Etude d’un corpus «complet», narratif et thématique, de la Révolution française





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date de publication21.05.2017
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L’image révolutionnaire : les gouaches de Lesueur, musée Carnavalet

Proposition de Carol Zimmermann
Niveau 4eme, nouveaux programmes 2008

Analyse de la séquence en Histoire / Histoire des arts
en Histoire

II - LA REVOLUTION ET L’EMPIRE (8 à 10 h)

Thème 1 – les temps forts de la Révolution (3 h)

connaissances

démarches

capacités


L’accent est mis sur 3 moments :

-1789-1791 : l’affirmation souveraineté populaire, égalité juridique, libertés individuelles

-1792-1794 : la République, la guerre et la Terreur

-1799-1804 : du Consulat à l’Empire


L’étude concentre le récit sur un petit nombre d’événements et de grandes figures à l’aide d’images (gouaches de Lesueur) afin de mettre en évidence les ruptures avec l’ordre ancien.

Connaître et utiliser les repères suivants :

Révolution : 1798-1799

Prise de la Bastille : 14 juillet 1798

DDHC : août 1789

Proclamation République : sept 1792

Consulat et Empire : 1799-1815

Raconter et expliquer :

l’importance de qq événements

Thème 2 – les fondations d’une France nouvelle pendant la Révolution et l’Empire (3 h)

connaissances

démarches

capacités



Les fondations politiques, économiques, sociales et culturelles d’une France nouvelle

Une étude au choix :

-l’invention de la vie politique

-le peuple dans la Révolution

-la Révolution et les femmes

-la Révolution, l’Empire et les religions

-la Révolution, l’Empire et la guerre


Raconter des événements, des épisodes de la vie d’acteurs révolutionnaires (h et f), des prises de décision

expliquer leurs enjeux et leur importance historique.


en Histoire des arts

Domaine artistique : « art du visuel ».

Thématique : « Arts, créations, cultures », l’œuvre d’art et ses formes populaires (imagerie populaire)

Etude d’un corpus « complet », narratif et thématique, de la Révolution française :

Nouvelles hypothèses sur l’auteur, l’utilisation des gouaches, les fonctions (théâtre miniature ? petit »musée » ?). Lesueur : les opinions d’un modéré ?

L’intérêt artistique et historique : qualités esthétiques, « chronique » de la Révolution ?

Les thèmes privilégiés : les sans-culottes, le fait militaire, la place des femmes
Bibliographie 

Michel Vovelle, « la Révolution française, images et récit », Paris 1986.

Philippe de Carbonnières « Les gouaches révolutionnaires de Lesueur au musée Carnavalet », article des Annales historiques de la Révolution française, 343, janvier-mars 2006, mis en ligne le 01 mars 2009.

Philippe de Carbonnières, « Lesueur, gouaches révolutionnaires ». Collections du musée Carnavalet, Paris, Edenic, 2005. Très beau livre avec toutes les reproductions des 64 gouaches du musée Carnavalet.

Ressources numériques :

Carmagnole-liberté : site d’une association, consacré à la Révolution, nombreuses gouaches numérisées.

Ministère de la culture, base Joconde pour les fiches détaillées de chaque gouache (avec le texte des vignettes). Le site du musée Carnavalet (salle des gouaches en 360°).

Etude cognitive des gouaches révolutionnaires de Lesueur
Les gouaches découpées de Lesueur sont familières à tous les enseignants : elles ont été maintes fois reproduites dans les manuels scolaires afin d’illustrer la Révolution française, mais leur utilisation n’a que rarement dépassée l’usage purement illustratif de cette période riche en événements fondateurs et en acteurs passionnants. Cette série unique allant de 1789 à 1807, sorte de journal en images dont l’ampleur laisse deviner une fonction publique, reflète l’enthousiasme et la réprobation de la petite bourgeoisie parisienne en Révolution. Avec un sens de la couleur et de la composition d’une savoureuse vivacité, ces images une qualité esthétique particulière sont un témoignage précieux et… ludique de la Révolution.

