Exposition/ Football/ Immigration





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Exposition/ Football/ Immigration

France : Football et immigration



(MFI / 28.06.10) Football et immigration. Tel est le titre d’une exposition présentée jusqu’au 17 octobre prochain à la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration, à Paris. Pour la première fois en France, ce sujet omniprésent de l’immigration est interrogé par le biais du sport le plus médiatisé du monde. Identité nationale - Allez la France ! -, fausses apparences - Black-Blanc-Beur… Et vraies questions sur le racisme.
À première vue, le parcours de l’exposition Football et immigration, à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration à Paris (France) se révèle complexe. La surface est transformée en terrain de foot : pelouse verte, des maillots et des stars, projection de matchs légendaires et même une tribune, des slogans et des cris de supporters lors d’un but. Sur les cimaises, nous attendent des objets historiques et beaucoup d’explications instructives. L’exposition présente des objets fétiches, des enregistrements sonores, des films issus des collections de la Fédération internationale de football association (FIFA), de la Fédération française de football (FFF) et du Musée national du sport. Des éléments qui n’ont jamais été montrés au public et qui s’échelonnent de 1850 jusqu’à nos jours.

 
La crainte de l’Anglais 



Qui connaît le nom du premier footballeur immigré en France ? Question difficile, pour une raison simple. Au début, le foot en France se joue presqu’exclusivement entre immigrés. C’est en 1872 que fut créé le premier club français : Le Havre-FC, composé d’immigrants anglais, souvent commerçants, installés de l’autre côté de la Manche. Les élites françaises s’emparent du phénomène, importé par les universitaires ou les professeurs d’anglais. « Ce sont d’abord les grandes écoles qui pratiquent le football », explique l’ethnologue Fabrice Grognet, co-commissaire de l’exposition Allez la France ! Football et immigration, histoires croisées.

« Ça venait avec l’anglomanie, c’était relatif à l’éducation anglaise qui était un modèle pour les Européens. La modernité étant incarnée par l’Angleterre, on essayait en France de recopier le modèle de l’éducation anglaise et donc des universités anglaises. Vous avez toute l’élite française qui était sensible et sensibilisée à la pratique du football. »

À l’entrée, dans des vitrines, deux coupes et une balle de soule datant du 19e siècle, illustrent magnifiquement l’évolution du tandem football et immigration en France. Dès que la compétition entre en jeu, les joueurs étrangers sont perçus comme un  danger. « L’étranger, ce n’était pas la crainte de l’étranger, mais la crainte de l’Anglais, surtout la crainte de son très beau style de jeu et de son très bon niveau technique, explique le commissaire de l’exposition. Les équipes qui avaient beaucoup d’Anglais à bord étaient très efficaces. (…) C’était dès la fin du XIXe siècle. » Dès lors, dans les compétitions, on accepte les étrangers – « mais un nombre limité ».
 
La presse parle de « la troupe de Vercingétorix »
 
Dès les années 1910, le chauvinisme autour du foot bascule régulièrement dans le nationalisme. Lors d’un match entre la France et la Belgique, la presse parle de « la troupe de Vercingétorix ». La Première Guerre mondiale s’avère comme un moment clé pour la future image et la diffusion du foot. « Vous avez des rencontres au moment des « pauses » pendant cette guerre des tranchées. Vous avez les officiers français qui pratiquent le football. Les poilus, voyant leurs officiers, les gradés, jouer au football, imitent les officiers. A la fin de la guerre, les gens rentrent dans leurs provinces et diffusent le football. »
Lors de la création du championnat de France professionnel, en 1932, sur les 387 joueurs, 113 sont étrangers. Mais très vite, le régime de Vichy barre la route. « Ce n’était pas forcément l’étranger qui était interdit, mais surtout le professionnalisme, avance Fabrice Grognet. Parmi les joueurs professionnels il y avait des étrangers. Il ne s’agissait pas de vouloir vider le championnat de France de ses étrangers. On voulait enlever le professionnalisme de la pratique sportive française. »
 
« Arrêtez l’invasion »
 
Après la Seconde Guerre mondiale, les restrictions continuent. Les joueurs étrangers sont accusés de freiner l’éclosion des jeunes joueurs nationaux. « Arrêtez l’invasion » titre le Miroir des Sports en 1951. La France du football ferme à nouveau les frontières aux joueurs étrangers en 1955. Un procédé raciste ? Non. Les joueurs d’Afrique noire, par exemple, ne sont pas considérés comme étrangers, à cause de la puissance coloniale française. Les « indigènes » sont recrutés en nombre. Les clubs français organisent dans les années 50 et 60 des tournées en Afrique pour promouvoir la culture française à travers le football.

