Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles





télécharger 127.21 Kb.
titreClaude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles
page2/2
date de publication22.05.2017
taille127.21 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos
1   2
Par dessus le marché, je dois être ravi est à ce sujet plus clair peut-être. Il n'empêche que le "temps présent", appelé ici, et ici seulement, "ce grand siècle", devient le temps d'une chute paradoxale : sacralisation de l'Homme dans l'Histoire, filiation héroïque, et dégradation absolue de l'Homme dans la Nature. Structurellement, le darwinisme remplace l'épreuve historique dans les Paroles qui terminent la section Maintenant de la Première Série : on y trouve la même opposition de la dégradation présente à la filiation héroïque conférée in extremis, aux hommes d'aujourd'hui : "Nous sommes les petits de ces grands lions-là" (19). A cela s'ajoute, dans France et âme, le développement du thème patriotique, contre l'Allemand et l'Anglais, réutilisé de façon très semblable dans Par dessus le marché .... Le rôle de la France apparaît alors de maintenir en Europe l'Histoire, l'âme. Tout ceci est logique : lorsqu'on ancre l'Histoire dans la Nature, tout discours sur la Nature - philosophique, religieux ou scientifique - devient politique.
Si l'Histoire est ancrée dans la Nature, à l'inverse la Nature est inscrite dans le devenir, non pas biologique ou phylogénétique, mais historique. Cette inscription fait de son évolution chez Hugo un progrès moral. Dans le passé, la nature était "fauve", et la terre "méchante". A l'ignorance de l’Homme, à ses terreurs, s'ajoutaient les noires trahisons des bois :
La forêt, de l'embûche était le noir ministre.

L'arbre avait l'air d'un monstre, et le rocher sinistre

Avait la forme du forfait. (20)
La Nature de "tout le passé" est mauvaise pour autant qu'elle est voilée, qu'elle est ombreuse, qu'elle est trompeuse. Mystère égale trahison. La Nature était fléau, élément, matière, fatalité : désordre. La Nature de "tout l'avenir" sera amour, douceur, âme : ordre, harmonie, unité.
Et quand ces temps viendront, ô joie ! ô cieux paisibles !

Les astres, aujourd'hui l'un pour l'autre terribles,

Se regarderont doucement;

Les globes s'aimeront comme l'homme et la femme;

Et le même rayon qui traversera l'âme

Traversera le firmament. (21)
Hugo n'est pas le seul au XIXème siècle à intégrer la Nature dans le mouvement du progrès historique : les disciples de Ballanche, ou le Balzac du Curé de village (merci F.Bowman) puis Michelet l'ont fait avant lui ou en même temps. Mais il ne le fait pas comme eux : à la différence des Ballanchistes, de Balzac et de Michelet, les progrès de la Nature sont purement spirituels ; il ne s'agit pas de montrer la terre plus docile à l'agriculture, ni les animaux plus doux à la domestication (Michelet ne dit pas seulement cela, mais il le dit, et, en 77, ce type de discours est très présent dans l'idéologie scientiste -Darwin, par exemple, accorde une grande importance à la domestication comme modèle de la sélection naturelle-); Il s'agit de montrer leur progrès moral, d'intégrer le progrès dans une caractérologie de la Nature : la terre, autrefois, était méchante, le flot, ingrat. Psychologie aussi simple que celle des hommes, et évoluant pareillement dans un long terme qui nécessite l'agrandissement à "tout le passé et tout l'avenir" pour être perceptible, c'est-à-dire le passage de la petite épopée au discours transhistorique - c'est vrai dans Tout le Passé et tout l'avenir, comme dans l'idylle Dante, changement d'horizon de l'écriture bucolique.
D'où, dans La Légende, un rapport entre faits naturels et faits humains qui n'est pas de l'ordre de la concaténation causale (la Nature champ de détermination de l'Histoire humaine, ou, inversement, l'Histoire comme champ de détermination de la Nature); le rapport entre faits naturels et faits humains est de l'ordre du développement parallèle, sur fond d'identité, d'unité:
Nul être, âme ou soleil, ne sera solitaire;

L'avenir, c'est l'hymen des hommes sur la terre

Et des étoiles dans les cieux.(22)
Ce refus de penser l'Histoire comme champ de déterminations et la Nature comme détermination des faits historiques se lit ici et ailleurs dans le thème du refus de l'anthropocentrisme - refus de donner à l'homme le premier rôle dans l'univers - mais aussi dans l'écriture et cela à plusieurs niveaux : dans toutes les procédures de personnalisation rhétorique de la Nature : prosopopée, personnification, mythologisme, etc.; dans la préférence donnée au discours sur le récit; mais également, au niveau diégétique, recours à la légende, courcircuitage de la logique narrative par le merveilleux légendaire, le prodigieux surnaturel - rupture avec l'Histoire réaliste -. Ou encore, dans l'Histoire réaliste, refus de la constitution naturaliste du personnage.
Ce refus de la constitution naturaliste du personnage a pour corrélat le rejet du milieu et de la race, rejet qui fonde l'Histoire de la liberté (dans la ligne de l'historiographie romantique): Histoire de la "dignité de l'homme", qui durera "tant que la volonté humaine se roidira contre les influences de climat et de milieu; tant qu'un Byron pourra sortir de l'industrielle Angleterre pour vivre en Italie, et mourir en Grèce"(23), disait le Michelet de L'Introduction à l'Histoire universelle, ce à quoi on peut ajouter : et tant que le personnage mis en forme par l'écriture historique sera parent de la Nature qui l'environne, et non produit par son milieu et par sa race.
D'où une Histoire. universelle du genre humain recentrée sur une race qui en figure l'absence : seul Bug-Jargal pourrait dire que La Légende des siècles est une Histoire de blancs. Pas même un sultan Mourad pour assassiner "vingt femmes, Filles d'Europe ayant dans leurs regards des âmes, Ou filles de Tiflis au sein blanc, au teint clair" (24). Des Indiens qui sont des dieux. Et seul le dénombrement de l'armée de Xercès semble laisser une place aux races : mais les races y sont couleurs dans l'écran panoramique, non principe d'explication : il n'y a pas de différence de statut entre le rouge et le blanc dont se peignent les Daces et le noir des Lybs, nègres des bois, marchant au son du cor : l'armée de Xercès est un creuset des civilisations, non de races, troupe dont "on eût dit qu'elle avait l'Afrique pour escorte, / Et l'Asie, et tout l'âpre et féroce Orient."(25)
Entre Nature et Humanité, point de détermination, mais des filiations : ainsi "ceux d'Ophir, enfants des mers mystérieuses". (26). L'Homme de La Légende des siècles peut bien être bariolé : il ne saurait être régi par cette fatalité interne qu'est la race, ni par cette fatalité externe qu'est le milieu.
D'où, à côté des coloriages pittoresques du Dénombrement, cette autre Asie, celle du Travail des captifs (27), lieu abstrait, qui joue, comme l'Orient de Bajazet, le rôle de donnée politique. D'où peut-être en partie les éliminations de poèmes, à l'état d'ébauche, ayant pour cadre l'Afrique, la Chine, le Japon, ou l'Amérique, dont la plupart, répertoriés par F. Lambert, sont écrits entre 1870 et 1875.
Un homme, un personnage parle pourtant de race, et d’environnement, c'est le Cid, dans son Romancero. Mais le mot "race", est pris ici dans un sens aristocratique, cornélien, celui du "sang" et du devoir qu'il impose : totalement pris dans un discours éthique, la race est obligation, non détermination c'est pourquoi le roi fait "douter de (sa) race"(28), lui qui déroge à son devoir. La race est "sang", filiation : "Nous, fils de race guerrière "(29) dit le Cid. Et ce "sang" est un cordial de la Nature qui anime la fierté de l'homme :

