Thèse de sciences de l’éducation





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C) La sociologie de Pierre Bourdieu, thèses et critiques

VERDÈS-LEROUX Jeannine, 1998, Le Savant et la politique, essai sur le terrorisme sociologique de Pierre Bourdieu


Grasset ;

(J.V-L est Directeur de recherche au CNRS)

Sélection de 25 pages, tirée d'une pré-sélection de 36 pages classée dans le répertoire "Auteurs".

p7

"Pierre Bourdieu ou la sociologie à l'estomac :

Il paraîtra audacieux, voire prétentieux, et peut-être inutile, de tenter de montrer les limites des apports de la sociologie de Pierre Bourdieu et le poids d'erreurs que contiennent ses leçons de méthode.

(...) Pierre Bourdieu, enfermé dans sa théorie depuis un tiers de siècle, n'a cessé de dénoncer très haut les "résistances formidables que suscite(rait) l'analyse sociologique, tout au moins, la sienne, car seule sa sociologie est scientifique.

p8

(...) Dans les coulisses de la cuisine universitaire, on entend beaucoup de critiques ironiques et exaspérées, suivies de gros soupirs : comment s'en débarrasser ? Ce qui veut dire : le ramener à sa juste mesure au lieu de le laisser s'autoconsacrer si bruyamment...

(...) Les disciples, hommes liges, appliquent, pour prouver la généralité et la perfection de sa théorie.

(...) Sa théorie joue la fonction de "sécurisation paresseuse" qu'il reprochait il y a vingt ans au marxisme.

p9

(...) Ce n'est pas tel ou tel livre de Pierre Bourdieu qui appelle une critique vigoureuse, mais ce sont ses méthodes intellectuelles et sa théorie qui sont à critiquer, car cette théorie repose sur une vue fantasmatique du monde. En partant de cette vue, Pierre Bourdieu s'est consacré à échafauder une théorie, et il s'y est enfermé.

p13

(...) C'est là une vue personnelle du monde, ce n'est pas le résultat d'une recherche, l'humiliation ne fait partie d'une position de "dominé".

(...) A la noirceur de son monde, j'oppose le monde des hommes, seuls objets de l'histoire, que décrivait Lucien Febvre, "hommes dotés de fonctions multiples, d'activités diverses, de préoccupations et d'aptitudes variées, qui toutes se mêlent, se heurtent, se contrarient et finissent par conclure entre elles une paix de compromis, un modus vivendi qui s'appelle la Vie".

p14

(...) [La sociologie scientifique est une arme politique, au service des dominés : serait-ce que la science est prolétarienne ?] Comment peut-il soutenir cela alors que son écriture, volontairement complexifiée, illisible, ne peut être lue (et encore !) que par des gens qui ont déjà en main tous les moyens d'appropriation, etc ?

(...) Une langue artificielle. (...) ...l'écriture de Pierre Bourdieu. Toujours lourde, rébarbative.

p15

(...) Pour justifier son écriture laborieusement façonnée, retravaillée, Pierre Bourdieu met en avant, selon les moments, différents arguments : par exemple, c'est pour faire une construction adéquate de l'objet, ou c'est pour épouser la complexité de l'objet dont il rend compte, ou c'est pour empêcher les mauvaises lectures.

(...) Pour parler comme Bourdieu   attaquant Heidegger  , "une production idéologique est d'autant plus réussie qu'elle est capable de mettre dans son tort quiconque tente de la réduire à sa vérité objective".

p18

(...) Dans un pamphlet récent contre Céline, l'auteur a une formule heureuse : "Telle est la tautologie du parler franc : une sorte d'adhésion de soi à soi où l'on prend le parti de soi-même." On ne saurait mieux dire. L'adhésion bruyante de Pierre Bourdieu à lui-même me fait d'abord rire   et ensuite m'inquiète, car elle implique une curieuse idée de la communication scientifique...

p19

(...) En lisant la longue introduction de Loïc JJ.D. Wacquant à l'oeuvre de Bourdieu, j'ai eu la confirmation que l'obscurité du langage de Bourdieu avait en effet sa nécessité ; sous ses complications et sa surabondance, Bourdieu arrive à masquer certaines faiblesses de sa théorie. Loïc J.D. Wacquant, n'ayant pas la même maîtrise langagière, fait apparaître les incohérences, la part de vide et de bluff de la théorie.

