La recherche historique concernant les Roms/Tsiganes a connu de solides avancées ces quinze à vingt dernières années





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Sans être explicitement demandé dans la formulation des anciens comme des nouveaux programmes de 3e, le sort des Tsiganes dans le IIIe Reich est abordé dans le cadre plus large des « pratiques totalitaires d’un régime fondé sur le mythe de la « race pure » » dans deux manuels

Edition

Pages et leçon

Documents

Hachette

2007

Dossier : le sort des minorités dans l’Allemagne nazie, p. 88/89

Photo « Le docteur Eva Braun tente de démontrer que les Tsiganes possèdent une boite crânienne plus petite que les aryens.

Magnard 2007

L'Allemagne nazie: un Etat raciste et antisémite p. 78/79

Pas de document mais une phrase: « la persécution des tsiganes commence en 1936 »


Par contre, aucun de ces manuels n’évoque l'internement des « Nomades » par le régime de Vichy alors que tous évoquent la mise en place d’un réseau de camps destinés à interner les Juifs, les opposants et les résistants. Suivant au plus près les recommandations inscrites dans les programmes, les manuels ne sortent que très rarement des sentiers battus.

L’occultation des populations roms, manouches ou gitanes dans les pratiques pédagogiques est certainement également due au manque de formation des enseignants eux-mêmes. Qui, à part un nombre très restreint d’entre eux ayant fréquenté l’EHESS et le séminaire d’Henriette Asséo, aura eu la chance d’aborder cette question lors de son cursus universitaire ? Les travers constatés dans le secondaire sont peut-être encore plus visibles dans l’enseignement supérieur où, pourtant, la spécialisation et l'approfondissement doivent être la règle. Au delà du manque de formation, l’absence ou la rareté du matériel pédagogique est ici largement en cause. Le centre de documentation de la revue d’Etudes Tsiganes, par exemple, fournit aux enseignants qui le souhaitent des « mallettes pédagogiques » destinées à assurer une meilleure connaissance des ces populations ; mais à moins d’une démarche très volontariste, ces documents sont difficilement accessibles. Hormis l’exception de taille constituée par la collection Interface publiée par le Centre de Recherche Tsigane avec le concours du Centre régional de documentation pédagogique de la région Midi Pyrénées, le CNDP et les CRDP, qui ont édité un nombre conséquent de livres pour la scolarisation des enfants « voyageurs », ne se sont pas encore penchés sur cet aspect de la question. Si le matériel existe pour que les enfants Manouches, Roms ou Gitans itinérants connaissent au mieux la société dans laquelle ils vivent, l’inverse n’est pas forcément vrai. Aussi paraît-il important de tenter d’introduire cette histoire au cœur de nos pratiques pédagogiques.
Nécessité et écueil de l’enseignement de l’histoire des Tsiganes.
Si l’on ne peut que se réjouir de l’introduction du génocide des Tsiganes dans les programmes de 3e, dans certains documents d’accompagnement du primaire, et de leur répercussion dans les manuels, l’occultation du sort des Tsiganes en France et en Europe avant cette période et leur disparition dans le traitement de celles qui suivirent est aujourd’hui problématique. L’évocation de ce problème permet de répondre à la deuxième question posée plus haut : pourquoi peut-il paraître important d’étudier plus globalement l’histoire des Tsiganes ?

Bien entendu et partant du principe que le racisme et les préjugés sont alimentés par l’ignorance, la première fonction d’un tel enseignement s’inscrit dans l’optique d’une meilleure connaissance de ces populations, plus souvent fantasmées que connues, autour desquelles gravitent les stéréotypes les plus réducteurs et notamment celui qui consiste à en faire partout des étrangers. C’est entre autres par l’histoire que l’on peut démontrer que les groupes Tsiganes ne sont pas plus étrangers que tout un chacun, avec sa propre histoire de famille faite de déplacements et d’installations, qu’ils ne sont pas des « parasites », que leur sédentarité ou leur nomadisme correspondent à des réalités économiques et qu’ils ont eux aussi contribué, comme tout peuple, à forger le monde tel que nous le connaissons. Mieux connaître pour mieux admettre, telle serait la première nécessité. Cette fonction s’inscrit parfaitement dans les buts fixés à l’enseignement de l’histoire et de l’éducation civique au collège : ouvrir l’élève au monde qui l’entoure en le rendant intelligible. Plus largement, la connaissance du sort réservé aux Tsiganes peut être utile à la formation d’un esprit libre et indépendant. Ainsi la mise en perspective des processus qui ont conduit, et conduisent encore parfois, à leur criminalisation, à leur stigmatisation puis à leur persécution, peuvent permettre de mettre en évidence les tentatives de manipulation de masse, d’instrumentalisation sécuritaire ou l’utilisation propagandiste du racisme afin de ne pas y succomber. L’évocation de la construction idéologique de la catégorisation « raciale » et/ou sociale des Tsiganes du XIXe siècle jusqu’au processus d’extermination constitue une illustration supplémentaire de la dangerosité de tels procédés. Parallèlement, la démonstration des processus de marginalisation permet également de mettre en évidence certaines formes d’exclusion sociale. Les populations Roms / Tsiganes peuvent constituer un exemple parmi d’autres de la diversité culturelle française et européenne et de la multiplicité des racines qui fondent une identité commune. L’étude de l’histoire des Tsiganes doit permettre de les replacer dans le long terme de leur présence en Europe et en France et de comprendre par là même l’ancienneté de leur installation. Cela amoindrit considérablement la figure d’« éternels étrangers » et témoigne de l’ancienneté des relations avec les non-Tsiganes. Mises en perceptive avec d’autres mouvements migratoires plus récents, les populations d’origine romani renforcent l’idée selon laquelle la France est une terre d’immigration dont l’identité puise à des racines multiples et sans cesse en évolution.