Une forte race d'hommes,

Pleins de l'âpreté du lieu,

Vit là loin de vos sodomes

Avec les chênes de Dieu.(30)
Médiatisé par un mot qui se dit du caractère et du paysage l'âpreté - le rapport de la race à son lieu relève d'une sorte de métonymie morale, sans qu'il y ait confusion ni détermination Et l'envers de la confusion, c'est le respect : c'est vivre avec les chênes de Dieu. La Nature est une famille, dont l'Homme fait partie, avec à l'horizon un Dieu paternel
Nul n'a encore deviné

Si le chêne est le grand-frère

Ou bien si l'homme est l'aîné.(31)
Là comme ailleurs, le passage du récit au discours fait de cette autonomie, de cette indétermination, une chose affirmée. C'est dans le récit qu'elle est en quelque sorte démontrée, parce que le récit la met en forme, en fait une part constitutive de l'écriture.
L'interchangeabilité, commune au 19ème siècle, des descriptions du personnage et de son milieu implique qu'une relation de ressemblance (donc non arbitraire) les unit : l'écriture relève ainsi, pour reprendre une expression de Ph. Hamon, du "régime généralisé de l'hypallage" (32), ou transfert d'adjectif. D'un point de vue sémiologique, milieu et personnage sont redondants. D'un point de vue anthropologique, ils sont le miroir l'un de l'autre : les basques ont l’âpreté de leurs montagnes. La Nature renvoie ainsi à l'Homme sa propre image :
O sinistres forêts, vous avez vu ces ombres

Passer, l'une après l'autre, et, parmi vos décombres,

Vos ruines, vos lacs, vos ravins, vos halliers,

Vous avec vu courir ces deux noirs chevaliers.(33)
Ici le transfert d'adjectifs est réciproque : les chevaliers sont noirs, et les forêts sinistres. Le rapport des personnages à leur milieu n'est pas de détermination, mais de ressemblance et de sympathie: sympathie qui présuppose l'accord de deux subjectivités, et non l'opposition d'un moi (l'Homme, le personnage) à un non-moi (la Nature, le milieu). sympathie dont il faut préciser qu'elle n'est pas en elle-même positive : c'est un fait, non une valeur.
Ainsi de celle qui unit les rois de Masferrer , "Ceux ci basques, ceux  là catalans, méchants tous "(34) et les Pyrénées
or Jamais ces vieux pics pleins de tours, exhaussés De forts ayant le gouffre et la nuit pour fossés, N'ont paru plus mauvais et plus haineux aux hommes Que dans le siècle étrange et funèbre où nous sommes; (35)
L'écriture légendaire, davantage que la description

romanesque,rassemble et montre la ressemblance entre les humains (ici

les rois) et leur environnement naturel (ici les montagnes

pyrénéennes). La poésie personnalise et humanise la Nature - elle la

personnifie -. Et le récit court, en évacuant toute psychologie des

profondeurs, estompe ce qu'il y a de personnel dans l'Homme. Si bien

que le "milieu" est tout autant une "personne" que le personnage:
Tout tremble; pas un coin de raviné où ne grince La mâchoire d'un

tigre ou la fureur d'un prince.(36)
L'attellage met à niveau mâchoire et fureur, tigre et prince, dans une

écriture qui rompt avec le réalisme pittoresque. Le tigre pyrénéen

fait de la montagne un lieu concrètement abstrait, un lieu moral, tout

comme Masferrer qui "de l'énormité sombre "est "le personnage"(37).

Masferrer est le porte-parole (muet) et la personnalisation d'une

Nature qui est son essence c'est un homme "des rocs et des bois"(38).
Dans La Légende des siècles, l'osmose du héros et de son milieu,

défini comme Nature, remplace l'osmose entre le héros et sa

collectivité qui caractérise le héros épique de type homérique. Car si

l'individu vit sur le mode du déchirement, de l'opposition ou de la

séparation son rapport à la société, il est comme porté par la Nature

dans laquelle il se fond.
Encore faut-il distinguer Première et Nouvelle Série: dans la

Première Série, le héros positif Incarne les valeurs de son temps, et

a pour mission de les défendre en s'engageant dans les contradictions

historiques de sa société. C'est le sens historique des chevaliers

errants, qui agissent dans la société féodale et en portent les

valeurs. Au contraire, les héros positifs de la Nouvelle Série sont

des chevaliers immobiles, fixés hors du social, et qui s'assignent une

mission "écologique", non directement politique. Ainsi Welf:
J'ai sous ma garde un coin de paradis sauvage, Un mont farouche et

doux. Ici point de ravage Montrant que l'homme fut heureux dans ces

beaux lieux; Point de honte montrant qu'il y fut orgueilleux. L'onde

est libre, le vent est pur, la foudre est juste. Rois, que venez-vous

faire en ce désert auguste? Le gouffre est noir sans vous, sans vous

le ciel est bleu. N'usurpez pas ce mont; je le conserve à Dieu.(39)
Et de même Masferrer:
A-t-il apprivoisé la rude hostilité Du vent, du pic, du flot à jamais

Irrité, Et des neiges soufflant en livides bouffées ? Oui. Car la

sombre pierre oscillante des fées Le salue; il vit calme et

formidable, ayant Avec la ronce et l'ombre et l'éclair flamboyant Et

la trombe et l'hiver de farouches concordes. Armé d'un arc, vêtu de

peaux, chaussé de cordes,
Au-dessus des lieux bas et pestilentiels, Il court dans la nuée et

dans les arcs-en-ciel.(40)
Le modèle Falkensfeld, qui s'était Imposé au mois de Juillet de L'Année

terrible, s'impose à nouveau dans la Nouvelle Série au travers d'un

Welf ou d'un Masferrer. Le héros de La Légende de 77 est moins le

protecteur des faibles de la société que le protecteur des oiseaux des

bois. Pour autant, les contradictions historiques qui déchirent le

corps social ne sont pas évacuées: les rois sèment la terreur dans

les plaines, mettent les villes à feu et à sang; Masferrer épargne la

bourse du pauvre. Quant à Welf, il sera pris au piège de la pitié que

lui inspire une petite mendiante. Mais alors qu'Eviradnus ou Roland

agissaient dans l'Histoire sociale pour Intrôniser le faible - enfant

ou femme - et fonder par là même une positivité politique, Welf est le

héros du refus de l'intrônisation comme de toute inscription dans le

corps social. "Evadé" "du milieu des vivants"(41), même chose peut

être dite de Masferrer: le héros médiéval de La Légende de 59

enrayait l'usurpation et, en intrônisant Nuno ou Mahaud, faisait

progresser de manière dialectique le pouvoir royal grâce à sa

vaillance au combat. Masferrer quant à lui ne fait que bouger un

doigt, sans même lever la tête, pour dire aux rois de passer leur

chemin. Tout se bloque dans cette immobilité - qui s'oppose à la

mobilité par bonds gigantesques de Masferrer dans la Nature -:

Masferrer restera le "personnage" de "l'énormité sombre"(42), lui qui

ne dit pas un mot aux rois: personnage de la Nature, non héros

directement politique.
L'humanisme de la Nouvelle Série apparaît ici comme un humanisme

restreint: sujet d'une action historique minimale - le geste du

renvoi des porte-spectre, Masferrer est héros pour autant qu'il est

sanglier.
Cette positivité "écologique" du héros se donne à lire dans sa mise en

forme: le rapport qu'entretient Masferrer avec les Pyrénées est

l'envers de la détermination zolienne: Il y a non-adhérence du

personnage à son milieu, liberté. Cette liberté redouble et indexe la

liberté de caractère, de nature de Masferrer: "Comme un loup refusant

d'être bête de somme, / il s'est du milieu des vivants évadé"(43).

