Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres





télécharger 76.5 Kb.
titreAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
date de publication19.10.2016
taille76.5 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos




www.comptoirlitteraire.com
André Durand présente
Antoine de SAINT-EXUPÉRY
(France)
(1900-1944)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées.

Bonne lecture !

Né à Lyon, il était le troisième des cinq enfants d'une famille de l'aristocratie (son père portait le titre de vicomte), catholique et traditionaliste. Bien qu'il perdit son père dès l'âge de quatre ans, il vécut une enfance heureuse dans les propriétés familiales de Saint-Maurice-de-Rémens (Ain) et du château de La Môle (Var). Il fut très lié à sa mère, dont la sensibilité et la culture le marquèrent profondément et avec qui il entretint toute sa vie une volumineuse correspondance. Ce paradis de l’enfance lui fit attacher une valeur irremplaçable aux racines, à la demeure. Il y sentit s’éveiller son intérêt pour la mécanique et pour l'aviation : il reçut son baptême de l'air en 1912, à l'aérodrome d'Ambérieu, et cette passion ne le quitta plus.

Après des études classiques dans des établissements catholiques, au Mans et à Fribourg, il prépara à Paris, au lycée Saint-Louis, le concours d'entrée à l'École navale. Ayant échoué à l'oral, il s'inscrivit aux Beaux-Arts (1919). Il effectua son service militaire dans l'aviation (1921 à 1923) et obtint son brevet de pilote. Mais la famille de sa fiancée, Louise de Vilmorin, avec qui il ne tarda pas à rompre, s’opposait à son affectation dans l'armée de l'air : il se résigna alors à exercer divers métiers (contrôleur de fabrication aux Tuileries de Boiron, voyageur de commerce pour les camions Sauter) tout en fréquentant les milieux littéraires (1923 à 1926).

L’année 1926 marqua un tournant décisif avec la publication d’une nouvelle, “L'aviateur”, et avec son engagement comme pilote de ligne sur le parcours Toulouse-Casablanca, par la société d'aviation Latécoère, dirigée à Toulouse par Didier-Daurat. Écrire et voler : sa vie prenait un sens dans la réalisation de ces deux projets pour lui inséparables. À chaque escale du pilote correspondit désormais l’étape d’une production littéraire nourrie de l’expérience car il ne voulait «n’écrire que ce l’on a risqué», ne rien écrire que sa vie ne garantisse ou qu’il ait eu l’occasion de vérifier à ses dépens.

Affecté, en octobre 1927, comme chef d’aéroplace à Cap Juby dans un Rio de Oro (le Sahara espagnol) ébranlé par les révoltes des Maures, il y révéla son sens des responsabilités, affronta les dangers du désert, gagna la confiance des Espagnols et des indigènes. C'est là qu’il écrivit son premier roman :

_________________________________________________________________________________

Courrier Sud

(1928)
Roman de 210 pages
Le narrateur, Jacques Bernis, pilote de l’Aéropostale, n'a pu entraîner dans son monde d'aventures sa trop casanière compagne, Geneviève. Il meurt dans un accident d’avion en plein désert.


Commentaire
Aux souvenirs de l'aviateur, notés avec une précision saisissante, à l’appel enthousiaste au dépassement de soi, se mêle une intrigue sentimentale quelque peu conventionnelle mais qui rapproche de nous le héros que nous sentons humain, vulnérable, susceptible de tendresse : «Ô femme après l'amour démantelée et découronnée du désir de l'homme. Rejetée parmi les étoiles froides. Les paysages du cœur changent si vite...»

Le roman, où il expérimentait un type de récit qui devait beaucoup au cinéma, fut, en 1937, adapté pour cet art par Saint-Exupéry lui-même.

