Bibliographie : Dominique Kalifa, La culture de masse en France 1860-1930, La Découverte collection «Repères»





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Groupe 2 : Loïc Baietto, Philippe Beaucamp, Arnaud Dereggi, Arnaud Vialla

Conférence d’Histoire – 01/03/2004

Edition et culture de masse : Hachette et Ullstein
Introduction :

– Définition des termes : « culture de masse » et « édition »

problématique : En quel sens peut-on dire que les mutations qui transformèrent le domaine de l’édition (dans les trois acceptions du terme) vont contribuer à la naissance d’une culture de masse ?

– Deux maisons d’édition : Hachette en France, Ullstein en Allemagne

I. Les mutations dans le domaine de l’édition et l’élargissement du public ayant accès aux imprimés constituent les facteurs déterminants de l’apparition de la culture de masse.



A. L’apparition des entreprises capitalistes dans le domaine de l’édition :

les « usines à livres »

– La rationalisation de l’espace et des techniques de travail

– L’apparition d’une hiérarchie
B. Des livres largement diffusés

– Louis Hachette, l’inventeur des kiosques de gare

– La diversification des lieux et modes de distribution
II. Des livres attractifs adaptés à la consommation de masse, tant par la forme que par le contenu
A. Le livre imprimé comme objet de consommation de masse en voie de

banalisation

– Une augmentation du tirage et un faible coût de l'imprimé sont rendus

possibles par l'innovation technique

– La standardisation des livres et leur diffusion au sein de collections
B. Une littérature qui s’ouvre à un lectorat de masse

– Le règne du roman populaire

– Les opposants à la nouvelle culture populaire

Conclusion :

– Edition et culture de masse, dans le contexte de la Révolution industrielle

– Une diffusion du livre importante, mais à nuancer...

– Louis Hachette et Leopold Ullstein : des hommes qui ont épousé leur temps...

Bibliographie :

  • Dominique Kalifa, La culture de masse en France 1860-1930, La Découverte (collection « Repères »), 2001

  • Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), La culture de masse en France de la Belle Epoque à aujourd’hui, Fayard, 2002

  • Frédéric Barbier, Histoire du livre, Armand Colin, 2000

  • Frédéric Barbier, L’empire du livre : le livre imprimé et la construction de l’Allemagne contemporaine 1815-1914, Editions du Cerf (« Bibliothèque franco-allemande »), 1995

  • Frédéric Barbier et Catherine Bertho-Lavenir, Histoire des médias de Diderot à Internet, Armand Colin, 1996

  • Jean-Yves Mollier, Louis Hachette (1800-1864) le fondateur d’un empire, Fayard, 1999

  • en langue allemande : Peter de Mendelsohn, Zeitungsstadt Berlin, Menschen und Mächte in der Geschichte der deutschen Presse, 2e édition, 1982

Edition et culture de masse

Hachette et Ullstein.

On définit communément la culture de masse comme l’ensemble des productions, des pratiques et des valeurs modelées par les agents de l’industrie culturelle. Cette industrie culturelle va, au 19e siècle, connaître une période de mutations profondes, particulièrement dans le domaine de l’édition.

En effet, les lois scolaires, l’urbanisation et la hausse des revenus vont permettre de constituer progressivement un public de lecteurs désireux d’avoir accès aux publications de tous types.

Afin d’étudier ces mutations, il nous faut tout d’abord définir la notion d’édition. Selon Frédéric Barbier, l’édition en elle-même désigne à la fois l’action d’établir un texte sur le plan scientifique en vue de le diffuser, l’action de le reproduire sous forme d’imprimé en un certain nombre d’exemplaires, ainsi que l’ensemble des exemplaires d’un texte imprimé comme un tout en une seule fois.

Nous tenterons donc de voir en quel sens on peut dire que les mutations qui transformèrent le domaine de l’édition (dans les trois acceptations du terme) ont contribué à la naissance d’une culture de masse.

