Avant Propos





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1 Etat des lieux



Ainsi, il apparaît nécessaire, pour analyser la réalité de la diffusion des cultures du monde à travers l’événementiel, dans l’hexagone, de se pencher sur une description, aussi fidèle que possible, de cette réalité. Nous verrons qu’elle est multiple, voguant entre divers paradoxes inhérent à ses problématiques propres.

0.1Un champ culturel vaste, à cerner




0.1.1Que recoupe l’expression « cultures du monde » en France ?



Il est important avant tout autre chose de s’arrêter sur le sens que l’on donne à cette expression, fruit de notre propre vision du monde. Et d’abord par ce mot « culture(s) » qui d’une personne à l’autre ne revête pas les mêmes dimensions : parfois confondue avec « éducation », là associée à des rites, des représentations chaque fois différentes selon les groupes humains (définition selon un ethnologue), ou bien identifiée à l’univers mental d’une société en tant que civilisation.

Ici, nous prendrons comme repère la définition qu’en donne Jean Duvignaud2 : « Des divers sens du mot « culture », retenons celui qui en appelle aux figures, aux spectacles, aux formes que les peuples inventent pour dialoguer avec la vie, la mort, le désir, le sacré, ou les individus leurs utopies personnelles. ». Car cette définition rejoint complètement l’axe d’analyse que nous souhaitons aborder, à savoir les arts vivants, en ce qu’ils sont révélateurs du dynamisme et de l’existence des peuples, comme Jean Duvignaud le dit encore :

« exister, c’est représenter ».
S’il n’est pas aisé de cerner le concept de « culture », il est encore plus difficile d’approcher ce que désigne l’expression « cultures du monde », aussi appelées « cultures étrangères ». Qu’est ce qu’une culture du monde ? Où commence et où s’arrête la notion d’étranger ? Une culture étrangère ne l’est-elle pas par rapport à soi, à une aire culturelle donnée? Pour un occidental, sera étrangère toute culture extra-occidentale. Et même au sein de la France, multiculturelle par excellence, les cultures régionales (basques, bretonnes, occitanes,…) ou immigrantes paraissent étrangères aux français non issus de ces cultures. Dès lors, quelles limites observer dans une étude sur les cultures du monde ?

Le choix se fait ici d’après l’identité que l’on souhaite endosser : en tant qu’européen, seront étrangères toutes les cultures extra-européennes ; mais dans cette étude, nous retiendrons comme aire géographique, la France. Seront alors considérées comme faisant partie des « cultures du monde » les expressions artistiques portugaises par exemple, aussi bien que balinaises ou orientales.

Par ailleurs, aucune discrimination n’est faite concernant leurs modes d'expression ou leur milieu d'origine : profane ou sacrée, savante ou populaire, professionnelle ou non-professionnelle, lettrée ou orale, traditionnelle ou contemporaine, toute manifestation étrangère relève de la culture de l’Autre et mérite donc l’intérêt.

Enfin, étudier les cultures du monde sous l’angle artistique c’est étudier toutes les formes d’expression, tous les aspects de ces cultures : des formes rituelles, théâtrales, musicales à l’art culinaire ou cinématographique en passant par l’artisanat.
Nous verrons au travers de cette étude que les festivals de cultures du monde existant actuellement en France choisissent, dans l’étendue de ce champ culturel, d’explorer telle ou telle culture, une ou plusieurs disciplines artistiques, décidant par la même de défendre leur propre vision du monde.

0.1.2Historique et raisons du phénomène



Si l’on fait un point d’histoire, il n’est pas surprenant qu’aujourd’hui, plus de 350 structures publiques et privées s’attachent dans notre pays, à cette mission d’accueil des cultures du monde. Car comme le dit Chérif Khaznadar3 : « C’est en France, que les créateurs du monde trouvent admiration, compréhension, soutien et, si besoin est, asile. C’est en France le pays dont la culture a si longtemps rayonné sur le monde, que les autres cultures peuvent se rencontrer, s’exposer, se féconder ».

La France est, depuis toujours, à la croisée des grands mouvements intellectuels et artistiques qui ont façonné et ponctué la vie culturelle. De toute l’Europe, des confins de l’Asie, se sont, au cours des siècles, succédées des visites et des résidences qui ont provoqué des échanges et des rencontres toujours enrichissantes. Le Nouveau Monde n’a pas tardé à se joindre à cette dynamique, à laquelle sont associées aujourd’hui toutes les régions du monde.

