Thèse de sciences de l’éducation





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Méditations pascaliennes et l'irréalisable sociologie du champ universel, ou de trop loucher vers les estrades politiques.

p62

(...) Pierre Bourdieu amène ses suiveurs à être des répétiteurs qui construisent de faux sujets pour prouver la scientificité de ses énoncés.

p70

(...) Le Monde a publié le 17 avril 1998 une lettre de lecteur (L. Gruel) réagissant à l'article de Pierre Bourdieu "Pour une gauche de gauche" : "...l'article ne vaut que parce qu'il témoigne de l'opinion de Pierre Bourdieu, cette opinion se résumât-elle à un entrelacs de jugements à l'emporte-pièce et d'indignations "prêtes-à-porter". Je ne sache pas que Pierre Bourdieu ait conduit la moindre étude sur l'incidence, économique et sociale de telle ou telle stratégie politique, sur la relation entre durée de travail et emploi ou encore sur les facteurs de progression du vote d'extrême-droite. Je suis donc trivialement enclin à penser que son avis sur ces questions ne vaut ni plus ni moins que celui de toute autre célébrité, Yvette Horner ou Raymond Poulidor, par exemple. (...) Je me demande quelle déraison a conduit Pierre Bourdieu à commettre un tel papier, quelle logique a incité Le Monde à l'exhiber et surtout quels besoins avaient les gens les plus confrontés à la violence sociale de voir leurs souffrances et révoltes ainsi enrobées d'ignorance sentencieuse et de suffisance frivole..."

Libération a publié le 23 avril 1998, une lettre d'un lecteur (M. Gomez) protestant contre le pavé, un de plus, consacré, la semaine précédente à Pierre Bourdieu et il donnait un avis qui ressemble à ce qu'on entend beaucoup : "A a-t-il à part cela (=fureur contre le néo-libéralisme) chez le prof, une idée, une seule ? On en est toujours à refaire le grand catalogue de la pleurnicherie universelle."

p71

(...) Cette sociologie, discours idéologique habillé par une rhétorique de l'intimidation et tout un apparat scientifique. (...) justification d'une langue artificielle. (...) critique de ses critiques (ou de ses lecteurs, y compris une critique préventive des lectures...), une conception impérialiste de la science sociale, une conception imaginaire des sciences exactes.

p72

(...) Il installe sa rhétorique dans une accumulation de détails, comme si elle était une garantie de scientificité, or beaucoup de détails qu'il décrit n'apportent rien. Là où Pierre Bourdieu redit, de manière obsessionnelle, sa hantise de rigueur, le lecteur voit le plus souvent des manies et des tics, que le sociologue croit pouvoir imposer comme scientifiques, par l'effet de répétition.

(...) Pierre Bourdieu, se plaignant, comme il le fait très souvent, des malentendus entre le sociologue et ses lecteurs, donnait comme première cause de la mauvaise transmission des résultats, le fait que les lecteurs n'ont qu'"une idée très approximative des conditions de production du discours" ; ils retiennent les "thèses", les "conclusions", "indépendamment de la démarche dont elles sont le produit". La manière dont le sociologue travaille lui paraît, sans qu'il s'en explique, indispensable à connaître, pour comprendre les résultats. "... la connaissance des conditions de production du produit fait partie, en toute rigueur, des conditions d'une communication rationnelle du résultat de la science sociale. Les lecteurs ont affaire à un produit fini, qui leur est donné dans un ordre qui n'a pas été celui de la découverte (...). Ce qui circule entre la science et les non-spécialistes, ou même entre une science et les spécialistes des autres sciences, (...), ce que véhiculent les grands organes de célébration, ce sont, au mieux des résultats, mais jamais les opérations." Aucune science (dure) n'a jamais dit qu'elle devait, "en toute rigueur", exposer "le film réel de la recherche" avant d'en donner les résultats. Il faudrait justifier cette étonnante spécificité de la science sociale pour le lecteur qui sait, qu'en physique ou en biologie, les conditions d'élaboration d'un résultat ne jouent qu'un rôle anecdotique dans leur exposition ; par exemple, la lecture de La Double hélice (James D. Watson, 1968) n'est pas indispensable pour acquérir les bases de la biologie moléculaire.

p73

(...) Pour lire Pierre Bourdieu, il le reconnaît, il faut posséder les instruments d'appropriation, il faut être expert.

p78

(...) La scène est campée : il y a des lecteurs, hérissés de résistances, parce qu'ils ne veulent pas être "dérangés" par "une science qui dérange",   "Parce qu'elle dévoile des choses cachées et parfois refoulées comme la corrélation entre la réussite scolaire (...) et l'origine sociale ou, mieux, le capital culturel hérité de la famille.

p79

(...) En fait, on trouve assez souvent en lisant Pierre Bourdieu, la retraduction des idées reçues dans un langage lourdement conceptuel ; bien de ses écrits, rébarbatifs, pédants, énoncent ce qui était su.