_________________________________________________________________________________

L’escale suivante fut Buenos Aires où Saint-Exupéry, nommé directeur d'exploitation de l’’’Aeroposta Argentina’’, filiale de l'’’Aéropostale’’, rejoignit, en octobre 1929, Mermoz et Guillaumet, avec mission d'organiser le réseau d'Amérique latine. Tel est le cadre de son second roman :

_________________________________________________________________________________


Vol de nuit

(1931)
Roman de 150 pages
Rivière, qui dirige une équipe de l'Aéropostale en Amérique du Sud, cherche à démontrer que le courrier est acheminé plus rapidement par avion que par chemin de fer : «C’est pour nous une question de vie ou de mort, puisque nous perdons, chaque nuit, l’avance gagnée, pendant le jour, sur les chemins de fer et les navires.» Fabien, l'un des hommes de l'équipe, est porté disparu à la suite d'un vol périlleux. Face à l'épouse de celui-ci, Rivière comprend que l'amour et le sens du devoir sont deux idéaux incompatibles. À la fin du roman, il reste décidé à continuer les vols de nuit : «La défaite qu'a subie Rivière est peut-être un engagement qui rapproche de la vraie victoire. L'événement compte seul.» (chap. XXIII).


Commentaire
Dans les années vingt et trente, les notions de courage et d'héroïsme se déployèrent le plus admirablement et le plus utilement dans l'aviation, chez les pilotes qui risquaient sans cesse leur vie en service commandé. Ce service nocturne fut d’abord fort critiqué parce que, lors de cette première période héroïque, il était fort hasardeux : à l’impalpable péril des routes aériennes semées de surprises, s'ajoutait le perfide mystère de la nuit. “Vol de nuit” nous peint la tragique aventure d'un de ces pionniers de l'air et prend tout naturellement un ton d’épopée. On sent, à travers cette peinture, toute l'admiration de Saint-Exupéry qui parlait en connaissance de cause, son personnel affrontement d’un fréquent péril donnant à son livre une saveur authentique et inimitable, une valeur documentaire : «Il lut son altitude : mille sept cents mètres. Il pesa des paumes sur les commandes pour commencer à la réduire. Le moteur vibra très fort et l'avion trembla. Fabien corrigea, au jugé, l'angle de descente, puis, sur la carte, vérifia la hauteur des collines : cinq cents mètres. Pour se conserver une marge, il naviguerait vers sept cents mètres».

Fabien, sans être déshumanisé, s'élève à une vertu surhumaine par ce surpassement de soi qu'obtient la volonté tendue.

Rivière, double de Daurat mais également de l'auteur, est une admirable figure de chef : il n'agit pas lui-même mais il fait agir, insuffle à ses pilotes sa vertu, exige d'eux le maximum, et les contraint à la prouesse. Il mêle exercice de l'autorité et exigence d'absolu : - «Dans la vie, il n'y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent» (XIX). Son implacable décision ne tolère pas la faiblesse, et, par lui, la moindre défaillance est punie. Sa sévérité peut, au premier abord, paraître inhumaine, excessive. Mais c'est aux imperfections qu'elle s'applique, non point à l'homme même, que Rivière prétend forger. C'est que le sentiment du devoir le domine : «l'obscur sentiment d'un devoir, plus grand que celui d'aimer». Il sent que l'être humain ne trouve point sa fin en lui-même, mais se subordonne et se sacrifie à quelque chose qui le domine et vit de lui : «Nous agissons, pensait Rivière, comme si quelque chose dépassait, en valeur, la vie humaine... Mais quoi?» Et encore : «Il existe peut-être quelque chose d'autre à sauver, et de plus durable ; peut-être est-ce à sauver cette part de l'homme que Rivière travaille.» On voit bien qu’il n'est nullement insensible (rien de plus émouvant que le récit de la visite qu'il reçoit de la femme du disparu) et qu'il ne lui faut pas moins de courage pour donner ses ordres qu'à ses pilotes pour les exécuter. «Pour se faire aimer, dit-il, il suffit de plaindre. Je ne plains guère, ou je le cache... je suis surpris parfois de mon pouvoir.» Et encore : «Aimez ceux que vous commandez ; mais sans le leur dire

Dans ce roman qui affirme une éthique de l’action, qui est aussi une réflexion sur l'idéal héroïque («Il n’y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l'on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige.» XV), il éclairait cette vérité paradoxale, d'une importance psychologique considérable, que souligna dans sa préface Gide, l’immoraliste aux sentiments sinueux : «Le bonheur de l'homme n'est pas dans la liberté, mais dans l'acceptation d'un devoir». Chacun des personnages de ce livre est ardemment, totalement dévoué à ce qu'il doit faire, à cette tâche périlleuse dans le seul accomplissement de laquelle il trouvera le repos du bonheur.

