U travers de lettres





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COMPRENDRE

LA VIOLENCE DE

LA GRANDE GUERRE

A
Dossier présenté par :

Patrick Demange

et Édith Pourchet

U TRAVERS DE LETTRES


ET D’AFFICHES
Le dossier proposé se situe dans le domaine des arts du langage, des arts visuels, de la littérature et de l’histoire : il viendra nourrir et éclairer le travail conduit sur la première guerre mondiale.

Chaque séance sera élaborée autour d’un travail de recherche à partir de lettres de poilus et d’affiches.
SOMMAIRE


  1. Repères pour l’enseignant


a) L’affiche : histoire et caractéristiques

b) La lettre : éléments de contextualisation
II. Travail spécifique sur les supports au préalable
a) L’affiche (arts visuels /arts du langage)

- Séance 1 : critères

- Séance 2 : analyse

- Séance 3 : transposition à l’écrit

- Séance 4 : pratique artistique
b) La lettre (arts du langage)
- Séance 1 : critères

- Séance 2 : mise en lien avec des documents

authentiques

- Séance 3 : transposition de texte

- Séance 4 : composition d’un message de paix
III. La séquence d’histoire
a) Causes et origine du conflit

b) La vie dans les tranchées

c) Enlisement du conflit et moral des troupes

d) La fin de la guerre et l’espérance de l’épuisement du conflit
IV. Propositions de mise en œuvre
a) A partir de l’affiche

b) A partir de la lettre
V. Ressources

I.

REPÈRES

POUR

L’ENSEIGNANT

  1. L’affiche :

histoire et caractéristiques
L’invention de la presse lithographique, en 1798, a grandement changé la façon de faire circuler l’information. Les dépliants « grand format » et les affiches sont vite devenus une façon courante d’attirer l’attention et d’atteindre un vaste public.

La production d’affiches est devenue encore plus populaire après l’avènement de la chromolithographie à trois pierres, durant les années 1860. On pouvait alors imprimer des affiches en couleurs en grand nombre et à un coût relativement faible. Les premières affiches politiques illustrées naissent avec les tentatives de la part des mouvements de gauche de créer un art populaire, conçu comme une éducation d’un prolétariat souvent illettré.

Le début du XXe siècle est marqué par des évolutions techniques : offset inventé en 1904 combiné à la presse rotative qui existe depuis 1845.

Ce mode de communication avec le public n’a peut-être jamais été aussi efficace que durant la Première Guerre mondiale, alors que les gouvernements des deux camps essayent de mobiliser les masses pour obtenir leur appui.

Chaque pays investit pour recruter les meilleurs artistes, lancer de vastes campagnes et diffuser le plus largement possible les affiches, associant image et texte politique.

Une bonne affiche doit répondre à quelques principes de base :

  • L’image est plus importante que le texte : formats plus grands, graphisme plus attractif, texte de plus en plus court et percutant, soin apporté au choix de la typographie qui devient parfois elle-même une image.

  • La symbolique, les figures, la gestuelle doivent être soigneusement choisis et mis en page en utilisant les avant et arrière-plans, les diagonales.

  • La rhétorique est à priori sommaire: d’un côté le bien, de l’autre le mal. Le choix est simple. L’affiche doit être lisible même pour des gens peu cultivés voire analphabètes. C’est pourquoi le texte doit être concis, facile à déchiffrer.




  1. La lettre :

éléments de contextualisation
Sur le front, les soldats rédigent des écrits qui témoignent des batailles et de leur vie dans les tranchées. C’est une littérature d’un genre particulier, qui fait du « poilu » un personnage mythique dont les écrits reflètent une grande diversité. Ces textes à caractère épistolaire sont des témoignages historiques, ils sont dotés d’une syntaxe et d’un lexique spécifiques, ils contiennent en outre beaucoup d’implicite :

  • L’expéditeur, le destinataire, les liens et relations qui existent entre eux devront être identifiés par les élèves.

  • Le vécu antérieur commun des protagonistes est implicite ; il suppose un travail d’explicitation (travail important à mener autour des inférences).

