Tocqueville





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TOCQUEVILLE



Alexis de Tocqueville (1805-1859) est né à Paris, et est issu d’une famille de vielle noblesse, de tradition catholique et monarchiste. Il fait des études de philosophie et de droit.

Il est nommé juge-auditeur à 22 ans, mais se détourne progressivement du droit pour la politique :

  • Après avoir prêté serment à Louis Philippe (monarchie de Juillet : monarchie constitutionnelle), il obtient de son ministère de faire une étude sur le système pénitentiaire américain, et part aux EU en 1831. Il profitera de ce voyage pour vérifier ses théories politiques et sociologiques

  • Elu député en 1839. Il sera, entre autres, chargé d’un rapport sur l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises (abolition en avril 1848).

  • Nommé Ministre des affaires étrangères sous la IIème République dirigée par Louis Napoléon Bonaparte (1849)

Précurseur de la socio. Réflexion à la fois philo, historique, juridique et éco. Ouvrages de référence :

  • De la démocratie en Amérique ( 2 tomes : 1835 et 1840) ; ouvrage consacré à l’analyse de la société américaine, caractérisée selon lui par l’égalisation des conditions.

« J’avoue que dans l’Amérique j’ai vu plus que l’Amérique ; j’y ai cherché une image de la démocratie elle –même, de ses penchants, de son caractère, de ses préjugés, de ses passions ; j’ai voulu la connaître, ne fût-ce que pour savoir du moins ce que nous devions espérer ou craindre d’elle » (De la Démocratie en Amérique, Introduction au tome 1)

  • L’Ancien Régime et la Révolution (1856) ; où Tocqueville observe les conditions de la démocratie en France.



Document1


Pour Tocqueville, une société démocratique est une société qui connaît l’égalisation des conditions, cad une société où les individus « se sentent » égaux : leur place de la société ne dépend ni d’un ordre (cf Ancien Régime : clergé - 1/3 Etat – noblesse) ni d’une caste (cf Inde) ; ils peuvent espérer accéder à n’importe quelle position dans la société.

  • L’égalité des conditions (égalité démocratique) combine 3 éléments :

  • L’égalité juridique (égalité des droits ou égalité civile) : tous les individus sont égaux devant la loi ; il n’y a plus de privilèges juridiquement institués

  • L’égalité des chances : elle est synonyme de mobilité sociale, cad que les individus ont l’espoir de changer de condition, de place dans la société. Le statut n’est plus héréditaire, tout individu peut prétendre à la mobilité sociale. (cf doc 1 poly : « toutes les occupations, toutes les professions, toutes les dignités, tous les honneurs sont accessibles à tous »)

  • « L’égalité imaginaire » : l’égalité règne dans les mœurs au point que les individus se pensent et se sentent égaux, même si matériellement ils ne le sont pas. (cf DA : «La démocratie n’empêche point que ces 2 classes d’hommes n’existent ; mais elle change leur esprit et modifie leurs rapports. (…) L’opinion publique les rapproche du commun niveau et crée entre aux une sorte d’égalité imaginaire, en dépit de l’inégalité réelle de leurs conditions »)

  • Pour Tocqueville l’égalité des conditions n’implique pas forcément l’égalité réelle, mais désigne avant tout la possibilité pour chacun d’entrer dans la compétition pour y accéder. Il y a donc égalité des conditions lorsque en regardant les riches chacun peut se dire « pourquoi pas moi ? ». Il y a toujours des riches et des plus pauvres, il y a toujours des inégalités éco mais une société démocratique doit permettre la mobilité.

  • Pour Tocqueville, la démocratie est un « état social » avant d’être un régime politique. Elle s’oppose donc plus aux sociétés aristocratiques (système social) qu’aux sociétés monarchiques (système politique).


Document 2 


« Lorsqu'on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands événements qui depuis sept cents ans n'aient tourné au profit de l'égalité. (...) Si, à partir du Xle siècle, vous examinez ce qui se passe en France de cinquante en cinquante années, au bout de chacune de ces périodes, vous ne manquerez point d'apercevoir qu'une double révolution s'est opérée dans l'état de la société. Le noble aura baissé dans l'échelle sociale, le roturier s'y sera élevé ; l'un descend, l'autre monte Chaque demi-siècle les rapproche et bientôt ils vont se toucher. (...) Partout, on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la démocratie (...). Le développement graduel de l'égalité des conditions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caractères : il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine ; tous les événements, comme tous les hommes, servent à son développement. Serait-il sage de croire qu'un mouvement social qui vient de si loin pourra être suspendu par les efforts d'une génération ? Pense-t-on qu'après avoir détruit la féodalité et vaincu les rois, la démocratie reculera devant les bourgeois et les riches ?

