Bibliographie Serge Berstein et Pierre Milza





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titreBibliographie Serge Berstein et Pierre Milza
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Julie Avena, Simon Bertin, Maylis Malherbe, Diane Zovighian

Groupe 3

Conférence d’histoire
Les mouvements ouvriers français et allemands dans la deuxième moitié du 19e
I La naissance du mouvement ouvrier
A Grèves, journée du travail et organisations prolétariennes à la base de l’identité ouvrière
B Les influences idéologiques : la revendication d’une identité ouvrière
II Le syndicalisme ou l’aboutissement d’une conscience de classe ouvrière
A La naissance du syndicalisme en France et en Allemagne
B Le clivage entre syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme réformiste
III Les revendications des mouvements ouvriers : échec ou succès ?
A En France
B En Allemagne

Bibliographie 
Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du XIXe siècle, Hatier, 1996

Jean-Michel Gaillard et Anthony Rowley, Histoire du continent européen, Seuil, 2001

Antoine Olivesi et André Nouschi, La France de 1848 à 1914, Nathan, 1997

Philippe Chassaigne, Industrialisation et sociétés en Europe occidentale (Volumes I et II), Messene, 1880-1960

Serge Berstein et Pierre Milza, L’Allemagne 1870-1914, Masson/Armand Colin ,1995

Alain Dewerpe, Le monde du travail en France, Armand Colin, 1998

Introduction
La deuxième moitié du XIXè est marquée par l’expansion de la grande industrie qui accélère les transformations du monde ouvrier en accroissant l’importance du prolétariat d’usine, de sorte qu’en 1900, les salariés représentent les 2/3 des actifs en Allemagne et 58% en France où le travail indépendant résiste mieux. Le développement de la classe ouvrière s’est faite parallèlement aux progrès du machinisme et de la concentration ouvrière. La structure des classes laborieuses se stabilise à la fin du 19e : les habitats se concentrent à proximité des usines ou des puits de charbon, le paternalisme patronal se développe, des hiérarchies ouvrières s’établissent… Le nombre d’ouvriers ne cesse d’augmenter dans les pays qui ont été les premiers à s’industrialiser, tels que la Grande-Bretagne ou la France (où il atteint 6 millions en 1906. En Allemagne pays industriel plus récent, mais particulièrement dynamique, le nombre des ouvriers d’usine (les trois quarts du monde ouvrier) augmente à la fin du siècle plus rapidement que l’ensemble de la population (six millions ne 1898, neuf en 1907). La condition ouvrière reste très difficile dans la seconde moitié du 19e. Le prolétariat ouvrier vit dans la misère, l’incertitude, les congés sont rares, la journée de travail est longue (10 heures), le travail fourni demande des efforts physiques considérables, les maladies contractées à l’usine reste monnaie courante… La concentration industrielle va favoriser la prise de conscience d’une identité de situation chez les ouvriers. Ils vont se rendre compte de la nécessité de s’unir, de réagir pour améliorer leur situation, conquérir des droits, défendre leurs acquis. Ces idées sont à la base des différents mouvements ouvriers, en France ou en Allemagne. On peut alors se demander comment ces mouvements vont se développer et évoluer ? Quels vont être leurs inspirations et leurs effets sur la condition ouvrière ? Nous verrons tout d’abord les causes, les influences qui vont favoriser l’émergence de ces mouvements ouvriers. Ensuite, nous analyserons la manière dont ces mouvements vont évoluer dans les deux pays. Enfin nous mesurerons l’impact de ces mouvements en France et en Allemagne.

