Quelques citations





télécharger 22.63 Kb.
titreQuelques citations
date de publication08.11.2017
taille22.63 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > histoire > Documentos




Marie-Christine Hazaël-Massieux

Professeur à l’Université de Provence

hazael@up.univ-mrs.fr

Des textes anciens pour comprendre le développement des langues créoles :
Utilisation et interprétation, avec application à l’aire caraïbe.


Quelques citations



Père Pelleprat, 1656 : Relations des Missions des P.P. de la Compagnie de Jésus dans les isles et dans la Terme firme de l’Amérique méridionale, Paris, S. & G., Cramoisy :
« [...] Longum esset genuina eos lingua instrueri solusque posset foeliciter qui omnium imbutus esset facultate linguarum ; quare non eos ante ediscimus quam Gallice loqui adductos, quam citissime autem ediscunt ut cogitata mentis enunciare facile possint et dominis explicare, a quibus omnino pendent ; ad vulgarem loquendi modum, nostrum conformamus. Saepius utuntur infinitifis verbis (ex.gr.) Ego orare Deum, Ego ire ad Ecclesiam, Ego non comedere, hoc est, Deum oravi, in Ecclesiam ivi, Ego non comedi, addito vero futuri praeteritive temporis adverbio, dicunt, Cras ego comedere, heri orare Deum, id est, Cras comedam, Heri Deum oravi, atque ita de reliquis. Hac loquendi ratione utimur cum eos primo instituimus... »1

[Traduction : Il serait bon de les former dans leur langue maternelle et seul pourrait le faire avec succès celui qui serait particulièrement doué pour les langues ; c’est pourquoi nous ne les comprenons pas avant qu’ils soient parvenus à parler en français, mais eux comprennent très rapidement comment il leur est facilement possible d’exprimer leurs pensées et de les expliquer à leurs maîtres dont ils dépendent pour tout ; nous nous conformons à cette façon vulgaire de parler. Généralement, ils utilisent les verbes à l’infinitif Moi prier Dieu, Moi aller à l’église, Moi pas manger, ce qui veut dire J’ai prié Dieu, Je suis allé à l’église, Je n’ai pas mangé. On ajoute un adverbe de temps pour le futur ou le passé : Demain moi manger, Hier prier Dieu, ce qui veut dire Je mangerai demain, J’ai prié Dieu hier, et ainsi de suite. Nous utilisons cette façon de parler lorsque nous commençons à les former.].

Père Chevillard, 1659 : R.P. André Chevillard, 1659 : Les desseins de son Eminence de Richelieu pour l’Amérique, Rennes, chez Jean Durand Imprimeur et Libraire ordinaire de l’Evesché, 107 p. Reproduction de cette édition en 1973 à Basse-Terre, par la Société d’Histoire de la Guadeloupe, in « Bibliothèque d’histoire antillaise », pp. 120-121.
A propos d’un jeune esclave caraïbe confié aux Pères pour être catéchisé : « [...] et il apprend incontinent le jargon de la langue françoise... »
Père Du Tertre, 1671 : R.P. Jean-Baptiste Du Tertre, 1671 : Histoire générale des Antilles habitées par les Français. Une édition à Fort de France d’E. Kolodiziej EDCA, en 4 volumes, reprend l’édition de 1671 : tome II, p. 511).
« [...] la plupart des petits nègres ne savent d’autre langue que la langue française et [...] ils n’entendent rien à la langue naturelle de leurs parents, excepté le baragouin, qu’on utilise dans les îles en parlant avec les sauvages... ».

Père Mongin, 1672 : Lettres éditées dans le Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, n° 61-62, numéro spécial, présenté par Marcel Chatillon, 1984 :
« Les nègres ont appris en peu de temps un certain jargon français que les missionnaires savent et avec lequel ils les instruisent, qui est par l’infinitif du verbe, sans jamais le conjuguer, en y ajoutant quelques mots qui font connaître le temps et la personne de qui l’on parle » (p. 10).

Père Labat, 1742 : Nouveau voyage aux Isles de l’Amérique, chez J.B. Delespine, Paris, 1742, réédité en 1972, Fort-de-France, Editions des Horizons Caraïbes en 4 tomes.
« Ils [les Caraïbes] savent presque tous, particulièrement ceux de la Dominique, assez de mauvais français pour se faire entendre et pour comprendre ce qu’on leur dit » (tome II, chap. 5, p. 262)

ou encore, du même :

« Le nègre qu’on m’avait donné était créole, il avait déjà servi d’autres curés, il connaissait le quartier où j’allais, il parlait français, et d’ailleurs j’étais déjà accoûtumé au baragouin ordinaire des nègres » (I, chap. 6, p. 81).

