Avant propos aux Neuvièmes Rencontres de La Durance





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Faire carrière dans le trabendo


L’inscription de femmes dans l’économie informelle comme actrices de circulations et d’activités commerciales est un révélateur de profondes mutations de la société algérienne. Si ces activités traduisent une autonomisation des femmes dans l’espace public et économique, elles sont également symptomatiques des recompositions de la structure familiale et patriarcale et de la précarité économique. Aujourd’hui, certaines femmes choisissent de partir, d’émigrer de façon autonome et volontaire, d’autres par choix ou par nécessité restent et tentent par leur insertion dans l’économie informelle de s’assurer une autonomie financière. Mais derrière cette nécessité de gagner leur vie qui pourrait faire passer leur engagement dans le trabendo pour une stratégie de survie, ces femmes montrent un acharnement à (re)conquérir une place et un statut que la société et la loi leur dénient.

Mobilités au féminin : généralisation d’un phénomène


L’apparition des femmes dans le trabendo en Algérie est relativement récente. Mais il est essentiel de resituer ces circulations commerciales dans un phénomène de féminisation généralisée des migrations et des mobilités. Cette féminisation de la mobilité qui se retrouve sur tous les points de la planète est également visible en Algérie et dans tous les pays du Maghreb. Depuis les années 80, en France, en Italie ou en Espagne, comme au Moyen-Orient, on croise de jeunes Algériennes, Tunisiennes ou Marocaines, serveuses de restaurants, domestiques, commerçantes ou entraîneuses, bien loin de l’image traditionnelle de la femme maghrébine. Plusieurs femmes trabendistes ont d’ailleurs eu des expériences migratoires antérieures.

Asma, une autre trabendiste rencontrée à Istanbul, nous a parlé longuement de sa vie en France où elle a passé plus de six ans, à Paris, puis à Marseille. L’échec de son mariage avec un Algérien émigré et la dureté de la vie en France l’ont conduite à revenir en Algérie en 1986 où elle s’est remariée et a fondé une famille. Khadîdja, elle, a trois de ses filles qui sont parties vivre en Europe, en France, en Italie et en Espagne. Mais les femmes trabendistes ne se considèrent pas comme des migrantes, même si Asher Colombo parle de ces circulations commerciales comme de « semi-migration ».

Les femmes ne peuvent plus être seulement considérées comme les « suivantes » des hommes dans la migration, elles sont désormais actrices d’une migration autonome et volontaire, en solitaire. Cette mobilité des femmes, et en particulier des femmes algériennes, « répond à des désirs (d’autonomie, d’émancipation, voire de vie meilleure) et à des contraintes (économiques, politiques, voire sociales) », mais doit aussi être située dans une internationalisation du marché du travail mondial où elles trouvent à s’occuper dans des niches d’emplois précaires (secteur du care, domesticité, hôtellerie-restauration, prostitution).
(Véronique Manry, Trabendo au féminin, FASOPO, 2007)

Texte 7 - SAMIRA, A LA CONQUETE DE LA REUSSITE


Samira est âgée d’une trentaine d’années quand nous la rencontrons à Istanbul en 1999. Nous la retrouverons quelques années plus tard à Alger. Coquette, volubile, elle a une longue pratique du trabendo qu’elle a commencé vers l’âge de 18 ans avec sa mère qu’elle accompagnait en Espagne d’où elles rapportaient des parfums et du maquillage. Elle s’est ensuite mariée mais a divorcé à peine deux ans plus tard : « Je me suis marié avec lui mais j’étais amoureuse d’un autre garçon. Mais c’était déjà arrangé, alors je me suis marié avec lui. Mais ça ne pouvait pas marcher, il était trop dur, on ne s’entendait pas. Alors j’ai divorcé, je n’avais pas d’enfants, c’était facile. » Samira est ensuite retournée vivre avec sa famille mais a dû travailler pour aider à subvenir aux besoins de ses nombreux frères et sœurs. Vendeuse, puis gérante d’une parfumerie, elle quitte son emploi qu’elle trouve « trop bas » et retourne au trabendo. Ses frères désapprouvaient ses voyages, mais les toléraient puisqu’elle contribuait aux frais de la famille. De 1988 à 1996, elle fera des allers-retours vers Paris où elle a de la famille et des amis : « Je venais au moins un week-end par mois. Je rapportai des vêtements, des produits de beauté ». Puis elle entend parler d’Istanbul et comme le visa devient de plus en plus difficile à obtenir, elle s’oriente vers cette nouvelle destination. Depuis plus de dix ans, Samira vient à Istanbul tous les quinze jours, même si cela ne l’empêche pas de voyager aussi ailleurs. Elle revient régulièrement à Paris, quand elle peut avoir le visa ou va au Caire. Ces voyages sont plutôt des voyages d’agrément, même si elle rapporte toujours de la marchandise pour financer ses frais. A Paris, elle en profite pour se promener, aller au restaurant, faire des achats personnels et va visiter des amis dans la région parisienne, dans le Nord de la France ou à Bruxelles. En 1999, lors de notre première rencontre, elle nous faisait part de son intention de s’acheter un appartement, une voiture et de se déclarer légalement au registre du commerce : « Maintenant, mon but, c’est d’abord d’acheter un appartement, une voiture pour être plus libre et d’ouvrir un commerce, de m’enregistrer au registre du commerce, d’avoir une carte, comme ça je pourrais avoir le visa commerçant pour la France. […] Je voudrais bien me remarier, mais un bien, hein, cette fois-ci ! Je vais bien le choisir… l’observer, le tester ! L’appartement, c’est pour ça… Tu vois, c’est pas facile chez nous d’avoir un appartement, et puis comme ça je serai chez moi ! Si ça marche pas, lui il part ! Et moi, je reste, je suis pas à la rue, même si

