Essai sur l’exotisme





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L’INDIFFÉRENCE COLLECTIVE AU SORT DES TSIGANES INTERNÉS

DANS LES CAMPS FRANÇAIS, 1940-1946
Le Divers décroît. Là est le grand danger terrestre.

C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter…

Victor Segalen, Essai sur l’exotisme, 1904-1918


En dépit de leur présence ancienne attestée en France depuis le début du XVe siècle1, et contrairement à l’hospitalité dont ils bénéficièrent dans ce pays et partout ailleurs en Europe auprès des autorités municipales et des nobles, aux bonnes grâces accordées par les cours royales et princières, une attitude bienveillante qui prévalut à leur égard jusqu’au XVIIe siècle2, les Tsiganes ne reçurent pratiquement aucune aide ni protection, matérielle et morale, lorsqu’ils furent persécutés durant la Seconde Guerre mondiale sous l’Occupation, période la plus noire de leur histoire. À l’exception de quelques personnes dévouées, qui tentèrent de soulager les souffrances vécues par les familles, les « nomades » internés, pour la plupart de nationalité française, durent affronter seuls, dans le plus grand dénuement, abandonnés de tous, les épreuves et situations dramatiques liées aux conditions de l’internement3.

Un héritage de pratiques et de représentations discriminatoires
Les Tsiganes ont été perçus au sein de la société française comme un groupe à part, marginal, constitué de gens intrus, inconnus, dangereux, étrangers, indignes d’être secourus au moment où sévirent les mesures d’exclusion mises en vigueur par l’occupant allemand avec la complicité de Vichy, parce que ce phénomène de rejet s’inscrit dans la longue durée, ne peut être appréhendé qu’à la lumière de tout un ensemble de dispositifs législatifs et politiques répressifs qui l’ont précédé.

