Parcours au centre ville en 7 étapes





télécharger 82.04 Kb.
titreParcours au centre ville en 7 étapes
date de publication27.10.2017
taille82.04 Kb.
typeCours
h.20-bal.com > loi > Cours
Sortie commémorative des rafles des 2 et 5 mars 1943 à Nancy

Rédaction :

Patrice Lafaurie,

Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, janvier 2012.

Rappel historique :
Rappel résumé :

A côté des déportés en camps de concentration par mesure de persécution raciale, des déportés par mesure de répression parce que résistants, les raflés des 2 et 5 mars 1943 sont des déportés par mesure de répression pour des raisons économiques.

Le 2 mars 1943 plusieurs centaines de jeunes de 20 à 23 ans de Nancy et environs convoqués à Nancy sont raflés par les forces d’occupation nazie. Le 5 mars, les nazis raflent les jeunes hommes au quartier Saint-Sébastien. Emprisonnés à la prison Charles III, ils sont pour la plupart déportés au camp de concentration nazi de Mauthausen en Autriche.
Rappel détaillé :

Le 28 février 1943 est publié dans le journal collaborationniste « L’écho de Nancy », l’arrêté préfectoral convoquant les jeunes nés entre le 1/1/1920 et le 31/12/1922 , à la mairie de leur chef-lieu de canton pour une visite médicale, une sorte de conseil de révision, en vue de partir au STO, Service du Travail Obligatoire.

Le 2 mars 1943 à Nancy, les jeunes sont convoqués à la mairie de Nancy par la préfecture. Comme ils ne peuvent pas tous passer ensemble, ils ont quartier libre pour revenir Place Stanislas plus tard dans la journée. La police allemande va alors procéder à plusieurs rafles au cours de la journée au Point Central et dans différentes brasseries du centre-ville: les jeunes gens arrêtés sont conduits à la prison Charles III.

Le 5 mars 1943, les soldats allemands bouclent le quartier St Sébastien à 6h du matin et effectuent jusqu’au milieu de l’après-midi une nouvelle rafle avec perquisitions dans les maisons.

Les 2 et 5 mars 1943, plus de 300 jeunes Nancéiens sont arrêtés. La plupart (294 selon un rapport) sont transférés du 6 au 9 mars à Ecrouves prés de Toul (aujourd’hui prison, alors centre d’internement)d’où ils sont retransférés le 10 mars au camp d’internement de Royallieu à Compiègne au nord de Paris. Les16 et 20 avril 1943, 144 jeunes de l’agglomération de Nancy sont déportés à Mauthausen. Nombreux sont ceux qui ne sont pas revenus de Mauthausen, 88 sont rentrés.

Caractères :
Parcours au centre ville en 7 étapes 
De la place Stanislas :

Lieu de convocation le 2 mars 1943 des jeunes conscrits de Nancy et environs qui seront raflés dans l’après-midi
à la rue Raugraff (entrée du tunnel sous le marché) :

- lieu de mémoire : une plaque en souvenir des rafles des 2 et 5 mars 1943 au centre ville de Nancy est apposée depuis 2000 sur le mur de l’école Raugraff, à quelques mètres du Point Central

- lieu de manifestations : Chaque année, au début du mois de mars, une cérémonie est organisée devant la plaque commémorative des rafles de mars 1943 puis dans la salle Raugraff, en présence des derniers survivants.


Etapes intermédiaires :

2-Place Carnot 3-Place Dombasle : lycée Poincaré 4-Rue Saint Jean

5-Rue Léopold Lallement 6-ex-prison Charles III 7-Place du marché 

Contenu : Marche

Evocation et explication des faits. Lecture des témoignages des victimes sur les lieux des rafles au centre-ville de Nancy et sur les seules circonstances de la rafle

(éventuellement) Présence de témoins ou de familles de témoins

Objectifs :

Voir une autre face des lieux très connus du centre-ville commerçant de Nancy

Rendre hommage

Faire un acte d’histoire et de démocratie

Longueur : 1 500m Durée : 90 mn

Quand ?