Certes cette liberté est liberté politique: "Chacun des rois a pris

sa part de la montagne./ ( ... ) La part de Masferrer s'appelle

Liberté" (44). Mais cette liberté politique s'inscrit hors du

politique, dans la Nature inhabitée. Rester sanglier auprès de ses

marcassins en refusant d'être roi, ce n'est pas réfugier sa liberté

dans l'indépendance de la sphère privée: Hugo n'est pas Constant et

le choix de Masferrer n'est pas un choix individualiste: il est

politique de rester en famille. Mais s'il n'y a pas de clivage entre

sphère privée et sphère publique, Il y en a un entre Nature et société

qui n'est pas sans faire problème. Et cette fuite hors de la société

dans la Nature, cette évasion hors du milieu des vivants, qui a

quelque chose à voir avec la mort, a aussi quelque chose à voir avec

le parti que prend Ascagne, ce fils dégénéré qui a fait honte à la

guerre féodale, dans le poème suivant, PaternitÉ, lorsqu'il quitte son

père pour la Nature inhabitée. L'exil dans la Nature est refus critique de la société, mais sans passage à la volonté de la transformer.
Le rapport de Masferrer à la réalité n'est politique que pour autant qu'il est religieux et que le religieux est politique. Intrication du politique, du religieux, mais aussi du poétique, et exil de l'écriture hors de la société: Masferrer est le personnage de "l'énormité sombre", et l'objet de sa quête n'est ni politique ni amoureux, mais abyssal:
Car l'abîme l'ennivre, et depuis son enfance
Qu'il erre plein d'extase et de sublime ennui,

Il cherche on ne sait quoî de grand qui soit à lui

Dans ces immensités favorables à l'aigle.(45)
Il n'y a en réalité ni osmose, ni identité parfaite entre le personnage et son milieu: Masferrer est "le personnage" de "l'énormité sombre", son masque, et si ce masque est signe d'unité, Il est aussi en même temps signe de dualité: le double n'est pas le même. Une part de Jeu s'inscrit entre le personnage et son milieu, jeu qui est l'espace même de leur autonomie et de leur liberté. Le discours contre le déterminisme réifiant trouve, dans la constitution du personnage, sa figuration.
Masferrer n'est pas le produit de ses montagnes, et cela d'autant que c'est par hasard qu'il y vit:
Avant d'être avec l'arbre, Il était avec l'homme;
Comme un loup refusant d'être bête de somme,

Fauve, Il s'est du milieu des vivants évadé,

Au hasard, comme sort du noir cornet le dé; (46)
C'est dire que le milieu Joue ici un tout autre rôle que chez un Taine pour l'histoire, ou, pour la littérature, un Zola, aux yeux de qui le personnage est "un organisme complexe qui fonctionne sous l'influence de son milieu" (Les romanciers naturalistes) Le rapport métonymique du personnage de La Légende à son milieu n'est pas de cause à effet. Le milieu ne le détermine pas, ne le motive pas, ne le pousse pas à agir de telle ou telle façon. Si l'anankè des choses, les fléaux, existe, elle est extérieure à l'homme, et non dans sa "nature". La métonymie qui unit le personnage Masferrer au milieu pyrénéen n'est pas une métonymie logique, mais métaphorique: poétique. il y a là, dans cette permanence de la constitution du personnage en liberté Masferrer est daté de mars 59 -, comme une réponse avant la lettre au naturalisme zolien et à l'historicisme tainien (étant entendu qu'on ne peut mettre leurs implications politiques dans le même panier ... )
Si le héros positif de La Légende - est autonome par rapport à
son milieu, en retour il le "laisse en liberté". C'est le cas de

Masferrer, qui, après avoir voulu se construire un donjon à la

mode des rois, accepte la leçon de l'ouragan et va habiter

l'antre-titan. Et la seule influence qu'il exerce sur son milieu,

c'est, en vertu de leur ressemblance, non pas une transformation,

mais une "augmentation":
La montagne, acceptant cet homme sur les cimes,
Trouve son vaste bond ressemblant aux abîmes, Sa voix, comme les bois et comme les torrents, Sonore, et de l'éclair ses yeux peu différents, De sorte que ces monts et que cette nature se sentent augmentés presque de sa stature. (47)
Autrement dit, l'inscription de Masferrer dans son milieu n'est pas économique - et la Nouvelle Série a un Groupe des idylles, mais pas de "groupe des géorgiques" - mais à la fois poétique (de ressemblance) et "écologique" (de respect); ou encore son Inscription est religieuse.
De façon symétrique, les dieux des Temps paniques, déforment, défigurent la Nature en lui ôtant "l'âme":
Les champs

N'ont presque plus de fleurs tant les dieux sont méchants;

Les dieux semblent avoir cueilli toutes les roses.

Ils font la guerre à Pan, à l'être, au gouffre, aux choses;