j’ai des enfants et tout ! » En 2006, durant nos rencontres à Alger, elle me parle du nouvel appartement qu’elle a acheté dans la banlieue d’Alger et de la voiture qu’elle souhaite acquérir. Elle a désormais pignon sur rue et tient une boutique dans un petit centre commercial du centre-ville, en association avec un commerçant déclaré. Elle n’est toujours pas inscrite au registre du commerce, mais ne semble plus s’en préoccuper, maintenant qu’elle a une position reconnue. D’autres trabendistes me parlent

avec envie de sa réussite, des meubles qu’elle a fait venir de Turquie pour aménager son appartement, de l’argent qu’elle gagne et de son assurance. Elle fréquente un Algérien qui vit à Istanbul depuis plusieurs années mais ne songe plus à se marier : « Ah non, je suis bien comme ça ! Je vais marcher avec un homme qui va me contrôler ? Et où tu vas ? Et qu'est-ce que tu fais ? Non, non ! Je suis très bien comme ça ! Ce qu’il me faut, c’est un enfant… Je vais voir, je vais essayer de trouver une petite de la campagne, une fille qui a pas de parents et je l’adopterai ! » Sa famille regarde désormais plutôt d’un bon oeil ses activités. Elle aide régulièrement sa mère et ses sœurs pour leurs études, les emmène parfois dans ses voyages et elles viennent souvent la consulter pour prendre des décisions. Son prochain projet est de faire construire une maison dans la banlieue d’Alger où elle pourrait recevoir et accueillir sa mère.

(Véronique Manry, Trabendo au féminin, FASOPO, 2007)

Texte 7LE CAMP DE LAMPEDUSA

Les cabinets de la grande cage de Lampedusa sont une expérience inoubliable. Le préfabriqué dans lequel ils se trouvent est divisé en deux secteurs. Dans l'un, il y a huit douches à l'évacuation bouchée, quarante lavabos, et huit W.-C. à la turque dont trois sont pleins à ras bord d'un magma crémeux : la source des deux rigoles violettes. L'autre secteur a cinq W.-C., dont deux sans chasse d'eau, cinq douches et huit lavabos. De l'eau salée sort des robi­nets. Ce n'est pas une sensation agréable pour ceux qui ont la peau cramée par le soleil, blessée par le voyage, rongée par la gale, ou bien brûlée par l'essence qui éclabousse presque toujours les corps entassés dans les barques. Il n'y a pas de portes, pas d'électricité, aucune intimité. On fait tout devant tout le monde. Certains s'abritent comme ils peuvent derrière leur serviette. Et il n'y a même pas de papier hygiénique : il faut utiliser ses mains. Il vaut mieux y aller la nuit parce que pendant la journée le liquide couvrant le sol est plus épais que les semelles des savates, et il faut y plonger les pieds. Mais l'autre problème consiste à se laver les pieds dans le lavabo avant de sortir. Dès qu'on retire son pied de sa savate, celle-ci se met à flotter et à dériver avec le filet d'eau sale. Bilal tente de synchroniser le mouvement. Il laisse tomber sa savate en amont, il lave en hâte son pied dans le lavabo et remet sa savate avant qu'elle ne soit trop loin. Ça marche. Du reste, il n'y a pas non plus de savon. Donc, on ne court pas le risque de consacrer trop de temps à l'hygiène.