* Le 2 mars, avant les cérémonies commémoratives des rafles :

- à la plaque de la rue Raugraff pour les nancéens raflés de mars 1943 déportés au camp de concentration de Mauthausen - à la salle Raugraff

*A la demande, à tout moment de l’année
Public : Scolaire. Tout public.


Etapes
1-Place Stanislas : Hôtel de Ville
0-Préliminaire :
Réflexion d’élèves dans les années 1970 après avoir vu la série télévisée Holocauste: ( extrait de « C’est pour ton bien », Alice Miller ) :

« Les Juifs avaient dû faire quelque chose de mal, sinon on ne les aurait pas punis comme ça. »
1-Les faits à Nancy
Le 28 février 1943 « L’écho de Nancy » journal collaborationniste, publie l’arrêté préfectoral convoquant les jeunes nés entre le 1/1/20 et le 31/12/22 , à la mairie de leur chef-lieu de canton pour une visite médicale, une sorte de conseil de révision, en vue de partir au Service du Travail Obligatoire (STO) .

Le 2 mars 1943 à Nancy, les jeunes des classes 40, 41, 42 venant de l’agglomération sont convoqués à la mairie de Nancy par la préfecture. Comme ils ne peuvent pas tous passer ensemble, ils ont quartier libre pour revenir plus tard dans la journée.

Témoignage de René Mangin raflé le 2 mars 1943 : « Je suis arrivé à 9h à l’hôtel de ville. On m’a alors dit que je ne passerai la visite médicale qu’à 15h. On se baladait en ville en attendant notre tour. »

Témoignage de Lucien Geindre raflé le 2 mars 1943  :  « A l’hôtel de ville un policier nous dit à 10h de revenir l’après-midi; avec des amis, je vais boire au Palais de la Bière, rue St Jean. »
2-Le contexte en France occupée et à Nancy en particulier :
Depuis l'entrée des Allemands à Nancy le 18 juin 1940 et la signature de l'armistice le 22 du même mois, l' Est de la France a retrouvé les frontières de la période 1871-1918: Alsace et Moselle sont redevenues allemandes et Nancy et la Lorraine du Sud, sont désormais zones frontalières.

Mais Nancy et la Lorraine du Sud non seulement sont dans la zone occupée mais font partie d'une “zone réservée” au régime particulier. La Meurthe et Moselle est “interdite” au retour des évacués de 1939 et à celui des réfugiés de l'exode de mai-juin 1940. Malgré les retours clandestins, la perte de population est estimée à environ 10% par rapport à ce qu'elle était avant la guerre.

De façon plus générale, la circulation est très difficile en Meurthe et Moselle avec le reste de la zone occupée: un laisser-passer spécial est exigé, des postes de garde sont établis sur la “frontière” et des contrôles fréquents ont lieu dans les trains. Toute l'industrie sidérurgique et les mines de fer sont aux mains des occupants.

Le poids des autorités allemandes d'occupation est particulièrement lourd dans cette zone: non seulement la présence militaire allemande et la police politique allemande, mais aussi la tutelle administrative: tous les mois, les autorités françaises doivent adresser un rapport à la Feldkommandantur et toutes leurs mesures sont soumises à autorisation préalable, dans le cadre de la collaboration. Les services administratifs français de la zone occupée sont conviés par le gouvernement de Pétain, installé à Vichy en zone non occupée à collaborer avec les autorités allemandes.
3-Un collaborateur au service de l’occupant nazi: Laval
Annoncée par Pétain dès octobre 1940, la collaboration va prendre diverses formes: celle qui nous intéresse ici est celle qui concerne les besoins en main d'oeuvre de l'Allemagne.

Le 17 avril 1942 Laval, est nommé chef du gouvernement par le maréchal Pétain, sous pression des Allemands, et parce que Darlan a refusé d'envoyer 150 000 ouvriers qualifiés Il déclare publiquement qu'il croit en la victoire définitive de l'Allemagne nazie, il renforce encore la politique de collaboration avec l'occupant nazi.

Plusieurs fois président du Conseil sous la Troisième République, il est, immédiatement après Pétain, la personnalité la plus importante de la période du régime de Vichy et le principal maître d’œuvre de la politique de collaboration d’État avec l’Allemagne nazie.