Saint-Exupéry manifesta une plus grande maîtrise narrative et un sens réel du pathétique.

Le roman obtint le prix Femina.

Il fut, en 1939, adapté pour le cinéma par Saint-Exupéry. L. Dallapiccola en a tiré un opéra en un acte (Florence, 1940).

_________________________________________________________________________________

En 1931, la banqueroute de l'’’Aéropostale’’ mit un terme à l'ère des pionniers.

Saint-Exupéry épousa Consuelo Suncin, qu'il avait connue à Buenos Aires, mais il ne cessa pas de voler, comme pilote d'essai chez Latécoère (1932), puis à Air France (1934), effectuant aussi plusieurs tentatives de records, dont certaines se soldèrent par de graves accidents : dans le désert égyptien en 1935 (raid Saigon-Paris) et surtout au Guatemala en 1938 (en tentant de relier New York à la Terre de Feu).

Dans les années 1930, il multiplia les activités : brevets d'invention, adaptations cinématographiques de “Courrier Sud” en 1937 et de “Vol de nuit” en 1939, nombreux voyages (à Moscou, dans l’Espagne en guerre...), reportages et articles pour divers journaux (“Paris-soir”, “Marianne”, “L’intransigeant”).

En convalescence à New York après l'accident du Guatemala, il revint à la littérature en rassemblant, sur les conseils de Gide, des textes (pour la plupart des articles déjà publiés) :

_________________________________________________________________________________


Terre des hommes


(1939)
Recueil de huit essais de 200 pages


1 “La Ligne
Au moment de s'engager comme pilote, Saint-Exupéry commémore les exploits des anciens, pionniers de l'aviation. «Ce que d'autres ont réussi, on peut toujours le réussir».


2 “Les camarades
Le narrateur rend hommage aux héros, Mermoz, Guillaumet, avant de se soumettre «aux rites sacrés du métier». «Être homme, c'est précisément être responsable. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que les camarades ont remportée. C'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde.» - «Une fois pris dans l'évènement, les hommes ne s'en effraient plus. Seul l'inconnu épouvante les hommes. Mais pour quiconque l'affronte, il n'est déjà plus l'inconnu


3 “L'avion
Symbole de la recherche de perfection technologique, il est moins l'engin du progrès que l'«instrument savant» d'une quête spirituelle.
4 “L'avion et la planète
Ce que le vol permet, c'est une méditation sur la condition humaine. Plus loin, l'auteur se souvient du paradis de son enfance : «Il était, quelque part, un parc chargé de sapin noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j’aimais. Peu importait qu'elle fût éloignée ou proche, qu'elle ne pût ni me réchauffer dans ma chair, ni m'abriter, réduite ici au rôle de songe : il suffisait qu'elle existât pour remplir ma nuit de sa présence» - «Je me souviens des jeux de mon enfance, du parc sombre et doré que nous avions peuplé de dieux, du royaume sans limite que nous tirions de ce kilomètre carré jamais entièrement connu, jamais entièrement fouillé. Nous formions une civilisation close, où les pas avaient un goût, où les choses avaient un sens qui n'étaient permis dans aucune autre».

5 “Oasis
L'avion «nous plonge au coeur du mystère», celui du «miracle» d'un atterrissage forcé au Paraguay, enchanté par l'apparition féerique de deux jeunes filles.


6 “Dans le désert
La solitude offre de vraies richesses : celles de méditations sur le dieu de l'Islam, l'esclavage, les relations humaines, la mort, car «l'empire de l'homme est intérieur».


7 “Au centre du désert
En 1935, lors d'un raid vers l'Indochine, l'avion s'écrase. La survie de l'équipage s'organise, bientôt menacée par la soif, lorsque l'apparition d'un bédouin figure l'ange salvateur. «On croit que l'homme peut s'en aller droit devant soi. On croit que l'homme est libre... On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache, comme un cordon ombilical, au ventre de la terre. S'il fait un pas de plus, il meurt.»


8 “Les hommes
1 - Se perdre dans le désert, c'est en définitive affronter la vérité : il n'y a pas de héros mais des destins d'hommes, qu'enracinent un milieu, une lignée, une communauté.

