Héros national, héros fondateur





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date de publication08.11.2017
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Héros national, héros fondateur

Présentation

Le 6 juin, la fête nationale suédoise célèbre Gustav 1er Vasa, fondateur de la Suède indépendante ; quelques jours plus tard, le Portugal honore Luís de Camões, à qui l’on doit Les Lusiades, poème épique relatant sous une forme mythifiée les conquêtes de Vasco de Gama ; enfin, l’Irlande commémore annuellement l’évangélisateur Saint-Patrick. Ces exemples de communion d’un pays autour d’un héros consensuel sont rares, en Europe comme dans le reste du monde : les fêtes nationales commémorent presque toutes un événement fondateur, non un personnage fondateur. Il existe cependant d’autres héros nationaux que ceux que célèbre un jour férié, et beaucoup font l’objet d’une ferveur populaire, qu’on pourrait dire folklorique, même sans cérémonies officielles : pour la France, on convoquera traditionnellement Vercingétorix, Clovis ou Jeanne d’Arc, il y en a d’autres et le choix, peut-être, sera déjà révélateur.

En effet, la notion de héros, surtout s’il est national, est immédiatement suspecte d’une démarche édifiante, voire d’une récupération politique. Cette notion renvoie bien sûr au premier chef à la mythologie et à la littérature antiques. Demi-dieu, aristocrate au destin d’exception, mortel capable de prouesses uniques, le héros se place au mitan de la légende et de l’Histoire. Cette Histoire-là, tout emmêlée de légende, c’est celle qu’écrit Tite-Live à propos de la fondation de Rome, c’est aussi celle qu’écrit Michelet racontant Jeanne d’Arc, « celle qui avait sauvé le peuple ». C’est une Histoire épique, la Geste d’un peuple en train de se constituer en nation, incarné par les valeurs et traits de caractère d’un être supérieur, un « Grand Homme », figure d’élite de sa communauté. Et l’on ouvre la porte à l’idéologie, si ces valeurs, ce caractère, sont promus officiellement. Alors il n’y aurait pas de héros national sans propagande ? Finalement, interroger le héros qu’une nation se choisit et les valeurs qu’elle encourage à travers lui, c’est se demander si le héros est constitutif d’une « identité nationale », sans gommer ce que le terme a de polémique, puisqu’il implique une démarche d’unification qui ne va pas sans discrimination, et sans exclure non plus que cette identité nationale relève elle-même moins de l’Histoire que du mythe.

Dans cette perspective, le cours de langues anciennes est le lieu privilégié pour examiner l’évolution de la notion de héros à travers l’espace et le temps, pour envisager la persistance ou la dissolution des valeurs et traits moraux matérialisés par ces héros, pour à la fin remettre en question l’apparente évidence des héros de notre époque.

Mise en œuvre

Pour des élèves de collège, ces notions sont difficiles : souvent, ils n’utilisent le mot « héros » que dans son acception moderne, héros de film, héros de jeu vidéo… Les programmes de français de 6ème, et les programmes d’Histoire-Géographie, les ont familiarisés avec certains des héros antiques fondateurs, tels Gilgamesh, Ulysse, Enée ou Romulus. Au fil des années, ils rencontrent les héros littéraires des contes, des romans de chevalerie, des récits d’aventure, les héros de romans réalistes ou de récits du 20ème, « porteurs d’un regard sur l’Histoire et le monde » (programme de 3ème). Au lycée, l’objet d’étude « Le personnage de roman » constituera le prolongement de ces découvertes. Le cours de langues anciennes est alors le moment privilégié pour une réflexion sur l’évolution de la notion de héros, préalable à un va-et-vient entre les mythes fondateurs de l’Antiquité et leur possible continuité contemporaine, à une interrogation aussi sur la persistance ou la dissolution des valeurs et traits moraux matérialisés par ces héros. En latin, le programme de 5ème lie l’entrée « les temps héroïques » aux « fondements de l’identité romaine » : le programme de grec en 3ème, « autour du mythe fondateur d’Ulysse », suit le même esprit. En 4ème, le professeur est appelé à travailler sur « la virtus sous la république », à travers des exemples moraux que l’on peut considérer comme autant d’avatars du héros. En 3ème, le thème « idéologies impériales et romanisation » permet aussi de s’interroger sur les moyens de la diffusion d’une sorte de « culture nationale ».