(...) Les moeurs que Pierre Bourdieu s'efforce d'imposer dans les milieux universitaires, c'est-à-dire ce métier de promoteur, me semblent détestables. Il appartient à chacun de faire tous ses efforts dans la recherche, de soumettre ses résultats, qui seront ou compris, acceptés (plus ou moins), ou rejetés, ou non perçus, ou transformés, repris, etc., mais en sachant qu'on n'est pas le possesseur de son travail, qu'on ne peut prétendre à en être le représentant et se donner pour tâche première sa publicité... Dans son autopromotion, Pierre Bourdieu se déclare seul contre tous ; outre l'agacement que cette attitude nous donne, on est très étonnée du décalage énorme entre les résultats qu'on a lus, et ce qu'il prétend avoir établi, démontré. Réfractaire à sa théorie, je le suis aussi à cette activité de manipulateur dans le champ intellectuel, au fait qu'il pousse le show business trop loin...

p20

(...) La police des intellectuels

Depuis des décennies, Pierre Bourdieu fustige et sermonne les intellectuels ; il n'a pas de mots assez durs sur leur irresponsabilité, leur vanité, leur absence de "conscience critique", de "compétence technique", de "conviction éthique", sur leur façon de parler sur tout, de se "laisser porter par le courant de l'histoire intellectuelle", de "flotter au gré des modes". "Il y a, disait-il, quelque chose de pathétique dans la docilité avec laquelle les "intellectuels libres" s'empressent de remettre leurs dissertations sur les sujets imposés du moment (...)." On pourrait multiplier de telle citations par cent, tant Pierre Bourdieu est un inlassable donneur de leçons et un pourvoyeur non moins inlassable de condamnations.

p24

(...) Pierre Bourdieu publie tranquillement, souverainement, ce qui lui plaît ; il n'est pas nécessaire de vérifier, de travailler patiemment, discrètement, pour de bon : ce qu'il publie est forcément scientifique. D'ailleurs, lui-même, croyez-vous qu'il vérifie ce qu'il affirme ? Par exemple, il dit que les sciences pures sont "pour une part des refuges où l'on se retire pour oublier le monde, des univers épurés de tout ce qui fait problème, comme la sexualité ou la politique". Comment établir, prouver une telle proposition ? Ce serait très difficile ; alors il répète cette affirmation à tout propos, comme si la répétition avait une valeur de preuve. Quinze ans plus tard, affirmant que "le monde de la mathématique pour un adolescent, c'est le monde du pur, du gratuit, qui permet de s'arracher à la sexualité et au social", il ajoute : "il y aurait à faire une sorte de psychanalyse sociale du choix des sciences pures comme permettant de mettre à distance des problèmres d'existence, la sexualité mais aussi tout ce qui est lié au social."

p25

(...) Peu de résultats, mais des programmes très ambitieux, une théorie qui poursuit son chemin à l'abri de vraies mises à l'épreuve...

p26

(...) Comment tant d'erreurs peuvent-elles être énoncées avec tant d'arrogance et de cuistrerie ? Comment tant de propositions burlesques peuvent-elles être ressacées sans que personne réplique ?

(...) La production de la croyance : voilà un des terrains préférés de Bourdieu. Il "croit" qu'il peut dire et imposer n'importe quoi (l'équivalent, si l'on peut dire, de l'urinoir de Duchamp), car la consécration (par le Collège, etc.) fait "croire".

p29

(...) Je trouvais les leçons de Bourdieu étranges et risibles : pourquoi répétait-il toujours la même chose, étions-nous sourds ou arriérés ? C'est parce que, comme Lénine, il a la conviction inébranlable de tenir la ligne juste et, partant de cette conviction, il veut orienter, contrôler, les activités des autres.

p30

(...) Pierre Bourdieu, enfermé dans des références souvent très philosophiques et pas très ouvertes sur les travaux contemporains (...) profère avec beaucoup de solennité des lieux communs bien habillés, qui font penser tantôt à Bouvard et Pécuchet, tantôt à des personnages de Ionesco, au milieu de contrevérités.

