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Source : Philippe Poirrier, Le Bicentenaire dans l’agglomération dijonnaise dans La France des années 80 au miroir du Bicentenaire de la Révolution française. (lettre d’information n° 8). Paris : IHTP-CNRS, 1993. p. 4-24.

LE BlCENTENAlRE DANS L'AGGLOMERATlON DlJONNAlSE


Le Bicentenaire dans l’agglomération dijonnaise : le questionnement porte sur le rôle de quelques municipalités (Dijon, Chenôve et Quétigny) de l’agglomération, des autres collectivités territoriales (Conseil général de la Côte d’Or, Conseil régional de Bourgogne) et du réseau associatif dans l’organisation de la commémoration du Bicentenaire de la Révolution française.

En choisissant l’étude de la commémoration à l’échelon local, notre recherche pose la question de la pertinence de l’approche monographique. S’agit-il alors de reformuler le débat de la « départementalisation » de l’histoire de France mené jadis par Jacques Rougerie1 ? Oui, si on considère seulement que la multiplication de monographies locales apportera une meilleure connaissance du Bicentenaire et par extension de l’histoire culturelle de la France contemporaine. De telles études permettront certes de mieux connaître les rapports culturels Paris-province et Etat central-collectivités locales. Notre démarche participe à cette optique mais voudrait également la dépasser. En effet, les relations centre/périphérie participent au champ sans pour autant le réduire. L’étude d’une commémoration à l’échelle locale s’inscrit (sans doute davantage ?) dans la compréhension même du local. Pour cette raison, c’est plus une « histoire du local » qu’une « histoire locale » — comprise par l’historiographie française le plus souvent comme le champ réservé de l’érudit et de l’amateur2 — dont il s’agit. Il reste néanmoins vrai que l’articulation centre/périphérie, pouvoirs locaux/pouvoir central demeure au centre du questionnement. Aussi, et au-delà des modalités de fonctionnement de la commémoration à l’échelon local, l’observation à cette échelle permet de confronter deux représentations du Bicentenaire : à la vision d’en haut, largement privilégiée par la Mission du Bicentenaire comme par l’ensemble des médias nationaux (parisiens), la vision par le bas peut contribuer à nuancer à la fois les jugements d’ensemble et même les inflexions chronologiques. Ainsi, par exemple, le basculement de l’opinion publique (ou simplement des médias ?) après le succès du défilé du 14 juillet mis en scène par Jean-Paul Goude semble ici peu pertinent. Alors qu’à Paris le mois de juin est marqué par l’échec de l’opération Tuileries 89, la commémoration bat ici son plein et rencontre un net succès public.

Trois aspects principaux nous retiendrons : les formes prises par la commémoration, les enjeux et messages affichés par les pricipaux acteurs et enfin la présence de discours et pratiques opposés à la commémoration. Mais avant d’interroger ces dispositifs politico-culturels, il s’agit de présenter sommairement le contexte politique local et l’ensemble des acteurs3.

Contexte politique et acteurs

L'agglomération dijonnaise et ses 225500 habitants est largement dominée par sa ville centre. Dijon, capitale de la région Bourgogne, comptabilise à elle seule, avec 151600 habitants, plus de 67 % des habitants de l'agglomération. Le paysage politique local est, depuis près d'un siècle, structuré par les forces conservatrices : si on excepte la courte période du Front populaire, la mairie a toujours appartenu à des hommes de droite. C'est à la suite du long mandat du chanoine Kir, maire de 1945 à 1968, que le gaulliste Robert Poujade conquiert en 1971 l'hôtel de ville. En mars 1989, élu pour la quatrième fois dès le premier tour, il s'impose avec près de 59 % des suffrages exprimés (68,3% en 1983) devant la liste PS-PC (34,8 %) et le Front national (6,39 %)4. Le Conseil général de Côte d'Or et la Région, depuis 1986, possèdent également une majorité RPR-UDF. Les deux autres villes choisies pour notre étude appartiennent à ce que l'on peut dénommer la « couronne rose », certes fragilisée depuis 1983, de l'agglomération : à Chenôve (un peu moins de 18000 h) comme à Quétigny (8748 h), la tradition socialiste est solidement ancrée, ce que confirment les résultats des municipales de 1989 : respectivement 71,5 % et 64 % des suffrages exprimés.

