Analyse de dispositifs audiovisuels





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D’Angelo Sophie

Schneider Léa

Analyse de dispositifs audiovisuels

Toute une histoire

France 2

Isabelle Gavillet

M1 Information et Communication

Conception de Produits Médiatiques
Sommaire


Introduction…………………………………………………………...3
I. Delarue fait « Toute une histoire » de « Ca se discute »……………3

Création de l’émission…………………………………………………….3

Orientation thématique……………………………………………………4

Identité des protagonistes…………………………………………………6
II. Dans l’œil de Delarue : analyse de l’émission……………….…….8

Cadre situationnel…………………………………………………………8

Structuration de l’émission…………………..……………………………9

Mises en scène……………………………………………………...……13
Conclusion…………………………………………………………...15
Sources…..…………………………………………………………...16

Introduction
Jean-Luc Delarue, un des animateurs-producteurs les plus influents du Paysage Audiovisuel Français, lance à la rentrée 2006 l’émission quotidienne « Toute une histoire ». Le présentateur, tout comme ses émissions, fait souvent l’objet de critiques sur la façon dont des sujets graves peuvent être exploités pour faire de l’audience. « Ca se discute » est l’émission de Delarue qui provoque le plus de réactions et reste sa production la plus connue. Il s’agit d’une émission de plateau alliant témoignages, people, émotions et spectaculaire, qui sont aussi les principaux ingrédients de « Toute une histoire ». Il semble donc intéressant d’étudier la façon dont Jean-Luc Delarue a repris le fond de commerce de « Ca se discute » en l’adaptant à une quotidienne de début d’après-midi.
Pour cela, nous commencerons par présenter l’animateur et l’orientation de l’émission ; nous nous pencherons dans une seconde partie sur l’analyse plus approfondie du dispositif, notamment à travers l’émission diffusée le 4 octobre 2007 intitulée : « On les insulte à cause de leur laideur, comment font-ils face ? ».
I. Delarue fait « Toute une histoire » de « Ca se discute »
Création de l’émission
Jean-Luc Delarue, animateur et producteur de télévision français, fait son entrée dans le monde des médias en 1986, à l’âge de 22 ans, avec l'émission « Une page de pub » sur la chaîne TV6. En 1994, il rejoint France 2. Il crée simultanément sa société de production Réservoir Prod et l’émission « Ça se discute », aujourd'hui encore la deuxième partie de soirée la plus performante de la chaîne et un des programmes les plus appréciés du public. En 1998, il produit et présente sa deuxième émission de société, « Jour après jour », toujours sur France 2, mais cette fois en prime-time. « Jour après jour » revient sur l’histoire d’anciens invités de « Ca se discute » pour prendre de leurs nouvelles et montrer leur évolution depuis l’émission. En 1999, Réservoir Prod lance « C'est mon choix » sur France 3, talk-show quotidien animé par Evelyne Thomas. Malgré son succès, l'émission s'arrêtera durant l'été 2004 faute d'un accord entre les producteurs (c’est-à-dire Jean-Luc Delarue) et l'animatrice.

En 2003, le Groupe Réservoir (Réservoir Prod et Carson Prod) emploie plus de 250 permanents. Il est le premier producteur indépendant de flux français (hors sport et information) avec, pour 2002, 14 heures de productions hebdomadaires.
Jean-Luc Delarue est souvent désigné comme « le gendre idéal », il a auprès des téléspectateurs une image sérieuse, propre sur lui, empathique. Il bénéficie de l’image positive d’un homme qui met en avant des problèmes allant des sujets de société aux petits tracas de la vie quotidienne.
À la rentrée 2006, Jean-Luc Delarue lance une nouvelle émission, diffusée en début d'après-midi et intitulée « Toute une histoire ». Elle reprend le créneau horaire de « C’est mon choix », qui n’avait pas trouvé de remplacement sur une chaîne du service public depuis son arrêt. Cette nouvelle émission fait elle aussi intervenir des anonymes et des people pour témoigner et exposer une partie de leur vie intime.
D’autre part, il existe de nombreux points communs entre « Toute une Histoire » et « Ca se discute », l’émission phare de Delarue, concernant le concept, la scénographie et les thèmes abordés. Ceux-ci peuvent même être identiques d’une émission à l’autre. Ainsi le thème « Amour et différences » revient souvent dans les deux dispositifs. Nous avons pu constater un autre exemple récemment : le mardi 23 octobre 2007, le thème de « Toute une histoire » était « Un fan a fait de ma vie un cauchemar » ; le mercredi 24 octobre, « Ca se discute » s’intitulait « Célébrités traquées : victimes ou consentantes ? ». D’ailleurs, depuis le début de « Toute une histoire », l’émission « Ca se discute » est passée d’hebdomadaire à mensuelle.

