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Proust et Nerval : Études sur l’univers

imaginaire et poÉtique du rÉcit


La formation du grand roman proustien est inséparable des « my­sté­rieuses lois » de Sylvie et des Chimères, qui évoquent une poétique de Nerval, définie par la « poésie » qui « tomba dans la prose ». En effet, toute la création de la Recherche se concrétise au fur et à mesure grâce aux inspirations de cette poétique de Sylvie et des Chimères. Dans la genèse de la Recherche, nous distinguons deux romans proustiens élaborés à la lumière des œuvres de Nerval : le roman de 1912 que Proust a intitulé Les Intermittences du cœur et le roman d’Albertine écrit après 1913. De 1908 à 1912, Proust s’inspire de Sylvie tout en l’associant plus ou moins à la poésie de Nerval pour construire son roman, il s’agit aussi bien de formes du roman que de « lois pro­fondes […] de l’âme humaine ».

Dans le premier roman, deux grandes orientations importantes doivent être repérées. D’une part, la lecture de Sylvie permet à Proust de mieux concevoir l’architecture de son roman : le fameux « entre-deux », c’est-à-dire la forme circulaire du récit, développé grâce au mécanisme de la mémoire nervalienne et à l’idée de l’enchaînement des chapitres I-II de Sylvie ; la forme binaire du roman divisé entre partie romanesque et partie esthétique ; la structure ternaire du « rêve d’un rêve ». Le cycle romanesque de Combray est composé à l’instar du retour du narrateur de Sylvie au Valois. D’autre part, Proust esquisse la poésie des jeunes filles en fleurs dès le Carnet 1 grâce aux inspirations de Sylvie. À ces deux grandes orientations s’ajoutent aussi l’esthétique de la mémoire, la poésie des couleurs irréelles, l’atmosphère de rêve et les impressions indéfinissables.

Dans le second roman, l’invention d’Albertine à partir de 1913 bouleverse com­plètement la suite du récit. Cette poésie des jeunes filles en fleurs, conçue entre 1908 et 1913, sera réorganisée dans l’histoire de cette héroïne que Proust développera tout en épuisant les idées poétiques des deux sonnets des Chimères, « El Desdichado » et « Artémis ». Le roman d’Albertine repose essentiellement sur le « modèle de hantise maladive » ; elle est pour le narrateur la « chimère amoureuse » nervalienne par excellence ainsi que Rachel pour Robert de Saint-Loup. Leurs amours s’inscrivent à la fois dans une comédie amoureuse et dans un roman malheureux. La confrontation de nos deux auteurs s’impose si nous voulons dévoiler les secrets de leur écriture qui recompose un univers imaginaire et poétique, où est évoqué un vaste réseau d’échos, de pastiches et d’affinités entre eux.

