Avant Propos





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Propositions pour un nouvel événement



Si la forme festivalière présente de grands atouts pour la mise en valeur des cultures du monde, les festivals existants éprouvent des difficultés et nombre d’aspects restent encore inexplorés. Par ailleurs, la promotion des cultures du monde par les agences d’animation et les foires internationales présente des avantages non négligeables que l’approche culturelle devrait développer. C’est pourquoi nous tenterons ici d’explorer les pistes que met en exergue le présent travail pour proposer une forme qui soit susceptible de concilier les avantages de chacun et complète l’offre actuelle.
      1. Programmation artistique


Un festival généraliste…

L’une des différences les plus remarquables entre deux festivals de musiques du monde réside dans la distinction entre les festivals spécialisés et ceux à vocation généraliste. Si ces derniers contribuent au développement des échanges, de mise en valeur de la diversité culturelle, ils présentent le défaut de favoriser une sorte de zapping et une représentation assez superficielle des différentes cultures exposées. A l’inverse, les festivals thématiques répondent mieux à une demande de réelle connaissance de la culture en question. En effet, ils exposent plusieurs expressions d’un même champ culturel permettant ainsi une approche plus fine par le public des univers artistiques représentés.

Paradoxalement, nous avons constaté, grâce à l’inventaire réalisé, que le champ des aires culturelles diffusées en France reste encore restreint. Les festivals spécialisés se concentrent essentiellement sur des cultures historiquement proches de la société française (Afrique de l’Ouest, Maghreb, etc.) ou des styles musicaux supposés plus « vendeurs » (reggae, musiques latino-américaines). Très peu de festivals cherchent à sortir de cette logique en se consacrant par exemple comme le Festival Les Orientales aux musiques asiatiques. Il semble que ce pari soit risqué tant du point de vue de la demande du public que de celui des pouvoirs publics, sensibles à la notoriété et à l’actualité des artistes présentés.

Dans ce contexte, si l’on veut conserver au festival son aptitude à faire découvrir l’Autre et notamment les cultures les moins connues, il semble nécessaire de développer une approche généraliste, capable d’attirer des publics aux sensibilités diverses et susceptible de servir de pied d’appel pour la découverte de formes plus exigeantes.

A vocation thématique

Ainsi, nous nous tournons vers la conception d’un festival généraliste qui choisirait d’assigner à chaque édition la mission d’approfondir une aire culturelle en désignant un pays ou une région invitée qui donnerait lieu à une part importante des spectacles diffusés. L’idée serait d’organiser la programmation autour de deux axes : l’un diversifié autour des musiques des cinq continents, avec chaque soir de semaine consacré à l’un des continents ; l’autre proposant un éclairage particulier, un zoom sur une culture présente sur l’un des continents, et dont différentes expressions artistiques seraient présentées. Ce dernier axe serait développé le temps des week-ends.
Un festival « authentique »

Les festivals se distinguent principalement par les catégories de musiques du monde programmées. Les uns revendiquent leur « authenticité » par la diffusion de musiques « traditionnelles » du monde, les autres aspirent à présenter des approches plus « modernes », métissées. Ainsi, nous avons vu qu’ils se classent dans trois catégories : musiques traditionnelles, « World Music » ou mixtes. Si cette distinction est opérante dans la réalité des festivals, il n’en reste pas moins qu’elle s’avère inadaptée à la nature même des musiques du monde. Les cultures traditionnelles sont des cultures vivantes qui comme toute langue sont sujettes à des évolutions naturelles, au-delà du processus de commercialisation. Une musique jouée à partir d’instruments « typiques » n’est pas plus authentique que celle issue de traditions populaires et ayant intégré progressivement des influences jazz ou rock ; elles sont toutes deux le fruit d’une même culture ouverte sur le monde.

C’est pourquoi l’ambition d’authenticité trouvera écho dans un festival mêlant des musiques dites traditionnelles à des expressions plus contemporaines. Le fait de consacrer chaque édition à une aire culturelle particulière permettra de mettre en perspective les productions le plus modernes avec des éléments plus traditionnels.

