► Interview Patrice Hagelauer [Directeur Technique National]





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Dossier de presse


1ère édition

COUPE DAVIS 2010
Par BNP Paribas


SERBIE / FRANCE


Finale

3 - 5 décembre

Belgrade – Serbie

DOSSIER DE PRESSE RÉALISÉ PAR LA FEDERATION FRANCAISE DE TENNIS

DIRECTION DE LA COMMUNICATION ET DU MARKETING

Département Presse

2, avenue Gordon-Bennett, 75016 Paris

Tél. : 01 47 43 48 00 – Fax : 01 47 43 40 05 – www.fft.fr

sommaire




► Interview Patrice Hagelauer [Directeur Technique National]

► Interview Novak Djokovic [N°1 serbe]
► Interview Nikola Karabatic [Handballeur de l’équipe de France]
► Infos pratiques

► Statistiques françaises
► Statistiques serbes
► Face à face par équipes
► Les finales françaises en Coupe Davis
► Palmarès
► Records
► Tableau
► Contacts médias



A venir dans la 2e édition du dossier de presse
[semaine du 22 novembre 2010]


► Interview Jean Gachassin [Président de la FFT]
► Interview de Guy Forget [Capitaine de l’équipe de France]
► Interview d’un des joueurs sélectionnés par Guy Forget
► Infos pratiques réactualisées

► Statistiques françaises complètes
► Statistiques serbes complètes
► Les joueurs français


► Les joueurs serbes

analyse
Patrice HAGELAUER
« Il ne s’agit pas de jouer exceptionnellement bien, il s’agit d’être meilleur que l’autre… »

Pour le Directeur Technique National de la FFT, l’aspect mental devrait jouer un rôle majeur lors de la finale de la Coupe Davis. Et il estime les joueurs français parés dans ce domaine pour la grande aventure… Analyse.
- Patrice, le BNP Paribas Masters a particulièrement souri aux joueurs français cette année : Michaël Llodra s’est hissé jusqu’en demi-finale et Gaël Monfils a disputé sa deuxième finale d’affilée à Bercy. C’est de très bon augure avant la finale de la Coupe Davis…
- Avant tout, il y a une chose importante que je souhaite souligner par rapport au BNP Paribas Masters. Je crois que Michaël (Llodra) et Gaël (Monfils), qui ont particulièrement brillé à Bercy, ont tiré un bénéfice particulier de la Coupe Davis. Elle les a aidés à se bonifier tout au long de l’année. La progression est une succession d’étapes. Quand on joue en Coupe Davis et que l’on gagne des matches importants, on accumule de la confiance. Or la confiance, c’est le nerf de la guerre. On a vu l’un et l’autre se libérer complètement dans leurs frappes. Ils ont affiché une forme de sérénité qui laisse à penser qu’il s’est passé quelque chose. Quand on discute avec les proches de Gaël, que ce soit Patrick Chamagne ou Roger Rasheed, quand on discute avec les entraîneurs qui entourent « Mika », ils abondent tous dans le même sens et reconnaissent qu’effectivement la Coupe Davis les a aidés à évoluer pour devenir les joueurs qu’ils sont aujourd’hui.

- L’équipe de France n’a peut-être jamais été aussi forte. Elle présente un niveau très homogène et dispose de nombreux joueurs capables d’être alignés en simple notamment…
- C’est vrai, et je crois que la Coupe Davis a, paradoxalement, aidé aussi ceux qui n’ont pas joué. C’est une compétition entre tous ces joueurs, qui espèrent tous être sélectionnés pour la finale et qui aimeraient tous jouer en simple. La Coupe Davis a un effet positif. Il est facile de voir la façon dont les joueurs concernés par l’épreuve ont tiré la quintessence des matches qu’ils ont disputés dans ce cadre. Il y a aussi la réaction des autres qui se sont dit : « Mais nous aussi, on est capables ! » On s’aperçoit qu’une finale de Coupe Davis a un effet bénéfique sur de nombreux joueurs : tous ceux qui ont envie d’y être, envie d’être présents, et envie de la jouer. C’est pour cette raison que l’on parle souvent de la magie de la Coupe Davis. Elle est là, la magie de la Coupe Davis. Elle peut transcender les joueurs au moment de leur match, mais elle les transcende parfois aussi en dehors. Elle les aide à montrer tout au long de l’année qu’ils sont vraiment très forts et que l’on peut compter sur eux.
- D’une manière générale, et en marge de la qualification pour la finale de la Coupe Davis, le tennis masculin tricolore se porte bien en ce moment : on dénombre quatre joueurs dans le Top 30 – dont deux aux portes du Top 10 –, sept dans le Top 50 et onze dans le Top 100. Comment analysez-vous cette réussite ?
- Aujourd’hui, on retire les bénéfices d’un travail de formation important au niveau de toutes les structures fédérales, dans ce que l’on appelle le parcours de l’excellence. Cela a abouti notamment à cette forte représentation au niveau mondial. Mais il faut que l’on se montre vigilant – entre parenthèses, on ne l’a probablement pas été suffisamment chez les filles – pour pérenniser ces résultats sur le long terme. Il faut que l’on puisse se servir de ces résultats pour tirer vers le haut les joueurs plus jeunes. Quand on regarde de plus près la structure de notre Top 100, on constate que les joueurs français qui y figurent actuellement sont, pour la plupart, en milieu de carrière, aux alentours de vingt-cinq ans, voire plutôt en fin de carrière pour certains : Michaël Llodra a déjà trente ans, Arnaud Clément en a trente-trois. En revanche, on a moins de joueurs entre dix-huit et vingt-deux ans qui ont le potentiel pour figurer parmi les cent meilleurs. C’est à ce niveau là que nos efforts doivent se concentrer dans nos différents pôles. Le nouveau plan d’action, la nouvelle philosophie de la Direction Technique Nationale répondent à cette volonté. Il s’adresse aussi bien aux garçons qu’aux filles et s’appuie sur trois grandes priorités : insuffler un nouvel état d’esprit plus collectif ; mettre l’accent sur le volet éducatif dans le processus de formation ; élargir la base, ne plus travailler sur une base trop étroite, mais au contraire établir une sélection plus large, en faisant confiance à des joueurs au potentiel reconnu. Au final, l’objectif, ce n’est pas de gagner à douze ans, mais bien d’être le plus fort à vingt ans.