La « société culturelle » dijonnaise est construite autour de trois réseaux : les professionnels du spectacle vivant intégrés à des institutions culturelles, le réseau académique struturé autour de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres, réseau dominant dans la sphère patrimoniale et les mouvements d'éducation populaire. Ces derniers sont, compte tenu la structure du paysage politique de l'agglomération, dans une situation très fragile : ainsi, le CLEF 89 de Côte d’Or, privé de subventions publiques conséquentes, ne peut envisager qu'un programme modeste. En déficit, c'est la Fédération des œuvres laiques (FOL) qui comble la trésorerie. Une vive polémique s’engage d’ailleurs en mars 1989 entre le CLEF 89 et le Conseil général de la Côte d’Or sur les modalités de financement. D’une manière plus générale, la nouvelle politique des collectivités locales qui consiste à subventionner désormais des projets précis et non plus le fonctionnement même de la FOL défavorise grandement cette dernière et peut, à terme, remettre en cause l’existence même du réseau associatif. Constitué d'une cinquantaine d'organismes et de personnalités, il regroupe autour de l'axe FOL/LDH les différentes composantes du réseau laïc : des partis politiques (PC, PS, PSU, MRG), des syndicats et comités d'entreprises (CFDT, CGT, FEN, SNl, FO, Syndicat de la Magistrature, CER SNCF, FCPE) et des associations culturelles (Cercle Laïque Dijonnais, Libre Pensée, Francas, UTB). Mais le programme du CLEF apparaît plus comme la juxtaposition des quelques projets portés par les organismes et personnalités adhérents que comme un ensemble reposant sur un projet cohérent. Certes, la philosophie des droits de l'homme est bien le socle commun à l'ensemble des organismes représentés. En fait, seules 10 des 15 actions évoquées initialement seront réalisées. Ainsi, et pour des raisons essentiellement financières, l'ambitieux projet d'un « Espace expression révolution » à Dijon, conçu comme un lieu permanant de rencontres, n'aboutira pas. On est loin du dynamisme du CLEF 89 voisin de Saône et Loire, lui dans un environnement socio-politique nettement plus favorable, ou encore du CLEF 89 de Haute-Garonne souvent pris en exemple. Reste que le Bicentenaire inaugure ici une politique de coopération étroite entre la FOL et la LDH, politique qui s'élargira ensuite au MRAP, à la LlCRA et à SOS Racisme dans le cadre du collectif Dialogue et vigilance antiraciste (DlVA)5. De même, la faiblesse du réseau communiste ne permet guère la constitution d'une association Vive 89 bien dynamique. Une exposition itinérante « Liberté des Arts », labellisée par la Mission du Bicentenaire, coréalisée avec la Chambre de Commerce et d'industrie de Dijon et le Comité d'établissement SNCF, peut se dérouler en mars6. De même, toujours en partenariat avec le Comité d'établissement SNCF mais aussi la Caisse d'action sociale de l'EDF et le Comité d'entreprise de la SEITA, l'association, forte d’une centaine d’adhérents, organise une soirée spectacle associant audio-visuel, chansons et débat7. A la veille des élections municipales, le Parti communiste organisera également un gala sur le thème « il reste des Bastilles à Prendre » avec le chansonnier Marc Ogeret et Antoine Casanova, membre du Bureau politique du PCF et responsable des questions intellectuelles8. Quant au parti socialiste, l'intensité des luttes de courant au sein de la Fédération côte d'orienne paralyse toutes les tentatives communes et notamment les possibilités d'action intercommunales. A Chenôve comme à Quétigny, les municipalités s'appuient davantage sur le réseau associatif mais là aussi l'autonomisation des politiques culturelles municipales depuis quelques années tend à favoriser une gestion directe des affaires culturelles par les villes.

