1952 Histoire de la philosophie





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Principes comme on lit un roman ? Bacon, grand admirateur de Machia­vel, a, comme Montaigne, écrit des Essays, où il a mis toute son expérience d’homme de cour et d’homme du monde.

Cette généralité, nous la trouvons même dans la destinée extérieure des grands philosophes, qui ne sont rien moins que des hommes d’école : Bacon, un homme de cour qui dépensa tant d’activité à soutenir dans la pratique judiciaire les tenta­tives d’absolutisme de Jacques Ier ; Descartes, un gentilhomme français qui vit dans la retraite ; Hobbes, secrétaire d’un grand seigneur anglais et souvent en voyage sur le continent ; Spinoza, juif chassé de la synagogue, qui gagne sa vie au polis­sage des verres de lunette ; Malebranche, un religieux de l’Ora­toire ; Leibniz, ministre d’un petit prince allemand, l’esprit toujours rempli de vastes projets politiques ; Locke, représen­tant de la bonne et libérale bourgeoisie anglaise.

C’est en dehors et à l’écart des universités que se forment des milieux intellectuels nouveaux, d’abord des cercles privés, comme la société de savants et de philosophes que réunissait autour de lui le P. Mersenne, de l’ordre des Minimes, l’ami et le correspondant de Descartes, celui dont Pascal dit : « Il a donné l’occasion de plusieurs belles découvertes, qui peut être n’au­raient jamais été faites s’il n’y eût excité les savants. » Puis vient l’Académie des Sciences (1658), qui naît de ces réunions privées qui commencèrent chez le baron de Montmor, en 1636, et où fréquentaient Roberval, Gassendi et les deux Pascal 13. p.18 Même mouvement en Italie où l’Académie des Lincei, fondée en 1603, accueillait Galilée en 1616, où le Cimento, fondé à Florence en 1657, se mettait en relation avec l’Académie pari­sienne pour lui communiquer le résultat de quelques uns de ses travaux 14. En Angleterre la Société royale de Londres réunit, dès 1645, tous ceux qui traitent de « matières philosophiques, physique, anatomie, géométrie, astronomie, navigation, magné­tisme, chimie, mécanique, expériences sur la nature », en pre­nant pour règle que « la société ne fera siens aucune hypothèse, aucun système, aucune doctrine sur les principes de la philo­sophie naturelle, proposés ou mentionnés par un philosophe quelconque, ancien ou moderne ». Avant tout, ils ne veulent pas s’exposer « à donner comme générales des pensées qui leur sont particulières » ; l’expérience seule décide 15. C’est enfin dans la dernière année du siècle que Leibniz fonde à Berlin une Société des sciences qui devient plus tard Académie.

Des correspondances, volumineuses comme celles de Des­cartes et de Leibniz, dont les lettres sont souvent de véritables mémoires, témoignent de l’activité des échanges intellectuels. Mais, dans la seconde moitié du siècle, il se crée en outre une presse d’informations scientifiques ; en France, en 1644, le Jour­nal des Savants ; en 1684, les Nouvelles de la République des Let­tres, revue créée par Bayle, qui devient de 1687 à 1709 l’Histoire des ouvrages des savants, rédigée par des protestants. Les jésuites ont la leur : les Mémoires de Trévoux, qui commencent en 1682. Enfin, Leibniz fonde à Leipzig, en 1682, les Acta eruditorum.

Rien n’est analogue, dans le passé, à cet effort collectif, continu, tenace, vers une vérité d’ordre universel et pourtant humaine. Les trente années qui s’écoulent de 1620 à 1650 sont des années décisives pour l’histoire de ce mouvement ; Bacon fait paraître le Novum organum (1620) et le De dignitate et p.19 augmentis scientiarum (1623) ; Galilée écrit son Dialogo (1632) et ses Discorsi (1638) ; Descartes publie le Discours de la méthode (1637), les Méditations (1641) et les Principes (1644) ; la philoso­phie du droit et la philosophie politique font l’objet des travaux de Grotius (De jure belli ac pacis, 1623) et de Hobbes (De cive, 1642). Tous ces travaux indiquent que l’ère de l’humanisme de la Renaissance, qui a toujours plus ou moins confondu l’érudition avec la philosophie, est décidément close ; et un rationalisme commence qui prend pour tâche de considérer la raison humaine non pas dans son origine divine, mais dans son activité effective.