- Dans le détail, quelles sont les conséquences de cette nouvelle philosophie ?
- S’ouvrir est le mot d’ordre. S’ouvrir davantage sur des joueurs qui ont un potentiel, dès le plus jeune âge. On a ainsi augmenté le nombre d’enfants dans notre programme qui concerne les 8 – 12 ans. On a également augmenté le nombre de joueurs dans nos pôles. Il y a trois ans, on en avait vingt-trois, aujourd’hui, on en a trente chez les garçons. On avait quatre filles dans les pôles il y a trois ans, désormais, elles sont quinze. On a recréé les groupes « Espoirs » qui existaient il y a une dizaine d’années. La plupart de nos meilleurs joueurs actuels est, un jour, passée par ces pôles « Espoirs ». Le cap 18 – 22 ans est crucial dans le processus de formation. C’est à ce moment là que doit s’opérer la transition entre les juniors et le circuit pro. Il faut donc que l’on accompagne les joueurs plus particulièrement dans ces années-là. C’est pourquoi nous avons relancé cette dynamique de l’encouragement. On est, en fait, peut-être un peu moins sélectif qu’on a pu l’être à un moment donné.
- Le mot d’ordre, c’est anticiper l’avenir et non plus se satisfaire des résultats actuels…
- Il faut en effet avoir une vision du futur et non pas se contenter des résultats actuels, aussi bons soient-ils. On est contents, on est en finale de la Coupe Davis, tout va bien. Tout va bien, mais notre mission est de regarder ce qui se passe derrière, chez les plus jeunes, et de faire en sorte qu’il n’y ait pas de trou au niveau des résultats après la génération actuelle, très talentueuse, des joueurs qui ont vingt-cinq ans aujourd’hui.

- Qu’en est-il du nouveau Centre de Ligue de Nice pour la formation spécifique sur terre battue ?
- Il devrait être opérationnel au printemps 2012. La décision quant au vote du budget devrait être prise prochainement au niveau de la municipalité de Nice. Ce sera très intéressant, car ce Centre de Ligue aura une vocation nationale. Nous pourrons donc y organiser des stages d’entraînement spécifiques sur terre battue. Pour tous nos joueurs, les jeunes, les plus anciens, ceux des différentes équipes de France, ou encore ceux qui seront retenus dans les différents pôles. Il y aura quatre courts en terre battue couverts et de nombreux courts extérieurs. On pourra donc faire des stages avec de nombreux joueurs et à toutes périodes de l’année.

« En Coupe Davis, à l’extérieur, il faut être prêt à accepter ce qui est réellement inacceptable. Ce qui nous rendrait fou, ce qui nous mettrait

en boule, il faut l’accepter. Le secret, c’est ça, c’est de pouvoir

rester dans son match et de ne pas s’en écarter. »

- Ce travail spécifique sur terre battue est très important…
- Oui, car on voit nos bons résultats en « indoor », puis, lorsqu’arrive la saison sur terre, on se demande pourquoi ça ne marche pas si bien. Dans les pôles maintenant, il y a de la terre battue partout, et on va bientôt bénéficier de ce nouveau Centre à Nice. Chaque fois que se créent des installations dans nos centres de ligue, on demande que la moitié des terrains soient en terre.
- Pour revenir à la finale de la Coupe Davis, comment la voyez-vous ?
- C’est un moment tout à fait particulier. Il y a deux types de finales : celles que l’on joue à la maison et celles que l’on dispute à l’extérieur. Jouer à la maison a des avantages et des inconvénients. Notre équipe a montré cette saison qu’elle était capable de très bien jouer à la maison, avec toute la pression inhérente au fait d’évoluer à domicile. Le public est bien sûr présent, mais on n’a pas le droit de le décevoir. Les joueurs encaissent une pression forte. C’est déjà une étape importante de bien jouer chez soi, devant son public. En Coupe Davis, on ne joue pas seulement pour soi, on représente aussi son pays. Il faut montrer des qualités très spécifiques. Ensuite, il y a le fait d’évoluer à l’étranger, à savoir apprendre à jouer devant un public hostile. Il s’agit d’une nouvelle étape. Cela demande une maîtrise de ses émotions tout à fait spécifique et il faut y être bien préparé pour réussir à se « blinder ». Soit on tombe dans le piège qui consiste à se laisser perturber par le public et à se mettre en colère contre tout le monde. Mais on ne gagne jamais contre 15 000 personnes. Soit on arrive à créer sa bulle, ce monde intérieur qui permet de vivre avec. On ne peut pas faire autrement et il faut l’accepter. En fait, il faut être prêt à accepter ce qui est réellement inacceptable. Ce qui nous rendrait fou, ce qui nous mettrait en boule, il faut l’accepter. Le secret, c’est ça, c’est de pouvoir rester dans son match et de ne pas s’en écarter. Et là encore, il y a des joueurs qui en sont capables et d’autres qui ne le sont pas forcément. On va voir si nos joueurs qui ont été tellement bons à la maison sont maintenant capables de bien voyager.

