Histoire des relations internationales





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HISTOIRE DES RELATIONS INTERNATIONALES
Document de travail élaboré par Danielle Cabanis, Professeur à l’Université des Sciences sociales de Toulouse, dans le cadre du Master de science politique, Parcours de géopolitique et relations internationales


Lectures conseillées en français :

Philippe Moreaux-Desfarges : Histoire des relations internationales après 1945, 2 vol. Collection Points Histoire

François Mougel, Histoire des relations internationales depuis 1815, PUF Que sais-je ?

XXX, Nouvelle histoire des relations internationales (6 vol. en cours de parution), Collection Points Histoire

Cf. La revue des relations internationales, publiées par les Hautes Etudes internationales de Genève, dont les contributions les plus importantes sont en ligne.

Lectures conseillées en anglais : se référer à la bibliographie thématique actualisée de Francis A. Beer, International Relations Bibliography, sur Internet :

http://sobek.colorado.edu/~beer/COURSE/5013/bibliog.pdf

INTRODUCTION
Si l’on retient une définition très large des relations internationales, à savoir tous les rapports qui traversent les frontières, sans être soumis à un pouvoir étatique unique, ou dont les acteurs relèvent d’entités étatiques différentes, c’est en identifiant le rattachement ou la localisation politique que l’on est en mesure de décider si tel rapport social appartient ou non aux relations internationales. Il faut éviter de se limiter à une dimension restrictive de la nation. . En effet, l’expression " relations internationales " signifie littéralement relations entre nations. Or, l’organisation de collectivités sous la forme nationale est un phénomène relativement récent. Cette observation est d’autant plus vraie si l’on se réfère à la période où l’État moderne devient l’acteur principal des relations entre unités politiques territorialement organisées. Ce sont les Traités de Westphalie de 1648 qui posent l’État comme unité de base des relations internationales. En revanche, le concept d’unité politique territorialement organisée nous permet d’inclure dans les relations internationales celles entre cités grecques, entre empires et entre monarchies. Les acteurs sont divers et se meuvent dans un système, ce qui permet une utilisation de tous les outils d’analyse de la méthode systémique ²étant entendu que l’on recourt alors à l’analyse macroscopique, sans rejeter l’analyse microscopique en se situant au niveau des acteurs internationaux.

Pendant longtemps, et cela fonde la place des relations internationales dans la science politique, étudier les RI, c’était s’interroger sur les phénomènes de pouvoir dans la société internationale. Or le pouvoir apparaissait principalement aux mains des Etats ou entités que l’on peut y assimiler, agissant en terme de rivalité ou de concurrence. Ainsi l’historien grec Thucydide dans son Histoire des guerres du Péloponnèse s’interrogeait sur les relations entre les cités de Sparte et Athènes au Ve siècle avant JC. Il raconte leur conflit et il cherche à comprendre leur comportement et les motifs de la paix et de la guerre, ce qui lui permet au terme de son analyse d’esquisser une explication rationnelle, qu’il trouve dans la recherche de puissance de la cité d’Athènes, dont les dirigeants fondent ainsi un véritable impérialisme.
Dans cette perspective, il est clair que le cœur des RI, c’est la guerre et la paix, avec le rôle clé du soldat et du diplomate, dont l’action a des retombées sur toute la société. En amont et en aval, c’est l’économie, l’identité, le développement culturel, le progrès technologique qui conditionnent et subissent à la fois l’environnement international. L’histoire individuelle et collective est à la fois interne et internationale, d’où un éventail très riche de perspectives et d’approches possibles.
Il est alors fondamental de définir l’objet de l’analyse et du champ d’investigation de l’histoire des relations internationales. Différentes approches peuvent être retenues
L’approche classique de l’histoire des relations internationales :

Que se soit en histoire, en science politique ou même en sociologie, avant la première guerre mondiale, l’étude des relations internationales se concentrait d’abord sur l’état, la conduite, et l’évolution des relations inter-étatiques. Ainsi, Renouvin dans son Introduction à l’histoire des relations internationales précise que le champs d’analyse des relations internationales se limite surtout aux rapports inter-étatiques. De ce fait, il subordonne les autres types de rapports internationaux (rapports entre les peuples, entre les économies, entre les individus…) aux rapports entre les États. Il constate que l’État impose, réglemente et oriente les autres types de relations entre les peuples. L’ objectif des historiens tenants de l’approche classique des relations internationales est donc d’améliorer notre compréhension du comportement des États dans le milieu international.