Par ailleurs, il semble important que la programmation propose à égale proportion des artistes d’actualité répondant à la demande du public et d’autres méconnus, permettant aux spectateurs de voir quelque chose de connu et d’en découvrir d’autres. C’est ainsi qu’à côté de têtes d’affiche, le festival prendrait des risques sur des coups de cœur, des artistes moins diffusés. Au fur et à mesure, une confiance s’instaurerait à la fois avec les élus et le public. Un mélange des statuts, « amateurs éclairés » et professionnels, serait aussi l’occasion de rencontres et de partages qui pourraient se révéler bénéfiques pour le dynamisme du secteur.
Un festival pluridisciplinaire

Cette diversité de catégories musicales s’accompagnera d’une volonté de pluridisciplinarité des formes artistiques. Si la musique reste le champ artistique le plus présent, une approche transversale paraît essentielle. En effet, le cloisonnement des arts existant en Occident (musique, danse, théâtre, art plastique, etc.) ne s’applique pas forcément au sein des cultures extra-occidentales, et a fortiori à leurs expressions les plus traditionnelles. Ainsi, la plupart des sociétés ne distinguent en aucun cas l’expression musicale de l’expression chorégraphique. Si le public occidental est habitué à aller voir un concert pour le simple plaisir d’écouter de la musique, dans nombre de cultures la musique n’a de sens que dans l’accompagnement d’une danse, c’est le cas notamment des danses africaines toujours accompagnés par les djembés et autres balafons.

De plus, la diversité des disciplines est source d’enrichissement de la programmation et un élément de mise en perspective des musiques dans leur culture d’origine. On peut penser la programmation d’éléments chorégraphiques, théâtraux, photographiques ou cinématographiques, mais aussi ethnologiques, artisanaux, culinaires ou des jeux comme des outils de recontextualisation des musiques dans leur environnement. L’important ici est d’insister sur l’aspect festif originel des productions pour que la découverte se fasse sous l’angle du plaisir, de l’émotion et non comme un simple apport de connaissance.
Un projet collectif

Comme cela a fait la force du festival Musiques Vivantes, il semble essentiel que la programmation soit élaborée par un collectif de programmation. Si des missions de prospection sont nécessaires pour visualiser les spectacles dans leur contexte, la consultation de personnes qualifiées, sollicitées en fonction de leur centre d’intérêt sur une aire culturelle particulière (musique irlandaise, Mongolie, Afrique, etc.), est un atout dans un paysage culturel aussi vaste, où chacun ne peut se vanter de tout connaître. Des propositions venant de multiples sources (réseau des musiques du monde, ethnologues en formation, bénévoles passionnés, etc.) seraient rassemblées pour être ensuite évaluées. C’est donc bien sur une co-élaboration que chaque édition serait pensée, la décision finale revenant au directeur artistique du festival. En ce qui concerne le pays mis à l’honneur, il serait intéressant de s’attacher les services d’un chargé de mission qui serait le coordinateur de cette programmation spécifique. L’idéal serait qu’il soit spécialisé sur les expressions artistiques de cette aire culturelle et justifie de contacts avec les principaux partenaires culturels de ce pays.
Pour autant, une telle ambition nécessite d’entrer dans une logique qui dépasse la simple programmation de spectacles. En effet, pour répondre aux exigences d’une telle politique artistique, le festival ne devra plus être seulement acheteur de spectacles mais réellement initiateur de projets. Les programmateurs du festival devront développer une grande connaissance des contextes culturels des spectacles choisis, et engager un dialogue constant avec des spécialistes (ethnomusicologues, ethnoscénologues, etc.) et les artistes eux-mêmes, pour la transposition sur scène de spectacles ayant la plupart du temps une fonction sociale.
      1. Logique d’organisation