- Cela va faire partie du travail de préparation ?
- Oui, bien sûr. Guy a vécu de tels moments, il a joué devant des publics hostiles. Il sait ce que c’est. Il va donc leur tenir le bon discours. Il était également question que Guy fasse intervenir pendant le stage quelqu’un comme Claude Onesta, qui a beaucoup voyagé dans les Balkans avec l’équipe de France de handball.
- Quelle issue imaginez-vous pour cette finale ?
- Je ne pourrai jamais faire un pronostic. J’ai vraiment confiance dans nos joueurs, donc jamais je ne dirai que « c’est du 50-50 ». Je suis à fond derrière eux, j’y crois et il faut que tout le monde y croie. Quand on a vu jouer « Mika » (Llodra) et Gaël (Monfils) à Bercy récemment ou en Coupe Davis cette année, on se dit qu’ils sont forts, vraiment très forts. Je les ai vus se transcender. Il y aussi un Gilles Simon qui est super intelligent, qui peut maîtriser tout le côté émotionnel d’une telle rencontre ; Arnaud Clément qui a déjà un grand vécu en Coupe Davis ; ou encore Richard Gasquet qui, avec son talent, peut tout à coup se révéler. Ces épreuves sont intéressantes parce qu’elles sont des révélateurs de potentiel. Vont-ils être capables de bien jouer dans une finale, aussi bien que ce qu’ils ont fait précédemment ? Parce que c’est une finale, ce n’est pas une demie, ce n’est pas un quart. Ce sont des moments tout à fait particuliers qui font que les joueurs se sentent tout à coup capables. S’ils ont la foi en eux, c’est ce qui peut faire la différence. Il faut tout maîtriser. S’ils y croient, s’ils se persuadent du coup, ils seront « blindés ». Et quand arriveront tous ces événements, ils sauront prendre de la distance, sans être noyés, annihilés par les émotions. Il ne s’agit pas de jouer exceptionnellement bien, il s’agit d’être meilleur que l’autre… »

N.B. : cette interview, réalisée par le Département Presse de la FFT à Roland-Garros,
est libre de droits et peut être utilisée dans toute publication, sans conditions.


rencontre
Novak DJOKOVIC


« Nous n’avons pas peur »


La Serbie va disputer, chez elle, dans une « Belgrade Arena » où elle demeure invaincue en quatre rencontres, la première finale de Coupe Davis de son histoire, du 3 au 5 décembre, face à l’équipe de France.
Son leader incontournable, Novak Djokovic, a fait de la conquête du fameux Saladier d’argent son objectif numéro 1 en cette fin de saison. De retour à son meilleur niveau, « Nole » évoque son attachement pour l’épreuve, détaille les forces de ses coéquipiers et dévoile ses ambitions. Même s’il se méfie des « Bleus », pour lesquels il voue une grande estime, il aborde ce rendez-vous avec sérénité. Rencontre.
- Novak, la Serbie s’apprête à disputer la première finale de la Coupe Davis de son histoire. Avant ce grand rendez-vous, on aimerait en savoir davantage sur le tennis serbe. Pour commencer, le tennis est-il un sport populaire dans votre pays ?

- Il commence à le devenir depuis 2007, l’année où Jelena Jankovic, Ana Ivanovic, Janko Tipsarevic et moi-même avons fait notre apparition au sommet du circuit. Cette année-là, j’ai disputé la finale à l’US Open comme Jelena Jankovic, et Ana Ivanovic a gagné le tournoi de Roland-Garros. Nous avons ensuite enregistré d’autres succès et nos compatriotes ont voulu en savoir plus sur nous et sur cette discipline, parce que le tennis ne fait partie des sports « traditionnels » dans notre pays. Nous sommes beaucoup plus une nation de sports collectifs : football, basket-ball, volley-ball, water-polo… Nous avons rencontré beaucoup de succès dans ces sports. A l’époque de la Yougoslavie, le tennis était assez populaire mais depuis vingt ans, il ne présentait plus beaucoup d’intérêt. Pour les gens, c’est une discipline individuelle et coûteuse. Beaucoup n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants dans les clubs de tennis. Il est plus facile pour eux de les inscrire dans les sports d’équipes. D’ailleurs, selon la tradition familiale, j’aurais dû moi-même être footballeur ou skieur. Mais cela doit être le destin… Je suis vraiment heureux de voir qu’aujourd’hui en Serbie de plus en plus d’enfants jouent au tennis dans la rue, bien plus qu’il y a cinq ans. Je me souviens qu’enfant, lorsque je prenais une raquette et tapais contre le mur, je jouais seul alors que la plupart jouait au football ou au basket. Maintenant, ils mettent des filets sur les aires de jeux à l’extérieur des buildings et jouent avec des raquettes en s’imaginant sur un court central. C’est vraiment bien de voir que notre nation vit à nouveau pour le tennis.

- Que représente la Coupe Davis en Serbie ?
- C’est quelque chose d’énorme. Là aussi, tout a commencé en 2007 lorsque nous avons rencontré l’Australie en barrage pour intégrer le Groupe Mondial (NDLR : victoire des Serbes
4-1). Nous avions joué à Belgrade, dans la salle « Belgrade Arena » qui a été construite pour le championnat d’Europe de basket en 2005 et qui compte 20 000 places. C’était une formidable expérience. Et même si, à cette époque, le tennis gagnait en popularité, nous ne savions pas à quoi nous attendre. Cette salle était surtout utilisée pour les concerts et le basket. C’était d’ailleurs la première fois qu’une rencontre de tennis avait lieu dans cette enceinte. Or, chaque jour, la salle avait fait le plein. C’était incroyable. Depuis, quand nous avons eu la chance d’évoluer à domicile, nous y avons toujours joué.


- A titre personnel, depuis que vous participez à la Coupe Davis, avez-vous des images en tête de cette épreuve ?
- J’ai découvert la Coupe Davis en 2004, en 2e Division, où parfois nous avons dû jouer à l’étranger dans de mauvaises conditions, tandis qu’à domicile, certaines rencontres n’ont rassemblé que quelques centaines de spectateurs. Nous avons connu l’envers du décor, des rencontres jouées dans l’anonymat, et nous découvrons aujourd’hui l’autre face, avec cette finale et tout un pays derrière nous. La beauté de cette épreuve, c’est l’esprit d’équipe. Nous pratiquons un sport individuel. Nous jouons 95 % de la saison pour nous-mêmes sur le circuit, alors qu’en Coupe Davis, nous représentons toute une nation.

- En cas de victoire, pensez-vous que ce serait le plus grand succès sportif de votre pays ?
- Ce serait le plus grand cette année et certainement le plus grand du tennis serbe ! Dans l’histoire du sport serbe, nous avons brillé en basket, handball et volley-ball. Remporter la Coupe Davis pourrait signifier que nous sommes l’une des plus grandes nations sportives au monde.