Moreau de Saint-Méry, 1793 : Description typographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’Isle Saint-Domingue, 1797, rééd. Société de l’histoire des colonies françaises et Librairie Larose, 1958, pp. 80-81 :
« J’ai à parler maintenant du langage qui sert à tous les nègres qui habitent la colonie française de Saint-Domingue. C’est un français corrompu, auquel on a mêlé plusieurs mots espagnols francisés, et où les termes marins ont aussi trouvé leur place. On concevra aisément que ce langage, qui n’est qu’un vrai jargon, est souvent inintelligible dans la bouche d’un vieil Africain, et qu’on le parle d’autant mieux, qu’on l’a appris plus jeune. Ce jargon est extrêmement mignard, et tel que l’inflexion fait la plus grande partie de l’expression. Il a aussi son génie, (qu’on passe ce mot à un Créol qui croit ne le pas profaner), et un fait très sûr, c’est qu’un Européen, quelque habitude qu’il en ait, quelque longue qu’ait été sa résidence aux Isles, n’en possède jamais les finesses. »

Auteur anonyme d’Idylles et Chansons ou essais de Poésie Créole par un Colon de Saint-Domingue (qui datent de 1811 mais que nous citons d’après l’édition de 1821) :

« La Langue Créole est une espèce de jargon que parlent généralement les Nègres, les Créols, et la plupart des Colons de nos îles de l’Amérique. C’est un Français corrompu, abatardi, mais approprié à des organes plus doux, et où l’on fait disparaître, par de fréquentes élisions, par diverses modifications, et surtout par des transpositions continuelles, les sons trop rudes des consonnes et les fortes articulations. Cette langue a, par conséquent, une infinité de mignardises, une extrême douceur, qui la rendent propre à exprimer avec délicatesse, et surtout avec une certaine naïveté, les sentimens de l’amour, dans le caractère que prend cette passion chez les sensuels et voluptueux habitans de la Zone Torride. Elle peut même être considérée comme très-chaste à leur égard : la pudeur, dans ces climats brûlans, s’y couvrant d’un voile plus léger, accoutume les regards et la pensée à une transparence qui décèle et embellit les formes de la nature, mais qui ne fait pas rougir.

La langue créole est cependant peu propre à la poésie… »

L’Abbé Goux, 1842 : Catéchisme en langue créole précédé d’un essai de grammaire sur l’idiome usité dans les colonies françaises, par M. Goux Missionnaire apostolique à la Martinique :
« Il n’est pas possible d’intituler autrement ce que nous offrons touchant le langage usité parmi le plus grand nombre des personnes qui habitent les Colonies, soit françaises, soit anglaises (note1), qui ont autrefois appartenu à la France. Car ce langage n’a pas de règles fixes sur un grand nombre d’articles, comme nous le verrons dans le cours de cet opuscule ; quoiqu’on puisse néanmoins lui en assigner d’assez précises.

Nous pourrions parler avec beaucoup plus d’assurance, s’il s’agissait de régulariser ce langage et le soumettre aux règles qu’il pourrait comporter, eu égard au génie qui lui est propre. Mais il s’agit de le prendre tel qu’il est, et de le faire comprendre aux personnes qui, par devoir ou par tout autre motif, veulent en avoir une idée suffisante.

Pour parvenir à ce but, nous avons cru qu’il suffisait de parler succinctement des principales parties du discours. Nous suivrons donc l’ordre grammatical ordinaire. »

Turiault, 1874 : Etude sur le langage créole de la Martinique, extrait du Bulletin de la Société académique de Brest, 2e série, tome 1, 1873-1874, Brest, Impr. De J.B. Lefournier Aîné, 1874, pp. 401-516.
« L’introduction de la race noire dans les colonies françaises y a fait naître un langage tout particulier connu sous le nom de créole2 (1).

Ce langage, complètement inconnu en France, raillé et dédaigné par les Européens appelés à servir dans ces beaux pays lointains où ils ne font que passer, n’a encore été l’objet d’aucune observation, d’aucune étude, que nous sachions du moins, car nos recherches à ce sujet sont restées infructueuses.

