Conférence prononcée le jeudi 11 décembre 2003 par Monsieur Régis singer





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Conférence prononcée le jeudi 11 décembre 2003 par

Monsieur Régis SINGER

Campanologue

Expert pour le patrimoine campanaire auprès du Ministère de la Culture et de la Communication.

A l’occasion de l’exposition Horlogerie et Art Campanaire

à la mairie du VIe arrondissement de Paris


Je remercie tout d’abord, “Horlogerie et Art Campanaire” en la personne de Marie Vassort de m’avoir invité ce matin et de m’avoir permis de vous faire partager ma passion, je veux parler de la campanologie.
Mais tout d’abord qu’est ce que la campanologie ?
Il s’agit du domaine d'étude se rapportant aux aspects historiques, techniques, musicaux, ethnographiques, géographiques, patrimoniaux, culturels des ensembles campanaires ainsi que l’étude des propriétés acoustiques des cloches et règles qui président à leur regroupement et leur usage.
Le nom campanologie, qui a donné aussi campanologue, mais aussi campanule (petite fleur en forme de cloche) provient de la province de Campanie (région de Naples), où saint Paulin, évêque de Nole aurait eu l’idée au Ve siècle de faire balancer une cloche.
Comment devient-on campanologue ? naturellement par passion. Je peux dire que je suis tombé dans la marmite ou plutôt dans ce “chaudron de bronze” depuis mon plus jeune âge. Originaire de la Flandre française, j’ai eu la chance d’habiter près du beffroi de Douai dont les ritournelles égrenées à chaque quart d’heure chatoyaient mes oreilles. J’ai eu ensuite le bonheur d’avoir un père, qui tout en étant notaire, était passionné d’horlogerie et une mère excellente pianiste qui m’a donné le goût de la musique. Enfin, au Conservatoire National de Région de Douai, j’ai eu le privilège d’avoir comme professeur de solfège, Pierre Lecocq qui était organiste, et carillonneur du beffroi. Cette tour peinte par Corot et chantée par Victor Hugo possède l’un des plus beaux carillons de France comportant 62 cloches et totalisant 18 tonnes de bronze.
Souvent il m’emmenait soit à l’orgue soit au carillon, et je peux dire qu’il a été un des phares de ma jeunesse puisque j’ai, pour passion et profession, ou l’inverse, l’orgue, le carillon et le solfège !
Qui sont-elles ces cloches ? On peut affirmer que ce sont des pièces uniques compte tenu des techniques de fabrication et leur destination. Ce sont des objets d'art et conjointement des instruments de musique.
Du fait de leur longévité, les cloches anciennes sont non seulement des témoins historiques par leur épigraphie et leur décor ; elles constituent également la mémoire acoustique contemporaine de leur époque de fabrication, elles sont en définitive les seuls éléments subsistants du paysage sonore qu'ont connu les générations passées.
La cloche possède deux fonctions majeures : les appels aux offices religieux et la transmission d’information publique. Dans le dernier cas, elles concernent les sonneries d’alerte ou de tocsins et les sonneries horaires.
Du sommet des tours, des guetteurs surveillaient jour et nuit la campagne, avertissaient les citadins de l’approche des ennemis, découvraient les incendies fréquents, réveillaient les habitants au son des cloches. C’était du haut du beffroi communal que l’on sonnait le lever du soleil, les heures de travail ou du repos pour les ouvriers, le couvre-feu, et au bruit des fanfares et des carillons les principales fêtes de l’année. La cloche d’alarme servait à rassembler les hommes d’armes de la commune.