I La naissance du mouvement ouvrier
A Grèves, journée du travail et organisations prolétariennes à la base de l’identité ouvrière
Malgré les hausses du niveau de vie des ouvriers dues à la baisse des prix dès 1850-1860, l’industrialisation de la France et de l’Allemagne ne va pas en faire des éléments importants des organisations sociales et politiques. Si la thèse marxiste de la paupérisation ouvrière semble démentie par les faits, elle mérite d’être nuancée en raison de plusieurs éléments : crises et chute du pouvoir d’achat en 1880-1890, situation différente d’une région, d’une usine, d’une catégorie à une autre, augmentations de salaires ne touchant que les ouvriers qualifiés… Le monde ouvrier reste donc à cette époque un paria social mais aussi un « nain politique ». A cela s’ajoute la dureté des conditions du travail. Les classes européennes, qui vont être confrontées à la grande dépression, constituent donc, sur l’ensemble du continent une masse exploitée. Mais cette masse n’est ni inerte, ni amorphe. Partout, à des degrés divers, elle aspire à des jours meilleurs et se rebelle de plus en plus fréquemment. A l’usine, et en milieu urbain, les années 1880- 1890 sont marquées par une combativité accrue du salariat. Le recours à la grève est de plus en plus fréquent. Cela est particulièrement net en France, où elles connaissent une flambée spectaculaire. Il y eut 190 grèves en 1880 qui ont touché 110 000 ouvriers et ont représenté 1,1 millions de jours de grève, 341 grèves en 1890 pour 140 000 grévistes, 634 grèves en 1893 qui ont concerné 170 000 ouvriers. En Allemagne, le mouvement ouvrier, plus en retard par rapport à la France, dans le recours massif à la grève, se lance dans l’agitation à la fin des années 1880. Au cours de l’été 1889, une grande grève de 120 000 mineurs paralyse la Ruhr, et à partir de 1890, le nombre de grèves et de grévistes augment continûment. Ces quelques chiffres donnent une idée de la vigueur ouvrière. Elle se manifeste de façon atomisée, pour une question de salaire, de condition ou de durée de travail. Ces grèves, souvent violentes, que ce soit en France ou en Allemagne, donnent lieu à des phénomènes qui vont peser durablement sur l’avenir de l’action prolétarienne : une nécessaire organisation pour conduire le mouvement et qui incarne l’action collective ; l’émergence de meneurs charismatiques ou de négociateurs efficaces qui deviennent des porte-drapeaux ; solidarité qui s’organise dans la profession, chez d’autres professions, voire dans les secteurs privés ou municipaux, et décloisonne le monde ouvrier et celui-ci vis-à-vis du reste de la société ; instauration d’une vie collective faite de manifestations, de réunions, de conférences, de meeting, de prises de parole. Tous ces éléments ont contribué à la prise de conscience d’une collectivité particulière, celle de la classe ouvrière, du prolétariat qui s’affirme sur la scène sociale, de façon autonome, comme une force avec laquelle il faut compter. Ainsi la grève, à la fois moyen de défense et arme offensive, fut alors le moyen d’expression d’une classe qui aspire au changement de sa condition, sans savoir encore si celui-ci se fera de manière violente et rapide – aspiration révolutionnaire d’un monde révolté - ou pacifique et progressiste –aspiration réformiste montrant un désir de s’intégrer. Elle a permis au mouvement ouvrier de naître puis de se consolider.

L’ampleur de ces mouvements qui ne cessent de croître dans tous les pays industrialisés, tend à créer une conscience de classe qui dépasse les frontières chez une élite ouvrière et alphabétisée. Cela se manifeste par l’instauration d’une fête du travail, à partir du 1er mai 1890. Ce fut ainsi chaque année à la fois une fête, une grève, une manifestation, l’expression d’une identité locale, régionale, nationale mais aussi internationale d’une classe, le prolétariat qui s’oppose à son « ennemi de classe », le patronat.

L’unité ouvrière est aussi forgée par une création originale du mouvement ouvrier. En France par exemple, les Bourses du travail, « services de mutualité, d’enseignement et de propagande » tels que les définit leur animateur puis secrétaire général Fernand Pelloutier. La première est crée à Paris en 1887. Dans ces maisons ouvrières, ces foyers du peuple dont les locaux sont souvent fournis par des municipalités favorables, les ouvriers se rencontrent et s’entraident.

Tous ces éléments vont contribuer à forger les mouvements ouvriers en France et en Allemagne. Mais ce sont aussi des revendications idéologiques qui vont souder les mouvements et /ou les différencier, et permettre la mise ne place d’une identité ouvrière.
B Les influences idéologiques : la revendication d’une identité ouvrière
Plusieurs idéologies vont marquer les mouvements ouvriers français et allemands.