2 -

3 -

4 – Voyageant dans un train, il voit des ouvriers polonais « congédiés de France et qui regagnaient leur Pologne », remarque un enfant et, devant cette misère, aboutit à cette réflexion : « C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé […] Ce qui me tourmente […], c’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. / Seul l'Esprit, s'il souffle sur la glaise, peut créer l'Homme


Commentaire
Le livre fut dédié au pilote Henri Guillaumet, gravement accidenté dans les Andes en 1930 et dont le narrateur invoque ensuite la figure, sous-jacente au propos du livre : «Ce qui sauve, c'est de faire un pas. Encore un pas. c’est toujours le même pas que l'on recommence...» (2, 2) - «Ce que j'ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait.» (2, 2).

Dans ce livre singulier, mi-roman mi-méditation morale, Saint-Exupéry évoqua des épisodes de sa vie d'aviateur, raconta Mermoz, l'Espagne, le désert, les risques du métier. Mais l'autobiographie, irriguant la réflexion à travers le détail des événements rapportés, n'est présente que pour souligner la valeur exemplaire d'une expérience existentielle, aux frontières de la vie et de la mort ; le témoignage, le regard sur les hommes ne sont que l'amorce, dans chaque chapitre, d'une réflexion philosophique, d’une méditation sur l'Homme. Chacun des gestes de Guillaumet pour échapper à la mort, comme chaque épisode retracé ensuite, est en fait une quête du sens de la vie, ramenée à l'essentiel. Depuis l'évocation de la conquête de l'air avec les premiers exploits de l'aviation, la critique de l'utopie de progrès débouche sur une morale de l'humilité. À la civilisation occidentale contaminée par les impératifs de l’industrie et qui mutile les valeurs humaines, il oppose la chevalerie céleste des Mermoz et des Guillaumet, vouée au culte de l’héroïsme. Loin des vanités et des illusions, «la vérité pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme». L’auteur développe une mystique personnelle autour du thème de la terre, qui donne au livre son titre. Le désert symbolise les forces telluriques, primitives qui ancrent chaque individu dans son milieu, sa tradition, ses rituels, lient le sort du sergent perdu dans les sables de Mauritanie et celui de l'humble paysan de Provence. Le simple jardinier est un modèle de haute humanité, «comme Guillaumet, l'homme courageux, quand il luttait au nom de sa Création, contre la mort» (2, 2).

Il insiste sur la nécessaire rigueur de l'individu vis-à-vis de lui-même pour devenir un homme : «La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle.» (incipit) - «L'esclave fait son orgueil de la braise du maître.» (6, 6). - «Être homme, c'est précisément être responsable. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que les camarades ont remportée. C'est sentir en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde» (2, 2) - «Je combattrai pour la primauté de l’Homme sur l'individu, comme de l'universel sur le particulier. Je crois que le culte de l'Universel exalte et noue les richesses particulières - et fonde le seul ordre véritable, lequel est celui de la vie. Un arbre est en ordre, malgré ses racines qui diffèrent des branches» (8) - «La vérité, vous le savez, c’est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos. La vérité, c'est le langage qui dégage l'universel... La vérité, ce n’est point ce qui se démontre, c'est ce qui simplifie.» (8, 3) - Il faut cultiver le «seul luxe, celui des relations humaines».

La réflexion sur « Mozart assassiné » peut être rapprochée de l’attitude de Rieux dans ‘’La peste’’ protestant contre la mort d’un enfant.

Le style classique de Saint-Exupéry tend à l'ellipse, à l'aphorisme alternant avec la gravité de la maxime. Il reprit le ton lyrique de “Courrier Sud”, le texte connaissant des moments de poésie soutenue par le rythme qui scande les mouvements du cœur et des sens, comme dans la nuit de Cap Juby, quand les sentinelles lancent le cri réglementaire : «Et nous, les passagers de ce vaisseau aveugle, nous écoutions l'appel s'enfler de proche en proche, et décrire sur nous des orbes d'oiseaux de mer» (6, 1). La poésie accordée aux éléments fonde la recherche d'une esthétique de la pureté : «une goutte de rosée au fond d'un verre», «l'horizon du désert», «la terre à la fois déserte et riche». Le récit se déploie parfois comme une véritable parabole, qui emprunte ses images à l'Évangile : le miracle de l'apparition de fillettes lors d'un atterrissage forcé au Paraguay, la dimension sacrée des gestes quotidiens des esclaves dans le désert, la figure d’archange rédempteur du bédouin offrant de l’eau aux aviateurs prisonniers du désert.