- En ce qui vous concerne, une victoire en Coupe Davis serait-elle plus importante qu’une victoire en Grand Chelem ?
- C’est difficile de comparer les deux. Je mets vraiment ces deux titres sur le même plan. Les deux sont gigantesques. Ma priorité de cette fin de saison est vraiment de remporter la Coupe Davis. Je veux jouer mon meilleur tennis durant ces trois jours à Belgrade, parce que je ne sais pas si j’aurai l’occasion de jouer à nouveau une finale de Coupe Davis, surtout à domicile.

- On sent que votre cœur est en Serbie. Durant l'année, et en dehors des rencontres de Coupe Davis, avez-vous souvent l'occasion de vous y rendre ?
- Pas très souvent. Je vis à Monaco. Cet endroit est magnifique. J’y habite depuis deux ans et j’y apprécie chaque instant passé. Bien sûr, j’aime revenir dans mon pays en Serbie pour voir ma famille, mes deux petits frères qui jouent également au tennis, mes grands-parents et toute la famille. J’aime être en Serbie, mais le respect de la vie privée est un problème, pour moi comme pour tout athlète célèbre. C’est pourquoi, j’aime vivre à Monte-Carlo, paisiblement. Je peux me concentrer sur mon tennis, mes entraînements et ma vie en général.

- Vous semblez pratiquer actuellement l’un des tout meilleurs tennis de votre carrière. Est-ce également votre sentiment ?
- Oui, je joue de mieux en mieux depuis Wimbledon. L’an passé, j’ai connu des hauts et des bas, mais j’avais réussi une bonne deuxième partie de saison. Cette année, pendant les six premiers mois, j’ai connu des soucis physiques qui ont affecté mon jeu. Je ne pouvais pas me concentrer entièrement sur le tennis. J’avais du mal à maîtriser mes émotions. Mais c’est important de se battre, de se relever et de continuer. J’ai travaillé très dur dans ma vie et tout cela paie. Depuis Wimbledon, j’ai de nouveau connu des mois fantastiques. Je pense que cela peut continuer comme ça… Je me sens en forme. Je ne suis pas blessé et je suis frais mentalement pour de nouveaux challenges.

- Avec l’enchaînement des tournois (Bâle, BNP Paribas Masters, Londres), ne craignez-vous d’arriver un peu fatigué pour la finale de la Coupe Davis ?
- Après quelques années passées sur le circuit professionnel, vous devez vous habituer aux calendriers chargés. Il faut trouver de la motivation pour les rendez-vous importants. Avec elle, l’énergie s’accroît toute seule.


« Si les Français sont en finale de la Coupe Davis,
c’est qu’ils n’ont pas beaucoup de faiblesses… »


- Que redoutez-vous dans l’équipe de France ?
- Il n’y a pas de crainte à avoir. Je sais que nous disposons d’une équipe suffisamment forte pour battre n’importe quelle autre équipe. Nous devons être confiants et positifs. C’est la seule solution pour connaître le succès. Nous allons essayer de nous concentrer sur notre équipe. Maintenant, pour ce qui est des Français, leur plus grand avantage est de disposer d’au moins six ou sept joueurs capables de jouer en simple comme en double. Les combinaisons possibles sont nombreuses et leur équipe est forte et homogène. Je les ai vus, quand ils se sont qualifiés pour les quarts et les demies cette année, célébrer leur victoire, se féliciter les uns les autres. Ils s’entendent très bien. Comme nous, ils s’entraident et s’apprécient.

- Avez-vous décelé des faiblesses chez les Français ?
- Je n’ai jamais joué contre la France en Coupe Davis et la Serbie n’a jamais joué contre l’équipe de France depuis que la Serbie est un pays indépendant. S’ils sont en finale de la Coupe Davis, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup de faiblesses. Ils ont de très bons joueurs. Tsonga a connu beaucoup de succès ces trois dernières années. Monfils joue de mieux en mieux. Llodra est désormais très compétitif en simple et on sait à quel point il est bon en double. Mais, encore une fois, nous allons nous concentrer sur notre équipe et réfléchir pour savoir comment battre cette équipe.

- Etes-vous proche des joueurs français ?
- Bien sûr. On ne se connaît pas très, très bien mais on se voit sur les tournois. Nous avons grandi ensemble sur le circuit avec Gaël, depuis les juniors. C’est quelqu’un de bien, de très intéressant et très charismatique, comme Tsonga. J’aime les joueurs de caractère, j’aime les personnes qui aiment la vie. Quand ils sont sur le court, j’aime les voir jouer. Quand ils gagnent, ils amènent des sourires. On voit qu’ils aiment ce qu’ils font.

- Vos imitations de Nadal ou Federer ont fait le tour du monde. Savez-vous également imiter les joueurs français ?
- Non, je n’ai jamais tenté et ils seraient peut-être fâchés si je le faisais (rires). En plus, je ne veux surtout pas les énerver avant la finale de la Coupe Davis !

- Quelles sont les forces de l’équipe de Serbie ?
- Nous nous connaissons depuis longtemps et sommes amis sur et en dehors du court. On partage beaucoup de choses, on se comprend, on se soutient tous. C’est important dans une équipe et c’est certainement ce qui fait notre force. Nous savons vivre ensemble. Il n’y a aucune chance de voir l’un d’entre nous jouer sans qu’il ne sente les autres à ses côtés pour lui donner toute l’énergie possible. Tout le monde attend cette finale avec impatience et nous sommes vraiment chanceux de la disputer chez nous. Nous sommes aussi conscients que nous allons la jouer face à l’une des plus fortes équipes au monde. La France compte déjà tellement de succès, dispose d’un tournoi du Grand Chelem et d’une longue tradition en Coupe Davis. C’est un gros challenge pour les deux équipes.