Cette raison sera t elle ce principe d’ordre, d’organisation cherché par tous au XVIIe siècle ? Sera t elle capable, si elle est bien conduite », de faire progresser les connaissances humaines et même, par delà, d’introduire une union sociale entre tous les hommes ? Telle est la question qui fait l’intérêt durable de la vaste expérience spirituelle qui commence alors.

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CHAPITRE II

FRANÇOIS BACON

ET LA PHILOSOPHIE EXPÉRIMENTALE

I. — VIE ET OUVRAGES DE BACON

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p.20 François Bacon (1561 1626), fils du garde du grand sceau, Nicolas Bacon, fut destiné par son père au service de l’État ; élu à la Chambre des communes dès 1584, nommé par Élisa­beth conseiller extraordinaire de la Couronne, il atteignit les plus hautes charges judiciaires pendant le règne de Jacques Ier. Bacon a donc eu la formation d’un juriste : reçu avocat en 1582, il professe à l’école de droit de Londres à partir de 1589 ; en 1599, il rédige les Maxims of the Law, qui doit préparer une codifica­tion des lois anglaises. Ambitieux, intrigant, prêt à toutes les volte face utiles, flattant d’ailleurs les visées absolutistes de Jacques Ier, il s’élève peu à peu, devient solicitor général eu 1607, attorney général en 1613, garde des sceaux en 1617, grand chancelier en 1618 ; il est créé baron de Verulam en 1618 et, vicomte de Saint Albans en 1621. Toujours il fut défenseur de la prérogative royale ; il fit condamner Talbot, un membre (lu Parlement irlandais, qui avait approuvé les idées de Suarez sur la légitimité du tyrannicide ; dans une affaire de commende ecclésiastique, il fit triompher ce principe que les juges devaient surseoir à leur jugement et venir conférer avec le roi, chaque fois (lue le roi estimerait son pouvoir engagé dans une cause pen­dante. C’est la réunion du Parlement en 1621, qui mit fin à sa fortune : accusé de concussion par la Chambre des communes, p.21 il avoua qu’il avait en effet reçu des présents des plaideurs avant justice rendue ; la chambre des lords le condamna à une amende de 40 000 livres, avec défense de remplir aucune fonction publique, de siéger au Parlement et de séjourner près de la Cour. Bacon, vieilli, malade et ruiné, essaya vainement de se faire réhabiliter ; il mourut cinq ans après.