A partir des années 1600, mais surtout de la deuxième moitié du XVIIe siècle, le destin de la diffuse « nation bohémienne » bascule, on assiste à une montée des comportements hostiles et, avec elle, à l’établissement rigoureux et constant de sanctions effectives4. La sévérité des textes est exemplaire dans sa cohérence ; elle est générale, et pas seulement française5. Privés de l’accueil des châteaux, où les Égyptiennes et leurs spectacles de danse suscitaient un véritable engouement, exclus des compagnies de gens d’armes, chassés des villes, la situation des Tsiganes se dégrade rapidement ; ils sont confondus avec les « errants et vagabonds » et pourchassés à ce titre dans toute l’Europe. Les interdictions de contacts et l’impossibilité d’exercer une activité itinérante mais légale condamnent le peuple bohême au bannissement collectif. La déclaration de juillet 1682, voulue par Colbert et signée de Louis XIV, « contre les Bohèmes et ceux qui leur donnent retraite », demande aux baillis, sénéchaux et leurs lieutenants d’arrêter et de faire arrêter les hommes afin qu’on les conduise aux galères, à perpétuité, en dehors de tout délit constaté, tandis que les femmes, séparées des premiers, seront tondues et au cas où elles continueraient à « mener la vie de bohémiennes », passibles d’être fustigées et bannies ; quant aux enfants, et c’est la première fois qu’un texte prévoie leur sort, ils seront conduits dans les hôpitaux pour y être élevés selon la religion chrétienne. Au XVIIIe siècle, le traitement administratif des Bohémiens est englobé dans celui des vagabonds, mendiants et gens sans aveu. Les innombrables textes consacrés à la condamnation du vagabondage et la réprobation de la mendicité soumettent les compagnies tsiganes aux exigences de domiciliation et au contrôle. La déclaration de 1764 leur impose de se « choisir un domicile fixe et certain et de s’y occuper de quelque métier ou travail »6. Pour ne plus répondre à la définition des vagabonds et gens sans aveu, un certain nombre de Bohémiens se sédentarisent, pendant au moins une partie de l’année, ou adoptent des occupations - forains, bateleurs, maquignons - qui, exercées d’une façon assez suivie, peuvent être considérées par les autorités comme « métier » ou « profession ». Ceux qui continuent de parcourir les provinces sont l’objet d’une surveillance attentive et s’exposent à des arrestations7; à l’égard des Bohêmes nomades, soupçonnés de vols et de brigandages divers, la peine la plus souvent prononcée pour les hommes est celle des galères. En Béarn et en Navarre, la répression des Bohémiens n’est pas uniquement l’affaire de la force publique, puisque les particuliers participent aux poursuites ; à ceux-ci, les États accordent des indemnités de capture. Le XIXe siècle ne se fera pas plus favorable aux Tsiganes que l’époque des Lumières. Quelques années après les expéditions armées organisées contre eux, en Alsace, pendant la Révolution, le préfet des Basses-Pyrénées procéda sous le Consulat à l’arrestation des Bohémiens du Pays basque. L’opération eut lieu dans la nuit du 6 au 7 décembre 1802 avec le concours des maires, des gardes nationales, de la gendarmerie, des troupes de ligne. Les familles incarcérées, qui devaient être déportées, seront réparties en France, les femmes et les enfants dirigés vers différents dépôts de mendicité, les jeunes gens et les hommes employés à de grands travaux dans les ateliers ouverts pour les canaux d’Arles et d’Aigues-Mortes et pour la confection des routes dans les départements des Hautes-Alpes et du Mont-Blanc8. Le destin des Tsiganes bascula une fois de plus au cours de la deuxième moitié du siècle, quand de nouvelles migrations de Tsiganes venus d’Europe danubienne et balkanique furent provoquées par la libération des liens de servage. L’arrivée de ces petits groupes familiaux singulièrement exotiques provoqua une vague d’hostilité, et l’on accusa les Bohémiens, surtout après la guerre de 1870, d’être des agents au service de l’Allemagne. Le recensement général de 1895 de tous les « nomades, bohémiens et vagabonds »9, la surveillance et le fichage des « nomades » par les Brigades régionales de police mobile créées en 1907 à l’initiative de Clemenceau10, avec pour prolongement la loi de juillet 1912 sur le port du carnet anthropométrique d’identité11, obligeant tout nomade à faire viser son carnet individuel, établi dès l’âge de 13 ans révolus, et collectif à l’arrivée et au départ de chaque commune, comme elle le contraint à se soumettre aux différentes mensurations et identifications photographiques consignées dans ces carnets, un système discriminatoire et disciplinaire qui allait se maintenir près de soixante ans, l’internement de Tsiganes alsaciens et mosellans, pourtant dotés de certificats d’option, durant la Première Guerre mondiale12, sont autant d’étapes qui jalonnent ensuite un dispositif de contrôle et de répression utilisé par la France républicaine13.