Saisonnalité et espace

L’inventaire des festivals de musiques du monde a montré que la saisonnalité et l’implantation géographique était des critères importants de différenciation. D’après les travaux de répartition, il s’avère qu’une majorité des festivals se déroule pendant la saison d’été et majoritairement en plein air. C’est pourquoi il semble intéressant pour compléter l’offre actuelle de festivals de se tourner vers une autre saisonnalité. Ainsi, nous nous tournerions volontiers vers une exploitation au printemps, prenant pour cadre les vacances de Pâques. Cela permettrait d’ouvrir la saison des festivals, ne rentrant pas ainsi en concurrence directe avec les grosses manifestations d’été. Les jours s’allongeant et l’atmosphère se réchauffant, c’est l’occasion pour le public de s’éveiller de l’Hiver aux sons et danses des cultures du monde. Pourquoi ne pas allier une programmation en salle et quelques excursions en plein air pour profiter des premiers rayons du soleil ?

Par ailleurs, s’ils sont assez bien répartis sur le territoire national, il n’en reste pas moins que certaines régions en sont moins pourvues, c’est le cas notamment de l’Est de la France et de la région parisienne, étonnamment. La création d’une structure dédiée aux cultures du monde, en projet sur la ville de Cergy-Pontoise, apparaît par exemple comme une perspective favorable pour l’implantation d’un festival. En effet, c’est une ville multiculturelle, dynamique, à la recherche d’une identité propre. Ainsi, une politique de programmation tournée vers la mise en valeur des sites présenterait ici l’avantage de répondre aux préoccupations des pouvoirs publics concernant l’image de la ville, de la région. Et comme le dit Mme Justamond des Suds à Arles, « une programmation se fait dans un contexte donné, en fonction de l’espace et du temps » : ce n’est qu’en conciliant ces trois facteurs qu’elle a alors une chance d’être pertinente.

Mais le choix pourrait se porter tout autant sur une ville des Pyrénées-Atlantiques, comme Bayonne, historiquement ouverte sur l’extérieur et riche d’un important patrimoine architectural qu’il serait intéressant de mettre en valeur. Tout dépend des partenariats développés dans ces endroits et du contexte.

Du point de vue de l’exploitation du festival, dans notre cas, la durée qui semble la plus pertinente est deux semaines avec des temps forts sur les week-ends. Ce choix résulte d’une juste appréciation des réflexions des divers responsables entretenus. Trois jours est sans doute un minimum ; un week-end ou une semaine demeurent trop courts pour instaurer une réelle relation avec le public mais aussi entre les artistes eux-mêmes et l’équipe organisatrice. Tout dépend s’il s’agit uniquement de concerts le soir ou s’il y a aussi beaucoup de choses dans la journée. En tout cas, le festival ne peut pas être en continu sinon on perd l’unité de temps. Les jours de semaine seraient consacrés aux activités périphériques (masterclasses, ateliers pédagogiques, village du festival) et concerts des cinq continents ; les week-ends dédiés au pays à l’honneur avec les spectacles des diverses disciplines représentatives de sa culture.
Une pluralité de lieux

Le festival, en ce qu’il constitue un espace modulable correspond à la structure la plus adaptée aux musiques du monde, les réflexions de Bernard Lortat-Jacob55 en attestent. S’il s’agit dans ces écrits de réfléchir à un espace permanent diffusant des formes strictement traditionnelles, dans un souci de restitution ethnographique, il n’en reste pas moins que les remarques formelles restent adaptées à celles d’un festival comme nous le définissons. Il préconise la construction d’un espace modulable, dont la forme pourrait être adaptée au plus près des conditions habituelles de jeu des artistes, où la position des spectateurs serait ajustable en fonction du spectacle proposé (assis ou debout, en cercle autour des artistes, etc.) pour assurer la pluralité des angles de vue.