p80

(...) Le recueil, Questions de sociologie, veut nous faire entrer dans "les cuisines de la science", nous rendre maître d'une méthode de pensée. On n'y trouve rien de nouveau ; il reprenait en fait ce que les livres publiant ses "résultats" avaient longuement exposé : réflexions sur la méthode, concepts inlassablement définis (champ, capital, habitus), problèmes philosophiques reposés par la sociologie scientifique, c'est-à-dire problèmes métaphysiques transformés en problèmes "susceptibles d'être traités scientifiquement, donc politiquement". [Doit-on comprendre que des grands problèmes de mécanique, comme par exemple, la stabilité d'un pont, la résistance d'un barrage, traités scientifiquement, sont susceptibles d'être traités politiquement ?] On regrette que Pierre Bourdieu ne définisse pas et ne s'attarde même pas sur le sens de "politiquement"...

p81

Bien qu'il dise que si le sociologue a un rôle, "ce serait plutôt de donner des armes que de donner les leçons", Pierre Bourdieu donne beaucoup de leçons, expose ses "opinions", dont certaines éclairent la conception démesurée qu'il a de la science sociale et la conception imaginaire qu'il a de la science.

Affirmant rejeter l'idée d'un impérialisme sociologique, il dit que toute science doit "rendre compte, avec ses moyens propres, du plus grand nombre de choses possibles, y compris des choses qui sont apparemment ou réellement expliquées par d'autres sciences". Là encore, le mot "réellement rend la proposition discutable. Dirait-on, par exemple, que la mécanique quantique doit expliquer des choses "réellement expliquées" par la chimie ? Elle s'occupe plutôt des choses qui ne le sont pas. La sociologie scientifique doit donc expliquer des choses déjà expliquées sans que Pierre Bourdieu dise pourquoi.

(...) "Le dominant, c'est celui qui a les moyens d'imposer au dominé qu'il le perçoive comme il demande à être perçu."

(...) Par ses répétitions, par l'assurance de son ton, par son jargon, Pierre Bourdieu veut nous imposer sa vérité.

p82

(...) "Dès qu'il y a un espace social, il y a lutte, il y a lutte de domination, il y a un pôle dominant, il y a un pôle dominé, et dès ce moment-là, il y a des vérités antagonistes. Quoi qu'on fasse, la vérité est antagoniste. S'il y a une vérité, c'est que la vérité est un enjeu de lutte."

p90

(...) L'oeuvre de Pierre Bourdieu frappe par ses répétitions lancinantes et pesantes, et son incapacité à sortir de lui-même, de sa théorie. Mettre pied à terre serait sortir de soi, débattre, et non faire la leçon, ce serait lire les autres, ne pas fétichiser une théorie, ne pas l'"appliquer" imperturbablement, mais l'essayer, la remanier, au besoin, l'abandonner.

p91

(...) Le discours de Pierre Bourdieu sur la dissymétrie, projection qu'il fait sur le monde, de ses chimères, de ses susceptibilités et de ses angoisses, est irréel : les dominés qu'il met en scène sont des femmes et des hommes prosternés mentalement devant "l'ordre légitime" qui aurait la puissance d'imposer à tous les valeurs dominantes, de les leur faire accepter, de les leur faire intérioriser. (...) Pour "voir" ainsi les "dominés", il faut s'être tenu bien à l'écart du monde réel.

p93

(...) Comment Pierre Bourdieu mène-t-il donc son "exercice spirituel" pour que ses interlocuteurs se sentent inférieurs, dominés, ou le redoutent ?

p101

(...) Pierre Bourdieu, dans une langue rébarbative, donne l'idée qu'il fait un métier rébarbatif, dans un monde lui-même rébarbatif, et même plus que rude : douloureux, cruel, ne vivant que traversé de hiérarchies, de distances, de violence symbolique, etc. etc...

(...) Portant sur la fin du XX° siècle le regard d'un idéologue du siècle dernier, ou de la Gauche prolétarienne, Pierre Bourdieu dévoile la vision désespérée d'un monde immobile, ou peut-être, allant de pire en pire... Si le monde était tel qu'il le décrit, pourquoi se dépenserait-il tellement pour multiplier des "interventions", des "transgressions", des appels à un contre-pouvoir ? Si le monde n'était que cela, comment vivre ? Dieu merci, le monde est beaucoup plus vivant, plus complexe, plus passionnant, plus "libre", plus bigarré que celui que la sociologie de Bourdieu fabrique et fige. Alors, il faut laisser de côté ses leçons, le laisser s'absorber dans ses "raisons d'agir", dans ses "trangressions" ou ses "subversions". Passons sur ses états d'âme et arrêtons-nous, pour en rire, sur la constatation de la préfacière de Libre-échange (1994) : "comment ne pas remarquer que l'un (Bourdieu) comme l'autre (Hans Haacke) mettent à profit leur consécration sociale (...) pour progresser dans la transgression..." Autrement dit : quand on ne court plus de risques, on peut en prendre, par exemple celui de dire à peu près n'importe quoi...

p103

(...) Pierre Bourdieu vient de publier dans Contre-feux (Paris, Liber-Raisons d'agir, 1998) un petit texte intitulé : "Le néo-libéralisme, utopie (en voie de réalisation) d'une exploitation sans limites". Les prolétaires étaient-ils moins exploités en 1870 ou en 1900 qu'aujourd'hui   ou demain ?