  • Le décalage temporel entre le temps de l’écriture et celui de la lecture devra être compris.

  • La visée de la lettre (objet poursuivi par les auteurs) et le ton utilisé, traduisant le sentiment de l’auteur


II.

Travail spécifique

sur les supports

au préalable


  1. L’AFFICHE

arts visuels, arts du langage
SÉANCE 1 : critères
Objectifs :

  • faire émerger des critères,

  • comprendre les invariants d’une affiche

  • accéder au message 


Par groupe, distribuer plusieurs affiches

et faire dégager les critères communs.
À partir des affiches suivantes :







































SÉANCE 2 : analyse
Objectifs :

  • analyser une affiche particulièrement riche

  • repérer des indices (image et texte).




  • inférer un certain nombre d’informations, en analysant l’interaction texte image ;

  • comprendre que tout est signifiant dans l’affiche ;

  • chercher les ressources manquantes (termes utilisés, symboles, dessins…).


À partir de l’affiche suivante :





Présentation et analyse du document :
Affiche de 1915, faite par A. Faivre, commandée par l'État français et qui s'adresse à la population.
Ce dessin est composé d'une pièce de monnaie et d'un personnage se détachant sur un fond blanc. Il s'agit d'un soldat allemand (casque à pointe), le fusil en main, baïonnette au canon. Il est à genoux, déséquilibré et assailli par un coq, lancé à l'attaque son bec visant les yeux exorbités de terreur  du soldat. Le coq est sur une pièce de monnaie française. Le coq est agressif, débordant de la pièce, en position d'attaque et le soldat a l'air effrayé. Le coq et la devise Liberté, égalité, fraternité identifient la pièce d'or française.

Deux slogans figurent sur cette affiche : "Pour la France versez votre or" et "l'or combat pour la victoire" : c'est un double appel au civisme et au patriotisme pour défendre la patrie. L'appel est lancé aux civils et non aux combattants afin d'établir une juste répartition des sacrifices, vu les sacrifices faits par les combattants du front.

C'est une propagande pour l'emprunt : en 1914, les gouvernements français et allemands, pensent que la guerre sera courte ("Noël à la maison" ; "partir un été") et ne prévoient pas le financement et la mobilisation économique nécessaire à une guerre longue. En Allemagne comme en France, des aides financières seront demandées aux citoyens à travers des affiches. Dès 1915, confronté à l'épuisement des finances publiques, l'Etat fait appel à l'épargne des Français. Le premier emprunt dit "de la défense nationale" est lancé en novembre 1915, trois autres suivront jusqu'en novembre 1918.

L'affiche envoie un message clair et frappant : comme le "poilu" verse son sang, le Français resté à l'arrière doit "verser son or".  L'appel au civisme et au patriotisme repose sur le parallèle établi entre le soldat se battant sur le front et le civil qui soutient financièrement l'effort de guerre. L'affiche explique aux gens qu'en donnant de l'argent, ils contribueront à la victoire de la France. En France, ces appels sont couronnés de succès puisque les emprunts d'Etat souscrits par les épargnants ont couvert la moitié des dépenses de guerre. 

SÉANCE 3 : transposition à l’écrit
Objectif :

transposer à l’écrit le message dégagé par l’affiche.
Consigne : « Vous êtes un membre du gouvernement ; vous voulez vous adresser au peuple autrement que par l’affiche ».

SÉANCE 4 : pratique artistique
Objectif : produire une affiche

Cette séance pourra être différée de manière à réinvestir ce qui a été vu auparavant.



  1. LA LETTRE

arts du langage
SÉANCE 1 : critères
Objectif :

faire émerger des critères, comprendre les invariants d’une lettre et accéder à son message 

Identifier l’expéditeur, le destinataire, les liens, les relations qui existent entre eux

Comprendre qu’ils ont des connaissances ou un vécu antérieur commun qui n’est pas explicite et qu’il faudra déduire Comprendre que l’auteur s’adresse à un destinataire et non au lecteur

Comprendre le décalage temporel entre le temps de l’écriture et celui de la lecture
Cette séance sera l’occasion de classer des lettres de types différents (courrier officiel ou administratif, lettre d’ordre privé, carte postale…)

Par groupe, distribuer plusieurs lettres (de tous genres) et faire dégager les critères communs et les spécificités des textes à caractère épistolaire.
Rappel des caractéristiques de la lettre :
- Date et lieu de rédaction,

- Formule d’appel ou d’adresse,

- Corps de la lettre,

- Formule de politesse,

- Signature.


