Towards an americanization of french metropolitan areas ?





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En-dehors des groupes situés aux extrêmes – celui des villes défavorisées par rapport à leur banlieue comme Annemasse, Mulhouse, et Le Havre, et celui des villes favorisées par rapport à leur banlieue comme Valenciennes, Paris, et Nancy – le tableau 7 et la figure 3 révèlent qu’une grande partie des aires urbaines françaises enregistrent un score de CSHDI proche de 100. Globalement, les disparités entre le ville et sa périphérie apparaissent donc modérées. Certes, mais les indices utilisés gomment les disparités potentielles existant entre les différentes communes périphériques. Or, il est indispensable de se pencher sur les caractéristiques éminemment variables des différentes mosaïques suburbaines afin d’échapper au risque de généralisation excessive tendant à considérer l’espace périphérique comme relativement homogène. L’hétérogénéité démographique et socio-économique des banlieues est largement sous-estimée et inexplorée dans de nombreux pays. De récents travaux comme celui de l’urbaniste Hayden (2003) ou des politologues Dreier et al. (2001) permettent de réévaluer et de différencier l’image communément admise et répandue aux Etats-Unis de standardized places réservées aux classes moyennes Wasp. D’une autre nature, la complexité qui caractérise les banlieues françaises est au moins aussi importante. Il suffit pour cela d’examiner la distribution de notre indicateur de richesse municipale (le revenu médian par habitant) à l’intérieur de chacune de nos 42 aires urbaines.
La figure 4 représente cette distribution par aire urbaine dans les 6.273 communes pour lesquelles le revenu médian par habitant est publié et diffusé par la Direction Générale des Impôts (DGI). Nous avons représenté cette distribution par une ligne reliant les valeurs minimale et maximale, indiquant les différents quartiles ainsi que par un rond plein et foncé la position de la ville centre. Ainsi, pour l’aire urbaine d’Amiens, le revenu médian par habitant le plus faible est celui de la commune de Saint-Ouen avec 6.675 €, le plus élevé celui de Saint-Fuscien avec 15.591 €, le premier quartile se situe à 8.319 €, la médiane à 9.255 €, le troisième quartile à 10.022 €, et la ville-centre, Amiens, à 8.118 €.

-- NEXT PAGE : Figure 4. Distribution of Municipal Median Income per Capita in € (2000)--




Parmi les éléments d’observation les plus marquants, relevons la grande variation de la distribution du revenu médian d’une aire urbaine à l’autre. Une relative homogénéité caractérise de ce point de vue les aires urbaines de Bayonne - où les valeurs s’étagent de 7.227 € à Biarrotte à 10.943 € à Bassussarry - ou de Perpignan - de 6037 € à Opoul-Perillos à 9.603 € à Cabestany – mais le niveau de concentration est sans doute favorisé par le nombre relativement faible de communes qui les composent. A l’inverse, l’aire urbaine de Paris connaît l’écart le plus important et le plus impressionnant entre des communes urbaines de la France « une et indivisible » : le revenu médian par habitant est tout simplement cinq fois plus faible à Clichy-sous-Bois (4.482 €) qu’à Neuilly-sur-Seine (22.731 €), deux villes qu sont respectivement la plus pauvre et la plus riche à l’échelle de l’ensemble des 42 aires urbaines. Bien que moindre, le ratio de 3.5 est également substantiel dans l’aire urbaine de Toulouse entre Auribail (5.338 €) et Vieille-Toulouse (18.886 €).
Deuxième constat : la médiane municipale varie assez régulièrement autour de 9.000 € dans la plupart des aires urbaines, s’établissant au-dessous de 8.000 € seulement à Béthune (7.907 €), Douai-Lens (7.738 €), Dunkerque (7.850 €), Perpignan (7.636 €) et Valenciennes (7.813 €), et dépassant 10.000 € uniquement dans les aires de Annemasse (11.275 €), Grenoble (10.020 €), Mulhouse (10.939 €), Paris (10.945 €), et Strasbourg (10.586 €).
Les niveaux les plus élevés de pauvreté - que nous pouvons observer sur la figure 4 au-dessous du niveau de 6.000 € - et de richesse - au-dessus de 15.000 € - ne se trouvent pas dans les villes-centres mais dans les banlieues. Les différences socio-économiques apparaissent considérables entre les banlieues favorisées et défavorisées, comme en témoignent trois paires de communes les plus riches et les plus pauvres au sein de leurs aires urbaines respectives à partir de nos cinq indicateurs de chômage (IC : taux de chômage), de dépendance (ID : % personnes de moins de 18 ans ou de plus de 64 ans dans la population municipale totale), d’instruction (II : % de personnes de 25 ans et plus ayant un niveau d'instruction inférieur au baccalauréat), de logement (IL : % de logements occupés par plus d'une personne par pièce), et de revenu (IR : revenu médian par habitant) :
AIRE URBAINE DE PARIS