p106

(...) Quelques aspects auraient dû et doivent retenir l'attention des lecteurs, tant ils montrent le caractère idéologique de cette sociologie ; d'abord, la disparate, les biais, la fragilité des matériaux sensés fonder les conclusions de cette recherche ; ensuite, l'objectivation que le sociologue dit mener et qui est transmuée par le ton adopté en un mépris généralisé ; et surtout, le misérabilisme, l'anachronisme de l'image des classes populaires. En fait, il en en grande partie imaginé ces goûts, a caricaturé certains traits, les a interprétés, et surtout il a généralisé quelques exemples qu'il pouvait, peut-être, avoir vus. Sa description n'est pas réaliste, elle oscille entre un discours militant, revendicatif (Thorez ou Auguste Lecoeur ? La Gauche prolétarienne ? en tout cas, un discours daté, attardé) et un discours effrayé, ignorant la vie quotidienne "ordinaire".

p107

(...) Le questionnaire de l'enquête contient tous les a priori de Pierre Bourdieu, la distortion des jugements (des "goûts) qu'il a imposés, en employant des mots lourdement connotés, de manière négative (par exemple, "Préférez-vous un vêtement chic et racé", "audacieux et recherché", etc.), ou positive (pour lui) : "à la bonne franquette", "bon vivant", dont il va parler alors avec une fausse connivence.

Il pose quatre questions sur la peinture, dont deux proposent des jugements. La question 22 demandait à chacun de choisir le jugement qui était le plus proche de son opinion : "la peinture, cela ne m'intéresse pas", "le musée, ce n'est pas mon fort, je ne peux pas apprécier", "la peinture, c'est bien mais c'est difficile, pour en parler il faut connaître", "j'aime beaucoup les impressionnistes", "la peinture abstraite m'intéresse autant que celle des écoles classiques" [Les questions sont orientées et manipulatrices].

La question 25 demandait de donner un avis sur trois énoncés, seulement trois (dont le sociologue devait détenir la réponse qu'il attendait des dominés) : "la peinture moderne, c'est fait n'importe comment, un enfant pourrait en faire autant" ou, "il m'est indifférent de savoir qui a peint et comment" ou, "je ne peux pas apprécier la peinture, parce que je ne m'y connais pas".

p111

(...) La lecture que j'ai dû faire de centaines d'articles de Pierre Gaxotte (...) m'a été profitable pour réfléchir sur l'enseignement de l'Ecole normale (...). Cet enseignement entraîne à prendre le bluff pour de l'audace, l'écriture pour un "travail" alors qu'elle fonctionne comme un jeu, et les jeux de mots, comme l'élaboration d'idées.

p112

(...) "le prélèvement sélectif des individus conformes"

(...) "ne se définissent comme tels que par rapport à la morale dominante"

(...) "les structures leur ont laissé la liberté de "choisir" leur aliénation"

p115

(...) Ainsi les femmes des classes populaires ne s'accordent pas, affirme-t-il, les attentions, les soins, à consentir au corps "pour lui assurer ou lui conserver la santé, la minceur, la beauté" ; il ajoute un commentaire d'une misanthropie noire : parce que "elles ne s'estiment pas assez elles-mêmes" (en italique dans le texte). Cette proposition ne peut pas être prouvée ; que faudrait-il faire d'ailleurs, pour l'établir ? Bien des commentaires de Pierre Bourdieu n'ont pas plus de fondement que ce jugement : il écrit ce qu'il pense, et il veut faire croire qu'il ne fait que traduire des résultats scientifiques.

(...) De même qu'il déclare que les femmes des classes populaires "ne s'estiment pas assez elles-mêmes", il pense que les membres des classes populaires peuvent "mettre leur point d'honneur à démentir l'image que les dominants se font de la classe dont ils font partie", il parle d'intention de "réhabilitation". [Sur de tels thèmes, on constate que Pierre Bourdieu confond un certain discours militant avec l'expression de la vérité populaire. Il ne peut énoncer cela que parce qu'il a posé l'idée que les dominés pourraient être, seraient honteux d'eux-mêmes. Les "dominés", selon lui, acceptent, d'une certaine manière, la domination : "Il serait facile d'énumérer les traits des styles de vie des classes dominées qui enferment, à travers le sentiment de l'incompétence, de l'échec ou de l'indignité culturelle, une forme de reconnaissance des valeurs dominantes". Sur quoi s'appuie cette affirmation d'un sentiment d'incompétence, d'échec, d'indignité culturelle ? Quel long, difficile, subtil, en fait impossible travail, il faudrait faire auprès des classes populaires pour formuler un tel jugement !

p117

(...) Pierre Bourdieu a relevé, on l'a signalé précédemment, que les classes populaires "n'ont pas idée" de ce que peut être le système de besoins des classes privilégiées ni davantage de leurs ressources" ; elles singent ce dont elles n'ont pas idée...

