De Lille à Maastricht





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date de publication09.10.2017
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De Lille à Maastricht



En réclamant la révision du traité des Pyrénées, en vertu d’un ancien droit dit de « dévolution », Louis XIV entre en guerre avec l’Espagne en 1667 et marche sur la Flandre. C’est le début d’une série de guerres de siège qu’entreprend le roi de France qui dispose de précieux atouts. D’une part, une armée puissante et organisée grâce à Louvois, d’autre part un jeune stratège constructeur nommé Vauban et enfin un corps d’élite avec ses mousquetaires dirigés par d’Artagnan. Le siège de Lille est une étape importante de ce dispositif.
En 1667, Lille égalait Lyon par le nombre de ses habitants et de ses maisons. C’était l’une des villes les plus grandes, les plus riches et les plus puissantes des Pays-Bas. Sa conquête paraissait d’autant plus difficile qu’elle était puissamment fortifiée et commandée depuis 1665 par Philippe-Hippolyte-Charles Spinola, comte de Bruay, général espagnol qui avait la réputation d’un grand capitaine.

Odile Bordaz.
Si l’armée assiègeante était commandée par Turenne, et les travaux d’approche dirigés par Vauban, alors dans le premier éclat de sa jeune gloire, les forces espagnoles qui gardaient la ville n’étaient pas à dédaigner. La garnison était forte de cinq mille hommes, sans compter deux mille soldats de troupes de milice.

Charles Samaran.
En fait, Lille ne tint guère plus qu’une quinzaine de jours, pendant lesquels d’Artagnan, une fois de plus se distingua (…) L’attaque française sema la panique dans la ville. Le 27 août, le peuple de Lille envahit les remparts et désarma les soldats, contraignant de la sorte le comte de Bruay à capituler(…) Restait à affronter le comte de Marsin venu en toute hâte au secours de Lille. Dans la nuit du 29 au 30 août, quittant le camp de Deinse, d’Artagnan et sa brigade prirent le galop derrière le comte Henry de Podwitz, maréchal de camp. Les Français bousculèrent les avant-gardes de Marsin, rompirent ses escadrons et semèrent la panique parmi les troupes qui se débandèrent.

Jean-Christian Petitfils.
Louis XIV, déjà maître en l’art de paraître, a particulièrement soigné la mise en scène de son entrée dans la capitale des Flandres. Sa brillante escorte de mousquetaires, à la tête desquels caracole Monsieur d’Artagnan, y contribue grandement. Le roi connaît l’enjeu de l’événement ; de son parfait déroulement dépendra en grande partie le succès de sa politique d’intégration de la cité qu’il vient de conquérir.

Odile Bordaz.
Après la conquête de Lille, le Marquis d’Humières en est nommé gouverneur en 1668, mais il tombe en disgrâce en 1672. Louis XIV ne peut confier cette ville, à l’importance stratégique, qu’à un homme de confiance et il appelle à nouveau d’Artagnan pour cette mission.

Durant ces cinq années, ce dernier avait participé à la guerre en Franche-Comté, puis avait été envoyé dans le Vivarais, face à des soulèvements. En 1671, il avait été à nouveau geôlier, auprès de Lauzun.
En cette année 1672, il est nommé maréchal de camp, alors que la guerre reprend avec les Provinces Unies et de toute évidence, c’est à la guerre que d’Artagnan aurait préféré aller. En tant que serviteur du roi, il prend son poste de gouverneur de Lille.

Cette fois, la mission n’avait rien de commun avec les précédentes, mais comme pour l’arrestation de Fouquet, elle s’avérait d’une importance stratégique. Malheureusement pour d’Artagnan, elle allait non seulement l’éloigner du roi et de ses mousquetaires, mais aussi le priver de participer à plusieurs mois de campagne militaire très attendue : le début de la guerre de Hollande.