(48)
Ce rapport guerrier des "méchants" contre la Nature est lui aussi un rapport poétique (de gravure à même) et cette fois politique (de tyrannie). Les rois de Masferrer sont les comprachicos (49) des Pyrénées:
Ils ont de leurs donjons couvert la chaîne entière;
Ces pays garderont leurs traces à jamais; La tyrannie avec le fer du glaive creuse Sur la terre sa forme et sa figure affreuse, Là ses dents, là son pied monstrueux, là son poing; Linéaments hideux qu'on effacera point, Tant avec son épée Impérieuse et dure Chaque despote en fait profonde la gravure. (50)
A partir de cette aliénation et de cette défiguration Infernale des monts, le lien qui unit personnage et milieu relève bien cette fois de la métonymie logique, mais inversée: le milieu est déterminé c'est-à-dire aliéné par le personnage. Les choses ont à se plaindre de l'anankè des dieux, et des rois.
c'est pourquoi Il Importe, après le passage de la Comète-Révolution, de refaire l'Histoire sur le mode Idyllique, d'Orphée à Chénier jusqu'au grand-père, pour dégager la positivité de l'union de l'Homme et de la Nature au travers l'Histoire; pour renouer avec l'orphisme, et s'en dénouer (merci Jacques Seebacher): "Ne tracez pas de mots magiques sur les murs" (51), mais pensez, écrivez, vivez l'harmonie poétique et religieuse du moi et du monde dans l'amour.
Ce que figure l'écriture Idyllique, plus que toute autre, c'est la transformation du lien logique de détermination, en accord, sympathie, symphonie: Paul étant presqu'un ange, son jardin fut presqu'un éden (52). Leur rapport est de complémentarité réciproque: c'est ainsi que la Nature est un art, qu'imite
l'écriture; Il n'est de poiêsis, de création, que divine -ce que dit et redit, la même année que la Nouvelle Série, L'Art d'être grand-père:
Un Jardin, c'est fort beau, n'est-ce pas ? Mettez-y Un marmot; ajoutez un vieillard, c'est ainsi Que Dieu fait. Combinant ce que le coeur souhaite Avec ce que les yeux désirent, ce poète Complète, car au fond, la nature c'est l'art, Les roses par l'enfant, l'enfant par le vieillard.(53)
L'écriture Imitant l'art de la Nature peut elle-même être Idyllique sans cesser d'être réaliste: l'idylle n'est pas déréalisation, mais réel tel que le coeur le souhaite et tel que les yeux le désirent: accord éthique et esthétique de la conscience et du monde, envers, et non ailleurs, de son déchirement. Comme telle, l'idylle dit la vérité des rapports de l'Homme à la Nature: unité, ressemblance, lien, sur fond d'absence d'objet, de non-moi: "Tout est plein d'âmes". La Nature n'est pas la loi de détermination de l'Homme, mais tous deux obéissent à la même loi, celle de la croissance, unité de loi qui produit d'étranges ellipses syntaxiques
Pour que l'agneau la broute Il faut que l'herbe pousse Et que l'adolescent croisse pour être aimé. (54)
C'est pourquoi l'idylle est, plus que toute autre écriture, régime de l'hypallage généralisé: Allons-nous-en rêveurs dans la forêt lascive; et du va-et-vient, dans la métaphore, de la Nature et de l'être humain, jusqu'à ce qu'on ne sache plus si les femmes sont comparées à des roses, ou les roses à des femmes. C'est pourquoi l'idylle est poésie philosophique (mythique?): elle n'a pas d'autre propos que l'unité, et pas d'autre but que d'inviter l'Homme à suivre l'exemple de la Nature
Les philosophes sont d'avis que la nature Se passe d'eux, ne tient qu'à sa propre droiture, Ne consulte que l'ordre auguste, et que les lois Sont les mêmes au fond des cieux, au fond des bois. Vivre, aimer, tout est là. Le reste est Ignorance Et la création est une transparence; L'univers laisse voir toujours le mime sceau, L'amour, dans le soleil ainsi que dans l'oiseau; Nos sens sont des conseils; des voix sont dans les choses; Ces voix disent: Beautés, faites comme les roses Faites comme les nids, amants. Avril vainqueur Sourit, laissez le ciel vous entrer dans le coeur.(55)
La Nature est pédagogue: elle donne des leçons, des conseils. or Inviter n'est pas déterminer . C'est pourquoi elle est abstraite, réduite à une sorte de formule algébrique de l'amour dont les nombres sont oiseaux, bois, roses, étoiles, halliers, herbe, avril, femmes, amants. Elle n'est cependant pas sans horreur, sans ombre. Elle est aussi sève, parfum, sensualité: mais sans cette lourdeur musquée du Paradou zolien, sans "l'odeur de la terre, l'odeur des bois ombreux, l'odeur des
plantes chaudes, l'odeur des bêtes vivantes, tout un bouquet d'odeurs, dont la violence allait Jusqu'au vertige".(56) ce qu'elle n'a pas, c'est cette sorte d'imaginaire biologique de la Nature, du Jardin pris comme milieu organique dans l'idylle de l'abbé Mouret: milieu moite, saturé, écoeurant, qui rejoint la Nature fatale de l'Inde de Michelet, ce lait trop fort qui enivre l'Homme, cette toute-puissance qui "le tient languissant et baigné d'un air humide et brûlant, parfumé de puissantes aromates" (57). La Nature du Groupe des Idylles est fraîcheur barbouillage de mûres, zéphyr, bois touffus, mousses, murmures des ruisseaux; rafraîchissement mystérieux, non emprise. La Nature n'est ni milieu, ni fatalité: Nature n'est pas égale à matière; Nature n'est pas égal à organique. D'où le retour à des métaphores botaniques - délaissées par le siècle -, pour exprimer son épanouissement:
Pour que l'agneau la broute il faut que l'herbe pousse Et que l'adolescent croisse pour être aimé.(58)
Ce n'est qu'en apparence que la croissance de la Nature est demeurée Inchangée de 59 à 77 . Car Le Satyre, centre, abîme et figuration du naturalisme historique de la Première Série, proposait bien, à cette Nature et à l'Histoire qu'elle figurait, un modèle organique de développement, modèle qui sera vite dépassé dans la Nouvelle Série. Le satyre, libertin débraillé, "à la foisdivin et bestial" (59), tient "à l'affût les douze ou quinzesens/ Qu'un faune peut braquer sur les plaisirs passants."(59) La Terre monstrueuse qu'il chante en suant vit d'une vie organique étendue aux plantes, Ma grenade montrant sa chair sous sa tunique"(60) -; les sexes sont vivants, la terre accouche sans fin, la forêt mange; le chaos rugit, siffle, hennit; "Les animaux, aînés de tout, sont les ébauches/ De sa fécondité comme de ses débauches."(61) Et puis le Satyre grandit comme le corps du Géant Mangogul des Bijoux Indiscrets, et Il en appelle" au fourmillement éternel des cieux noirs,/ Des cieux bleus, des midis, des aurores, des soirs !"(62). Partout, prédominance de l'animal dans la figuration de la Nature, en accord avec l'esprit du temps.
La Nouvelle Série n'est pas étrangère à cet Imaginaire organique du devenir. mais au lieu d'en faire le centre du devenir humain, ce moment de la Renaissance qui vaut pour le XVIIIème siècle et la Révolution, elle en fait l'étape Initiale de l'Histoire de l'humanité, aux temps archaïques de la panique, dans la troisième section Entre Géants et dieux, dont les poèmes sont écrits aux alentours de 1875. Le Géant, aux dieux et Le Titan sont, de façon très manifeste, des réécritures déplacées du Satyre, ce qui d'ailleurs ne laisse pas d'en affaiblir le sens dans l'édition définitive.
La dissociation du Satyre en deux personnages, le géant et le titan, ainsi que la décomposition de son action en deux épisodes distincts, séparés par Les Temps paniques, qui Induisent l'échec du géant, n'est pas sans intérêt: le géant a gardé du Satyre, en l'accusant, la difformité grotesque, qui fait rire les dieux. Il n'acquière pas cette beauté sublime qui envahit Vénus
de peur dans Le Satyre. Son corps " taillé dans l'énormité sombre"(63) (première ébauche de Masferrer) est un corps de héros désexualisé. Ce n'est pas un érotomane comme le satyre, et il entend protéger ses vieux chênes et ses petites fleurs des dieux qui viendraient faire l'amour dans ses forêts. Ce à quoi Vénus conscend à lui répondre: "Nous avons dans l'Olympe des chambres, / Bonhomme." (64)Le Géant n'est pas un faune, c'est un bonhomme, un bonhomme qui dissocie sexualité et devenir progressiste devenir qu'il anime cependant en désindividualisant les olympiens en "tas de dieux". A la différence de ce qui se passe dans Le Satyre ', Entre Géants et dieux associe très clairement sexualité et pouvoir mortifère des "dieux épouvantables" (65) qui sont "la matière, les dieux".(66) C'est dire que, sans Le Groupe des idylles, écrit ln extremis sur les conseils de Meurice, seuls la Comète et les dieux paniques feraient l'amour dans la Nouvelle Série.
Phtos quant à lui a du satyre la force prométhéenne, fortement corporalisée - mais non sexualisée: "ayant la difformité sublime des décombres"(67), alors que le Géant en avait le tour grotesque, Phtos ne fait pas rire: il interrompt le rire olympien. Songeur altier, silencieux, grave, il évacue et le grotesque et la libido du devenir positif. En outre, le Titan, comme le Géant est une "montagne à forme humaine"(68), mêlange de mont et d'homme que l'on retrouvera dans Le Cid exilé et Li.,%. Montagnes de Désintéressement pour figurer l'héroïsme: sa positivité est plus "géologique" qu'organique; elle est aussi plus locale, plus ponctuelle, même si son action est capitale dans l'Histoire: Le Titan n'est pas, ne serait-ce que par sa place et à la différence du Satyre de la Première Série, la figure du mode de dégagement du progrès dans l'Histoire .
Cette figure, cette mise en abyme du naturalisme progressiste, c'est, dans la Nouvelle Série, La Comète; le chèvre-pied est remplacé par un astre.
L'imaginaire organique à l'intérieur de la Nouvelle Série est tout entier dans le chant du ver, dont l'épopée, au centre du recueil et le minant, ruine le progrès à la place même où, dans la Première Série, le Satyre en faisait un processus irréversible: l'organique est non plus le lieu où se pense positivement l'unité de la vie et de la mort, dans la ligne de Cadaver, ou, ailleurs que dans Hugo, dans Les Insectes de Michelet. L'organique est la mort:
Moi Je rampe et J'attends. Du couchant, de l'aurore, Et du sud et du nord,
Tout vient à moi, le fait, l'être, la chose triste,
La chose heureuse; et seul je vis, et seul J'existe, Puisque je suis la mort.
La ruine est promise à tout ce qui s'élève.
Vous ne faites, palais qui croissez comme un rêve,
Frontons au dur ciment,