p126

(...) Pierre Bourdieu (...) traite les contraintes de la statistique avec légèreté. (...) Frédéric Bon et Yves Schemeil parlaient, il y a presque vingt ans, "d'un curieux laxisme méthodologique".

p135

(...) laxisme méthodologique, (...) commentaires péremptoires sans fondement, (...) discours politique se prétendant science.

p136

(...) toute critique renvoie, souvenez-vous, à des "résistances", (...) la réduction du monde aux classes sociales et aux classements, aux classements des objets socialement classés et classants, etc., bref, le monde fantasmatique amer de Pierre Bourdieu.

p140

(...) Ses travaux sur l'Ecole qui ont toujours suscité beaucoup de critiques, provenant de tous les horizons politiques. A ces critiques qui voulaient ouvrir une discussion, Pierre Bourdieu a toujours répliqué avec mépris, ne voulant pas perdre son temps disait-il, car il pouvait espérer "réduire par la réfutation logique des propos dont l'insuffisance logique témoigne assez qu'ils ne peuvent être tenus et reçus que parce qu'ils ont pour principe des raisons sociologiques plus fortes que toutes les raisons logiques". Il a pourtant reconnu que ses premiers travaux avaient été produits dans certaines conditions historiques qui avaient pu "incliner parfois à "tordre le bâton dans l'autre sens" pour combattre l'idéologie de l'"école libératrice" (...)". Etait-ce seulement les conditions historiques qui pouvaient expliquer le pessimisme de sa recherche menée comme un combat, ou n'avait-il pas plutôt ignoré des caractères essentiels de l'Ecole ? Il avoue là le caractère idéologique de son travail : il voulait terrasser ce qui lui paraissait un mythe, il ne cherchait pas à analyser les contradictions de l'Ecole, l'enchevêtrement, en fait inextricable, de côtés progressistes et de côtés conservateurs. Il voulait faire une démonstration soutenant sa conviction.

p143

(...) La Reproduction (1970) est un bon exemple de l'aspect militant de la sociologie de Pierre Bourdieu qui connaît toujours, au départ, son point d'arrivée. Il avait ressenti, sans doute à cause de son origine très souvent rappelée, un certain malaise face à l'Ecole ; elle ne lui semblait pas répondre à l'idéal de l'Ecole libératrice. Un travail l'avait amené à dire que l'Ecole contribuait à la reproduction de la structure de la distribution du capital culturel entre les classes, et par là, à la reproduction des rapports établis entre les classes. Un "regard sociologique" aurait dû voir, et dire, que l'Ecole contribue en partie à cette reproduction, mais qu'elle remplit beaucoup d'autres rôles.

p144

(...) A l'origine de cette réception, il faut mettre son entêtement ou son aveuglement, à prendre une partie pour le tout, un mal pour le tout, le mal pour la vérité. L'Ecole, dans l'histoire des peuples, des classes, n'est pas seulement ce qu'il dit dévoiler et qu'il dénonce.

La mise en accusation de l'Ecole ne s'arrête pas là ; elle n'est pas seulement ce qui reproduit les privilèges, elle détruit les "valeurs" de telle couche dominée, les valeurs paysannes par exemple. Cette idéologie s'étale sans masque dans "Reproduction interdite" (1989), article où il reprend le problème du célibat paysan.

p146

(...) Dans ses travaux sur l'enseignement (...), Pierre Bourdieu ne fait intervenir l'école que comme reproduction de privilèges pour les uns, comme rupture, perte, dol, désajustement pour les autres. Il faut lire les ultimes lignes de La Reproduction : "Ainsi, dans une société où l'obtention des privilèges sociaux dépend de plus en plus étroitement de la possession de titres scolaires, l'Ecole n'a pas seulement pour fonction d'assurer la succession discrète à des droits de bourgeoisie qui ne sauraient plus se transmettre d'une manière directe et déclarée. Instrument privilégiée de la sociodicée bourgeoise qui confère aux privilégiés le privilège suprême de ne pas s'apparaître comme privilégiés, elle parvient d'autant plus facilement à convaincre les déshérités qu'ils doivent leur destin scolaire et social à leur défaut de dons ou de mérites qu'en matière de culture la dépossession absolue exclut la conscience de la dépossession."

p147

(...) Georges Balandier (...) : "Il faut aussi mesurer le prix payé pour atteindre cet état de sociologie scientifique que Pierre Bourdieu promeut. La place concédée au désir, aux passions, aux apparences, aux défaillances de la rationnalité ne peut qu'être chichement mesurée." (...) Si Pierre Bourdieu croit promouvoir une sociologie scientifique, c'est au prix d'une réduction drastique du monde : le monde qu'il analyse est ramené à quelques dimensions, toujours les mêmes, et certainement pas à des passions.

p148

(...) Le premier chapitre s'appelle audacieusement "Un "livre à brûler" ?" (ou qui espérait d'être brûlé ?).

(...) Ce qui peut agacer, ce ne sont pas des audaces, mais ses tics (...) et son laxisme méthodologique.

p149

(...) "... la sociologie la plus critique est celle qui suppose et implique la plus radicale autocritique"

p152

(...) Ses conclusions, c'est-à-dire ses opinions, n'ont pas besoin de déchiffrer un matériel empirique.