Orientation thématique
« Toute une histoire » est une émission quotidienne diffusée du lundi au vendredi sur France 2. Elle démarre juste après la fin du Journal Télévisé à 14h, sur un format de 52 minutes. Elle est suivie par la série « Le Renard ». Sur le même créneau horaire, sont diffusés sur TF1 les « Feux de l’amour » et « Derrick » sur France 3.
« Toute une histoire » a démarré en septembre 2006 et entame cette année sa deuxième saison. Elle est présentée par Jean-Luc Delarue et produite par Réservoir Prod.
Les émissions sont enregistrées de 14h à 18h30 (lorsque deux émissions sont enregistrées l’une à la suite de l’autre) ou de 18h à 20h (une seule émission enregistrée), quelques jours avant la diffusion.
Il semble intéressant de mettre en avant le discours de la chaîne sur l’émission. Cet extrait est disponible sur le site internet de « Toute une histoire » :
L’émission « Toute une histoire » vous fera découvrir ses invités, nombreux à vouloir témoigner de leur histoire sur des thèmes toujours plus variés ancrés dans notre vie quotidienne.



Jean-Luc Delarue s'adresse aux téléspectateurs du début d’après-midi auxquels les grandes chaînes de télévision généraliste ne s’adressent plus aujourd’hui : toutes celles et ceux qui, parce qu’ils viennent d’avoir un enfant, parce qu’ils sont en recherche d’emploi, parce qu’ils sont à la retraite, parce qu’ils travaillent chez eux ou près de chez eux, pour des raisons multiples, se trouvent à la maison. Il le fera avec le talent, la dignité et l’empathie qui ont fait de ses émissions l’un des miroirs les plus authentiques et appréciés du public.
Tout comme « Ca se discute », « Toute une histoire » se base donc sur l’émotion, le misérabilisme, les drames, les tranches de vies, les témoignages d’anonymes ou de people (qui sont souvent has been ou en quête de notoriété) et bien sûr sur le voyeurisme des téléspectateurs.
Les titres d’émission donnent un bon aperçu des thèmes récurrents et de l’orientation de « Toute une histoire ». On pourra retenir, à titre d’exemples : « Enfants et maladie, le calvaire de l’école », « On les insulte à cause de leur laideur, comment font-ils face ? », « Disparaître sans laisser d’adresse », « Un fan a fait de leur vie un cauchemar », « Mon conjoint m’a quitté(e) pour un proche », « Je me sens coupable de la mort de mon enfant », « Je suis l’esclave de mes émotions », « Trouver l’amour à l’étranger », « Supporter les manies de son conjoint », « L’anorexie me détruit », « Enfance et cancer », « Secret de famille », « L’avortement a brisé mon couple ».
Les téléspectateurs visés sont évidemment les inactifs puisque l’émission est diffusée en milieu de journée. A ce sujet, on peut noter que les publicités diffusées juste avant et après l’émission peuvent concerner la cuisine et les produits ménagers, les produits minceur, les sièges automatiques pour escaliers destinés aux personnes âgées, les assurances vie et autres conventions obsèques. Il est donc aisé d’en déduire que l’audience de « Toute une histoire » est composée en majeure partie de ménagères et d’un public de plus de 50 ans.
Comme nous l’avons annoncé lors de notre introduction, nous avons choisi d’étudier l’émission intitulée : « On les insulte à cause de leur laideur, comment font ils face ? ».

En effet, celle-ci est représentative de l’orientation de l’émission. Il s’agit d’un thème typique qui permet de se rassurer grâce au malheur des autres. On y retrouve aussi l’intervention d’un « people », le comique Booder, ainsi que la présence d’un expert. Nous verrons aussi que le public de l’émission intervient à certains moments. Cette émission sur la laideur réunit tous les éléments clés qui caractérisent « Toute une histoire ».

Identités des protagonistes
Les protagonistes de « Toute une histoire » sont toujours divisés en quatre catégories qui ne changent jamais : le présentateur, les invités-témoignants, les experts et le public.