Pour cela, nous nous appuierons principalement sur les deux exemples des maisons d’éditions Hachette et Ullstein, en France et en Allemagne.

Louis Hachette, né en 1800, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, va acquérir dès 1826 sa première librairie. Jusqu’à sa mort en 1864, date à laquelle sa maison d’édition est la première du monde, il va se consacrer exclusivement à la publication de livres.

Leopold Ullstein, quant à lui, naît en 1826 d’une famille de marchand en gros de papier. Ayant repris puis agrandi l’entreprise familiale, il va ensuite se lancer dans la presse libérale (et fut opposant à Bismarck). Les éditions Ullstein, créées par ses 5 fils au début du 20e siècle (1903), vont très vite se développer.

Au travers du parcours de ces hommes qui ont épousé leur siècle et en ont saisi les évolutions, nous verrons que si les mutations dans le domaine de l’édition et l’élargissement du public ayant accès aux imprimés vont constituer les facteurs déterminants de l’apparition de la culture de masse, celle-ci va se traduire également par l’apparition du livre comme objet de consommation de masse



  1. Les mutations dans le domaine de l’édition et l’élargissement du public ayant accès aux imprimés vont constituer les facteurs déterminants de l’apparition de la culture de masse.


Ces mutations vont s’effectuer à la fois dans le cadre de la Première Révolution Industrielle et de la Seconde Révolution gutenbergienne.

Elles vont donc s’exprimer à la fois par l’apparition de grandes firmes se rapprochant du modèle traditionnel de l’entreprise du 19e siècle, et par la mise en place de nouveaux réseaux de distribution afin d’écouler des stocks en augmentation constante, qui essaient de répondre à l’explosion de la demande d’imprimés : en effet, après l’accession des classes « nouvelles » au milieu du siècle, ce sont les classes populaires qui vont découvrir la lecture en Europe à partir de 1860.


    1. L’apparition des entreprises capitalistes dans le monde de l’édition : les « usines à livres ».


Cette apparition est flagrante en Allemagne, notamment dans les entreprises Ullstein.

Ces firmes se caractérisent à la fois par une rationalisation de l’espace et des méthodes de travail, et l’apparition d’une hiérarchie au sein de ces industries.
Au début du siècle, les usines Ullstein se trouvent à Berlin entre la Markgrafenstrasse, la Charlottenstrasse et la Kochstrasse.

Elles sont dirigées par les cinq fils de Leopold : Hans, Louis, Franz, Rudolf, et Hermann.

Elles se caractérisent tout d’abord par l’hygiène et la sécurité qui y règnent. Ces deux facteurs permettent, en effet, l’augmentation de la productivité du personnel.

La modernisation de l’équipement est également primordiale dans ces usines : en effet, la concurrence des autres maisons d’édition va contraindre les entreprises Ullstein à investir dans des machines constamment plus performantes.

Enfin, c’est dans ces industries que l’on va commencer à mettre en place des ateliers spécialisés, qui vont permettre à la fois une meilleure gestion et une meilleure répartition du travail. Cette pratique amènera plus tard au taylorisme et au fordisme.
Cette hiérarchisation va permettre de clarifier le processus de production. Chacun connaît son rôle et se doit de l’exécuter sous la surveillance de son supérieur hiérarchique.

On distingue ainsi progressivement deux principaux sous-ensembles d’employés au sein de l’entreprise.

Tout d’abord, les « cols bleus » vont former la main-d’œuvre. Ce sont eux qui travaillent dans les ateliers. Ils forment une population encadrée qui vit généralement à proximité de l’entreprise. Leur tâche principale consiste en la répétition de gestes simples capables d’être réalisés par un personnel peu qualifié.

Autre principale catégorie de salariés au sein de l’entreprise : les « cols blancs », qui sont en fait chargés de veiller au bon fonctionnement de l’entreprise au sein de plusieurs services. On distingue principalement les services de gestion de la firme, les services éditoriaux, et les services de promotion et de relation avec la presse.
Cette apparition de nouvelles industries va entraîner une multiplication de la production que l’on peut caractériser par les « consommations » en hommes et en papier des entreprises :

  • 1899 : 1600 hommes et 4528 tonnes de papier/an.