La doctrine anarchiste de Bakounine, différente de ce que l’on a appelé l’ « anarchisme libertaire », est l’idée selon laquelle l’anarchie est la loi même de la nature dont l’évolution n’est que la fédération intelligente d’atomes dispersés qui s’efforcent de trouver un modèle d’organisation rejetant les structures dépassées. En se révoltant pour trouver des formes d’organisation plus adéquates, l’individu ne fait donc qu’obéir aux lois de la nature. Il s’ensuit que l’homme ne saurait reconnaître aucune autorité supérieure à laquelle il se subordonnerait. Sans prôner la violence, ils jugent qu’elle est conforme à la loi naturelle et nécessaire pour opérer la révolution qui abattra l’ordre bourgeois. L’anarchisme va être traqué et beaucoup d’anarchistes vont être par la suite conquis par l’action syndicale. De cette alliance va naître la doctrine du « syndicalisme révolutionnaire qui connaît un véritable succès en France. En fait, l’anarchisme va faire figure de courant dépassé, de mouvement de révolution sommaire face au succès grandissant du marxisme.

Si l’anarchisme, qui prônait une révolution qui abattrait l’ordre bourgeois, conforme à la loi naturelle (selon laquelle l’évolution n’est que la fédération intelligente d’atomes dispersés qui s’efforcent de trouver un modèle d’organisation rejetant les structures dépassées) n’a pas eu beaucoup de succès, le marxisme lui

Le succès du marxisme, qui pourrait apparaître comme le fédérateur du mouvement ouvrier ne soit pas faire illusion. Il coexiste de multiples courants de socialisme réformisme qui entendent, non pas détruire l’Etat bourgeois mais le transformer progressivement, de l’intérieur, afin d’améliorer le sort de la classe ouvrière. Le réformisme est présent en France autour des « socialistes indépendants », intellectuels dont les figures majeures sont Alexandre Millerand et Jean Jaurès. Parmi les nombreux groupes socialistes de cette période en France ; on trouve la Fédération des travailleurs socialistes, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire… Le socialisme réformisme, moins cohérent et moins radical que le marxisme est très présent en Europe dans les plupart des pays industriels.

En Allemagne, le marxisme est très vivement contesté par le révisionnisme d’Eduard Bernstein. Celui-ci constate que l’évolution du capitalisme ne débouche pas sur la paupérisation de la classe ouvrière, mais sur l’amélioration du niveau de vie des travailleurs, sur l’adoption de lois sociales qui leur sont favorables, sur des procédures de négociation entre capitalisme et monde ouvrier organisés. Le socialisme allemand pratique un réformisme en tous points conformes.

La croissance du monde ouvrier va pousser en cette fin se 19e les socialistes à quitter le domaine des idées pures pour s’insérer dans les luttes sociales et politiques de leur temps.
Si les grèves, les journées du travail, les organisations municipales prolétariennes vont forger la conscience de classe des ouvriers et les mettre en mouvement, marxisme, réformisme et révisionnisme vont leur donner un sous bassement idéologique et leur faire prendre conscience de leur identité en tant que classe. Ils sont donc à la base de l’organisation des mouvements ouvriers français et allemands.

II Le syndicalisme ou l’aboutissement d’une conscience de classe ouvrière
A La naissance du syndicalisme en France et en Allemagne
Avant même le développement du syndicalisme à proprement parler, la reconnaissance par les dirigeants du mouvement ouvrier de problèmes communs les incita à s’unir par-delà les limites des Etats. C’est ainsi qu’en 1864 fut créée l’Association internationale des travailleurs et que naquit la Première Internationale. Dirigée par un Conseil général qui siège à Londres et représentée dans chaque pays par des sections locales, celle-ci disparaîtra en 1876, victime à la fois de tensions internes (lutte idéologique entre Marx d’une part et Bakounine et Proudhon, d’autre part) et de la répression. Viendra ensuite la Seconde Internationale créée en 1889 autour du parti social-démocrate allemand qui a pour objectif essentiel de se définir une doctrine et une pratique communes. Marquée par le triomphe des idées marxistes, la Seconde Internationale tente d’imposer, théoriquement du moins, le rejet du réformisme ainsi que celui du système parlementaire.