Grand prix du roman de l'Académie française en 1939, le livre, traduit en anglais sous le titre “Wind, sand and stars”, fut couronné par le ‘’National Book Award’’, devint, dès la même année, un best-seller aux États-Unis et fut salué en son temps pour la réflexion qui se dégage du récit autobiographique. De cette oeuvre généreuse, précédée de l'auréole mythique du «poète-aviateur», demeure la part d'humanisme ancrée au coeur de cette quête d'absolu.

_________________________________________________________________________________

Au cours de l’été 1939, Saint-Exupéry accomplit avec Guillaumet la première traversée de l’Atlantique Nord sans escale.

À la déclaration de guerre, Saint-Exupéry, mobilisé comme capitaine, insista pour être affecté dans un groupe de grande reconnaissance qui l'exposa à des missions périlleuses, notamment sur Arras en mai 1940. Dans neuf pages spontanées, griffonnées de petits dessins, il écrivit en particulier : «Lorsque flambe un grand incendie, chaque homme est responsable

Démobilisé et réfugié à New York après l’armistice, il se trouva pour ainsi dire coincé entre André Breton et Jacques Maritain, et forcé d'avouer ses réserves sur la faillite de la démocratie et sa fascination pour un corps d'élite aéroporté. Dans une lettre de 1942, publiée en même temps à New York et au Québec (‘’Le Canada’’, 30 novembre 1942), lui qui avait défendu l'armistice prit presque la défense de Pétain, position qui fut à peine contrebalancée par un éloge un peu tardif de De Gaulle. Pétainiste philosémite, il était rempli de compassion pour la souffrance des victimes et des exilés.

Il raconta l’épreuve de l’expérience tragique de la défaite française dans :

_________________________________________________________________________________



Pilote de guerre

(1942)
Essai de 240 pages
L’auteur, volant à bord d’un avion de reconnaissance en 1939-1940, analyse la «maladie» de la guerre pour célébrer une civilisation qui restaure l'Homme : «La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus» (10) - «Si une civilisation est forte, elle comble l'homme, même si le voilà immobile» (14). Il souligne la nécessité de lier le courage individuel au sacrifice à la communauté humaine : «Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous» (24) - «Nul ne peut se sentir, à la fois, responsable et désespéré.» (24) - «Je combattrai pour la primauté de l'Homme sur l’individu, comme de l'universel sur le particulier. Je crois que le culte de l'Universel exalte et noue les richesses particulières, et fonde le seul ordre véritable, lequel est celui de la vie. Un arbre est en ordre, malgré ses racines qui diffèrent des branches.» (27). Il exalte «l'amour de la maison (la Terre)» qui «est déjà la vie de l'esprit».
Commentaire
Surgie sans doute de son éducation catholique, Saint-Exupéry fit reparaître la vision idéalisée d’une communauté organique.

_________________________________________________________________________________

Aux États-Unis, au début de la guerre, vivant à Northport, sur Long Island, près de New York, Saint-Exupéry resta à l'écart des engagements partisans et s'attira l'hostilité des gaullistes pour n’avoir pas rejoint «la France libre».