Le phénomène d’exclusion dont a été victime cette minorité ne saurait se comprendre si l’on ne tient pas compte aussi du rôle déterminant des jugements dépréciatifs que l’opinion savante et le discours dominant ont répandus à son encontre. Dans ce domaine, l’imaginaire des sociétés occidentales s’est nourri de stéréotypes et représentations fantasmatiques, accolés aux Tsiganes pour les dévaloriser et ainsi justifier leur rejet. En témoigne la description négative des Bohémiens véhiculée par les dictionnaires français, qui accumule une série de clichés aussi grotesques qu’humiliants (« des fainéants livrés à tous les vices… ils n’ont aucune religion… vivant au milieu des nations, sans se mêler à aucune… des gens de cette espèce, ni civilisés ni disposés à la civilisation… poltrons et entièrement illettrés… les enfants de la bohème ont toutes sortes d’industries suspectes »)14. Sans oublier les accusations offensantes, parmi lesquelles le mythe de l’enfant volé et mangé. Certes il y a l’image romantique de la Gitane séductrice et du Bohémien adepte d’une liberté enviable. Mais la Bohémienne reste malgré tout une vagabonde ; son apparence et ses manières trop libres la désignent aux yeux des lexicographes comme une femme dont « la morale est en général fort relâchée ». En conséquence de quoi, la bohémienne peut être identifiée à une prostituée. La presse quant à elle, dans le contexte des discours sécuritaires et xénophobes de la fin du XIXe siècle, s’en prend avec véhémence aux groupes « nomades » assimilés à des étrangers asociaux et parle de « fléau toujours plus envahissant ». À quoi reconnaît-on le romanichel ? À sa figure crasseuse incluse dans la « redoutable tourbe errante », déclare tout net le Petit Journal. Pour M. Contant, député maire d’Ivry, « ces nomades sont la cause des épidémies de scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde ». Il importe donc de « faire disparaître le mal ». En date du 3 août 1908, Le Petit Parisien, qualifiant les Tsiganes de « peuple néfaste », suggère qu’on sévisse contre  ces « parasites outrecuidants », ces « rongeurs » qui « infectent notre territoire ».
« (…) reconduits au camp à coups de fourches »
Dès le mois de septembre 1939, les Tsiganes subissent les conséquences de la guerre. Alors que certains d’entre eux ont été mobilisés puis envoyés sur le front, les « nomades » définis par l’article 3 de la loi de 1912 sont interdits de séjour en Indre-et-Loire et ne peuvent plus circuler librement dans l’Ouest de la France. Le 6 avril 1940, ces dispositions s’appliquent à l’ensemble du territoire métropolitain. Un décret du président de la République interdit la circulation des « nomades » pendant toute la durée de la guerre au motif suivant : « Les incessants déplacements des nomades leur permettent de surprendre des mouvements de troupes, des stationnements d’unités, des emplacements de dispositifs de défense, renseignement importants qu’ils sont susceptibles de communiquer à des agents ennemis ». En outre, il s’agit là d’une mesure plus coercitive encore, les « nomades » sont astreints à résidence sous la surveillance de la police. Après la défaite, les Allemands ordonnent début octobre 1940 que les Tsiganes de la zone occupée soient internés dans les camps. Les « nomades » vivant en zone libre seront pour leur part assignés à résidence ou internés dans plusieurs camps, dont celui de Saliers (Bouches-du-Rhône), le seul camp d’internement réservé aux « nomades » - avec le camp de Lannemezan - qui fut créé par le gouvernement de Vichy. Ce sont les autorités françaises qui administrent les trente camps où séjournèrent un peu plus de six mille Tsiganes, internés par familles entières. Les enfants représentaient 30 à 40 % de la population internée.

Le constat est partout identique. La vie quotidienne dans les camps révèle des conditions de logement et d’hygiène déplorables. À cause des matériaux utilisés pour la construction des baraques, les familles souffrent du froid et de la chaleur. À Mulsanne, les baraques recouvertes de tôle ondulée offrent une protection aussi glaciale l’hiver qu’étouffante l’été. Les camps, comme à Rivesaltes, sont souvent construits en plaine à la merci des éléments naturels. Tous les rapports rédigés par les chefs de camp mettent l’accent sur l’indigence des « nomades » : à Montsûrs, « des adultes manquent de chemises et portent un veston directement sur la peau »15. Les enfants vont pieds nus dans la boue, les femmes découpent des vêtements dans les couvertures pour se protéger du froid. Le linge de corps n’existe pas, les nomades n’ont même pas de vêtements de rechange et ils n’ont pas d’argent pour s’en acheter. Les locaux deviennent vite inhabitables. L’insalubrité du camp se traduit alors par la présence de poux, de sarcoptes et vermines de toutes sortes, de rats. Les conditions d’hygiène étant mauvaises (pas de douches), on recense de nombreux cas d’affections de la peau dues à la malpropreté : impétigo, plaies sceptiques, furonculose, abcès. Au tableau des misères quotidiennes que subissent les familles s’ajoutent de graves insuffisances de l’alimentation. Les internés ont été très durement touchés par les pénuries, qui se sont aggravées au cours de l’année 1941. À Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes et dans d’autres camps, ceux que l’on autorise à sortir tentent d’échanger des objets de valeur contre de la nourriture. Ainsi ce Manouche, interné à Moisdon-la-Rivière, venu voir un fermier pour troquer son médaillon en or sur lequel figurait la photographie de sa femme : le paysan, après avoir retiré la photo, puis l’avoir jeté par terre et piétinée, s’était contenté de lui donner en échange deux oeufs16. Mais les denrées alimentaires manquaient cruellement, en particulier aux enfants. Gaston Foucher, interné pendant un mois en septembre 1943 à Jargeau comme réfractaire au Service du Travail Obligatoire, se souvient que les « nomades » ont souffert de la faim : « Quand on parlait avec les nomades, ils nous disaient qu’ils étaient malheureux, qu’ils n’avaient pas assez à manger »17. Les Tsiganes ne souffrent pas seulement de la faim, ils meurent dans les camps. La malnutrition et les maladies constituent deux des causes principales de la mortalité. Par ailleurs, le manque de soins aggrave les maladies et intervient comme un facteur supplémentaire dans la mortalité enregistrée. Les personnes décédées sont des vieillards, des enfants mais aussi des adultes isolés. Une estimation portant sur les années 1940 à 1944 indique qu’une centaine de « nomades » sont morts dans les camps d’internement : « le chiffre est significatif, et cette population internée fut parmi les plus touchées, en proportion, bien plus que les " politiques ", les " marché noir " ou les droits communs »18.