Odile Bordaz.
D’Artagnan aurait mieux aimé, sans nul doute, marcher avec cette magnifique armée de 120 000 hommes que Louvois à force de patience et de labeur, avait réussi à mettre sur pied et qu’il venait de placer entre les mains de Louis XIV. La rapide conquête de la Hollande (…) dont l’enthousiasme des admirateurs de Louis parvint à faire une des plus brillantes opérations militaires du siècle, tout cela manque à la gloire de d’Artagnan.

Charles Samaran.

La grande cité du Nord était à cette époque une des plus puissantes places fortes qu’on ait jamais construites. Vauban y terminait d’importants travaux défensifs, voulant faire d’elle, selon sa propre expression, « le fille aînée des fortifications ». La première pierre avait été posée en juin 1668. Quatre ans plus tard, Lille offrait déjà l’aspect d’un pentagone régulier, couvert d’une triple ligne de défense avec des bastions, des demi-lunes et des casemates entièrement neufs.

Jean-Christian Petitfils.

D’Artagnan jouissait de la même autorité que les gouverneurs de province. Ces fonctions le conduisaient notamment à assurer le service de la place, à donner le mot d’ordre chaque jour, à faire des rondes pour vérifier l’exactitude du service des postes de garde, à autoriser les partis à lever les contributions, à présider le conseil de guerre qui jugeait les délits commis par les soldats et déterminait la nature des châtiments (…) D’Artagnan avait une tâche particulièrement ardue. Il se trouvait, en effet, dans une ville où les Français n’étaient alors pas appréciés.

Stéphane Baumont.
D’Artagnan s’acquitte de son rôle de gouverneur avec rigueur mais ce poste n’est pas particulièrement fait pour lui. L’attraction de la guerre dont il est privé et les minuties du service administratif intérieur qui l’agacent ne lui rendent pas le séjour facile. Des querelles éclatent entre lui et les autres hommes de la garnison qui alimentent en grande partie, la correspondance que d’Artagnan échange alors avec Louvois…
D’Artagnan, avec son expérience d’homme de guerre irréprochable, son aptitude au commandement, ses qualités humaines unanimement reconnues (…) possédait certainement un maximum d’atouts pour mener à bien sa tâche. Mais il fallait compter avec son caractère de Gascon intraitable dès que son autorité lui semblait un tant soit peu contestée.

Odile Bordaz.

D’Artagnan, en pur Gascon, n’avait pas le caractère très facile. Ne tolérant nulle entrave à son autorité, nul manquement à la discipline, il n’hésitait pas à sévir chaque fois qu’il en ressentait la nécessité(…) C’est à Lille qu’il donna toute la mesure de sa nature autoritaire et intraitable.

Jean-Christian Petitfils.
Des rivalités se produisirent entre d’Artagnan lui-même et d’autres personnages plus ou moins importants. Ne lui fallut-il pas compter avec un commandant de citadelle, qui était sans doute son rival, et des ingénieurs de fortifications, qui se flattaient de ne relever que de Vauban ou du ministre lui-même ? De là, des froissements continuels, des conflits d’autorité (…) Il faut bien le dire, la correspondance de d’Artagnan avec Louvois est encombrée du récit de ces dissensions.

Charles Samaran.
A insérer : Lecture de plusieurs lettres de d’Artagnan.
A vrai dire les difficultés apparues dans le gouvernement de Lille s’expliquent parfaitement. Depuis déjà fort longtemps les pouvoirs des gouverneurs de provinces et de places fortes n’avaient cesser de décliner. Résidant habituellement à la Cour et ne faisant sur leur territoire que quelques rares et brèves apparitions, ils avaient pris l’habitude de laisser la bride sur le cou à leurs subordonnés, le lieutenant de roi et le gouverneur de la citadelle. D’Artagnan n’était pas de la race de ces grands seigneurs et de ces courtisans habitués à des titres purement honorifiques (…) il n’entendait pas abdiquer en d’autres mains les pouvoirs étendus que lui conférait sa commission de gouverneur général.

