Avant propos aux Neuvièmes Rencontres de La Durance





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Habiter au sens premier du terme renvoie à l’idée d’habitation. Qu’est-ce « habiter Marseille » dans ce sens ?


Marseille se caractérise par différents types de logements dont certains lui sont propres et d’autres la rapprochent des villes françaises de même rang. Quelques exemples de ces logements sont présentés ici, l’enseignant pourrait en choisir un ou plusieurs en fonction de ses objectifs.

Le « trois fenêtres » est l’appartement emblématique des immeubles marseillais construits au XIXe siècle. Le boulevard Longchamp, créé par une association de propriétaires suite à l’ouverture du boulevard par la ville dans les années 1830, en est un exemple probant. La façade de chaque immeuble mesure en général sept mètres de large sur quatorze mètres de profondeur, une taille peut-être déterminée par celle des mâts de bateaux récupérés. Par dédoublement du module du « trois fenêtres », certains bâtiments en comptent six, mais la date de leur construction est souvent plus tardive. La plupart possèdent un jardin, orienté au sud pour ceux qui sont construits du côté pair.151
Documents pour la classe :

  • Une photographie du boulevard Longchamp

  • Un extrait du film Marseille : ville du XIXe siècle.

Les grands ensembles à Marseille sont principalement situés dans les « quartiers Nord ». Dans les 13e et 14e arrondissements, par exemple, le parc locatif s’est constitué à partir des années 1950 au gré des politiques nationales du logement social, des orientations de la ville de Marseille et des bailleurs sociaux. 140 000 habitations sont construites en vingt ans. Aujourd’hui, ce type d’habitat collectif en grande barre ou tour est dégradé.
Documents pour la classe :



La cité de la Castellane et le centre commercial Grand Littoral152.


  • Un extrait de l’article « Quartiers nord : il y a un demi-siècle démarrait la révolution urbaine », Jean-Jacques Fiorito, La Provence, lundi 2 février 2009.


D’autres pistes pourraient être développées. L’habitat dégradé des quartiers centraux paupérisés, parfois en cours de réhabilitation, peut être un sujet d’étude. Ces habitations accueillent aujourd’hui ces « fourmis de la mondialisation » étudiées par Alain Tarrius, ces nomades des temps modernes que sont les commerçants originaires d’Afrique du Nord mais aussi de plus en plus d’Afrique noire ou d’Asie. Ce type d’habitat dégradé se retrouve dans les quartiers centraux proches du cours Belsunce et jusqu’à la Belle de Mai, à la Villette ou à Saint-Mauront. Il s’agit parfois d’immeubles construits selon le modèle « trois fenêtres » ou de petits immeubles bas ressemblant davantage à d’anciens bâtiments des noyaux villageois. Ils font encore les belles heures aujourd’hui des marchands de sommeil puisqu’ils accueillent une population paupérisée récemment arrivée en France.
Documents pour la classe :

  • Grand choix de photographies mises en ligne dans la banque d’images du site d’histoire-géographie de l’académie d’Aix-Marseille.

Par exemple :



Le cours Belsunce. En regardant vers le sud, on aperçoit la fontaine Cantini sur la place Castellane.

L’habitat de béton des années d’après-guerre en centre-ville peut aussi intéresser l’enseignant et notamment les réalisations de Fernand Pouillon sur le quai du port, autour de la mairie, construites après le dynamitage du quartier par les Allemands en février 1943.
Document pour la classe :


L’Hôtel de ville et les immeubles adjacents vus de Notre-Dame-de-la Garde
Les villas ou pavillons qui se situent le long de la Corniche permettent d’aborder le thème de l’étalement précoce de Marseille et d’une urbanisation peu dense de la ville-centre. Le Château Berger et la Villa Valmer sont les plus beaux vestiges des villas construites par la bourgeoisie marseillaise à partir de 1848 et de la mise en chantier d’une route en bord de mer qui sera baptisée Corniche J. F. Kennedy en 1963.
Documents pour la classe :


La Corniche et la colline du Roucas


    • Un extrait du DVD « Une ville, un architecte. Marseille et Shanghaï », Scéren-CNDP, Série Promenade d’architectes, 2003.