Le Petit Prince, on s'en souvient, est jeté sur une planète inhospitalière qu'il ne reconnaît plus. Il n'a qu'une hâte : retourner sur son astéroïde pour cultiver sa rose. Les contes pour enfants cachent parfois des adultes dépressifs. Le mérite d'Alain Vircondelet est de faire surgir derrière le gamin androgyne un Saint-Exupéry malheureux, dans son exil new-yorkais, en 1942. L'homme est déjà assoiffé d'amour, de reconnaissance et d'éternité. Or voilà qu'il est sali, soupçonné de pétainisme par Breton dans les pages du New York Times . Pourtant, il supporte très mal la défaite de la France. Enrageant de ne pas être là-bas, sur la terre qui souffre, culpabilisant de ne pas remonter dans un avion pour se battre, il s'enfonce dans la déprime. Mais Saint-Ex est un cyclothymique : la déprime sera créatrice. Quand son éditeur Reynal lui propose, au débotté, d'écrire un conte, il le prend au mot. Fragilisé par la tourmente de l'Histoire, terrifié par cette « civilisation du téléphone » qu'il pressent et exècre, il prend de l'altitude et se réfugie dans l'enfance sacrée mais perdue. Mais qui se cache derrière la rose ? On a pu penser qu'il s'agissait de sa mère. Vircondelet réaffirme, archives à l'appui, qu'il faut y voir Consuelo, l'épouse fantasque, aussi envahissante qu'indispensable. Mais les influences sont multiples : en vrac, Paul-Emile Victor, André Maurois, Léon Werth. Dans la genèse, foisonnante, du « Petit Prince », Vircondelet trie, hiérarchise. Et souligne la dimension testamentaire : l'auteur repartira sur son avion en mai 1943 comme le Petit Prince retourne sur son astéroïde. Disparu en mission en juillet 1944, il ne saura jamais que son personnage a conquis le monde entier.
En 1942, il vint prononcer une conférence à Québec, à l'invitation de Charles De Koninck. Le fils de celui-ci, Thomas, alors âgé de huit ans, qui avait les cheveux blonds bouclés et qui ressentait une insatiable curiosité, lui posa beaucoup de questions. Saint-Exupéry lui répondit avec plaisir et aurait, pour lui, écrit au cours du second semestre de 1942, depuis sa maison de Long Island :

_________________________________________________________________________________

Le petit prince

(1943)
Roman de 110 pages
Le narrateur, aviateur immobilisé et perdu dans le désert («Ce qui embellit le désert, c'est qu’il cache un puits, quelque part.») à la suite d'une panne, voit apparaître un enfant blond, «un petit bonhomme tout à fait extraordinaire» aux demandes surprenantes («S'il vous plaît dessine-moi un mouton !» - «De quelle planète es-tu?»), auquel il se lie d'amitié et dont il parvient peu à peu à reconstituer le passé. Le «petit prince» a, à cause de l'orgueil capricieux d'une rose qu'il aime, quitté sa minuscule planète, l'astéroïde B 612 qui n'est pas plus grand qu'une maison. Son voyage, de planète en planète (sept en tout), lui a fait découvrir la bizarrerie des «grandes personnes». Sur la Terre, un renard lui a appris l'amitié («On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais, comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n’ont plus d'amis.») et laissé son secret, le secret le plus important de la vie : «On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Tu deviens pour toujours responsable de ce que tu as apprivoisé.» Hanté par le souvenir de sa fleur, le petit prince se fait mordre par un serpent venimeux pour rejoindre son étoile.
Commentaire
Pendant une période heureuse d’abandon créatif, Saint-Exupéry, élevant sa méditation au-dessus de l'histoire immédiate, composa ce délicat conte poético-philosophique, cette mystérieuse fable, écrite sur un ton simple, dotée d’une grande pureté narrative qu’accroît la naïveté des dessins avec lesquels il l’a illustrée et qui sont totalement inséparables du texte.

Toutefois, derrière l'évidence apparente du conte pour enfants et de son enseignement moral (la gratuité de l'amitié, de l’amour et de la poésie, la capacité d'émerveillement, c’est-à-dire de voir les choses sous un angle nouveau, opposées aux fausses valeurs du monde adulte), la richesse du texte tient aux entrelacs de sa structure initiatique, à la force des symboles naïfs qui disent l'énigme de la relation à autrui, et à l'expression d'une nostalgie de l’innocence puérile, d'une angoisse où se condense l'univers de l’auteur.

Saint-Exupéry dédicaça le texte à Léon Werth qui fut son «meilleur ami».

‘’Le petit prince’’ fut, en 1943, publié aux États-Unis chez Reynald & Hitchcock, en anglais, sous le titre ‘’The little prince’’. Ce fut un succès instantané. La même année, la maison Beauchemin, de Montréal, publia une version québécoise en coédition avec Reynald & Hitchcock. Une fois le désordre de la guerre passé, Gallimard, après avoir réglé la question des droits, fit paraître la première édition française de l'oeuvre en 1946 sans reconnaître l'édition québécoise. D'autres pays, comme la Suisse, la Belgique et l'Argentine, auraient aussi publié leur édition pirate pendant la guerre.