IC ID II IL IR

Clichy-sous-Bois 24 41 80 34 4.482

Neuilly-sur-Seine 9 40 28 9 22.731
AIRE URBAINE DE LYON

IC ID II IL IR

Vaulx-en-Velin 23 39 82 19 5.342

Saint-Didier-au-Mont-d'or 7 38 39 6 16.404

AIRE URBAINE DE METZ

IC ID II IL IR

Woippy 23 37 82 17 5.607

Sainte-Ruffine 6 39 47 1 16.206

Les villes-centres sont-elles plus riches que les communes qui les entourent ? Oui et non. La relation entre ville et banlieues ne peut être ramenée à un modèle unique. En effet, dans 19 aires urbaines sur 42, soit un peu moins que la moitié des cas, la ville-centre appartient à la moitié la moins riche des communes de son aire. Dans le premier quartile – soit le quart des communes les moins riches – figurent pas moins de 10 villes-centres : Amiens, Avignon, Bayonne, Annemasse (la troisième commune la plus pauvre de son aire avec 8.767 €), Le Havre, Lille, Marseille, Montpellier, Mulhouse (la commune la plus pauvre de son aire avec 8.003 €), et Strasbourg. On trouve ensuite 9 villes-centres dans le second quartile : Grenoble, Metz, Nice, Nîmes, Orléans, Perpignan, Reims, Saint-Etienne, et Toulon. Les autres villes se répartissent pour 9 d’entre elles dans le troisième quartile (Besançon, Béthune, Brest, Caen, Clermont-Ferrand, Douai, Dunkerque, Toulouse et Valenciennes), et pour 14 dans le quatrième quartile regroupant les communes les plus aisées (Angers, Bordeaux, Dijon, Limoges, Lyon, Le Mans, Nancy, Nantes, Paris, Pau, Poitiers, Rennes, Rouen, et Tours).
Paris est incontestablement une ville globalement prospère, en tout cas la plus riche des villes-centres avec un revenu médian de 13.731 € par habitant, suivie de Lyon (11.308 €), puis de Dijon (10.799 €). Mais, à l’intérieur de son aire urbaine, on compte pas moins de 183 banlieues dont le revenu médian dépasse le niveau déjà élevé de la capitale, et même souvent de façon substantielle. En-dehors de Neuilly, les exemples sont nombreux de banlieues peuplées de manière dominante par les classes les plus favorisées, comme Saint-Nom-La-Bretèche, Le Vesinet, Saint-Cloud, Sceaux, Jouy-en-Josas, ou Maisons-Laffitte.
Les différentes données socio-démographiques que nous avons présentées et commentées jusqu’à présent nous permettent d’établir quelques constats principaux :


  • on a assisté depuis surtout les années 1970 à une extension continue des aires urbaines dont la croissance a profité surtout aux communes périurbaines au détriment des villes centres et de leurs banlieues immédiates

  • le modèle français d’étalement urbain partage des caractéristiques communes avec le modèle des aires métropolitaines américaines tant dans ses causes qu’à travers ses conséquences. Ainsi, alors que la suburbanisation des années 1950-60 a été largement guidée et favorisée par des programmes étatiques de desserrement des villes-centres (politique des grands ensembles, création des villes nouvelles dans la région parisienne, ZUP), le mouvement amorcé à parti des années 1980 correspond, comme aux Etats-Unis, non pas à une politique top-down mais à des stratégies beaucoup plus privées et individualisées. Pour des raisons à la fois économiques et liées à leurs aménités historiques et culturelles, les villes-centres demeurent cependant en France plus qu’aux Etats-Unis des pôles d’attraction forts qui ont empêché un mouvement massif de fuite des classes moyennes vers la périphérie (pour une approche théorique comparative basée sur les aménités : Brueckner et al. 1999). Le modèle urbain français demeure donc plus monocentrique.

