L’évolution de l’inégalité des revenus en France au 20ème siècle





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86 Malheureusement, ce n’est que depuis la seconde guerre mondiale que l’INSEE effectue des relevés de prix « officiels » portant sur un très grand nombre de biens et services individuels : auparavant, les relevés « officiels » effectués par la SGF portaient sur un nombre très réduit de produits (13 articles, dont 11 alimentaires, puis 34 articles, dont 29 alimentaires), ce qui s’est avéré suffisant pour mesurer correctement l’évolution « moyenne » du niveau des prix dans le court terme, mais ce qui ne permet pas d’analyser de façon systématique l’évolution sur longue période de la structure des prix relatifs, notamment si l’on s’intéresse au pouvoir d’achat exprimé en termes de produits industriels et de services.87 Pour les années antérieures à la seconde guerre mondiale, nous devons donc nous contenter de donner quelques exemples d’évolutions de prix individuels, obtenues en complétant les relevés « officiels » de la SGF et de l’INSEE par les informations fournies par les relevés de prix effectués à titre « privé » par un certain nombre de chercheurs, et notamment par Jean Fourastié et son équipe, dont le patient travail de collection et de publication de milliers de séries de prix individuels depuis le milieu du 19ème siècle, relevés dans des centaines de catalogues de vente et de documents commerciaux des différentes époques, a permis de démontrer tout l’intérêt d’une étude sur longue période de la progression du niveau de vie prenant en compte toute la diversité des évolutions de prix, y compris à l’intérieur de chacune des trois grandes catégories de biens et services distingués plus haut.88

Commençons par donner quelques exemples de produits alimentaires, dont les prix sont de très loin les moins mal connus. Pris dans leur ensemble, les prix des produits alimentaires ont donc progressé à peu près comme la moyenne des prix, c’est-à-dire qu’ils ont été multipliés par 20 environ entre le début et la fin du siècle, ce qui signifie que le salarié moyen ou le ménage moyen des années 1990 pourrait s’offrir environ 5 fois plus de produits alimentaires que le salarié moyen ou le ménage moyen du début du siècle, au cas où il choisirait d’y consacrer la même fraction de son revenu. Par exemple, le prix moyen du kilo de carottes était d’environ 30 centimes au début du siècle, et il est d’environ 6 francs en 1998.89 Avec un salaire annuel de l’ordre de 1200 francs, soit environ 3,30 francs par jour , le salarié moyen du début du siècle pouvait s’offrir un peu plus de 10 kilos de carottes par jour. Avec un salaire annuel de l’ordre de 120000 francs, soit environ 330 francs par jour, le salarié moyen de 1998 pourrait s’offrir un peu plus de 50 kilos de carottes par jour. Le pouvoir d’achat en termes de carottes a été multiplié par 5.

Le prix de certains produits alimentaires de base, et notamment du pain et des pommes de terre, a cependant progressé légèrement plus vite que la moyenne, et ils étaient donc moins chers (en termes relatifs) au début du siècle. Au début du siècle, le prix du pain est d’environ 40 centimes le kilo (il s’agit du « pain de consommation courante de 2 kg »).90 En 1998, le prix du pain est d’environ 12 francs le kilo pour le « pain parisien » (le prix du kilo de pain montant jusqu’à 16 francs pour le « pain baguette », voire davantage pour les « pains spéciaux »).91 Si l’on s’en tient au « parisien », le prix du pain a donc été multiplié par 30, et non pas par 20. Le pouvoir d’achat en termes de pain a donc été multiplié par environ 3,5, et non par 5. Mais cet écart peut notamment s’expliquer par le fait que la qualité du pain vendu en magasin s’est sensiblement amélioré au cours du siècle, si bien qu’il est difficile de dire s’il est véritablement significatif. 92 On observe le même type d’évolution pour les pommes de terre. Au début du siècle, le prix du kilo de pommes de terre ordinaires varie entre 15 et 20 centimes, parfois légèrement plus, suivant les années et les lieux de vente.93 En 1998, le prix du kilo de pommes de terre ordinaires est d’environ 4,60 francs, et atteint 7,70 francs pour les pommes de terre nouvelles.94 Si l’on s’en tient aux pommes de terre ordinaires, le prix du kilo de pommes de terre a donc été multiplié par un coefficient de l’ordre de 25-30, et non pas par 20. Il en va de même pour la viande, même s’il est là encore très difficile de prendre correctement en compte l’évolution de la qualité. Le prix du kilo de bifteck était d’environ 3 francs à la veille de la première guerre mondiale, et il est d’environ 90 francs en 1998 :95 le prix a été multiplié par 30, comme pour le pain, si bien que le pouvoir d’achat en termes de bifteck aurait été multiplié par 3,5 et non par 5 (le salarié moyen du début du siècle pouvait se payer 1 kilo de bifteck par jour, le salarié moyen de 1998 peut s’en payer 3,5).

Inversement, d’autres produits alimentaires ont vu leur prix multiplié par moins de 20, ce qui correspond à des coefficients de hausse du pouvoir d’achat supérieurs à 5. C’est notamment le cas pour le lait, le beurre, les œufs, les yaourts, les produits laitiers, etc. Le prix du litre de lait est passé d'environ 30 centimes au début du siècle à 4-5 francs en 1998,96 soit un coefficient multiplicateur de l’ordre de 15. Le pouvoir d’achat en termes de lait a donc été multiplié par un coefficient de l’ordre de 6-7, et non par 5. Le beurre valait entre 3 francs et 3,50 francs le kilo au début du siècle, alors que la plaquette de 250 grammes de « beurre extra-fin » ne vaut que 8,80 francs en 1998 (soit environ 34 francs le kilo) : le prix du beurre a été multiplié par 10 et non par 20, ce qui signifie que le pouvoir d’achat en termes de beurre a été multiplié par 10 et non par 5.97 Tous ces produits semblent avoir bénéficié de progrès techniques particulièrement importants dans le domaine de la traite, de la fabrication, de la conservation des produits, etc.. Le cas du sucre est similaire : le prix du kilo de sucre est passé d’environ 75 centimes au début du siècle à environ 8 francs en 1998, ce qui là encore correspond à un pouvoir d’achat en termes de sucre multiplié par près de 10.98 De leur côté, les évolutions des prix des fruits et légumes peuvent être extrêmement variées.99 Le progrès technique qui caractérise leur production (notamment pour ce qui est de la technique de cueillage) peut être relativement lent et les apparenter à des biens tertiaires, mais l’abaissement des coûts de transport et le développement des pays producteurs peut parfois permettre des baisses notoires de certains prix relatifs. Par exemple, le kilo d’oranges valait 1 franc au début du siècle et à peine 10 francs en 1998, et le kilo de bananes valait 2 francs au début du siècle et à peine plus de 10 francs en 1998 : le pouvoir d’achat en termes d’oranges a donc été multiplié par 10, et le pouvoir d’achat en termes de bananes par 20.100