SÉANCE 2 : Mise en lien

avec des documents authentiques
Objectif : permettre aux élèves de construire des représentations mentales justes et cohérentes.

Identifier les liens qui unissent l’auteur et le destinataire

Dégager l’implicite pour comprendre l’état mental des soldats et leurs émotions.

C
Cette séance sera mise en lien avec l’étude

de documents authentiques (photos, cartes postales, images de tranchées, uniforme, barda…)
onstruire des représentations mentales en lien avec les références culturelles


Sait-on toujours à qui le poilu s’adresse ? (Lettres avec en tête claire ; lettres où il n’y a rien ; lettres où le destinataire apparaît uniquement à la fin.)



Tranchée britannique de première ligne sur la Somme, septembre 1916 - Photo : Imperial War Museum
La guerre des tranchées

Soldats français dans une tranchée à Verdun en 1916.

Ph. Moreau © Archives Larbor







  • Recherche par groupes de 3 ou 4 : Fournir des lettres et proposer 3 ou 4 questions qui vont aider les élèves à inférer et à interpréter.

  • Mise en commun

Échanges à partir des réponses des différents groupes.

  • Institutionnalisation : écrire une courte lettre (seul ou à plusieurs) pour informer un ami de la vie des soldats dans les tranchées durant la grande guerre.


SÉANCE 3 : Transposition de texte
Objectif :

Mobiliser ses connaissances pour produire un article de journal

« Imagine que tu dois écrire un article pour un journal sur la vie d’un soldat dans les tranchées en t’appuyant sur le corpus de textes à disposition ».
SÉANCE 4 : Composition

d’un message de paix

Objectif :

en lien avec l’éducation civique, réfléchir aux conditions de la paix à travers la production d’un message. (écrit au sous forme imagée)
III.

LA SÉQUENCE

D’HISTOIRE


  1. CAUSES

ET ORIGINES DU CONFLIT

proposition de deux affiches 





Présentation du document 1
La France a institué la conscription obligatoire et universelle dès le début du XXème siècle (1905). La mobilisation générale y est décrétée le 2 août 1914 par le biais de cette affiche placardée sur les murs de toutes les mairies du pays.

Plus de huit millions de Français seront appelés à servir aux armées.



1

2



Présentation du document 2
Cette affiche britannique de recrutement a été publiée par le comité parlementaire de recrutement, comme une centaine d’autres entre 1914 et 1915 pour inciter les civils à s’engager.

En Grande-Bretagne, il n’existe alors pas d’armée de conscrits comme en France, mais uniquement une armée de métier. Il s’agit donc de pousser les civils à s’engager, avant l’instauration de la conscription en 1916.

Le message de cette affiche vise tous les civils, travailleurs et chômeurs, afin de fédérer les classes sociales dans ce nouveau rôle de soldat. Il s’adresse également à ceux qui ne peuvent pas combattre : femmes, vieillards, enfants mais qui peuvent quand même participer à l’effort de guerre en travaillant par exemple dans les usines.

Le drapeau de l’Union Jack occupe une large partie de l’affiche. Malgré sa sobriété, il est mis en scène comme un rideau de théâtre ; se lève-t-il sur un champ de bataille ? Il représente à lui seul le pays et le fait qu’il ne retombe pas uniformément peut montrer qu’il est menacé, que le pays est en danger. Le drapeau est donc utilisé pour galvaniser le sentiment patriotique.

Contrairement à d’autres affiches antérieures, celle-ci ne joue plus sur la culpabilisation du spectateur, ni sur l’identification avec un personnage mais avec un pays tout entier.

Dans un premier temps, des nations telles que le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Canada ont fondé le recrutement de leurs armées sur le volontariat et l’appel à l’esprit patriotique.