  • à une échelle nationale et globale, les disparités socio-économiques entre les villes-centres et leurs banlieues apparaissent relativement limitées et plus différenciées qu’aux Etats-Unis, ainsi que l’attestent la comparaison franco-américaine des indices de Nathan et Adams et les mesures de richesse classiques telles que le revenu médian par habitant

  • il existe néanmoins des variations importantes des profils municipaux tant entre les aires urbaines qu’entre les communes appartenant à une même aire urbaine, rendant indispensable une exploration approfondie de la relation entre la ville-centre et ses banlieues


V. To what extent are citizens political attitudes determined by their commune of residence?
Notre hypothèse centrale est que le mouvement de suburbanisation qui s’est développé en France en gros depuis les années 1970 s’apparente dans sa structure et dans ses conséquences sur les attitudes politiques des citoyens à la tendance générale observée aux Etats-Unis. Pour reprendre les termes de Putnam (2000 : 209) :
« As suburbanization continued, however, the suburbs themselves fragmented into a sociological mosaic – collectively heterogeneous but individually homogeneous, as people fleeing the city sorted themselves into more and more finely distinguished « lifestyle enclaves », segregated by race, class, education, life stage, and so on ».
Cette tendance à la ségrégation résidentielle a été davantage observée et étudiée à l’échelle des quartiers d’une grande ville qu’entre les communes et notamment entre celles qui ont connu la croissance démographique la plus importante au cours de ces dernières années, les communes périurbaines. Mais plusieurs études récentes confirment que la polarisation économique et sociale de l’espace urbain français ne cesse de s’accroître depuis les années 1980 (voir notamment : Bessy 1998 ; Chenu et Tabard 1994, Rouxel 2003).
De nombreuses récentes communes suburbaines attirent en majorité des membres des nouvelles classes moyennes, les « néo-périurbains », souvent de jeunes parents avec des enfants en bas âge, en quête d’espace et de ruralité, de confort de logement, de sécurité (l’enquête permanente Conditions de vie – Vie de quartie réaliser par l’INSEE révèle que le sentiment d’insécurité est beaucoup moins élevé dans ce type de communes que dans les communes anciennes à forte concentration d’habitat collectif : Le Toqueux 2003), de distance suffisante par rapport à la grande ville bruyante, compacte, et stressante. Bref, échapper à tout prix à l’engrenage « métro, boulot, dodo ». La qualité de vie, un certain retour à une campagne idéalisée mais pas trop éloignée de la ville et de ses opportunités d’emploi grâce à la proximité de réseaux de transports routiers, autoroutiers et ferroviaires, le coût du logement et notamment l’accès plus facile à la propriété, le niveau plus avantageux de pression fiscale locale constituent autant de facteurs qui expliquent la périurbanisation contemporaine. Plusieurs études récentes documentent ces stratégies de localisation résidentielle dans les communes périurbaines et de dissociation croissante entre de lieux d’habitat et d’emploi (sur l’aire urbaine de Lyon : Andan et al. 1999). L’humoriste Alphonse Allais était donc prophétique lorsqu’il énonçait au XIXème siècle : « Les villes devraient être construites à la campagne. L’air y est tellement plus pur » ! Exploitant les enquêtes Logement de l’INSEE, Cavailhès et Goffette-Nagot (2003) la loi de l’économie urbaine selon laquelle les ménages font un arbitrage entre le coût des déplacements domicile-travail et le coût du logement. Pour qu’ils soient indifférents à habiter un peu plus près ou un peu plus loin du centre, il faut que si le coût du déplacement s’accroît, c’est-à-dire si la distance augmente, la rente foncière baisse. Ils montrent clairement, en étudiant l’ensemble des aires urbaines françaises, que plus la distance au centre augmente, plus la part des maisons individuelles et de la surface habitable tendent à croître en raison de la diminution de la rente foncière. En distinguant quatre catégories de communes – communes-centres, communes de banlieue, périurbain en deçà de 20 km, et périurbain au-delà de 20 km - leur étude montre enfin qu’en 1996 le revenu moyen des ménages pour l’ensemble des aires urbaines françaises était le plus élevé dans les communes périurbaines et que la progression la plus forte depuis 1984 était enregistrée dans le périurbain au-delà de 20 km (+85%).
Le « retour à la nature » comme antidote à la grande ville pernicieuse et dangereuse, véritable lieu de perdition a, comme on le sait, fortement influencé le mouvement de suburbanisation aux Etats-Unis. Cette aspiration à fort soubassement chrétien est également très présente en France où les origines catholiques et paysannes de la majeure partie de la population favorisent un rapport de défiance voire de rejet à l’égard de la grande ville et de son « amoralité » et une volonté de s’en distancier autant que possible grâce au développement des transports individuels et collectifs. Comme le soulignent Sauvage et al. (2002 : 56) à travers les transformations de l’aire urbaine de Rennes,
« le monde de l’origine rurale a longtemps été perçu, représenté, rêvé comme le paradis originel ; l’obligation de venir en ville fut, pour de nombreux contingents de ruraux, l’occasion de se joindre aux files des nouveaux urbains destinés à s’établir dans « l’enfer des grands ensembles »… »
La forme urbaine, le type d’habitat et la composition sociale des banlieues se sont régulièrement différencié depuis leur développement rapide dans la deuxième moitié du XIXème siècle, que nous illustrerons à travers quatre banlieues aux profils bien contrastés de l’aire urbaine de Bordeaux (cf. Table 8). Autour de la ville centre s’est d’abord constituée une première couronne de banlieues dont la densité bâtie tend à augmenter ; une partie d’entre elles, de tradition industrielle, conservent un appareil productif tout en se tertiarisant. La banlieue industrielle et populaire jouxtant Bordeaux en est un exemple. 60% de ses logements furent construits avant 1967, 74% avant 1975, souvent des pavillons pour ouvriers et employés, l’habitat collectif représentant 37% du total des logements. Banlieue donc ancienne, longtemps seul bastion communiste de l’agglomération, elle connaît depuis la fin des années 1980 une certaine forme de gentrification attirant à présent les classes moyennes en quête de maisons individuelles et de jardins à un coût plus abordable qu’à Bordeaux (on compte seulement 30% de propriétaires à Bordeaux, contre 49% à Bègles). La progressive diversification sociale et culturelle de cette banlieue provoquée par la migration de ces nouvelles couches sociales explique en grande partie la transition en 1989 d’un communisme muncipal traditionnel à un new politics leadership incarné par le médiatique député écologiste Noël Mamère.