Chef du gouvernement, jusqu’au 19 août 1944.
Le retour au pouvoir de Laval est à peu près concomitante avec l'arrivée en France de Fritz Sauckel chargé par Hitler de pourvoir le Reich en main d'œuvre qualifiée puisée dans les pays occupés. Jusqu'alors, moins de 100 000 travailleurs français volontaires étaient partis travailler en Allemagne.

Dès le 12 mai 1942, Laval écrit au ministre allemand des Affaires étrangères, pour lui proposer la participation de la France à l'effort de guerre allemand, par l'envoi en Allemagne de travailleurs. En effet, en raison de l’échec de la guerre éclair à l’ Ouest contre le Royaume Uni depuis 1940 et à l’ Est depuis 1941 contre l’ Union Soviétique, la guerre se prolonge de façon inattendue pour les Nazis: leurs ouvriers sont massivement mobilisés sur le front de l'Est et l’industrie de guerre manque cruellement de main-d'œuvre. La proposition du collaborationniste Laval d’envoyer des ouvriers français est particulièrement bienvenue pour les Nazis.
4-La mise en oeuvre de la politique de collaboration par Pétain et Laval:
La première initiative de Laval, annoncée le 22 juin 1942, repose sur le volontariat et s'intitule la Relève.

« Ouvriers français : c'est pour la liberté des prisonniers que vous irez travailler en Allemagne ! C'est pour notre pays que vous irez en grand nombre ! C’est pour que la France puisse trouver sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel. »

La Relève c’est envoyer les travailleurs en Allemagne en échange de prisonniers de guerre français: trois ouvriers contre un seul prisonnier paysan. La Relève c’est envoyer en Allemagne les meilleurs travailleurs : des ouvriers spécialistes ; par contre la plupart des prisonniers libérés par le Reich sont des hommes âgés ou malades, et qui auraient sans doute été rapatriés de toute façon.
Bilan début septembre 1942: la Relève est un échec, avec seulement 17 000 candidats au départ or les besoins allemands augmentent sans cesse et Fritz Sauckel, responsable depuis mars 1942, de l'emploi de la main va lancer 2 opérations successives de réquisition de main d'oeuvre, obligeant ainsi le gouvernement français à rendre le travail obligatoire.

En dehors de Sauckel, il y a d'autres organisations allemandes qui réclament de la main d'oeuvre:

- l'Ostland (colonisation agricole allemande sur des terres expropriées, comme sur le plateau de Malzéville),

- l'Organisation Todt (grands chantiers comme celui du Mur de l'Atlantique) et, enfin,

- les camps de concentration: Himmler, dirigeant du système des Konzentration Lager (KL), est à la tête d'un véritable empire économique, mis peu à peu au service de l'industrie de guerre allemande. Il exige d'interner au moins 35 000 Häftlinge aptes au travail avant la fin janvier 1943...
1ère opération Sauckel: fin août 1942, la France doit fournir 350 000 hommes dont 150 000 spécialistes. Sur ce total, la Meurthe- et- Moselle devra en fournir 4146 en quelques semaines. Ils seront à peine partis que sont connus en décembre 1942 les chiffres de la 2ème opération Sauckel.

2ème opération Sauckel: 250 000 personnes exigées entre janvier et mars 1943 pour toute le France. Mais pour la Meurthe-et-Moselle, les chiffres sont équivalents à ceux de la 1ère opération. Ces chiffres ont été fixés d'après le dernier recensement d'avant-guerre or, vous vous souvenez que le département de Meurthe-et-Moselle a perdu 10% de sa population depuis: l'effort est donc proportionnellement plus grand qu'ailleurs... La date butoir est également connue: le 15 mars 1943.
5-Le STO:
Le 15 février 1943, une loi signée de Laval institue le Service du Travail Obligatoire( STO). Il concerne tout Français de sexe masculin de plus de 20 ans et jusqu'à 50 ans. Il dure 2 ans et l'appel se fait par tranche d'âge. Sont appelés dans un premier temps les jeunes nés en 1920, 1921 et 1922.