Dans le cadre d’un festival urbain qui ne bénéficie pas d’un tel lieu, répondre à ces problématiques revient à investir une pluralité de lieux et d’espaces de diffusion qui seraient choisis en fonction de la nature même du spectacle proposé. Ainsi, il peut être préférable de présenter une formation de jazz turc dans un lieu du type boîte de jazz plutôt que dans une salle de concert classique ; ou pour un spectacle de tradition rurale comme les contes d’un griot africain, aménager un espace ouvert, en extérieur comme un parc.
Il ne s’agit en aucun cas de proposer des reconstitutions, forcément imparfaites, là n’est pas l’objet, mais de s’approcher au mieux de l’esprit du lieu d’origine en tentant de discerner ce qui fait le plus sens au regard de la réalité culturelle du spectacle proposé.

Mais comme le souligne à juste titre M. Lortat-Jacob, accueillir des spectacles de ce type dans des lieux qui n’y sont pas dédiés nécessite d’insister sur la spécificité des dispositifs techniques (son et lumière). C’est pourquoi il est important d’apporter une attention particulière à l’équipe de techniciens que l’on recrute. Il faut qu’ils aient l’expérience de la sonorisation de tels spectacles, ou du moins qu’ils aient la sensibilité nécessaire et soient polyvalents.
Pédagogie et résidences

Pour que le festival ait un ancrage et un impact réel sur son territoire, il est essentiel que l’équipe organisatrice développe un travail à l’année. Il consisterait notamment en la programmation de quelques spectacles de préfiguration de l’édition suivante comme une sensibilisation, mais aussi la mise en place d’actions pédagogiques auprès des écoles, des services jeunesse, des conservatoires, des artistes amateurs, etc. Cela prendrait la forme d’ateliers de pratique, de rencontres et de projets de création avec des artistes, en vue pourquoi pas d’une restitution pendant le festival.

De plus, ce qui semble le plus important pour soutenir le dynamisme du secteur des cultures du monde c’est le développement d’une véritable politique de résidences qui permettrait d’offrir aux créateurs un environnement professionnel de qualité et les conditions idéales pour la réalisation de leurs projets. Les « résidences », si elles ne constituent pas la panacée, apparaissent comme une des solutions les mieux adaptées à la création en musiques et danses traditionnelles. D’autant plus que ces genres artistiques se prêtent à merveille à toutes les activités et interventions périphériques dont nous parlions précédemment, à savoir interventions diverses, accompagnement des pratiques amateurs, montage de projets collectifs, concerts et animations scolaires...

Dans ce contexte, le festival représenterait le « point d’orgue » d’une année de travail, un rendez-vous identifié qui mettrait en avant le dynamisme de la permanence. C’est le moment, le lieu de la découverte, un temps privilégié. Son intérêt, c’est cette sorte de bouillonnement qui peut susciter l’envie d’aller plus loin dans la découverte. Or, pour pouvoir allier permanence et événementiel, rien ne vaut l’appui d’une structure établie avec un lieu d’accueil.
C’est pourquoi le projet d’un espace des cultures du monde à Cergy-Pontoise est intéressant car il permettrait d’allier un budget de structure qui prendrait en charge les frais afférents aux activités développées à l’année, et un budget d’activité dédié à la mise en oeuvre du festival.

Un budget maîtrisé

Les moyens financiers des festivals représentent la bête noire mais pourtant le pilier de toutes les activités développées. C’est pourquoi il n’est pas envisageable de concevoir un événement sans réfléchir en amont à la mise en place d’une recherche de financements efficace, ce qui nécessite la création d’un poste important, à savoir celui de chargé de production. Lui seul a les compétences requises pour mener à bien les demandes de subventions et développer le mécénat privé, ce qui demande un temps de travail très important. Or, comme nous l’avons vu plus tôt, multiplier les sources de financement (public et privé) permet d’équilibrer un budget et de garantir une indépendance d’action, l’économie ne doit donc pas être réalisée sur ce poste.