  1. Habiter Marseille, c’est aussi habiter un des 111 quartiers de la ville qui ont chacun leur spécificité.


Marseille est « une ville en morceaux »153, dans laquelle 16 arrondissements et 111 quartiers ont été officiellement créés par un décret de 1946. Par exemple, dans le XVIe arrondissement, sont identifiés : les Riaux, l’Estaque, Saint-Henri et Saint-André. La liste officielle des quartiers a été fixée en référence aux « villages » préexistant. Tout au long de son histoire, l’extension de la ville a entraîné l’intégration progressive au tissu urbain des noyaux villageois qui entouraient la ville-centre. Plusieurs phases de croissance sont identifiables, la première est consécutive à la décision de Louis XIV d’étendre la ville selon les axes de la Canebière et du Grand Cours ; la deuxième commence avec la destruction des remparts en 1800 et la création des allées de Meilhan, du boulevard Longchamp, de la Corniche et du Prado. A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, cette extension se poursuit en direction du nord, d’abord vers la Joliette puis des « quartiers Nord », un siècle plus tard.
Cet étalement et les choix administratifs qui l’ont accompagné font de Marseille, selon les auteurs, une ville sans banlieue ou une ville-banlieue.
Selon Baptiste Lanaspeze dans Marseille. Énergies et frustrations, Marseille est une ville banlieue. Pour l’auteur, en effet, la ville proprement dite s’étend de Plombières au nord au boulevard Sakakini à l’est, et au petit Prado au sud recouvrant ainsi à peine d’un dixième du territoire communal. La zone commerçante de la ville s’étend de la place de la Joliette à la gare Saint-Charles et de la Plaine à Castellane et Malmousque, dessinant un plus petit centre-ville encore de 6 km² qui comprend le Panier, la colline de Notre-Dame, le Vieux-Port, Belsunce, Noailles, le cours Julien, les rues entre Lodi et Breteuil. Au cœur de ce centre-ville, un axe perpendiculaire à la Canebière d’un kilomètre de long, entre la préfecture et la Porte d’Aix rassemble une part considérable du chiffre d’affaires de la ville. Loin d’être une ville sans banlieue, comme on le dit parfois, Marseille est donc à proprement parler une ville de taille modeste (entre 6 et 25 km²), dont les banlieues sont situées sur le territoire de la commune. « La banlieue est dans la ville ; ou plutôt, Marseille est une vaste banlieue, plus connue pour son petit centre-ville » 154 .
Pour Philippe Langevin, au contraire, Marseille est une ville sans banlieues caractérisée par « l’absence de centralité urbaine, liée à la dispersion de l’habitat, (…) sans banlieues ni faubourgs, (…) tout comme [par] son urbanisme "spontané" entre cabanons et noyaux villageois. » 155 Cela a engendré la préservation d’une vie de village dans la plupart des quartiers et d’une forte identité.
Le quartier de l’Estaque est un des noyaux villageois qui peut être étudié avec profit et une relative facilité étant donné l’abondance de la documentation. Un dossier documentaire pourrait présenter :

    • L’Estaque par un grand peintre du XIXe siècle, ce qui permettrait de travailler sur aussi la manière dont on se représente le quartier aujourd’hui.

    • Deux photographies de paysages à différentes époques.

    • Deux plans à différentes époques encore pour mettre en évidence la croissance urbaine, les différentes emprises au sol des logements ou des entreprises.



Mais quartiers Nord et quartiers Sud sont-ils dans la même ville156 ?



  1. Habiter Marseille, c’est habiter dans une ville ségréguée.


A l’origine de la différenciation socio-spatiale qui touche Marseille, se trouve le choix du côté nord de la ville pour implanter le port de commerce en 1844 plutôt que l’anse des Catalans. De ce fait, le nord de la ville va devenir industriel et populaire, alors que le sud renforce son caractère résidentiel et bourgeois.157 Dès la fin du XIXe, la coupure est consommée entre nord et sud de Marseille. En 1934, Gaston Rambert parlait déjà d’ « un dualisme géographique marseillais ». André Donzel, dans Marseille, l’expérience de la cité158, résume bien la situation ainsi créée : « Au sud, l’esprit, le domestique ; au nord, la matière, l’étranger. Ainsi, tandis que s’efface l’ancienne division ouest-est entre la ville intra-muros et le terroir, s’approfondit matériellement et symboliquement l’opposition entre deux villes : la ville populaire au nord et la ville bourgeoise au sud. Deux urbanités, radicalement différentes, se font face désormais. »

Peuvent être identifiés :

  • le centre-ville, du 1er au 6e arrondissement et 230 000 habitants. C’est le Marseille des emplois publics, des commerces et des services dans un environnement urbain parfois dégradé et des habitants souvent en situation précaire. De fait, les trois premiers arrondissements de la ville sont aussi les plus pauvres. 12 % de la population de plus de 25 ans touche le RMI. Le revenu fiscal moyen est inférieur de 40 % à moyenne marseillaise, elle-même inférieure de 15 % à la moyenne nationale. Le Projet « centre-ville » mis en place à partir de 1995 a pour objectif de faire revenir les habitants dans le centre par la réhabilitation de l’habitat privé et un vaste programme d’équipements publics de centralité (bibliothèque, fac de droit, commissariat de police de Noailles, pôle d’échanges intermodal à la gare, bibliothèque de l’Alcazar…).