En attendant que cette nouvelle structure soit opérationnelle, les autorités allemandes vont assurer les prélèvements de main d'oeuvre en court-circuitant l'administration française dès le début du mois de janvier 1943.

En effet, fin février, les autorités allemandes réalisent que les objectifs ne seront pas atteints: notre département ne les a remplis qu'à 45%, or le STO n'est pas encore efficace car sa mise en place est lente (il n'a été décidé que le 15 février!). Les 3 classes concernées doivent fournir 2490 jeunes, or beaucoup sont déjà partis pour l'Allemagne lors de la 1ère opération Sauckel.

C'est ainsi que commence, en France, une grande chasse à l’homme: Orléans et Marseille en janvier, Tours, Blois, Le Mans en février, Nancy en mars.

A Nancy cette chasse à l’homme va prendre des formes particulières: des centaines de jeunes nancéens sont raflés en ville; ils sont ensuite emprisonnés dans la prison Charles III de Nancy, puis internés au camp d’Ecrouves près de Toul, avant celui de Compiègne au Nord de Paris: ils sont finalement déportés en camp de concentration, principalement au camp de concentration de Mauthausen en Autriche annexée.

2-Place Carnot:
Vers 17h30 la police allemande procède à la rafle dans différentes brasseries et arrête environ 120 jeunes gens qui sont conduits à la prison.

Témoignage de Bernard Giry raflé le 2 mars 1943 :

Bernard Giry était en 1943 étudiant à la faculté de droit de Nancy :  « Pour les étudiants, le sport, c’était le jeudi après-midi, près du stade Marcel Picot: nous avons arrêté vers 16h30; en revenant pour reprendre les cours à la fac, nous avons traversé le parc de la Pépinière et comme nous avions soif à cause du sport, nous sommes entrés à la Brasserie « La Viennoise », à l’angle de la Place Carnot et de la rue des Michottes; nous avons commandé et nous n’avons pas bu: les hommes en manteau de cuir ont ramassé nos cartes d’identité; certains se sont réfugiés en vain dans les toilettes; ils ont aussi raflé le jeune accordéoniste de l’orchestre: il avait 17 ans. »
(aussi face aux appartements du recteur : la circulaire du recteur : cf ci-dessous)

3-Place Dombasle : Lycée Poincaré
Le censeur des études (le proviseur-adjoint) a consigné les élèves au lycée Poincaré toute la journée.

Le surveillant général (le CPE conseiller principal d’éducation) fait sortir les élèves seulement à 17h.

Le proviseur renvoie les élèves chez eux : ils sont dispensés de cours pour le lendemain.

Le recteur de l’académie fait lire une circulaire aux élèves de lycée de l’académie : il leur rappelle qu’il ne faut pas aller au bar et montrer ainsi son oisiveté.

4-Rue Saint-Jean : les trois bars
Trois bars de la rue Saint-Jean : « La Lorraine », « Palais de la Bière », « Bar Américain »
1-« La Lorraine » : René Mangin et Charles Pernot,
René Mangin: « Je suis arrivé à 9h à l’hôtel de ville. On m’a alors dit que je ne passerai la visite médicale qu’à 15h. On se baladait en ville en attendant notre tour. Avec des amis je me dirige vers le F.C.N.(Football Club de Nancy) »

Entre 10h et 11h la police allemande appréhende au Point Central, à l’angle des rues St Dizier et St Jean, une trentaine de jeunes gens qui sont venus pour la visite médicale.