Depuis, le succès ne cessa de s'amplifier, si bien qu'aujourd'hui l'œuvre, qui est la plus célèbre de Saint-Exupéry, qui est devenue un des grands classiques de la littérature enfantine, figure encore au palmarès des quinze meilleures ventes en littérature jeunesse en France, où deux cent cinquante mille à trois cent mille exemplaires sont écoulés chaque année. Sa gloire est mondiale, et on estime à quatre-vingt millions le nombre d'exemplaires vendus dans le monde, en cent soixante et une langues, la dernière traduction annoncée étant celle en araméen, la langue de Jésus ; le conte existe aussi en toba, langue amérindienne du nord de l'Argentine, dans laquelle seul le Nouveau Testament a été traduit : c'est comme une nécessité de publier ‘’Le petit prince’’ pour ceux qui défendent une langue ou un dialecte ; c'est devenu le support littéraire universel par excellence.

_________________________________________________________________________________

Lettre à un otage

(1943)

Essai

C’est le message d’un exilé à un ami juif, Léon Werth, dédicataire du ‘’Petit prince’’, resté dans la France occupée. Saint-Exupéry s’inquiétait des menaces que l'époque faisait peser sur le «respect de l'homme» : «L'ordre pour l'ordre châtre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-même. La vie crée l'ordre, mais l'ordre ne crée pas la vie».

_________________________________________________________________________________

Écrits de guerre


Essais

Commentaire
Ils furent rassemblés en 1982.

_________________________________________________________________________________
Entre-temps, Saint-Exupéry travaillait à un recueil de méditations et de pensées :

_________________________________________________________________________________
Citadelle

(commencé en 1936, publié posthume en 1948)
Essai
Saint-Exupéry exprimait de nouveau sa morale du devoir lié au désir d’une vie spirituelle :
- «Ce n'est point dans l'objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche.» (5).

- «N'espère rien de l'homme s'il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité.» (6).

- «Je n'aime pas les sédentaires du cœur. Ceux-là qui n'échangent rien ne deviennent rien.» (6).

- «Préparer l'avenir, ce n'est que fonder le présent [...] Il n'est jamais que du présent à mettre en ordre. À quoi bon discuter cet héritage. L'avenir, tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre.» (55, 1).

- «Et certes il existe l'irréparable. Mais il n'y a rien là qui soit triste ou gai. C'est l'essence même de ce qui fut. Est irréparable ma naissance puisque me voici. Le passé est irréparable mais le présent vous est fourni comme matériaux en vrac aux pieds du bâtisseur et c'est à vous d'en forger l'avenir.» (57).

- «Celui-là qui se plaint que le monde lui a manqué, c'est qu'il a manqué au monde. Celui-là qui se plaint que l'amour ne l'a point comblé, c'est qu'il se trompe sur l'amour : l'amour n'est point cadeau à recevoir.» (200).
Commentaire
Dans cette somme allégorique, au style biblique, quand l'image devient didactique, elle n'évite pas toujours l'emphase.

Elle resta inachevée.

_________________________________________________________________________________
‘’Carnets’’

(posthume 1961)

_________________________________________________________________________________
Dès 1943, Saint-Exupéry avait demandé à rejoindre son escadrille en Afrique du Nord. Il reprit des missions depuis la Sardaigne et la Corse. C'est au cours de l'une d'elles que, dans des conditions mal éclaircies, aux commandes de son ‘’P38 Lightning’’, il disparut, le 31 juillet 1944, en mission au large de Marseille, son avion s'étant abîmé dans le golfe de Giens.


Si l'homme et l'oeuvre jouissent d'un prestige immense, tant en France qu'à l'étranger, l'influence de Saint-Exupéry reste contrastée :

Certains lecteurs préfèrent le pilote-écrivain, l’aventurier qui a souvent risqué sa peau, qui affirma son modernisme par une philosophie de l’action cautionnée par une existence aventureuse et par une mort en harmonie avec son idéal, qui est l’auteur de romans courts et réalistes faisant connaître son univers quotidien et dont les héros sont d'abord des hommes, de vrais hommes. Ayant trouvé dans la solitude dangereuse de l'avion ou dans celle du désert un terrain propice à la méditation, ayant cherché dans son destin un sens universel, s’inscrivant dans une tradition héroïque allant de Corneille à Malraux dont il était par sa conscience de l'aventure humaine, il montrait que l'être humain n'est que ce qu'il fait, prônait l'énergie virile, une morale intransigeante de l’héroïsme qui ne devait rien au culte de la guerre. Le style de ces romans, direct, sec, sobre, efficace et dense (celui qu'au même moment mettaient à la mode les romanciers américains), est un style de reporter, de photographe, influencé par le cinéma, tout en gros plans avec des images violentes, dont on peut cependant critiquer le schématisme.