(...) Il donne ses impressions comme s'il s'agissait de constats scientifiques.

p154

(...) Ce qu'il appelle objectivation, c'est en fait ce que produit un regard qui ressemble à celui du Canard enchaîné ou des Guignols de l'info.

p155

(...) Pierre Bourdieu qui proclame l'utilité, l'efficacité de son travail se prend pour un redresseur de torts. Veut-il faire progresser la morale publique ? Curieuse fonction intellectuelle. (...) Il s'est trompé de siècle, et de rôle. Le travail intellectuel est plus modeste, plus discret.

p157

(...) Libération (16 avril 1998) publiant une enquête sur les réseaux bourdieusiens, nous livre l'état d'esprit de ce chercheur : "Regardez la réussite actuelle de Charlie Hebdo... Nous sommes dans le même état d'esprit : être là, dire ce qu'on pense, refuser le consensus, jouer les emmerdeurs." Ce qui ne l'empêche pas d'affirmer étourdiment : "Et nous gardons une approche la plus scientifique possible."

p161

(...) Concentrant dans sa seule personne un ensemble de pouvoirs qui sont généralement divisés, il manifeste un mépris ouvert pour les professeurs de littérature : "L'Education sentimentale, cette oeuvre mille fois commentée, et sans doute jamais lue vraiment".

p163

(...) Ses ouvrages étalent une obsession, sans équivalent dans le champ universitaire, d'être Dieu. Il faut lire ce qu'il dit du "désir d'être Dieu" chez Sartre   "réunion imaginaire de l'En-soi et du Pour-soi", qui "pourrait n'être en définitive qu'une forme transfigurée de l'ambition de réconcilier la plénitude satisfaite du bourgeois et l'inquiétude critique de l'intellectuel"   et de le transporter ici.

(...) L'avant-propos (...) commence (...) bien sûr par des critiques contre l'Ecole : les topiques qu'il vient de critiquer sont "inscrits dans tous les esprits façonnés par l'Ecole" et ils "menacent toujours de bloquer ou de brouiller la compréhension de l'analyse scientifique des livres et de la lecture". L'Ecole, décidément, ne produit que des effets désastreux... Que propose donc Pierre Bourdieu ?

p164

(...) Pierre Bourdieu mène avec n'importe quel moyen une guerre permanente. C'est sans doute un des aspects de son oeuvre qui risque de la faire sombrer dans l'indifférence, quand il ne sera plus là pour guerroyer.

p165

(...) l'Aragon des Communistes. "Qu'est-ce que nous serions sans le parti ? Des idiots comme les autres... pas plus loin que le bout de leur nez..." Sans Pierre Bourdieu, nous serions des idiots comme les autres... Pierre Bourdieu, comme le parti stalinien, veut éduquer, convaincre, gagner. Ou stigmatiser, exclure.

p167

(...) luttes, combattre, exclusion, discrimination sociale, domination, antagonisme, etc.

(...) Voir les choses comme elles sont : cet adage est inlassablement répété dans les descriptions du monde imaginaire de Pierre Bourdieu.

p170

(...) Bourdieu appelle science critique une pensée qui combine déterminisme, finalisme, et tautologie.

p176

(...) On voit que Bourdieu finalement s'en tient à proposer des programmes qui, s'ils étaient exécutés, devraient prouver l'excellence de ses vues.

p180

(...) Le plus souvent, l'abandon d'une hypothèse implicite est justifiée par la solution élaborée   et non programmatique   d'un problème jusque-là insoluble, et par les faits nouveaux qu'elle veut expliquer. Ainsi l'importance de l'hypothèse des quantas de Planck, qui rencontra effectivement des oppositions, vint de ce qu'elle résolvait complètement le problème du rayonnement du corps noir. Cf. Emilio SEGRE, Les Physiciens modernes et leurs découvertes, Fayard, 1984.

p185

(...) "Malheureusement, le modèle socialement dominant de la sociologie repose, aujourd'hui encore, sur une distinction tranchée et un divorce pratique entre la recherche empirique sans théorie (...) et la théorie sans objet des purs théoriciens (...)"

Ceci amène à une autre constante de la production de Pierre Bourdieu : souligner l'importance, les exigences de son oeuvre, et expliquer aussi les difficultés, les pièges qu'il évite, les défis qu'il lance, les risques qu'il prend, les "erreurs" qu'il avoue (?), ses hésitation..., etc.

p186

"A chaque moment je voudrais être capable de voir ce que je ne vois pas et je suis toujours en train de me demander, d'une manière un peu obsessionnelle, quelle est la boîte que je n'ai pas ouverte, quel est le paramètre oublié qui continue à me manipuler". Si Pierre Bourdieu éprouve, comme tout chercheur, de l'anxiété à chaque étape de son travail, on comprend mal qu'il ne supporte pas les critiques et les récuse par avance ; il devrait les lire, et verrait, peut-être, qu'il a bien oublié un paramètre, qui continue à le manipuler...