Mais quelle que soit l’importance des progrès techniques dont ont bénéficié certains produits alimentaires, c’est évidemment en termes de produits industriels que la croissance du pouvoir d’achat a été la plus importante, tant les innovations techniques et les réductions de coût ont été nombreuses. Un cas particulièrement spectaculaire étudié par Jean Fourastié est celui de la bicyclette.101 En 1892, la bicyclette la moins chère vaut 500 francs. Il s’agit d’une bicyclette « dont les roues ne sont revêtues que d’une bande de caoutchouc plein, qui n’a qu’un seul frein, à action directe sur le bandage avant ». Le salaire moyen était d’à peine plus de 1000 francs par an en 1892, et cette bicyclette équivalait donc à 6 mois de salaire moyen. En 1976, une bicyclette de qualité (avec « roue libre, deux freins, couvre-chaîne et garde-boue, porte-bagage, éclairage, catadioptre ») valait 460 francs. Le salaire moyen de 1976 était d’environ 34000 francs par an, soit plus de 650 francs par semaine,102 et il fallait donc moins d’une semaine de travail au salarié moyen pour s’acheter cette bicyclette. Autrement dit, sans même prendre en compte la progression vertigineuse de la qualité et de la sécurité du produit, le pouvoir d’achat en termes de bicyclette a été multiplié par un coefficient de l’ordre de 40 entre 1892 et 1976.

Avec l’arrivée de l’électronique, on obtient souvent des coefficients du même ordre en l’espace de quelques années seulement. Par exemple, le prix de la calculatrice de poche la moins chère des catalogues consultés par Fourastié est passée de 1000 francs au début des années 1970 à moins de 50 francs au début des années 1980,103 soit une division par plus de 20 du prix en francs courants, alors que le salaire net moyen est passé d’à peine 16000 francs par an au début des années 1970 à plus de 52000 francs au début des années 1980,104 soit une multiplication par plus de 3 du salaire net moyen en francs courants : en dix ans, le pouvoir d’achat exprimé en termes de calculatrice de poche a été multiplié par un facteur de l’ordre de 60. En utilisant les séries rassemblées par Fourastié et son équipe, on pourrait multiplier les exemples et obtenir des coefficients de hausse du même ordre (40, 50, 60 voire davantage) en mesurant la progression du pouvoir d’achat exprimé en termes d’automobiles, d’appareils de photo ou de radio, de réfrigérateurs ou d’ampoules électriques, et là encore sans même prendre en compte l’amélioration spectaculaire de la qualité des produits.105 Mais tout dépend évidemment du rythme précis des innovations technologiques et du progrès technique dont ont bénéficié les différents biens industriels. Par exemple, les secteurs industriels traditionnels tels que le textile, les cuirs et chaussures, etc., ont connu un progrès technique nettement plus lent que les nouveaux secteurs industriels, ce qui les rapproche davantage du cas des produits alimentaires. C’est notamment le cas des chaussures : au début du siècle, une paire de chaussures de qualité « moyenne » valait entre 20 et 30 francs, suivant les sources;106 en 1998, les prix des paires de « chaussures ville homme basses en cuir, semelle cuir » et autres « escarpins classiques femmes, en cuir, semelle cuir » relevés par l’INSEE sont de l’ordre de 500 francs.107 Le prix des chaussures a donc été multiplié par un coefficient de l’ordre de 20 entre les deux extrémités du siècle, c’est-à-dire par le même coefficient que la moyenne des prix. Le pouvoir d’achat exprimé en termes de chaussures a donc été multiplié par 5, de la même façon que le pouvoir d’achat « moyen » et le pouvoir d’achat exprimé en biens alimentaires.

A l’extrême inverse, si l’on considère tous les produits qui n’existaient pas au début du siècle (télévisions, magnétoscopes, ordinateurs, etc.), le pouvoir d’achat exprimé en termes de ces produits a par définition été multiplié par un coefficient infini, puisque même un revenu infiniment élevé au début du siècle ne permettait pas de se les offrir. On voit là toutes les limites de l’exercice consistant à chercher à attribuer un coefficient unique de progression au pouvoir d’achat « moyen », ou même au pouvoir d’achat exprimé en termes de « biens industriels » : tout dépend des produits précis que l’on considère, et la seule façon utile de procéder consiste à retenir les principaux ordres de grandeurs et à se reporter aux chiffres précis en cas de besoin.

Concluons par quelques exemples d’évolutions de prix de services. Le cas typique de service « pur » n’ayant connu aucune innovation technique notoire au cours du siècle est celui des coiffeurs : une coupe de cheveux nécessite toujours à peu près le même temps de travail qu’au début du siècle, si bien que le prix d’un coiffeur a été multiplié par le même coefficient que le salaire des coiffeurs, qui a lui-même progressé à peu près au même rythme que le salaire moyen et que le revenu moyen (en première approximation). Autrement dit, en travaillant une heure, le salarié moyen de la fin du siècle peut se payer exactement le même nombre de coupes de cheveux que le salarié moyen du début du siècle : le pouvoir d’achat exprimé en termes de coupes de cheveux n’a pas augmenté.108 Un autre exemple typique de service « pur » est celui des domestiques : par définition, le prix des domestiques a progressé au même rythme que le salaire des domestiques, et non pas au même rythme que la moyenne des prix. Ce cas des domestiques est particulièrement important lorsque l’on s’intéresse aux foyers aisés, et nous reviendrons dans les chapitres suivants sur l’évolution au cours du 20ème siècle du pouvoir d’achat des hauts revenus exprimé en termes de domestiques. Le fait important à retenir est que l’évolution de ce pouvoir d’achat est intimement lié à l’évolution de l’inégalité des revenus : pour qu’un foyer aisé puisse s’offrir autant de domestiques à la fin du siècle qu’au début du siècle, il faut que son revenu ait progressé dans les mêmes proportions que le salaire des domestiques.

