Le débat s’intensifie et le suffragisme devient une force sociopolitique. Les projets de lois se heurtent aux refus du Sénat à majorité radicale ou conservatrice en 1919, 1932 et 35. Louise Weiss, journaliste, à la tête du mouvement « Forces nouvelles », multiplie les actes spectaculaires pendant les manifestations sportives, harcèle tous les sénateurs anti-féministes et refuse de payer ses impôts, mais son engagement est tardif et éphémère. Malgré de fortes attentes, le Front populaire ne prendra aucune mesure en faveur du vote des femmes.

L’après-guerre et les Trente glorieuses

L’ordonnance du 21 Avril 1944 signée par De Gaulle accorde le droit de vote aux femmes mais elles n’iront aux urnes qu’en 1945 à l’occasion des élections municipales. Cependant, les femmes feront souvent les frais de la cérémonie expiatoire de l’Épuration.

Après 1945, dans le cadre d’une politique nataliste (cf. les allocations familiales), la fonction maternelle est à nouveau exaltée mais les femmes perdent l’habitude d’accoucher chez elles et on développe l’accouchement sans douleur.

A partir des années 50, engagement des femmes dans les combats idéologiques et politiques en particulier lors de la guerre d’Algérie (voir le « Manifeste des 121 » qui appelle à l’insoumission)

Mai 68, offre à une nouvelle génération l’occasion de prendre la parole. Cet événement est un déclencheur pour tous les mouvements féministes dont le plus radical sera le MLF dans les années 70. Dans ces mouvements, les slogans ont une place déterminante, et posent la question du rapport au corps, de la contraception, de l’avortement ; ce qui créé des conflits avec le mouvement ouvrier et syndical.

La question de la contraception est réglée en 1967 par la loi Neuwirth dont les décrets n’entreront en vigueur qu’en 1972.

En revanche, l’IVG sera l’objet d’une polémique bien plus vive par la dissociation qu’elle introduit entre féminité et maternité ; polémique alimentée notamment par la publication du Manifeste des 343 (5 Avril 1971) et par les provocations du MLAC, mouvement créé en 1973 qui pratique ouvertement des IVG. La loi S. Veil de janvier 1975, votée grâce au soutien de la gauche et des mouvements féministes, autorise l’avortement pour 5 ans, d’abord à titre expérimental, puis définitivement à partir de 1979.

Autres lois importantes : en 1970, l’autorité paternelle devient l’autorité parentale et en 1975 le divorce par consentement mutuel est institué.

Aujourd’hui

Malgré ces évolutions, les femmes restent peu présentes dans la sphère politique française (21e rang de l’UE) ; les femmes ministres sont souvent nommées sur des postes en rapport avec leurs qualités dites « naturelles ».

Remarques : Il peut être intéressant de partir des représentations des élèves. Cette question doit être le plus possible reliée à l’actualité. Une entrée judicieuse consisterait à partir du thème de la parité.

CR. Isabelle Fira, Jacques Michaud.

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