Qui dit diversité des ressources, dit aussi gestion et suivi de celles-ci, rôle d’un administrateur. Dans une structure en création, embaucher en même temps un administrateur et un chargé de production grèverait énormément le budget. Ainsi, il peut être intéressant d’employer dans un premier temps un chargé de production polyvalent, qui puisse prendre en charge la recherche de financements, la gestion du budget et la comptabilité, pour par la suite lorsque la structure se développe le décharger par l’embauche d’un administrateur.
Evolution en termes de relations publiques et de communication

Comme nous l’avons constaté, la communication et le marketing sont les parents pauvres dans la diffusion des cultures du monde, la sous-médiatisation de celles-ci en est la stricte conséquence. Pour se développer et aider à la diffusion des artistes, un festival a donc besoin de se faire connaître auprès des publics mais aussi des médias. Il est alors nécessaire de se professionnaliser en terme de communication pour bénéficier d’une couverture presse et toucher un maximum de personnes. Pour cela, une réelle réflexion doit être engagée pour définir un discours et élaborer un plan de communication adapté aux objectifs du festival. Un chargé de communication se révèle indispensable car il a les aptitudes pour la réalisation et la diffusion des supports de communication mais aussi pour assurer les relations avec la presse et les partenaires. Une bonne communication ne nécessite pas forcément beaucoup de moyens, surtout si elle est bien ciblée et mise en œuvre.
L’important ici est de connaître le milieu des musiques du monde afin d’optimiser ses démarches, mais aussi pour bénéficier de son effet réseau.

En ce qui concerne les relations publiques, il faut développer une vraie stratégie de prospection basée sur une logique thématique pour identifier les différents types de publics à cibler. En lien avec la programmation, une recherche serait effectuée sur des réseaux de publics ciblés en relation avec les différentes aires culturelles abordées par les spectacles. Cette prospection peut donner lieu à la mise en place de mailing, de partenariats et de politiques tarifaires adaptées afin de toucher différents publics. Réussir à intégrer un réseau est le meilleur moyen pour bénéficier d’un bon relais auprès des associations et publics, qui réagissent pour la plupart en bloc aux propositions extérieures, surtout en ce qui concerne les communautés culturelles.

Une dimension supplémentaire : le développement durable

En tant qu’initiateur de projets, le festival, contrairement à la réalité dominante actuelle, devra entreprendre un effort de production de spectacles nouveaux adaptés à ses impératifs (lieux, déroulement, etc.). Mais il devra également préserver la possibilité, qui est une nécessité économique, de permettre à ces productions d’être diffusées dans d’autres contextes. En ce sens, les liens entre les structures de diffusion des musiques du monde devront être renforcés. C’est pour cela que le festival doit être conçu dans des relations de réseau. Compte tenu de la faible médiatisation des cultures du monde, il est indispensable d’entretenir une dynamique de réseau qui permette de pallier à cela, pour permettre aux artistes de s’insérer dans un circuit et d’être autonomes. La création d’un spectacle dans le cadre de résidences ou l’invitation d’artistes méconnus serait alors l’occasion d’organiser une tournée dans divers festivals partenaires, permettant par là-même de réduire les coûts de production. Cela touche donc à la notion de développement durable, l’exemplarité résidant dans le suivi des artistes soutenus le long de leur parcours. Par ailleurs, au-delà du simple hexagone, on pourrait développer une démarche de coopération internationale avec des manifestations similaires, ce qui ajouterait une dimension d’ouverture et d’échange, surtout dans le contexte actuel de la fermeture des frontières.

La notion de développement durable peut nous amener aussi vers une démarche équitable comme celle développée dans le festival Musiques Vivantes.L’idée d’équité guide toutes les relations qu’entretient le festival que ce soit avec les artistes, le public ou les musiques. Comme nous l’avons souligné plus tôt, on met en avant une répartition égalitaire
des différents répertoires, un traitement équitable des artistes notamment à travers le respect méticuleux du droit du travail, et enfin, des rapports de collaboration et de convivialité avec les publics. Mais cette démarche peut s’accompagner d’un élargissement vers ce qui touche le commerce et le tourisme équitable. En effet, dans le cadre d’un événement qui revendique à la fois la pluralité des formes artistiques et culturelles et la notion de coopération, il semble important d’aller au bout de ces choix et dépasser la simple dimension artistique pour revêtir un caractère engagé vers une autre économie. Le Village du festival représenterait l’endroit idéal pour mettre en avant ces activités, sur le modèle des espaces créés pour les foires internationales.
      1. Politique des publics