Certains services sont moins « purs » que les coiffeurs et les domestiques, dans le sens où leur prix incorpore d’autres éléments importants que le salaire à verser aux personnes fournissant ce service. C’est le cas par exemple des chambres d’hôtel, qui ont bénéficié des progrès techniques considérables observés dans le domaine de la construction, et des repas pris aux restaurants, qui ont bénéficié des progrès techniques de l’agriculture et des appareils de cuisine. Il reste que la prix de ces services incorporent pour une part essentielle le salaire des réceptionnistes et gardiens d’hôtel et des serveurs de restaurant, dont la productivité n’a pratiquement pas évolué au cours du temps. Selon les estimations de Fourastié, ce dernier facteur l’a emporté, puisque les prix des hôtels et restaurants, de la même façon que le prix des coiffeurs, ont progressé au cours du siècle à peu près au même rythme que celui des salaires, si bien que le pouvoir d’achat exprimé en termes de ces services est resté globalement stable au cours du 20ème siècle.109 Il semblerait donc que les gains de productivité dont ces services ont bénéficié aient été compensé par une amélioration de leur qualité. On observe le même type de phénomène avec les journaux. Au début du siècle, le prix du journal quotidien était de 5 centimes pour la presse à grand tirage, et montait jusqu’à 10 centimes pour la presse « de qualité » (« Le Journal des Débats », « Le Temps »).110 En 1998, le prix typique du journal quotidien est de l’ordre de 5 francs, et peut monter jusqu’à 7-8 francs pour la presse « de qualité » (7,50 francs pour « Le Monde »). Le prix des journaux a donc été multiplié par un coefficient de l’ordre de 100, c’est-à-dire par le même coefficient que le salaire moyen et le revenu moyen : le pouvoir d’achat exprimé en termes de journaux est resté globalement stable au cours du 20ème siècle. Là encore, les progrès techniques dont a bénéficié la production de journaux, notamment pour ce qui est des techniques d’impression et des coûts de transport, semble avoir été compensés par l’amélioration de la qualité du produit (augmentation du nombre de pages, nombre plus élevé de journalistes par journal, etc.).

Le cas des loyers, qui constituent le prix des « services de logement », est particulièrement important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le loyer représente généralement un des postes les plus importants des dépenses des ménages, et il est donc pour beaucoup de ménages modestes un des déterminants essentiels du niveau de vie. Ensuite, ainsi que nous l’avons déjà évoqué au sujet des revenus fonciers perçus par les propriétaires, le niveau monétaire des loyers a connu au cours du 20ème siècle des fluctuations d’une très grande ampleur, notamment du fait des mesures de blocages des loyers mises en place durant chacune des deux guerres mondiales et des années qui les ont suivies. Ces fluctuations peuvent parfois se trouver renforcées par le fait que le logement n’est pas seulement un bien de consommation : il est également un instrument de placement, si bien que le prix des logements, et à un degré moindre le niveau des loyers, peut varier de façon importante en fonction de l’engouement des épargnants. Indépendamment de ces perturbations politiques ou spéculatives, il n’est pas évident de prévoir a priori comment devrait évoluer dans le long terme le niveau des loyers relativement à celui des autres prix. Il est certain que la construction de logements a bénéficié au cours du siècle de progrès techniques importants : grâce aux machines de construction, à des matériaux moins chers, etc., il est maintenant possible de construire des logements d’une qualité donnée en utilisant moins d’heures de travail qu’au début du siècle. On devrait donc s’attendre à ce que le niveau des loyers dans le long terme augmente sensiblement moins vite que le niveau général des salaires, contrairement au prix des services purs. Mais, en même temps, le secteur de la construction n’a pas bénéficié des innovations spectaculaires qu’ont connu certains secteurs industriels. En outre, la concentration croissante de la population dans les agglomérations urbaines tend à alourdir le coût de la construction, toutes autres choses égales par ailleurs. Au final, si l’on supposait que les logements ont bénéficié d’un progrès technique de l’ordre du progrès technique moyen enregistré pour l’ensemble des biens et services (moins rapide que les biens industriels, mais plus rapide que les services), de la même façon que les produits alimentaires, on devrait s’attendre à ce que les loyers progressent dans le long terme au même rythme que l’indice général des prix.