Que mettre un peu plus au haut mon tas de nourriture

Et que rendre plus grand par plus d'architecture,

Le sombre écroulement.(69)
L'écroulement de l'épopée humaine, annoncé dans La Vision d'où est sorti ce livre, ne procède pas, si l'on s'en tient à la structure du recueil, du choc des révolutions, de ces grands oiseaux que sont l'esprit d'Apocalypse et l'esprit d'Orestie: il procède d'un "miasme ignoré qui pénètre / L'homme de toutes parts" et qui "suffit à faire avorter le prodige/ Dans la Nature épars"(70). L'Epopée du ver, c'est la chûte sans rédemption du process historique de la Nouvelle Série. Ecrite en 62, l'année des Misérables,
.,.-son travail de néantisation est ln extremis contrecarré par la Réponse du poète au ver, écrite en 77, qui est refus spiritualiste de la réduction du vivant à l'organique, ("Non, tu n'as pas tout, monstre,et tu ne prends point l'âme"(71)). Et ce refus entraîne le recours A des métaphores botaniques ("Cette fleur n'a Jamais subi ta bave infâme"(72)) et astrales ("Puisque l'ombre atteint l'astre, et puisqu'une loi vile / Sur l'éternel Homère met l'éternel Zoïle".(73))
Il n'empêche qu'en son centre, la Nouvelle Série touche le fond de sa néantisation organique, dans une figuration abyssale des poèmes qui précèdent et des poèmes qui suivent( telle strophe ronge La Terre, telle autre Les Trois Cents, telle autre La Comète, etc, Jusques y compris Abîme). Si bien que tout le travail du second volume de la Nouvelle Série peut se lire comme la conjuration de cette néantisation - avec cela de terrible que son dernier mot induit l'effrayante proximité de Dieu et du ver "Je n'aurai qu'à souffler et tout serait de l'ombre"(74) - Dieu se définissant comme principe spirituel ( le souffle) d lune possibilité d'anéantissement de tout.
Plongée dans le Néant, L'Epopée du ver est aussi plongée de l'écriture dans l'organique, contamination de tout par son abjection, qui est l'abjection de la mort:
Les lunes sont, au fond de l'azur, des cadavres;

on voit des globes morts dans les célestes havres

Là-haut se dérober;