Ces échanges ont eu un double effet : enrichir la créativité française et offrir une scène permanente à la diversité des expressions culturelles dans le monde.
L’Histoire des cultures du monde en France s’apparente aussi largement à l’Histoire de l’expression universelle qui s’y rapporte, à savoir la musique et les musiques du monde plus particulièrement.
On note d’abord un essor de ces musiques avant l’émergence de festivals dédiés à ces cultures. C’est la prise de conscience du multiculturalisme de la France au début du XIXe siècle qui permit par la suite de porter un regard plus complexifié sur l’étranger, l’évolution du mouvement folkloriste en témoigne. En effet, c’est à cette période qu’un vif intérêt pour les mœurs et coutumes régionales commence à se manifester. La reconnaissance de la valeur des cultures régionales conduit même la République à lancer un vaste recensement de leurs traditions orales.

Le XXe siècle marque « la fin des terroirs » et l’inscription d’une action dans un cadre plus large, international. Un des premiers festivals cosmopolites, celui de Nice en 1930, se qualifie même de « fête des provinces françaises et du folklore international ». Par ailleurs, les expositions universelles et coloniales permirent aux visiteurs de découvrir des formes rituelles, théâtrales et musicales jusqu’alors inconnues, le public devinant derrière ces représentations d’autres mondes culturels. Et si ces découvertes suscitent dès lors l’émerveillement et la curiosité, ce sont aussi les prémices de maux tels que la xénophobie, le racisme, et le frileux repli sur soi, fruits de l’interrogation et de l’incompréhension. Mais « Peu importe, la porte de l’ailleurs est désormais ouverte à tous. Même si la démarche coloniale apparaît avec une forte arrogance. »4 .

Au-delà de l’enceinte nationale, c’est aussi l’échange inégal Nord-Sud et le mouvement des indépendances des années 60 qui favorisèrent l’impact des cultures « extra-européennes ». En effet, les Etats nouveaux affirmèrent leurs jeunes nationalismes en exportant leurs arts, leurs représentations, obligeant l’occidental à réviser sa propre vision de l’« indigène ». Or, ce mouvement sera relayé par l’énergie de passionnés curieux des autres.
Les premiers festivals de musiques du monde apparaissent dès les années 70 : Claude Panson, le théâtre des Nations et son université, Jack Lang et le théâtre de Nancy, Michel Guy et le Festival d’Automne à Paris, Chérif Khaznadar et la maison de la culture de Rennes ont ainsi construit les fondations de l’accueil d’artistes venus du monde entier. Un ensemble de musiciens, de studios, de scènes (Printemps de Bourges, Musiques Métisses d’Angoulême, Nuits blanches pour la musique noire, etc.) et de labels conduisent la France à devenir une des plaques tournantes de la diffusion de ces cultures.
Au fil des décennies, le monde des arts plastiques, du septième art, de la littérature sont entrés dans la danse. Même si le contexte économique et politique crée peurs et nationalismes, les exemples se multiplient et confirment l’attention toujours croissante des Français pour toutes les cultures. Quelle que soit la discipline, des grandes traditions arabes, chinoises ou indiennes aux créations contemporaines occidentales, des œuvres classiques aux pièces rares, des lieux, de plus en plus nombreux au fil des ans, accueillent dans un large panorama les expressions les plus diverses… 
La question qui se pose alors porte sur les raisons d’un tel succès des festivals.

Il semblerait, d’après Philippe Gouttes, que l’engouement pour cette forme de diffusion culturelle soit le fruit des multiples bouleversements que traverse la France de l’après-guerre. La nouveauté du concept « festival » apporte une dimension événementielle, festive et populaire à la diffusion du spectacle qui ravit tout autant le public, les artistes, les journalistes, les professionnels du spectacle et les représentants des pouvoirs publics.

Le mouvement de décentralisation culturelle qui opère au même moment sur les initiatives de Jean Vilar et du festival d’Avignon donne également à cette forme de diffusion un impact concret en région. Il redonne aux régions une actualité artistique, et l’envie aux artistes d’être en contact direct avec le public, celui-ci ayant alors l’occasion de voir les artistes qu’il aime. Les déplacements saisonniers des spectateurs, surtout en période estivale, incitent les villes à favoriser le développement d’un tourisme culturel, le festival devient une sorte de vitrine culturelle. Chaque monument historique, chaque château se transforme en lieu de spectacles… « La décentralisation permet, au delà d’une pensée unique centralisée, d’envisager autre chose pour le public provincial. L’abolition de barrières entre Paris et la province favorise la curiosité des publics français issus d’histoires et de parcours si différents. »5

Même si les cultures du monde et leurs musiques ont gagné assez tardivement leur droit de cité aux côtés du jazz et de la musique classique, le succès rencontré par quelques artistes étrangers comme Salif Keita, et la passion de convertis gagnent peu à peu le public. Aujourd’hui, les musiques du monde sont programmées par nombre de festivals, qu’ils soient pluridisciplinaires, déjà engagés dans la musique, axés sur le théâtre, la musique classique ou la littérature.
Les festivals spécialisés dans toutes ou dans certaines cultures étrangères se sont multipliés.

