Avant propos aux Neuvièmes Rencontres de La Durance





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Une identité indienne en construction.

a. El Alto, une ville indienne qui affirme son identité. Les stratégies de l’autre dans la ville.

El Alto s’affirme très clairement comme une commune indienne, la culture aymara est largement présente, elle s’exprime à travers les vêtements, la langue, les croyances qui mêlent catholicisme et croyances indiennes.

Patchamama, la déesse de la terre reçoit des offrandes lors de toutes les manifestations, fêtes ou réunions familiales. « C’est la culture indienne qui domine ce monde urbain »124, son besoin de reconnaissance et de légitimité ont abouti après de longues luttes à l’indépendance d’El Alto en 1988, qui n’est plus aujourd’hui une périphérie de La Paz mais une commune à part entière.

L’emblème de la ville est le drapeau aymara : la wiphala (désigne le drapeau rectangulaire aux sept couleurs) et les partis indiens la dirigent. Les fêtes traditionnelles y sont nombreuses, certaines descendent même dans la ville formelle, c’est le cas de la fête nationale du Gran Polder.

La vie collective est bien organisée, des « responsables de quartiers » sont élus par les habitants (comme à la campagne). Ils organisent des réunions tous les dimanches et transmettent lorsque cela est nécessaire des informations, des revendications aux comités de voisinages, regroupées dans la FEJUTE (fédéracion de juntas vecinales).

Ces associations de quartiers et de voisinages (juntas vecinales) sont très actives. La mobilisation sociale et politique des habitants de cette commune est très forte. Les objectifs sont en grande partie destinés à améliorer les conditions de vie des habitants. Les comportements d’entraide et de solidarité sont fréquents, aide pour le ravitaillement par exemple (échange, troc entre familles).

b. El Alto est aussi l’épicentre des mobilisations du pays

Les grandes manifestations de ces dernières années trouvent échos dans la commune. Il faut dire qu’elle détient un moyen de pression redoutablement efficace puisque sa position géographique lui permet de bloquer l’accès à La Paz, mais aussi à l’aéroport international.

Très récemment le cas de la guerre de l’eau a de nouveau montré que les populations indiennes d’El Alto ont développé des moyens de luttes efficaces pour défendre leurs droits.

En résumé, la compagnie publique des eaux de la commune à El Alto et de La Paz a été privatisée en 1997. Une filiale du géant français Suez a pris le contrôle de l’eau : Aguas del Ilimani. A partir de l’hiver 2004, la fédération des comités de quartiers d’El Alto déclenche une série d’importantes manifestations contre la multinationale Aguas de Illimani en l’accusant de ne pas avoir respecté les clauses du contrat (réseau de distribution limité, prix de consommation et de raccordement qui ont fortement augmenté)

Le président Carlos Mesa cède à la pression en janvier 2005, il annonce l'expulsion de Suez-Aguas del Illimani de Bolivie et la reprise de la gestion de l’eau par une entreprise publique.

Les luttes sociales sont fortement relayées par la communauté indienne. Ces luttes sociales indiennes qui s’amplifient à partir des années 1990 en Bolivie se retrouvent à l’échelle du continent d’Amérique du Sud.

c. Ces luttes sociales indiennes correspondent à l’émergence des mouvements pour les droits des indigènes à l’échelle internationale.

- Le point de départ est l’annonce de la commémoration du cinquième centenaire de l’arrivée de Christophe Colomb 1992 qui provoqua de vives réactions dans la communauté indienne, elle a vu dans cet évènement la glorification de la conquête. Ce mouvement anti-1992 va trouver écho sur la scène internationale, puisque cette même année le prix Nobel de la paix est attribué à une Amérindienne guatémaltèque Rigoberta Menchu. Son prix est basé en partie sur sa biographie Moi, Rigoberta Menchu rédigée par Elisabeth Burgos à partir d'entrevues et parue en 1983 dans lequel elle dénonce les conditions de vie et de travail des Indiens au Guatémala. On peut sans doute lire dans l’attribution de ce prix Nobel un hommage aux luttes en cours et aux peuples opprimés.