La comète est un monde éventré dans les ombres

Qui se traîne, laissant de ses entrailles sombres

Sa lumière tomber.(75)
Le ver chante l'atonie organique des mondes, une sorte de mollesse abjecte du mouvement, d'inertie libidinale du devenir. En cela,le ver est le double inverse du Satyre. Et l'organique est au bout de toute entreprise de dégradation de l'Histoire de l'Homme et du cosmos.
Intentionnellement ou non, Hugo liquide dans la Nouvelle Série le devenir sous sa forme organique, et renverse la biologie en nécrologie, au moment même où cette biologie est en train de se constituer en épistémé.
Mais, pour autant que le naturalisme historique change profondément de représentation, il n'en reste pas moins un naturalisme historique, et la Nouvelle Série n'est pas une fuite en avant du spiritualisme - même si elle est davantage spiritualiste que la Première, et si les astres, comme les oiseaux, et mieux que les satyres, permettent d'intégrer naturalisme et spiritualisme -. Elle n'est pas le recours d'un spiritualisme pour belles âmes, essayant de se sauver du déterminisme scientiste qui s'impose dans la dernière partie du siècle.
Tout au contraire: en figurant la positivité du devenir historique dans la Comète, le naturalisme de la Nouvelle Série se met sur le terrain de la science, et se situe non pas à côté, ni au-dessus, mais au centre de la question du déterminisme. Dans la Nouvelle Série, ce n'est pas la réécriture d'un mythe (Renaissance - Seizième siècle -Paganisme), mals le calcul scientifique qui permet de dégager l'inconnu, et l'énergie du devenir. Et ce que La Légende de 77 oppose à la biologie, ce n'est ni la poésie, ni la philosophie, ni le sublime, c'est la physique. A l'anthropologie, l'astronomie. A l'évolutionisme de l'espèce humaine, la thermodynamique astrale. Et Renouvier dira très sérieusement que Hugo est le premier poète de l'astronomie moderne.
Le poème La Comète prolonge et rend définitive la disjonction du devenir de l'organique. Halley, songeur, savant orphique, esprit prophétique, annonce le retour d'une comète qui est l'envers de celle du ver, même dans le discours truqué qui fustige l'ambition scientifique de l'astronome. La comète de Halley est chaleur, mouvement, énergie, dynamisme
La comète est un monde incendié qui court, Furieux, au delà du firmament trop court; Elle a la ressemblance affreuse de l'épée; Est-ce qu'on ne voit pas que c'est une échappée ? Peut-être est-ce un enfer dans le ciel envolé.(76)
Elle est d'autre part flamme, matière épurée et en même temps érotique (en cela elle retrouve la force du satyre, mais avec substitution du prodige à la fange): en elle s'unissent Eros et Thanatos, elle est lumière spectre à force de clarté
Et soudain, comme un spectre entre en une maison, Apparût, par-dessus le farouche horizon, Une flamme emplissant des millions de lieues, Monstrueuse lueur des immensités bleues, Splendide au fond du ciel brusquement éclairci;(77)
L'organique, lui, est tout entier du côté de la foule, espèce de bloc de haine et de sarcasme, qui lacère le nom de Halley, et "vautouro moqueur()"(78), aime "voir saigner la chair vivante"(79), la laissant à sa mort "à la profonde pourriture" "Donc chez les vers de terre on le laissa descendre"(80). Victoire des vers, de l'organique, de la loi nécrologique, mais non définitive: victoire qui dure trente ans, jusqu'à l'arrivée
de la comète qui elle est la victoire du calcul: 1759 + 30 1789.
Que le calcul dise à la fois la vérité de l'Histoire et de l'univers, c'est fondre sous un même regard Histoire et Histoire naturelle, pour reprendre les mots de Michelet, mais en Inscrivant leur fusion dans une vision globale qui est celle du déterminisme. Car la mathématisation rêveuse de l'univers par Halley réduit à zéro la part du hasard, et jette aux oubliettes un Dieu qui Jouerait aux dés la marche du monde. Halley, au travers du calcul du retour de la comète, poursuit en effet, pour l'anéantir dans ses derniers retranchements, le rôle laissé au hasard: Il sait "le total quand Dieu Jette les dés".(81) Un Dieu prodigieux est mis à la place du Dieu hasardeux que le texte réfère aux religions Instituées: prodige divin, et non pas seulement prodige scientifique comme dans le texte de Renan que J'ai cité.
Et opérer un déplacement de la philosophie à l'astronomie des lumières pour annoncer l'arrivée de la Comète-Révolution, ce n'est pas prendre le déterminisme scientiste au défaut de sa cuirasse, mais là où précisément il a depuis longtemps consolidé ses positions: je cite un texte de Laplace, datant de 1814
Nous devons donc envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une Intelligence qui pour un instant donné connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ses données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome: rien ne serait Incertain pour elle, et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux. L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner à l'Astronomie, une faible esquisse de cette intelligence.(82)
Au travers de Halley, Hugo fait plus qu'une concession boudeuse à la science - c'est au scientisme qu'il n'en fait pas: car le travail de ce "noir rêveur" prométhéen, en perçant le mystère de la comète, confisque à Dieu ses dés pour lui rendre une prodigieuse nécessité. La mathématisation débouche sur de l'émerveillement. Halley tient "le ciel comme Orphée une lyre'' (83), il est l'homme qui, par sa pensée, amène les astres à lui obéir dans ce qu'ils ont de plus sublime, et dompte la plus échevelée. Avec lui se résoud l'antinomie de la science et de la religion, du calcul et de la poésie, de la rationnalisation et de l'enchantement du monde. Ou, pour reprendre les Proses philosophiaues des années 1860-65, qui par ailleurs font un tir groupé sur les sciences et sur les religions: "la stupeur de la science devant les comètes atteint la poésie" (84); "ce qui a l'air d'un rêve est de la géométrie" (85).
Rappelons que France et âme est daté du 14 novembre 1874, et La comète du 4 septembre 1874 (date qui a toute chance d'être
symbolique pour le jour et le mois, mais non pour l'année). La position de Hugo à cette date face au déterminisme scientiste est à la fois sans ambiguité et sans naïveté. Il s'agit d'opposer à la dissociation de l'Histoire et de l'Histoire naturelle, du progrès historique et de l'évolution anthropologique, au zéro pour but final d'Haeckel et à l'Homme singe de Darwin, une science où se résolvent Nature et Histoire d'une part, religion et humanisme d'autre part.
Cette position, qui reconnaît au déterminisme scientiste la capacité de dire la vérité de l'univers et de l'Histoire, est d'autant moins simpliste qu'elle permet de saper à plusieurs niveaux l'historicisme scientiste: au niveau Idéologique, et au niveau épistémologique.
Au niveau épistémologique: Parler de Halley permet de ne pas parler de Bayle dont L'Essai sur les comètes est l'acte de fondation d'une Histoire critique des faits et des documents l'ancêtre de Renan. En outre, le déterminisme scientiste du XIXème siècle, et c'est tout à fait frappant dans le texte de Laplace que J'emprunte à Krzysztof Pomian (86) en même temps que son analyse, en affirmant que tout état présent est l'effet d'un état passé et la cause d'un état futur, fait de la prévisibilité une propriété Inhérente à l'univers. Du coup la connaissance change de sens: elle tourne le dos au passé et se subordonne à la prévision. Le centre de gravité du savoir passe, avec le scientisme du XIXème siècle, du passé à l'avenir, elle cesse d'être passéiste pour devenir futurocentrique, exactement comme la Nouvelle Série, une fois la logique du passéisme bien bloquée dans le moyen-âge tardif de Paternité, saute dans la prévision de La Comète.
