Les 12èmes rendez-vous de l’histoire avaient cette année pour thème





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Les Rendez-vous de l’Histoire 2009

BLOIS

Les 12èmes rendez-vous de l’histoire avaient cette année pour thème Le corps dans tous ses états. Comme le rappelait Jean-Noël Jeanneney, président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l'histoire, au cours de la cérémonie d’ouverture : quelle aurait été « la stupéfaction qu’auraient éprouvée nos maîtres à nous voir choisir ce sujet-là, si loin de leur base... » ! De même, Pascal Ory, de Paris I - Panthéon Sorbonne ajoutait « Le corps est une idée neuve en histoire. », « Il est devenu légitime d'étudier historiquement la cuisine ou la mode, la sexualité ou le sport, et on le fait avec le même sérieux que pour n'importe quel autre objet. ». Ainsi « en inscrivant « le corps dans tous ses états » à leur ordre du jour, les Rendez-vous de Blois ont tenu à rappeler qu'il y avait bien des manières de faire l'histoire du corps humain. »
Plusieurs conférences, débats, ateliers, projections ont retenu mon attention et je vais essayer de vous les restituer le plus fidèlement possible
Jeudi 8 octobre

HISTOIRE DU CORPS EN OCCIDENT

De 14h30 à 15h30 - Maison de la Magie

Conférence de GEORGES VIGARELLO,

directeur d'études à l'EHESS

G. Vigarello est directeur de recherche à

l'École des hautes études en sciences sociales

et co-directeur du Centre Edgar Morin,

anciennement le Cetsah. Il est spécialiste

de l'histoire de l'hygiène, de la santé,

des pratiques corporelles et des représentations du corps.
Plusieurs questions peuvent se poser à propos d’un travail sur le corps :

  • Qu’est ce qui peut donner unité à un travail sur le corps ? Comment les historiens se sont-ils intéressés au corps ?

  • Pourquoi le corps prend t-il de l’importance ?

  • Pourquoi le corps permet-il de faire émerger des thèmes ?

  • Quelles logiques au sein de l’objet corps ?

  • Le corps est un objet émietté en apparence mais est-il aussi dispersé que cela ?

A – Un double malentendu

En Grèce, le corps et l’âme étaient objet de logos puis il semblerait qu’il y ait eu des siècles de silence sur le corps. Ainsi, au cours des années 70, alors que l’intérêt pour le corps est évident avec une sensation de libération, on suppose qu’avant il n’y avait aucune réflexion sur le corps. D’ailleurs le Larousse ne disait-il pas qu’avant le corps était serré, caché souvent par un corset ? G. Vigarello pense que cette vision du corps est un malentendu et que le corps que l’on croyait négligé était très présent à l’esprit de nos ancêtres : par exemple la description du corps des chevaliers au Moyen-Âge diffère complètement de la description des corps à la Renaissance. Alors qu’on insistait sur les capacités alimentaires, la puissance, le corps droit… etc, les tableaux de la Renaissance imposent l’acceptation du nu académique; Mme de Sévigné ne cesse de donner des conseils à sa fille et pas un jour ne passent sans qu’elle n’évoque le corps : un jour elle écrit à sa fille de se protéger du vent, un autre de ne pas écrire courbée, ou de faire attention à ne pas trop avoir d’enfants. On se pose plein de questions sur le corps comme JJ Rousseau. Au XIXème siècle, le sport fait une entrée révolutionnaire dans notre société.

Donc, un nouveau corps se découvre à chaque période.

Le corps humain méprisé par le Moyen Âge, s’est ensuite trouvé exalté. Ronsard dit à Hélène : « en choisissant l’esprit vous êtes mal apprise, qui refusez le corps … ».

Les historiens ont souvent pensé que le corps était absent de l’histoire, c’est faux, Winckelmann (1762) écrit à propos des Grecs que le climat influence les formes des corps. Michelet, s’intéresse au Camp du Drap d’or et au corps à corps Henri VIII-François 1er. Georges Vigarello précise bien que le corps a existé de façons différentes selon les époques. Et donne un dernier exemple avec le géographe Paul Vidal de la Blache qui énonce que les hommes vivent physiquement en fonction du climat, des sols.