Cette commémoration voit l'intervention dans la vie de la cité d'un dernier acteur : l'Université. L'historien est ici convoqué en tant qu'expert : porteur d'un savoir historique qu'il s'agit de transmettre, il apparaît comme un des médiateurs essentiels au sein du dispositif commémoratif. De surcroît, l'Université de Dijon est considérée par les observateurs (parisiens) comme un des pôles universitaires où l'histoire de la Révolution française se construit. Cette allégation n'est pas inexacte mais elle mérite d'être fortement nuancée. Sans remonter au passage, certes fondateur, de Albert Mathiez dans l'entre-deux-guerre, la présence au sein du Département d'histoire de plusieurs spécialistes de ce champ historique est une des données qui caractérisent les années soixante et suivantes. Mais, à la fin des années quatre-vingt, la configuration n'est plus la même : les départs à la retraite de J.-R. Surateau (1985) puis de D. Ligou (1988) signifient dans une large mesure la fin de cette spécificité dijonnaise9. Certes, D. Ligou restera une annee supplémentaire en surnombre et consacrera son enseignement de licence en 1988-1989 à la Révolution française. Mais son successeur, Benoît Garnot, un dixhuitièmiste « pur » , ne s'aventure guère sur ce terrain historiographique. Aussi, à la veille du Bicentenaire, c'est plutôt Pierre Lévêque qui fait figure de principal médiateur. Ce contemporanéiste, ruraliste et auteur d'une grande thèse sur la Bourgogne de la Monarchie de Juillet, n'ignore pas la Révolution française : dès 1966, il avait édité un recueil de textes sur la Révolution en Côte-d'Or10. Sa position au sein des grands courants historiographiques n'est pas univoque. Homme de conviction, candidat aux élections municipales de 1965 sur une liste d’ « Union démocratique » (SFlO-PCF), co-fondateur de la ClR en Côte-d'Or à la fin des années soixante, il est considéré en 1989 comme un « sage » par la Fédération locale du Parti socialiste. Cet ancrage à gauche, clairement affiché, le rapproche sans aucun doute des options choisies par l'Institut d'Histoire de la Révolution française. Ainsi, par exemple, il collabore au numéro des Annales historiques de la Révolution française (1988-4) consacré au Morvan révolutionnaire11. Mais Pierre Lévêque n'en est pas moins étroitement lié au réseau de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il participe à plusieurs reprises aux grandes enquêtes nationales menées par I'EHESS. En outre, en 1983, l'EHESS publie le premier volume de sa thèse, soutenue en 1977 à l'Université de Paris lV12. C'est également à Pierre Lévêque que font appel André Burguière et Jacques Revel pour rédiger les pages consacrées à l'histoire contemporaine dans le second tome (L'Etat et les pouvoirs) de l'Histoire de la France publiée en 1989 aux éditions du Seuil13. Ce positionnement peut, à l'occasion, avoir des conséquences pratiques à l'échelon local : ainsi, en 1987, lorsque l'Association bourguignonne culturelle (ABC) fait appel à Pierre Lévêque pour organiser une série de conférences, véritable prologue local au Bicentenaire, consacrée à la Révolution française, c'est ce réseau là qui est privilégié : Ran Halévi mais surtout Mona Ozouf et François Furet donnent le ton, associés il est vrai à des historiens locaux. Ici, l'historien et le citoyen/militant ne font qu'un : c'est d'ailleurs Pierre Lévêque qui présidera le CLEF de Côte-d'Or. Il faut noter également le rôle actif joué par les historiens du droit du Centre Georges Chevrier réunit autour de leur directeur Jean Bart, par ailleurs président du Comité départemental de l'histoire de la Révolution, sur des positions proches de l'Institut d'histoire de la Révolution française. Les étudiants du département d'histoire se mobilisent également dans le cadre d'une « association pour le Bicentenaire de la Révolution française de 1789 », publient un journal « Citoyens-étudiants » et organisent quelques conférences14. L’Université de Bourgogne organisera de même trois colloques liés à l’histoire de la Révolution française : « l’histoire militaire de la Révolution française » (Dijon-Auxonne, septembre 1988), « Révolution et droit international » (septembre 1989) et « Corps et Révolution » (Dijon-Chenôve, septembre 1989). Cette participation active de l’Université mérite d’être soulignée à la fois pour son exceptionnalité — sise sur un campus extérieur, l’Université de Bourgogne est assez peu intégrée à la vie culturelle de la cité — mais aussi pour la légitimité qu’elle confère localement à la diffusion de la mémoire savante.