- Pouvez-vous nous dire quelques mots sur chacun de vos coéquipiers, nous les présenter ? Troicki, Tipsarevic, Zimonjic et votre capitaine, Bogdan Obradovic que l’on ne connaît pas trop en France…
- Commençons par le capitaine, Bogdan, qui est dans le monde du tennis depuis très longtemps. Il est très connu en Serbie. Il a été l’entraîneur de Nenad Zimonjic sur le circuit pendant trois ans. Il a donc une bonne expérience au niveau international. Il a été aussi mon coach un moment. Il nous connaît très bien et on le connaît aussi. Il nous montre ses émotions sur le court. C’est important pour nous les joueurs de voir quelqu’un qui se passionne pour ce qu’il fait. Il est impliqué. Il nous aide aussi beaucoup en termes d’organisation, même si c’est un capitaine assez jeune puisqu’il a commencé il y a seulement trois ans. Il a aussi sa propre académie à Belgrade, il travaille avec beaucoup de jeunes.
Nenad Zimonjic est le joueur le plus « vieux » de l’équipe et nous lui devons le respect (rires). Il joue depuis très longtemps sur le circuit, en simple d’abord où il a approché de la 150e place mondiale (NDLR : 176e) avant de se consacrer au double. Il a connu beaucoup de succès dans cette spécialité, remportant deux fois Wimbledon et une fois Roland-Garros. Il a joué avec beaucoup de partenaires, en particulier Fabrice Santoro. Il vient de devenir père (de jumeaux fin 2008), il a beaucoup d’obligations. Il est le leader en quelque sorte, C’est le plus expérimenté d’entre nous. Nous le considérons tous comme un grand frère. Il a joué tellement de fois en Coupe Davis depuis 1995… Il pourrait se désintéresser de cette épreuve mais ce n’est pas le cas, d’autant qu’il sent qu’on pourrait vraiment remporter le titre cette année. Il est là aussi bien pour nous donner des conseils, que comme ami.
Janko Tipsarevic a, lui, joué la Coupe Davis pour la première fois quand il avait quinze ans ! (il en a vingt-six aujourd’hui) C’était un gamin controversé, il changeait très souvent de couleur de cheveux. A l’époque, il était l’un de mes modèles en Serbie. Il faisait partie des meilleurs juniors et a atteint le Top 100 très vite. Il a mis un peu plus de temps à intégrer le Top 50, mais depuis quelques saisons il en fait partie. En Coupe Davis, il a toujours joué son meilleur tennis. Il est fait pour les grandes occasions. Il aime les stades pleins, les grosses ambiances et maîtrise bien la pression. C’est très important d’avoir un gars comme lui dans l’équipe.
Enfin, Viktor Troicki vient de remporter son premier tournoi (NDLR : Moscou). Il est en grande forme. C’est un très bon ami. Nous avons grandi ensemble. Nous jouons pour la Serbie depuis que nous sommes cadets. Nous avons été champions d’Europe juniors ensemble en Italie, il y a six ans. On se connaît très bien, nos jeux, nos personnalités, nos caractères. C’est un joueur très puissant avec un grand service. Il est très drôle, n’arrête pas de plaisanter. On ne s’ennuie jamais quand on est ensemble. Bon, on finit par se détester, mais en même temps, on veut toujours se voir parce que nous entretenons une super relation. On adore se retrouver pour la Coupe Davis. Whaou ! Je me surprends à parler de mes coéquipiers comme ça. Je pense que je n’ai jamais parlé de quelqu'un en des termes si élogieux, même de ma famille. J’espère qu’ils diront la même chose de moi (rires).

- Avez-vous prévu, avec l'ensemble de l'équipe serbe, une préparation spécifique pour la finale ?
- Malheureusement, nous n’allons pas avoir beaucoup de temps pour nous préparer. Nous allons nous retrouver sept ou huit jours avant. Ce n’est pas beaucoup, mais nous sommes tellement motivés. Nous n’avons pas peur car nous avons battu de très bonnes équipes à domicile, comme à l’extérieur. Et même si nous sommes conscients de la qualité de l’équipe de France, je pense que nous sommes capables de gagner. Bien sûr, on ne sait jamais ce qui peut arriver en Coupe Davis, c’est tellement imprévisible. Mais, nous allons pouvoir compter sur un énorme soutien du public.

- Après les récents événements autour de l’équipe de Serbie de football, les Français redoutent une ambiance un peu hostile. D’autant que le Président de la Fédération Serbe, Slobodan Zivojinovic, a promis « l’enfer » à l’équipe de France dans une déclaration… Les Français ont-ils selon vous raison de s’inquiéter ?
- Absolument pas. C’est malheureux de voir ce qui s’est passé en Italie durant ce match. Personne ne peut cautionner la violence dans le sport. Mais, premièrement, le public du tennis est différent. Deuxièmement, en Coupe Davis à Belgrade, il y a beaucoup de bruit mais on n’a jamais vu personne agresser ou insulter quelqu’un d’autre. En demi-finale, il y avait cinq cents supporteurs tchèques et tout s’est bien passé. Par ailleurs, Belgrade est une ville de 2,5 millions d’habitants. C’est une ville européenne visitée par beaucoup de touristes, qui profitent des attractions, de la vie nocturne extraordinaire. Belgrade est une cité pleine de vie et très sûre. Je conseille à tout le monde de venir. Je suis très triste de voir qu’en raison du comportement de quelques-uns, tout le pays doit en souffrir. Ils donnent une mauvaise image de la Serbie, alors que nous avons fait beaucoup d’efforts depuis dix ans pour l’améliorer. Nos portes sont grandes ouvertes.

- Vous êtes à la fois le leader de votre équipe sur le plan du jeu, mais également en termes de notoriété. N’est-ce pas trop lourd à porter ?
- Non, pas vraiment. J’ai déjà vécu cette situation ces deux, trois dernières années. J’ai appris à gérer cette pression et pas seulement en Coupe Davis. La pression fait partie de notre sport, de nos vies. Si vous voulez être le meilleur, vous devez être capable de la gérer. En Coupe Davis, on ressent bien sûr un peu plus de tension, puisqu’il s’agit non seulement de vous, mais de votre équipe et de votre pays. Mais c’est un challenge que j’aime relever.


« Je conseille à tout le monde de venir à Belgrade. Je suis très triste
de voir qu’en raison du comportement de quelques-uns,
tout le pays doit en souffrir. Ils donnent une mauvaise image de la Serbie,
alors que nous avons fait beaucoup d’efforts depuis dix ans pour l’améliorer.
Nos portes sont grandes ouvertes. »


- Comment expliquez-vous la très bonne performance de l’équipe serbe cette année, alors qu’elle restait sur deux défaites au premier tour ces deux dernières années ?
- Ces deux dernières années, nous n’avons pas eu de chance au moment du tirage au sort. Nous avons joué deux fois le premier tour contre le tenant du titre, la Russie en 2008 et l’Espagne en 2009, à chaque fois à l’extérieur. Mais nous savions qu’un jour, nous aurions un peu plus de chance. Ce fut le cas cette année. Nous avons reçu les Etats-Unis au premier tour. Après cette victoire, nous n’avions plus rien à perdre.