Qu’en a-t-il été ? Le graphique 1-9 décrit l’évolution du rapport entre l’indice des loyers et l’indice général des prix de 1900 à 1998 (exprimé en base 100 en 1914).
Insérer Graphique 1-9 : Le rapport entre l’indice des loyers et l’indice général des prix de 1900 à 1998
Entre le début et la fin du siècle, les loyers ont effectivement augmenté à peu près dans les mêmes proportions que l’ensemble des prix. Exprimé en base 100 en 1914, le rapport entre l’indice des loyers et l’indice général des prix est légèrement supérieur à 80 à la fin des années 1990. Autrement dit, les prix ont en moyenne été multipliés par 20, et les loyers par 15-16.111 Mais ce quasi-rattrapage ne devient effectif qu’à la toute fin du siècle : pendant la majeure partie du siècle, l’indice des loyers est très inférieur à l’indice général des prix. Les loyers sont totalement bloqués durant la première guerre mondiale, si bien qu’ils tombent en 1920 à un peu moins de 30% de leur niveau de 1914 (relativement aux autres prix), ce qui correspond très précisément à la chute que nous avons noté pour ce qui est de la part des revenus fonciers dans le revenu des ménages. Des revalorisations importantes de loyers sont accordées aux propriétaires en 1921-1923, mais l’inflation de 1924-1926 fait à nouveau chuter le rapport entre l’indice des loyers et l’indice des prix. Puis la stabilisation monétaire de 1927, et surtout la déflation des années 1930-1935, permet aux loyers de retrouver pratiquement leur niveau d’avant-guerre relativement aux autres prix (indice 87 en 1935). L’inflation déclenchée en 1936, qui se prolonge pendant les années de guerre, puis l’hyper-inflation des années 1944-1948, fait plonger le niveau relatif des loyers : en 1948, les loyers ne valent que 10% de leur niveau de 1914 (relativement aux autres prix) et atteignent le point le plus bas du siècle. Comme le note Fourastié (1977, p.180) : « En 1948, le loyer légal était tombé, pour le français moyen, au-dessous de sa dépense de tabac ». Il faut noter qu’en termes nominaux, les loyers n’ont jamais été totalement bloqués au cours des années 1930-1940 :112 l’indice des loyers double entre 1936 et 1947, et fait presque tripler entre 1936 et 1948.113 Simplement, les hausses accordées aux loyers sont beaucoup plus faibles que la hausse générale des prix. Puis les loyers augmentent 7,5 fois plus vite que les prix entre 1948 et 1970. L’inflation des années 1970 interrompt provisoirement le rattrapage historique des loyers sur les prix, puis le rattrapage reprend au cours des années 1980-1990.

Du point de vue du pouvoir d’achat, que signifie le fait que les loyers aient pratiquement retrouvé dans les années 1990 leur niveau du début du siècle (relativement à la « moyenne » des prix) ? Cela ne signifie évidemment pas que le pouvoir d’achat en termes de logement ait stagné : puisque le salaire moyen et le revenu moyen ont progressé 5 fois plus vite que les prix, cela signifie au contraire que les ménages de 1998 pourraient consacrer une part de leur budget 5 fois plus faible qu’au début du siècle pour habiter le même logement. Mais ce raisonnement ne prend pas en compte la très forte progression de la taille et de la qualité des logements entre le début et la fin du siècle. En effet, l’indice des loyers que nous avons utilisé pour dessiner le graphique 1-9, comme tous les indices de prix, mesure en principe l’évolution des prix « toutes autres choses égales par ailleurs » : l’indice mesure d’année en année l’évolution des loyers pour un logement d’une même superficie et d’une même qualité.114 En pratique, le loyer moyen payé par les ménages a progressé beaucoup plus vite que l’indice des loyers, du fait de la très forte progression de la taille et de la qualité du logement moyen. Par exemple, le pourcentage de logements sans W.C. est passé de près de 40% en 1970 à moins de 3% en 1996 ; la surface moyenne des logements est passée de 68 m2 en 1970 à 88 m2 en 1996 (soit une hausse de près de 30% en moins de 30 ans), et la superficie moyenne par personne est passée de 22 m2 en 1970 à 35 m2 en 1996 (soit une hausse de près de 60%) ; etc.115 Cela explique pourquoi la part consacrée en moyenne au loyer par les ménages locataires semble s’établir à peu près au même niveau (16%) au début et à la fin du 20ème siècle (cf. Graphique 1-10).
Insérer Graphique 1-10 : Le poids des loyers dans le budget des ménages de 1914 à 1996
Les données disponibles confirment également l’évolution observée avec l’indice des loyers : la part consacrée au logement est divisée par 4 entre 1914 et 1924, remonte pendant la déflation des années 30, atteint son plus bas niveau historique en 1948, puis augmente continûment depuis 1948, avec un pause pendant l’inflation des années 1970.116 En 1948, au point le plus bas, le loyer représente moins de 2% du budget des ménages, ce qui semble confirmer l’observation de Fourastié citée plus haut. Le cas des loyers illustre à quel point il serait erroné de chercher à résumer l’évolution du pouvoir d’achat durant la première moitié du 20ème siècle par l’idée d’un revenu moyen globalement stable en francs constants. De toute évidence, les modes de vie de 1950 n’ont plus grand chose à voir avec ceux de 1900 : le pouvoir d’achat exprimé en termes de biens alimentaires est certes resté globalement stable, mais la part du budget des ménages consacré au logement s’est effondré, libérant ainsi du pouvoir d’achat pour d’autres dépenses (tout du moins pour les ménages locataires), et le pouvoir d’achat exprimé en termes d’un certain nombres de biens industriels, comme par exemple les bicyclettes et autres appareils de radio chers à Fourastié, n’a évidemment pas attendu les « Trente Glorieuses » pour commencer à progresser.117 De même, l’idée d’une relative stagnation du pouvoir d’achat entre 1978 et 1998 ne doit pas occulter le fait que les innovations technologiques des années 1980-1990 et les baisses spectaculaires de certains prix relatifs (transport aérien, musique, ordinateurs, télécommunications, etc.) ont considérablement transformé les modes de vie au cours de ces deux décennies.118 La seule façon de se faire une idée précise sur l’évolution des conditions de vie consiste à se reporter aux revenus exprimés en francs courants et à les comparer aux prix en vigueur aux différentes époques.


1 20001/100=1,079.

2 Nous nous référons ici à l’indice des prix donné par Bayet (1997, pp.25-26) pour le 19ème siècle, que Bayet précise avoir établi à partir des indices Kuczynski et Singer-Kerel (il n’existe pas d’indice « officiel » pour le 19ème siècle), et qui passe d’une valeur de 46 en 1820 à 61 en 1914 (61/46=1,33, et 1,331/94=1,0030). Selon l’indice utilisé par Bayet, cette hausse serait entièrement due à la période 1820-1873 : l’indice vaut 61 en 1873 comme en 1914, la légère déflation des prix de détail de la période 1873-1896 étant compensée par la légère inflation des années 1896-1914.