Table 8. Old and New Suburbs in the Bordeaux Metropolitan Area (1999)







 

Population

Housing

% built

% built

% built

% Collective

Median

% Housing

 

 

Units

before 1949

1949-1974

since 1975

Buildings

Income

Owners

Bègles

22.538

10.317

37

37

26

37

9.332

49

Lormont

21.340

8.646

10

59

31

71

6.082

30

Le Haillan

8.134

3.142

8

29

63

19

11.240

63

Martignas/Jalle

5.581

1.848

4

15

81

2

11.109

83

source : INSEE



























C’est dans cette même première couronne qu’ont été construits dans les années 1960 les grands ensembles immobiliers sociaux à la désormais triste réputation dans le cadre de l’urbanisme opérationnel et des zones à urbaniser en priorité (ZUP). Ces opérations, destinées notamment à accueillir les enfants du baby boom, les vagues de migrants d’origine rurale mais aussi les rapatriés d’Algérie ont été concentrées sur des programmes massifs, 60% des ZUP construites en France offrant une capacité d’accueil comprise entre 2000 et 5000 logements. Comme le souligne Burgel (in : Pinol 2003 : 690), certaines sont entrées dans la légende des quartiers qualifiés plus récemment de difficiles : Lyon-La Duchère (1958, 6.000 logements), Caen-Hérouville (1962, 8.000 logements), Nantes-Saint-Herblain (1962 , 7.500 logements), Marseille-ZUP Nord n°3 (1964, 25.000 logements), ou Toulouse-Le Mirail (1964, 23.000 logements). Dans l’agglomération de Bordeaux, Lormont appartient à cette catégorie de banlieues caractérisées par la construction de tours et de barres massives de logements sociaux dans les années 1960-70 : 59% de ses logments actuels ont été construits en l’espace de seulement onze ans, soit entre 1968 et 1981. Plus tardivement urbanisée que Bègles, Lormont concentre aujourd’hui de nombreux problèmes économiques et sociaux et enregistre, parmi toutes les communes de l’aire urbaine, les taux les plus bas de richesse municipale (6.082 € par personne de revenu médian) et de propriétaires (30%), et une forte proportion d’immigrés, près d’un habitant sur cinq.
A l’ouest de l’agglomération bordelaise, Le Haillan présente un profil urbanistique et socio-démographique tout à fait différent de celui de Lormont. Comme celle-ci, la commune du Haillan est longtemps resté un petit bourg rural peuplé de quelques maraîchers : 8% seulement des logements existants furent construits avant 1949, et son développement est encore plus récent puisqu’il date surtout des années 1980-90 ; 63% des logements ont été construits depuis 1975. Ici, les logements collectifs sont limités (19%) au profit des pavillons et de l’habitat individuel. La commune attire surtout des cadres moyens et supérieurs, notamment du pôle aéronautique voisin, dotés d’un patrimoine suffisant pour acquérir - niveau de revenu médian de 11.240 €, soit pratiquement le double de celui de Lormont, et taux de 63% de propriétaires - plus souvent que louer des maisons spacieuses avec jardins ou parcs. Le prix élevé du foncier résulte du niveau élevé de qualité de vie résultant du dynamisme économique, de très bonnes liaisons avec le cœur de l’agglomération, de la proximité des lacs, du Médoc et du littoral atlantique, du bon tissu de commerces de proximité, d’infrastructures culturelles et d’équipements sportifs.

La commune de Martignas-sur-Jalles est une banlieue encore plus jeune dont 81% des logements ont été construits depuis 1975, presque tous des maisons individuelles (98% du parc immobilier) et où le pourcentage de propriétaires est l’un des plus élevés de l’aire urbaine (83%). Comme Le Haillan, ses responsables misent sur ses atouts de qualité de vie et ses aménités pour attirer une population jeune (moyenne d’âge de 35 ans), qualifiée et aisée (11.109 € de revenu médian) à la recherche d’espace (avec 2.639 hectares, le territoire très boisé est particulièrement étendu puisqu’il représente 53% de la superficie de la ville de Bordeaux). On peut lire sur le site Internet de la municipalité la « publicité » suivante (http://www.martignas.org/):

« A 18 kilomètres à l'ouest de Bordeaux, à mi-temps des quais de la capitale aquitaine et de l'océan Atlantique, Martignas-sur-Jalle présente tous les atouts d'une ville à la campagne. L'odeur des pins des Landes qui lui servent d'écrin, la douceur de l'air marin, le calme des bords de Jalle offrent aux Martignassais un cadre forestier où il fait bon vivre, à quelques pas d'une des grandes métropoles françaises ».

Le développement récent de communes périurbaines telles que Martignas confirme en France une tendance de fond observable non seulement aux Etats-Unis mais également dans d’autres pays industrialisés. La suburbanisation dépend de plus en plus non pas de contraintes exercées par de grands agents publics (Etat) ou privés (entreprises), mais de stratégies individuelles de migration et de localisation de la part de ménages guidés par les arbitrages auxquels ils procèdent en fonction de leurs préférences résidentielles.