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique


Document3


Je n'ignore pas que, chez un grand peuple démocratique, il se rencontre toujours des citoyens très pauvres et des citoyens très riches ; mais les pauvres, au lieu d'y former l'immense majorité de la nation comme cela arrive toujours dans les sociétés aristocratiques, sont en petit nombre, et la loi ne les a pas attachés les uns aux autres par les liens d'une misère irrémédiable et héréditaire.

Les riches, de leur côté, sont clairsemés et impuissants ; ils n'ont point de privilèges qui attirent les regards ; leur richesse même, n'étant plus incorporée à la terre et représentée par elle, est insaisissable et comme invisible. De même qu'il n'y a plus de races de pauvres, il n'y a plus de races de riches ; ceux-ci sortent chaque jour du sein de la foule, et y retournent sans cesse. [...] Entre ces deux extrémités de sociétés démocratiques, se trouve une multitude innombrable d'hommes presque pareils [...]. Quand un peuple a un état social démocratique. [...] il n'existe plus dans son sein de castes ni de classes ; [...] tous les individus y sont à peu près égaux en lumières et en biens.

A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique




Document 4 : La passion pour l’égalité


Le fait particulier et dominant qui singularise ces siècles, c'est l'égalité des conditions ; la passion principale qui agite les hommes dans ces temps-là, c'est l'amour de l'égalité […] Un peuple a beau faire des efforts, il ne parviendra pas à rendre les conditions parfaitement égales en son sein ; et s'il avait le malheur d'arriver à ce nivellement absolu et complet, il resterait encore l'inégalité des intelligences, qui, venant directement de Dieu, échappera toujours aux lois. Quelque démocratique que soit l'état social et la constitution politique d'un peuple, on peut donc compter que chacun de ces citoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent et l'on peut prévoir qu'il tournera obstinément ses regards de ce seul côté. Quand l'inégalité est la loi commune d'une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l'oeil. Quand tout est à peu prés de niveau, les moindres le blessent. C'est pour cela que le désir de l'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande.

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique


Document 5 : la montée de l’individualisme


L'individualisme est d'origine démocratique. et il menace de se développer à mesure que les conditions s'égalisent. (... )

Chaque classe venant à se rapprocher des autres et à s'y mêler, ses membres deviennent indifférents et comme étrangers entre eux. L'aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part.

A mesure que les conditions s'égalisent, il se rencontre un plus grand nombre d'individus qui, n'étant plus assez riches ni assez puissants pour exercer une grande influence sur le sort de leurs semblables, ont acquis cependant ou ont conservé assez de lumières et de biens pour pouvoir se suffire à eux-mêmes. Ceux-là ne doivent rien à personne, ils n'attendent pour ainsi dire rien de personne ; ils s'habituent à se considérer toujours isolément, ils se figurent volontiers que leur destinée tout entière est entre leurs mains.

Ainsi, non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer enfin tout entier dans la solitude de son propre coeur.

A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique




Document 6 : La passion pour le bien-être


La démocratie favorise le goût des jouissances matérielles. Ce goût, s'il devient excessif, dispose bientôt les hommes à croire que tout n'est que matière ; et le matérialisme, à son tour, achève de les entraîner avec une ardeur insensée vers ces mêmes jouissances. Tel est le cercle fatal dans lequel les nations démocratiques sont poussées. II est bon qu'elles voient le péril et se retiennent.

A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique




Document 7 : Le despotisme démocratique


Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul et, s'il lui teste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leur héritage ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique




Document 8 : La tyrannie de la majorité


« A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente et c'est de plus en plus l'opinion qui mène le monde. Non seulement l'opinion commune est le seul guide qui reste à la raison individuelle chez les peuples démocratiques, mais elle a chez ces peuples une puissance infiniment plus grande que chez nul autre. Dans les temps d'égalité, les hommes n'ont aucune foi les uns dans les autres, à cause de leur similitude ; mais cette même similitude leur donne une confiance presque illimitée dans le jugement du public, car il ne leur paraît pas vraisemblable qu'ayant tous des lumières pareilles, la vérité ne se rencontre pas du côté du plus grand nombre. »

A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique



A partir du dossier documentaire, vous présenterez la pensée de Tocqueville en :

  1. montrant en quoi consiste l’égalité des conditions

  2. présentant les grandes caractéristiques d’un système démocratique

  3. présentant les dangers que peut générer un système démocratique

  4. vous interrogeant sur les moyens que l’on peut mettre en place pour endiguer ces dangers

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