Cette étude propose, à partir des récentes recherches, une démarche globale, historique et artistique, centrée sur les deux premiers thèmes de la Révolution en classe de 4eme. (diapo 1, 2, 3 avec page 1)


  1. Une collection unique


Le corpus (diapo 6)

On connaît depuis plus d’un siècle cet ensemble unique de gouaches découpées consacrées à la Révolution.

Pas moins de 94 images constituent cette collection unique, dont 83 nous sont connues. Conservées par la famille Bidault de l’Isle qui en avait hérité au XIX e siècle, elles entrent par dation au musée du Louvre qui les remit à Carnavalet (à ce jour 64 images conservées dans une salle spéciale du musée sans lumière naturelle, 19 appartiennent à des collections privées). Mais qu’il s’agisse d’événements, de personnalités ou de thèmes, un grand nombre d’entre elles manquent encore (Serment du Jeu de Paume, Prise de la Bastille, mort de Louis XVI) : comment expliquer ces manques, pas moins de 11, sans aucune manifestation de leur existence malgré leur renommée? Certainement pas des silences donc, mais plutôt par des disparitions à la suite de partage, d’usure, certaines ayant été plus exposées que d’autres. Cela pose bien évidemment la question de leur usage…
L’auteur (diapo 7)

Longtemps attribuées aux « frères Lesueur » (Pierre-Etienne, un paysagiste et Jacques-Philippe, un sculpteur), voire même à Eustache Le Sueur le grand peintre du XVIIe siècle, on peut maintenant en douter tant leur spécialité était éloignée de l’imagerie populaire. Par une enquête minutieuse concernant la famille héritière et leur immeuble de résidence à Paris, Philippe de Carbonnières propose l’hypothèse que les gouaches sont de Jean-Baptiste Lesueur, peintre ayant occupé des fonctions municipales pendant la Révolution, et qui résida avec deux frères et deux sœurs dans cet immeuble entre 1749 et 1826. L’Almanach de l’An XII le qualifie de « peintre de figures de genre historique et de décors », et non de « peintre d’histoire » comme on qualifiait alors le « grand genre ». Nous sommes donc sans doute en présence d’une production « artisanale » au sein d’une même famille d’imagiers.

Un travail d’équipe peut-être, ce que trahit la réalisation de quelques gouaches qui semblent d’une autre facture et les vignettes collées plus tardivement sous les gouaches, avec différentes écritures et des opinions discordantes.
La datation de la série (diapo 8)

Elle ne semble pourtant pas « tardive » comme l’usage de l’imparfait dans les textes et le décalage de ton l’ont longtemps laissé supposer. Comme la plupart des imagiers de la Révolution, Lesueur suit la Révolution de près (Vovelle parle de  « journal coloré ») : les gouaches donnent une image proche et enthousiaste des événements comme la mobilisation populaire de juillet 1789, l’enthousiasme militaire de la Patrie en danger ou l’allégeance à Bonaparte. Le costume permet de dater précisément les gouaches : ainsi aucun détail ne trahit les uniformes napoléoniens, ce qui était pourtant courant (par ex : bicorne d’un fantassin de 1806 alors que le shako, adopté en 1807, est systématiquement reproduit par la suite). Les gouaches sont donc bien contemporaines des événements qu’elles montrent. Ce n’est que plus tard qu’elles seront découpées et collées sur fond bleu avec les petits cartels explicatifs les accompagnants.


  1. Le choix des gouaches (diapo 9)

Leur conception matérielle :

Dès l’origine les petits personnages ont été conçus pour être découpés. Scènes et personnages ont été dessinés sur un carton de feuilles collées et tassées (2 mm d’épaisseur), puis soigneusement découpés et coloriés à la gouache (peinture déborde sur la tranche). Les personnages sont d’une hauteur d’environ 17 cm. Ce n’est que plus tard que les gouaches seront collées sur un fonds bleu. Leur taille varie peu (H : 36, L : 53.5).