Toutefois il semble que l’expression des mouvements ouvriers s’incarne mieux encore dans le syndicalisme qui n’a cessé de croître durant la seconde moitié du 19ème siècle. L’émergence d’un monde ouvrier a eu pour effet de contribuer au développement d’organisations ouvrières permanentes qui s’unissent pour défendre ou améliorer leurs conditions de vie et de travail et pour rééquilibrer à leur avantage le rapport patron ouvrier. En Allemagne, le syndicalisme n’a pu vraiment émerger qu’après 1890 ; la période antérieure caractérisée par un régime autoritaire, des lois répressives et par le soutien inconditionnel apporté aux patrons empêchant alors tout essor syndical. A partir de là, le syndicalisme allemand prospère et passe de 300 000 membres en 1890 à 700 000 en fin de siècle. C’est une progression qui profite notamment et avant tout aux syndicats socialistes qui se regroupent à partir de 1880 au sein d’une Confédération générale des travailleurs allemands (ADGB). En France, la loi de Waldeck-Rousseau de 1884 reconnaît les syndicats, ce qui permet en 1887 la création de bourses du travail. Celles-ci ont pour mission principale de mettre à disposition des chambres syndicales un local qui sert de lieu de réunion aussi bien que d’information. La période 1891-1893 se caractérise donc en France par une poussée massive des chambres syndicales et par un renforcement de l’autonomie ouvrière et syndicale. L’unification du mouvement syndical français se fait finalement en 1895 par la fondation de la CGT (Confédération générale du travail).
B Le clivage entre syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme réformiste
Certes, la naissance du syndicalisme est un phénomène commun à de nombreux pays européens dans la seconde moitié du 19ème siècle, pourtant le syndicalisme peut s’exprimer de manières très sensiblement différentes : les cas des syndicalismes français et allemand sont à cet égard représentatifs de ces distinctions. En effet, le syndicalisme allemand se démarque tout d’abord du syndicalisme français dans les rapports étroits qu’il entretient avec les partis politiques. A partir de 1892, les syndicats se fédèrent sous l’autorité de Karl Legien au parti social-démocrate. Ainsi l’ADGB est liée au SPD (sozial-demokratische Partei Deutschland) qui devient véritablement le premier parti de la classe ouvrière. Né de la fusion en mai 1875 au Congrès de Gotha de l’Association générale des travailleurs et du parti social-démocrate des travailleurs, le SPD devient après 1890 une vraie organisation de masse et est au début du 20ème siècle la première force politique d’Allemagne. La relation du syndicalisme français avec les partis politiques est tout autre : si dans un premier temps un lien paraît pouvoir s’établir entre la parti socialiste et le syndicalisme (avec Jules Guesde), ce lien n’est finalement jamais établi. On peut expliquer cela par l’arrivée de nombreux anarchistes dans les syndicats vers 1890 qui mettent en place l’idée d’un « syndicalisme révolutionnaire », ce qui a pour effet de rompre toute subordination de l’action syndicale à l’action politique. La CGT se ficxe d’ailleurs pour objectif de préparer la révolution prolétarienne contre l’Etat bourgeois grâce à la grève générale.