Enfin, le Bicentenaire donne naissance à un acteur spécifique : le correspondant local de la Mission. C'est en novembre 1987 qu'est désigné en Côte d’Or le correspondant de la Mission du Bicentenaire. Conseiller honoraire à la Cour d'Appel de Dijon, Pierre Blondeau apparaît comme une personnalité peu engagée, susceptible d'incarner le consensus15. Il s'entoure d'une équipe comprenant des universitaires (J. Bart, P. Lévêque, D. Ligou) et des responsables des institutions culturelles locales (DRAC, Bibliothèque municipale de Dijon, Musée des Beaux-Arts, Archives départementales de la Côte d'Or). Les premières réunions de concertation ont lieu au printemps 1988 et dès juillet de la même année la presse se fait l'écho des nombreux projets envisagés16. Mais au-delà de cette concertation, sans grandes conséquences pratiques, et la distribution du label, les fonctions réelles du correspondant local semblent bien minces. Un épisode secondaire témoigne de l'incapacité d'action de la Mission locale. En septembre 1988, l'équipe qui entoure Pierre Blondeau sollicite de la Mission le label pour la publication dans la presse d'une chronique bi-mensuelle annonçant à la fois les faits marquants de la commémoration mais permettant aussi la publication de documents annotés. La réponse sera négative : la Mission prétextant que les articles de presse sont susceptibles d'entraîner de multiples polémiques. Ce projet, somme toute modeste, sera réalisé sans l'aide de la Mission, grace à l'obligeance des deux quotidiens locaux : Le Bien Public et Les Dépêches17. Et en décembre 1989, lorsque le correspondant local tirera le bilan du Bicentenaire, celui-ci se résumera à la mise en avant, simple catalogue, des actions entreprises par les différentes collectivités locales18. Aussi, l'ensemble des acteurs s'accordent, non sans raison, à n'attribuer qu'un très faible rôle à la Mission locale dans l'organisation réelle de la commémoration. En outre, les élus locaux (surtout de l'opposition) ne manquent pas de dénoncer à plusieurs reprises l'incapacité financière du correspondant local de la Mission — celui-ci ne dispose pas d’un budget propre et devra même payer sur ces fonds personnels ces voyages à Paris — et surtout l'action qui apparaît comme fortement centralisée, voire même exclusivement parisienne, de la Mission du Bicentenaire. Reste que la presse locale vit dans cette institution une garantie contre les dérapages partisans19. Enfin, les collectivités locales suivirent deux des opérations directement impulsées par la Mission : « envol 89 » à Dijon le premier janvier devant un maigre public de deux cent personnes20 et surtout la plantation des « arbres de la Liberté » le 21 mars à Dijon, Chenôve et Quetigny. De même, la ville de Dijon est représentée lors de la commémoration des Etats-Généraux à Versailles le 4 mai21.
Formes

Si on retient les modalités prises par les nombreuses manifestations de cette commémoration, deux caractéristiques peuvent être mises en évidence : l'importance de la médiation et surtout la forme culturelle nettement privilégiée.

La forme la plus manifeste de la médiation est ici la conférence : plusieurs cycles de conférences permirent à tous d'accéder à la mémoire savante. Après la série organisée dès 1988 par l'Association bourguignonne culturelle, c'est surtout le cycle, organisé par la ville de Chenôve, « les grands acteurs de la Révolution française », cycle clôturé par une communication de Michel Vovelle qui fut remarqué22. L'Université pour Tous (UTB) mit sur pied également un cycle de six conférences sur « les grandes idées de la Révolution ». Enfin Pierre Lévêque et Jean Bart multiplièrent les interventions ponctuelles suite aux demandes des collectivités locales et associations de l'agglomération. Ainsi, par exemple, le service de formation permanante du diocèse demandera à Jean Bart une intervention sur le thème « chrétiens en Côte d'Or après 1789 »23, Claude Mazauric, invité par l’association locale Vive 89, devra finalement décliner l’offre. De même, une large partie des séances de l'Académie des Arts, Sciences et Belles-Lettres de Dijon est consacrée à des thèmes liès à la Révolution. La ville de Quétigny fera de même appel à deux historiennes : Dominique Godineau et Florence Gauthier.

La municipalité de Quétigny présente d'ailleurs l'exposition « la Révolution française, premières révolution des droits de l'homme », réalisée par cette dernière, et coproduite par la Fédération Léo-Lagrange et Culture et Loisirs. L'exposition est un procédé très largement usitée et l'ensemble des institutions culturelles de la ville de Dijon, archive, musées et bibliothèques, l'utiliseront. Ainsi, par exemple, le Musée des Beaux-Arts présentera une importante exposition, coproduite avec la ville de Paris, consacrée aux fêtes révolutionnaires24. De même les Archives départementales de la Côte d’Or mettent sur pied une exposition consacrée aux cahiers de doléances : « 1789 : les Bourguignons ont la parole ». Cette exposition sera ensuite présentée dans 54 collèges du département25. Le Conseil général de la Côte d’Or, qui ne souhaite pas organiser de « grandes festivités », complète cette action en direction des collèges (« des interlocuteurs privilégiés pour le département ») en organisant un concours pour les classes de 4e : « l’influence de la Révolution française sur les institutions départementales actuelles »26. Vive 89 présente également dans un lycée dijonnais et dans quelques comités d’entreprises l’exposition nationale de l’association. Bien couverte par le Bien Public, l'exposition itinérante le « Train de la liberté de la presse » rencontra quant à elle un incontestable succès : plus de 3000 visiteurs en gare de Dijon le 14 juin27.