Si la logique artistique et culturelle nous conduit à concevoir un festival tourné vers une pluralité des origines culturelles, des types de musiques présentées ou encore des lieux choisis, il reste à définir le rapport au public souhaité, ce qui détermine en fait la nature même du festival. En effet, suivant la politique adoptée au niveau des tarifs, des activités de médiation ou des rapports entretenus avec les partenaires locaux, le festival constituera un événement convivial, familial, festif ou bien plus intimiste voire élitiste… Ce sont donc des choix très importants dans la définition du projet.
Une politique tarifaire attractive

La difficulté que pose ce type d’organisation concerne la multiplication de spectacles relativement autonomes, et donc l’établissement d’une politique tarifaire globale et attractive. Nous avons pourtant constaté l’intérêt que présente un festival à « billetterie unique » dans sa capacité à utiliser certains spectacles plus « vendeurs » comme pied d’appel à des formes plus exigeantes ou moins connues. Dès lors, l’accent mis, dans notre cas, sur les week-ends dédiés à une aire culturelle permettrait de développer un système de passeport à la journée. Ce dernier donnerait accès à toutes les manifestations (théâtre, danse, musique, lectures, ateliers, etc.) du jour, ce qui renforcerait la perception d’une culture à travers tous ses aspects. Sur l’exemple du festival Musiques Vivantes, ce « pass » pourrait être vendu comme un bon de soutien, en prévente, notamment par un public de connaisseurs qui seraient « diffuseurs auprès de leur réseau de connaissances ». Il serait majoré en vente sur place.
Car comme le souligne M. Hélard, le système de billetterie par « le bon de soutien est vraiment ce qu’il y a d’important pour monter l’événement, moyen par lequel on va pouvoir fidéliser un public »56. C’est aussi le moyen de créer un réseau de contacts pour le festival mais également pendant l’année.

Par ailleurs, un choix doit être fait concernant l’éventuelle gratuité de certains spectacles. Or, dans le cadre du débat sur la gratuité, on se rend bien compte que la gratuité des musées n’amène pas forcément plus de visiteurs. Il y a un vrai travail d’éducation du public que la gratuité ne remplace pas. Même des prix réduits sont parfois préférables. Un jeu pourrait être alors instauré entre les activités payantes et gratuites, suivant l’implantation et le rythme du festival. Pourquoi ne pas organiser les soirées en trois temps ? Des concerts gratuits en début de soirée (18h), le concert phare et payant (maximum 10€) vers 21h suivi d’une after. Les concerts gratuits auraient lieu en extérieur en différents endroits de la ville (places, marché couvert, squares, etc.), les concerts payants dans des lieux identifiés comme salles de spectacle, et les afters se dérouleraient chaque soir dans un même lieu équipé d’un parquet de bal. Un passeport semaine pourrait être également pensé, permettant d’assister à cinq concerts librement répartis sur les deux semaines du festival. Cela inciterait le public à découvrir d’autres esthétiques musicales.

Enfin, concernant les activités périphériques, une distinction serait faite entre les rencontres avec les artistes, gratuites, et les stages et ateliers proposés à des tarifs modiques.
Un gage de réussite : la participation du public

Si beaucoup de manifestations culturelles ou commerciales (agences événementielles ou foires internationales) s’enorgueillissent d’une grosse fréquentation du public, il n’en reste pas moins qu’un festival tourné vers les cultures du monde a pour vocation l’ouverture, l’échange et le respect de l’Autre. C’est pourquoi il est important de créer du lien avec le public, notamment car un musicien a besoin du public. A nouveau suivant les dires du responsable du Festival des Musiques Vivantes, le fondement d’un festival c’est la participation du public, pour qu’il ne soit pas seulement consommateur. Or, cette implication du public peut être recherchée à deux niveaux : en amont, dans l’organisation même du festival ou pendant son déroulement par la participation aux activités périphériques.
Ainsi, l’implication en amont peut revêtir différentes formes.