Pistes de travail

  1. Le héros à travers les âges et les lieux

Mot à l’étymologie douteuse, peut-être lié à la racine indo-européenne de la protection (*ser-donnant le latin servare)1, peut-être pré-hellénique2, ¼rwj est attesté dès le mycénien. Chez Homère, il est employé comme terme de respect et de politesse, et avec une connotation guerrière. Avec Hésiode, il prend une coloration religieuse présente également dans les épopées homériques, désignant alors le demi-dieu, souvent un humain divinisé faisant l’objet d’un culte funéraire ; ce sens s’étend jusqu’à désigner un mari défunt chez Alciphron. En latin, le terme hésite entre ces deux pôles, héros mythique et homme de valeur, et l’on voit Cicéron qualifier Caton sous ce vocable ; il finira par évoquer le héros d’un nouveau système de valeurs, le martyr chrétien. La tension entre mythe et Histoire, fiction et réalité, apparaît déjà clairement.

Les mythes et les traditions populaires du monde font une large place au héros, et des invariants ne manquent pas de se dégager. Les traits archétypaux sont aisément repérables dans la mythologie gréco-romaine: l’ascendance semi-divine et la noblesse du héros, sa soumission au destin, les dangers qu’il affronte secondé d’une main surnaturelle, son lien avec la cité et la communauté des hommes, le caractère social et universel de sa quête, qui le différencie du héros de conte, par exemple. On se gardera cependant de faire entrer le héros dans un moule tout à fait universel : Ulysse est humain, Thésée aussi dans certaines traditions.

Comme préalable à une étude sur l’utilisation du héros à des fins didactiques ou de propagande, il serait judicieux de travailler à une confrontation des héros antiques et des héros modernes. Qui sont-ils, d’ailleurs ? Si l’on interroge des élèves de collège, il est probable que des personnages mythologiques ou littéraires se mêleront aux figures historiques, aux « champions » de domaines variés, aux super-héros des comics : probablement prendront-ils conscience que leur choix sont révélateurs de leurs propres valeurs. Au professeur de les orienter dans une réflexion sur les archétypes qui persistent dans les héros modernes (la soumission au destin, probablement), et ceux qui s’effacent : le héros moderne est fréquemment plébéien, rarement guerrier, il n’a parfois plus guère de lien au divin ou plus largement à la spiritualité. On s’attachera à montrer qu’on a tendance à réunir aujourd’hui sous le titre de héros aussi bien des personnages mythologiques que des figures du monde réel. Parmi tous nos héros, bien peu sont des héroïnes, il n’est pas inutile de le remarquer.

Exploitations pédagogiques possibles

→ On pourra avantageusement recourir au dossier pédagogique mis en ligne par la Bibliothèque nationale de France après l’exposition Héros, d’Achille à Zidane, qui s’est tenue en 2007. Les vidéos disponibles dans la rubrique « Gros plans » constitueront une bonne introduction à la séquence de travail.

→ On demandera à des groupes d’élèves de s’attacher à une figure héroïque de l’Antiquité (Persée, Héraclès, Achille, Ulysse, Enée, Thésée…) et de rassembler dans un dossier ou un diaporama différents documents le concernant : une représentation iconographique (puisée par exemple sur la banque de données Joconde parmi les céramiques grecques), un arbre généalogique, un extrait de texte latin et/ou grec consacré à ses aventures, une illustration des objets magiques reçus, une carte du territoire dont il est le fondateur, ou le libérateur.

→ Un travail linguistique autour de la notion d’excellence trouverait sa place dans une séquence sur le héros. En grec, on retiendra la particule augmentative ¢ri- marquant l’idée de force et de supériorité (et s’apparentant éventuellement à une racine *erei liée à la richesse, comme dans le latin res3) et on proposera par exemple d’établir une fiche des mots de la famille d’¢re…wn / ¥ristoj : ¢ristokrat…a, ¢r…stwj, ¢risteÚw, ¢riste…a, ¢ret», etc. En latin, une étude de la racine op, qui renvoie à l’abondance, est intéressante en ce qu’elle ouvre sur des domaines divers : l’excellence avec optimus ou optimates, l’armée avec copiae, la richesse ou le manque si l’on songe à opulentus ou inopia. Dans les deux langues, le professeur peut utiliser ces remarques étymologiques comme un préalable à l’étude de l’adjectif et de ses degrés.

→ Pour une lecture commentée, les odes de Pindare sont un bon exemple de la façon dont, dès l’Antiquité, le héros mythique est convoqué pour célébrer la gloire d’un individu réel : on peut ainsi analyser la troisième néméenne, « À Aristoclide d’Égine », en montrant comment la célébration du vainqueur se mêle à un récit mythique qui en appelle entre autres à la légende d’Héraclès et d’Achille. Pour une utilisation ironique des figures héroïques, on peut se tourner vers Horace : la satire I, 7 illustre la discorde mesquine de deux Romains comparés à Hector et Achille, au prétexte que « les gens d’humeur difficile sont dans la même situation que les braves mis aux prises dans la guerre4 ». Autrefois comme aujourd’hui, les héros et leurs prouesses habitent l’imaginaire collectif et constituent un réservoir d’analogies et d’allusions où l’on puise dans les conversations courantes autant que dans les œuvres littéraires.