La place de l’histoire diplomatique et l’histoire des conflits

La diplomatie et la guerre étant les deux principaux moyens d’actions de l’ État sur la scène internationale, l’histoire diplomatique et celle des conflits ont constitué les deux domaines d’analyse privilégiés par l’approche classique. Les Traités, Pactes ou Ententes internationales, les discours et déclarations publiques des décideurs politiques ou militaires, les archives des chancelleries, les recueils de documents publics et annuaires, les différentes missives et notes diplomatiques, les rapports des services de renseignement sont quelques-unes des sources traditionnelles d’informations (sources primaires) permettant à l’historien d’analyser et d’expliquer l’évolution des relations internationales fortement centrée autour d’une présentation à dominante évènementielle.

A côté des ouvrages sur les relations entre un État et d’autres États ou en encore entre groupes d’États nous retrouvons également nombres d’analyses sur l’histoire des relations internationales par grandes régions ( Asie, le Proche-Orient, le monde communiste, Europe de l’Ouest, Amérique latine …) et par périodes (la période coloniale, la fin des empires coloniaux, la période des Grandes conférences et des Pactes (1919-1933), la guerre froide, la coexistence pacifique , la détente, l’après-guerre froide…). Les critères de classification servant à distinguer les différentes périodes dans l’évolution des relations internationales étant pour le moins très variés entre les auteurs, il est pratiquement impossible d’en établir une liste exhaustive.

Nouvelles dimensions dans l’approche classique

Le développement rapide des sciences humaines au XIXe et surtout au XXe siècles s’est manifesté dans la discipline historique par la présentation de nouveaux schémas explicatifs beaucoup plus complexes et raffinés du comportement de l’État sur la scène internationale. Les historiens ont intégré un éventail beaucoup plus important et plus précis des différentes influences qui agissent sur le comportement de l’État et sur les processus de prise de décision en matière de politiques extérieure ou étrangère. Par exemple, Jacques Freymond dans un article sur l’évolution de l’analyse historique des relations internationales écrit : (…) le cadre étroit des chancelleries est définitivement brisé, même si on continue à se servir des ressources documentaires qu’il offre. C’est sur le dialogue que l’homme d’État mène avec la société, sur l’influence des forces profondes, des facteurs économiques, des comportements collectifs, sur la psychologie du décideur, l'ambiance dans laquelle se prennent les décisions, sur le rôle des circonstances que l'accent sera mis

Voici quelques exemples de facteurs et de forces profondes qui ont été intégrés aux nouveaux schémas explicatifs :

les facteurs géographiques : ex. l’influence du niveau de dépendance d’un État sur le plan de son approvisionnement en richesses naturelles sur sa politique commerciale et sur son expansionnisme; - le Mali versus la République démocratique du Congo

les conditions démographiques : ex. l’influence du poids démographique d’un État dans la distribution de la puissance dans une région donnée; - l’Algérie versus la Lybie

les conditions de développement technique et scientifique : ex. l’influence du développement des systèmes d’armements sur le comportement de l’Allemagne durant le second conflit mondial;

les processus de coopération et de conflit économiques : ex. l’influence de l’intégration économique européenne sur les modes de résolution des conflits entre États de l’Europe de l’Ouest.

Il serait facile de multiplier les exemples de facteurs qui ont été intégrés à l’analyse classique des relations internationales. Énumérons simplement quelques grands ensembles : les nationalismes, la personnalité et la psychologie du décideur, les différentes perceptions des décideurs de l’intérêt national, l’appartenance idéologique et culturelle, les groupes de pressions, l’opinion publique, les valeurs sociales et enfin, le rôle des médias. L’approfondissement des connaissances au niveau du rôle des bureaucraties dans le processus décisionnel au sein de l’État a aussi permis d’améliorer notre compréhension de l’action de l’État dans les relations internationales.


La fin du monopole de l’État dans les relations internationales et l’apparition de nouvelles approches 

 

Bien que le champ d’investigation délimité par l’action de l’État reste dominant après la Grande guerre, de nouvelles approches apparaissent avec la transformation du milieu international. Cette transformation découle notamment :

de la multiplication des réseaux de relations internationales;

de la diversification des types d’acteurs impliqués dans ces relations comme les organismes internationaux gouvernementaux ou non-gouvernementaux, les groupes de solidarité tant économiques que sociaux, religieux ou écologiques etc.)

de l’apparition ou de l’extension de nouveaux processus comme ceux d’intégration, d’interdépendance et de mondialisation.