(...) Chez Lénine et chez Bourdieu, on remarque l'ampleur, la démesure du projet qu'ils s'assignent, et le rôle prééminent, écrasant qu'ils se donnent.

p31

(...) L'entretien avec Ali et François, à qui Bourdieu impose sans cesse les mots et les idées, est un curieux cas d'assistance à la parole.

p36

(...) Pierre Bourdieu ne parle qu'en son nom : pas de filiation, pas de collaborateurs, pas de sociologues à citer, pas d'oeuvres auxquelles il emprunterait. Il pense seul.

p37

(...) L'aridité de son oeuvre tient certes à l'écriture mais aussi à l'absence d'ouverture sur d'autres pensées, d'autres travaux. Il dit qu'il travailler comme n'importe quel "savant" des sciences exactes : or cette attitude d'un solitaire, enfermé dans sa propre pensée, ignorant les échanges, ne ressemble en rien aux pratiques des (vrais) scientifiques.

p40

(...) [Serait-ce qu'aux époques antérieures, il n'y avait pas de division sociale de l'espace, il y avait moins de ségrégation sociale ?]

p42

(...) Les livres de Pierre Bourdieu qui constituent l'essentiel de sa sociologie de l'enseignement s'attaquent au "mythe" républicain de l'école libératrice, pour dévoiler l'institution dans la vérité de ses usages sociaux, "c'est-à-dire comme un des fondements de la domination et de la légitimation de la domination".

(...) Les Héritiers (en collaboration avec Jean-Claude Passeron, 1964) peuvent se résumer par l'idée que sous les inégalités "naturelles" apparentes, il faut déceler méthodiquement l'inégalité culturelle socialement conditionnée. Les auteurs esquissaient ce qu'il faudrait faire pour atteindre une démocratisation réelle de l'enseignement grâce à une pédagogie rationnelle, c'est-à-dire une pédagogie fondée sur une sociologie des inégalités culturelles, mais qui ne pourrait "entrer réellement dans les faits que si se trouvaient données toutes les conditions d'une démocratisation réelle du recrutement des maîtres et des élèves, à commencer par l'instauration d'une pédagogie rationnelle". Je dois être un mauvais lecteur car cette proposition me semble tomber dans un cercle vicieux.

La Reproduction (en collaboration avec Jean-Claude Passeron, 1970) veut démontrer que le système scolaire est dans la société bourgeoise d'aujourd'hui, une forme de légitimation de l'ordre social et de la transmission des privilèges ; "l'héritier des privilèges bourgeois doit en appeler aujourd'hui à la certification scolaire qui atteste à la fois ses dons et ses mérites". L'Ecole assure non seulement "la succession discrète à des droits de bourgeoisie" mais convainc en même temps les déshérités qu'ils doivent "leur destin scolaire et social à leur défaut de dons ou de mérites (...)" car en matière de culture, "la dépossession absolue exclut la conscience de la dépossession".

Homo Academicus (1984) a pour objet le champ universitaire, ou plus exactement son fonctionnement. On ne saurait trop souligner le caractère très partiel, et non sacrilège comme Bourdieu le prétend, de la description qu'il donne : le livre met aux prises des agents dont on ne voit pas ce qu'ils enseignent, ce qu'ils produisent, mais seulement ce qu'ils convoitent, c'est-à-dire des pouvoirs, des profits, puisque les différentes espèces de pouvoir sont au principe des prises de position intellectuelles.

p45

(...) La Noblesse d'Etat (1989) étudie les grandes écoles pour montrer comment s'était constituée la noblesse d'Etat (en particulier les grands corps) qui dispose de pouvoirs intellectuels, bureaucratiques, politiques, économiques, qui domine la société contemporaine.

(...) Pierre Bourdieu affirme ou plutôt réaffirme que nous, lecteurs "ordinaires", nous voyons seulement dans l'institution scolaire une entreprise de formation, sanctionnant, par des brevets de qualification technique, l'acquisition de compétences. Il reconnaît que l'Ecole contribue "à distribuer des savoirs et des savoir-faire" mais beaucoup plus, elle contribue à la reproduction de compétences sociales ; elle contribue "toujours davantage, à la distribution des pouvoirs et des privilèges et à la légitimation de cette distribution".

p50

(...) Prétendant toujours traquer l'inconscient des autres, Pierre Bourdieu ne peut pas traquer le sien.

p51

(...) En fait, ses commentaires très abondants développent sa vue fantasmatique du monde : dans cet univers de dominants et de dominés, les classes populaires des années 70 sont présentées comme des humiliés, des gens qui se sentent indignes, honteux d'eux-mêmes, qui enferment, "à travers le sentiment de l'incompétence, de l'échec ou de l'indignité culturelle, une forme de reconnaissance des valeurs dominantes".