  1. LA VIE DANS LES TRANCHÉES

proposition d’affiches et lettres





Présentation du document

affiche
L’affiche, datée de novembre 1915, représente deux soldats au front : le cadre est emblématique de la guerre de position. Les ruines visibles à l’arrière-plan, ainsi que l’arbre mort, rappellent les destructions subies par les régions françaises de l’Est et du Nord. Les boisages qui encadrent l’image, le remblai en terre glaise, situent cette scène aux détails particulièrement précis dans une de ces tranchées qui, par milliers, protègent la France. L’aspect héroïque de cette résistance historique contre l’ennemi allemand est illustré par la reproduction du message de Gambetta, héros de la Défense nationale de 1870. Toutefois l’affichiste ne dessine pas le combat, mais une scène de genre dans le style des peintures classiques donnant à voir le repos des soldats. Ici, il construit un contraste éclatant entre le soldat vu de dos, plongé dans l’ombre portée de la guerre, sur le qui-vive, et le soldat assis en pleine lumière. Son sourire irradie violemment, tel un soleil, l’entrée de la casemate, car il vient de recevoir un colis grâce à la collecte organisée à l’arrière. Les deux médailles reproduites en haut à gauche et à droite, parodies de médailles militaires, sont celles que le contributeur recevait en gage de sa participation.


Vie dans les tranchées

lettres
Mes hommes trouvent mille petits moyens ingénieux pour se distraire ; actuellement, la fabrication de bagues en aluminium fait fureur : ils les taillent dans des fusées d’obus, les Boches fournissant ainsi la matière première « à l'œil » ! Certains sont devenus très habiles et je porte moi-même une jolie bague parfaitement ciselée et gravée par un légionnaire.
Lettre de Marcel Planquette 1914.
Je viens de déjeuner, mais qu'est-ce qu'une demi-boule de pain pour une journée ! J'en ai mangé la moitié et j'ai encore plus faim. Rien que le matin, il me faudrait la boule entière ! Le froid aiguise terriblement l'appétit et, ne pouvant le satisfaire, on est obligé de se recoucher.

Lettre d’Etienne Tanty, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org

Voilà près d'un mois que je ne me suis ni déshabillé, ni déchaussé ; je me suis lavé deux fois : dans une fontaine et dans. Un ruisseau près d'un cheval mort ; je n'ai jamais approché un matelas ; j'ai passé toutes mes nuits sur la terre. On dort un quart d'heure de temps en temps. On dort debout, à genoux, assis, accroupis et même couché. On dort le jour ou la nuit, à midi ou le soir. On dort sur les chemins, dans les taillis, dans les tranchées, dans les arbres, dans la boue. On dort même sous la fusillade. Le silence seul réveille.
Lettre d’André Fribourg au journal l’Opinion, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org

Je ne sais pas si je pourrais dormir dans un lit à présent, on est habitué à coucher par terre ou sur la paille quand on peut en trouver. Il y a bien deux mois que je ne me suis pas déshabillé, et j’ai enlevé mes souliers cette nuit pour dormir ; il y avait au moins quinze jours que je ne les avais pas quittés.

Je vais te donner quelques détails comment nous avons passé la nuit dans la tranchée. Celle que nous avons occupée a une longueur de cent mètres à peu près, construite à la lisière d’un petit bois (…) ; elle est profonde d’un mètre, la terre rejetée en avant, ce qui fait que l’on peut passer debout sans être vu. La largeur est généralement de soixante quinze centimètres et l’on fait de place en place des endroits un peu plus larges de façon à pouvoir se croiser quand on se rencontre. Dans le fond de la tranchée et sous le terrain, on creuse de petites caves où un homme peut tenir couché, c’est pour se garantir des éclats d’obus.
Lettre de Adolphe Wegel, 1915
La pluie approche. Une goutte tombe sur mon képi. Après une heure, la pluie redouble : c'est l'averse. Accroupis dans la tranchée, nous attendons. L'uniforme s'imprègne brin à brin. Après trois heures, je sens comme un doigt froid sur ma chair. C'est l'eau qui pénètre. Manteau, veste, chandails, chemise ont été traversés. Après quinze heures, il pleut. La nuit froide glace l'eau dont nous sommes revêtus. Après vingt-quatre heures, il pleut. La canonnade redouble. Je me baisse, je me couche au fond de la tranchée, dans l'eau. Après deux jours, il pleut.
Lettre d’André Fribourg au journal l’Opinion,