Euroméditerranée est une opération d’intérêt national qui couvre 311 ha dont 110 sur le domaine public maritime. En 1995, un  décret du Conseil d’Etat entérine la création de l’établissement public d’aménagement (EPA) Euroméditerranée dont le Président est aujourd’hui Guy Teissier. Les acteurs impliqués dans le projet sont l’Union européenne, l’État, la région PACA, le CG13 et la communauté urbaine de Marseille-Provence et la ville. Euroméditerranée est aujourd’hui l’opération la plus emblématique de la rénovation du centre et de la volonté de créer une nouvelle centralité en rendant aux quartiers du port un certain dynamisme économique, mais aussi culturel et touristique. Devrait en résulter la réduction de la fracture Nord/Sud, en conférant à cet espace une nouvelle attractivité tant pour les habitants que pour les entreprises. Une première tranche couvre la période 1996-2010. Son originalité réside dans sa double mission d’aménagement, de requalification urbaine de quartiers dégradés ou en friche (Joliette, Grands carmes, Arenc), et de développement économique159. Dix ans après le lancement de l’opération, la transformation physique du périmètre et de la façade littorale est évidente, de même que la création ou rénovation de nombreux logements. D’autres opérations doivent encore être menées à bien comme la transformation du Silo en espace de commerce et de loisirs, le MUCEM, l’Euroméditerranée Center ou les terrasses du port. Sans oublier Euroméditerranée II qui est élargissement du périmètre. Cependant, le projet entraîne des conflits d’intérêt entre acteurs. Des associations de défense des habitants de la rue de la République ont ainsi mené des actions pour contester les choix de réhabilitation de la rue de la République, le commerce de voitures d’occasion avec le Maghreb a souffert de l’opération et le bilan économique reste mitigé160. Les cadres, qui devaient être attirés par la nouvelle qualité de vie offerte par le quartier et ses équipements, ne sont pas aussi nombreux à s’être installés. L’obtention par le collège Izzo du label « Ambition-réussite » illustre les désillusions dans ce domaine. Certains logements neufs peinent à trouver preneurs. De plus, la volonté des acteurs publics ou privés d’internationaliser de la ville semble passer par « une normalisation spatiale qui prend les atours de standards internationalisés de l’aménagement »161 qui a peut-être fait perdre son âme au quartier.
Documents pour la classe :



Le plan d’Euroméditerranée (banque d’images du site académique)


    • Des photographies

Etudier Euroméditerranée avec des élèves peut donc servir à travailler sur les conflits d’intérêts ou d’usage qui ne manquent pas de se faire jour dans une ville. Habiter, c’est aussi co-habiter.

    • Un article intitulé « travailler et vivre à Marseille. Le grand réveil ?» par Marcelo Weisfred, 8 octobre 2004, l’express.fr.

    • Des articles présentant les conflits nés de l’opération notamment sur le site de l’association « un centre-ville pour tous ». Par exemple, article de La Marseillaise du 3 décembre 2008 et intitulé « Euroméditerranée en crise de confiance ».

    • Un article du Monde intitulé « Euroméditerranée ne transforme pas radicalement la ville » et daté du 23 septembre 2009.




  • Marseille Sud, celle des 7e, 8e et 9e arrondissements avec ses 184 000 habitants, est la partie la plus riche de la ville. C’est le Marseille des beaux quartiers, des résidences de luxe, des emplois dans la finance et les services aux entreprises, et des habitants à fort pouvoir d’achat. On y trouve les maisons avec jardins du Roucas-Blanc, les grandes avenues du Prado et de Michelet, le cadre de vie recherché de Mazargues, les calanques de Sormiou. Les cadres supérieurs, les professions libérales ou les dirigeants d’entreprises logent dans des villas ou des résidences de luxe. Les espaces verts et les équipements de qualité sont nombreux. Cependant, le nombre des emplois n’est qu’en faible augmentation.


Documents pour la classe :

    • L’exemple des Catalans par Rudy Ricciotti dans « Une ville, un architecte. Marseille et Shanghai », Scéren-CNDP, Série Promenade d’architectes, 2003.


  • Marseille Est, les 10e, 11e et 12e arrondissements, compte 156 000 habitants. C’est un territoire qui se reconvertit vers les activités commerciales après la disparition de grandes entreprises industrielles. On y constate une augmentation sensible de l’emploi. Les classes moyennes ont investi ces quartiers. Longtemps la culture ouvrière fut forte de la vallée de l’Huveaune jusqu’ aux portes d’Aubagne. Le 12e arrondissement a une vocation résidentielle et sa population est plutôt âgée. Les 10e et 11e se transforment avec La Valentine. Quelques logements sociaux comme les Caillols y sont implantés, aucune centralité ne se dessine et les équipements publics sont en faible nombre, l’arrivée du tramway changeant quelque peu la donne.




  • Marseille Nord, les 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements, et ses 224 000 habitants. À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les bastides ont fait place au développement industriel autour du port : industries mécaniques, des corps gras, de la chaudronnerie, de la réparation navale, de la chimie de l’agro-alimentaire. La crise, à partir de 1975, a entraîné une baisse et un déplacement de l’activité portuaire vers l’ouest et la fermeture des grandes usines alors que dans les années 1960 de grands ensembles sont érigés entre les noyaux villageois, mais sans préoccupation pour l’architecture ou les liaisons avec le centre-ville. Ces quartiers doivent faire face aux conséquences sociales des grands ensembles de logements sociaux dans lesquels les habitants sont souvent en grande difficulté. La zone franche urbaine est créatrice d’emplois, mais ils ne profitent pas toujours aux habitants, souvent jeunes, mais sous-qualifiés. Si le nombre des habitants a baissé depuis 1975, 76 % des ménages, aujourd’hui, ne sont pas imposés.


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