Historiquement, comme le soulignent Thisse et al. (2003), la répartition des populations et des activités au sein des villes a, pendant longtemps, été dictée par des logiques non économiques. Les règles d’affectation du sol y étaient principalement régies par la coutume, la religion ou le pouvoir politique, ce qui, dans certains cas, pouvait favoriser une plus grande mixité sociale au sein des mêmes quartiers, voire dans les mêmes logements. Dans ces sociétés, toutefois, la proximité spatiale allait souvent de pair avec une distance sociale très grande entre groupes sociaux et individus.
Lorsque émergèrent la propriété privée des sols et le droit de les aliéner, l’achat et la vente de parcelles conduisirent à une spécialisation croissante des localisations fondée sur leur rentabilité relative. En bref, l’existence de marchés fonciers est devenue un élément structurant de l’espace urbain qui conduit à une séparation progressive des lieux de travail, de résidence et de loisir.
Le principe de base expliquant la formation du prix du sol - la rente foncière - et l’organisation des activités au sein de l’espace urbain en fonction des variations de ce prix a été énoncé dès 1826 par von Thünen dans son étude de la rente agricole. Ce principe reste valable pour les sols urbains : tout se passe comme si, de manière implicite, chaque ménage comparait toutes les localisations possibles et évaluait pour chacune d’elle le montant maximum (ci-après appelé « enchère ») qu’il serait disposé à payer pour y résider. Chaque lot est alors attribué au ménage ayant l’enchère la plus élevée pour le lot en question. L’enchère d’un ménage pour une localisation particulière dépend de nombreux facteurs tels que la qualité du logement et de son voisinage immédiat, les facilités existantes à proximité et les moyens de transport disponibles. La distance au centre d’emploi où doivent se rendre les membres du ménage reste un des facteurs fondamentaux, même si son rôle décline avec les progrès réalisés dans le domaine du transport.
Le logement étant un bien essentiel dont la consommation augmente avec le revenu, quand on passe d’une catégorie socio-économique à une autre plus riche, les ménages ont tendance à être plus éloignés du centre-ville afin de pouvoir consommer de plus grandes surfaces. Dans ce cas, ce seraient les ménages les plus pauvres qui s’installeraient près du centre-ville et y utiliseraient de petites surfaces, tandis que les ménages les plus riches devraient résider en périphérie, phénomène effectivement observé dans la plupart des villes américaines, mais également dans des pays d’Europe. Il n’est pas inutile d’insister sur le fait que cette stratification est le résultat d’une concurrence pour l’occupation du sol entre utilisateurs possédant des disponibilités à payer différentes ; il n’est en rien le produit de mécanismes de discrimination, quand bien même ceux-ci peuvent, dans la réalité, venir la renforcer.
La baisse du coût des migrations alternantes, jointe à la hausse des revenus des ménages, constitue la raison majeure de l’étalement caractéristique des villes modernes, y compris en France, beaucoup moins compactes que les villes anciennes (urban sprawl).
Les choix de localisation des jeunes ménages – qui tendent à se sédentariser après l’âge approximatif de 45 ans – résultent donc d’un arbitrage entre leurs revenus disponibles et la recherche d’un niveau optimal d’aménités locales. Dans de nombreuses aires métropolitaines des Etats-Unis, le niveau général des aménités disponibles s’est considérablement détérioré dans les villes-centres, contribuant à l’exode massif des catégories supérieures. En revanche, en France, une bonne partie des villes-centres ont longtemps maintenu un niveau élevé d’aménités (patrimoine historique, écoles, institutions culturelles, restaurants, spectacles,…) leur permettant de maintenir ou d’attirer sur leur territoire une proportion nettement plus élevée de cadres moyens et supérieurs (voir la comparaison éclairante US-Allemagne-France de Sellers 1999). Mais la croissance au cours des dernières années d’une série de désaménités dans les villes-centres françaises – parc immobilier insuffisant et devenu de plus en plus coûteux, problèmes devenus aigus de circulation et de stationnement automobile, pollution croissante dont les effets dangereux sur la santé sont de plus en plus connus et vulgarisés, insécurité perçue comme en augmentation sensible, … - a incité une proportion croissante de jeunes ménages à s’installer à une distance suffisante du centre pour acquérir une maison dans une commune périurbaine. Plus le différentiel d’aménités naturelles (topographie), historiques (patrimoine architectural et culturel), et économiques et socio-culturelles (commerces, écoles, institutions culturelles) tend à être déséquilibré au détriment de la ville-centre, plus les ménages à statut économique et culturel élevé auront tendance à quitter la ville-centre.
Cette périurbanisation semble suivre le « modèle US » dans la mesure où elle semble accentuer la ségrégation socio-économique des populations municipales. Nous l’avons vu à travers l’examen des profils du Haillan et de Martignas, deux banlieues parmi les plus récentes et les plus aisées de l’aire urbaine de Bordeaux. Les motifs d’installation et les caractéristiques de leurs habitants illustrent cette tendance à la constitution d’enclaves favorisées. Ces ménages ont les moyens d’acquérir des terrains et des maisons spacieuses bien reliées au centre d’emploi principal de Bordeaux, et de payer un ticket d’entrée qui exclut de facto les groupes sociaux moins favorisés. Il n’est donc pas surprenant que la variation des revenus soit moins importante dans les communes périurbaines que dans les autres communes des aires urbaines (Caruso 2003).