  Pour plusieurs, l’étude des relations internationales ne peut plus se limiter aux seules relations inter-étatiques. L’expression chère au courant globaliste --aux problèmes globaux des solutions globales—suppose en effet que l’État n’est plus en mesure de répondre aux exigences nouvelles du développement. Par exemple, la diminution sinon la résolution des problèmes de la faim et du sous-développement à l’échelle mondiale exigeraient non seulement une implication de l’État mais aussi celle de multiples acteurs non-étatiques comme l’entreprise privée, des organismes internationaux non-gouvernementaux comme Médecins sans frontières etc. La résolution des problèmes d’ordre écologique est un autre exemple souvent avancé pour démontrer la nécessaire coopération entre plusieurs types d’ acteurs nationaux et internationaux (entreprises privées, groupes écologistes, instituts de recherche scientifique, syndicats etc.)

Sur le plan de l’analyse, la multiplication des acteurs et des processus signifie alors que l’on doit élargir le champ d’investigation en y incluant notamment l’étude du rôle et du comportement de ces nouveaux acteurs internationaux. Il ne s’agit pas ici que de l’addition de nouveaux facteurs d’influence sur le comportement de l’État mais bel et bien d’un gain d’autonomie de ces acteurs par rapport à l’État sur la scène internationale. Ainsi, le concept de " relations internationales " traditionnellement associé presque exclusivement à la politique internationale " qui implique un rôle dominant des détenteurs de pouvoir dans un pays face aux autres pays " englobe aujourd’hui, dans bien des cas, l’ensemble de la vie internationale c’est-à-dire, « (…) tous les cas de relations où l’État joue en général un rôle mineur (commerce privé international, tourisme international, sport international etc.) »

Ainsi aux études sur les relations inter-étatiques bi ou multilatérale et sur les conflits s’est ajoutée une quantité importante d’analyses dont l’objet central portait sur les nouveaux acteurs ou les nouveaux processus internationaux : par exemple, histoire de l’intégration européenne, histoire des organismes internationaux, histoire du tourisme international, histoire du processus d’internationalisation économique etc.

La prise en compte des acteurs non-étatiques dans la dynamique des relations internationales n’est pas en elle-même absolument nouvelle. En effet, les racines historiques de l’école transnationaliste actuelle se développent principalement au XVIe et XVIIe siècles avec les écrits de Vittoria et de Suarez pour qui la communauté universelle est d’abord composée d’individus et d’organisations --religieuses notamment-- qui ont préexisté aux États et de ce fait conservent des droits et prérogatives (ex : droits humanitaires) supérieures à ceux des États. Emmanuel Kant parlera même de fédéralisme universel seul type d’organisation susceptible d’assurer la paix universelle. Ainsi que le soutiendra plus tard Joseph Proudhon. Or, cette vision des relations internationales véhiculée par le ancêtres de l’école transnationaliste s’appuie d’abord sur de considérations d’ordre moral, religieux ou idéaliste. Certes les tenants du libéralisme classique comme A. Smith avaient une vision beaucoup plus pratique du rôle des acteurs non-étatiques dans les relation internationales. Le courant libre-échangiste estimait par exemple que se sont d’abord les forces économiques et les principes du libre marché (principes qui supposent une intervention minimale de l’État) qui devraient organiser et structurer les relations internationales. Mais ces courants philosophiques et économistes ont eu une influence relativement mineure sur les historiens des relations internationales avant le XXe siècle. C’est sans nul doute la transformation du milieu international caractérisée par la multiplication des réseaux internationaux qui sera à l’origine de l’expansion du champs d’analyse des historiens des relations internationales au delà de celui de l’État. En contre partie, l’approche marxiste a eu un impact beaucoup plus significatif. Cette approche a depuis le XIXe siècle insisté sur le fait que l’organisation des rapports de classes à l’échelle mondiale et les impératifs du développement du capitalisme constituaient les principaux facteurs pouvant expliquer les structures et dynamiques dans l’organisation des rapports internationaux. Dans cette grille d’analyse, l’État est au service d’une classe dirigeante dont l’objectif est le maintien des rapports dominants/dominés à l’échelle mondiale. Ainsi l’histoire des processus de domination (bourgeoisie/prolétariat; pays riches/pays pauvres; centre/périphérie) et celle des luttes entre dominants pour le contrôle de l’activité internationale ont été au cœur de l’analyse des historiens marxistes. Bien que cette approche ait été amputée d’une partie importante de ses adeptes avec la chute des régimes de type soviétique, elle demeure tout à fait d’actualité principalement au niveau de l’interprétation de l’histoire des rapports Nord/Sud. On débouche alors fatalement sur un débat entre théoriciens et historiens