I. De la lecture de Nerval au Contre Sainte-Beuve
Dans ce chapitre, nous essayons d’aborder la question fondamentale concernant la lecture des œuvres de Nerval (Sylvie et Les Chimères) et les liens entre Nerval et Sainte-Beuve de la fin du dix-neuvième siècle jusqu’en 1908. Proust semble ne prêter sa véritable attention à Sylvie qu’après 1904 ; à son étude importante sur cette nouvelle de Nerval est en effet liée la création de son grand roman. C’est probablement Les Chimères (le manuscrit Lombard) qui fascinent d’abord le jeune Proust et qu’il imite dès 1891 dans les « Choses normandes ». Et son article sur Sylvie s’ouvre aussi sur la critique de la reprise de certains vers des Chimères dans Sylvie. Dans le Carnet 1, il associe encore à Sylvie les deux derniers vers de « Myrtho », cités par Robert de Montesquiou. À ces deux vers seront liés les deux côtés parisiens de la Recherche : le côté du bois de Boulogne où on retrouve l’alliance chimérique de l’ « hortensia » et du « myrte » et le côté des Champs-Élysées où la « chanson d’amour […] toujours recommence » sous « les lauriers ». C’est aussi dans une lettre à Montesquiou de mars 1905 que Proust cite pour la première fois une œuvre de Nerval, « Vers dorés ». En cette année 1905, on célèbre en effet le centenaire de la naissance de Sainte-Beuve et le cinquantenaire de la mort de Nerval.
II. Le monde de l’intermittence
Dans ce chapitre, nous étudions les phénomènes de l’intermittence auxquels s’associe l’écriture proustienne et nervalienne. Chez les héros neurasthéniques se manifestent certaines effets intermittents : l’alternance des deux états, calme et angoissant ; le rêve et la vie. La mémoire affective est étroitement liée aux états neurasthéniques des héros. Les idées esthé­tiques de la « Fantaisie », reprises dans Léo Burckart et dans Sylvie, inaugurent la « poé­tique » de la mémoire nervalienne. Nous distinguons deux significations des « intermittences du cœur », au sens général et au sens strict. Proust imite d’abord le début de Sylvie (la lecture d’un journal et la ronde) pour écrire la scène primitive des « Intermittence du cœur II » et les amours de son héros pour les jeunes filles dans les Cahier 25, 36 et 24, avant d’avoir l’idée de pasticher vers 1911 les deux premiers chapitres de Sylvie dans la relecture de François le Champi du Cahier 57 (Cahier Temps retrouvé) pour construire l’ « entre-deux » du roman. Les Intermittences du cœur, titre primitif du roman de 1912, évoquent d’une part la résurrection brutale de la mère morte (Intermittences du cœur I) et l’apparition d’une autre scène enfantine (Intermittences du cœur II) ; d’autre part, elles désignent cette structure de l’« entre-deux » et relient ainsi les deux volets du roman de 1912 : Le Temps perdu et Le Temps retrouvé.
III. L’univers sensible
Ce chapitre souligne les liens étroits entre le monde sensible de la Recherche et les « Vers dorés ». Ce sonnet des Chimères, citée par Proust en 1905, l’attire par sa sensibilité pythagoricienne et par ses aspects irrationnels. À l’interrogation de chaque vers du sonnet répond une pensée profonde de Nerval qui sera reprise dans la Recherche. Nerval, Emerson et Maeterlinck évoquent tous les trois le thème du « dieu caché » auquel est soumis le destin obscur des héros proustiens. Ce « dieu caché » prend surtout un double aspect dans le roman : l’hérédité et le hasard dans l’enchaînement des circonstances. Proust associe les « mys­té­rieuses lois » de « Vers dorés » et de Sylvie à l’uni­vers sen­sible de Combray. C’est en suivant de très près ce sonnet nervalien que Proust relie la totalité de l’épisode de François le Champi et l’épisode de la « petite madeleine » en un ensemble dans la dactylographie 1 du Temps perdu, afin d’illustrer sa théorie irrationnelle de la mémoire involontaire : un « regard » d’enfant conservé dans le livre de Sand et les âmes passées se cachant dans « une bête, un végétal, une chose inanimée ». Le Valois et Combray aboutissent à un monde sensible où chaque matière est vivante.
IV. Un roman poétique du malheur
Dans ce chapitre, nous parlons du roman malheureux des héros nervaliens et proustiens, qui reprend les idées poétiques d’« El Desdichado ». Avec l’univers psychopathologique de ce sonnet s’accordent les états morbides des héros proustiens, Swann, Charlus et le narrateur. Le parcours malheureux de ce dernier avec Albertine, notamment, est assimilé à celui du narrateur de ce sonnet nervalien. Premièrement, Charlus est le « Prince des Ténèbres » qui a fait deux fois sa descente aux enfers dans La Prisonnière et dans Le Temps retrouvé, où on retrouve les visions cosmiques et apocalyptiques des Chimères. Deuxièmement, Proust nervalise le roman malheureux de son narrateur avec Albertine en s’inspirant des œuvres de Nerval, Sylvie et surtout les deux sonnets des Chimères, « El Desdichado » et « Artémis », d’une part, pour rendre l’action romanesque plus poétique ; d’autre part, parce que le ton sombre et romanesque du premier sonnet des Chimères convient bien au roman malheureux du narrateur, qui est tour à tour ténébreux, veuf et inconsolé.
V. La poétique des jeunes filles en fleurs
Ce chapitre souligne la poésie des jeunes filles en fleurs que Proust a d’abord esquissée dès le Carnet 1 grâce à la lecture de Sylvie ; elle sera complètement remaniée et réorganisée autour d’Albertine. Il y a dans la Recherche une poétique des jeunes filles en fleurs, qui est conçue à la manière de celle des Filles du Feu (Sylvie et Les Chimères). Faisant suite au chapitre IV, ce chapitre évoque les idées poétiques d’un autre sonnet des Chimères, « Artémis », qui sont reprises dans le roman d’Albertine. Les échos et les parodies de ce sonnet se multiplient dans Sodome et Gomorrhe et se répandent dans l’ensemble de la partie romanesque de la Recherche. L’histoire d’Albertine se renoue et dénoue en ce que nous appellerons une structure circulaire de treize, où, de jeune fille en jeune fille, se forme autour d’elle une « chaîne de fleurs » dont les « liens » retracent un ballet de « filles-fleurs » nervalien. Les trois femmes du côté de Méséglise et les passantes de Balbec, qui s’inscrivent dans les avatars d’Albertine-Isis, constituent le grand cycle amoureux du narrateur : Gilberte revient… C’est encore Albertine. En effet, le dénouement de la partie romanesque de la Recherche évoque une double structure circulaire de treize nervalienne et balzacienne ; tandis que la division des « filles-fleurs » en deux types de femmes est liée au double amour des héros.