Jean-Christian Petitfils.
A son grand soulagement sans doute, D’Artagnan est relevé de ses fonctions de gouverneur en décembre 1672. Peu de temps après, il reprend le chemin de la guerre auprès du roi et de sa compagnie qui a bien besoin de retrouver son capitaine-lieutenant. C’est à Maastricht que se déroule les hostilités, une des places fortifiées les plus puissantes des Pays Bas. Dans ce siège, les Anglais sont alliés à la France, et sont commandés par le duc de Monmouth.
Pendant le séjour de d’Artagnan a Lille, Jean-Louis Castera de la Rivière, chargé du commandement de la première compagnie des mousquetaires en tant que sous-lieutenant, avait rencontré d’importantes difficultés avec ses hommes, dont il ne savait pas se faire obéir. Après la campagne de Hollande, plusieurs mousquetaires s’étaient soustraits à son autorité et n’avaient pas hésité à déserter pour rentrer à Paris(…) Dés son retour à la Cour, le capitaine-lieutenant avait repris en main sa compagnie et il allait bientôt repartir aux côtés du roi.

Odile Bordaz.
Cette fois Artagnan va commander directement sa compagnie des Grands Mousquetaires. Fait paradoxal, lui qui a le grade de maréchal de camp, c’est-à-dire de général de brigade et qui avait été placé à la tête de plusieurs régiments de cavalerie en 1667, lors du siège de Lille, n’aura plus à commander que les 150 mousquetaires de sa compagnie, une élite, il est vrai. La deuxième compagnie est commandée par M. de Montbron qui s’est distingué à la prise de Lille.

André Laffargue.
Le 1° mai 1673, Louis XIV, suivi de toute la Cour et de plusieurs milliers de soldats, partait à nouveau en campagne. Il s’agissait cette fois de venir à bout de la résistance opiniâtre des Hollandais qui, l’année précédente, avaient préféré ouvrir les écluses et maintenir une partie de leur territoire sous les eaux plutôt que de céder aux Français.

Jean-Christian Petitfils.
La partie se retournait. Elle devenait très dure. L’empereur d’Allemagne, l’électeur de Brandebourg volaient au secours des vaincus. Le maréchal de Luxembourg, profitant de l’hiver, s’était avancé jusqu’à La Haye : mais le dégel l’obligeait à reculer précipitamment. Il fallait réagir vigoureusement. Turenne et Condé s’y employèrent, repoussèrent nos ennemis nouveaux. Quant au roi, réunissant tous ses fidèles, il reprit lui-même l’offensive, dès le printemps revenu. Le 1° mai, il marcha sur Maastricht.

Armand Praviel.
En 1673, Maastricht avait un gouverneur d’origine française, Jacques de Farjaux, un homme de guerre d’une grande expérience qui servait depuis une trentaine d’années dans les armées du roi d’Espagne ; en 1656, il avait mis Turenne en déroute au siège de Valenciennes. Pour défendre Maastricht, il disposait de quelque soixante-cinq pièces d’artillerie et d’une garnison de près de onze mille hommes, soit vingt pour cent des forces armées du pays.

Odile Bordaz.
Maastricht fut investi le 10 juin 1673, et le siège commença. Il devait faire époque dans l’histoire de l’attaque des places. Pour la première fois, en effet, Vauban y employa les parallèles, dont après lui on fit usage si longtemps avec tant de succès.

Charles Samaran.
Ce devait être le premier grand siège du règne. Louis XIV en était d’ailleurs tellement conscient qu’il avait ordonné à Colbert de lui envoyer un peintre « car, notait-il, je crois qu’il y aura quelque chose de beau à voir ».