Ceci étant dit, il convient de prendre garde à trois écueils essentiels dans l’évocation des Tsiganes et de leur histoire.

Le premier est de ne faire de leur histoire qu’une succession de malheurs quasiment prédestinés, ce qui est le penchant « naturel » de tout chercheur ou enseignant animé de bonnes intentions. S’ils eurent à pâtir des préjugés et des discriminations, leur histoire ne peut se résumer ni à cela et ni à celle de leurs relations avec les institutions. Leur simple présence dans nos sociétés contemporaines est la démonstration que leur histoire est autre chose qu’une série de persécutions quand bien même celles-ci furent omniprésentes. Aussi serait-il nécessaire d’évoquer également l’accueil qu’ils reçurent dans les premiers temps de leur arrivée en Europe, d’insister sur leur place dans l’empire ottoman, sur leur rôle dans le monde rural, dans l’artisanat ou dans les arts de l’époque moderne à nos jours, des liens économiques qu'ils surent tisser etc.

Le deuxième écueil repose sur l’interprétation monolithique d’une histoire des Tsiganes. Les pratiques communautaires, les liens avec les populations environnantes, les relations avec les pouvoirs publics ne sont pas forcément les mêmes qu'il s'agisse de Manouches itinérants, de Gitans sédentaires, de Roms « migrants » ou inversement. Leur histoire ne peut être traitée comme un bloc homogène car elle évolue selon les temps et les espaces, selon les groupes aussi sans pour autant remettre en cause une unité de conscience commune par rapport aux « gadjé ». Ce qui fut dans un endroit une période de persécution put être ailleurs un moment d'interpénétration culturelle ou d'émancipation. La situation d'esclavage en Transylvanie au XVIIIe siècle n’a aucun rapport avec le prestige artistique de ces communautés en Hongrie à la même époque. La chasse aux Bohémiens en France au XVIIe siècle n’a pas son équivalent en Andalousie où les bras gitans vinrent remplacer ceux des Morisques, point de départ d’une coexistence plus harmonieuse et d’une rare interpénétration malgré les vicissitudes des relations entre des Gitans et des non-Gitans ici aussi.

Le troisième écueil serait de présenter les Tsiganes comme un isolat social et ethnique cloisonné et imperméable aux sociétés et aux cultures environnantes. La vie des Tsiganes d’aujourd’hui et leur culture diffèrent de celles de leur arrivée en Europe au contact des autres populations et en fonction des sociétés dans lesquelles ils vivent. Un exemple simple : ceux qui adoptent un mode de vie itinérant ne se déplacent plus en caravane hippomobile comme au XVI e siècle mais avec des camions et des caravanes dont certains utilisent les dernières technologies. La simple évocation de la multiplicité des « musiques tsiganes » (flamenco, jazz manouche, musique rom des Balkans…) et leur reprise par des musiciens non-Tsiganes suffisent à démontrer la force et la vivacité des échanges et de l’interculturalité. Le jazz manouche est né d'un emprunt et d'une réinterprétation du jazz par Django Reinhardt et d'autres musiciens manouches ; il est aujourd'hui repris par des musiciens non-manouches, comme Thomas Dutronc qui, à leur tour, le réadaptent. Que dire des dernières évolutions d’une jeune génération de musiciens roms des Balkans qui se tournent aujourd’hui vers la musique électronique donnant ainsi naissance à un « Gypsies Dub » ou de musiciens en France qui se lancent dans l’ « électro tsigane » ? La langue romani dans ses différentes variantes est également l’illustration de l’interpénétration des dialectes romani et des langues des sociétés environnantes. Le cas du Kalo espagnol en est la démonstration la plus forte, en conservant un vocabulaire issu du romani mais une structure grammaticale empruntée au castillan. A l’inverse, le castillan regorge de mots tirés du Kalo. L’altérisation absolue, sociale, culturelle et ethnique, qui naît parfois des meilleures intentions et de la plume de personnes pourtant peu suspectes d’antiromisme, est le principal danger à éviter. Comme l’a démontré P. A. Taguieff, à vouloir défendre « la différence » on peut imperceptiblement contribuer à cloisonner cette différence. Dès lors les personnes d’origine romani ne sont plus perçues comme des citoyens ordinaires mais comme des « Autres », ce qui peut parfois se révéler nuisible au gré des circonstances historiques. Affirmer la possibilité de particularismes et de singularités sans les ériger en différence « essentielle », telle est la difficulté à laquelle nous devons faire face.

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