En ce qui concerne Jean-Luc Delarue, il est à la fois l’animateur, le confident et l’intervieweur. Il a toujours un rôle d’intermédiaire entre les invités : il n’y a jamais d’échanges directs entre témoins. Il est aussi celui qui distribue les rôles médiatiques et la parole, dans un ordre précis.

Pour ce qui est des invités, sont toujours indiqués dans leur présentation : leur âge, leur statut marital et le nombre d’enfants, parfois leur métier. On se situe donc évidemment dans la sphère de l’intime. Les invités sont toujours définis par rapport à leur histoire personnelle ou leur témoignage. On présentera ainsi au téléspectateur « La femme bafouée », « L’homme qui a trahi » ou encore « Le people traqué ». Certains invités, pour des raisons juridiques ou personnelles, témoignent anonymement, soit en ombre chinoise projetée sur un écran, soit déguisés avec perruque et lunettes. Mais ils sont souvent tout à fait reconnaissables. Ainsi le brouillage des voix est régulièrement mal réglé, et l’invité parlera pendant quelques dizaines de secondes avec sa voix normale avant d’être brouillé. Il est légitime de se demander pourquoi Jean-Luc Delarue fait intervenir ces personnes alors que des dizaines d’autres pourraient être aptes à le faire, sur le même thème et à visage découvert. Il est évident que le but recherché ici est celui du spectaculaire, de l’interdit, du sensationnalisme.

Dans le cadre de l’émission sur la laideur, l’identité sociale des témoins est précisée, dans un bandeau en bas de l’écran, lorsqu’ils interviennent. Par exemple : Julie, 23 ans, employée dans l’administration, Namur. Son identité médiatique est annoncée par Jean-Luc Delarue : il s’agit d’une jeune femme souffrant de son apparence, liée à son hyperpilosité.

Les experts sont sollicités pour légitimer le sujet : il s’agit souvent de psychologues spécialisés (mais ces spécialisations n’ont rien d’officiel, ainsi une « experte de l’amour, psychologue et conseillère en rencontres et relations sur internet » interviendra lors d’une émission sur l’amour), de médecins, agents et conseillers de people, ou encore de détectives privés… Cependant, leurs interventions sont très souvent constituées de conseils « bateaux », certes biens formulés, mais que n’importe qui pourrait avancer.

Sur cette émission l’expert est un psychothérapeute, Marc Lévy Davila. Il s’agit d’un « consultant coach », expert des relations entre l'individu et l'argent sur lesquelles il a publié de nombreux ouvrages. Mais ces informations ne sont pas mises en avant dans l’émission, et ne se trouvent qu’après recherches. Son identité médiatique est simplement psychothérapeute intervenant sur des problèmes liés au physique.

Finalement, le public de l’émission constitue un protagoniste à part entière. En tant que groupe, il arrive qu’il soit sollicité par Jean-Luc Delarue, qu’il hue ou applaudisse un témoignage. Plus particulièrement, peuvent être présents dans le public des proches (parents ou amis) des témoins, qui interviendront ponctuellement. Depuis quelques mois, un nouvel élément du public fait son apparition : le « contradicteur ». Il s’agit d’un témoin « qui ne comprend pas » la différence ou le problème des invités. Il est assis en face d’eux, dans le public, et sa présence sert à relancer le débat, à provoquer, à attaquer. Souvent considéré comme le « réac’ de service », il est souvent hué par le public mais représente en fait ce qui devrait être la norme, puisque les invités sont précisément hors du commun. La « norme » est dans ce cas sous-représentée par rapport au « hors norme ».

II. Dans l’œil de Delarue : analyse de l’émission
Cadre situationnel
Le plateau de « Toute une histoire » est une sorte d’arène, le public étant placé sur des gradins. Mais contrairement à la plupart des émissions, le public est placé tout autour de l’arène, en vis-à-vis, selon une forme ovale, qui rappelle fortement un œil humain. Jean-Luc Delarue est constamment placé sur le sol au centre de cet œil, dont il serait la pupille, qui se déplace pour scruter, observer les invités, regarder le téléspectateur. Le public est donc placé autour de cet œil. Ces éléments renforcent le côté voyeuriste de l’émission qui est assumé par Jean-Luc Delarue et la production.