Jean-Christian Petitfils.
Le 19, l’artillerie française commence son bombardement ; les canons hollandais, quoique moins nombreux, ripostent vigoureusement. Le duel d’artillerie se prolonge ainsi durant cinq jours au bout desquels, estimant les destructions suffisantes, le commandement français décide de tenter l’assaut des dehors.

André Laffargue.
Le 24 juin, au soir de la Saint Jean, les batteries du mont Saint-Pierre ayant illuminé le ciel nocturne de leurs feux de joie, l’attaque se déclencha vers dix heures. Quatre bataillons et huit escadrons de la Maison du Roi, trois cents grenadiers, et la première compagnie des mousquetaires, entraînée par d’Artagnan, s’élancèrent à l’assaut de la porte de Tongres. Cette porte était protégée par une grande demi-lune. Il fallait d’abord s’emparer de cet ouvrage, s’y établir, pour battre le corps de place et faire brèche.

Armand Praviel.
Dans un bruit infernal on se battit pour gagner quelques pouces de terrain. De mémoire de soldat jamais on n’avait entendu un si grand nombre d’explosions (…)Les mousquetaires de la première compagnie étaient chargés spécialement de l’assaut de la demi-lune tandis que ceux de la seconde avaient mission de se porter entre la demi-lune et l’ouvrage à cornes. Le combat fut des plus brillants. Est-ce d’Artagnan, est-ce Churchill qui, sous une grêle de balles, planta fièrement le drapeau fleurdelisé sur le parapet ? On ne sait. Toujours est-il qu’en moins d’une demi-heure, nous étions maître de la demi-lune…

Jean-Christian Petitfils.
Le 25 juin au matin, le gouverneur de Maastricht contre-attaque afin de tenter de reprendre les ouvrages perdus au cours de la nuit, qui sont d’une importance stratégique capitale. Il envoie des renforts et fait exploser une mine. Les gardes françaises qui ont pris la relève des mousquetaires se trouvent débordés et commencent à battre en retraite. Les Français risquent ainsi de perdre le bénéfice des combats de la nuit.

Odile Bordaz.

C’est par un acte héroïque des mousquetaires, alors que la situation devient extrêmement précaire, que la place forte de Maastricht est enfin prise, acte fatal pour d’Artagnan qui livre ici sa dernière bataille.
En ce danger pressant, à qui s’adresser ? le lieutenant-général chargé de l’opération n’eut aussitôt qu’une pensée, qu’un nom : d’Artagnan ! Il lui fit demander de vouloir bien interrompre sa relève, oublier sa fatigue et revenir à l’assaut.

Les mousquetaires et leur capitaine n’étaient pas des gens à refuser un combat. En quelques instants, ils furent prêts, et s’élancèrent à la charge comme à une fête.

Armand Praviel.
Le capitaine des mousquetaires n’était pas « de jour » ce dimanche 25 juin et il comptait bien se reposer des fatigues de la veille. Mais lorsqu’il apprit la brusque retraite des gardes, il quitta ses convives et se rendit immédiatement au quartier de M. de Monmouth. C’est alors qu’il prit la décision qui allait lui coûter la vie.

Jean-Christian Petitfils.
Que fait d’Artagnan ? Il se dirige vers la fameuse barricade où le duc de Monmouth et ses « lifeguards » le rejoignent. C’est là qu’intervient un fait capital pour la suite des événements : une faute tactique commise par le duc de Monmouth. Plutôt que de descendre dans les tranchées pour atteindre la demi-lune, le jeune duc, qui ne possède pas l’expérience du capitaine-lieutenant des mousquetaires décide pour gagner du temps de franchir à découvert le passage séparant la barricade de l’ouvrage visé. D’Artagnan lui assure que ce serait folie de s’exposer ainsi au feu de l’ennemi et essaie de l’en dissuader. En vain. Le duc ne veut rien entendre. Le voici qui s'élance au pas de course, entraînant ses hommes à sa suite. Que peut faire d’Artagnan ? le temps presse. Il s’élance à son tour, suivi des mousquetaires, tandis que pleuvent sur eux balles et boulets.

