Entretien de l’artiste-peintre Florent Moutti avec Fabio





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date de publication10.10.2017
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Entretien de l’artiste-peintre Florent Moutti avec Fabio,

effectué en parallèle de la réalisation de son portrait

Fabio, fusain et huile sur toile de Jouy, 132 x 160 cm, 2009-2010.
L’œuvre Fabio fait partie d’un ensemble de portraits intitulés « Tous Français, tous différents » peints par l’artiste Florent Moutti. Dans une démarche de réflexion sur la question de l’identité et de la nationalité, ce dernier a posé à chacun de ses modèles les dix mêmes questions et leur a demandé de choisir des éléments, destinés à être représentés dans leur portrait pour évoquer leurs identités.

Nom, prénom ou pseudonyme : Fabio

Âge : 25 ans

Activité : Étudiant

Ses éléments : Un livre de Français-Portugais pour ses origines portugaises, brésiliennes et françaises, la langue est une richesse pour lui. Pour sa France, il a choisi une photo de ses amis (qui sont Français, Tunisien, Congolais et Espagnol) et une photo de sa petite amie (Française d'origine italienne).
1. Peux-tu brièvement décliner l'histoire de ton identité (lieu de naissance, contexte local et social, origine de la famille...) ?

« Mère arrivée en France à l'âge de 16 ans, par obligation. Ma grand-mère et mon oncle l'ont envoyée en France, chez sa tante, de manière clandestine et sans qu'on lui demande son avis. Ma mère était la plus âgée des filles, ils étaient 5 filles et 2 garçons. Elle a bénéficié d'une régularisation massive sous Mitterrand (1982-1983) après avoir vécu 1 an clandestinement, elle a eu de la chance, il faut voir le coté positif.

Mon grand-père était un militaire brésilien, il a fait ses études à l'Alliance Française et a fini par s'installer avec mon père et son frère jumeau. Mon père est resté à Paris, son frère est parti à Strasbourg. Il a commencé à travailler avec une société brésilienne en rapport avec l'aéronautique, qui fait le lien entre la France et le Brésil. Il a rencontré ma mère aux cours du soir, elle prenait des cours, lui il venait chercher sa copine, et voilà, il l'a rencontrée.

Il est arrivé en France vers 20-21 ans, il travaille à l'aéroport du Bourget, dans le fret et notamment tout ce qui est en rapport avec le Brésil.

Ma mère a eu droit à une carte de séjour et elle a obtenu la nationalité en 2005. Après les élections de 2002, elle s'est dit que cela faisait 20 ans qu'elle vivait en France, qu'elle aimerait bien voter. Mon père, non. Automatiquement, mon frère et moi, en tant que fils, l'avons eu. On l'a acceptée tout de suite, on reste Brésiliens, Portugais, on a une triple nationalité.

Mon père n'a pas voulu parce que le Brésil n'accepte pas la double nationalité, il aurait dû renoncer à sa nationalité et pour le travail cela lui aurait posé problème. Nous, au Brésil ils ne savent pas, alors on garde la nationalité brésilienne.

Je suis né à Paris, là où j'habite, on a juste changé d'appartement mais dans le même immeuble. »
2. Retrouves-tu ton histoire dans l'histoire de France ?

« Oui et non. Oui, parce que la France est un pays qui a accepté beaucoup de nationalités différentes et où il y a beaucoup de cultures. Je me retrouve là-dedans, j'aime bien découvrir les religions, les cultures des autres, notamment tout ce qui concerne l'Amérique du sud et l'Afrique.

Non, parce que de plus en plus la France se referme, elle est en train de vouloir que l'on soit tous pareils, on n'utilise pas les différentes origines comme une richesse mais c'est plutôt quelque chose qui dérange. Une année, en classe de 2nde, on s'était amusé à compter les nationalités dans la classe et il y en avait plus que d'élèves, on était 32-33 et il y avait 36-37 nationalités et de Français Français, il n'y en avait que 3 ou 4. J'ai trouvé ça super.

Mes parents nous ont appris à ne pas avoir honte de nos origines mais de les considérer comme une richesse et de voir celles des autres comme cela, d'apprendre à les connaître et les comprendre et ne pas les juger sans les connaître. »
3. Quelles sont d'après toi les valeurs fondamentales sur lesquelles se repose le droit à la nationalité française?

« On devrait accorder la nationalité à ceux qui travaillent là, qui ne sont pas là pour profiter du système. Ça m'énerve parce qu'il y a des gens qui disent qu'ils sont là pour profiter alors qu'ils sont là pour essayer de gagner leur vie, ils payent des impôts, ils ont tous les désavantages et non pas le droit à la nationalité pour des raisons x ou y.

Après je pense qu'il faut parler un minimum le français mais je suis contre le fait de l'imposer pour l'accès en France. Si des personnes d'Amérique du sud, d'Afrique ou d'Asie, sont là c'est parce que c'est la guerre dans leur pays, c'est sûr qu'ils n'ont pas forcément appris le Français, alors plutôt que de les renvoyer les obliger à suivre des cours de français mais les accueillir quand même. La langue ne devrait pas être une barrière.