  1. Le héros fondateur pour construire un mythe national

Christopher Pelling, dans son introduction à la Vie d’Antoine par Plutarque5, observe qu’il s’en est fallu de peu que Marc Antoine remporte la bataille d’Actium et qu’alors de grands poètes antoniens auraient glorifié sa mémoire et composé des chants épiques en l’honneur d’Hercule et Anton plutôt que pour Enée et Iule… On dit parfois qu’on n’écrit que l’Histoire des vainqueurs : en tout cas ce sont souvent des figures héroïques imposées par eux qui tissent les fils de cette Histoire mythique, ou mythologie historique, dont il est ici question. L’idée n’est pas nouvelle, si l’on songe à Alexandre : Plutarque le fait descendre d’Héraclès du côté paternel, d’Eaque par sa mère Olympias, et le conquérant lui-même, après sa visite au sanctuaire de Zeus Amon, laisse entendre qu’il porte à bon droit le titre pharaonique de « fils de Rê ». Fondateurs autoproclamés d’un monde nouveau, par ses limites ou ses institutions, les princes utilisent le mythe comme ciment fédérateur de la communauté. En Grèce, les cultes héroïques fonctionnent de même, qui rassemblent le village ou la cité sur la tombe d’un héros dont le parcours a défini un espace territorial ; n’oublions pas non plus que les tribus athéniennes portent le nom de héros légendaires.

Il est toutefois vrai que c’est avec Octave que l’élaboration du mythe national à des fins politiques acquiert un degré de sophistication inégalé : victorieux à Actium, maître enfin unique, il entend livrer les clés de l’ordre nouveau qu’il est en train de fonder, exalter sa surhumanité et finalement doter le peuple romain d’une légende sacrée, tout cela à travers un vaste ensemble artistique. Notons qu’il a été aidé dans son entreprise par une grande perméabilité de l’Histoire et de la politique romaines aux mythes6.

Aujourd’hui, l’Histoire est peuplée de Grands Hommes, même si son enseignement se détache de plus en plus de cette approche biographique, non de héros au sens littéral. Pourtant, l’instrumentalisation des uns et des autres ressortit à la même volonté, qui est de fonder une identité (collective, populaire) autour d’une identité (un individu considéré comme fondateur des valeurs d’un système). L’enjeu d’une étude de ces démarches dans le cours de langues anciennes pourrait être de souligner le caractère mouvant et controversé de nos figures héroïques : Saint Louis le juste ou Saint Louis le fanatique, Jeanne d’Arc ou Charles Martel réinvestis par des partis nationalistes, et même des footballeurs incarnant à dix ans d’intervalle les velléités d’harmonie puis la déception d’une nation entière …

Exploitations pédagogiques possibles

→ Précisément, on peut envisager de commencer la séquence de travail par une réflexion sur le héros sportif, qui aux yeux de l’opinion serait porteur de valeurs dépassant les simples prouesses physiques. On trouvera sur le site Jalons de l’Institut national de l’Audiovisuel de très courts reportages susceptibles d’initier le débat : après diffusion d’un extrait de journal télévisé traitant par exemple des manifestations populaires qui ont suivi la victoire de la France lors de la coupe du monde de football 19987, on conduira les élèves à s’interroger sur les fonctions de ce héros sportif, athlète exceptionnel, support d’une sorte de patriotisme « light », ambassadeur de valeurs morales ou politico-sociales (« la France black-blanc-beur »). Et un, et deux, et trois héros…

→ Le lien entre mythologie héroïque et pouvoir s’observe dans l’imagerie impériale. Il serait éclairant de réunir une drachme du IV siècle présentant Alexandre coiffé de la dépouille du lion de Némée et un buste de l’empereur Commode en Hercule : à plus de 500 ans de distance, les mêmes traits de force et de courage sont mis en avant par le prince et participent d’une forme de continuité de civilisation. Le même procédé est à l’œuvre dans les monuments aux morts français où apparaissent, pour honorer les héros des guerres du XXème siècle, des statues de figures héroïques de l’histoire nationale : voir par exemple le mémorial de Pontvallain, dans la Sarthe, qui associe Jeanne d’Arc et Saint Louis. On montrera comment les héros sont en quelque sorte utilisés pour transcender le temps, donner l’impression que la nation est éternelle, quitte à gommer les controverses qui agitent leur souvenir pour les inscrire dans un réseau diachronique fondant le sentiment national.