(...) Il énonce : "Pratiquer le doute radical en sociologie, c'est un peu se mettre hors la loi". Les résultats que Bourdieu publie en les défendant contre toute critique, son affirmation inlassable de leur absolue scientificité, laissent le lecteur sceptique sur la pratique qu'il dit avoir du doute radical...

Il affirme avoir une pratique radicalement scientifique ; "...les sciences sociales sont soumises aux règles qui valent pour les autres sciences : il s'agit de produire des systèmes explicatifs cohérents, des hypothèses ou des propositions organisées en modèles parcimonieux capable de rendre compte d'un vaste nombre de faits observables empiriquement et susceptibles d'être réfutés par des modèles plus puissants, obéissant aux mêmes conditions de cohérence logique, de systématicité et de réfutabilité empirique. Quand je parle avec mes amis chimistes, physiciens ou neurobiologistes, je suis frappé des similitudes entre leur pratique et la mienne.

p188

(...) "Pour Bourdieu, la sociologie est une science éminemment politique" ; elle ne saurait être "neutre, détachée, apolitique".

(...) Quant à Bourdieu, il affirme : "...c'est une éthique parce que c'est une science. Si ce que je dis est vrai, s'il est vrai que c'est à travers la connaissance des déterminations procurées par la science que devient possible une forme de liberté qui est la condition et le corrélat d'une éthique, alors il est vrai aussi qu'une science réflexive de la société implique ou inclut une éthique (...).

p189

Ces propositions qui jouent sur la positivité accordée par le sens commun aux vocables science et scientifique, demandent à être examinées et hiérarchisées. En premier lieu, il faut se demander si toute recherche intellectuelle est une science. Si oui, la sociologie n'a pas plus de mérites scientifiques qu'une autre ; dans le cas contraire, il faudrait préciser ce qu'est une science et montrer les mérites acquis par la sociologie (plutôt que par la philologie classique, par exemple), à être scientifique.

En second lieu, on doit s'interroger sur la proposition : "la physique, la biologie, sont des activités politiques", ce qui ne veut pas dire que la physique, ou la biologie, ont des conséquences politiques, profondes et à différents niveaux, ce qui est évident, mais est-ce que la pratique d'un physicien ou d'un biologiste est une pratique politique ?

Il faut se rappeler que Pierre Bourdieu dit souvent que les sciences pures comme la mathématique ou la physique sont "des univers épurés de tout ce qui fait problème, comme la sexualité ou la politique". De même, la proposition "la physique (ou la biologie) est une éthique parce que c'est une science" a-t-elle un sens autre que marginal ?

p190

(...) Pierre Bourdieu, si prompt à stigmatiser (chez les autres) le manque de rigueur intellectuelle et son intentionnalité maligne (l'erreur n'est pas innocente...) ne se pose pas ces questions ; des prémisses si mal définies ne constituent-elles pas un tour de passe-passe intellectuel ?

(...) Autre préjugé tranquille, l'orientation politique et l'élaboration scientifique se fortifieraient mutuellement, la conjonction les rendant "pertinentes et efficientes". De nos jours, ces activités sont plutôt séparées que réunies ; surtout, nous avons connu des exemples récents, désastreux scientifiquement comme politiquement, de dégradation de la science par la politique : l'expérience du lyssenkisme par exemple mériterait peut-être une réflexion, surtout en matière de science sociale, surtout de la part d'un intellectuel qui s'est formé dans la chaude atmosphère stalinienne de l'Ecole normale des années 50.

p191

Même si l'abandon d'un radicalisme immature est un désenchantement, le non-dit qui soutient la positivité absolue accordée à la science, qui serait inconditionnellement liée au progrès, et par là, à celui qui la pratique, devrait être "objectivée". En 1901, au moment où l'étoile de Taine avait pâli, Léon Blum notait déjà : "...il y a de l'illusion et une sorte de fétichisme à attendre docilement de la science le renouvellement de la société."

p201

(...) L'ambition démiurgique du théoricien aboutit à une logorrhée oscillant entre le pathétique du pessimisme et le comique du lieu commun, le ressacement des mêmes choses.

p202

(...) Pierre Bourdieu devrait réfléchir à une pensée de Martial Guéroult, ce philosophe qu'il aimait : "...les influences les plus profondes et les plus durables sur les choses et sur les hommes ont été exercées par des oeuvres calmement méditées par l'intelligence (...). Le recueillement nécessaire à l'oeuvre de l'intelligence, cette position en retrait, loin de séparer l'homme des choses, crée, au contraire, l'une des conditions indispensables pour les maîtriser : on modifie d'autant moins leur cours que l'on est plus plongé dans leur flux."