Au milieu d’une vie si agitée, Bacon ne cessa de songer à la réforme des sciences. L’œuvre de Bacon, prise dans son ensemble, offre un aspect singulier : il conçut, sans doute de très bonne heure, l’ouvrage d’ensemble, qu’il appela plus tard l’Ins­tauratio magna, et dont la préface du Novum organum (1620) donne le plan ; car, dans une lettre de 1625, il reporte à quarante ans en arrière la rédaction d’un opuscule intitulé Temporis partus maximus (Le plus grand enfantement du Temps), qui traitait de ce sujet ; cet opuscule est peut être iden­tique au Temporis partus masculus sive de interpretatione naturae, petit traité posthume où l’on trouve un plan presque identique à celui de la préface du Novum organum. Quoi qu’il en soit, ce dernier plan contient six divisions : 1° Partitiones scientiarum (Classification des sciences) ; 2° Novum organum sive indicia de interpretatione naturae ; 3° Phaenomena universi sive His­toria naturalis et experimentalis ad condendam philosophiam ; 4° Scala intellectus sive filum labyrinthi ; 5° Prodromi sive anti­cipationes philosophiae secundae ; 6° Philosophia secunda sive scientia activa. La réalisation de ce plan comportait une série de traités qui, partant de l’état actuel de la science, avec toutes ses lacunes (I), étudiait d’abord l’organon nouveau à substituer à celui d’Aristote (II), décrivait ensuite l’investigation des faits (III), passait à la recherche des lois (IV), pour redescendre aux actions que ces connaissances nous permettaient d’exercer sur la nature (V et VI). De cette œuvre d’ensemble que Bacon ne tarda pas à considérer comme impossible à réaliser pour un homme seul, les traités que nous possédons sont comme les disjecta membra : nous en citons le plus grand nombre, en les p.22 classant selon le plan de l’Instauratio (mais ils n’ont pas été écrits dans cet ordre). La première partie seule, de son propre aveu est achevée : c’est le De dignitate et augmentis scien­tiarum libri IX, publié en 1623 ; cet écrit était le dévelop­pement et la traduction latine d’un traité en anglais publié dès 1605, Of Proficience and Advancement of learning ; ses papiers contenaient en outre plusieurs ébauches sur le même sujet, le Valerius Terminus, écrit vers 1603 et publié en 1736, la Descriptio globi intellectualis, écrit vers 1612 et publié en 1653. A la seconde partie correspond le Novum organum sive indicia vera de interpretatione naturae, paru en 1620. La troisième partie, dont le but est indiqué dans un opuscule publié à la suite du Novum organum, la Parasceve ad historiam naturalem et expe­rimentalem, est traitée dans l’Historia naturalis et experimentalis ad condendam philosophiam sive phaenomena universi, publié en 1622 ; cet ouvrage annonçait un certain nombre de mono­graphies, dont quelques unes ont été écrites ou ébauchées, après la chute du chancelier : l’Historia vitae et mortis, publiée en 1623 ; l’Historia densi et rari, en 1658 ; Historia ventorum, en 1622 ; et le recueil de matériaux, Sylva sylvarum, publié en 1627. A la quatrième partie se rapportent le Filum labyrinthi sive inqui­sitio legitima de motu, composé en 1608, et publié en 1653 ; Topica inquisitionis de luce et lumine, en 1653 ; Inquisitio de magnete, en 1658. A la cinquième partie (Prodromi sive anticipa­tiones philosophiae secundae, publiée en 1653) se rattachent le De fluxu et refluxu maris, composé en 1616 ; le Thema cceli, composé en 1612 ; les Cogitationes de natura rerum, écrits de 1600 à 1604, tous publiés en 1653. Enfin la philosophie seconde est l’objet des Cogitata et visa de interpretatione naturae sive de scientia operativa et du troisième livre du Temporis partus masculus, publiés en 1653.

C’est toujours à la grande œuvre que se rapportent même les traités qui n’en font pas partie, la Redargutio philosophiarum, publiée en 1736, et surtout New Atlantis, projet d’une p.23 organisation des recherches scientifiques, publié en 1627. Il faudrait y ajouter des œuvres littéraires, les Essays (1597), dont chaque édition nouvelle (1612 et 1625) ajoute à la précédente, et un grand nombre d’ouvrages historiques et juridiques.

C’est l’activité littéraire d’un héraut de l’esprit nouveau, d’un buccinator qui vise à réveiller les esprits et à être l’initia­teur d’un mouvement qui doit transformer la vie humaine, en assurant la maîtrise de l’homme sur la nature : d’un initiateur il a la fougue, l’imagination forte qui grave les préceptes en traits inoubliables ; mais aussi d’un légiste et d’un adminis­trateur il a l’esprit d’organisation, la prudence presque tatil­lonne, le désir, dans l’œuvre séculaire qu’il commence, de dis­tribuer à chacun (observateur, expérimentateur, inventeur de lois) une tâche limitée et précise.