On pense à la tradition germanique qui se répand à la fin du XVIIIe siècle, de petits soldats découpés comme le seront par la suite les images d’Epinal. L’hypothèse d’un vaste « jouet » semble pourtant peu crédible : soluble à l’eau, elles n’auraient pas tenu longtemps manipulées par des mains d’enfants ! Sont-elles alors un projet, destinées à être ensuite gravées ? Aucune ne nous est parvenue… seule chose sûre : la trace de colle au dos suggérant l’utilisation d’une baguette. Se pose alors la question de leur fonction.
Théâtre miniature ou petit « musée » ? (diapo 10)

Une lanterne magique ?

Le goût du public était très fort pour les théâtres de rue : avec une alphabétisation faible, les journaux étaient écoutés plutôt que lus, et la contemplation d’images le plus souvent collective. Moyennant un sou, les curieux s’approchaient d’une boîte percée d’un hublot, sorte de théâtre de marionnettes et de lanterne magique à la fois. Une abondante iconographie du XVIIIe siècle atteste de ce type de spectacles de rues où de petites images défilaient alors que le bonimenteur les commentait de manière savoureuse. L’engouement populaire pour les illustrations de la Révolution est d’autant plus fort que le peuple y joue un rôle capital, s’identifiant sans difficulté aux figurines qu’il regarde. Cette hypothèse de lanterne magique suppose alors une utilisation intense des gouaches (12 représentations par heure en moyenne), ce qui aurait du les détériorer davantage.

Un théâtre miniature ? Un petit « musée » ? (diapo 11)

Dans un espace plus large on peut alors montrer plusieurs planches et avoir moins de manipulations. Plutôt que sous un auvent en pleine rue, l’hypothèse d’un espace clos et couvert semble plus probable (galeries du Palais-Royal par ex) mais rien n’exclut un théâtre privé. Les gouaches manquantes seraient alors les plus montrées.

La hypothèse d’un petit « musée » est séduisante (diapo 12) : musée privé mais accessible au public, petit musée forain ? C’est l’époque de la grande vogue des cabinets de curiosité : les gouaches auraient pu être présentées de manière fixe, verticale, dans des vitrines, avec les étiquettes explicatives.

Quelque soit sa fonction (les deux peut-être successivement), un tel ensemble suppose une fonction publique plutôt qu’une collection particulière.


  1. L’intérêt historique

Le style (diapo 13 et 14)

Un « art populaire » imprégné de naïveté ? Certes ce n’est du « grand art » : les visages des figures de la Révolution sont peu reconnaissables (ex Louis XVI diapo 15), le plus souvent stéréotypés (presque enfantins). Mais certaines scènes, comme celle de la plantation d’un arbre de la Liberté, sont bien composées et bien peintes avec un sens de la couleur, une vivacité des tons indéniables. « Artisan » soit, Lesueur n’en reste pas moins original : on reconnaît immédiatement ses gouaches, on ne le confond jamais avec un autre artiste « reconnu »…

Scènes et personnages (diapo 15)

Il ne se limite pas à Paris : quelques scènes se déroulent en province (4 en Vendée) et à l’étranger (Varsovie). 6 scènes seulement illustrent des événements importants, il préfère peindre des anecdotes et des personnages secondaires et passe sous silence des faits majeurs pour nous (prise de la Bastille ?). Il s’attache à présenter les choses sous un angle familier et intimiste (Comme Daumier par ex) : la vie quotidienne tout simplement. On peut donc, à ce titre, considérer ce corpus comme une « chronique » et non de la « grande histoire ».

Pour autant cette chronique n’est pas « populaire » même si elle s’attache à décrire les sans-culottes, les soldats, les femmes (diapo 16) et les enfants dans des scènes faisant penser au répertoire du théâtre : à travers les thèmes privilégiés, elle reflète bien la vision d’un bourgeois parisien de la Révolution.