La figure 5 représente une typologie des communes des aires urbaines françaises en quatre catégories dressée selon leur niveau d’homogénéité sociale et de statut socio-économique. Ces deux dimensions paraissent en effet fondamentales pour comprendre les logiques de ségrégation croissante à l’œuvre conditionnant les variations des comportements politiques en fonction des lieux de résidence. Les villes-centres demeurent dans l’ensemble caractérisées en France par un niveau relativement élevé d’hétérogénéité sociale : richesse et pauvreté coexistent sur leur territoire comme en témoignent, sur le territoire d’une même ville, la diversité des profils de leurs quartiers : il suffit de comparer le très prospère 7ème arrondissement de Paris (revenu médian de 21.246 € par personne en 2000) au 19ème (8.728 €) ou, à Marseille, le 8ème (12.424 €) au 3ème arrondissement (4.028 €). Les old suburbs regroupent les banlieues dont le développement s’est effectué pour l’essentiel avant les années 1980. On ne peut pas les réduire à un modèle unique tant elles sont socio-économiquement différenciées. Elles se répartissent par conséquent dans les quatre catégories de communes: elles peuvent en effet être socialement hétérogènes et riches comme Mérignac dans l’aire urbaine de Bordeaux, ou relativement pauvres mais en voie de gentrification comme Bègles ; on trouve également des old suburbs socialement homogènes, composées essentiellement d’ouviers et d’employés comme Lormont, ou à dominante de population aisée comme Le Bouscat. Par contre, les new suburbs présentent un profil beaucoup plus spécifique puisque, à l’image du Haillan et encore plus de Martignas-sur-Jalle, elles sont socialement homogènes et fortement ségrégées en faveur des couches les plus qualifiées et aisées de la population.
La ségrégation socio-économique entre communes n’est donc pas un phénomène nouveau : il y a trente ans déjà, on savait très bien, dans l’aire urbaine de Bordeaux, que selon que vous habitiez Le Bouscat ou Lormont, vous tendiez à être classé comme plutôt riche ou plutôt pauvre. Mais, depuis, les dynamiques de ségrégation réisidentielle se sont à la fois diversifié, affiné, et accentué. Les new suburbs sont la plus claire manifestation de cette évolution. Deux conséquences majeures sont à attendre de cette suburbanisation ségrégative sur les comportements politiques : le déclin de la participation politique d’une part, le développement du conservatisme fiscal d’autre part.
Plus les communes sont ségrégées les unes par rapport aux autres et par conséquent socialement homogènes, moins les enjeux politiques municipaux feront l’objet de débats et de conflits faute de dissensus, conduisant à une faible mobilisation politique des citoyens. L’atténuation des clivages sociaux et de la conflictualité politique favorise nettement l’abstention aux élections locales (comme le montre l’analyse anglo-française multivariée de Hoffmann-Martinot, Rallings and Thrasher 1996). On peut donc supposer que toutes choses égales par ailleurs – c’est-à-dire à mobilité géographique et structure de la compétition politique équivalentes - la participation électorale devrait être supérieure dans les villes-centres et les bannlieues socialement hétérogènes que dans les banlieues socialement homogènes. Parmi ces-dernières, on peut également formuler l’hypothèse que la surreprésentation des propriétaires dans les new suburbs - une catégorie de citoyens plus intéressée par les enjeux politiques locaux pour des raisons liées aux effets directs des politiques municipales (fiscales, urbanistiques, d’infrastructures,…) sur leur patrimoine immobilier – devrait favoriser un niveau relativement plus élevé de participation électorale que dans les old suburbs.
Jusque dans les années 1980 et à la mise en œuvre progressive de la réforme de décentralisation, la fiscalité locale était étroitement contrôlée par l’Etat notamment à travers la fixation des taux. Depuis cette époque, elle a sensiblement augmenté et constitue un élément désormais déterminant dans les choix de localisation des entreprises et des ménages, ce qui singularise sans doute la France par rapport aux autres pays européens. Comme le rappelle Gilbert (1999), d’une part l’autonomie fiscale locale est particulièrement élevée en France à travers la marge de manoeuvre dont disposent les collectivités locales pour fixer les quatre impôts directs (taxe professionnelle, taxe d’habitation, taxe foncière sur les propriétés bâties, et taxe foncière sur les propriétés non bâties), et d’autre part cette autonomie varie considérablement d’un territoire à l’autre en raison du degré très élevé de fragmentation géo-politique. En d’autres termes, la théorie du vote