Odile Bordaz.
Ils franchirent ainsi la barricade dans un prodigieux élan, suivis de tous leurs hommes au pas de course, les yeux fixés sur l’ouvrage ennemi qui les accueillit d’un tonnerre de mitraille.

Après quelques minutes de violents combats, la demi-lune fut reprise.

Jean-Christian Petitfils.
Ce fut dans cette occasion que M. d’Artagnan fut tué : le nombre de coups de mousquets était tel que la grêle ne tombe pas en plus grande abondance ; deux mousquetaires ayant voulu relever M. d’Artagnan furent tués à ses côtés, et deux autres ayant pris leur place et s’étant mis en devoir de faire la même chose, furent pareillement tués auprès de leur capitaine, même sans avoir eu le temps de se relever… Ce combat dura cinq heures en plein jour et à découvert, et l’on pourrait presque dire : « Et le combat finit faute de combattants ». 

Le Mercure Galant – juin 1673-



Quand les mousquetaires revinrent, leurs épées faussées et sanglantes jusqu’à la garde, et qu’ils se comptèrent, on s’aperçut que, dans ces deux attaques, 80 hommes de la première compagnie étaient restés morts sur le carreau, et que 50 autres avaient reçu de graves blessures. Qu’était devenu le capitaine ? Il manquait à l’appel.

Charles Samaran.
Les mousquetaires aimaient M. d’Artagnan. Ne le voyant pas revenir, Saint Léger, premier maréchal des logis de la compagnie et quelques mousquetaires retournèrent dans la demi-lune pour sauver leur capitaine s’il était encore temps. Ils l’aperçurent mort au milieu de cet ouvrage. Pénétrés d’une vive douleur, ils s’élancèrent jusqu’à lui et relevèrent son corps malgré le feu des ennemis qui les voyaient à découvert.

Histoire des deux compagnies de mousquetaires de 1622 à 1767.
Lorsque Louis XIV en personne arriva au pied de la tranchée, on comptait les victimes : cinquante officiers tués ou blessés, cent gardes tués, trois cent blessés dont soixante mousquetaires. Les survivants furent saisis de douleur en voyant leur chef étendu au milieu du glacis « mordant la poussière, étant reconnaissable à ses armes ». Près de lui, gisait la bannière argentée de la compagnie.

Jean-Christian Petitfils.
Ainsi d’Artagnan, qui avait tant souhaité, dans sa Gascogne natale, d’être un jour mousquetaire, tombait, lui, le premier des mousquetaires, au « lict d’honneur » (…) il tombait, non pas en maréchal de camp, mais en capitaine, à la tête de sa compagnie d’élite, dans l’acte suprême de la bataille, l’assaut !

André Laffargue.
C’est ainsi qu’il mourut, d’une mort simplement héroïque, comme toute sa vie, entouré du respect et du dévouement passionné de ses soldats. Cela vaut bien l’épilogue du Vicomte de Bragelonne, où l’on voit l’illustre mousquetaire expirer en recevant le bâton de maréchal.

Armand Praviel.
Une ultime fois, pour sauver la situation, d’Artagnan avait agi sans en avoir reçu l’ordre, comme il l’avait fait lors du siège de Lille. Le roi le lui reproche-t-il ? Comment le pourrait-il ? Son serviteur dévoué et fidèle est mort. Il reconnaît lui même qu’il doit à ses mousquetaires le succès de l’opération. Louis XIV pleura le capitaine-lieutenant de ses mousquetaires. Le soir même de sa mort, il écrivit à la reine : « Madame, j’ai perdu d’Artagnan, en qui j’avais la plus grande confiance et qui m’était bon à tout. ».