Les historiens se sont donc intéressés au corps
B – Pourquoi cet intérêt ?

Jamais, comme aujourd’hui, il n’y a eu un tel investissement sur le corps. Nous vivons à l’heure actuelle dans un corps auquel nous portons qualitativement plus d’importance. Il y a un investissement sur le présent « je suis ce que je ressens ». Le corps est l’emblème de ce que l’on est alors qu’au XIXème siècle, le corps renvoie à l’appartenance sociale et aux métiers, aujourd’hui ces valeurs se sont effondrées.

Donc avant le corps ce n’était pas « rien » mais « autre chose ». Les sciences humaines et sociales nous ont beaucoup appris, nous donnent des repères pour s’interroger sur l’histoire. Ainsi, la psychologie nous apprend que le corps a une représentation. Il existe une image du corps selon les cultures. La psychologie nous permet de comprendre ces différentes images (exemple de la place du ventre au Japon, lors du Harakiri). (Autre exemple, dans les années vingt, le mouvement physique ne prend plus naissance dans l’inconscience mais dans l’organique).

En sociologie, Bourdieu montre que l’habitus est une loi qui s’inscrit dans notre propre corps, qui vient du social, qui est structurée et structurante.

Pour l’anthropologie, le corps devient le miroir de la structure sociale (Tristes Tropiques de Levi- Strauss).

Le corps est le lieu du mythe. Le corps occidental est une enveloppe qui a une limite physique. (qui peut être poreuse). Au fur et à mesure que l'on avance dans la société occidentale,la limite est plus nette, On ne supporte plus la proximité d'où individualisation de l'espace (habitat).
C – Le problème de l'histoire, l'invention d'objets.

Tous les sujets en rapport avec le corps sont intéressants : nourriture, vêtements, … Cela n'a plus de limites, c'est le monde de l'émiettement.

Dans le livre d'AM Fugier, Les Bonnes, on voit que dans le monde bourgeois de la fin du XIX° siècle, il y a une manière physique d'installer des différences entre les maîtres et la bonne : des trajets différents (escalier de service), la nourriture et les soins sont différents ….....

Autre exemple : les larmes qui a la fin du XVIII° prennent une signification différentes, l'homme peut pleurer en public. D'autres exemples : l'histoire du visage, sujet improbable devient important. Le bronzage, sujet marginal devient central si on s'intéresse au hâle, à son histoire. Le hâle a été synonyme de travail et donc d'impureté aujourd'hui il fait référence aux loisirs.
D – D'autres thématiques historiques

Histoire du vêtement

Traités alimentaires

Travail sur le corps

Étude de l'allure et histoire des postures du corps
E – Dans tout cela, y a t-il des logiques ?

Ces logiques concernent les représentations du corps que Vigarello développe en logiques partielles et logiques globales :

  • logiques partielles qui vont des logiques de sensation, aux logiques des formes, des forces, des lieux

  • logiques globales : elles traversent le corps et donnent du sens. Elles sont liées à la culture, à la société.




  1. Dans l'Antiquité, les gens pensent que le corps est fait d'humeurs, de liquides. Ils pensent que les objets importants du corps sont liquides. Au XVI° l'homme est une sorte d'alambique d'où l'idée qu'on ne peut manger que des choses pures pour que les humeurs ne stagnent pas. Ceci vient du fait que tout passe par le corps et l'on considère que tout ce qui est en contact avec lui doit être sain.(en cas de peste, on serre l'habit)

  2. L'énergie, aujourd'hui, c’est ce qui permet à travers une consommation combustible de donner de la force donc plus il y a de chaleur, plus il y a de travail. On découvre que le corps est lieu de combustion (découverte de l'oxygène), on peut donc évaluer le travail en terme de rendement avec pour conséquence qu'il faut consommer de l'air le plus oxygéné possible par exemple.

On pourrait ainsi développer bien d'autres exemples
Conclusion

L'histoire du corps est extrêmement variée et diverse avec un ensemble de données qui ont de la logique et ne sont pas que juxtaposées. Cette histoire nous oriente vers une nouvelle façon de faire l'histoire en traversant le temps pour comprendre les bascules culturelles. Vigarello regrette la spécialisation des historiens ; il pense qu'il faut étudier sur le long terme
Jeudi soir : Le ruban blanc de Michael Haneke, palme d'or du 62ème festival de Cannes et prix de l’Education nationale

Un village protestant de l'Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre mondiale. D'étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d'un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?