3 Cf. Marczewski (1987, p.25). De façon générale, Marczewski (1987, pp.9-33) fournit une très utile description chronologique des cycles de l’économie française sur la période 1815-1938. Pour une chronologie des cycles de l’économie française depuis la seconde guerre mondiale, cf. par exemple Portier (1992, pp.68-69), Allard (1994) ou Candelon et Hénin (1995). Pour un rappel des taux de croissance annuels du PIB de 1900 à 1998, nous invitons le lecteur à se rapporter à l’annexe G, tableau G-1, colonne (3) (les taux d’inflation annuels de 1900 à 1998 dont est issu le graphique 1-1 sont reproduits dans l’annexe F, tableau F-1, colonne (6)).

4 Cf. Villa (1993, pp.72-80) pour une analyse macroéconomique détaillée de la crise de reconversion du début des années 1920, et en particulier de la récession de 1921.

5 La valeur en or du franc fixée par la loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803) n’a officiellement été modifiée que par la loi monétaire du 25 juin 1928 ; en réalité, la Banque de France était dispensé depuis août 1914 de rembourser ses billets en espèces d’or ou d’argent, et le « franc-or » était de fait devenu un « franc-papier » entre 1914 et la stabilisation monétaire de 1926-1928. Cf. Sauvy (1984, volume 1, pp.59-72) et Jeanneney (1991, pp.289 et 309).

6 Cf. Tableau F-1 (Annexe F), colonne (6).

7 Cf. annexe G, tableau G-1, colonne (2).

8 D’après les estimations disponibles (cf. annexe G, tableau G-1, colonne (2)), le niveau plancher atteint par le PIB (exprimé en francs constants) durant la première guerre mondiale est d’environ un tiers plus faible que le niveau de 1913 (244,5 milliards de francs de 1938 en 1918, contre 368,4 milliards en 1913), alors que le niveau plancher atteint durant la seconde guerre mondiale est près de deux fois plus faible que le niveau de 1938 (222,2 milliards de francs de 1938 en 1944, soit le niveau le plus faible de la France au 20ème siècle, contre 395,8 milliards en 1938).

9 Cf. Chélini (1998) pour une analyse détaillée du processus inflationniste de 1944 à 1952, et notamment des multiples plans de stabilisation avortés, du plan Mendès-France de février 1944 (qui ne peut s’appliquer, compte tenu des fortes revalorisations salariales accordées en 1944-1945) au plan Blum de janvier 1947 (dont les mesures autoritaires de baisses des prix et de blocage des salaires font long feu, à quelques mois des grandes grèves de 1947 et du départ des communistes du gouvernement), avant que le plan Mayer de décembre 1947 finisse par avoir raison de l’hyper-inflation au cours de l’année 1948 et que le plan Pinay de mars 1952 réalise la stabilisation définitive. Selon Chélini, l’inflation aurait pu être vaincue bien avant 1952, mais les solutions relativement autoritaires que cela impliquait n’étaient guère soutenues que par une fraction de la SFIO et du MRP et furent finalement repoussées par une coalition hétérogène composée à la fois des libéraux et des communistes (qui étaient alors au plus haut niveau électoral de leur histoire).

10201/100=1,030

11 Pour convertir les anciens francs de 1959 en nouveaux francs de 1998, il faut multiplier les revenus en francs courants de 1959 par 0,0826, ce qui correspond approximativement à une division par 12. Mais pour convertir les nouveaux francs de 1960 en nouveaux francs de 1998, il faut multiplier les revenus en nouveaux francs par 7,96 (il aurait fallu les multiplier par 0,0796, c’est-à-dire les diviser par environ 12,5, si l’ancien franc avait été conservé).

12 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (1).

13 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (3).

14 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (4) .

15 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (2) .

16 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (8).

17 Cf. 2ème partie, chapitre 4, section 2. Les seuls changements apportés au cours de la période 1914-1998 aux règles de regroupement en un même foyer fiscal concernent les conditions précises de rattachement des personnes infirmes aux foyers dont elles sont à la charge (conditions d’âge, d’infirmité, etc.). Mais, outre que ces conditions ont évolué de façon non-univoque (elles ont été durcies dans certaines périodes et rendues plus généreuses dans d’autres, mais sans tendance claire au cours du siècle), et que les revenus des personnes en question sont généralement très faibles (il faut en général être non seulement infirme mais également « sans ressources propres » pour pouvoir être rattaché), cette question des personnes infirmes ne concerne (heureusement) qu’une très faible fraction de foyers, et ces évolutions législatives relativement mineures peuvent donc être ignorées. Par contre, la loi sur le PACS adoptée en 1999, en donnant la possibilité aux concubins de souscrire une même déclaration de revenus, de la même façon que les couples mariés, est susceptible de provoquer la première rupture majeure de la notion de foyer fiscal depuis 1914.

18 La quasi-totalité des foyers non-imposables ne déposant une déclaration de revenus que depuis le milieu des années 1980, et les foyers non-imposables n’étant pris en compte dans les statistiques fiscales que depuis l’imposition des revenus de 1985, les statistiques fiscales disponibles sur longue période permettent uniquement de connaître le nombre de foyers fiscaux imposables, et nous avons donc du procédé à notre propre estimation de l’évolution du nombre total de foyers (imposables et non-imposables) sur longue période (cf. annexe H, section 1).

19 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (9).

20 Cf. annexe H, tableau H-1, colonne (10).

21 Les variations de la structure familiale moyenne des foyers en fonction du niveau de revenu ayant toujours été d’une ampleur relativement limitée (cf. annexe B, section 3.2), le fait de ne pas prendre en compte l’évolution de la taille des foyers figurant dans les différents fractiles de la hiérarchie des revenus ne peut biaiser nos estimations et nos conclusions que de façon marginale.

22 Cf. annexe H, section 2, tableau H-5, colonne (1). Rappelons que la population active occupée regroupe l’ensemble des actifs occupant effectivement un emploi (la taille de la population active occupée est donc par définition égale au nombre total d’emplois), par opposition à la population active qui comprend également les chômeurs (si l’on incluait les quelques 3 millions de chômeurs de la fin des années 1990, alors la population active serait de l’ordre de 25 millions et non pas de 22 millions).