VI. La géographie imaginaire
Dans ce chapitre, nous définissons, entre les œuvres de Nerval et celles de Proust, les similitudes d’une géographie imaginaire que représente la « poésie perdue » de l’Île-de-France. Il faut remarquer d’abord une « atmosphère bleuâtre » qui entoure ce pays et les jeunes filles en fleurs. Les environs de Balbec, où le narrateur voyage avec Albertine, s’inscrivent dans le paysage bleuâtre nervalien, alors que Mme de Guermantes représente pour le héros la poésie des « vieilles couleurs » nervaliennes. Le « reflet de soleil sur une pierre » est une autre image romantique commune à Nerval et à Proust. Ceux-ci évoquent les rêveries sur le château crépusculaire des Lusignan. La fée Mélusine « éternellement jeune » devient aussi l’emblème du cycle de Guermantes. Le clocher de Combray a pour modèle les clochers de l’Île-de-France dont fait partie le Valois. Proust décrit ce trait essentiel qui caractérise le paysage nervalien et des tableaux flamands et hollandais : le clocher s’élève dans la brume et dans un ciel bleu. Ce passage sur le clocher de Combray est en effet chargé d’images romantiques : le « soleil noir » et le « doigt » d’un cloche.
VII. Le monde idéal de Watteau
La peinture de Watteau décrit en effet une mélancolie moderne, par laquelle se trouvent influencés les écrivains romantiques. Dans ses œuvres, Nerval peint le paysage brumeux de Watteau qui représente chez lui un paysage mélancolique. On trouve chez nos deux auteurs un idéalisme vaporeux qui associe l’effet de la vapeur à l’état de mélancolie et de rêverie. Nerval dessine un paradis retrouvé du Valois assimilé au monde idéal de Watteau, Proust, quant à lui, transpose les paysages et les couleurs fantastiques de Watteau dans le bois de Boulogne, où a lieu le pèlerinage des amours galants du narrateur. Son « embarquement » dans l’île du Bois décrit la même « fantaisie » amoureuse que dans Sylvie.
VIII. Les récits de voyage
Dans le Carnet 1, Proust oppose la création artistique de Nerval à la flâ­nerie journalis­tique d’André Hallays. Aussi la critique de Proust sur le Voyage en Orient qu’il oppose à Sylvie peut-elle être lié à l’écriture journalistique de Nerval. En effet, Proust a lui-aussi entamé une série de flâneries à travers la France entre 1903 et 1907, mais réalisée à l’opposé des écrits d’Hallays. L’errance des héros dans la nuit est un autre voyage imaginaire des Mille et Une Nuits. Les tableaux des excusions nocturnes peignent en effet un réalisme subjectif. Nous distinguons deux sortes d’impressions de voyage en voiture : surgissement des souvenirs passé et visions de rêve. Proust emploie le procédé nervalien dans les voyages de son héros aux environs de Balbec : celui-ci « se rappelle et raconte » le récit en train. Les noms de pays suscitent des souvenirs et des rêveries poétiques. L’itinéraire du voyage du héros de Sylvie s’inscrit dans une carte constituée de noms de lieux et de noms de personne. Les noms et le pays se font pendant dans Sylvie comme dans la Recherche. Aux impressions obscures s’ajoutent l’évocation des paysages du rêve.
IX. L’esthétique du récit
La postérité de Nerval dans la littérature française d’avant Proust, telle que Marcel Schwob, Adolphe Retté et Paul Hervieu, s’est d’abord intéressée à Aurélia plutôt qu’à Sylvie. Aussi remarquons-nous chez Bergotte qui représente principalement Anatole France des images nervaliennes : « vain songe de la vie », « illusion » et « ombre d’un rêve ». Les héros sont toujours à la poursuite d’une femme rêvée : la « chimère amoureuse ». Proust évoque l’illusion de ses héros pour Albertine, « actrice de la plage en feu », et pour Rachel actrice ; le théâtre est le monde des rêves nervalien. Proust pastiche « El Desdichado » dès les œuvres de jeunesse, en 1896, il emploie certaines images obscures et brillantes du sonnet dans le débat entre lui et Mallarmé. Dans la Recherche, l’image du clocher-« soleil noir »  est associée à l’esthétique du verbe caché de « Vers dorés » : écrire, c’est de « retrouv[er] la lettre perdue ou le signe effacé » derrière une matière. La création artistique de Nerval re rapproche de celle de Vinteuil à propos de la reprise d’une « petite phrase ». Il faut considérer certaines phrases ou images nervaliennes qui se répètent comme des « phrases types ». L’œuvre proustienne et nervalienne évoque une esthétique de l’« au-delà ». L’inexprimable nervalien repose sur l’art de la métaphore entre les mots.
X. La notion du livre
L’œuvre nervalienne et proustienne est un livre sur les amours passées ou amours perdues, deux titres primitifs des Filles du Feu, auxquelles est associée la notion du temps. Proust a en effet conçu certaines formes romanesques de la Recherche à la lumière de Sylvie : la forme binaire (partie romanesque et partie esthétique) et la structure ternaire du « rêve d’un rêve » – l’insomniaque matinal du « Dernier feuillet » se rappelle le dormeur éveillé de la « Nuit perdue », le dormeur éveillé se rappelle le Valois d’enfance. Le livre nervalien et proustien est aussi une « œuvre de la solitude ». Nerval a toujours rêvé de « concentrer [s]es souvenirs en un chef-d’œuvre », « livre infaisable » pour lui. Et, là où il a échoué, Proust a réussi à écrire un livre total de longue haleine en se proposant d’« all[er] plus loin que Gérard ».





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