Le médecin du village est un beau jour victime d'un accident de cheval, une chute provoquée par un fil invisible tendu entre deux arbustes, qui disparaît aussi mystérieusement qu'il est apparu. Qui a posé ce fil, qui l'a retiré ? Cet incident est suivi de plusieurs autres, d'autant plus traumatisants qu'inexpliqués. Mort brutale d'une paysanne, saccage d'un potager, kidnapping d'un jeune handicapé... Préjudices dont les coupables restent inconnus.

Chacun se fera sa petite idée, et Haneke distille au moins un indice déterminant. Une scène où un colibri est délicatement extirpé de sa cage d'appartement et sauvagement trucidé au ciseau. Le film est affaire d'atmosphère (pesante), de rapports sociaux (tendus), d'éducation (rigide), d'institutions (contestées). Le ruban blanc ? C'est un symbole de pénitence, le blâme public et l'emblème d'une épreuve de rachat qu'inflige le pasteur à deux de ses enfants, les aînés, après leur avoir asséné des coups de verge. Pour l'exemple, Klara et son frère doivent porter ce ruban blanc, symbole de pureté, elle dans ses cheveux et lui à son bras.

Nous sommes là au cœur du sujet. Dans cette campagne où nul ne peut ignorer qui possède le pouvoir, où nul ne doit transgresser les interdits, le ciel semble peser des tonnes, même en été. Les saisons passent, les moissons succèdent aux jours de neige, les habitudes demeurent, qui condamnent le régisseur et les paysans à être dévoués au baron, les enfants du pasteur à dormir attachés dans leur lit pour ne pas succomber à des tentations blâmables, la sage-femme à subir les caprices sexuels de son voisin veuf, le médecin, et à se faire brutalement renvoyer avec d'humiliantes invectives ("Tu es laide, négligée, la peau flasque, l'haleine fétide...").

Le Ruban blanc est l'évocation des sévices qu'une société d'adultes, notables, puritains, rigoristes, inflige à ses femmes, ses enfants, ses administrés. C'est l'inventaire des caprices et des châtiments perpétrés par des fous d'autorité, fous d'ordre, de censure. Allant jusqu'au viol et à l'inceste (le médecin congédie la sage-femme pour s'en prendre à sa propre fille), ces abus génèrent haine de soi et rituels punitifs : voilà l'explication des événements qui troublent le village. Il s'agit de "punir la faute des pères sur les fils".

Le débat à la fin de la représentation a vu s'opposer deux groupes. L'un qui trouvait horrible que l'on puisse proposer ce film à des lycéens ; l'autre qui voyait en ce film une exploitation pédagogique possible car il démontrerait que le nazisme est en germe dans cette éducation protestante.


Vendredi 9 octobre

Débat parrainé par l’Inspection Générale de l’Education Nationale « Le corps, absent et présent dans l’éducation »

Avec Jean Claude Caron, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Blaise Pascal Clermont II, Alain Corbin, professeur émérite à l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, Institut universitaire de France, Joëlle Dusseau, Inspectrice générale de l’Education nationale Groupe Histoire-Géographie, Didier Nourrisson, professeur d’histoire contemporaine à l’IUFM de Lyon, Yves Travaillot, maître de conférences à l’IUFM de Pau, Laurent Wirth, Doyen de l’Inspection générale, Groupe Histoire-Géographie.

Plan :

1. Le corps contraint au XIXème siècle

2. Histoire de l’EPS

3. Le corps dans l’éducation au XXème siècle

4. Quelques pistes supplémentaires

En introduction, L. Wirth note que l'on s'est toujours plutôt adressé à l'esprit qu'au corps dans l'éducation. Mais on peut noter la présence du corps dans les expressions « tiens toi droit » « rangez vous par deux » et les sanctions corporelles.

Joelle Dusseau poursuit en rappelant que le mot « corps » n'apparait jamais dans les programmes sauf dans les nouveaux programmes du lycée professionnel avec « la représentation du corps chez Léonard de Vinci ». Malgré tout cette absence est significative ; l'éducation nationale a longtemps cherché à faire grandir l'esprit plutôt que le corps.