Odile Bordaz.
Le roi parla parfaitement bien de M. d’Artagnan, et le loua en particulier de ce qu’il était presque le seul qui eût trouvé moyen de se faire aimer des gens en ne faisant pas des choses extrêmement obligeantes pour eux, voulant parler de M. Fouquet qu’il avait gardé avec beaucoup d’exactitude et de M. d’Humières dont il avait occupé la place.

Pellisson.
Sa mort arracha des larmes aux braves mousquetaires. Pas un qui ne regrettât amèrement son populaire capitaine ; « Si on mourait de chagrin, en vérité je serais mort, écrit d’Aligny…Peu de gens auraient pris un parti aussi hasardeux que celui qu’il prit, mais en l’état où étaient les choses, malgré ce que les courtisans en disaient que c’était une témérité de jeune homme, cependant la grande valeur de M. d’Artagnan et des braves mousquetaires ont acquis Maëstricht au roi… »

Jean-Christian Petitfils.
Les regrets que d’Artagnan laissa après lui furent immenses et sincères. On savait que, très avant dans les bonnes grâces du roi comme il était, il eût fait, ainsi que le dira plus tard Saint Simon, une « fortune considérable ». On admira que son courage seul l’eût conduit au danger et à la mort, alors que son service ne l’exigeait pas.

Charles Samaran.
D’Artagnan de qui le courage

Du plus glorieux avantage

Vit couronner tous ses exploits

Tombe mort d’une mousquetade,

Dont le coup fit perdre parade

Aux porte croix d’argent

qui marchaient sous ses loix,

Le Roy ressent cette infortune

Dans une douleur non commune

Et toute son armée en deuil

Ne peut supporter cette atteinte

Qu’en s’écriant dans sa complainte :

D’Artagnan et la gloire ont le même cercueil

Juliani de Saint-Blaise



D’Artagnan a été mortellement blessé au pied des remparts de Maastricht . Une statue et une plaque commémorative sont présentes sur les lieux où le capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires est tombé (…) Une question demeure : où est enterré d’Artagnan ? Il était habituel au cours des guerres d’inhumer les morts, officiers comme simples soldats, à proximité des lieux mêmes des combats, cela pour d’évidentes questions pratiques. Très rares étaient les officiers dont la dépouille pouvaient être rapatriée dans leur pays.

Et d’Artagnan ? La question revient lancinante : où repose-t-il ?


Odile Bordaz.

D’Artagnan est mort en héros avec le même mystère que celui qui a entouré sa naissance. A Maastricht comme à Lupiac, il manque une partie de lui-même.

En Gascogne, on peut voir son lieu de naissance mais sans datation précise, alors qu’à Maastricht, la date de sa mort est précise, mais sans sépulture.

Un homme dont le corps et l’âme se sont dissociés pour permettre à un romancier d’en faire un héros éternel.



D’Artagnan essaya de se relever. On l’avait cru renverser sans blessure. Un cri terrible partit du groupe de ses officiers épouvantés : le maréchal était couvert de sang ; la pâleur de la mort montait lentement à son noble visage.

Appuyé sur les bras qui, de toutes parts, se tendaient pour le recevoir, il put tourner, une fois encore, ses regards vers la place, et distinguer le drapeau blanc à la crête du bastion principal ; ses oreilles, déjà sourdes aux bruits de la vie, perçurent faiblement les roulements du tambour qui annonçaient la victoire.

Alors, serrant dans sa main crispée le bâton de velours brodé de fleurs de lis d’or, il abaissa vers lui ses yeux qui n’avaient plus la force de regarder le ciel, et il tomba en murmurant des mots étranges, mots qui jadis avaient représenté tant de choses sur terre, et que nul excepté ce mourant ne comprenait plus :

« Athos, Porthos, au revoir ! Aramis, à jamais adieu ! »

Des quatre vaillants hommes dont nous avons conté l’histoire, il ne restait plus qu’un seul corps. Dieu avait repris les âmes.

Alexandre Dumas – Le Vicomte de Bragelonne.

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