Souvent associées à la mesure du temps, les cloches rythment à intervalles réguliers, l’écoulement des heures. Le clocher est ainsi presque toujours flanqué d’un ou de plusieurs cadrans d’horloge. Nous sommes tous habitués aux sonneries qui ont rythmé toute notre vie, et les perdre, ce serait perdre un peu de nos racines, en tout cas une certaine atmosphère.
Ponctuer le temps aux heures et fractions d’heures par la sonnerie d’une cloche d’horloge ou par un carillon préludant au coup des heures est l’un des rôles importants des cloches. L’émission d’un son est en effet l’un des moyens essentiels, voire le seul, de diffuser l’heure dans l’ensemble de la ville. Dans des villes comme Amiens, Auxerre, Avallon, Bordeaux, Evreux, Rouen, l’horloge a été placée dans un bâtiment spécifiquement construit à cet effet.
La première horloge d’édifice qu’il y eut à Paris fut construite par Henri de Vic en 1370 et placée dans la Tour de l’Horloge avec la cloche dite “cloche d’argent” fondue par Jehan Jouvente en 1371. Cette horloge, citée dans de nombreux ouvrages de référence, a malheureusement disparu et les aiguilles du vénérable cadran que nous pouvons encore admirer sont maintenant entraînées par un mouvement électrique.
Une dernière fonction importante apparaît avec l’amélioration des qualités sonores. La cloche devient un véritable instrument de musique. La cloche, en tant qu’objet individuel est alors une simple partie d’une instrument plus complexe, le carillon. Cet instrument est principalement connu pour les Flandres, mais se retrouve dans l’ensemble de l’Europe.
Les cloches et les carillons représentent un patrimoine peu connu mais auquel les Français sont très attachés. Pendant des siècles, les cloches ont rythmé le temps, les événements de la vie privée des habitants et les grands moments de l'Histoire de France.
Le patrimoine campanaire est partie intégrante du patrimoine historique et culturel de la nation. À ce titre, il peut faire l'objet d'une protection spécifique (cloches classées M.H. ou IS. M.H), et la Commission Supérieure des Monuments Historiques lui prête une attention toute particulière. Au même titre que de prestigieux bâtiments, les cloches anciennes constituent, nous l’avons dit, une mémoire sonore et archéologique, inestimable qui mérite d'être scrupuleusement préservée, avec ses caractéristiques, même si celles-ci peuvent sembler être a priori des défauts !
Les causes de destruction de ce patrimoine sont malheureusement multiples : usure par fêlure du vase à la suite d'un long usage ou de sonneries trop violentes : rupture des anses (qui sont un des points faibles de la cloche), désir des communautés de posséder ou de compléter des sonneries, ce qui entraîne la refonte des éléments jugés démodés, discordants ou insuffisants.
D'autres disparitions sont dues aux guerres, aux pillages, à la nécessité de récupérer du métal.
Une politique de protection et de valorisation du patrimoine implique la connaissance de ce patrimoine, donc l'existence d'un recensement des objets considérés.
Il faut donc "aller sur le terrain", monter dans les tours et escalader les clochers, beffrois et autres campaniles pour faire un état des lieux. Tout un travail de repérage,de protection et de restauration est en cours pour les cloches : il est mené par la Direction du Patrimoine du Ministère de la Culture, pour l'Inventaire systématique par canton, mené par la Sous-Direction de l'Inventaire.
Faisant suite à ce travail de repérage, diverses exploitations sont faites. Des dossiers de protection sont présentés à la Commission Supérieure des Monuments Historiques pour les ensembles campanaires qui le méritent.
Puis travaux éventuels de la remise en état ou de restauration ou simplement nettoyage du clocher. Autre exploitation des résultats de l'inventaire : compilation des informations recueillies en vue de leur publication et d'études diverses (vies des fondeurs, particularités régionales, accords musicaux, etc.)
La Société Française de Campanologie par l’intermédiaire de son président Éric Sutter, m’a demandé en 1991 de réaliser l’inventaire des cloches et des carillons de Paris - opération subventionnée par le Ministère de la Culture et la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris. On avait estimé à 300 le nombre des cloches de Paris, en fait ce furent 981 cloches qui furent découvertes !
Cette grande aventure dura plusieurs années, voici quelques chiffres : 3000 heures de travail, 75 000 marches montées et descendues, 280 rapports, 1600 photographies.
Les lieux visités furent très diversifiés, car il existe deux sortes de cloches : les cloches religieuses rencontrées dans les églises catholiques, luthériennes, réformées, orthodoxes, chapelles, couvents, monastères ; mais également les cloches civiles dont la grande majorité sonnent les heures des horloges et que l’on rencontre dans les mairies, écoles, caserne, banques, hôpitaux. D’autres enfin furent trouvées dans les musées ainsi que dans les parcs, les marchés, les cimetières pour annoncer la fermeture des accès.
La plus grande joie fut certainement de découvrir sous les poussières, pollutions de toutes sortes et fientes de pigeons, les inscriptions anciennes écrites en français en lettres gothiques, ou en latin en caractères romains. Ces inscriptions fournirent une quantité de renseignements : la date de fonte, mais aussi les noms des parrains et marraines, des donateurs, des fondeurs.