or l'historicisme scientiste, est, contre l'historiographie romantique, une science du passé qui refuse d'être, à un moment quelconque de son développement, une prophétie tournée vers l'avenir. La caractéristique de l'Histoire d'un Taine, d'un Renan, ou de La Revue historique, ce n'est pas seulement de couper l'Histoire d'un devenir qu'elle partagerait avec la Nature, c'est de la couper de l'avenir: ce qui, aux yeux de Hugo, vaut à peu près le "zéro pour but final"(87) de Haeckel.
Faire de La Comète, dans sa reprise au début du Temps présent et Là-Haut, la figure de l'écriture historique qui comme elle est elliptique, répétitive et cyclique, c'est aussi définir celle-ci comme prévision, prophétie: casser l'historicisme scientiste sur le terrain du déterminisme.
Et pas seulement dans une perspective épistémologique, mais aussi dans une perspective idéologique: le déterminisme historique est en effet un déterminisme normatif, organique au sens où il confond sans cesse -dès Auguste Comte, le positivisme ne sort pas de là - ordre rationnel et ordre politique, ordre physique et "ordre moral" si l'on veut bien en faire une question d'actualité de l'année 1877. or ce que prédit Halley, ce n'est évidemment pas les
agissements de Mac-Mahon en 77, mais la Révolution de 1789, qui revient au début du Temps présent en "vérité, lumière effrayée, astre en fuite"(88), dans une réécriture pratiquement mot pour mot de La Comète. Cette réécriture, à la rigueur, pourrait ne passer que pour fondement Initial du XIXème siècle, si, par surcroît, elle n'apparaissait après Les Petits, dont deux poèmes sont consacrés à la Commune et un autre à la Question sociale, dans le poème intitulé Là-Haut, qui ouvre la série de poèmes qui agrandissent, Jusqu'à Abîme, l'Histoire aux dimensions du cosmos. Bref, Hugo voudrait naturaliser le principe révolutionnaire comme principe de l'Histoire et de l'univers qu'il ne s'y prendrait pas autrement ...
Au mouvement christologique du Satyre, chùte et rédemption dans l'étoilé, succède la révolution (au sens propre et au sens "figuré") de la Comète. La Révolution est astre, non désastre, et désir: desiderium, désir d'union sidérale
Et je me prostitue à l'infini, sachant Que je suis la semence et que l'ombre est le champ; De là des mondes; Dieu m'approuve quand J'ébauche Une création que tu nommes débauche. Celle qui lie entre eux les univers, c'est moi; Sans moi, l'isolement hideux serait la loi; Etoiles, on verrait de monstrueux désastres; L'infini subirait l'égoïsme des astres; (89)
Publier ceci après avoir, dans le même recueil, institué la Comète comme figure de la Révolution, seul le grand-père anarchique pouvait l'imaginer: le satyre est somme toute plus convenable. La critique semble d'ailleurs avoir un boeuf sur la langue qui l'empêche de parler de cet étrange triptyque révolutionnaire qui mêle libération sexuelle et apologie d'un représentant de l'astronomie anglaise.
C'est que Hugo n'a pas tout dit avec les calculs de Halley, qui Inscrivent l'arrivée de la Comète dans une vision déterministe du monde. Car la Comète est à la fois totalement déterminée et donc nécessaire, et totalement libre, principe de liberté. Son dernier mot, dans Là-Haut est sans ambiguïté:
0 mes soeurs, nous versons toutes de la clarté, Etant, vous l'harmonie, et moi la liberté.(90)
Cette liberté, fondée par la volonté de Dieu qui mandate la comète, n'est compréhensible, dans la mesure où Là-Haut vient après La Comète, que si on lui donne un contenu moral et politique: libération sexuelle, libération morale, libération de la parole. Et surtout, comme dans Voir page 421, désorganisation: "J'éveille du chaos le rut démesuré"(91). Très clairement dans Voir page 421, la prévision du savant reçoit un contenu politique - "La fin des guerres, plus d'échafaud, la paix, la liberté, l'amour"(92) et le couple du penseur et de l'astre sème le désordre, dans une société qui n'aspire qu'à l'ordre
L'ennemi public meurt. Bien. Tout s'évanouit.
Nous allons donc avoir tranquillement la nuit! La sainte cécité publique est rétablie. on boit, on mange, on rampe, on chuchote, on oublie, L'ordre n'est plus troublé par un noir songe-creux.(93)
C'est dire, de manière explicite, ce que disait dans La Comète le truquage de la voix de l'anathème, qui était une voix de l'ordre politique et religieux. Les flottements apparents du "message" de Hugo - Instituant la nécessité de la comète pour ensuite lui faire dire qu'elle est la liberté - ont ainsi une cohérence, qui est une cohérence politique: la reconnaissance d'une nécessité régissant l'univers, qui seul permet de reconnaître la marque d'une volonté divine ordonnée, ne doit pas se confondre avec une idéologie de l'ordre social. Mais au contraire, c'est de toute nécessité que les comètes et leurs prophètes rompent "la sainte cécité publique"(94). Le génie n'est ni un gendarme, ni un calotin, ce que redira autrement L'Art d'être grand-père. ordre et désordre, telle est la fécondité des révolutions.
Toutefois, la comète pose un double problème politique, celui de l'humanisme, et celui du démocratisme. La métaphore astrale a ceci de particulier qu'elle situe le progrès "làhaut": le thème de l'influence astrale n'est pas développé. La Philosophie des années 60 consacrait une page aux rencontres de l'Histoire et de l'Histoire naturelle que marque le passage des comètes, en évacuant l'astrologie des influences astrales:
Qu'est-ce que cette comète de Louis XIV (1652), au dire d'Hévélius, aussi grosse que la lune, et que cette comète de Néron, au dire de Sénèque, aussi grosse que le soleil? Les comètes jadis ont épouvanté l'astrologie, elles déconcertent maintenant l'astronomie". (95)
La comète est ainsi le lieu d'une coïncidence de l'univers et de l'Histoire, non d'une détermination. Astronomie contre astrologie: pas question de voir dans la comète le moteur de la Révolution: elle est la Révolution.
or le shéma actanciel de La Comète, comme celui de Voir page renforce la déshumanisation de la Révolution via sa symbolisation astrale, symbolisation qui, dans Là-Haut, devient Intransitive: la comète n'est pas le signe transparent de la révolution, mais garde l'opacité de ce qu'elle est en elle-même. Le principe révolutionnaire est doublement déshumanisé: par sa symbolisation astrale, et par la place qu'a ce symbole dans les deux poèmes "narratifs". En effet, ces deux poèmes obéissent à une opposition triangulaire: le penseur, l'astre, la foule. La foule met à mort le penseur solitaire - le génie est à la fois christ et exilé -, la comète donne raison au penseur contre la foule
Trente ans passèrent. on vivait. Que faisait la foule ? Est-ce qu'on sait ? Et depuis bien longtemps personne ne pensait Au pauvre vieux rêveur enseveli sous l'herbe. Soudain, un soir, on vit la nuit noir et superbe,
A l'heure où sous le grand suaire tout se tait,