René Mangin avait décidé de boire un verre avec un copain à la brasserie « La Lorraine », à l’angle des rues Saint-Jean et Raugraff: « Nous étions sur le trottoir de la rue Saint-Dizier, nous avons vu les Allemands arriver. Ils nous ont fait entrer à la Brasserie. Nous avons bu un demi ; une heure plus tard, ils nous ont embarqués. Direction la prison de Charles III. Nos parents l’ont appris le lendemain en découvrant la liste des prisonniers».
Charles Pernot, convoqué à la visite médicale, arrêté par les soldats allemands armés à la brasserie « La Lorraine », avec huit compagnons: « J’ai eu le malheur de me trouver là. »
2- « Palais de la Bière » : Lucien Geindre « A l’hôtel de ville un policier nous dit à 10h de revenir l’après-midi; avec des amis, je vais boire au « Palais de la Bière » - aujourd’hui banque HSBC- rue St Jean. Les allemands nous font sortir par la porte de la rue Bénit où nous attend une auto. »
3-« Bar Américain » : Pierre Thouvenin :

 « Le maire de Chaligny est en ville de Nancy pour accompagner les conscrits de la commune à leur visite de conscription. Il me voit, mais comme je suis sur le trottoir en face de lui, il n’ose pas m’interpeller pour m’avertir qu’il va y avoir des rafles. »

Pierre Thouvenin :

« Nous sommes au début de l’après-midi et nous entrons (avec mes deux amis) dans une brasserie, anciennement appelé « L’Américain » sur la place Maginot, pour boire un demi de bière et discuter. C’est alors que des Allemands entrent, demandent nos papiers d’identité et les gardent, en nous disant simplement d’attendre.

Au bout d’un moment, des autobus arrivent et nous emmènent à la prison. Je ne sais pas encore que ma vie vient de basculer. »

5- rue Léopold Lallement
Quartier du marché

Nous sommes ici sur la limite ouest du quartier du marché ou quartier Saint-Sébastien, à l'époque quartier populaire au bâti vétuste, quartier des pauvres : gens à faibles revenus et à emplois temporaires: manoeuvres, apprentis, marchands forains au marché central. Ce sont ces gens qui vont connaître la rafle du 5 mars 1943 . Ils présentent le profil idéal pour les Autorités d' Occupation! C'est un quartier qui avait, par ailleurs, déjà connu des arrestations parmi ses habitants, lors des premières rafles ciblant uniquement les Juifs en juillet puis en octobre 1942.
Les 2 plaques commémoratives reflètent cette histoire:

la première, très générale, concerne la population juive du quartier, juifs étrangers comme juifs français.

La deuxième émane de déportés survivants et témoigne de la solidarité qui devait exister dans ce quartier. Elle comporte 43 noms : ceux de 19 raflés du 5 mars y voisinent avec celui du Grand Rabbin Haguenauer et d'une vingtaine de membres de la communauté juive du quartier.
Le grand rabbin Haguenauer et son épouse

Né en Alsace annexée en 1871, refuse de servir dans l’armée allemande, part faire le service militaire en France et demeure séparé de sa famille pendant de longues années.

Rabbin à Remiremont dans les Vosges au moment de l’Affaire Dreyfus, dénoncé par l’extrême-droite comme « mauvais patriote » parce que Juif. Grand Rabbin de Constantine en Algérie puis de Besançon et enfin de Nancy en 1919. Arrêté par la Gestapo, le 3 mars 1944, avec Mme Haguenauer, il est détenu à Ecrouves, puis à Drancy, il part pour Auschwitz le 13 avril où il est gazé à son arrivée; son épouse est déjà morte dans le wagon à l’arrivée à Auschwitz.
6-la prison
1-La prison Charles III
René Mangin: « Direction la prison de Charles III. Nos parents l’ont appris le lendemain en découvrant la liste des prisonniers.»
Charles Pernot est conduit à la section allemande de la prison Charles III :

«  On ne comprenait pas pourquoi on était là, on n’était pas des voyous. »
Entre le 2 et le 5 mars, 220 à 250 Nancéiens sont arrêtés, à ce chiffre s'ajoutent quelques arrestations individuelles, toujours à Nancy, pour arriver à environ 230 à 260.
Cette chasse à l'homme a été payante puisque, à partir du 15 mars, les départs pour l'Allemagne sont suspendus, les Autorités allemandes ayant obtenu le quota fixé en haut-lieu pour la Meurthe et Moselle: à savoir 4851 personnes pour l'Action Sauckel et 1630 pour l'Organisation Todt. Plus de la moitié des départs ont eu lieu avant la mise en oeuvre du STO et les classes 1921 à 1922 ont fourni 2318 jeunes.