Outre les témoignages, l’émission est agrémentée de plusieurs reportages : ce procédé inclut le téléspectateur dans le dispositif. Les reportages situent le sujet, dynamisent les témoignages, accrochent les téléspectateurs, justifient un sujet (grâce à l’« enquête de la rédaction », faux travail de journaliste). L’émission sort du plateau pour aller dans la rue (grâce à des micros trottoir) et chez les gens (à travers des reportages sur les invités). Le téléspectateur est invité à suivre l’équipe de la rédaction dans l’intimité des témoins. On peut donc parler d’espace discontinu, l’émission quitte le plateau régulièrement.
Le public est moins nombreux que sur « Ca se discute ». L’espace est plus petit, l’ambiance est plus intime, plus feutrée. Certains éléments visuels sont communs aux deux émissions, comme la couleur rouge, qui est la couleur de France 2, mais qui renvoie aussi à la passion, à l’émotion, à l’amour, et attire le regard. Mais cette couleur chaude est atténuée sur le plateau de « Toute une histoire » par la couleur blanche, contrairement au plateau de « Ca se discute », qui est plus sombre. La lumière est « naturelle », comme sur « Ca se discute ».
On peut noter une certaine proxémie entre les invités. En effet, ceux-ci sont placés les uns à côté des autres au premier rang, dans des fauteuils séparés et de forme carrée, ce qui fait penser à un classement dans des cases, dont ils ne peuvent pas sortir puisqu’ils sont cantonnés au rôle que Jean-Luc Delarue leur donne.
L’animateur, quant à lui, est debout au centre lorsque démarre l’émission, ou arrive du fond du plateau. Il s’assoit parfois en face d’eux dans un fauteuil au milieu de l’œil, ce qui se rapproche d’une discussion de salon puisqu’il est à ce moment là proche des témoins. Certains membres du public peuvent intervenir à la sollicitation de Delarue (parents des témoins par exemple, ou personnes ayant vécu la même expérience…). Les experts sont placés en face des témoins au premier rang, sur une banquette.
Tout se déroule autour et en fonction de la pupille de l’œil, Jean-Luc Delarue : on peut donc parler d’un espace concentrique.

Structuration de l’émission
Chaque « Toute une histoire » commence par un reportage compilant des extraits de l’émission du jour. Généralement il s’agit des moments forts, choquants, qui peuvent créer un suspense. Les images s’enchaînent très rapidement dans le but de capter l’attention du téléspectateur et d’éveiller leur curiosité. De plus, au montage, l’équipe utilise différents procédés tels que l’incruste de textes sensationnalistes de type : « ILS SE CACHENT », « ILS VIVENT UN CALVAIRE ». La musique est rapide et rythmée, et rappelle fortement les scènes de tension dans les films d’action. Le tout fait penser à une bande annonce de film hollywoodien, puisque tout comme une bande annonce, cet extrait doit donner envie de voir la suite.

Le titre de l’émission est affiché tout au long de l’émission dans un bandeau rouge en bas de l’écran, précédé d’un gros guillemet, ce qui accentue et insiste sur le côté « témoignage » : c’est du vécu, et les principaux intéressés sont là pour en parler.
Le générique de l’émission est accompagné d’une musique entraînante.

Différentes images se succèdent rapidement : on voit successivement la planète Terre, la France, Paris, la Tour Eiffel, et enfin les studios de France Télévision. Un groupe de gens de dos rentre dans les studios et le téléspectateur est comme invité à les suivre. On suit ensuite une technicienne dans les coulisses, puis en régie, alors que le titre « Toute une histoire » s’affiche. A la fin du générique, qui est très court (15 secondes) la caméra entre sur le plateau par le bas de « l’œil » et se dirige vers Jean-Luc Delarue. Tout est fait dans le générique pour montrer que les histoires racontées vont prendre place dans le quotidien des gens, en France, et pousse le téléspectateur à vouloir découvrir ce qui se passe dans les studios. Il y a une idée de transparence puisque les studios sont situés géographiquement, les coulisses et la régie sont montrées avant l’émission.
A la fin du générique, l’animateur, en regard caméra, présente rapidement l’émission du jour en prononçant quelques généralités sur le thème abordé.
Jean-Luc Delarue utilise toujours une phrase type : « Accueillez les invités ». Cela s’adresse au public présent sur le plateau, mais surtout au téléspectateur, d’autant que l’animateur est en regard caméra quand il prononce cette phrase. Cela induit : « accueillez les chez vous, traitez les bien, soyez investis émotionnellement ».
Ensuite s’enchaînent une présentation rapide des invités et un premier tour de parole qui amène le présentateur à annoncer la première partie de l’émission.