- Le soulèvement Zapatiste au Mexique en 1994 a eu également un effet fédérateur, il marque le déclin des guérillas révolutionnaires et la montée des mouvements identitaires et démocratiques.

- A partir des années 1990 les luttes indiennes prennent une dimension politique plus importante et surtout plus durable. Elles font irruption à toutes les échelles : locale, régionale mais aussi et surtout à l’échelle nationale et sont visibles sur la scène internationale.

Des partis indiens sont crées et leurs représentants sont élus à des postes clés.

(Victor Hugo Cardenas, fils de paysans aymaras du lac Titicaca devient vice-président de Gonzalo Sanchez de Lozada en 1993. C’est le premier vice président indien du continent.)

C’est dans ce contexte que va émerger sur la scène politique bolivienne le MAS 5Le mouvement vers le socialisme). Le MAS est un parti politique de gauche fondé en 1995 et dirigé par Evo Morales (Indien aymaras). Il se définit comme « l’Instrument pour la Souveraineté des Peuples ». Ce parti est issu du syndicalisme des cultivateurs de coca, les cocaleros qui résistaient contre la politique d’éradication de la culture de coca, culture traditionnelle et précoloniale. Cette politique est imposée par les Etats-Unis au début des années 1980.

Le MAS s’est rapidement et largement ouvert, il rassemble aujourd’hui des intellectuels, des organisations indigènes des Basses Terres, des organisations paysannes originaires des Andes et une frange grandissante des dites classes moyennes urbaines.

Il va fédérer les luttes sociales avec trois thèmes majeurs : la défense de la culture de la feuille de coca, la réappropriation de la gestion de l’eau et des hydrocarbures et notamment du gaz. Les arguments avancés sont le pillage des ressources du pays. Ces thèmes ont permis l’unification du mouvement indigène indien avec les autres forces sociales sur les thèmes de la souveraineté nationale. Il a eu en plus pour effet de « réactiver l’idéal de la décolonisation des populations originaires (aymaras, quéchua, guarani…) »125

Evo Morales va progressivement réussir à donner une expression politique à ces mouvements.

Ainsi les revendications s’orientent vers la reconnaissance de la pluralité ethnique et de l’égalité socio-économique.

Et c’est la question de la réappropriation des hydrocarbures qui va fédérer tous ces mouvements et permettre l’arrivée au pouvoir d’ Evo Morales, un Indien Aymaras, en février 2005, réélu pour un deuxième mandat le 06 décembre 2009.

-En conclusion nous pouvons dire que le renforcement des mouvements indiens est aussi perceptible dans la ville.

Cette arrivée sur la scène politique des mouvements indiens participe à la construction d’une identité indienne qui semble avoir abouti à La Paz à un phénomène de fragmentation, puisque la marge s’est détachée de la ville formelle et sa gouvernance est désormais assurée par des partis indiens. Elle marque ainsi son identité indienne.

Mais en même temps cette fragmentation n’est jamais vraiment complète puisque les citadins des marges contribuent eux-mêmes par leurs mobilités à tisser des liens entre les différentes communautés et en créant des espaces dans lesquels l’urbanité est métisse.

L’Amérindien et l’Aborigène, devenu l’autre dans leur propre territoire ont réagi par différentes stratégies pour obtenir plus de justice sociale.

En Bolivie, leurs actions sont devenues collectives, structurées et inscrites dans la durée.

Ces mouvements originaux semblent nés d’une conscience politique forte et ont su s’approprier les outils politiques et démocratiques pour tenter de faire changer les choses.

A Sydney, la ségrégation a abouti à un renversement identitaire : Le Block communautarisé est devenu un référent identitaire. De nouvelles formes d’habiter s’y déploient. Enfin le quartier est en proie, pour reprendre les termes de P. Gervais-Lambony, à une crise territoriale : les émeutes puis le projet de gentrification entraînent une situation conflictuelle autour du territoire ségrégué, entre les quartiers (Blanc/Aborigène) et à l’échelle de la ville voire du gouvernement fédéral (New South Wales/Aborigine Housing Company).