En parallèle de l’immigration à la logique purement sportive, des joueurs issus de l’immigration industrielle émergent. Après 1966, le nombre des joueurs étrangers par club est limité à deux puis à trois. Dans les années 2000, les joueurs européens sont admis sans limites dans les clubs européens et les filières de détection en Afrique sub-saharienne défrayent la chronique avec leur « trafic de mineurs ».

« Le championnat de France est à l’image de la société française. On peut avoir des moments d’ouverture, puisque c’est l’efficacité qui prime. Mais il ne faut pas oublier : pendant toute la période coloniale, on est quand même sur le paradigme du racialisme, met en garde Fabrice Grognet. Pour les idées de l’époque : un Noir, tant qu’il joue au football, ça va. Mais on retrouve énormément de caricatures où le joueur africain est vu comme un enfant. Il y a des représentations empreintes d’un certain colonialisme et racialisme. »
 
Raoul Diagne, premier joueur noir de l’équipe de France
 
Le Guyano-Sénégalais Raoul Diagne, surnommé L’Araignée noire, est le premier joueur noir de l’équipe de France (1931-1940). Le 4 décembre 1938, lors d’un match en Italie, il constitue avec le Marocain Larbi Ben Barek la première équipe Black-Blanc-Beur de la France. Ensuite, le football navigue entre la chasse à « la perle noire » et les cris de singes des supporteurs pour conspuer des joueurs africains ou d’origine africaine.

Le football peut-il combattre le racisme ? « Une société a le football qu’elle mérite. (…) Dans les années 80, Jean Tigana recevait des bananes et des cris de singes. La question de l’immigration posait problème. (…) Le football ne peut pas « éliminer » le racisme. C’est une question qui le dépasse. Par contre, il est traversé par ces questions. Lutter contre le racisme par le football – pourquoi pas ? Toutes les initiatives sont bonnes à prendre sur ce sujet. »
 
Est-il digne de porter le maillot de l’équipe de France ?
 
Dans l’exposition, les stars sont représentées à travers leur marionnette des Guignols de l’info, mais elles ne font pas de figuration, elles sont au cœur du propos. Avec la composition de l’équipe de France, au fil des Coupes du monde, on pourrait écrire une histoire de l’immigration industrielle en France. Ainsi, Gusti Jordan, l’Autrichien, naturalisé en 1938, « est-il digne de porter le maillot de l’équipe de France » ? La question est posée en avril 1938 par Lucien Dubech, journaliste sportif à L’Action française, à quelques semaines de la Coupe du monde qui se déroule en France. L’hebdomadaire Football défend Jordan et proclame les vertus de l’intégration par le sport. D’autres « immigrés » suivent le pas de Jordan. Kopa, la star de la Coupe du monde en 1958, « le Napoléon du football », alias Raymond Kopaszewski, est issu d’une famille de mineurs venue de Pologne ; Michel Platini, qui incarne le héros national dans les années 70 et 80, avoue qu’avant le match France-Italie, il était « ému par les deux hymnes » ; Robert Pirès, Bobby, fils de l’immigration portugaise et espagnole ; Patrick Vieira, The french captain, né en 1976 à Dakar, arrive à l’âge de huit ans en France ; Zinedine Zidane, né en 1972 à Marseille, dont le père, Smaïl, avait émigré de l’Algérie vers la métropole à l’âge de dix-sept ans.
 
Zinedine Zidane : « Tous mes potes étaient Maghrébins ou étrangers » 
 
L’exposition ne présente pas l’épisode des Bleus en 1998, labellisés d’office comme l’équipe Black-Blanc-Beur et récupérés – malgré eux – comme modèles de la diversité culturelle et d’intégration, sous cet angle mais plutôt sous le biais « L’anti-1998 », c’est-à-dire le match France-Algérie en 2001, pendant lequel la Marseillaise fut sifflée. Des propos des Bleus apportent un autre démenti au mythe de l’intégration des immigrés par le foot.

« Je n’ai jamais souffert du racisme puisque, quand j’étais petit, tous mes potes étaient Maghrébins ou étrangers», fait savoir Zinedine Zidane. « Mon enfance, même si cela doit paraître moins tendance que Créteil ou La Courneuve, c’est à Nantes. Le Nantes des beaux quartiers et des vacances sur la côte Atlantique », dit Marcel Desailly, né au Ghana avant d’être adopté par un diplomate français.
La seule voix qui propose une vraie « solution » à la question posée par l’exposition est l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Sa recette miracle : mettre une bonne distance entre l’immigration, le football et l’identité nationale. L’hebdomadaire satirique avait créé en 1998 Le journal de l’Anti-Mondial et avait fustigé : « Roland Garros et le Mondial : Non à la double peine ! ».
MFI/ Avec Siegfried Forster

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