  • 1909 : 4000 hommes et 22300 tonnes/an.

  • 1919 : 10000 hommes et 45000 tonnes/an.

Ces emplois d’hommes et de matériel de plus en plus conséquentes vont aboutir à la formation en Allemagne de grandes concentrations verticales d’usines, donnant naissance aux premiers « Konzern ».

L’apparition de ces « usines à livres » marque également la fin de l’édition « artisanale » telle qu’on pouvait encore la trouver au début du 19e siècle, avec notamment les « maîtres imprimeurs », et qui se caractérisait principalement par la multiplicité des tâches accomplies par les mêmes ouvriers, une relative autonomie et une responsabilité partagée.

Pour autant, cette véritable « aristocratie ouvrière » va parvenir à conserver un statut privilégié au sein du monde ouvrier allemand, grâce à la formation de groupes associatifs et de syndicats puissants.

C’est donc un bouleversement total qui va toucher l’industrie de l’édition, depuis l’atelier d’impression jusqu’au lecteur.

B. Des livres largement diffusés
Une fois les livres imprimés, il faut les diffuser, les distribuer, de sorte qu'il soit possible à l'ensemble de la population de se les procurer.

Dans ce domaine la maison Hachette est particulièrement en avance. Pour faire face à l'extinction du colportage, Louis Hachette invente en 1853 les kiosques de gare et couvre peu à peu toute la France d'un gigantesque réseau : 43 bibliothèques de gare en 1853, 162 en 1861, 1 179 en 1896. A partir de 1900 il étend son emprise sur le métropolitain. Il obtient une clause d'exclusivité, ce qui oblige les autres éditeurs – qui protestent vivement... – à négocier avec Hachette des contrats de diffusion. Son réseau de bibliothèques fait d'Hachette le premier libraire mondial. Avec l'intensification des transports et des déplacements, il lui permet aussi de devenir en France le principal diffuseur d'une culture de masse (dont on verra les caractéristiques dans la seconde partie).
Pour distribuer les livres les éditeurs comptent aussi sur les librairies (dont le nombre a plus triplé de 1840 à 1910, où l’on a une librairie pour 7 800 habitants), et sur les nombreux magasins fréquentés par les classes populaires (qui hésiteraient à rentrer dans une librairie...) : les bazars, les quincailleries, les épiceries, les merceries, etc.

Par ailleurs, il faut remarquer la naissance et le développement de la vente par correspondance, et Hachette est là encore en pointe dans ce domaine.

Dernier agent de diffusion des livres :

  • les bibliothèques municipales, qui toutefois ne connaissent pas toujours un franc succès, et dont beaucoup vont fermer à partir de l’invention du roman-feuilleton, qui paraît chaque jour dans la presse

  • les bibliothèques scolaires tenues par les instituteurs, dont l’essor est remarquable à la fin du 19e siècle mais qui vont commencer à décliner au début du 20e

  • les bibliothèques paroissiales, syndicales ou d'entreprise, dont les maisons d'édition favorisent parfois la création.


Cette diffusion des livres auprès d'une grande partie de la population va contribuer aux progrès de l'instruction et ainsi entretenir la demande de lecture.

  1. Des livres attractifs adaptés à la consommation de masse, tant par la forme que par le contenu.



  1. Le livre imprimé comme objet de consommation de masse en voie de banalisation.



La hausse du revenu moyen rend progressivement possible, pour le plus grand nombre, de consacrer une certaine part de ses ressources à des consommations qui ne sont plus seulement de première nécessité et où l’imprimé (livre, journal, périodique) peut intervenir. Mais, l’événement dans la démocratisation du livre est l’accroissement du chiffre de tirage qui permet, avec la réorganisation du budget éditorial, une diminution du prix de revient et ainsi un élargissement de la diffusion. En réponse à l’élargissement du public potentiel, lié à l’alphabétisation, les maisons d’éditions s’efforcent de constituer un marché de masse pour l’imprimé, dans une logique de consommation.