Il nous a donc paru intéressant et utile à la fois de faire connaître ce baragouin, ainsi qu’on l’appelle, lequel, à notre avis, ne mérite pas tant de dédain.

Le créole que parlent les noirs qui habitent les Antilles est du français mal prononcé et corrompu, mélangé de mots et d’expressions nègres. Dans ce langage on rencontre aussi des noms d’origine caraïbe, et des termes marins comme amarrer (maré), hâler, larguer, qui sont employés usuellement.

C’est donc un patois, un jargon ; - mais si ce patois est capricieux, désordonné, enfantin, s’il est drôle, amusant pour les Européens, il a aussi un caractère d’originalité qu’on ne saurait méconnaître.

En France l’on s’imagine parler le créole en ne prononçant pas les r, en remplaçant les adjectifs et pronoms possessifs par les pronoms personnels moi, lui, nous, vous elles, accompagnés de la préposition à, mis après les substantifs, puis en plaçant ces mêmes pronoms tantôt devant le verbe, tantôt après, comme dans les phrases suivantes : Moi aimé vous de tout coeu à moi. – Vous avoi un live à donné à nous. – Chien à lui mangé viande à mi. – Monte à vous ête su lit à vous et boucles à vous aussi.

Ces phrases-là, admises au théâtre, peuvent bien avoir la désinvolture un peu nègre, mais, à coup sûr, elles ne sont pas créoles, ainsi que l’on peut en juger par la dernière, reproduite ci-après en vrai créole : Monte ou assous couche ou bouc ou tou.

Le plan adopté pour cette étude est celui d’une grammaire. C’était certainement le plus simple et le plus méthodique pour permettre aux Européens d’apprendre en peu de temps l’idiome créole. L’entreprise d’une grammaire créole n’était pas sans difficultés. Elle paraissait à beaucoup de gens impossible, extravagante. Néanmoins nous nous sommes mis à l’œuvre, et nous publions aujourd’hui notre Etude sur le langage créole. »

Thédore Baude, 1938 : Préface à Nay-Reine, Lucien, 1938 : Sous le foulard créole :.
« Je sais que, pour ma part, ce patois a gardé la forte empreinte du vieux français, mais corrompu et simplifié au point que nous sommes souvent obligés de le compléter par le ton, par des gestes, des rires et des interjections ! »


1 R.P. Pierre Pelleprat, 1656 : Relations des Missions des P.P. de la Compagnie de Jésus dans les isles et dans la Terme firme de l’Amérique méridionale, Paris, S. & G., Cramoisy.

2 Créole vient du mot espagnol criollo, qui signifie né en Amérique, dans la colonie.

similaire:

Quelques citations iconLisez et traduisez les citations ci-dessous. Choisissez celles que...

Quelques citations iconQuelques citations sur la Normandie d’hier, d’aujourd’hui et demain
«Très souvent je reste des heures à regarder en septembre, la lumière normande, où IL n’y a rien qui sépare le sujet de l’objet :...

Quelques citations iconNote : les numéros suivis d’un h sont des hors-série tous les bateaux...

Quelques citations iconSemaine des mathématiques à Saint-Pierre
«Annexes de la semaine des mathématiques» et «corrigés» accompagnent celui-ci pour vous donner quelques indices, quelques pistes,...

Quelques citations iconCitations historiques pour l’histoire
«lates comers» s’industrialiseront plus vite que les premiers, car bénéficient de leurs avancées

Quelques citations icon155 citations classées en fonction des problèmes littéraires suivants
«court circuit phrastique»,IL faut éviter des expressions ou des termes hyperonymes (génériques) comme «un critique, un adage, un...

Quelques citations iconDÉcouverte des champs de batailles craonne – plateau de californie
«Quelques dizaines, quelques centaines de mètres disputés pendant des semaines, des mois…»

Quelques citations iconDÉcouverte des champs de batailles craonne – plateau de californie
«Quelques dizaines, quelques centaines de mètres disputés pendant des semaines, des mois…»

Quelques citations iconCitations : la critique
«Je ne crois pas à la critique des écrivains. Ils n’ont lieu de parler que de peu de livres; s’ils le font c’est donc par amour ou...

Quelques citations iconNotice sur les livres de Denis Duclos disponibles
«le Translatador»- plusieurs de mes livres récents. Je vous en adresse la liste ainsi que quelques lignes de sommaire, le fac-similé...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com