Quelques grands exemples anciens méritent d’être cités :

  • le Festival international d’art dramatique de Paris créé en 1954 et transformé en

Théâtre des nations en 1957

  • le Festival de Nancy (1960)

  • le Festival des Arts traditionnels de Rennes (1974)

Ces trois festivals ont désormais disparu mais de nombreux autres ont pris le relais :

  • le festival Passages de Nancy (1996) sur le théâtre de l’Est de l’Europe

  • le festival Exit de Créteil (1994)

  • le festival international du livre Etonnants voyageurs (1990)

Mais aussi les très nombreux festivals cinématographiques consacrés à un pays ou une région. Ce succès atteste sans doute de l’engouement que rencontrent les cultures du monde, en écho à la mondialisation culturelle, au déracinement et au métissage.
La présence des cultures étrangères en France entre les années 70 et aujourd’hui a profondément changé. Certes, le regard sur le monde et en particulier vers le Sud existait mais demeurait rare. Au fil des années, la France a accru sa diversité d’accueil. Alain Crombecque l’explique entre autres par la demande qui existe : « pas par goût de l’exotisme, mais bien par une nécessité intérieure »6.

0.1.3Les cultures du monde et leurs publics



La question du public des cultures du monde est une question clé mais néanmoins à relativiser. Peut-on réellement dégager un (des) profil(s) d’un public converti ou susceptible d’être intéressé par ce genre de spectacle ? Le problème est qu’ils sont multiples et de moins en moins exclusifs. Doit-on dès lors considérer une élite, seule apte à recevoir et comprendre les musiques étranges venues d’ailleurs ? Ou bien viser le plus grand nombre ?
Si l’on considère les festivals de cultures du monde dans leur périmètre le plus large, ils rassemblent aujourd’hui un public tout aussi large, flou et diversifié. Le public de connaisseurs, de convertis, issu la plupart du temps de la région parisienne, où l’offre est plus importante, côtoie un « grand public » qui réagit souvent guidé avant tout par l’émotion.
Car les musiques du monde ont justement le mérite de développer la curiosité, l’ouverture intellectuelle et le besoin d’échange. La recherche d’exotisme des décennies passées s’est ainsi transformée, grâce au travail d’hommes et de femmes passionnés, en un désir de rencontre. 
Dans tous les cas, il est certains que « les publics diffèrent selon le créneau que l’on cherche à atteindre »7. En effet, on constate une réelle différence par exemple entre le public du Festival de l’Imaginaire à Paris, et celui Des Suds à Arles. Cette différence résulte tout simplement de deux événements à vocation différente : le premier définit sa politique de programmation sur « l'exploration, la découverte et la révélation » grâce à un travail de recherche et de défrichage des formes d'expression les moins connues ou les plus rares ; le second a pour but de représenter « l’essence des musiques populaires, de proximité »8 dans un registre mixte de musiques traditionnelles et world. C’est donc tout naturellement que le Festival de l’Imaginaire attire en majorité un public de connaisseurs avides de découvertes, donc un peu élitiste et intimiste, alors que Les Suds, plus festif, convie un public plus large, jeune et populaire, mais auquel les connaisseurs peuvent tout autant s’identifier. Ce mélange des publics se retrouve dans plusieurs festivals à vocation généraliste et populaire, c’est le cas des Nuits Atypiques de Langon, dont le directeur affirme qu’« il y a un public de connaisseurs et de curieux ».

Fait plus marquant, le festival Les Orientales de St-Florent-le-Vieil est fier de pouvoir compter sur un public fidèle, mélange d’un public élitiste parisien et d’un public local populaire, et ce, en garantissant un discours artistique exigeant, à vocation spécialiste. A chacun son secret…

Mais une différence de public se constate également lorsque l’on élargit le champ d’expression des cultures du monde au-delà du simple culturel. Ainsi un événement de masse comme une foire internationale, mettant un pays et sa culture à l’honneur, dénombre souvent un très grand chiffre de fréquentation. La question qui se pose est de savoir comment, dans le cadre d’un événement culturel, réussir à élargir son public en prenant en compte les atouts d’un événement de masse comme une foire, sans perdre pour autant la qualité artistique. Nous tenterons d’y répondre par la suite.

Publics visés et politique tarifaire sont également intimement liés. Comme le souligne la directrice des Suds à Arles, « tout dépend du public que l’on souhaite et donc des objectifs de l’événement »9. Dans leur cas, ils ont pu observer que plus la politique tarifaire était basse, plus le public était jeune et populaire (mais classe moyenne) ; quand les concerts sont gratuits le public est résolument populaire mais diversifié. Les publics diffèrent donc suivant la politique tarifaire mise en place. Mais, plus largement, dans le cadre du débat sur la gratuité, on se rend bien compte que la gratuité des musées n’amène pas forcément plus de visiteurs. Des prix réduits sont parfois préférables. Il s’agit alors de faire un « savant mélange entre la gratuité et le payant »10 afin de prendre en compte à la fois un public averti et les curieux.

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