La croissance de la production se mesure en nombre de titres : la production passe en France de 6200 titres en 1840, à 20000 titres en 1880 et à plus de 30000 à la fin de la période en 1913. La progression est similaire en Allemagne avec une augmentation annuelle de 2,4 % de la production de 1840 à 1914.

A l’augmentation du tirage s’ajoute la politique volontariste de certains éditeurs qui cherchent à susciter la formation d’un marché plus large, en abaissant le coût de vente de l’imprimé. Le prix moyen du livre passe ainsi de 6,65 F en 1840 à 3,45 F en 1870, avant de remonter à 4,13 F en 1910. En France, la bibliothèque Charpentier édite des volumes à 3,50 F (soit100 F de 1999) subit la concurrence des livres à 1 F (30 F de 1999) qui sont vendus dès 1854. L’œuvre de Victor Hugo, notamment, est ainsi accessible au grand public, publiée dans des éditions à coût modéré. En Allemagne, les éditions Ullstein publient les « livres rouges » ainsi que les « livres de guerre » en 1910 et 1918 à 1 Mark.
Le livre devient dans la deuxième moitié du XIXè siècle, avec le traditionnel jouet, l’un des deux objets autour desquels l’enfance se construit. Les éditeurs qui publiaient des livres religieux, se reconvertissent en effet dans l’édition scolaire, avec le classique manuel scolaire.

En 1838, Gervais Charpentier invente le livre industriel normalisé avec un nouveau format, le « in-18 jésus » ou format Charpentier (18,5*11,5 cm) qui permet d’enfermer dans une édition compacte l’équivalent de deux à trois volumes traditionnels. L’objectif des éditeurs est de diffuser massivement le livre en réduisant le format, pour donner plus de texte à un prix moindre par une densité typographique supérieure. La standardisation d’une présentation matérielle du livre plus dense est une étape vers la diffusion de masse, puisqu’elle permet d’abaisser le prix de vente de moitié.

La réussite d’une maison comme la librairie Hachette se construit en particulier sur le lancement de collections spécifiques pour la jeunesse, comme la « Bibliothèque rose » avec les ouvrages de la comtesse de Ségur, et plus tard la « Bibliothèque verte ». La diffusion du livre au sein de collections soigneusement présentées et variées est organisée par les industries culturelles que sont les maisons d’édition au XIXè siècle alors que seuls les media permettent une consommation culturelle de masse.


Conclusion

Il y a bien en définitive une relation directe entre édition et culture de masse. Le sujet est à replacer dans le contexte de la Révolution industrielle : le développement de l’industrie et le progrès technique favorisent l’essor de l’édition, et la culture de masse s’inscrit dans l’ensemble des changements sociaux induits par l’industrialisation. Le livre est donc entré dans les habitudes de consommation de la population, même des couches populaires.

Mais cette diffusion du livre est tout de même à nuancer : la lecture est encore parfois perçue comme du temps volé sur les activités sérieuses ou légitimes (le travail), comme un temps de paresse. On peut citer comme exemple une scène du Rouge et le Noir de Stendhal, où le père de Julien Sorel jette le livre de son fils au ruisseau en s’écriant « Chien de lisard ! ». Autre exemple, aux environ de 1900 : la réflexion d’une vieille mère de paysan à une animatrice d’une bibliothèque scolaire : « Faut pas lui prêter de livre, c’est toujours le lisage [comprendre la lecture !] qui l’a perdu ! »

En tous cas Louis Hachette et Leopold Ullstein étaient des hommes qui avaient compris leur temps, des hommes qui avaient discerné la demande potentielle de lecture chez des populations de plus en plus instruites, qui ont à leur manière transformé les mentalités, qui ont ainsi, en France et en Allemagne, marqué l’Histoire.

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