L’internement apparaît d’autant plus pénible pour les « nomades » qu’ils ne reçoivent aucune aide extérieure, contrairement aux autres catégories d’internés. Leur famille est elle-même internée ou alors trop pauvre et les œuvres caritatives ne s’intéressent pas à eux ; seuls la Croix-Rouge, le Secours National et quelques œuvres religieuses agissent ponctuellement. L’inspecteur général des camps est très sévère, à l’issue de son inspection aux Alliers (Charente), en décembre 1941 : « Les œuvres de bienfaisance locales se sont totalement désintéressées du camp des Alliers. La Croix-Rouge seule a délégué une de ses infirmières mais cette grande association pourrait, ce semble, activer son intervention généreuse ». Le sort des Tsiganes, qui pâtissent des critiques malveillantes formulées par les directeurs de camp (« En résumé, gens peu intéressants, nuisibles parce que très ignorants, amoraux et foncièrement vicieux »19), n’émeut guère davantage la population locale. Des communes en Côte-d’Or exercent même des pressions pour que les « nomades » soient internés, ce qui ferait de ce département le seul de zone occupée où l’internement relèverait des autorités françaises. Telle serait en effet l’origine du centre de rassemblement de Moloy, si l’on en croit le rapport mensuel du préfet en date du 21 juillet 1941 : « Comme les maires et les habitants des localités où séjournent certaines tribus nomades ont déposé des plaintes pour des vols et des rapines commis par ces derniers, il devient nécessaire de créer un camp d’internement en Côte-d’Or ». Hypothèse d’autant plus vraisemblable que cette attitude d’hostilité de la population s’exprime ailleurs, conduisant par exemple les habitants de la Morinière (Loire-Inférieure) à signer une pétition en faveur de l’internement des « nomades » de la commune : « Dans un but désintéressé, plaçant notre amour de la France au-dessus de toute autre considération, nous faisons appel, Monsieur le Préfet, à votre esprit de justice et d’ordre social, et vous demandons respectueusement : de prononcer l’internement des membres adultes des familles Z. et H. ; de confier à des Centres de Rééducation les enfants de ces mêmes familles ». La requête fut jugée recevable et aboutit à l’internement des familles au camp de Jargeau. De semblables démarches se produisirent en zone sud, comme l’atteste entre autres une lettre d’habitants et du maire de Bassan adressée au préfet de l’Hérault le 4 mai 1944 (!), qui réclame l’internement d’une famille de vanniers ambulants assignée sur la commune, pétition à la suite de laquelle le préfet donna son accord et ordonna sans hésitation par arrêté préfectoral que la famille B, composée du père, de la mère et de quatre enfants, soit conduite au camp de Gurs20.