1915, Anovi, www.grande-guerre.org





Présentation du document

affiche
Cette seconde affiche, placardée deux mois plus tard à l’occasion d’une nouvelle « journée du poilu », situe l’action à l’arrière et non plus au front. Le trait et la couleur se font moins précis, le dessin se rapproche du dessin de presse. De fait, l’information y est plus sobre, plus nette. Au lieu d’un titre stylisé difficilement lisible, on a ici, dans un cadre clairement délimité, une annonce qui ressort en rouge sur fond blanc. L’implication des autorités de la République est mise en avant, pour inciter les Français à cotiser une fois encore. Au centre de l’image, cette fois-ci, les deux personnages sont des enfants pris sur le vif dans leur quête de fonds auprès des passants. Le slogan, incarné par la phrase que les enfants prononcent, insiste sur le repos des braves. Pourtant, la guerre est bien présente dans cette image : le petit garçon porte un képi identique à celui porté dans l’infanterie au début du conflit. La « médaille du poilu », qui orne sa poitrine et témoigne de sa participation à l’effort de guerre, n’est pas sans rappeler celles qui récompensent les combattants eux-mêmes. La petite fille, quant à elle, un peu plus âgée, est costumée en infirmière – une façon de rappeler l’engagement des femmes dans la guerre.


  1. ENLISEMENT DU CONFLIT

ET MORAL DES TROUPES

proposition de lettres
J'ai le cafard. Voilà six mois que ça dure, six mois, une demi-année qu'on traîne entre la vie et la mort, cette misérable existence qui n'a plus rien d'humain ; six mois sans espoir. Pourquoi tout ce massacre ? Est-ce la peine de faire attendre la mort si longtemps à tant de milliers de malheureux, après les avoir privés de vie pendant des mois. Nous devenons des brutes. Je le sens chez les autres, je le sens chez moi. Je deviens indifférent, sans goût, j'erre, je ne sais quoi faire.
Lettre d’Etienne Tanty, 1915, Anovi, www.grande-guerre.org
On nous ordonne : « Allez là ! » Et nous y allons. On nous ordonne : « Attaquez ! » Et nous attaquons. Puis les mouvements recommencent, des marches errantes, avance, recul, des haltes, des manœuvres qu'on ne comprend pas. Une seule fois, le capitaine nous a exposé ce que nous allions faire. Il ne nous a pas révélé quelle bataille décisive allait s'engager. Pourtant, ce fut assez : une lumière était en nous. On nous disait : « Nous comptons sur vous. »
Carnet de M. Genevoix, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org
Voici comment se passent nos nuits. À 8 heures 1/2, la canonnade s'arrête peu à peu. Le silence règne enfin. On entend les pas des soldats, les roulements des caissons de ravitaillement. Défense d'allumer des feux. On mange froid et l'on se couche, à même le sol. On dort tout équipé. Pas de couverture. Des loques humaines couchées en désordre. Une heure du matin. Bing ! Un coup de feu. Bing ! Un autre coup. Une fusillade éclate. L'ennemi attaque comme toutes les nuits, pour nous fatiguer. Quel réveil de cauchemar.
Lettre de Jean de Pierre feu à un ami, 1914, Anovi, www.grande-guerre.org
Ma bien chère Lucie,

Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.

Voici pourquoi : Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands. J’ai suivi mes camarades, et ensuite, j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.

Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra avec ce qu’il y a dedans. (..)

Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si au lieu de m’échapper des Allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité.