Laquelle des organisations citées tout à l'heure n'a pas encore été « servie »?

Réponse: celle des camps de concentration- où vont être envoyés les Nancéiens raflés début mars 1943; Et ils vont y être envoyés très rapidement.

En effet, si tous les raflés sont passés à la prison Charles III, ils ne vont y rester qu'une ou deux nuits. Les 6, 8 et 9 mars, la quasi totalité d'entre eux va être transférée à Ecrouves, près de Toul.

.
2-Le centre d’internement d’ Ecrouves :
René Mangin :

 « Mes parents sont venus m’y voir. J’aurais pu m’échapper, parce que je me souviens les avoir accompagnés jusque sur la route. Mais on ne réalisait pas. »
Ils n'ont pas eu le temps de réaliser car:

Le 10 mars 1943, c'est-à-dire 1 à 4 jours après, 293 des hommes internés là vont quitter Ecrouves pour le camp de Compiègne, au Nord de Paris. C'est l'antichambre des camps de concentration.

Après 6 semaines, ils seront finalement déportés en camp de concentration. La plupart feront partie des deux convois partis de Compiègne les 26 et 30 avril 1943 pour le camp de concentration de Mauthausen en Autriche annexée.
Pierre Thouvenin :

« Quelques jours plus tard, le matin on nous embarque, par train en direction de Compiègne. Les prisonniers du voyage sont rassemblés à l’extrémité du quai de la gare de Toul, vers la direction de Paris, bien à l’écart des regards de la population. »
Après le camp d’internement d’Ecrouves, les jeunes nancéiens sont internés au camp de Compiègne au Nord de Paris où ils restent quelques semaines.

Des jeunes, parmi eux des employés à la SNCF et aux acieries de Pont-à-Mousson sont relâchés.144 sont finalement déportés en camp de concentration. La plupart sont dans les deux convois partis de Compiègne les 26 et 30 avril 1943 pour le camp de concentration de Mauthausen en Autriche annexée.
3-La plaque commémorative des déportés sur le mur de la prison : POUR MÉMOIRE : A DÉVELOPPER
4-La place des justes : l’échec de la première rafle à Nancy

A Paris et en région parisienne, le 16-17 juillet 1942, la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale, souvent appelée rafle du Vel' d'Hiv. En juillet 1942, le régime nazi organise l'opération “ Vent Printanier “, rafle à grande échelle de Juifs dans plusieurs pays européens. En France, le régime de Vichy mobilise la police française pour participer à l'opération : à Paris, 9 000 policiers et gendarmes rafleront 13 152 Juifs.

A Nancy, le 19 juillet 1942 une rafle de 350 juifs étrangers est prévue; la veille, samedi 18, les policiers Vigneron et Marie du service des Etrangers de la Préfecture préviennent et fournissent des faux papiers d’identité; finalement seulement 32 personnes, incrédules ou n’ayant pas pu se mettre à l’abri, sont déportées: moins d’ 1 sur 10. La police de Nancy ne sera plus jamais associée aux opérations de rafles. Le commissaire Vigneron, comme d’autres justes de France est honoré par la République Française ; il est au Panthéon depuis janvier 2007.
5-André Claudel / Jean Blum :

Deux résistants parmi les premiers résistants de France, parmi les premiers résistants arrêtés en France, parmi les premiers déportés de France.

Jean Blum, mort à Mauthausen, l’un des premiers déportés de France envoyé en camp de concentration. Jean Blum, arrêté par mesure de répression parce que résistant, envoyé en camp de concentration par mesure de persécution parce que Juif.

(A DÉVELOPPER ?)

7-la place du marché : La rafle du 5 mars 1943 à Nancy
1-Les faits à Nancy : la deuxième rafle

Le 5 mars, à 6h, les allemands commencent une rafle de grande envergure dans le quartier populeux du marché, le quartier St Thiébault –aujourd’hui quartier St Sébastien-. Un rectangle de 500m sur 300m est cerné non seulement par la police allemande mais aussi par l’armée allemande: des soldats, mitraillette au poing, grenades à la ceinture; la circulation est entièrement interrompue.