II. — L’IDÉAL BACONIEN :

ENTENDEMENT ET SCIENCE EXPÉRIMENTALE

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Bacon regarde autour de lui l’état des sciences et du monde intellectuel ; il y voit (il ignore d’ailleurs ou méconnaît les tra­vaux des grands savants de son époque, ceux de Galilée notam­ment) une fixité, une stagnation et en même temps une complai­sance en soi, qui sont des symptômes précurseurs de la fin ; et il cherche comment la science peut redevenir susceptible de progrès et de vie croissante. Que reproche t il surtout aux sciences de son temps ? « Leur réduction prématurée et hâtive en arts et en méthodes ; cela fait, la science ne progresse que bien peu ou même pas du tout... Tant que la science s’éparpille en aphorismes et en observations, elle peut croître et grandir ; une fois enfermée dans ses méthodes, elle peut bien être polie et dégrossie pour l’usage, mais non plus augmenter de masse 16. p.24 Les « méthodes » ne sont donc que des procédés d’exposition plus ou moins artificiels, qui figent les sciences dans leur état actuel ; la science n’a sa libre allure que lorsque, selon le procédé de Bacon lui-même dans le Novum organum, elle s’exprime plus librement et sans plan préconçu. Bacon appréhende tellement la fixité qu’il a peur même de la certitude. « Dans les spéculations, dit il, si l’on commence par la certitude, l’on finira par le doute ; si l’on commence par le doute et si on le supporte avec patience pendant un temps, l’on finira par la certitude 17. C’est, en apparence, le doute méthodique de Descartes, en réalité quelque chose d’opposé ; car Descartes « commence » réellement par la certitude impliquée par le doute même, celle du Cogito, et cette certitude est génératrice d’autres certitudes ; chez Bacon, la certitude est non pas le commence­ment, mais la fin qui clôt toute recherche.

Les critiques de Bacon dérivent toutes de celle là : critique des humanistes qui ne voient dans les sciences qu’un thème à développement littéraire ; critique des scolastiques qui « enfer­mant leur âme dans Aristote comme leurs corps dans leurs cel­lules », ont des dogmes solidifiés (rigor dogmatum) ; critique de tous ceux pour qui la science est une chose déjà faite, une chose du passé ; critique des spécialistes qui, renonçant à la philo­sophie première, se cantonnent dans leur discipline et ont l’illusion que leur science favorite contient le tout des choses, comme ces pythagoriciens géomètres, ces cabalistes qui, avec Robert Fludd, voyaient des nombres partout. Tout ce qui classe, tout ce qui fixe est mauvais.

D’où la méfiance contre l’instrument même de classifica­tion, l’intellectus ou entendement ; laissé à lui-même (permissus sibi), l’intellect ne peut produire que distinction sur distinction, comme on le voit dans les disputes des « intellectualistes » où la ténuité de la matière ne permet plus qu’un stérile exercice de l’esprit 18.

p.25 Bacon n’a jamais connu d’autre intellect que cet intellect abstrait et classificateur, qui vient d’Aristote par les Arabes et saint Thomas. Il ignore l’intellect que Descartes trouvait au travail dans l’invention mathématique. Ce n’est donc pas, selon lui, par une réforme intérieure de l’entendement que la science pourra jamais s’assouplir et s’enrichir. Sur ce point, Bacon est parfaitement net : les idées de l’entendement humain n’ont et n’auront jamais rien à voir avec les divines idées selon lesquelles le créateur fit les choses. « La différence n’est pas légère entre les idoles de l’esprit humain et les idées de l’esprit divin, entre nos opinions vaines et les cachets véritables que Dieu a imprimés dans les créatures 19. » Entre l’intellect humain et la vérité il n’y a aucune parenté naturelle ; il est comme un miroir déformant ; sans métaphore, il éprouve le besoin de voir partout égalité, uniformité, analogie ; et Bacon peut songer ici à bon droit aux métaphysiques les plus célèbres de la Renaissance, celles de Paracelse ou de G. Bruno.

Si donc la subtilité de l’esprit ne saurait égaler la subtilité de la nature, c’est à la nature même qu’il faut s’adresser pour la connaître, c’est l’expérience qui est la véritable maîtresse. Bacon se rattache à cette tradition de la science expérimentale de la nature qui, depuis Aristote, a toujours vécu d’une manière plus ou moins apparente en Occident, et que nous avons ren­contrée au Moyen âge chez Roger Bacon. Cette science a deux aspects : d’une part les Historiae, recueil de faits de la nature, telles que l’
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