De ce rapport avec les partis découle une conception différente du syndicalisme. L’Allemagne emprunte plus la voie du syndicalisme réformiste ; en effet, l’idéologie des mouvements ouvriers est peu révolutionnaire. Si la social-démocratie se réclame bel et bien du marxisme le plus intransigeant (affirmation de la lutte des classes, rôle central de la classe ouvrière, engagement en faveur de la dictature du prolétariat), la réalité est bien différente. Le ralliement doctrinaire au marxisme se double en fait de revendications sociales concrètes et immédiates, revendications pouvant être appliquées dans le cadre d’un régime capitaliste (comme la réduction du temps de travail, l’interdiction du travail des enfants de moins de 14 ans, la limitation du travail de nuit…). Il s’agit donc d’une pratique réformiste que l’on peut observer dans l’attitude des syndicats qui cherchent bien plus la coopération que l’affrontement. De plus, l’ouvrage de Eduard Bernstein, Les présupposés du socialisme et les tâches de la social-démocratie démontre l’impossibilité d’appliquer concrètement les théories du marxisme et prône donc l’idée d’une alliance entre social-démocratie et partis bourgeois afin de réaliser un programme de réformes. Or, le syndicalisme français se pose en des termes tout à fait différents et contrairement à l’Allemagne, les revendications ouvrières sont plus révolutionnaires que réformistes. Plus précisément il semblerait que le syndicalisme français cherche encore sa voie entre réformisme et volonté révolutionnaire, entre corporatisme et politisation. La CGT n’est en effet qu’un ensemble assez confus qui ne parvient pas à aboutir à un syndicalisme de masse du fait de tensions internes, de manque de moyens financiers…Son efficacité est aussi compromise par le fait que la CGT est plus tournée vers la spéculation que vers l’action. Le syndicalisme français se caractérise par son appel réitéré à l’action directe, c’est-à-dire à la grève qui devient la grande référence ouvrière dans les années 1880-1914. La grève doit se faire l’expression de revendications fortes ; parfois d’actifs animateurs de grève tel Emile Pataud, secrétaire du Syndicat des industries électriques, n’hésitent pas à troubler de pannes volontaires de courant les réceptions de l’Elysée ou les représentations officielles à l’Opéra, pour rendre forte et symbolique leurs actions. On est donc là plus du côté de l’affrontement que de la coopération, par opposition encore au syndicalisme allemand.


III Les revendications des mouvements ouvriers : échec ou succès ?
A En France
Le mouvement ouvrier français a eu une influence sur la condition de vie des ouvriers. Il a permis d’arracher au patronat et à l’Etat, avec l’appui des socialistes, un certain nombre de réformes sociales. Les principales, outre les augmentations de salaires, ont porté sur une diminution de la journée de travail. La loi du 2 novembre 1892 limite à 10 heures la journée de travail des enfants âgés de 13 à 16 ans, à 11 heures avec un maximum de 60 heures par semaine, celle des jeunes de 16 à 18 ans et des femmes. La loi du 30 mars 1900 ramène le travail quotidien à 10 heures pour ces catégories. Elle fixe à 12 heures (avec un maximum hebdomadaire de 60 heures celle des hommes). La loi du 29 juin 1905 fixe à 8 heures la journée de travail dans les mines. On est loin des « trois huit », revendication ouvrière des années 1890-1900 ( 8 heures de travail, 8 heures de liberté, 8 heures de repos). En 1914, la journée de travail de 10 heures tend à devenir la règle dans les trois quarts des établissements. Mais c’est une journée dure, plus dense que par le passé en raison cadences industrielles.

Autre mesure sociale, la création en 1891 de l’Office du travail chargé surtout des enquêtes et des statistiques. La même année, la convention d’Arras, signée à la préfecture de la ville entre mineur s en grève et patrons peut apparaître comme une première expérience de conventions collectives. L’entrée du socialiste Millerand au gouvernement en 1899 permet la création d’un Conseil supérieur du travail où siègent des délégués ouvriers, l’officialisation de la Direction du travail et un rôle accru de l’Inspection du travail.

Deux autres réformes sont significatives. En 1898, une loi précise l’aide de l’Etat aux sociétés de secours mutuel ; une autre établit la responsabilité patronale en matière d’accidents du travail : le patron doit prendre à sa charge les frais médicaux et, en cas d’incapacité de travail de l’ouvrier lui verser un indemnité.

Le 5 avril 1910, enfin est votée après plusieurs années de discussion, la loi sur les retraites ouvrières, modifié e par la loi des finances de 1912. l’âge de la retraite est portée à 65 ans puis 60. Les caisses de retraite seront alimentées par des cotisations ouvrières et patronales égales. Cette loi est mal accueillie par les ouvriers qui la dénoncent comme une escroquerie, car ils estiment qu’il y a 6 à 7 chances sur 100 de vivre après 60 ans. Bien que les cotisations soient d’après les lois obligatoires les ¾ des ouvriers refusent de s’y conformer.

Telles sont les réformes obtenues, les « miettes » comme dit Jules Guesde. Elles ne suffisent pas à calmer la méfiance, l’amertume ou la combativité ouvrières. Elles sont d’ailleurs dans cette démocratie plus politique que sociale qu’est la France de 1914, bien en deçà de la législation sociale réalisée à la même époque en Angleterre et bien plus tôt déjà dans l’Empire allemand.