A côté de l’histoire, plusieurs autres disciplines se sont intéressées aux relations internationales dont l’ économie, le droit, la sociologie et la science politique. Après la première guerre mondiale apparaît dans les universités américaines la discipline des relations internationales. Cette discipline liée très étroitement à la science politique fera un effort considérable de théorisation des relations internationales. Les approches marxiste (Wallerstein) réaliste (Morgenthau) transnationaliste (O’Keohane et Nye) ou systémiste (Kaplan), ont toutes tenté d’établir les bases d’une véritable théorie des relations internationales. Cette nouvelle impulsion donnée à l’étude des relations internationales conduira à quelques oppositions importantes entre historiens et théoriciens, que l’on pourrait résumer comme suit :

Modèle abstrait versus l’histoire événementielle 

Les approches les plus opposées à savoir celle classique de l’histoire diplomatique et celles inspirées du béhaviorisme ou du systémisme se sont évidemment confrontées avec le plus d’ardeur. Les historiens reprochent aux théoriciens de présenter des modèles théoriques abstraits à l’intérieur desquels l’histoire et surtout l’événement historique joue un rôle largement secondaire. Pour plusieurs, il faudrait à tout le moins reconnaître que dans les sciences humaines, l’événement historique est le principal moyen de démonstration de nos généralisations théoriques. Quant à eux, les théoriciens reprochent aux historiens de manquer de perspectives générales axant leurs études essentiellement sur l’événement et non sur un schéma permettant d’expliquer le réel et ses règles d’évolution : « (…) la théorie essaie d’établir les liens qui existeraient éventuellement entre les événements. Elle se place à un point de vue différent; elle cherche à découvrir les régularités , voire les explications et, en tous cas, elle vise à la généralisation. » 

Analyse qualitative versus quantitative

Un autre élément d’opposition entre les historiens classiques et les théoriciens est directement lié au précédent à savoir, l’utilisation des méthodes d’analyse quantitative pour l’étude des relations internationales. Le débat peux se résumer comme suit : la décision en matière de politique internationale est le résultat d’un processus faisant appel selon le cas à la raison, à l’émotion (valeurs, passion, sentiments…) ou à une combinaison raison /émotions. La part qualitative d’une décision est non-mesurable et en conséquence l’utilisation de modèle quantitatif est difficilement applicable en sciences humaines. En d’autres termes, pour certains historiens la composante idyosyncratique dans le processus de décision est trop importante pour justifier l’utilisation de l’analyse quantitative.

Bien que ces débats entre théoriciens et historiens restent encore aujourd’hui d’actualité, de nouvelles approches à l’intérieur desquelles l’histoire joue un rôle majeur ont été développées. Par exemple, la sociologie américaine a développé l’approche de l’historicité du système d’États modernes à l’intérieur de laquelle la notion de temps mondial joue un rôle de premier plan. Ce type d’approche que nous retrouvons également en science politique s’appuie sur la complémentarité entre les différentes disciplines qui analysent l’évolution des relations internationales. Dans la même perspective, plusieurs historiens acceptent aujourd’hui d’introduire dans leur analyse une dimension quantitative qui respecte les limites de l’utilisation du quantitatif dans les sciences humaines. De surcroît, les historiens notamment avec l’école des Annales ont dépassé l’histoire événementielle en introduisant et en développant des catégories analytiques originales qui permettent la généralisation théorique. Toutefois dans le domaine de l’histoire des relations internationales les oppositions restent importantes entre l’école classique et les nouvelles écoles.

Conclusion

Pour conclure rappelons simplement que l’histoire des relations internationales est essentielle à notre compréhension du développement à la fois de l’individu et de la société. En effet, serait-il possible de comprendre aujourd’hui l’évolution de nos habitudes de consommation et par le fait même de notre culture sans jamais se référer à l’histoire de la prolifération à travers le monde des réseaux de fast-food américains comme MacDonald?