  1. Le corps contraint au XIXème siècle – Jean-claude Caron

L'école et la discipline du corps : ce n'est ni une légende dorée (sévices et violences répétées souvent masculine), ni une légende noire (même si l'histoire de l'école gomme certains aspect). Nous sommes dans la période de 1830 à 1880, période où le seuil de sensibilité s'abaisse,

La violence dans l'école est-elle une violence DANS l'école ? Une violence de l'institution ? Il faudrait ici une étude des traumatismes scolaires. Notons que les châtiments corporels n'ont été abolis que dans les années 60. On a plusieurs témoignages : Balzac, Vallès, Jacques Dérrida, Michel Serres et de leur souffrance à l'école.

- Pourquoi et comment cette violence ?

L'école du XIX° est l'héritière de l'école de l'Ancien régime: les frères des écoles chrétiennes ont une discipline qui fait usage des châtiments corporels pour purifier ; les jésuites ont des « correcteurs » recrutés à l'extérieur. Ces frères sont souvent des novices de 18 ou 20 ans face à une classe de 60 à 100 élèves ! La discipline ne peut souvent se faire que de cette façon.

Du côté des laïques, un filtre se met en place, avec la formation des maîtres dans les écoles normales.

La violence à l'école prend des formes ritualisées avec une mise en scène : c'est le dressage du corps avec un objet médiateur, la férule en particulier. C'est la mise en spectacle du coin : coin, isolement, prison. Cette prison est parfois sur roues afin que l'élève puisse assister au cours ! C'est le marquage des corps avec bonnet d'âne, un attribut vestimentaire, une ardoise.

Évolution : passage du corps meurtri au corps marqué.

On a les témoignages des procès qui mettent en scène ces violences. Ils démarrent sous le Second Empire, ils concernent 120 à 130 dossiers et en majorité des religieux. La mise en scène de ces enseignants a une connotation politique (Roulland, Duruy veulent dévaloriser l'enseignement religieux) mais la punition n'est jamais importante, on déplace, on n'emprisonne pas.

  1. Une histoire de l'EPS – Yves Travaillot

L'éducation du corps a eu du mal à trouver sa place dans l'école. L'évolution du statut de cette discipline et de sa place est très longue et difficile. Les défenseurs de l'éducation physique vont s'attacher à montrer son utilité, Au fil du temps sont nées de nombreuses controverses sur la thématique discipline ou plaisir.

Au XIX° siècle ... la gymnastique : au milieu du XIX° un texte explique qu'elle devient discipline facultative aux frais des établissements, Duruy en 1869 institue la gymnastique obligatoire pour les garçons, en 1880 Jules Ferry la rend obligatoire avant même l'obligation scolaire, Ce texte est voté dans un contexte revanchard et germanophobe. L'ensemble des disciplines va jouer un rôle dans la mise en place du sentiment national comme le chant.

En 1881, est publié un manuel de gymnastique et d'exercices militaires, On utilise des fusils en bois et on fait des manœuvres pour se préparer à la guerre. On considère que la gymnastique peut permettre de lutter contre la dégénérescence, contre les méfaits de l'école et a des vertus hygiéniques (courant hygiéniste).

1890 : la gymnastique devient l'éducation physique et on lui reconnaît des vertus de plein air et de jeux.

Le docteur Lagrange prône la gymnastique comme remède pour lutter contre les maladies. Avec De Coubertin, c'est l'engouement pour les jeux, c'est un nouveau type d'éducation fait pour une élite. Crouzet s'oppose à De Coubertin : l'éducation physique doit être égalitaire.

1891 : sort Le Manuel de gymnastique et de jeux scolaires qui veut développer méthodiquement le corps en tentant un compromis entre discipline, efforts, jeux et plaisir.

Années 30 : la demi journée de plein air est mise en place mais l'éducation physique a du mal à s'installer dans le primaire.