- Racontez-nous la demi-finale contre la République tchèque. Tout juste revenu de l’US Open, vous aviez dû faire l’impasse sur la première journée en raison d’une grande fatigue. Puis, mené deux victoires à une, après la perte du double, vous avez trouvé des ressources insoupçonnées pour remettre votre pays dans la partie…
- Cette rencontre a été terrible, surtout pour moi. Je revenais le mercredi après-midi des Etats-Unis, où j’étais depuis un mois et demi. Je devais vaincre les effets du décalage horaire en deux jours et c’était tout simplement impossible. J’ai essayé, mais être compétitif, après un si long voyage et s’adapter au jeu en salle alors que je venais de jouer en extérieur, était trop pour moi. Je n’ai donc pas joué le premier jour. Viktor (Troicki) a perdu contre Stepanek alors que je pensais qu’il pouvait gagner. Il l’avait battu les deux fois précédentes. Heureusement, Janko (Tipsarevic) a fait un grand match contre Berdych. Il nous a redonné de l’espoir. J’ai joué le double, mais je ne me sentais pas bien sur le court, je jouais mal. Nous avons perdu, mais j’ai pu passer un peu de temps sur le court en prévision du lendemain. Ce double a été très utile pour mon match contre Berdych, le dimanche. Pourtant, avant de le jouer, j’ai passé une très mauvaise nuit. Je me suis endormi vers cinq heures du matin. J’étais sceptique concernant mes sensations sur le court et en effet, je ne me suis pas senti très à l’aise au début. Et puis, le public et l’adrénaline m’ont aidé pour donner à Janko l’opportunité de nous qualifier pour la finale. Il a été le héros de cette rencontre.

- Le choix de la surface pour la finale a semblé susciter beaucoup de discussions en Serbie. A l’arrivée, êtes-vous satisfait de la surface choisie ?
- Nous aimons cette surface (NDLR : RukortHard). C’est la même que celle sur laquelle nous avons joué en quart de finale en Croatie et en demi-finale face à la République tchèque. Nous nous sommes bien sentis sur le court lors de ces deux rencontres. Il faut juste s’ajuster un peu au rebond, plus ou moins important. C’est ce que nous aurons à faire avant la rencontre. La surface, elle-même, ne changera pas. Nous avions pensé évoluer sur terre battue, mais jouer en fin de saison sur terre, longtemps après la saison qui lui est consacrée, et après des mois en indoor, ce n’est pas évident. La terre requiert un engagement physique différent, elle fait travailler d’autres muscles. Nous n’avions pas forcément le temps pour nous y adapter alors que les Français l’auraient eu.

- Si l’on excepte votre récente défaite face à Michaël Llodra au BNP Paribas Masters, les joueurs serbes semblent avoir pris l'ascendant sur les Français ces dernières semaines. Est-ce important d'un point de vue psychologique avant la finale ?
- C’est super de voir les joueurs serbes bien jouer. Je ne sais pas si cela va faire une grosse différence, mais cela peut nous donner un tout petit avantage mental. Comme je le disais précédemment, un tournoi individuel est très différent d’une finale de Coupe Davis. Quand vous rentrez sur le court et que vous voyez tous vos supporters derrière vous, vous comprenez l’importance du match… »

N.B. : cette interview, réalisée par le Département Presse de la FFT à Monte-Carlo,
est libre de droits et peut être utilisée dans toute publication, sans conditions.


expert
Nikola KARABATIC



« Il faudra que les Français soient très forts mentalement »
Français né en Serbie, le meilleur joueur de handball du monde 2008 était le témoin idéal pour évoquer la finale de la Coupe Davis 2010. Amoureux de sports, et particulièrement de tennis, habitués des ambiances surchauffées des salles des Balkans, il prévient les Bleus de ce qui les attend à Belgrade. Parole d’expert. Passionnant et instructif…


Elu meilleur handballeur du monde en 2008, Nikola Karabatic, 26 ans, a déjà tout gagné. Champion olympique avec l’équipe de France, mais également champion du monde, champion d’Europe, vainqueur de la Ligue des champions à deux reprises avec les clubs de Kiel et Montpellier, « Niko » est l’un des sportifs les plus titrés et respectés au monde. C’est également un grand amateur de tennis, lui dont le frère Luka, qui l’a rejoint en 2007 dans l’équipe du Montpellier Agglomération Handball, avait été sacré champion de France de tennis par équipes à 11 ans, à Blois, et est encore classé 1/6 aujourd’hui. Avant la grande finale de la Coupe Davis qui opposera la Serbie à la France à Belgrade, le demi-centre des « Experts » s’est posé quelques heures pour évoquer cette échéance à la saveur si particulière pour lui. Né à Nis, en Serbie, d’un papa croate et d’une maman serbe, Nikola est arrivé en France à l’âge de quatre ans et reste très attaché à sa terre natale. Mais, début décembre, il sera le premier supporter des Bleus. Entretien.



- « Nikola, le sport occupe-t-il une place particulière en Serbie ?

- Oui, je pense. C’est une culture propre à l’ensemble des Balkans, que ce soit en Croatie, Bosnie, ou en Serbie. Déjà à l’époque de la Yougoslavie, c’était une façon de mettre le pays en avant. Les sportifs étaient présentés comme des modèles par le régime en place, celui de Tito.

Les sportifs ont toujours été considérés comme des héros. Et désormais, ce sont eux qui permettent aux gens de rêver, de sortir un peu de leur quotidien. Au pays, les gens n’ont pas grand-chose. Le tourisme permet à la Croatie de se mettre en avant, mais en Serbie, le sport est le seul moyen de faire connaître la nation.
- De par l’histoire récente du pays, la notion de fierté nationale est sans doute un peu plus forte qu’en France ?