Les multiples développements dans l’approche historique ont permis de diversifier et, dans la plupart des cas, d’enrichir la discipline et d’accroître ses capacités explicatives du présent. Finalement, un fait mérite d’être souligné : les années 1990 nous ont débarrassé d’une approche essentiellement dogmatique où l’interprétation des faits historiques et même la reconnaissance de l’événement dépendaient en très grande partie de leur conformité à l’idéologie il s’agit, bien évidemment, de l’approche soviétique de l’histoire des relations internationales. Les falsifications historiques véhiculées par cette approche nous apprennent l’importance de la rigueur scientifique et du respect des normes méthodologiques dans le travail de l’historien.

1ère PARTIE L’EMERGENCE DES RELATIONS INTERNATIONALES

  1. Prise de conscience identitaire : il faut se définir par rapport à l’autre

Lorsque qu’une société commence à s’organiser, en termes de pouvoir, de territoire et de population, il est important de fixer des limites, des frontières. Elles servent à se reconnaître et à se faire reconnaître : la technique du bornage est souvent utilisée (empire romain), associée ou non à des emblèmes religieux ; Ainsi des pierres sont surmontées d’une croix à moins que celle-ci soit gravée ; c’est alors à la fois un signe reconnaissable simple et une forme de protection, car dépasser la limite devient alors un acte contre Dieu.

La définition du territoire n’est pas toujours simple, dès lors que la population n’est pas absolument sédentaire. On a alors fréquemment affaire à une zone d’influence, naturellement objet de contestations, qui tournent à l’affrontement, en application du principe populaire affirmant que qui part à la chasse perd sa place. Les conflits pastoraux en sont une illustration dans les zones de montagne ; Les territoires d’estive ne sont par définition pas utilisés en continu, il y a la rupture de l’hiver, et parfois même pendant plusieurs saisons. Il faut alors enquêter, trouver des témoins de mémoire. Les archives médiévales regorgent de ces conflits de limites et frontières, qui tournent souvent à de grandes empoignades, dont le souvenir hante fréquemment la mémoire collective, nourrissant des haines recuites et stériles ; Plus près de nous, le conflit encore ouvert du Sahara occidental illustre bien les incertitudes de territoire, donc de frontières, lorsqu’il n’y a pas matériellement une occupation du sol à proprement parler. De manière presque anecdotique, encore qu'il y ait un véritable enjeu, songeons aux conflits de frontières qui opposent la France et la Principauté d'Andorre au niveau du Pas de la Case.

  1. La nécessité de se protéger contre l’autre

L’enfer c’est les autres disait Sartre, annonçant ainsi la pérennité de la méfiance contre les ennemis réels ou supposés. C’est alors la construction de l’enceinte, version élaborée de la palissade. L’autre ne passera pas, parce qu’on le verra arriver et que l’on aura organisé la défense. C’est la construction de la Grande Muraille de Chine qui doit protéger l’empire contre les raids mongols, c’est la ligne Maginot qui aurait dû arrêter l’ennemi allemand, ce sont les miradors et les fils de fer barbelés marquant les frontières des anciennes démocraties populaires, barrant tout accès ou presque aussi bien à ceux qui veulent entrer qu’à ceux qui sont désireux de sortir. Plus près de nous dans le temps, c'est le mur entre Israël et la Palestine ou encore le mur, les fossés et les barbelés, supposés isoler le Texas du Mexique et freiner l'arrivée des chicanos. Cest à certains égards l'interprétation collective du château-fort médiéval. On peut considérer que c'est encore la même perception qui a conduit à la construction des abris antiatomiques en Suisse ou en Allemagne, au moment où tous les exercices militaires sur le terrain imaginaient un attaquant venu de l'Est, donc de l'URSS et de ses alliés d'alors.