23 Nous invitons le lecteur intéressé par une analyse complète de l’évolution du niveau d’emploi en France aux 19ème et 20ème siècles à se reporter à Marchand et Thélot (1991, 1997), qui se fondent sur un travail ambitieux de reconstitution sur une base homogène des niveaux d’emploi par sexe, par âge, par secteur d’activité, etc., à partir des informations fournies par tous les recensements depuis 1806 (Marchand et Thélot apportent notamment des corrections aux chiffres bruts des recensements afin de prendre en compte les changements survenus dans le mode de comptabilisation de l’emploi féminin, et en particulier de l’emploi féminin dans le secteur agricole). Les chiffres que nous citons dans les notes suivantes sont issus de Marchand et Thélot (1997, tableau A5, pp.222-224).

24 Selon Marchand et Thélot, le taux d’activité des hommes âgés de 15 à 64 ans, qui avait toujours été supérieur à 95% de 1806 à 1946, était encore de 92% en 1962 et de 88% en 1968, avant de tomber jusqu’à 74% en 1996 (la baisse du taux d’emploi des hommes serait encore plus forte que la baisse de leur taux d’activité, compte tenu du niveau élevé du chômage dans les années 1990).

25 Selon Marchand et Thélot, le taux d’activité des femmes âgées de 15 à 64 ans, après avoir légèrement augmenté au cours du 19ème siècle (de 47% en 1806 à 55% en 1906), baisse durant le premier tiers du 20ème siècle, puis se stabilise autour de 47-48% entre 1936 et 1968, avant de progresser à partir de 1968, pour atteindre 57% en 1990 et 60% en 1996: entre 1806 et 1990, le taux d’activité des femmes âgées de 15 à 64 ans a donc toujours été compris entre 45% et 55%, et il faut attendre les années 1990 pour que le taux dépasse légèrement le seuil 55% (si l’on prenait en compte le très fort chômage des femmes des années 1990, on constaterait même que le taux d’emploi féminin est à la fin du 20ème siècle légèrement inférieur à son niveau du début du siècle).

26 Selon Marchand et Thélot, le taux global d’activité des personnes âgées de 15 à 64 ans (hommes et femmes réunies), après une hausse régulière au cours du 19ème siècle (de 70% en 1806 à 78% en 1906), a baissé continûment au cours du 20ème siècle (de 78% en 1906 à 66-67% dans les années 1990) (la baisse serait encore plus forte si l’on prenait en compte la montée du chômage).

27 Cf. Introduction générale, section 1.1, graphique 0-1.

28 On parle souvent de « répartition factorielle des revenus » (ou encore de « répartition fonctionnelle ») au sujet de cette répartition macroéconomique entre revenus du travail, revenus du capital et revenus mixtes, par référence aux « facteurs » de production entre lesquels se répartit le revenu, et par opposition à la « répartition individuelle », qui désigne la répartition microéconomique des revenus entre individus (ou entre foyers, ou entre ménages).

29 Nous omettons ici de mentionner une troisième évolution structurelle de la composition du revenu des ménages, à savoir l’élévation considérable de la part des prestations sociales (et notamment des pensions de retraite) au sein des revenus du travail, évolution qui est également la traduction d’un bouleversement majeur de la société française (et notamment du vieillissement de la population), car il s’agit là d’une évolution interne aux revenus du travail, et non pas d’une évolution du partage global entre revenus du travail, revenus mixtes et revenus du capital.

30 Pour les chiffres absolus, cf. annexe H, section 2, tableau H-5, colonnes (2) et (3). Cette décomposition entre salariés et non-salariés a été obtenue en reprenant les estimations issues des recensements menés par la SGF puis par l'INSEE depuis 1901, sans aucune correction de notre part, et en classant l’ensemble des « travailleurs isolés » des recensements du début du siècle et de l’entre-deux-guerres parmi les non-salariés, convention qui nous a semblé être la moins mauvaise façon d’éviter les discontinuités artificielles, mais qui implique que le pourcentage de non-salariés indiqué sur le graphique 1-4 pour le début du siècle et l’entre-deux-guerres est probablement légèrement surévalué. Mais l’essentiel ici est que ces difficultés techniques ne remettent pas en cause les ordres de grandeur de l’évolution générale.

31 Cf. annexe H, tableau H-5, colonnes (4) et (8).

32 Cf. annexe H, tableau H-5, colonnes (5) et (9).

33 Cf. annexe H, tableau H-5, colonne (5).

34 Cf. annexe G, tableau G-5, colonne (17).

35 Cf. annexe G, tableau G-5, colonne (17).

36 Cf. notamment Paxton (1996), qui a bien montré comment l’année 1935, qui constitue le point culminant de la déflation, est également l’année où l’agitation paysanne atteint son zénith.

37 Cf. annexe G, tableau G-6, colonne (14).

38 Cf. annexe G, tableau G-5, colonne (17) et tableau G-6, colonne (14).

39 En principe, l’autoconsommation est prise en compte et incluse par la comptabilité nationale dans les revenus mixtes des agriculteurs, mais il va de soi qu’il s’agit d’un terme très difficile à évaluer.

40 Pour obtenir les estimations de la « part des revenus mixtes » citées plus haut, nous avons calculé la part de l’excédent brut d’exploitation (EBE) des « entreprises individuelles » (EI) (cf. annexe G, tableaux G-5 et G-6). En comptabilité nationale, les EI regroupent l’ensemble des entreprises n’ayant pas de personnalité juridique distincte de celle de leur exploitant (paysans, artisans, commerçants, etc.), ce qui en pratique peut conduire à exclure un certain nombre de « gros » non-salariés (comme par exemple les associés des sociétés en nom collectif).

41 Les plus-values constituent la seule forme de revenu du capital non prise en compte par la comptabilité nationale, et nous reviendrons dans la 3ème partie (chapitre 6, section 1.3) sur les problèmes spécifiques posés par les plus-values.