(...) Et la nécesssité, dans le cas des classes populaires, c'est "la privation inéluctable des biens nécessaires". Sa représentation, misérabiliste, anachronique, est plus proche des slogans de la défunte Cause du peuple que d'un regard "scientifique" ; cette vue a préexisté à tout travail de terrain.

p52

(...) Le sociologue conjugue, avec un regard méprisant et envieux sur les dominants, un regard méprisant et révulsé sur les "dominés", tels qu'il les a fabriqués. Sur quoi s'appuie Pierre Bourdieu pour parler d'un sentiment de "honte" que les dominés éprouveraient ?

p53

(...) Dans Méditations pascaliennes, Bourdieu dissertant sur "les effets de l'enfermement scholastique" (!), c'est-à-dire "une distance intellectualocentrique à l'égard du monde", écrivait : "La coupure sociale et mentale ne se voit jamais aussi bien, paradoxalement, que dans les tentatives, souvent pathétiques et éphémères, pour rejoindre le monde réel, notamment à travers des engagements politiques (...) dont l'utopisme irresponsable et la radicalité irréaliste attestent qu'ils sont encore une manière de dénier les réalités du monde social." Cette analyse s'applique exactement au Bourdieu d'aujourd'hui, qui est décidément aveugle dès qu'il s'agit de lui. Il se fait le porte-parole des chômeurs et sollicite leur "approbation" pour parler de leur action ; il se rabat sur un discours militant, irresponsable, irréaliste et radical. Acceptable s'il était émis par ceux qui souffrent, il devient sous la plume d'un Professeur du Collège de France, démagogue et sans vérité.

p54

Si vraiment, comme l'affirme Bourdieu, "le chômage de masse" est "l'arme la plus efficace dont puisse disposer le patronat pour imposer la stagnation ou la baisse des salaires, l'intensification du travail, la dégradation des conditions de travail, la précarisation, la flexibilité, la mise en place des nouvelles formes de domination et le démantèlement du code du travail", on se demande pourquoi le patronat a mis tellement de temps pour trouver cette arme miraculeuse. Le patronat serait-il tellement bête ?

Mais en dévoilant "la relation indiscutable entre taux de chômage et taux de profit", Bourdieu n'a-t-il pas peur que le patronat utilise, à son profit, et encore plus largement, cette découverte bourdieusienne ?

p56

(...) Si dans les années post 68, il avait conquis en effet beaucoup de monde dans le milieu des chercheurs, tout au moins en France, c'était avant tout pour deux raisons : une grande ardeur au travail, même une exaltation du travail, et une distance affichée avec l'engagement.

p57

(...) Son recul en France est réel, il est impossible qu'il ne le sache pas, la célébration par Critique ne saurait le tromper.

(...) Son succès en Amérique n'est pas étonnant car les Français ont toujours été les "fournisseurs d'idéologie politico-philosophique à prétention universelle", ainsi que le notait Raymond Aron dans sa critique d'Althusser.

p60

(...) La nouvelle posture d'intellectuel engagé qu'a adoptée Pierre Bourdieu, et sa nouvelle production oscillant entre un journalisme quelque peu racoleur et la "pensée pensante", sanctionnent une certaine stérilité d'une sociologie qui se proclamait science et science au service des dominés, prétendant leur fournir des "armes".

(...) Cette sociologie, inutile pour les dominés, laisse les apprentis sociologues sans vrais outils, en les abandonnant dans un champ de bataille dévasté.

p61

(...) Pierre Bourdieu devrait prendre en compte les critiques de son milieu professionnel sans les travestir en "résistances", il devrait présenter des résultats concrets dans un domaine défini, plutôt que de vaticiner contre la "Critique de (ses) critiques" comme dans
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