Ma dernière pensée, à toi, jusqu’au bout.
Lettre d’ Henry Floch, 4 décembre 1914

  1. LA FIN DE LA GUERRE,

L’ESPÉRANCE ET L’ÉPUISEMENT DU CONFLIT

proposition de deux affiches et une lettre

Chers parents (…)

Le 9, à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de Woëvre. Nous y laissons trois quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes ; nous restons dans l’eau trente six heures sans pouvoir lever la tête ; dans la nuit du 10 , nous reculons à 1 km de Dieppe ; nous passons la dernière nuit de guerre le matin au petit jour puisque le reste de nous autres est évacué ; on ne peut plus se tenir sur nos jambes ; j’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps tout violet ; il est grand temps qu’il vienne une décision, où tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car le Boche tire toujours ; la plaine est plate comme un billard.

A 9 heures du matin, le 11, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers.

Enfin, 11 heures arrivent ; d’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable.

Nous attendons 2 heures ; tout est bien fini ; alors la triste corvée commence, d’aller chercher les camarades qui y sont restés.
Eugène, Le 13 novembre 1918

Eugène Poézévara avait dix-huit ans en 1914. Il écrivait souvent à ses parents, des Bretons qui habitaient à Mantes-la-Jolie. Eugène a été gazé sur le front, et il est mort d’épuisement dans les années 20.






Présentation du document

affiche
C'est une des affiches françaises les plus célèbres parmi celles qui ont été utilisées pendant la Grande Guerre. On la doit au peintre et illustrateur Jules-Abel Faivre (1867-1945). Elle représente un soldat qui invite ses compagnons d'arme à le suivre vers les lignes ennemies. Cette affiche a été utilisée pour lancer le 2e emprunt de la défense nationale en octobre 1916. Il s'agissait alors de solliciter, en ravivant la fibre patriotique, l'aide financière de l'arrière, celle de tous les civils, pour soutenir l'effort de guerre de la nation. Le message qui l'accompagne - On les aura ! - reprend une phrase célèbre du général Pétain, écrite quelques mois plus tôt, et qui devint une sorte de leitmotiv. En effet, c'est au plus fort de la bataille de Verdun qu'il fit paraître un ordre du jour destiné à entretenir le moral des troupes. Cet ordre du jour du 10 avril 1916 se terminait par la phrase : "Courage, on les aura !







Présentation du document 

affiche
Cette affiche, publiée à Paris en 1917, représente des soldats américains suivant un fantassin français, alors qu'ils escaladent un rocher. Un aigle impérial et la croix de fer, symboles de l'Allemagne, sont visibles au sommet du rocher. Les soldats américains sont vêtus des uniformes kaki et des jambières caractéristiques des soldats des forces expéditionnaires américaines. Le soldat français porte le manteau bleu et le célèbre casque Adrian, qui fut introduit en 1915 comme le premier casque moderne en acier utilisé par une armée. Le texte exhorte à faire un « dernier effort » pour défaire les Allemands. Les États-Unis entrèrent en guerre le 6 avril 1917, après que la Grande-Bretagne et la France essuyèrent de lourdes pertes sur le front de l'Ouest et dans d'autres théâtres de la guerre. Les premières troupes américaines arrivèrent en France à la fin du mois de juin 1917. En mai 1918, plus d'un million de soldats américains étaient stationnés en France, où ils contribuèrent à la défaite finale de l'Allemagne et de ses alliés en novembre 1918.



« 6 mars 1915,
Mes chers parents,


Je n’ai pas répondu à la lettre de papa du 21 février (…). Merci pour les bons encouragements qu’elle renferme. Je n’ai pas perdu du tout de ma confiance. J’ai comme tous les autres des moments d’abattement qui sont aussi naturels que la fatigue. Un peu de repos et la gaieté revient avec les forces.
Nous sommes encore aujourd’hui aux Sapins. Hier au soir, nous eûmes une petite alerte. J’étais sur le point de me coucher dans ma petite cagna (…) quand soudain, nous ressentons une secousse bien connue. Nous dîmes : tiens ! Une sape qui vient de sauter. Quelques instants après, la fusillade se déchaîna puis la canonnade : nous étions arrosés de quelques obus. A chaque seconde, des fusées éclairantes françaises ou boches escaladaient le ciel. Que se passait-il ? (…) Les boches avaient tenté une attaque qui avait avorté heureusement. »

Extrait de : C’est si triste de mourir à vingt ans.