→ Si l’on ne veut pas privilégier l’originalité, on puisera dans l’Enéide des passages à commenter, en particulier la catabase du chant VI, topos du récit héroïque qui se mêle ici à un dessein politique : on montrera comment la prophétie d’Anchise passe en revue les « illustris animas » de l’Histoire romaine dans un paradoxe chronologique destiné à doter le disparate peuple romain d’une ascendance divine et d’une forme de consanguinité fictive (tout le monde serait troyen, comme naguère tout le monde gaulois) et mais surtout à légitimer le règne miraculeux d’Auguste, à qui s’adresse ce propos courtisan, en le plaçant au centre du monde et de l’Histoire, tout comme la statue équestre de l’empereur trônait entre Enée et Romulus sur son nouveau forum8. On rappellera d’ailleurs que le fasciste Mussolini s’est aussi employé à tirer profit de ces raccourcis historiques, se donnant à voir en nouvel Auguste et ordonnant la restauration de l’Ara Pacis, le monument qui célèbre l’Age d’Or impérial. L’épopée de Virgile contient en outre plusieurs figures de fondateurs, qui peuvent donner lieu à une étude transversale : Didon, Ascagne/Iule, ou même Latinus, premier roi du Latium. Pour le monde grec, on pourra s’appuyer sur Plutarque ou Thucydide pour voir comment mythe et Histoire contribuent à faire de Thésée le héros national athénien, l’incarnation de la démocratie et de la civilisation face à la barbarie de Minos.

  1. La virtus pour exemple ; le héros modèle

Les héros grecs traditionnels, nous l’avons vu, brillent par leur courage et leur sens de l’honneur, par leur soumission au divin. Ils appartiennent néanmoins à un monde révolu, archaïque et violent, et s’ils sont conçus comme des miroirs de l’excellence de l’aristocratie hellénique, ce sont des miroirs lointains, intimidants, trop empreints de littérature et de mysticisme pour qu’un malheureux humain de l’âge de fer, fût-il particulièrement bien né, puisse espérer leur ressembler tout à fait. Un glissement s’amorce pendant la guerre de Péloponnèse : le général spartiate Brasidas fit l’objet à Amphipolis, prise aux Athéniens, d’un culte de type héroïque.

On a vu précédemment avec Dumézil que les Romains avaient eu une tendance à « l’historicisation » des mythes ; il développe l’idée que les Grands hommes de l’Histoire romaine sont parfois des avatars des héros de mythes indo-européens, tel Mucius Scaevola, le « gaucher », répondant au dieu Tyr qui laissa sa main droite dans la gueule du loup Fenrir dans une légende scandinave. Les héros romains sont donc historiques ou pseudo-historiques : ce renforcement de leur humanité les rend propices, plus que d’autres, à l’exemplarité. C’est souvent à l’époque républicaine, âge d’or du mos majorum, de la virtus et de la cité démocratique, que remontent les grandes figures qui nourrissent la pédagogie par l’exemplum.

L’enjeu de ce dernier axe de travail sera alors de dégager les valeurs morales portées par les summi viri romains, pour les mettre à l’épreuve de la modernité.

Exploitations pédagogiques possibles

→ On présentera en début de séquence une sélection de coupures de journaux mettant en scène « l’héroïsme quotidien au XXIème siècle ». A défaut, les sites internet de la presse régionale seront utiles car ils proposent généralement un moteur de recherche : avec l’entrée « héros », on accède à plusieurs articles liés à des actes de dévouement ou des sauvetages. On pourra alors réfléchir en classe à la fonction de ce type de récit et introduire la notion d’exemplum. Ensuite, on proposera aux élèves de réaliser leur propre « brève » consacrée à un héros romain, Clélie ou Horatius Coclès par exemple, le titre ou l’intégralité de l’article – selon le niveau- étant réalisé en latin, et l’ensemble rassemblé dans un journal fictif.