Lesueur partage l’euphorie des débuts de la Révolution mais les vignettes viennent contredire cette première impression (on y note des manifestants payés ou en état d’ébriété). Ni royaliste absolutiste (Louis XVI n’apparaît qu’une seule fois), ni révolutionnaire radical (il condamne nettement la Terreur), Lesueur est un patriote sincère, plutôt girondin sans doute, il incarne une certaine modération (Brissot). Peu de scènes évoquent la religion (3 seulement avec un prêtre). Il est sans concession pour la misère qui suit 9 Thermidor. Il montre peu d’intérêt pour le Directoire, avec peu de vignettes historiques mais une abondance de vignettes présentant des costumes. Comme beaucoup de français, il accueille Bonaparte comme un sauveur : les planches finales présentent le vainqueur militaire, entourée d’allégories, qui « enivre la France de gloire » et « protège les arts et les lettres ».


  1. Thèmes privilégiés

Le peuple de Paris (diapo 17)

Le monde des anonymes, de l’anecdotique et du quotidien occupe la majeure partie des gouaches. C’est pour nous une prodigieuse source documentaire.

Les sans-culottes viennent en tête avec 46 scènes. Cette fréquence est révélatrice du rôle réel de la sans-culotterie, notamment à Paris, mais aussi au quotidien (nous savons que Lesueur est impliqué dans le mouvement sectionnaire). S’il éprouve une certaine peur à leur égard (ils sont armés et menaçants, les fusils l’emportent sur les piques diapo 18), il n’arrive pourtant pas à les rendre féroces (image « bon enfant ») : par crainte de représailles ? Il est un bon témoin de la dualité des sentiments éprouvés face à ce petit peuple en armes, pas toujours violent. De nombreuses gouaches illustrent la diversité des sans-culottes (diapo 19) que l’on a trop tendance à ne voir qu’en carmagnole et pantalon, coiffés d’un bonnet (4 vignettes). Les multiples détails sont révélateurs d’une familiarité évidente. Il montre ses contemporains (diapo 20) et souligne ainsi le contraste entre la mode guindée de l’Ancien Régime et celle, plus naturelle, de l’homme nouveau et libéré de la Révolution.

Le fait militaire (diapo 21 et 22)

Si dès l’origine le fait militaire marque la Révolution, en 1792 il occupe une place de choix. Lesueur représente des « bleus » de la garde nationale et des volontaires, surtout des fantassins (trace d’une expérience personnelle ?). Sans doute pour des raisons politiques, l’image du soldat-citoyen est souvent exaltée : le peuple souverain est en armes… (L’embrigadement des enfants, le Serment républicain diapo 15 où les volontaires signent de leur sang leur engagement). Le Songe de Napoléon sur le champ de bataille de Marengo (diapo 23) est sans doute la plus ancienne représentation d’un thème abondamment illustré au XIXe siècle (Detaille avec bataille réelle et allégories dans le ciel).

Les femmes (diapo 24)

Figurant dans 37 scènes, les femmes occupent une place de choix (sans compter les allégories), ce qui est surprenant dans une Révolution avant tout masculine. Elles y jouent un rôle de premier plan (la moitié des scènes), 3 seulement les montrent ridicules ou négatives. Si la plupart les cantonnent à un rôle conformiste (6 en mère, nombreuses vignettes en élégante (diapo 16), elles sont associées à des hommes dans la détresse des combats, dans la misère (diapo 25) ou dans la fête. Lesueur les montre dans le registre traditionnel de compassion (reflet populaire du Serment des Horaces ?), mais il leur donne aussi des rôles réservés jusqu’à présent aux hommes comme la vie militaire ou la vie politique (Club patriotique de femmes). Cette volonté de les montrer sans misogynie outrancière, mais partout où elles furent présentes, ne se trouve pas dans l’art officiel (allégorie ou portrait, sauf les Sabines de David en 1799). A noter la présence importante d’enfants (26 scènes) : cela cadre bien avec la nouvelle sensibilité rousseauiste de l’époque (diapo 26 sur le divorce).


Toutes ces interprétations et observations sont forcément limitées ou faussées. Mais la collection reste riche pour aborder la Révolution avec nos élèves de 4eme. « Savourons le plaisir intellectuel de déceler ce qu’elles nous disent et ce qu’elles taisent… de nous promener dans un passé à la fois proche et lointain, aussi terrible que passionnant » (P de Carbonnières).








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