Les perquisitions dans les maisons, rue de la Hache, rue des Ponts, rue Clodion, rue Notre Dame, rue St Jean, rue de la Primatiale, rue Raugraff, se poursuivent jusqu’au milieu de l’après-midi. Sont arrêtées également des personnes de passage dans le quartier.250 personnes sont conduites à la prison Charles III. Le Commissaire central de police écrit au préfet régional « Cent quarante d'entre eux qui ne pouvaient justifier d'un emploi défini ont été maintenus à la Maison d' Arrêt-les autres ont été relâchés- Il s'agit, pour la plupart, d'hommes âgés de 18 à 50 ans. »  110 ont donc été relâchées le jour même.

Le parcours des autres va être le même que celui des raflés du 2 mars:après Charles III, ce sera Ecrouves puis Compiègne et la déportation.
2-Témoignage de René Viard :

« J’avais 16 ans, j’étais magasinier à la salle des ventes du quartier, je vivais chez mes parents, les soldats allemands sont entrés dans l’immeuble, ont monté l’escalier, sont entrés dans l’appartement et m’ont emmené. »

René Viard déporté à Mauthausen, transféré à Dachau après quelques mois parce que considéré par les SS comme trop jeune pour Mauthausen.

« A mon retour, je rêvais « Mais pourquoi nous ont-ils arrêtés ? », maintenant je ne rêve plus. »
8-Cérémonies à la plaque de la rue Raugraff et à la salle Raugraff

1- Bilans chiffrés des rafles de Nancy de mars 1943
Sur les189 arrêtés à Nancy entre les 2 et 9 mars 1943, 144 ont été déportés.

113 des 144 ont été déportés dans le transport du 20 avril de Compiègne à Mauthausen, dit le transport des « Lorrains ». 88 sur 144 sont rentrés de déportation( près de 62%).
Rafles du 2 mars 1943:

63 noms retrouvés sur 80 à 110 arrestations

58 déportés, 5 perdus de vue après Compiègne. 41 rentrés sur 58 (plus de 70%)

Rafles du 5 mars:

101 noms retrouvés sur 140 arrestations.

65 déportés, 46 perdus de vue après Compiègne. 33 rentrés sur 65 (près de 50%)

Arrestations individuelles:

25 noms retrouvés. 21 déportés, 4 perdus de vue. 14 rentrés sur 21(66%).

Parmi eux Georges Célarié évadé le 14/10/1944 du Loibl Pass.
2- Ce que sont devenus les criminels:
Fritz Sauckel né en 1884, nommé plénipotentiaire général pour l'emploi de la main d'œuvre en 1942 et organisateur des déportations de travailleurs des pays occupés vers l'Allemagne. Condamné à mort au cours du procès de Nuremberg pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité et pendu le 16 octobre 1946.
Pierre Laval, né en 1883, fusillé le 15 octobre 1945, inhumé dans une fosse commune au cimetière du Montparnasse à Paris.
3- Ce que sont devenus les jeunes nancéiens témoins des rafles
Lucien Geindre
Bernard Giry (19 ans) :

Etudiant en droit

Raflé le 2 mars

Mauthausen (camp central), le 22/04/1943

Wiener Neustadt (camp annexe de Mauthausen), le 08/08/1943

Schlier-Redl Zipf(camp annexe de Mauthausen), le 09/11/1943

Linz III (camp annexe de Mauthausen), le 08/06/1944

Libération, Linz III, le 05/05/1945 par l’Armée Américaine

Rapatriement en France : Longuyon(Meurthe et Moselle) le 20/05/1945
Pierre (dit René) Mangin (20 ans) :