En effet l’émission est structurée en trois parties, totalement déséquilibrées au niveau de la durée. En l’occurrence, l’émission du 4 octobre est divisée comme suit :

I. La prise de conscience (22 min.)

II. Trouver l’amour (16 min.)

III. S’accepter et se faire accepter (12 min.)

Dans chaque partie, les témoignages sur le plateau et les reportages sur l’histoire des invités se succèdent. On retrouve aussi dans chaque émission un « reportage de la rédaction ». Il s’agit souvent d’une question liée au thème du jour posée à des inconnus lors d’un micro trottoir. Ces interventions sont entrecoupées de l’ « avis de l’expert », qui commente le sujet sur fond noir et austère, ce qui est censé être gage de sérieux. Il s’agit en réalité d’un faux travail de journaliste pour justifier la gravité et / ou la légitimité d’un thème abordé par l’émission.
En ce qui concerne les reportages sur les invités, ils sont souvent construits sur le même schéma : reconstitution du passé ou du quotidien du protagoniste, intervention de ses proches, musique dramatique, ainsi que différents effets qui sont ajoutés sur l’image : floutés, désaturation des couleurs, ralentis, incrustes de texte et photos, plans récurrents pour accentuer le coté émotion. Ainsi, dans l’émission sur la laideur, le reportage sur Julie contient plusieurs fois les mêmes images de la jeune fille se rasant le matin.

Le téléspectateur est sollicité au cours de la seconde partie de l’émission par ce que Jean-Luc Delarue appelle le « message de la rédaction ». Celui-ci est divisé en deux parties : l’appel à témoins et la bande annonce d’une émission à venir. L’appel à témoin se retrouve aussi sur le site internet et est composé d’une série de questions concernant un thème à venir.
En voici un exemple :


Concernant les voix de retour, l’émission est enregistrée, il n’y a donc pas d’interventions directes des téléspectateurs. Mais les appels à témoins pour les futures émissions peuvent les pousser à participer.

Par ailleurs, les téléspectateurs sont invités à réagir sur le site de France 2, plus précisément sur le forum de l’émission. L’adresse du site est mentionnée pendant l’appel à témoins et à la fin de l’émission. Le forum du site peut ainsi être considéré comme la continuité de l’émission. D’ailleurs, de nombreux invités y participent et partagent leurs expériences : le forum est très actif sur les sujets abordés dans « Toute une histoire » mais aussi sur des sujets lancés par des internautes qui recherchent de l’aide ou veulent témoigner. Jean-Luc Delarue affirme parcourir les forums de France 2 et d’autres sites, tels que Doctissimo ou AuFéminin, pour avoir des retours sur l’émission.


Les mises en scène
Comme nous l’avons évoqué précédemment, l’émission est enregistrée et non en direct, le montage a donc une place très importante. Le résultat final donne l’impression d’une mise en scène bien chorégraphiée par la production : on ressent en effet les coupures au montage, l’absence de spontanéité lors de certaines interventions.

En ce qui concerne le cadrage, on retrouve le même type de plans d’une émission à l’autre.

Un des plans récurrents est le champ/contre champ lors des dialogues entre Delarue et les invités. Plan qui ne se retrouve presque jamais entre les invités. La caméra est souvent placée juste derrière l’épaule du présentateur : on met le téléspectateur à sa place, dans une position de témoin direct.

L’autre cadrage qui se retrouve dans chaque émission est un plan sur Jean-Luc Delarue, debout sur le coté gauche devant l’écran géant qui diffuse des photos ou des images des invités en train de témoigner. C’est un plan significatif car il induit que Jean-Luc Delarue se met au service du témoignage, qu’il se fait tout petit devant l’histoire des invités.

Le téléspectateur est une fois de plus inclus dans le dispositif grâce à des plans filmés par une caméra placée dans le public en face des invités.