Martial GUERAULT, Leçon inaugurale au Collège de France, 4 décembre 1951 (Chaire d'Histoire et technologie des systèmes philosophiques), p.5.

p206

(...) Le "savant" et l'artiste discutent, et se répètent beaucoup, pour dévoiler et attaquer les formes de domination qui s'exercent sur les mondes de l'art, de la littérature, etc., pour appeler les créateurs intellectuels à une forme de résistance, les convaincre "qu'il est possible d'inventer des formes d'action symboliques inouïes", de mettre toutes "les ressources de l'imagination littéraire et artistique au service des luttes symboliques contre la violence symbolique".

p212

(...) Dans ce libre-échange, qui s'assigne un but... "inouï", on rencontre des affirmations tranchantes qui demanderaient toute une discussion, des assertions vagues et improuvables, des "concepts" douteux, des comparaisons abusives, des attaques basses.

p213

(...) Pierre Bourdieu se représente sans cesse comme désavoué, réprouvé, disqualifié, "victime", oubliant   rappelons-le lui   le Collège, l'Ecole des Hautes Etudes, sa revue, ses collections, son inscription dans des programmes d'enseignement secondaire ; curieuse "victime" qui multiplie les agressions.

Ses accusations contre ses critiques sont aussi amples que vagues : lui, penseur critique ("critique" est sans doute le mot le plus utilisé avec le mot "science") résume : "toute pensée critique [est] identifiée au marxisme et discréditée".

(...) Pierre Bourdieu, décidément étourdi, (...) s'en est pris deux ans plus tard "aux vestiges d'une vulgate marxiste qui, par-delà les affiliations politiques, a embrumé et enténébré les cerveaux de plus d'une génération" (1997, Méditations pascaliennes, p.16).

p219

(...) Il attaque et dénonce le plus souvent, tout en disant qu'il est en train de dévoiler et d'analyser. Sa critique, généralement hargneuse, ne paraît guère répondre à la sérénité d'un débat scientifique.

p222

(...) A la sortie de Sur la télévision, Pierre Bourdieu a dû se sentir une fois de plus mal compris, mal lu, quand il vu par exemple Régis Debray écrire   après avoir salué un prestige qu'il jugerait "justifié"   que sa copie aurait été mal notée si elle avait été signée par un étudiant. Il disait avoir souri en voyant des lieux communs, des reprises sans citation, des invectives transformées en verdicts, des obsessions personnelles présentées comme des constats objectifs, un ton d'encyclique pour proférer fulmination et excommunication. Sans doute Régis Debray a-t-il pris la mouche, parce qu'il était (réellement piqué), et aussi peut-être, parce que le ton d'encyclique, ordinaire chez Pierre Bourdieu, devenait encore plus incongru à cause du sujet et de la minceur de l'analyse. Qu'on se fasse passer pour la Science en personne quand on a l'institution pour soi, disait Régis Debray, c'est de bonne guerre, c'est "la guerre immémoriale des clercs dans la cité", mais, ajoutait-il, ce n'est pas respecter les valeurs démocratiques.

[DEBRAY Régis, "Savants contre docteurs", Le Monde, 18 mars 1997. Article critiquant négativement Sur la télévision de P. Bourdieu.]

p226

(...) Deux caractéristiques de la prose de Pierre Bourdieu : le jeu avec les mots et les sons, et la place très importante qu'il accorde à l'annonce du travail qu'il va produire, ses vertus, son efficacité, plutôt qu'à l'analyse, à ses résultats.

(...) Il attaque nommément Jacques Julliard, Claude Imbert, Jacques Attali, Serge July, Jean-Marie Cavada, André Comte-Sponville et bien d'autres, mais (...) il fait une analyse, non une critique adressée à des personnes. (...) Ils se sentiront critiqués parce que (...) c'est une manière "de se défendre contre l'analyse", (...) ce sont les fameuses résistances...

p227

(...) Il donne, avec ses leçons sur la télévision, un exemple d'"effet de clôture" : il se cite, cite trois de ses "suiveurs" et il ignore ce qui a été écrit sur ce sujet ou tout au moins, n'en dit mot.

p229

(...) Dans ses deux leçons, Pierre Bourdieu prend beaucoup de temps pour raconter des choses simples, et il parle avec une grande hâte de choses fort difficiles. Car "ce sont des choses très compliquées où on ne peut faire avancer réellement la connaissance que par un travail empirique très important".

(...) Il rêve ardemment que la sociologie devienne un champ autonome, comme celui des mathématiques, alors que, hélas ! trois fois hélas, tout le monde s'en mêle : "M. Peyrefitte entend me donner des leçons de sociologie". "Pour conquérir l'autonomie, il faut construire cette espèce de tour d'ivoire à l'intérieur de laquelle on se juge, on se critique, on se combat même, mais en connaissance de cause", donc il faut défendre "le maintien et même l'élévation du droit d'entrée dans les champs de production". Il insistait sur les malheurs de la sociologie qui viennent du fait que "le droit d'entrée y est trop bas", il en demandait donc l'élévation.

p232

(...) Il ne faut jamais oublier le sens profond du travail et des interventions de Pierre Bourdieu : "je défends les conditions nécessaires à la production et à la diffusion des créations les plus hautes de l'humanité". Rien de moins. Là est dans doute un des nombreux aspects du discours de Pierre Bourdieu qui dérange parce qu'il "sonne" faux : enfermé dans sa petite citadelle, où ne siègent, à ses yeux, que ceux qui pensent (avec) sa pensée, et qui ne manifestent aucune résistance à ses résultats scientifiques, il n'en sort que pour imposer sa "pensée pensante", refusant toute discussion. Sa citadelle n'a rien à voir avec la cité savante idéale souhaitée dans Le Métier de sociologue, cité où l'on rêvait d'"intensifier l'échange d'informations et de critiques, (de) faire éclater les isolats épistémologiques entretenus par le cloisonnement des institutions et (de) réduire les obstacles à la communication tenant à la hiérarchie des notoriétés et des statuts, à la diversité des formations et des carrières..."