- Tout est exacerbé. Les pays qui ont pris leur indépendance ont envie de s’affirmer en tant que tel. Depuis que l’ex-Yougoslavie a éclaté, ces pays ont envie de montrer au monde qu’ils existent. Et le sport est l’un des meilleurs moyens pour cela.
- Lorsqu’il y a une victoire sportive en Serbie, peut-on carrément parler d’affaire d’état ?

- Absolument. Le football demeure, bien sûr, le sport préféré. Comme il s’agit d’un petit pays, dès qu’un sport commence à briller, il suscite de l’intérêt, quel qu’il soit. Un sport qui réussit, que ce soit le tennis, le hand, le volley, la natation, le water polo, c’est bon pour la nation. Et en extrapolant un peu, ça l’est aussi pour la politique. Tout le monde, du chef de l’Etat au petit peuple, entre guillemets, suit les retransmissions sportives et se réjouit des victoires nationales.
- Les sports collectifs semblent plus suivis que les sports individuels ?

- Les pays de l’ex-Yougoslavie ont toujours été réputés pour les sports collectifs, que ce soit le football, le basket, le handball, le volley ou encore le water-polo. Dès qu’il y a un ballon, les Yougoslaves sont très forts ! Mais paradoxalement, la plus grande star serbe actuelle est Novak Djokovic qui est issu d’un sport individuel. Cela tombe bien, au tennis, il y a aussi une balle ! Quoi qu’il en soit, les gens sont très fans de sport en général. Ils s’intéressent à tout et surtout à tout ce qui marche !

« A chaque fois que j’ai joué dans les Balkans, il y avait une ambiance
vraiment particulière. Une ambiance que tu ne peux pas oublier… »

- Comment sont vécues les victoires là-bas ?

- Je ne l’ai pas vécu personnellement, mais on m’a raconté que lorsque Novak Djokovic avait gagné l’Open d’Australie en 2008, il avait été accueilli comme un véritable héros à Belgrade, sur la place principale. Elle était pleine à craquer. D’une manière générale, les gens descendent dans la rue, ils sont là pour soutenir les sportifs, les accueillir. A chaque fois, il y a une immense ferveur.
- Quelle est la place du tennis en Serbie ?
Branko Karabatic, le papa, ancien gardien de handball, international yougoslave, arrivé entre temps, intervient :
- Le tennis n’est pas le sport le plus populaire en Serbie. Mais avec la Coupe Davis, cela change tout. L’amour du drapeau, la fierté d’être serbe, c’est quelque chose qui est difficilement imaginable en France. C’est une autre culture. Tout le pays sera derrière l’équipe pour la finale de la Coupe Davis.


- Quel est le statut de Novak Djokovic en Serbie ?

- Nikola Karabatic : Les gens l’adorent. C’est une méga star. Il est dans les journaux « people », il est à la télé, il est partout. C’est l’un des sportifs les plus connus, les plus aimés aussi. Il faut dire que c’est aussi l’un de ceux qui réussit le mieux. La seule chose que lui reprochent parfois les gens là-bas, c’est de ne quasiment jamais être au pays. Il est souvent sur le circuit et quand il ne joue pas, il vit à Monte-Carlo. Mais il reste quand même très apprécié.
- Quel serait, selon vous, l’impact d’une victoire en Coupe Davis, en Serbie ?
- Cela n’équivaudrait peut-être pas à une victoire en Coupe du monde de football, mais ce serait malgré tout très important. Et bien plus important qu’une victoire de Novak en Grand Chelem, ça c’est sûr. Les mecs jouent pour la Serbie, pour leur pays. De ce point de vue-là, je pense que c’est la même chose pour les Français. Quand tu joues pour ton pays, cela a une connotation différente, cela change tout, au niveau des sensations, des émotions. Tu joues pour ton drapeau, tu portes les couleurs de ton pays, tu as le « survêt’ » bleu, tu fais partie de l’équipe nationale. Même pour nous, au hand, quand on joue en club ou en équipe de France, cela n’a rien à voir. On voit bien aussi la différence de comportement pendant les matches. J’ai vu la demi-finale de la Coupe Davis entre la Serbie et la République tchèque et on sentait vraiment que les joueurs étaient transcendés de jouer pour leur pays, que ça les motivait encore plus. Encore une fois, il faut bien comprendre que l’amour du drapeau, la fierté nationale n’a rien à voir dans un pays comme la Serbie, par rapport à la France. C’est difficile à réaliser vu d’ici.


- La finale va être disputée dans la Belgrade Arena qui avait déjà accueilli la demi-finale face aux Tchèques. A quoi faut-il s’attendre ?
- Ce sera comme une ambiance de football. S’ils ne font pas attention à l’entrée, il risque d’y avoir des feux de Bengale et la totale ! Non je plaisante. Mais sérieusement, les Français vont découvrir une ambiance de folie, comme ils n’en ont peut-être jamais connue. Cela va être le même style que nous en Croatie, pendant le dernier mondial. Ce sont des supporters intraitables. Et même s’ils apprécient certains joueurs de l’équipe de France, ils vont les huer et leur mettre une pression de dingue, une pression d’enfer. Le but est de faire perdre l’adversaire. Ils jouent presque avec leur équipe. Cela donne des ambiances survoltées, où tu n’entends strictement rien. Au tennis, il y aura forcément des moments de calme pendant les points, mais entre les échanges cela va être très, très chaud. Il y a une vraie différence par rapport à ce que l’on peut connaître en France. A chaque fois que j’ai joué dans les Balkans, il y avait une ambiance vraiment particulière. Et une ambiance que tu ne peux pas oublier…
- Quel comportement faut-il adopter pour supporter toute cette pression ?
- Il faudra que les Français soient très forts mentalement ! Un jour, on jouait à Zagreb (Croatie), j’étais sur le terrain et tout à coup, j’ai vu une bouteille de plastique me passer juste à côté, sur le terrain. On a arrêté le match pendant cinq minutes pour nettoyer et puis on est reparti. Franchement, c’est très particulier. Il faut être vraiment costaud pour bien jouer. Après, selon le caractère de chacun, ça peut aussi aider à se transcender.