Lettres du soldat Henri Despeyrières 1914-1915, Toulouse, Privat, 2007.
Henri Despeyrières, soldat de l’infanterie lot-et-garonnais âgé de 21 ans. Extrait d’une lettre recopiée sur un cahier par ses parents après sa mort survenue au combat en septembre 1915. Ce cahier est détenu aujourd’hui encore par les descendants d’Henri Despeyrières.

IV.

PROPOSITIONS

DE MISE EN ŒUVRE


  1. À PARTIR DE L’AFFICHE


Chaque lecture d’affiche est l’occasion de viser les objectifs suivants :

cf. programmes 2008


  • Histoire : analyser, interpréter et comprendre un document.

  • Français : lire et comprendre un texte en activant les connaissances acquises et en exerçant son esprit critique.

  • Pratiques artistiques : observer les détails fournis par une image pour en comprendre le sens profond. S’approprier des codes de représentation.


Proposition de mise en œuvre pédagogique commune à toutes les affiches proposées


  • Mettre en scène l’affiche (exemple : apposer sur la porte de la classe l’affiche de l’ordre de mobilisation générale et la présenter).

  • Organiser son analyse et son interprétation :




  • Découverte par binôme, avec les consignes suivantes : lire silencieusement l’affiche ; relever, surligner les éléments structurants (mots et éléments graphiques) ; échanger pour élaborer une interprétation à débattre en grand groupe ; surligner en vert les mots et les phrases qui posent des problèmes de compréhension.

  • Échange collectif autour des réactions et des représentations des élèves pour faire émerger quelques éléments de compréhension.




  • Comprendre le document et sa fonction (préciser ensemble le sens de quelques mots importants et apporter des éléments de connaissance).



  1. À PARTIR DE LA LETTRE

Chaque lecture de lettre est l’occasion de viser les objectifs suivants :

cf. programmes 2008 


  • Histoire : analyser, interpréter et comprendre un document.

  • Français : lire et comprendre un texte en activant les connaissances acquises et en exerçant son esprit critique.


Repérer des informations explicites et en inférer de nouvelles.

Saisir l’atmosphère ou le ton d’un texte descriptif, narratif ou poétique, en s’appuyant sur son vocabulaire

Participer à un débat en confrontant son interprétation à d’autres de manière argumentée.

Proposition de mise en œuvre pédagogique commune

à toutes les lettres proposées


  • Organiser son analyse et son interprétation :




  • Découverte par binôme, avec les consignes suivantes :

. lire silencieusement ; relever, surligner les éléments structurants : auteur, destinataire, liens

entre les deux, nature du propos

. répondre au questionnaire de l’enseignant

. échanger pour élaborer une interprétation,

. surligner les mots et les phrases qui posent des difficultés de compréhension



  • Échange oral collectif autour des réactions des élèves pour faire émerger les difficultés de compréhension et confronter son interprétation à d’autres 

  • Élaborer seul ou par petits groupes une trace écrite qui tienne lieu de synthèse.



V.

RESSOURCES
Un site en lien avec la première guerre mondiale à visiter :

http://galerie.verdun.fr/affiches/index.php?action=menu
À disposition une vaste collection d'affiches retraçant les plus grands évènements de la guerre 14-18.

Créé à l'occasion du 90ème anniversaire de la bataille de Verdun, ce fonds s'est étoffé régulièrement par l'acquisition d'affiches achetées soit localement, soit chez des fournisseurs spécialisés, soit en vente particulière.

La galerie propose de se promener parmi les 331 affiches disponibles et ainsi de les voir sous grand format ou en vue détaillée avec leurs informations.
Paroles de poilus :

compilation de lettres et de témoignages de français dans la grande guerre (Jean-Pierre Guéno) édition du centenaire.

Carnet de poilu :

leur vie racontée aux enfants par Renefer. Gabrielle Thierry, éditions Albin Michel
Zappe la Guerre :

PEF, aux éditions Rue du Monde
La chanson de Craonne

Pour l’écouter  http://www.youtube.com/watch?v=z-yRaEYQNQs








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