À lire les rapports officiels, l’absence d’aide apportée aux « nomades » prévaut également quand il est question des évasions. Les Tsiganes ne supportent pas leur internement, ils n’en comprennent pas les raisons. Ne plus voyager leur est insupportable. C’est pourquoi ils s’évadent en masse, en famille. Tous les moyens sont bons : on fait le mur, on ne revient de permission ou d’hôpital, on profite d’une sortie. Une majeure partie d’entre eux est toutefois reprise après quelques jours, souvent grâce à la complicité active de la population qui les dénonce auprès des gendarmes : à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), où les évasions furent nombreuses en 1944, les « nomades » en fuite voient « se dresser contre eux les fermiers des environs qui les ont reconduits au camp à coups de fourches »21. Même scénario à Arc-et-Senans (Doubs), à ceci près que les « nomades » évadés en avril 1942 qui avaient pu se réfugier en Suisse sont refoulés vers la gendarmerie par la police helvétique : « Ces nomades ont regagné le camp, escortés par les gendarmes de Beaume-les-Dames. Interrogés, les fugitifs ont déclaré avoir quitté le camp par escalade le 11 avril à l’aube ; ils se sont ensuite dirigés à pied sur Morteau, ont pénétré en Suisse pour tenter de gagner la région de Locle ; ils ont été refoulés par la police helvétique pour être finalement arrêtés sur notre territoire par la gendarmerie » (arch. mun., Le chef de poste à Monsieur le Maire d’Arc-et-Senans, 18 avril 1942).

L’indifférence persista après l’installation du gouvernement provisoire de la République. On pouvait escompter que la libération du territoire national aurait signifié pour tous les Tsiganes internés la sortie des camps. Il n’en a rien été. En décembre 1944, cinq camps sont toujours en activité. Les derniers « nomades » seront libérés du camp de Saint-Maurice le 18 décembre 1945, de Jargeau le 31 décembre et des Alliers le 1er juin 1946. Les familles qu’on libère manquent de tout, vêtements, nourriture, argent, et personne ne s’en préoccupe : « Quand on est sorti des camps, on n’avait pas de secours, on n’avait rien, comme il y a du secours partout maintenant. On aurait dû nous donner quelque chose pour faire la route, nous guider, nous dire " Allez là, il y a une maison qui vous attend, on va s’occuper de vous ". Rien, à la porte ! comme un chien ! comme des chiens ! »22. Les « nomades » rentrent à pied chez eux et se débrouillent par leur propre moyen. Mais d’autres épreuves attendent les Tsiganes à leur arrivée. Car bien souvent, profitant que les maisons ou les roulottes qu’ils habitaient étaient restées inoccupées, des habitants se sont empressés de voler toutes choses utiles qui s’y trouvaient. Au mois de novembre 1942, Toto Hoffmann est libéré du camp de Poitiers. Munis d’un laissez-passer, les Hoffmann regagnent la commune de Gujan-Mestras. Non content d’avoir perdu leur belle roulotte au camp de Mérignac, la famille découvre au retour que des vols ont été commis dans la maison, les spoliant de leurs meubles et des vêtements qui leur étaient nécessaires : « Quand on est venus à la maison, il n’y avait plus rien. On nous avait tout volé… on n’avait plus rien… ils avaient tout pris, tout ce qu’on avait, les vêtements qu’on avait… quand on est venus, je vous dis, on était nus ». Malgré tant de privations et de souffrances endurées, les Tsiganes libérés sont aussitôt assignés à résidence, avec interdiction de quitter la commune où ils doivent demeurer. Cette obligation touche tous ceux qui ont été internés en France mais aussi les survivants revenus des camps de concentration23. C’est ainsi qu’Alphonse Reinhardh, d’abord assigné à résidence sur la commune de Saint-Aignan par la brigade de Villegouge, interné ensuite à Mérignac et Poitiers, puis déporté au camp de Sachsenhausen, sera à son retour d’Allemagne en août 1945 assigné à résidence et placé sous la surveillance de la même brigade de gendarmerie jusqu’à la loi du 10 mai 1946 portant fixation de la date légale de cessation des hostilités. Rien d’étonnant alors si, reprenant à son compte des propos honteux tenus par le maire d’une commune contre une famille gitane durement meurtrie, dont plusieurs de ses membres, résistants d’un maquis, avaient été arrêtés, l’un des enfants fusillé par les Allemands, le père mort en déportation, un sous-préfet de la Gironde suggéra ni plus ni moins en septembre 1945 aux autorités préfectorales que pour cette famille et tous les nomades indésirables du département, « les terrains sablonneux des Landes seraient tout indiqués »24.
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