Agent de bureau des contributions directes

Raflé le 2 mars

Mauthausen (camp central), le 22/04/1943

Wiener Neustadt (camp annexe de Mauthausen), le 30/10/1943

Camp Central de Mauthausen, le 08/11/1943

Schlier-Redl Zipf(camp annexe de Mauthausen), le 30/12/1943

Gusen (camp annexe de Mauthausen), le 26/03/1945

Mauthausen (camp central), le 28/04/1945

Libération, camp central, le 05/05/1945 par l’Armée Américaine

Rapatriement en France : Hôtel Lutétia (Paris) le 20/05/1945
Charles Pernot

Maraîcher

Raflé le 2 mars

Orianenburg-Sachsenhausen, le 01/05/1943

Camps annexes d’Orianenburg-Sachsenhausen : Staaken et Falkensee

Libération, le 28/04/1945 par l’Armée Rouge

Rapatriement en France : Dombasle(Meurthe et Moselle), le 04/06/1945
Pierre Thouvenin (23 ans) :

Ajusteur-électricien

Raflé le 2 mars

Mauthausen (camp central), le 22/04/1943

Wiener Neustadt (camp annexe de Mauthausen), le 08/08/1943

Schlier-Redl Zipf(camp annexe de Mauthausen), le 09/11/1943

Ebensee(camp annexe de Mauthausen), le 04/03/1944

Mauthausen (camp central), le 25/11/1944

Auschwitz, le 01/12/1944, évacué fin janvier 1945

Mauthausen (camp central), le 25/01/1945

Wien-Saurer(camp annexe de Mauthausen), le 24/02/1945, évacué en avril 1945

Steyr (camp annexe de Mauthausen), le 23/04/1945

Mauthausen (camp central), le 24/04/1945

Libération, camp central, le 05/05/1945 par l’Armée Américaine

Rapatriement en France : Hôtel Lutétia (Paris), le 19/05/1945

René Viard (16 ans) :

Magasinier

Raflé le 5 mars

Mauthausen (camp central), le 22/04/1943

Dachau, le 02/11/1943

Camps annexes de Dachau : Augsburg, Lauingen, Allach

Libération, Dachau, 29/04/1945 par l’Armée Américaine

Rapatriement en France : Mulhouse, le 28/05/1945
Rédaction : Patrice Lafaurie, janvier 2012.

Remerciements à Claude Favre, Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et aux survivants des rafles qui ont témoigné.

similaire:

Parcours au centre ville en 7 étapes iconParcours citoyen
«mieux habiter». Le parcours conduit aussi les élèves à découvrir les différentes actions et solutions pour améliorer la qualité...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconParcours : un amour légendaire à travers les âges : découvrir les...
«étapes» de la fiche matériel. Distribuer une étiquette à chaque apprenant si l’effectif de la classe le permet, sinon faire travailler...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconNotre voyage au Maroc du 1er Juin au 15 Juin 2011
«El Marrakech» : hôtel «usine» de Marmara, mais très bien situé au centre ville !

Parcours au centre ville en 7 étapes iconProgramme du colloque
«Centre Jeanne-d’Arc» (Orléans), du «Centre Charles-Péguy» (Orléans), du centre «Europe de l’Espérance» de Varsovie (Pologne) et...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconProgramme culturel lié mercredi 6 mai 2009 18h30 : concert au Centre...
«Centre Jeanne-d’Arc» (Orléans), du «Centre Charles-Péguy» (Orléans), de l’association «Amitié Charles Péguy» (Paris), du centre...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconEtude de documents : dimensions et objectifs de la politique de la ville à l’égard des zus
«contrat de ville» et des objectifs de la politique de la ville. (Source : ministère de la ville)

Parcours au centre ville en 7 étapes icon«C’est en plein cœur de la charmante ville d’Ath que ce restaurant...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconBlois, la forme d’une ville
«Blois, la forme d’une ville», fait écho à la citation d’un poème de Charles Baudelaire1, repris par Julien Gracq2 et titre d’une...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconBlois, la forme d’une ville
«Blois, la forme d’une ville», fait écho à la citation d’un poème de Charles Baudelaire1, repris par Julien Gracq2 et titre d’une...

Parcours au centre ville en 7 étapes iconRecherches sur les boulangeries de l’Italie romaine
«Le Vigneau», de la nécropole néolithique au village médiéval, «Archéologie en région centre» (La lgv tours-Bordeaux en Indre-et-Loire)...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com