42 Cf. annexe G, tableau G-5, colonne (14) et tableau G-6, colonne (11).

43 Cf. annexe G, section 2.

44 Cf. annexe G, tableau G-5, colonnes (8) et (9).

45 Cf. annexe G, tableau G-5, colonnes (8) et (9) et tableau G-6, colonnes (6) et (7).

46 Cf. annexe G, tableau G-5, colonnes (8) et (9) et tableau G-6, colonnes (6) et (7).

47 Cf. section 5 infra, et en particulier les graphiques 1-9 et 1-10.

48 Cf. annexe G, tableau G-5, colonne (8) et tableau G-6, colonne (6).

49 Cf. annexe G, tableau G-5, colonne (8) et tableau G-6, colonne (6).

50 Cf. notamment Sauvy (1965-1975, 1984), dont les analyses ont été abondamment reprises dans les ouvrages généraux sur l’histoire de l’entre-deux-guerres.

51 Le graphique 1-5 décrit la répartition de la valeur ajoutée « nette » (c’est-à-dire nette des impôts tels que la TVA qui pèsent sur l’ensemble de la valeur ajoutée) des entreprises (hors entreprises individuelles) entre la rémunération des salariés (revenus du travail) et l’excédent brut d’exploitation (revenus du capital) (cf. annexe G, section 2).

52 Cf. par exemple Piketty (1997, tableau VIII, p.40) pour des séries portant sur les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sur la période 1920-1995, et qui montrent un partage du type « 2/3-1/3 » pour tous ces pays et pour toutes les années (les chiffres que nous donnions alors pour la France sont très légèrement différents des estimations finalement retenues ici).

53 Nous reviendrons dans le chapitre 2 (section 2.2) sur la question de l’évolution du partage de la valeur ajoutée au cours de la première guerre mondiale.

54 Cf. annexe G, tableau G-3, colonne (16). Il est cependant possible que les estimations de la part du travail effectuées pour les toutes premières années du siècle soient légèrement surévaluées (cf. annexe G, section 2).

55 Signalons notamment que le creux observé en 1944-1945 sur le graphique 1-5 est parfaitement cohérent à la fois avec les estimations réalisées à l’époque par Mitzakis (1944) à partir des statistiques de recettes de l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières (IRVM) (cf. annexe G, tableau G-12) et avec les statistiques issues de l’impôt cédulaire sur les bénéfices industriels et commerciaux (BIC), qui indiquent également qu’une baisse très importante des profits (et en particulier des profits des grandes entreprises) a eu lieu au cours de la seconde guerre mondiale (cf. annexe G, tableaux G-15 à G-17).

56 Cf. Malissen (1953, p.89). Nous avons reproduit les principaux résultats obtenus par Malissen dans l’annexe G, tableau G-15.

57 Sur les limites des sources disponibles pour effectuer de telles estimations pour l’entre-deux-guerres, cf. annexe G.

58 L’ensemble de cette interprétation est confirmée par les estimations de Dugé de Bernonville portant sur la structure des revenus de capitaux mobiliers en 1913 et dans les années 1920, qui montrent une très forte croissance de la part des revenus liés aux valeurs émises par l’Etat et une forte baisse de la part des revenus liés aux valeurs émises par les entreprises (cf. annexe G, tableau G-14) (ce qui est d’autant plus frappant que la tendance inverse prévalait au début du siècle et à la veille de la guerre ; cf. Michalet (1968, pp.158-161)). Sur l’importance des revenus du capital créés par l’Etat dans les années 1920 (sous forme d’intérêts de la dette publique), cf. également Lecaillon (1948, pp.235-238).

59 Cf. annexe G, tableau G-1, colonnes (9) et (10). Nous nous référons ici à la part du revenu des ménages dans le PIB marchand (cf. infra).


60 Le fait que l’élévation de la part des profits non-distribués observée à l’issue de la seconde guerre mondiale ne se soit pas traduite par une baisse de la part des revenus du ménages dans le PIB semble s’expliquer d’une part par le fait que cette élévation, si elle a joué un grand rôle du point de vue des revenus de capitaux mobiliers des ménages, reste d’une ampleur relativement modeste quand on la ramène au PIB et au revenu total des ménages (rappelons que les fluctuations de la part des revenus de capitaux mobiliers dans le revenu total des ménages oscillent toujours au cours du siècle entre 5% et 10%) ; et d’autre part par le fait que les années de l’immédiat après-guerre sont également des années où l’Etat s’endette dans des proportions considérables afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages, et ce en faisant notamment appel à l’aide extérieure.

61 Il en irait (légèrement) différemment si l’on observait l’évolution de la part du revenu des ménages dans le PIB « total » (marchand et non-marchand), et non pas l’évolution de la part du revenu des ménages dans le seul PIB marchand: le PIB non-marchand, qui a été intégré à la comptabilité nationale dans les années 1970, mesure la « valeur » des services non-marchands rendus par l’Etat (services rendus par les écoles, les hôpitaux, la police, etc.), « valeur » qui est supposée égale au coût de production de ces services, coût qui inclut notamment les salaires de fonctionnaires ; le PIB non-marchand représentait environ 10% du PIB marchand au début des années 1950 (ainsi vraisemblablement que durant les périodes antérieures), et il en représente environ 20% dans les années 1980-1990 (cf. annexe G, tableau G-1, colonne (5)), si bien que la part du revenu des ménages dans le PIB total a baissé d’environ 10% au cours du siècle.

62 Cette notion de « revenu fiscal » est la même que celle qu’utilise l’INSEE depuis 1956 dans ses publications consacrées aux enquêtes « Revenus fiscaux » (cf. annexe I, section 1).

63 La méthodologie utilisée pour effectuer ces corrections est décrite dans l’annexe B (section 1).

64 En fait, ce n’est que depuis l’imposition des revenus de 1964 que les loyers fictifs ne figurent plus sur les déclarations de revenus (cf. chapitre 2, section 1.2.1.2, et chapitre 4, section 4.4).

65 Les plus-values posent un problème particulier, car elles sont également ignorées par la comptabilité nationale (contrairement à toutes les autres catégories de revenus mentionnées ici).

66 Cf. annexe G, tableau G-2, colonne (3). La méthodologie et les sources utilisées pour estimer l’évolution de la part du revenu fiscal dans le revenu des ménages au sens de la comptabilité nationale sont décrites de façon détaillée dans l’annexe G, section 1.