Au-delà du progrès des connaissances historiques, cet inventaire a le mérite essentiel de fournir une base précise pour les opérations de restauration et de remise en fonctionnement de ce patrimoine devenu trop souvent silencieux.
De l’Ancien Régime, il fut découvert une cloche du XIVe, 2 du XVe, 11 du XVIe, 48 du XVIIe, 61 du XVIIIe siècle, soit au total 123 cloches. Des dossiers de protection sont présentés à la Commission Supérieure des Monuments Historiques pour les ensembles campanaires qui le méritent. Ce qui m’a permis de déposer 65 dossiers de demande de classement au titre des monuments historiques.

Des avis sont transmis aux collectivités en charge de l’entretien des édifices pour des travaux éventuels de remise en état ou de restauration ou, plus simplement, de nettoyage du clocher. Des études comparatives ou historiques sont également effectuées.
Autre exploitation des résultats de l'inventaire : compilation des informations recueillies en vue de leur publication et d'études diverses (vies des fondeurs, particularités régionales, accords musicaux, etc.)
Il faut malheureusement constater que de nombreux clochers ne sont pas du tout entretenus et sont le lieu privilégié des pigeons et autres volatiles ; des sonneries ne sont plus en usage, des beffrois ne sont pas réparés (il arrive que des cloches en volée se décrochent ou que le battant tombe au pied de l'édifice), des installations électriques sont parfois défectueuses ou faites en dépit des règles de sécurité, voire inadaptées aux caractéristiques de la cloche : des cloches anciennes ont ainsi été fêlées à la suite d'installations de marteaux disproportionnés ou mal réglés.
Enfin la découverte des cloches de Paris m’a permis de découvrir que certaines cloches avaient voyagé, non pas pour aller à Rome, mais qu’elles venaient d’un autre lieu où elles avaient été initialement installées :
Ainsi quelques exemples : les 3 cloches de l’horloge de l’Assemblée Nationale proviennent de lieux différents : l’une de l’église St-Jean-Baptiste de Belleville (1791), une autre proviendrait de la province d’Anjou (1572), la 3e de 1572 a une origine inconnue.

Les 3 cloches (1838) de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre proviennent de l’ancien clocher de l’église St-Roch démoli par Haussman lors de la percée de l’avenue de l’Opéra.

L’une des cloches de la cathédrale arménienne (ancienne église St-Jean-St-François) provient de l’église de Coudray (Eure-et-Loir).

La cloche de l’église Notre-Dame de Grâce de Passy fondue par J.-B. Cavillier, en 1765, provient de l’Abbaye cistercienne d’Ourscamps à Ribécourt (Oise)

La cloche de l’église Notre-Dame du Travail a été prise par l’armée au siège de Sébastopol par le maréchal Pelissier, duc de Malakoff, le 8 septembre 1855.

La grosse cloche de l’église St-Médard, datée de 1774 provenant du diocèse de Vannes (Morbihan)

Enfin l’une des cloches de l’église St-Jean-Baptiste de Belleville datée de 1566 provient de l’église St-Michel de Bordeaux, etc.

Ce travail de recherche, qui a été des plus passionnants, montre l’intérêt de la valorisation du patrimoine campanaire de la Capitale, de sa défense ainsi que de sa sauvegarde.
Lorsqu’on approche le patrimoine campanaire, on se trouve entraîné dans une merveilleuse aventure : recherche et découverte d’un trésor méconnu chez nous, tenu pour mineur, considéré comme un parent pauvre par les musiciens de tous les temps : l’art campanaire. Celui-ci prend la cloche pour ce qu’elle est en réalité : un foyer sonore d’une richesse incomparable, un instrument unique en son genre, qu’il faut mettre à part dans l’échelle des producteurs de sons, mais que l’on peut traiter comme n’importe quel autre, à condition d’en bien connaître les particularités, les ressources, et surtout les limites. En d’autres termes, il est possible de la faire chanter, et non seulement retentir.
Régis SINGER

Campanologue

Expert pour le patrimoine campanaireauprès du Ministère de la Culture et de la Communication.

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