Sur l’exemple du Festival de Martigues, il serait intéressant d’organiser l’hébergement des artistes au sein de familles d’accueil volontaires dans l’agglomération, ce qui rendrait possible une véritable rencontre interculturelle et l’appropriation du festival par les habitants. De plus, cela limiterait les coûts de logistique permettant de prolonger le séjour des artistes et donc les possibilités d’intervention auprès du public et de rencontres avec les autres artistes. Par ailleurs, il semble important d’inclure les associations locales, notamment celles liées aux minorités culturelles du territoire, dans le processus de programmation et de réalisation des activités périphériques. Rien de plus enrichissant et valorisant pour une association de maliens que la possibilité de partager son savoir-faire et ses richesses culinaires à travers la préparation de repas typiques vendus sur le village du festival ou l’animation d’ateliers de cuisine. Mais ce peut être également le collectage de témoignages, de contes, de photos auprès des habitants originaires de la culture mise à l’honneur afin de réaliser une exposition, des rencontres « à visage humain ». Autant de façons de rendre les publics potentiels actifs tout en répondant à une demande politique d’outils d’intégration et de conscience citoyenne.

Pendant le festival, le concours du public se manifesterait par sa participation aux bals organisés dans le cadre des afters en semaine et en après-midi les week-ends ; et sa présence aux différents ateliers et stages proposés (danse, chant, musique, calligraphie, cuisine, arts décoratifs, etc.). Cette approche révèle aussi la prise en compte d’une multiplicité de publics puisque, nous l’avons constaté, il y a un public d’amateurs attiré principalement par la pratique artistique, par exemple de la danse lors des bals ; un public spécialisé venant pour voir un artiste en particulier et en découvrir d’autres ; mais également le public local qui vient car il habite à proximité et sait qu’il va pouvoir voir des choses sympas. Ces derniers ne se préoccupent pas tellement de savoir précisément quel groupe ils viennent voir, ils veulent profiter de l’ambiance festive et conviviale.
Des actions de sensibilisation

Les cultures du monde restant très peu médiatisées pour le moment, il paraît nécessaire d’aller au devant des publics afin d’attiser leur curiosité. Ainsi, des actions de sensibilisation peuvent être mises en place en avant-première des spectacles du soir ou des jours à venir pour développer les achats de billets en dernière minute. L’utilisation de lieux de vie habituels du public représente un intérêt certain pour ce type d’intervention car cela permet de toucher un maximum de gens et de désacraliser la démarche artistique.

On peut imaginer l’apparition d’un batuco capverdien en matinée sur la place du marché ou la déambulation d’une fanfare tzigane en après-midi dans les rues commerçantes de la ville.

De la même manière, les spectacles payants de soirée pourraient faire l’objet de répétitions publiques. Donnant à voir un aperçu de la prestation, cela pourrait amener le public à acheter une place pour le soir même afin d’assister à la représentation dans son intégralité (son, lumière, décors et costumes).

Au delà, pour aller à la rencontre des publics, différents types de rendez-vous peuvent être organisés. Dans un souci de sensibiliser le plus grand nombre aux cultures du monde, mais aussi de former le jeune public, un programme d’actions à destination des scolaires, des amateurs mais aussi du grand public peut être proposé. Outre une sensibilisation en amont des concerts, ces moments favorisent aussi une implantation locale forte et un engagement des partenaires au delà des concerts. La masterclasse est un moment privilégié qui permet la rencontre entre un artiste et le public amateur. Elle est l’occasion de bénéficier de l’enseignement d’un professionnel. Ces temps forts peuvent se décliner autour de la pratique instrumentale ou vocale. La rencontre est également précieuse car elle donne l’occasion d’apporter un éclairage nouveau, d’expliquer des choix artistiques ou tout simplement de donner des clés de compréhension du spectacle en question (fonction sociale de la forme, explication des codes culturels, etc.). Généralement organisées avant le concert, ces actions ont pour vocation de fidéliser un public déjà amateur et d’attirer un public nouveau.

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