Donc entre 1880 et 1950, l'éducation physique se met en place,

Années 60, la société évolue, la pratique sportive progresse. Avec M. Herzog, elle devient EPS et doit permettre de former des hommes d'actions (contexte Trente glorieuses). Elle est obligatoire au BAC depuis 1959. Conséquences : construction d'équipements

Années 70, c'est la crise et on assiste à des tentatives pour sortir l'EPS de l'école. Certains vont militer contre le sport imposé par le capitalisme ! Le débat dure toujours et la question se pose entre une éducation physique de rigueur et d'efforts et une EPS de plaisir et d'épanouissement.

  1. Le corps dans l'éducation au XX° siècle – Didier Nourisson

  • L'école devient lieu d'éducation au XX° siècle. Avant, elle était élitiste souvent contre la rue, les médias, la famille, l'église … Le corps va donc entrer à l'école, il va être représenté par les photos de classe par exemple (cet alignement d'élèves bras croisés n'est pas vide de sens)

  • Le corps fait école : leçon de choses, SVT. On doit dire le corps, Il est incorporé et permet de prendre en compte le corps tout entier. Mais, il fait écran car il dérange l'institution : ainsi le corps malade, handicapé, souffrant est mis à l'écart, exclu par peur de la maladie collective, la maladie fait écran à l'apprentissage mais aujourd'hui on met en place (depuis 2005) une aide,

  • L'éducation à la santé et trois étapes importantes :

  • Années 1900 : le temps du corps dressé. C'est le temps de l'hygiène à visée humaniste et laïque : il faut apprendre la propreté, le maintien, apprendre à manger, à lutter contre l'alcool dans un but d'intégration sociale.

  • Années 1970 : le temps du corps libéré. L'école est mixte et l'OMS définit « la santé comme la recherche d'un mieux être physique et mental ». C'est la jouissance d'être.

  • Années 2000 : le temps du corps surveillé avec la peur du risque, des maladies, l'adolescence fait peur car c'est l'âge du risque et on veut alors limiter les risques d'où les slogans publicitaires impératifs, On veut prévenir les violences scolaires.

Conclusion

L'éducation à la santé, si elle s'en tient à la prévention, court à sa perte. On peut rêver à une école où le conflit laisserait la place au plaisir, où un corps à corps laisserait la place au « corps accord ».
Remarque de Joëlle Dusseau : La sexualité n'a pas été évoquée ici ; elle est la hantise des internats.

  1. Quelques pistes supplémentaires – Alain corbin

Les châtiments corporels doivent être replacés dans leur contexte. On doit prendre en compte qu'à la campagne on châtiait beaucoup ; on doit tenir compte également de la théorie de l'endurcissement (Michelet ouvrant ses engelures) et de l'habitude de la maîtrise du corps (rester à genoux). Sous la III° République, le ludique n'est pas absent avec les jeux de piste, les promenades, dans la cour des jeux mettant le corps en jeu ; il est parallèle aux châtiments.

Mais, au moment où l'école de la République triomphe, apparaît la hantise de l'épuisement, On craint le surmenage physique et intellectuel. On préconise le repos et on porte attention au sommeil.On se préoccupe du surmenage nerveux facteur de dégénérescence. En 1887, l’Académie de médecine affirme que «l’enseignement républicain est un enseignement homicide ». Les enfants sont surmenés ! On dénonce les programmes surchargés, les journées trop longues qui affaiblissent la race, favorisent les maladies. Pour y porter remède, on propose des solutions : l’éclairage et l’aération des classes, l’éducation physique, l’allongement des récréations et l’installation des collèges et des lycées à la campagne !
Vendredi 9 octobre

Religion et tabous alimentaires

Les intervenants, lors de ce débat se nomment Halima Ferhat (historienne marocaine spécialiste de l’histoire du Maghreb au Moyen-Âge, membre du "comité scientifique des Rendez-vous de l'Histoire de Rabat", professeur à l’Université Mohammed V, ainsi que directrice de l’Institut des Études Africaines à Rabat), Madeleine Ferrières (Professeur d’histoire moderne à l’Université d’Avignon, chercheur à l’UMR Telemme de la MMSH d’Aix-en-Provence), Bruno Laurioux (professeur d’histoire médiévale à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, vice-Président du conseil scientifique de l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation) et pour finir Jean-Robert Pitte (géographe français, professeur des Universités, spécialiste du paysage et de la gastronomie, président de la Société de géographie et co-directeur scientifique du Festival international de la géographie). Et pour animer le débat : Marc de Ferrière, Professeur des Universités à l'Université François-Rabelais de Tours, et Président de l'IEHCA (Institut Européen d'Histoire et des Cultures de l'Alimentation). Ce débat a essentiellement soulevé la question de l’évolution des tabous alimentaires à travers les âges.