Je n'ai pas trop de critères à imposer à part à ceux qui voudraient profiter du système. Quelqu'un qui respecte les droits, les devoirs, qui travaille et qui est renvoyé dans son pays parce qu'il n'a pas de papiers, je trouve ça choquant. Enfermer quelqu'un parce qu'il n'a pas de papiers c'est choquant, surtout la France qui se veut le pays des droits de l'Homme. Dans notre école, nous nous sommes mobilisés pour une fille chinoise menacée d'expulsion. Quand une personne est là depuis 6 voir 10 ans, qu'elle est menacée d'expulsion ou qu'on lui dise vous êtes expulsé, votre enfant reste, ça fait peur. »
4. Si tu as choisi la nationalité française, pourquoi ? Serais-tu prêt à renoncer à la nationalité française si ses valeurs morales ne te correspondaient plus ?

« Ma mère l'a prise, je l'ai acceptée parce que je vis en France et c'est quand même un pays que j'aime, je suis né ici et c'est ici que faire ma vie, construire mon futur, comme je participe je souhaite pouvoir voter et de dire "je suis Français".

Non, renoncer voudrait dire laisser tous ceux qui défendent ses valeurs qui ne me correspondraient pas entre eux. Si on n'y renonce pas, on peut dire qu'on est là et je lutterai, je n'y renoncerai pas. »
5. Que signifie pour toi le mot intégration?

« Savoir parler un minimum la langue, respecter les lois et règles du pays. Ne pas s'enfermer, s'ouvrir.

J'ai beaucoup d'admiration pour ma mère qui est arrivée à 16 ans, donc déjà assez grande et qui parle mieux français que moi, elle ne parlait pas du tout le français.

Quand je vois des personnes qui sont là depuis 30 ans et qui ne parlent pas bien le français, je trouve ça dommage. Garder la langue maternelle et parler le français avec un accent je trouve que c'est une richesse mais ne pas parler parce qu’on n’a pas fait l'effort, c'est dommage. »

6. Peut-on vivre en France facilement ses différences de culte et de cultures?

« Oui et non. Oui parce qu'on a quand même à disposition des synagogues, des mosquées, il y a même des temples bouddhistes. En ce qui concerne la religion, on peut pratiquer son culte assez facilement, on ne peut pas dire qu'il y ait un culte qui soit réprimé et une religion qui soit interdite. Il y a quand même des religions qui sont mal vues, quand on regarde la religion musulmane, si quelqu'un sort dans la rue avec la tenue traditionnelle, pour certaines personnes ça fait bizarre, il y a tout de suite une distance. Quelqu'un qui pratique sa religion dans la tolérance, cela ne me gène pas du tout, quelqu'un qui entre dans le radical, l'extrême ça me dérange plus, que ce soit pour n'importe quelle religion, catholique, juive ou musulmane. »
7. Ressens-tu que ton héritage, aussi bien physique que culturel soit au quotidien un avantage ou un obstacle ? Est-ce que souvent on te renvoie à tes origines, à tes différences?

« C'est un avantage clair et net. Déjà parce que je parle le portugais couramment et dans mon futur travail j'aimerai bien une collaboration entre l'Union Européenne et le Brésil. Le fait d'avoir une langue en plus, de connaître 2 pays en plus c'est enrichissant. Je parle le Français, le Portugais et l'Espagnol. On a 3 nationalités différentes, il faut en profiter, c'est pas juste on est Français, juste on est Portugais.

Mes différences ne sont pas flagrantes, j'ai le style vestimentaire français, le parler parisien. Je ne peux pas dire que je souffre de discrimination, sauf pendant les matchs de foot mais c'est entre amis. Il y a les mauvaises blagues, cela dépend de qui elles viennent. »
8. Que penses-tu de la discrimination positive ?

« Je déteste - discrimination et positive, pour moi ça ne va pas ensemble. La première fois que j'ai entendu parler de ça, j'ai trouvé ça bizarre, on se fout de notre gueule.

Il faut un quota de noirs et un quota d'arabes, pour moi c'est mettre encore plus en avant la différence ; regardez, il est différent mais on l'a pris. Ce n'est pas mettre en avant ses valeurs, on l'a pris parce qu'il est de cette couleur. Quand cela arrange, on les stigmatise mais je regardais les Jeux Olympiques, il y avait des Français Noirs dans quasi toutes les disciplines.

Aux États-Unis, ils sont sur le point d'élire un président Noir, en France on n'est pas capable d'élire une femme et encore moins un Noir ou quelqu'un d'origine maghrébine. Je pense que la société française a du retard, le vote des femmes est arrivé tard, il n'y a toujours pas eu de femme présidente et les ministres de couleur c'est récent. Cela me rappelle la succession de Jean-Paul II, un des prétendants brésiliens était Noir, cela avait fait un scandale chez les catholiques. »
9. Qu'évoque pour toi le terme "identité nationale" ?

« Il est employé par des personnes dont je ne suis pas en accord du tout. Pour "identité nationale", je vois une France multi-couleurs, multi-cultures, multi-religions et l'idée de la France serait : on est tous différents mais en même temps tous Français, on travaille tous pour la même chose, pour que la France avance, ce serait ma définition d' "identité nationale". »
10. Ton avis sur la situation actuelle ; régression ou progrès ? Une idée pour une France "multiple" ?

« Il y avait eu un débat sur les jours fériés, il y avait un passant interviewé qui disait qu'il faudrait célébrer toutes les fêtes nationales et religieuses possibles. Pourquoi ne pas permettre aux pratiquants des principales religions de choisir leurs jours fériés dans le calendrier, sans qu'ils aient besoin de prendre des jours de congés. On dit que la France est un pays laïc mais on a un calendrier chrétien ; on a Noël, Pâques... Le musulman pourrait prendre un jour férié pour fêter la fin du Ramadan et travailler à Pâques. Ce serait un signe de solidarité. »



Archives départementales de Seine-et-Marne

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