De fait, la commémoration touche l'ensemble des domaines culturels et artistiques : la musique, le cinéma ou encore le théâtre. Par exemple, l’Eté musical propose des œuvres de Gossec, Mehul et la symphonie concertante mélée d’avis patriotique « citoyen » de Davaux28. De même, le cinéma l’Eldorado organise, avec l’aide financière de la ville de Dijon, un cycle « cinéma et Révolution française » en mars 1989. Trois des quinze films donnent lieu à un débat : La Marseillaise de Jean Renoir, Napoléon Bonaparte d’Abel Gance, la Nuit de Varennes d’Ettore Scola respectivement présentés par P. Lévêque, L. Devance et J.-J. Clere. Le CLEF 89 — en fait l’UFOLEIS — propose aussi un cycle « cinéma révolution » : cinq films dont La Marseillaise et La Terreur et la Vertu (S. Lorenzi) sont projetés dans les écoles et MJC du département. La ville de Chenôve choisit un projet plus ambitieux : la coproduction, avec 70 autres collectivités locales, de « La folle journée ou le mariage de Figaro » de Roger Coggio. Au-delà du Bicentenaire, cette initiative est présentée comme une œuvre de décentralisation culturelle, permettant de valoriser deux aspects : démocratiser le savoir et réinvestir dans des œuvres populaires avec la notion ludique du spectacle29. De même, dans le cadre de l'Estivade, festival d'été animé par les associations de la ville de Dijon, deux troupes choisiront des pièces liées à des thèmes révolutionnaires : « les Confessions d'Emile » par le Théâtre du Rameau d'Or et surtout « l'année terrible », d'après G. Büchner, par le Grenier de Bourgogne. Mais ici, le texte de Büchner « la mort de Danton » est complété jusqu'à Thermidor afin de mettre en scène deux bourguignons : Carnot et Saint-Just30.

Mais les deux manifestations les plus caractéristiques, faisant appel aux techniques audio-visueIles les plus modernes, sont dues à des initiatives de la Région. « L'oeil de Nicéphore », spectacle d'images, vise à partir de l'évocation de Nicéphore Niepce, de Pierre Larousse et de Gustave Eiffel, à montrer le rôle des bourguignons qui depuis deux cent ans ont marqué les grands changements scientifiques et technologiques. Après une série de 94 représentations dans 16 villes bourguignonnes, ce spectacle, qui a obtenu le label de la Mission, sera présenté en octobre à la Cité des Sciences et de l'industrie de la Villette. En parallèle, le Conseil régional diffuse un journal « Toute l’aventure des sciences et des techniques en Bourgogne. 1789-1989 » et un ouvrage « Tous ces Bourguignons qui ont changé le monde »31. La technique du concert d'images est reprise pour le spectacle « L'homme est né libre », coproduction de la Région et de la ville de Dijon, réalisée par Jean-Marie Sénia : chansons, récits et illustrations de l'époque sont projetés sur la façade du Palais des Etats de Bourgogne. Les neuf représentations, fin juin, seront couronnées par un net succès public32. Il est vrai que ces deux projets bénéficiaient de budgets à la hauteur de l'ambition affichée : respectivement 4 et 2 millions de francs.

Les pratiques commémoratives les plus traditionnelles s'effacent quelque peu : il en est ainsi des commémorations monumentales avec un sursaut à Chenôve mais pour le Bicentenaire de la République (voir ci-dessous). La dénomination des rues, pratiques complémentaires, subsiste également à Chenôve et à Dijon. Dans ce dernier cas, les choix retenus — rue de la Marseillaise et avenue des Volontaires — feront même l'unanimité de l’ensemble des forces politiques représentées au conseil municipal du Parti communiste au Front national. De plus, le Parti communiste tentera, à plusieurs reprises, mais sans succès, d'obtenir une rue pour Maximilien Robespierre et les socialistes solliciteront de même le retour de la rue Babeuf, crée en 1904 par une municipalité socialiste et effacée de l'espace urbain par le chanoine Kir à la fin des années cinquante33.

Reste que l'agglomération dijonnaise se caractérise ici, à l'image de la situation nationale34, par la multiplication des manifestations à caractère culturel et artistique. La montée en puissance depuis quelques années des politiques culturelles des collectivités locales explique pour beaucoup cette prégnance du culturel : la commémoration servant alors de thème conducteur à l'ensemble des manifestations. Les commémorations SaintBernard en 1990 et Mozart l'année suivante confirmeront cette pratique.
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