Bibliographie

Sur les notions de ségrégation, de fragmentation et d’altérité

BRUN Jacques, RHEIN Catherine, La ségrégation dans la ville, Paris, L’Harmattan, 1994

CAPRON G. (dir), Quand la ville se ferme, Paris : Bréal, 2006.
DI MEO Guy, BULEON Pascal, Espace social, une nouvelle approche de la géographie sociale, Essai (broché), 2005

GERVAIS-LAMBONY Philippe, Territoires citadins. 4 villes africaines, Paris : Belin coll. Mappemonde, 2003

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LEVY Jacques, LUSSAULT Michel, Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Belin, 2004

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BABY-COLLIN V., 2005, Des marges dans la ville : mobilités citadines et métissage de l’urbanité, In Capron G., Cortes G., Guétat H. (dirs) : Liens et lieux de la mobilité, ces autres territoires, Belin, coll. Mappemonde, p. 145-167.

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http://www.cityofsydney.nsw.gov.au

Sur les projets de Sydney, ville globale en 2030

http://www.cityofsydney.nsw.gov.au/2030/theplan/Default.asp

Un article sur les émeutes de Redfern

http://edition.cnn.com/2004/WORLD/asiapcf/02/15/australia.riots/index.html

Les statistiques australiennes

http://www.abs.gov.au/

Une vidéo sur le Block et les enjeux de la revitalisation du quartier

http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=5i7_JIb9Q8E&feature=related

Sur la coopérative artistique Boomalli

http://www.boomalli.org.au/


Habiter la Ville

L’exemple de Marseille et de Shanghai

Véronique Blua

Professeure agrégée, Lycée Pierre Mendès-France, Vitrolles

Claude Martinaud

Professeure agrégée en CPGE, Lycée Thiers, Marseille

Introduction

Pourquoi le thème de la ville ?

Le thème de la ville est central pour la compréhension du monde d’aujourd’hui. Le monde est, en effet, de plus en plus urbanisé. L’ONU estime la population urbaine à 3,4 milliards d’individus en 2008, dépassant pour la première fois le nombre des ruraux. En 2030, le nombre des citadins devrait atteindre les 5 milliards. Certes, le terme générique « ville » recouvre des réalités très différentes d’un pays à l’autre (et ces différences pourront être abordées ultérieurement dans notre présentation). Cependant, il est indéniable qu’aujourd’hui le fait urbain est une réalité majeure dans nos sociétés.

Une définition générale de la ville peut être retenue, au-delà des divergences statistiques. « La ville est avant tout un lieu de concentration d’hommes et de bâtiments sur un espace restreint. » Face à l’étalement urbain qui caractérise de plus en plus le fait urbain contemporain, de nombreuses définitions retiennent les critères du nombre d’habitants agglomérés (2000 habitants dont les habitations sont distantes de moins de 200 mètres, par exemple pour la France). Mais la ville se caractérise aussi par sa morphologie, le tissu urbain (l’agencement en quartiers), par des fonctions spécifiques.126

Pourquoi avoir choisi les villes de Marseille et de Shanghai ? Le nouveau programme, de la classe de sixième préconise, de choisir deux villes dans des aires culturelles différentes. D’une manière générale, l’ambition est de faire découvrir aux élèves la diversité du monde. Dès lors, s’intéresser à Marseille permet d’appréhender une ville occidentale, une métropole de taille moyenne, dont l’étude peut aussi être conduite dans le cadre de la séquence « Espace proche : paysages et territoire » ou « Habiter les littoraux ». Par ailleurs, étudier Marseille permet de renforcer la connaissance que les élèves ont de la géographie de la France. Quant à Shanghai, elle est la première ville de Chine avec 12,4 millions d’habitants, le premier port et le premier centre industriel du pays. Les deux, enfin, sont dans une dynamique d’internationalisation, telle qu’étudiée par Isabelle Berry-Chikhaoui127 et qui se traduit par les choix et les orientations prises par les acteurs locaux.
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