Madeleine Ferrières nous apprend au début du débat que le mot tabou a été inventé lors du premier voyage de Cook en Polynésie et que son sens premier est l’interdiction absolue sous peine d’une punition dite surnaturelle. Ce qui les amène à parler des religions et des interdits liés aux différentes croyances.

Halima Ferhat explique que le jeûne canonique (ou ramadan) dans l’Islam dure un mois pendant lequel les musulmans ne mangent pas, ne boivent pas, ne fument pas… le jour. Cependant au quotidien, les musulmans suivent plus l’interdiction du porc (possible d’en acheter, mais élevage contrôlé au Maroc) que celle du vin.
A l’extrême, les soufis (mouvement spirituel, mystique et ascétique de l’Islam, c’est également une doctrine ésotérique apparue au VIIIe siècle.), s’interdisent tout ce qui est bon. Par exemple, les soufis refusent de manger une viande cuite qui a été préparé par une femme ayant ses règles (elle est considérée comme impure). Remarque : les juifs et les musulmans ont les mêmes interdictions alimentaires.

Bruno Laurioux explique qu'il y a ce qu'on s'interdit et ce qu'on interdit. Le jeûne de Carême est une privation. Aujourd'hui, il n'y a plus d'interdits dans le christianisme depuis la fin du Ier siècle avec le concile de Jérusalem sauf les interdits d'État qui disparaissent petit à petit au IX° siècle avec la conversion des Bulgares qui veulent bien se convertir mais à condition que l'on supprime les interdits.

Jean-Robert Pitte explique que les représentations que toutes les sociétés se font de leur corps peuvent être dues à l'environnement alimentaire. Il y a association entre vie et aliments d'où la passion pour les aliments fermentés (car vie) : le pain et le vin sauf dans l'Islam.

Exemple du vin : J.R.Pitte dit que l'islam a préféré ne pas prendre le risque de laisser le libre arbitre aux fidèles.

Quels sont les deux mondes où il y a le moins de tabous ? Le monde catholique occidental et le monde chinois (pour les chinois : on mange tout ce qui vole sauf les avions, tout ce qui est à quatre pattes sauf les tables !)

C'est en train de changer. EX en France, on s'invente des tabous très animistes : on ne doit pas manger des ortolans, des ours, des chamois, des baleines … ce sont des tabous que l'on s'invente au nom de la protection des animaux, c'est une religion « new age ». Ces animaux deviennent en quelque sorte des animaux sacrés.

Les intervenants ont soulevé également la passion ou le dégoût pour certains aliments : par exemple à l’époque Meiji (1868 – 1912), les japonais ne mangeaient pas de viande, juste des végétaux et du poisson. La pomme de terre à une époque n’était pas appréciée car apparentée à Satan (pousse sous la terre). De plus, il y a l’exemple de l’ail et de l’huile d’olive qui n’étaient pas appréciés à cause de leur odeur et qui sont maintenant très utilisés. Pour finir, le lièvre a été déprécié au Moyen-Âge car il renvoyait d’après la Bible et les textes théologiques à un symbole de lubricité. Il sera ensuite inscrit dans les traditions culinaires à l’époque moderne.
Il y a donc d’après les intervenants une valorisation de certains aliments (ce qui est encore visible aujourd’hui) mais aussi une catégorisation de ceux-ci (aliments gras ou maigres) cependant ils ne deviennent pas des tabous alimentaires en fonction de leur catégorie.
Madeleine Ferrières ajoute que les tabous dans notre société tiennent plus à des goûts et dégoûts individuels voire collectifs donc ne sont pas des tabous en somme.

Conclusion : Les goûts et les dégoûts individuels et/ou collectifs peuvent varier selon les lieux et les époques. Par exemple J.R.Pitte dit qu'en Asie il y a des nourritures pour les hommes comme le chien, le lapin, le cerf (liés au sexe). Halimat Ferrat ajoute qu'au Maroc au Moyen Âge, on mangeait du chien d'élevage, aujourd'hui il fait l'objet d'un dégoût collectif De même, toujours au Maroc, certaines régions ont le dégoût des escargots.