→ Il serait pertinent de prévoir un travail lexical centré sur les valeurs morales. La notion de virtus est évidemment au cœur des exempla : lié à la racine de la masculinité (vir : l’homme), le mot s’apparente au sanskrit vīra-s qui désigne le héros, ce qui a pu conduire à supposer qu’il serait l’équivalent latin du grec ¼rwj9. On peut imaginer se fonder sur l’étymologie pour identifier les traits qui composent la virtus, conçue comme un ensemble de qualités définissant l’homme idéal : on travaillera sur les dérivés français du mot fides en mettant en relation les branches liées à la religion et aux relations humaines, on mettra en avant le rôle des préfixes et des suffixes avec la pietas (impius, expio, piabilis, piamentum..), on veillera aussi à rappeler que le Romain idéal est attaché à sa terre avec le mot frugalitas, associé à l’agriculture, au froment ou au fruit.

→ Pour une lecture commentée, le professeur aura intérêt à se tourner vers les débuts de l’Histoire romaine par Tite-Live : il sera intéressant de chercher à distinguer celles les valeurs qui perdurent aujourd’hui et celles qui semblent obsolètes, ou même contraires à nos mœurs. Prenons l’exemple de la devotio, le sacrifice auquel se livrent plusieurs héros romains, de façon partielle (Mucius Scaevola offrant sa main droite aux flammes) ou totale (les Decii père et fils, Marcus Curtius) : l’idéal d’offrir sa vie pour le bien de la cité, ou de la patrie, persiste au moins jusqu’au milieu du XXème siècle. On pourrait lire dans la panthéonisation de Jean Moulin, figure héroïque de la Résistance, une « modernisation » de cette notion ; notons d’ailleurs que l’hommage fut assez tardif et qu’au sortir de la guerre c’est plutôt Pierre Brossolette, dirigeant de la Résistance qui se suicida pour ne pas parler, que l’on proposait comme modèle à la jeunesse10. A l’inverse, il y a des valeurs qui choquent désormais : comment ne pas mettre en rapport le suicide de Lucrèce, violée par Sextus Tarquin, avec les crimes « d’honneur » qui sévissent encore aujourd’hui ? De même, on obtiendra généralement des élèves des réactions scandalisées quand ils découvriront que le double « infanticide » de Lucius Junius Brutus ne l’empêcha pas d’être honoré du titre de pater patriae ou qu’Horace fut acquitté par le peuple du meurtre de sa sœur, en raison de l’admiratione virtutis qu’il lui inspire. Les temps changent, et nous changeons avec eux… On peut terminer en examinant la liste des pressentis au Panthéon : y figurent Maurice Diderot, Maurice Genevoix, mais aussi Marc Bloch et Jules Michelet11… Des historiens héros de l’Histoire nationale, voilà qui clôt la page !

Bibliographie

Ouvrages de référence

Amalvi, Les héros des Français. Controverses autour de la mémoire nationale, Bibliothèque Historique Larousse, 2011.

Briant, Alexandre des Lumières. Fragments d'histoire européenne, Gallimard, 2012.

Campbell, Le Héros aux mille et un visages, Oxus, 2010.

Citron, Le mythe national. L’Histoire de France revisitée, Editions de l’Atelier, 2008.

Corbin, Les héros de l’Histoire de France expliqués à mon fils, Seuil, 2011.

Prolongements

Echenoz, Courir, Les Editions de Minuit, 2008 (le « héros » Zatopek).

Merle, Super-Héros & Philo, Breal, 2012

Troy, film de W. Petersen, 2004 (« hollywoodisation » des héros homériques)

1 Voir Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, éd. Klincksieck, Paris, 1968.

2 Voir Beekes, Etymological Dictionary of Greek, Leiden and Boston, Brill, 2010.

3 Van Windekens, Dictionnaire étymologique complémentaire de la langue grecque, Leuven, Peeters, 1986.

4 Horace, Satires, traduction de François Villeneuve, Les Belles Lettres, Classiques en Poche, 2001.

5 Plutarque, Life of Antony, Cambridge, 1988.

6 Dumézil, Mythes et dieux des indo-européens, Flammarion, 1992 : « Il a été possible de déceler, dans les deux premiers livres de Tite-Live, depuis les règnes et figures de Romulus et de Numa jusqu’aux exploits de Coclès et de Scaevola, une bonne part de mythes indo-européens, mais transformés en récits vraisemblables, humains, datés. La vieille mythologie a subsisté, avec la philosophie sous-jacente, avec les services éducatifs qu’elle rendait ; mais pour subsister et continuer de servir, elle a dû se plier au goût si marqué de la société romaine de tout rapporter à elle-même, à son ager, à ses patres : elle s’est faite histoire, et histoire nationale ».

9 Bréal & Bailly, Dictionnaire étymologique latin, Hachette, 1885.

10 Amalvi, Les héros des Français, Controverses autour de la mémoire nationale, Bibliothèque Historique Larousse, 2011.

11 L’Histoire, n° 384, février 2013.

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