67 Exprimé en francs courants, le PIB marchand est passé d’environ 35 milliards de francs au début du siècle à environ 7000 milliards de francs à la fin des années 1990 (cf. annexe G, tableau G-1, colonne (1)), soit une multiplication par un facteur de l’ordre de 200 (en fait de 20000, compte tenu du passage des anciens francs en nouveaux francs) ; les prix ayant été multipliés par un facteur de l’ordre de 20 entre les deux extrémités du siècle (cf. annexe F, tableau F-1, colonne (7)) (en fait par 2000, compte tenu du passage des anciens francs en nouveaux francs), cela signifie que le PIB marchand exprimé en francs constants a été multiplié par un facteur de l’ordre de 10 (si l’on prenait en compte le PIB non-marchand (cf. supra), le coefficient multiplicatif serait de l’ordre de 11-12).

68 Cf. annexe G, tableau G-2, colonne (7). Le minimum est atteint en 1916, avec un revenu moyen de 25717 francs, et le maximum en 1925, avec un revenu moyen de 33009 francs (33009/25717 = 1,284). Le revenu moyen de la période 1900-1914 était de 29051 francs (33009/29051=1,136).

69 Selon les estimations de Villa, le PIB (exprimé en francs de 1938) est passé de 473,1 milliards de francs en 1929 à 391,5 milliards en 1935 (cf. annexe G, tableau G-1, colonne (2)), soit une baisse de 17,8% (391,5/473,1=0,828).

70 Cf. annexe G, tableau G-2, colonne (7). Le revenu moyen par foyer fiscal passe de 28937 francs en 1934 à 30245 francs en 1935, soit une hausse de 4,5% (30245/28937=1,045).

71 Exprimé en francs courants, le revenu moyen par foyer fiscal passe de 8132 francs en 1934 à 7794 francs en 1935 (cf. annexe G, tableau G-2, colonne (6)), soit une baisse de 4,2% (7794/8132=0,958), alors que l’indice des prix à la consommation baisse de 8,3% entre 1934 et 1935 (cf. annexe F, tableau F-1, colonne (5)).

72 Cf. annexe G, tableau G-2, colonne (6).

73 Cf. Sauvy (1965-1975, vol. 1, p.281). Notons toutefois que Sauvy a par la suite légèrement révisé à la baisse son estimation du niveau de production atteint en 1929, ce qui l’a amené à nuancer sa conclusion (cf. annexe G, tableau G-21, et Sauvy (1984, vol.2, pp.84-85)).

74 Cette interprétation est exposée de façon particulièrement claire dans la conclusion de leur ouvrage (cf. Carré, Dubois et Malinvaud (1972, pp.611-624)).

75 Pour un exposé classique des thèses de l’école de la régulation, cf. Boyer (1978, 1987).

76 Cf. en particulier chapitre 7, section 3.

77 10/1,15=8,7.

78 122930/23383 = 5,26. Sur la méthode utilisée pour estimer l’évolution du salaire net annuel moyen par salarié (tous salariés confondus), cf. annexe E, sections 1 à 3.

79 L’examen détaillé de la croissance au cours du 20ème siècle des prestations sociales et des taux de cotisations sociales dépasserait de beaucoup le cadre de ce livre. Contentons nous de noter que les ordres de grandeurs sont cohérents : en supposant que les taux de cotisations sociales étaient nuls au début du siècle et en retenant pour la fin du siècle un taux de cotisation salariale d’environ 20% et un taux de cotisation patronale d’environ 40%, on obtiendrait que la rémunération totale du travail a augmenté d’environ 75% plus vite que le salaire net entre les deux extrémités du siècle (un salaire brut de 100 correspond à un salaire net de 80 et à une rémunération totale du travail de 140, et 140/80=1,75), si bien qu’une multiplication par 5,26 du salaire net moyen correspondrait à une multiplication par 9,21 de la rémunération totale moyenne du travail (5,26x1,75=9,21) (en fait, les cotisations n’étaient pas tout à fait nulles au début du siècle, et les taux approximatifs de 20% et de 40% ne s’appliquent pas à tous les salaires à la fin du siècle, si bien qu’une prise en compte rigoureuse de la véritable hausse des taux effectifs de cotisations sociales conduirait à un coefficient légèrement inférieur à 9,21, sans doute de l’ordre de 8,5-9).

80 Cet écart de 20% peut sembler un peu faible dans la mesure où nous avons vu que les revenus du capital représentaient à eux seuls environ 20% du revenu des ménages au début du siècle. Ce paradoxe apparent s’explique par le fait que le revenu fiscal est inférieur au revenu au sens de la comptabilité nationale, notamment pour ce qui est des revenus mixtes des travailleurs non-salariés (dont le revenu fiscal moyen, d’après nos estimations, est légèrement inférieur à celui des salariés au début du siècle) et des revenus fonciers.

81 Cf. annexe G, tableau G-2, colonne (11).

82 Cf. annexe G, tableau G-2, colonne (11).

83 122930/114523=1,07.

84 Cf. Bayet (1997).

85 Ces problèmes d’estimations continuent d’ailleurs d’alimenter des polémiques : tout récemment, une étude du Sénat américain a cherché à établir que la mauvaise prise en compte des nouveaux produits (et en particulier des ordinateurs et de la progression spectaculaire de leur qualité) conduisait l’indice « officiel » des prix utilisé aux Etats-Unis à surestimer l’inflation d’environ 1,1% par an, et donc à sous-estimer la véritable croissance du pouvoir d’achat des ménages d’environ 1,1% par an (ce qui correspondrait à une sous-estimation de près de 40% de la croissance du pouvoir d’achat sur 30 ans et de près de 300% sur 100 ans). L’INSEE a aussitôt fait savoir que les techniques d’estimations utilisées en France permettaient à l’indice français de sous-estimer l’inflation dans des proportions nettement moins importantes que l’indice américain, mais, même si les arguments avancés sont dans une large mesure convaincants, il reste que ce problème des produits radicalement nouveaux ne pourra par définition jamais être résolu de façon complètement satisfaisante (cf. Lequiller (1997)).


86 Cf.
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