Et pourtant, le 15 septembre, un parlementaire européen de la droite xénophobe a dit que le centre de Lampedusa était un hôtel cinq étoiles. Et aussi qu'il y habiterait. C'était le jour où le ministère de l'Intérieur avait fait en sorte que la délégation de Bruxelles ne trouve que neuf reclus au centre. Au cours de la même semaine, les trafiquants avaient dévié la route de toutes les barcasses vers la Sicile. Va savoir, peut-être que dans les maisons de la droite actuelle, il est normal d'avoir le sol couvert de déjections. La plupart des immigrés enfermés ici proviennent en revanche de maisons propres dans lesquelles on entre carrément pieds nus.
Bilal, sur la route des clandestins, F. Gatti
Texte 8 - LES TIC AU SERVICE DES MIGRANTS
« Ces jeunes (migrants africains) n’ont plus de maison. Ils ne savent pas où ils seront dans un an. Mais ils ont tous un e-mail. La toile, le réseau Internet représentent pour eux la seule dimension stable. Le seul espace où ils peuvent avoir une adresse, laisser une trace, exister. Ces jeunes qui ont fui l’impasse de leur terre natale sont les véritables habitants du village global. Sans Internet, personne, même les êtres chers ne sauraient plus rien de leur existence. (F. Gatti, p 39)
L’esprit embrumé reconnaît l’enseigne d’un café Internet. Une petite échoppe, chaude et poussiéreuse, à mi-chemin dans la rue qui mène au château d’eau de l’aque­duc, que j’avais pris pour le minaret antique le premier soir, à cause de l’obscurité. Mes mains tremblent. Elles ont du mal à s’orienter. Elles glissent sur les touches humides de sueur. J’ai besoin de Lui écrire. Ça fait près d’un mois que je salue mon frère, j’espère que tu vas bien. James vient de m’écrire qu’il sera bientôt ici. Mais il dit que la ville de Tripoli est devenue très dangereuse. La police arrête les immigrés noirs en masse. Je lui ai écrit de faire très attention et de ne pas sortir dans la rue. Sa famille se fait beaucoup de souci. Le vide qu’il a laissé ici est trop grand pour eux. Moi je les encourage et je soutiens leurs espoirs. Je suis ici pour les aider en tout. Mon frère, la vie dans le camp de réfugiés de Buduburam est terrible. Il y a tellement de souffrance et les conditions sani­taires sont exécrables en ce qui concerne les latrines, la nourri­ture, les médicaments, les douches et l’eau. Dieu est déjà miséricordieux de nous faire survivre. Mais la vie continue, et ici d’autres réfugiés du Liberia et de Sierra Leone s’ajoutent au nombre. Ce sont les gens qui avaient cherché refuge en Côte d’Ivoire et qui ont dû repartir à cause des combats avec les rebelles du nord. Notre camp de Buduburam est tellement bondé qu’on risque l’épidémie. Ma femme te salue. Écris quand tu peux. Je t’embrasse bien fort. Joseph.

(F. Gatti, p 476)


Cap sur les îles…

Partie rédigée par Christine Colaruotolo

Professeure au lycée Marseilleveyre, Marseille

Iles paradisiaques, bouts de terre isolés, confettis d'empires, les îles, investies d’une forte « envie d’ailleurs » ont toujours fasciné et attiré. Pourtant, ces représentations ne correspondent qu’aux rêves et aux clichés largement répandus et partagés par nos élèves masquant une réalité bien plus complexe qu’il s‘agira de découvrir.

D’ailleurs, le programme des Nations-Unies pour l’environnement ne recense pas moins de 180 000 îles et nombre d’entre elles sont devenues indépendantes depuis 1945.

De la Caraïbe au Pacifique en passant par la Méditerranée et l'océan Indien, les espaces insulaires présentent une grande variété de taille et de statut politique : de l’île d’Yeu à la Sicile, îles régions, rattachées administrativement, de l’île Maurice, île-Etat, à l’Australie, île continent, la palette est large ce qui exclut toute prétention à l’exhaustivité.

Nous nous attacherons donc plus particulièrement aux petits espaces insulaires, des terres entourées d'eau de tous côtés dont la superficie est inférieure à 11 000 km2 et dont la population inférieure à 2 millions d'habitants sur lesquels portent, principalement ces dernières années, le renouvellement de la recherche scientifique.

Des îles qui sont devenues des espaces encore plus convoités avec la convention de Montego Bay (1982) qui crée un nouveau droit de la mer en instaurant la ZEE (Zone économique exclusive),

Alors que l’immense majorité des îles « est reliée au reste du monde par des liaisons maritimes, aériennes, téléphoniques et électroniques, ainsi que par le truchement d’activités internationales comme le commerce, la finance ou le tourisme mondialisé [ …] comment continuer à considérer ces petites îles comme des lieux hors du monde et du temps, éloignés des tribulations et trépidations planétaires, coquilles marines d’où jailliraient le fantastique et le merveilleux comme d’une boîte de prestidigitateur ?»82 L’île est-elle encore réellement un objet d’étude spécifique ?

Peut-elle être considérée comme « un microcosme, une miniature du monde à mesure qu’à son tour celui-ci s’insularise» 83 ? Au cours de cet atelier, nous verrons comment peut s‘inscrire l’insularité dans le nouveau programme de sixième à l’intérieur du thème « Habiter des espaces à fortes contraintes » comme une île mais également comment renouveler nos études de cas au lycée autour des thématiques des littoraux et des espaces insulaires français et européens et l’insertion des îles dans la mondialisation.

A partir d’études de cas, l’île d’Yeu et l’île Maurice notamment, nous chercherons comment aborder le thème des espaces insulaires et avec quels concepts les analyser. Nous essaierons d’appréhender les enjeux et les mutations à l’œuvre dans ces îles avant de nous interroger sur leur devenir.

I. L’insularité au cœur des débats géographiques
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