Finalement, on a très peu parlé de religion et plus de goûts alimentaires !
Samedi 10 octobre

Atelier : Les peintres et le corps au XIX° siècle

Avec Daniel Letouzey

«Je suis un prof d’histoire et j’ai la chance depuis 10 ans d’écrire sur les usages d’internet dans Historiens et Géographes, une revue professionnelle. Je participe aussi activement à la liste de diffusion H-Français, et à une association qui plaide en faveur de l’usage des technologies en éducation, Les Clionautes. J’ai développé Clioweb, un site personnel et indépendant. »

http://clioweb.free.fr

Ce collègue éclairé, nous a fait travailler sur plusieurs pages de son site. Il nous a indiqué aussi le site suivant : le web gallery of art http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/ qui permet d'aller sur une galerie où l'on va retrouver les peintres rangés par ordre alphabétique et leur tableaux avec des commentaires écrits et audio.

Vous pouvez retrouver notre travail sur http://clioweb.free.fr/blois/2009/atelier/peintres19.htm

Samedi 10 octobre

Conférence : De la construction de l'histoire à sa transmission

Avec les Revues Le cartable de Clio (Suisse), Mundus (Italie) et Didactica de las sciencias experimentales y sociales (Espagne) ainsi que Martine Ruchat, auteure du Roman de solon.

Deux ouvrages, une fiction (Le Roman de Solon) basée sur de vraies sources lacunaires et un faux dossier d'archives du XIXème à Genève pour l'un, et un récit d'histoire à plusieurs voix (Le Dossier Bertrand, Jeux d'Histoire) bâti sur des archives privées pour l'autre,  permettent de s'interroger sur la construction du savoir historique et son mode de transmission scolaire.

Le Roman de Solon, a été écrit comme un récit sur le thème de la mémoire, à l'intérieur d'une chronologie historique et une achronie mémoriale. Cependant l'auteur n'a pas utilisé la langue de l'époque (1840 à 1896).

Importance des archives où l'auteur a trouvé des remarques sur Marc Solon et 10 ans plus tard des dossiers de justice sur le même Marc Solon. Elle a donc pu ainsi raconter l'histoire depuis sa naissance, 1840, jusqu'en 1896 où l'on perd sa trace. L'idée : comment un enfant accusé d'être un voleur va vraiment le devenir. Ensuite faire parler cet enfant et conduire une réflexion : comment cet enfant élevé par la République de Genève devient un voleur.

Le récit a été bâti à partir d'archives, avec une reconstitution historique, puis est devenu un récit fictif contenant la biographie de Solon et le « je » de l'auteur.

Antonio Brusa, historien, directeur de la revue Mundus explique que l'enseignant peut faire avec ses élèves la même démarche que Martine Ruchat, Par exemple à partir d'un petit dossier d'archives sur l'esclavage (10 documents) les élèves divisés en 3 ou 4 groupes vont écrire un récit, On peut également, essayer de retrouver la biographie de Solon à partir d'une biographie à trous préparée par l'enseignant et en plus demander d'imaginer des réactions, des pensées de protagonistes qui étaient avec Solon …...

La narration ludique permet aujourd'hui de faire passer le discours historique. Cependant ne pas tomber dans le piège du tout récit qui gomme l'histoire. Penser à rechercher la source, l'archive. L'enseignant va donc déconstruire le récit. Il faut réussir à faire la part du fictif et de l'histoire.

Montrer le rôle du vraisemblable dans un récit historique. Par exemple, l'enseignant va raconter en bref l'histoire de Solon. Il arrive à la fin, Solon a 56 ans, cela est vrai (archives) et vérifiable. Mais lorsqu'à la fin Solon dit « j'ai eu une vie de chien » c'est inventé mais vraisemblable ; faire trouver à l'élève une autre phrase qui soit vraisemblable.

Samedi 10 octobre Une de mes classes participe au Concours de la Résistance et de la Déportation, j'ai donc décidé de participer à cette conférence. J'en donnerai un plan détaillé car il y a eu profusion d'informations que nous connaissons tous.