B En Allemagne
Globalement, la condition ouvrière se caractérise notamment par une amélioration indéniable qui se traduit plus particulièrement par une hausse des salaires. Ainsi, un ouvrier du Reich qui, en 1880, gagnait en moyenne 565 marks par an, en gagne environ 1160 au début du 20ème siècle ; et ce, malgré la politique de bas salaire menée par les industriels allemands au nom de la compétitivité de leurs produits sur le marché industriel. L’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière est aussi perceptible dans l’évolution des habitudes alimentaires des ouvriers. La consommation de viande, de sucre et de légumes progresse très fortement ; il s’ensuit que ces progrès en termes d’alimentation entraînent un allongement général de l’espérance de vie ainsi que le déclin de la mortalité infantile. L’expansion des loisirs en en outre une manière de constater cette amélioration, les loisirs des ouvriers étant des activités très « marquées » socialement et caractérisées par la culture populaire de la fin du 19ème siècle. Le café ou Stube (en Allemagne) incarne plus particulièrement ce lieu de sociabilité ouvrière.

Mais ces améliorations n’enrayent pas les mécontentements. En effet, en dépit de ces améliorations certes notables, les conditions de travail demeurent très contraignantes. Malgré l’adoption progressive de législations concernant la sécurité de l’ouvrier ou la réduction de ses heures de travail, l’usine et la mine restent des univers dangereux où les accidents sont de plus en plus fréquents. Ainsi, pour l’Allemagne, ils progressent de 26 pour mille ouvriers à 43 pour mille entre 1886 et 1900. En fait, l’existence des ouvriers reste dominée par la précarité : la maladie, la vieillesse, l’accident de travail ou la disparition du chef de famille sont autant de menaces graves qui risquent de faire basculer un foyer ouvrier dans la pauvreté. Le travail des femmes et des enfants continue donc d’être indispensable ; on compterait près de 1.8 million de femmes et 11 000 enfants travaillant en Allemagne au début du 20ème siècle, et encore il est très probable que ces chiffres soient largement sous-estimés. De plus, la crainte du chômage est omniprésente d’autant plus qu’il oscille entre 2 et 4% entre 1887 et 1913, avec même des pointes à 6 voire 7% lors des récessions de 1892 et 1901. Mais c’est au plan de l’habitat que les améliorations sont les moins nettes, elles sont même pour ainsi dire inexistantes. L’entassement et l’insalubrité caractérisent l’habitat ouvrier, la croissance des villes industrielles n’ayant pas été accompagnée de constructions de logements en nombre suffisant. En 1890 à Berlin 100 000 personnes vivent dans des « appartements de cave » humides, obscurs et dépourvus d’aération, tandis qu’à Munich en 1895, 27% des ouvriers salariés vivent dans un logement d’une seule pièce, sans cuisine ; habitations appelées « Mietskaserne » ou « baraquements à louer ».

Conclusion
Dans la seconde moitié du 19ème siècle l’ère industrielle connaît son apogée ; l’industrialisation remodèle alors les rapports sociaux et affecte toutes les classes de la société. Parmi celles-ci : la classe ouvrière, qui voit ses effectifs augmenter considérablement et prendre de plus en plus de poids. Malgré des diversités en son sein, la classe ouvrière parvient globalement à s’unir dans des mouvements qui permettent l’émergence d’une conscience de classe ainsi qu’une identité sociale. Le syndicalisme qui se développe autant en Allemagne qu’en France traduit concrètement cette volonté d’affirmation des classes ouvrières, mais s’exprime de manière différente selon les pays. L’évolution globale du monde ouvrier va donc dans le sens d’une amélioration des conditions de vie et de travail que permettent les diverses législations adoptées par les pays, même si la classe ouvrière est loin d’être la classe la mieux lotie de la société et connaît encore souvent une situation précaire. C’est en fait au 20ème siècle que les classes ouvrières obtiendront de nouveaux acquis en s’appuyant encore et toujours sur les revendications véhiculées par les organisations syndicales.

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