Dans tout les cas, tout tourne autour de Jean-Luc Delarue : il est le chef d’orchestre devant et derrière la caméra. En effet, c’est lui qui décide de tout : il gère notamment la mise en scène verbale puisque c’est lui qui distribue les tours de parole sur le plateau. Certains invités sont beaucoup plus mis en avant tandis que d’autres paraissent inexistants, aussi bien au niveau du temps d’apparition qu’au niveau du témoignage. Cela est dû à la distribution des temps de parole mais surtout au montage qui lui aussi est supervisé par Jean-Luc Delarue.
Dans l’émission du 4 octobre sur la laideur, la disproportion était une fois de plus frappante. Ainsi, une des invitées, Emeline, a bénéficié de près de 15 minutes de temps d’exposition alors qu’une autre n’intervient que pendant 2 minutes 30.
Sachant que celle qui parle le plus est atteinte d’une malformation sévère du visage et que l’autre s’est déjà fait opérer et ne porte aucune séquelle, on peut tout à fait imaginer que l’animateur-producteur a choisi de mettre en avant la première puisque son image est plus choquante et son histoire beaucoup plus sensationnelle.

Jean-Luc Delarue se sert de ses invités pour créer du suspense. Par exemple avec Emeline, la question récurrente pendant toute l’émission était de savoir si elle allait retirer ou non ses lunettes de soleil dont elle se sert pour camoufler son visage. Même si l’animateur prétend vouloir l’aider à s’assumer, on pourrait être en droit de se demander si celui-ci ne fait pas d’elle une bête de foire, susceptible de tenir en haleine le téléspectateur et d’éveiller sa curiosité.
Jean-Luc Delarue tient souvent des propos choquants à l’encontre des invités, qui peuvent aller jusqu’à la méchanceté pour les déstabiliser émotionnellement et leur soutirer toujours plus de larmes. Par exemple, lors d’une projection d’une photo de Julie enfant, qui souffre d’hyperpilosité, l’animateur commente : « … Les sourcils, oui… Entre Frida Kahlo et Emmanuel Chain… ». Ce qui n’est pas forcément la meilleure façon d’aider quelqu’un déjà très complexé par son physique.
Parfois l’animateur force aussi les invités à répéter ce qu’ils ont confié en coulisses, voire le répète lui même : « Vous avez dit lors de la préparation de l’émission… » Cela peut pousser les témoins à se révéler et à s’exposer plus qu’ils ne l’auraient voulu devant les caméras. Le but de toute cette mise en scène est de susciter le plus d’émotions possible auprès du téléspectateur.

Conclusion
A l’image de son titre évocateur, « Toute une histoire » est une émission basée sur le témoignage, des histoires spectaculaires qu’on n’entend pas tous les jours. Le dispositif inverse les tendances de la société puisqu’il donne la parole à des personnes « hors normes », la « norme » étant représentée (et dévaluée) sur le plateau par le « contradicteur ». Or il convient de rappeler que les téléspectateurs visés sont justement des personnes ne correspondant pas à la « norme », qui sont « hors de la société », puisque ce sont des inactifs. L’émission enclenche donc un processus d’identification pour ses téléspectateurs, à travers le rejet des standards sociaux.
Par ailleurs, « Toute une histoire » rejoint la culture de l’émotion et du compassionnel plutôt qu’apporter une véritable réflexion sur des problèmes de fond qui peuvent par ailleurs être graves : les interventions sont courtes, les experts n’ont aucune utilité hors la légitimation de l’émission. La complexité d'une situation, de la souffrance d'une personne, est à chaque fois unique et ne se déchiffre pas en l'espace d'un court témoignage sur un plateau.
Les invités disent régulièrement qu’ils se sont rendus sur le plateau pour comprendre leur problème, faire leur deuil ou assumer leur histoire. Sachant que le but premier d’une émission de télévision est de faire le plus d’audience possible, cela ne risque-t-il pas d’être au détriment de ces témoins, puisque l’exploitation de leur témoignage peut leur échapper ? Et la télévision peut-elle prétendre être un lieu adapté à une certaine forme de psychanalyse apparemment recherchée par ces personnes ?

Sources


Sites officiels

France 2 : http://programmes.france2.fr/toute-une-histoire/

Réservoir Prod : http://www.reservoir-prod.com/

Articles

Laurent DUPIN, ZDNet.fr, article « Jean-Luc Delarue et Réservoir Prod préfèrent les forums au web 2.0 » :

http://www.zdnet.fr/actualites/informatique/0,39040745,39364285,00.htm
Julien MIELCAREK, iMedias.biz, article « Jean Luc Delarue présente « Toute une histoire » » :

http://www.imedias.biz/lemag/lemag-jean-luc-delarue-presente-toute-une-histoire-374.php



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