« L'appel du 18 juin et son impact jusqu'en 1945. » Samedi 10 octobre de 16h à 17h30 - Amphi rouge, Campus de la CCI, en écho au thème 2010 du Concours national de la Résistance et de la Déportation.

Intervenants : Aleth Briat, membre de l'APHG, Daniel Cordier et Jean Louis Crémieux Brilhac, anciens résistants, Joëlle Dusseau,  Inspectrice générale de l'éducation nationale Groupe Histoire-Géographie, présidente du jury national du concours. L'Appel du 18 juin 1940 : un moment historique capital, celui de la France Libre, combattante, républicaine, victorieuse.

Plan de l'intervention de Monsieur Jean Louis Crémieux Brilhac, historien, homme politique et résistant, secrétaire du comité exécutif de propagande et chef de service de diffusion clandestine de la France libre :

1) L'Appel lui-même + les 18 et 22 juin + l'affiche

  • Un appel étonnant prononcé au soir d'une journée chargée

  • Un acte singulier car précoce

  • L'acte d'un rebelle

L'affiche complète l'Appel et en résume l'essence.

2) Qui l'a entendu ? Qui a rejoint l'Angleterre ? + passage vidéo sur la Croix de Lorraine

3) La France libre et la guerre : rôle de la France libre combattante et sur quels territoires, Rapport entre la France libre et le Général avec le fait républicain et la République. Pourquoi le choix de la République ?

4) La Résistance et Jean Moulin

Impact de ce qui est à l'origine un acte complètement individuel + son impact. Le 18 juin est un mythe entretenu par De Gaulle lui-même. C'est un des actes fondateurs de la V° République.

Madame Joëlle Dusseau

Pour le concours, il faut développer :

1) l'Appel

2) L'homme

3) l'impact politique, militaire et l'impact par rapport à la Résistance

Cet acte initial s'est chargé d'un sens de lutte contre le nazisme, d'un sens républicain, d'un sens pour la création d'une autre République.

Le 18 juin, c'est un acte qui amène De Gaulle à 1958 : ce retour est inimaginable sans l'image de De Gaulle et du 18 juin.

Souligne l'importance de l'engagement individuel : De Gaulle est un citoyen engagé => possible travail sur l'engagement et la citoyenneté.

Samedi 10 octobre

Film de Claude Lanzmann, Sobibor, 23 octobre 19436, 16 heures



La révolte de Sobibor est l'exemple unique d'une révolte réussie de juifs dans un camp de concentration en Allemagne nazie. Claude Lanzmann, connu par son film Shoah, montre à travers une interview d'une survivante, Yehuda Lerner, pourquoi une révolte a été possible dans ce camp et non dans celui de Treblinka ou d'Auschwitz. Lerner relate sobrement ce qui s'est passé durant la révolte. Il privilégie le témoignage en utilisant le moins possible d'images.

Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures : tel est le lieu, le jour et l'instant décisifs où l'histoire va basculer pour cet homme, jeune garçon alors. Le film se déroule dans les paysages d'aujourd'hui qui sont ceux d'alors.

Ce film témoigne d’une révolte qui, comme le dit Claude Lanzmann dans un texte-préambule qui défile à l'écran, « est un exemple paradigmatique de ce que j'ai appelé ailleurs "la réappropriation de la force et de la violence par les Juifs ». Et d'ajouter ; « La révolte de Sobibor ne pouvait être un moment de SHOAH : elle méritait un film en soi, elle réclamait d'être traitée pour elle-même ».

Cet entretien entre Yehuda Lerner et Claude Lanzmann, réalisé à l'origine en 1979, laisse clairement filtrer le renversement d'une logique de mort : on passe de cet impossible rendu possible (c'est-à-dire "la plus folle tentative d'anéantissement de l'histoire" selon les mots de Lanzmann) à l'impensable qui fût fait, autrement dit la révolte d'une poignée de concentrationnaires contre les bourreaux nazis.

Film bouleversant où des hommes affirment avoir agi pour « ne pas mourir comme des moutons. Nous voulions mourir comme des hommes ».

Josiane POLTEAU

PLP Lettres-Histoire




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