- Avez-vous déjà joué vous-même en Serbie ?
- J’ai disputé une fois un match amical là-bas, un Serbie-France, mais c’était très particulier parce qu’il avait lieu à Nis, ma ville natale. C’était dans la salle où mon père jouait quand il était jeune, avant que l’on arrive en France. J’avais été très bien accueilli, on avait eu droit à une réception pour l’événement, ça reste vraiment un super souvenir. Mais sinon, en compétition, je n’ai jamais joué là-bas.

- Quel conseil donneriez-vous aux joueurs français avant d’aborder cette finale à Belgrade ?
- Il faut d’une certaine façon faire abstraction de l’environnement, tout en essayant de s’en servir comme motivation. Ils vont se faire huer, c’est sûr. Il ne faut surtout pas se sentir agressé, ne pas perdre ses moyens et être prêt à tout !

- Vous avez un rapport particulier avec le tennis, puisque votre frère Luka a failli devenir joueur professionnel. Avez-vous vous-même pratiqué le tennis ?
- Oui, mais seulement pour m’amuser. Rien à voir avec ce qu’a fait mon frère Luka. J’ai commencé à tenir une raquette à l’âge de quatre ou cinq ans. A l’époque, on était à Strasbourg et papa entraînait, mais travaillait aussi dans un centre sportif. J’ai commencé là-bas pour m’amuser. Tous les trois, avec mon père et mon frère, on tapait des balles. Quand on est arrivés dans le sud, on a continué à jouer pour le plaisir et puis Luka s’est lancé là-dedans. Il a fait plus de dix ans de tennis et c’est un sport qui a donc occupé une bonne partie de notre vie. Moi, j’ai arrêté, parce qu’il avait commencé à me battre et que ça m’énervait ! Sérieusement, on allait sur les tournois pour le suivre. Maintenant, il s’est tourné vers le hand et moi, je n’ai malheureusement plus vraiment le temps de jouer au tennis.


« Je serai à fond pour l’équipe de France, parce que je suis français.
Mais quelque part, je suis né en Serbie, c’est aussi mon pays.
Je serai donc pour la France, mais avec sûrement un pincement au cœur. »

- Pourquoi Luka a-t-il décidé d’arrêter ?
- Il était arrivé à un point où il fallait qu’il quitte la région et son club pour continuer à progresser. Et il a fait le choix de rester près de la famille. Alors, il a demandé à mon père s’il pouvait faire quelque chose pour lui au Montpellier Agglomération Handball. Mon père n’était pas très chaud au départ, mais avec l’aide de ma mère, Luka a réussi à le convaincre. Il en a parlé à Patrice Canayer, l’entraîneur du MAHB, et il est maintenant en équipe première !


- Le tennis est-il un sport que vous appréciez particulièrement ?
- J’aime tous les sports, je suis l’ensemble des résultats sportifs et des compétitions. Mais c’est vrai que j’aime beaucoup le tennis. C’est un sport que tout le monde aime chez moi. D’ailleurs, mes parents le pratiquent également, pour le plaisir. Et ma mère suit tous les tournois qu’elle peut à la télévision ! Ce qui me plaît dans ce sport, c’est peut-être sa diversité. Il y a énormément de styles de jeu différents. Et puis, quelque part, il y a aussi beaucoup de suspense. Il peut se passer plein de choses sur un match, tout peut basculer à un moment ou un autre. Tout à coup, on change de tactique et on reprend le dessus.

- Suivez-vous la Coupe Davis ?
- Oui, quand je peux. Souvent, on est en match ou à l’entraînement, mais c’est une compétition que j’aime bien. J’ai suivi la demi-finale des Français face à l’Argentine et l’autre demi-finale, des Serbes face à la République tchèque. Pour la finale, je serai à fond pour l’équipe de France, parce que c’est mon pays, que je suis français, que je joue moi aussi pour l’équipe de France. Mais quelque part, je suis né en Serbie, c’est aussi mon pays. Je serai donc pour la France mais avec sûrement un pincement au cœur.

- Connaissez-vous des joueurs personnellement ?
- Je connais notamment les joueurs croates Mario Ancic et Marin Cilic. On s’était rencontré aux Jeux olympiques, à Pékin. On avait aussi croisé des joueurs français, mais je n’en connais pas personnellement. C’est drôle, j’ai lu récemment dans un magazine que le père de Jo-Wilfried Tsonga avait été joueur de handball au Congo, mais je ne sais pas si c’est vrai. Sinon, Arnaud Clément était venu assister à la finale du Mondial de hand en Croatie. Il disputait au même moment un tournoi en Croatie et il avait demandé des places pour venir nous voir.
- Quels sont les joueurs que vous appréciez le plus sur un court ?
- J’adore Roger Federer et Rafael Nadal. Nadal est hyper complet, il sait tout faire et il est très fort physiquement. Avant, j’aimais beaucoup les Américains Pete Sampras et Andre Agassi. Patrick Rafter, avec son jeu porté vers l’attaque, me plaisait aussi énormément.

- Avez-vous des souvenirs particuliers de tennis ?
- Le premier qui me vient à l’esprit est la Coupe Davis que la France avait remporté à Lyon (NDLR : 1991). Je n’étais pas grand, j’avais sept ans et je ne sais pas si je m’en souviens vraiment ou si c’est le fait d’avoir revu des images. C’est vrai, on revoit souvent les images de la victoire de Guy Forget sur Pete Sampras, quand Forget s’effondre sur le court. Quoi qu’il en soit c’est une victoire qui m’a marqué. Et puis, je me souviens aussi très bien de la victoire de Goran Ivanisevic à Wimbledon. C’était un match de dingue en cinq sets. J’étais à fond pour lui bien sûr, c’était un très grand moment.

- Pour conclure, si vous aviez un message à faire passer aux joueurs de l’équipe de France, quel serait-il ?
- Je ne pourrai pas venir en Serbie, mais c’est sûr que je les soutiendrai devant ma télé. Je leur souhaite bonne chance. On a l’habitude avec l’équipe de France de handball de dire qu’une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne. »
N.B. : cette interview, réalisée par le Département Presse de la FFT à Montpellier,
est libre de droits et peut être utilisée dans toute publication, sans conditions.


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