p235

(...) Le mot "avant-garde" demanderait à être défini ; son usage très fréquent chez Pierre Bourdieu, comme celui des mots subversion, transgression... fait douter de la scientificité de son langage.

p237

(...) J'étais en train de m'interrogeur sur les thèmes d'une conclusion à écrire : Bourdieu et le marxisme, Bourdieu et la science, Bourdieu et les intellectuels...

(...) J'aurais bien conclu ma lecture critique en appliquant à Pierre Bourdieu la critique qu'il avait faite de la théorie des climats de Montesquieu, et de la "logique du mode d'argumentation" employée pour produire un effet de vérité : la théorie [bourdieusienne] est "un remarquable paradigme de la mythologie "scientifique", discours fondé dans la croyance (ou le préjugé) qui louche vers la science et qui se caractérise par la coexistence de deux principes entremêlés de cohérence : une cohérence proclamée, d'allure scientifique, qui s'affirme par la multiplication des signes extérieurs de la scientificité, et une cohérence cachée, mythique dans son principe.

Ce discours à double jeu et à double entente doit et son existence et son efficacité sociale au fait que, à l'âge de la science, la pulsion inconsciente qui porte à donner à un problème socialement important une réponse unitaire et totale, à la façon du mythe ou de la religion, ne peut se satisfaire qu'en empruntant les modes de pensée ou d'expression qui sont ceux de la science".

p238

(...) L'éditeur de Pierre Bourdieu, le Pdg du Seuil (...) : "...Il a senti quelque chose dans le public, notamment chez les jeunes : un besoin de coups de gueule, un effet miroir de leur agacement et de leur révolte (...)."

p239

(...) Il mène de grands combats et une résistance généralisée (contre le fléau néolibéral, contre les révolutions conservatrices, contre les restaurations, contre la destruction d'une civilisation, contre le mythe de la mondialisation   et aussi contre Philippe Sollers), il milite, fourbit et fournit des armes "utiles", "réhabilite la polémique" (...), prépare, à l'échelle européenne, "une gauche de gauche".

(...) Résistance et luttes sont maintenant deux mots centraux dans la pensée de Bourdieu, ils ont pris la place des mots science et critique ; mais les deux époques ont une idée commune : le savant et le militant scientifique fournissent des "armes utiles".

(...) Bourdieu se "résout" à publier tous ses dits ; il s'y est senti "contraint pas une sorte de fureur légitime, proche parfois de quelque chose comme un sentiment de devoir". Il s'agit de "créer les conditions d'un travail collectif de reconstruction d'un univers d'idéaux réalistes, capables de mobiliser les volontés sans mystifier les consciences".

p240

(...) que le concept central "l'habitus" ait, si l'on ose dire, craqué, semble indiquer une certaine prise de conscience, ou, au moins, un certain malaise.

p241

(...) Si on regarde les auteurs d'oeuvres novatrices, puissantes et promises à la durée (Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss, Paul Bénichou, Jean Bottéro, Louis Dumont, Georges Devereux (...), on constate qu'ils ne sont pas "engagés".

L'engagement, sauf exception, tient lieu d'"oeuvres" à des producteurs dont l'oeuvre est mince ou de peu d'interêt, voire est à venir...

p243

(...) Ayant figé la société en deux camps : les dominants et les dominés, (...)

p245

(...) Dix ans après l'effondrement du bloc soviétique, de jeunes générations, ignorant tout de ce passé récent tellement horrible, souvent déboussolés par le nouveau, le chômage, les clivages et les affrontements latents de notre société, sont prêtes à croire un prophète dont les propos emportés, furieux, habillés de scientificité, sont cautionnés par le titre de professeur au Collège de France.

p246

(...) Pierre Bourdieu en démolissant, attaquant, dénonçant, et aussi en soutenant, en flattant, en dosant la démagogie et les menaces, ne remplit pas la fonction qu'il dit être celle des "créateurs" : "service public et parfois de salut public."

(...) Antoine de Gaudemar, "Les petits pavés de Bourdieu", Libération, 16 avril 1998.

p248

(...) Fernand Braudel (...) m'avait dit fermement que tout cela, l'URSS, çà allait s'effondrer, avant la fin du siècle sans aucun doute et il avait ajouté, presque rêveusement : c'est tellement contre nature.
Autres ouvrages de J.V-L :

1983, Au service du Parti, le parti communiste, les intellectuels et la culture (1944-1956), Fayard ;

1987, Le Réveil des somnambules, le parti communiste, les intellectuels et la culture (1956-1985), Fayard ;

1989, La Lune et la Caudillo, le rêve des intellectuels et le régime cubain (1959-1970), Gallimard.
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