Blêmir confusément, puis blanchir, et c'était

Dans l'année annoncée et prédite, et la cime

Des monts eut un reflet étrange de l'abîme. (96)
Autonome, la Comète-Révolution n'est pas un principe agi par l'humanité. Que faisait la foule ? Est-ce qu'on sait. il n'y a pas, dans le texte, de peuple, ni d'individus sujets de la Révolution. Il n'y a que des témoins: d'abord le noir rêveur, et ensuite, à l'arrivée de la comète, un "on" désindividualisé et qui ne passe pas à l'action. Ni démocratisme: la foule n'est pas transfigurée en peuple par la comète, mais par l'enfant, autre figure ambiguë du progrès, et ailleurs dans le recueil; il n'y a pas non plus humanisme historique: le penseur est sujet autonome, la comète est sujet autonome, mais Il n'y a pas de sujet humain du progrès historique en acte. La comète est une Révolution sans peuple, et au bout du compte sans Homme. La position de la Nouvelle Série face au déterminisme contient son propre retournement: là où elle se réclame du déterminisme elle fonde une Histoire Indéterminée, sinon par de grands principes désanthropomorphisés et qui sont seuls autonomes: "Je suis la liberté", dit la comète de Là-Haut; mais en disant cela, elle confisque aux hommes leur liberté: telle est le risque du symbole. A faire de la Nature, non le milieu déterminant des scientistes, mais le principe cosmique de la liberté de l'Histoire, La Légende - sauf à ses héros médiévaux et aux génies - refusent aux hommes leur liberté d'action dans l'Histoire. Les hommes sont dans l'aliénation: Ils sont la foule, Ils sont la vole truquée qui fustige les ambitions de Halley/ du penseur. Ils sont le principe de la mise à mort du penseur, et du refus de voir la Révolution . La Nouvelle Série se replie dans son exagération même, dans la provocation de ce naturalisme historique révolutionnaire qu'elle met en place. Invraisemblablement scandaleuse, la Comète perd de sa réalité politique, et, Là-Haut, décape le discours révolutionnaire, mais au prix de sa crédibilité, de son ancrage pragmatique. Révolution astrale,la Révolution intrônise et le désir, et le génie, mais non le peuple: d'où cette suite logique à La Comète, Changement l'horizon, pour le poète, Le Groupe des idylles et des poètes, puis Un poète est un monde enfermé dans un homme. D'où aussi l'impossiblité de nommer autrement la Commune que, dans la section Les Petits, Guerre civile. L'Histoire révolutionnaire est emportée par sa prévision: la Comète est toujours en avant, au-delà, après, Là-Haut. Certes c'est maintenir la Révolution comme programme: mais c'est aussi la déréaliser dans le XIXème siècle. C'est à mon avis cette ambiguïté du progressisme révolutionnaire de la Nouvelle Série qui la rend idéologiquement acceptable, alors même qu'elle est plus scandaleuse et plus critique que la Première Série d'une part, et que les discours historico-politiques des années 70 d'autre part. Les "querelles d'astres" ne sauraient effrayer le bourgeois, car elles ne fondent pas le peuple en sujet de l'Histoire, de la Révolution. La Nouvelle Série campe le génie dans une solitude critique qui pousse à la limite la logique de l'exil, et porte en même temps les germes de sa récupération consensuelle, quelques années plus tard. on peut dire avec Pierre Albouy que l'Histoire hugolienne,
transportant les contradictions historiques dans le cosmos, échappe à l'idéologie, d'une part idéologiquement, les contradictions historiques s'abolissant à bon compte dans le cosmos, et d'autre part en allant au delà de l'idéologie, dans cet "emportement poétique" qu'Albouy décrit dans Hugo fantôme (97).
Reste que la personnalisation offensive d'un monde que tous les scientismes réifient débouche sur une très problématique réification de l'Homme comme sujet de l'Histoire: le sujet autonome de l'humanisme se réfugie dans l'individu génial, qui n'est pas le guide du peuple de telle page du William Shakespeare dessine pour concilier doctrine du génie et démocratisme, mais celui qui tente de se protéger de sa bêtise, de son aliénation, et qui trouve la mort dans cette opposition: "éternel pilori des génies / Et des fous" (98) qui ancre le progrès révolutionnaire dans une logique concessive et pourtant, Il existe
NOTES
(1) Michelet, papiers conservés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris, cité par Edward Kaplan, p.14 de son Introduction à L'Oiseau. Edition P. Viallaneix, Paris, Flammarion 1986. (2) "je suis l'esprit, vivant au sein des choses mortes". L'Homme, Abîme; La Légende des siècles, Nouvelle Série; Poésie III de l'édition "Bouquins". Toutes les références aux textes de Hugo renvoient à cette édition. (3) L'Oiseau, Introduction, Comment L'Auteur fut conduit à l'étude de la nature, p. 64. (4) Ibid, p. 47. (5) Ibid. (6) La Légende des siècles, Nouvelle Série, 1877, XVI, p. 428. (7) Darwin, De L'origine des espèces au moyen de la sélection naturell la lutte pour l'existence dans la nature, p.514, Paris, Reinwald et cie, 1873. (8)Discours prononcé à la scéance publique tenue par l'Académie française pour la réception de M. E. Renan le 3 avril 1879; pp. 12-13; Typographie de Firmin-Didot et cie, Paris, 1879. (9) Nouvelle Série, XXI, 8, p.497. (10) La Légende des siècles, Dernière Série, 1883, 1, 3, p.568 et sqtes. (11) Nouvelle Série, p. 497. (12) Ibid. (13) Ibid. (14) Ibid. (15) XVII, A L'Homme, p. 552. (16) France et &me, p. 497. (17) Ibid. (18) Ibid, p. 496. (19) La Légende des siècles, Première Série, 1859, Poésie II, XIII, 4, p. 801. (20) Nouvelle Série, XIX, Tout Le Passé et tout l'avenir, 2, p. 468. (21) Ibid, p.471. (22) Ibid. (23) Michelet, Introduction à l'histoire universelle, p.229, Edition P. Viallaneix, Paris, Flammarion, 1986. (24) Première Série, VI, III, 1, p. 696. (25) Nouvelle Série, V, 1, 3, p. 239. (26) Ibid. (27) IX, 1, pp. 327-8. (28) V, 11, 2, 6, p. 260. (29) Ibid, 3, p.257. (30) Ibid, 10, p. 265. (31) Ibid, p.266. (32) Philippe Hamon, Introduction à l'analyse du descriptif, collection Langue Linguistique Communication, Hachette, Paris, 1981. (33) Nouvelle Série, IX, 4, p. 329. (34) XV, 11, 2, p. 398. (35) Ibid. (36) Ibid. (37) Ibid, 3, p. 401. (38) Ibid, 3, p. 401-402. (39) VIII, III, p. 317. (40) XV, 11, 4, p.403. (41) Ibid, 4, p. 402.
(42) Ibid. (43) Ibid, p. 404. (44) Ibld, 5, p. 405. (45) Ibid, 4, p. 403. (46) Ibid, 4, p. 402. (47) Ibid. (48) 111, 11, p. 214. (49) "L'Homme étant misérable,/Et mettant, lui qui rampe et qui dure si peu,/ Le masque de l'enfer sur la face de Dieu!" XV, II, p. 400. (50) XV, II, 11 p.398. (51) XVIII, 1, p. 435. (52) XXIII, 2, p. 524. (53) Ibid. (54) XVIII, 3, pp. 436-7. (55) XVIII, 20, p. 448. (56) E. Zola, Les Rougon-Macquart, 2, La Faute de l'abbé Mouret, P. 77. Collection %'Intégrale", Paris, éditions du Seuil, 1970. (57) J. Michelet Introduction à l'histoire universelle, édition citée, p. 230. (58) Nouvelle Série, XVIII, 3, pp. 436-7. (59) Première Série, VIII, 1, p. 736. (60) Ibid, p.735. (61) Ibid, 2, p. 742. (62) Ibid, p. 744. (63) Nouvelle Série, 111, 1, p. 212. (64) Ibid. (65) 111, 11, p. 211. (66) 111, 11, p.212. (67) 111, 111, 6, p. 225. (68) 111, 1, p.212. (69) X, < Le ver du sépulcre >, p.360. (70) XI, p.363. (71) XII, p. 381. (72) Ibid. (73) Ibid. (74) XXVIII, p. 562. (75) XI. p. 377. (76) XVI, p. 425. (77) Ibid, p.428. (78) Ibid, p.426. (79) Ibid, p. 427, (80) Ibid. (81) Ibid, p. 425. (82) La Querelle du déterminisme, Le Débat, Gallimard, Paris, 1990. Dossier réuni par Krzysztof Pomian; citation préliminaire p. 9. (83) Nouvelle Série, XVI, p.426. (84) Critique; Proses philosophiques des années 1860-1865, Philosophie, p. 489. (85) Ibid, p. 490. (86) opus cité, Le Déterminisme, Histoire d'une problématique, p.11 et sqtes. (87) Nouvelle Série, XXI, 8, p. 497. (88) XXI, 1, p. 479. (89) XXIV, p. 536. (90) Ibid, p. 537. (91) Ibid, p. 536.
(92) XXI, le p. 480. (93) Ibid. (94) Ibid. (95) Critique. Proses philosophiques des années 1860-1865, Philosophie, p. 488. (96) Nouvelle Série, XVI, p.429. (97) Pierre Albouy, Hugo fantôme, ln Littérature, n°13 février 1974, Histoire/Sujet, p. 123.
1   2

similaire:

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconBulletins des Amis d’Anet disponibles à la vente (série ancienne et série nouvelle)

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconDiffusion et réception de la legende des siecles de 1877

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconL’historique des bébés médicaments dans le monde
«champ» ou «discipline» nouvelle, dans le courant des années 1960 et des interrogations au sujet du développement de la biomédecine...

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconRésumé : Pour découvrir la démarche artistique des plus grands photographes...
«déclencheur de doute actif» qui interroge les rapports entre nature et artifice, réalité et représentation. Quelle réalité latente...

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconTour de Corse au départ de Bastia
«civitas semper fidelis», resta fidèle, par son histoire, aux Génois, pendant de nombreux siècles. Calvi se baigne dans la légende...

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconLes contrôleurs et commissaires de marine en Nouvelle-France
«l’édifice». Ce dernier appartient en majorité à la noblesse de robe, comme l’a montré Jean-Claude Dubé dans une étude précédenteii....

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconLittérature écrite et orale (roman, nouvelle, fable, légende, conte,...

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconLittérature écrite et orale (roman, nouvelle, fable, légende, conte,...

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconRésumé article : la série entière Historique de Hardy

Claude Millet : Nature et determinisme historique dans la nouvelle série de La Légende des siècles iconRésumé de l’étude documentaire 4
«Magazine de Marques». Leur périodicité est régulière. Elle fait l’objet d’une numérotation incluse dans une série. Leur diffusion,...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com