D’autres lecteurs apprécient plutôt l’humaniste sensible aux valeurs perdues de la France d’avant la Révolution.

Mais le plus grand nombre, formé d’adorateurs du “Petit prince”, l'encensent comme le défenseur des valeurs inverses d'innocence et de pureté, de la vérité de l'enfance face aux mensonges des adultes.

Enfin, on peut apprécier le prophète prêchant une éthique de l'essentiel, l’humaniste soucieux de donner une signification morale et spirituelle à l'activité humaine, qui s’est voulu un éducateur. Ou, au contraire, lui reprocher, dans cette métaphysique à la portée de tous, de «s’être détourné de l’homme pour ne considérer que l’Homme, de remplacer le courage par l’héroïsme, l’idéalisme par le dédain des valeurs matérielles, la méfiance envers la foule par le mépris du peuple. Et le survol entraîne le sermon.» (Jean-Louis Bory). En effet, son intention didactique et morale sinon moralisatrice se traduit ainsi par une «inflation» de formules définitives, présentant tous les signes (généralisation, présent, équilibre) de maximes, dont beaucoup sont devenues proverbiales.

Les uns et les autres, en s'opposant ainsi farouchement, continuent à nier la richesse d'une oeuvre beaucoup moins univoque, en tout cas, bien moins sereine, qu'ils ne le pensent.

Saint-Exupéry a rencontré des échos favorables chez les philosophes de l'immédiat après-guerre. Sartre salua en lui un précurseur qui nous apprend que «le monde et l'homme se révèlent par les entreprises» (Situations II), et Merleau-Ponty acheva sa “Phénoménologie de la perception” par une citation de “Pilote de guerre” : «Tu loges dans ton acte même. Ton acte, c'est toi [...] L'homme n'est qu'un nœud de relations, les relations comptent seules pour l’homme

Mais la célébrité rapidement conquise fut ambiguë : elle devait plus à la légende du héros tragiquement disparu, à l’apparente facilité du “Petit prince” ou aux innombrables citations moralisantes coupées de leur contexte, qu'à la reconnaissance d'une oeuvre littéraire de premier ordre. Le volume de la Bibliothèque de la Pléiade fit longtemps les plus grosses ventes de la collection, alors que Saint-Exupéry rencontrait I'indifférence ou le dédain de la critique et de l’Université : Jean-François Revel railla «l’homme coucou qui a remplacé le cœur humain par un moteur d’avion, mais le penseur rase-mottes qui a révélé aux Français qu’une ânerie verbeuse devient profonde vérité si on la fait décoller du sol pour l’élever à 7000 pieds de haut» (“En France”, 1965), et François Nourissier, reconnaissant une «niaiserie Saint-Exupéry» et une faiblesse littéraire (“Saint-Exupéry en procès”, 1967), soulignait néanmoins la valeur morale des romans de l'écrivain-aviateur. Les célébrations du cinquantenaire de sa mort ont permis, grâce à une lecture renouvelée des manuscrits, de prendre une plus juste mesure de l’homme et de son oeuvre. Loin d’être un modèle d'héroïsme viril ou de se réduire à l'angélisme un peu niais d'un humanisme béat (dont le triomphe du “Petit prince” a contribué à répandre l'image jusqu'à la caricature), l’œuvre de Saint-Exupéry oscille entre nostalgie et angoisse, n'appelle au dépassement de soi que pour surmonter son désenchantement.
André Durand
Faites-moi part de vos impressions, de vos questions, de vos suggestions !
 Contactez-moi   






similaire:

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres, qui sont commentées

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
«deux sœurs pleines d’esprit et de grâces, qu’il appelait ses premières danseuses» : les demoiselles Le Douairin, Louise et Zoé

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
Fille de paysans, elle avait été si bonne écolière que ses parents l'avaient laissée aller jusqu'au brevet supérieur






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com