avec les pieds de Charles Tiebout, dont on connaît certes les limites d’application, trouve en France un terrain d’illustration et de manifestation certainement plus pertinent que dans des pays européens territorialement plus consolidés où l’autonomie fiscale municipale est plus limitée comme l’Allemagne ou les Pays-Bas. Le citoyen français peut espérer trouver sur « le marché de la localisation » un large éventail de rapports qualité/ prix lui permettant d’arbitrer en fonction de ses préférences entre un nombre élevé de combinaisons de coûts, d’avantages et d’aménités. Au sein d’une même région urbaine, cette offre tendra à être d’autant plus diversifiée que le territoire global sera fragmenté. A niveau équivalent de coûts (foncier et de transports) et d’aménités, les ménages relativement aisés souhaitant s’installer en banlieue privilégieront les communes à faible pression fiscale, souvent localisées à l’extérieur des agglomérations et de leurs structures intercommunales telles que les communautés urbaines ou les districts. L’attractivité dans l’aire urbaine de Bordeaux d’une banlieue comme Cestas, qui borde le territoire de la lourde et chère Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) sans lui appartenir (par conséquent à la fois proche géographiquement et distante fiscalement), tient en grande partie précisément à la charge fiscale locale sensiblement moins lourde qu’elle impose à ses habitants en comparaison des 27 communes de la CUB.
Les stratégies fiscales individuelles de ce type tendent à se développer en particulier dans les aires urbaines dont la situation socio-économique de la ville-centre est défavorable ou en détérioration et la contraint à augmenter sa pression fiscale. La poursuite de la décentralisation, qui se traduit par un progressif désengagement financier de l’Etat notamment pour le financement d’équipements lourds de centralité (opéras, musées, bibliothèques,…), ainsi que la concentration croissante de populations dépendantes dans les villes-centres (personnes âgées, pauvres notamment) ont sensiblement accru le fiscal stress pesant sur les villes-centres. En comparaison, la charge fiscale locale par habitant apparaît généralement bien moindre dans des banlieues à population réduite, aisée, et homogène, bénéficiant en outre de la présence de quelques entreprises dynamiques contribuant substantiellement au budget municipal via la taxe professionnelle. L’objectif de payer moins d’impôts dans une commune menant une politique modérée de dépenses détermine par conséquent le comportement de localisation des ménages dans les new suburbs, plutôt que dans les autres communes urbaines. Même si l’on doit examiner avec une grande prudence la relation entre composition sociale et couleur politique d’une municipalité, remarquons cependant que la migration de classes moyennes et supérieures à la périphérie tend objectivement à réduire l’assise électorale de la droite. Il y a encore vingt ans, la structure plus bourgeoise des villes-centres facilitait leur contrôle par des majorités de droite : c’était le cas en 1983 des deux tiers environ (27) des centres de nos 42 aires urbaines. Vingt ans pls tard, la droite n’en dirige plus que la moitié (21).
Ce conservatisme fiscal atteint des degrés et s’exprime politiquement selon des formes différentes selon le type de banlieues. Rejoignant l’argument de Gainsborough (2001) appliqué aux Etats-Unis, notre hypothèse est que les nouveaux suburbains, étant donné leur choix de résidence et d’existence, sont porteurs de préférences économiques et fiscales conservatrices influençant directement le choix de leurs leaders locaux et les policy outputs de leurs municipalités. Ce conservatisme fiscal plus ou moins explicite et accentué peut certes se combiner avec un libéralisme socio-culturel en recomposant une New Political Culture (Clark et Hoffmann-Martinot 1998) susceptible d’être incarnée par des élus indépendants et de droite, mais aussi par des leaders de gauche modérés tels que des socialistes pragmatiques. Aussi générale soit-elle, une telle évolution ne peut être ramenée ou réduite à un modèle unique et uniforme de conservatisme. Pour ces new suburban, qui ne sont pas uniquement mûs par le self-interest, il ne s’agit pas de bannir ou de limiter systématiquement tout interventionnisme public municipal : ils pourront au contraire souhaiter le développement d’équipements scolaires et socio-culturels. Si leur sociotropisme leur permet de rechercher non pas la simple conservation mais aussi l’amélioration de leur localité, la structure sociale homogène et l’esprit de celle-ci ne doivent cependant pas être fondamentalement modifiés.
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