      1. Il faut faire reconnaître des droits exclusifs

Il apparaît que très tôt les sociétés humaines ont utilisé l'histoire, voire la mythologie – chaque camp la sienne – pour afficher sa supériorité et tenter d'obtenir des avantages les unes par rapport aux autres. Les juristes des plus forts ont alors vocation à cristalliser dans des formes intouchables ou supposées telles les relations entre sociétés et progressivement entre nations. Charlemagne, puis après lui certains des plus prestigieux empereurs du Saint Empire romain-germanique se sont posés en héritiers légitimes des empereurs romains ; ils n'hésitent pas à fabriquer des faux, en revendiquant à ce titre un imperium mundi, qui, dans la logique du temps, se traduit par une forme de vassalité des autres souverains par rapport à l'empereur. Cela contribuera à nourrir le conflit entre le roi de France et l'empereur, qui culmine en 1214 à l'occasion de la bataille de Bouvines. Vainqueur, le roi de France Philippe-Auguste réussit ce coup extraordinaire de châtier son vassal félon le roi d'Angleterre, Jean sans Terre, et de se dégager par rapport à l'empereur Othon de Brunswick en faisant proclamer par ses légistes que « le roi de France est empereur en son royaume », donc ne doit allégeance à personne. L'empereur Henri IV comme le roi de France Philippe le Bel entreront en guerre contre la papauté, récusant l'un comme l'autre le glaive matériel, donc le pouvoir de contrôle du pape sur leurs actions. Le premier perd et on en garde le souvenir au travers de l'épisode fameux où, pieds nus et en chemise, il chemine dans la neigne pour se présenter à Canossa devant le pape, alors que le second gagne, réussiassant à faire arrêter le pape lors de l'attentat d'Agnani perpétré sur l'ordre du roi par Guillaume de Nogaret, l'exécuteur des basses oeuvres du roi. Le pape Boniface VIII en mourra de rage et la papauté sera transférée pour près d'un siècle et demi en Avignon, sous tutelle de fait française, quand bien même le Comtat Venaissin est terre d'Eglise. ... Il peut arriver que le vainqueur n'ait pas envie d'exercer réellement un pouvoir sur le vaincu, parce que l'administration l'ennuie ou que la géographie ne lui va pas. Ainsi lorsque les Mongols s'en prennent à la Russie, ils préfèrent en tirer un tribut annuel, signe à valeur probatoire de leur suprématie, mais se gardent bien de gérer quoi que ce soit ou plus largement de gouverner.

Cela dit jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, les relations internationales sont marquées par de nombreuses ambiguités. Au fil du temps, par le jeu des alliances matrimoniales – un roi ne peut épouser qu'une princesse royale, du moins en principe -, les souverains ont entre eux des relations qui sont de véritables relations de famille, voulues au départ comme des instruments d'alliances donc de paix, mais se transformant à l'occasion en machines infernales, par le jeu de prétentions successorales contradictoires, ainsi le mariage d'Isabelle de France fille de Philippe le Bel avec le roi d'Angleterre est à l'origine de la guerre de Cent ans. Il peut même y avoir conflit d'intérêt entre les relations familiales et les intérêts du pays dont le souverain sera dans le pire des cas perçu comme un traître. Ainsi Louis XVI et plus encore son épouse, la reine Marie-Antoinette, sont convaincus de trahison par le Tribunal révolutionnaire pour avoir entretenu des relations épistolaires suivies avec leur frère et beau-frère , l'empereur Joseph II. Dans leur logique, il n'en était rien.

  1. L'Etat existe indépendamment de ses dirigeants

De manière récurrente, dans l'histoire, les souverains ont considéré que l'Etat était leur chose, leur patrimoine dont ils disposaient librement. Les exemples ne manquent pas de souverains qui divisent l'Etat entre leurs enfants, ainsi les souverains mérovingiens ou encore Charlemagne et Louis le Pieux. Sans remonter aussi loin dans le temps, on peut trouver dans l’histoire proche des exemples de transmission quasi-dynastique du pouvoir dans des républiques, ainsi les Kabila se sont-ils succédés en République démocratique du Congo, les fils du président Khadafi sont très présents, les filles du président Karimov guettent sa succession à Tachkent, tout comme un fils a succédé à son père dans la fort sinistre Corée du Nord. Dans tous ces cas – et la liste possible est encore fort longue -, la démocratie est d’apparence et les gouvernants utilisent abondance les ressources de l’Etat à des fins personnelles, se constituant des patrimoines colossaux, souvent en partie mis à l’abri à l’étranger pour le cas où les choses tourneraient mal. Ces partages sont sources de conflits et d'instabilité interne et externe. Si les Romains ont eu tôt une perception de la « res publica » au sens de chose publique, distincte des titulaires du pouvoir, soumis à des normes et des règles, les grandes invasions ont anéanti leurs avancées théoriques et ce n'est qu'avec la renaissance du droit savant que les juristes occidentaux parviendront progressivement à reconstituer les principes fondamentaux qui sont à la base de l'ordre public moderne, pas nécessairement respecté. En France, il faut attendre le XVIe siècle, avec l'Edit de Moulin de 1566, dû au chancelier Michel de l'Hospital, pour que soit acquise l'inaliénabilité du domaine public. Le roi n’a de liberté que pour son domaine privé.
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