Séance du 6 mars 2015 F. Menant De la dîme au dominium





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"Communication politique, solidarités  et pratiques de pouvoir en milieu populaire :

villes et campagnes, France et Italie, XIIe-XVe siècle"

séminaire de François Menant et Giuliano Milani

Ecole Normale Supérieure
Séance du 6 mars 2015
F. Menant
« De la dîme au dominium :
au cœur de l’économie ecclésiale et du système de domination
dans les campagnes»



Dossier doocumentaire : dîme et féodalité en Lombardie, XIe-XIIIe siècle




Présentation

La Lombardie d’après l’an mil est caractérisée par de puissants réseaux féodaux, presque entièrement bâtis sur des biens ecclésiastiques. Si nous connaissons bien les dîmes dans cette région à partir du XIe siècle, c’est principalement grâce à des documents qui concernent leur détention sous forme de fiefs par les vassaux et arrière-vassaux des évêchés et de quelques grands monastères.

Le corpus documentaire présenté ici est pour l’essentiel tiré des archives épiscopales de Crémone : la clientèle vassalique de l’évêque de Crémone était la plus nombreuse et la mieux dotée de Lombardie, et probablement de toute l’Italie du Nord, après celle de l’archevêque de Milan, et le hasard de la conservation documentaire nous a transmis un bel ensemble de textes qui permet en particulier d’analyser les concessions de dîmes et les modalités du prélèvement1. Des textes analogues provenant d’autres clientèles épiscopales, celle de Milan surtout, dont Hagen Keller a proposé une étude exemplaire il ya juste trente ans2, offrent également de bonnes vues sur le phénomène, et je ne manquerai pas d’y puiser. Rappelons aussi l’existence d’un document exceptionnel, l’inventaire des biens d’une plebs située en territoire véronais, aux marges orientales de la Lombardie, qui a permis à son découvreur, Andrea Castagnetti, d’apporter des compléments précieux aux informations dont nous disposions sur le revenu de la décimation3.

C’est cet ensemble de sources et de cadres historiographiques qui permet de présenter les rapports entre dîme et féodalité en Lombardie et d’esquisser leur importance à la fois institutionnelle, sociale et économique. En deux mots, la dîme est ici le prélèvement le plus général et le plus uniforme sur la production agricole. Son appropriation à grande échelle par des familles aristocratiques, vassales des évêchés et détentrices du pouvoir seigneurial, a permis la constitution d’un groupe social qui a dominé pendant de nombreuses générations les campagnes, mais aussi les villes –certes non sans contestations et partages du pouvoir. Le corpus documentaire permet de suivre ce phénomène capital pour l’histoire de la Lombardie depuis ses débuts vers l’an mil jusqu’à la fin du XIIIe siècle, et nous l’abandonnerons alors qu’il est encore bien vivant. L’histoire de l’appropriation laïque de la dîme, sous une forme féodale ou non, court en fait en Italie jusqu’à l’époque contemporaine : mon propos n’est pas de la suivre dans la longue durée, mais il faut savoir, pour apprécier toute l’importance du phénomène dont je décris la genèse, qu’il a duré près d’un millénaire.

Il sera cependant impossible d’isoler entièrement d’un contexte plus large le rapport entre dîme et féodalité, en dépit de la richesse qu’il présente : la dîme est normalement inféodée avec une plebs, une grande paroisse, et c’est autour de la plebs, non de la dîme, que se sont formés une institution, le capitaniaticum plebis, et un groupe social, les capitanei, qui sont au centre du propos lorsque l’on traite de la féodalisation de la dîme. Il faut donc sans cesse remettre dans cette perspective l’analyse des rapports entre dîme et féodalité. Il faut aussi rappeler qu’au-delà de quelques principes généraux –essentiellement l’obligation de verser la dîme et la réserve d’un quart de son produit à l’église locale-, les modalités de la décimation et de l’appropriation de son revenu relèvent de l’usage et des rapports de pouvoir –entre puissants et faibles, entre les puissants eux-mêmes, entre clercs et laïcs…- : les études de cas, même détaillées, que permettent de beaux gisements documentaires comme celui de Crémone ne peuvent donner lieu qu’à des extrapolations prudentes.

Documents

Les textes présentés ici proviennent des archives épiscopales de Crémone, et sont (sauf mention contraire) conservés en originaux et/ou en copies contemporaines des actes. A la suite de la dispersion des archives épiscopales, une partie du fonds a abouti à l’académie des sciences de l’URSS et a été publiée en deux volumes, en 1937 et 1954. J’utilise ici le premier de ces volumes : Acta Cremonae ss. X-XIII quae in Academia scientiarum URSS conservantur, éd. S. A. Anninskii, Moscou, 1937. D’autres textes proviennent des fragments de ce fonds qui ont abouti à Mantoue et à Halle ou sont restés à Crémone.
N. B. : Les passages mentionnant des dîmes sont soulignés

1-Le comte Arduin et son épouse renoncent en faveur de l’évêque de Crémone à leurs droits sur les dîmes des plebes de Fornovo, Arzago et Misano, et à la nomination des desservants de l’église du castrum de Brignano (14 juillet 1019).

Copie contemporaine, Crémone, Libreria Civica. Ed. : Le carte cremonesi dei secoli VIII-XII, éd. E. Falconi, I, Crémone, 1979, n° 134 p. 352 ; L. Astegiano, Codex Diplomaticus Cremonae, I, Turin, 1895, n° 29 p. 35.


…Tibi domno Landulfo episcopo sancte cremonensis ecclesie tuisque successoribus, Arduinus comes filius Giselberti comitis palacii et Vuilia filia Rodulfi comitis… promittimus et spondimus …ut a modo non abeamus licenciam …ullam subtraccionem vel minuacionem faciendum, nominative de decimis quae pertinent ad predictum episcopatum in plebibus Fornovo, Arciaco e Misiano. Ad plebem Fornovo pertinent decime de Briniano cum omnibus vicis sibi propinquis, id sunt … (16 toponymes) ; Arciaco vero et Misiano ad illas plebes pertinent… (8 toponymes). Etiam promittimus…ut non abeamus licenciam presbiteros ordinare in capella que est constructa infra castrum quod nominatur Briniano si tibi domno Landulfo episcopo tuisque successoribus qui pro tempore fuerint sacramentum fidelitatis non abuerint et capitulum archisprebiteri plebis Fornovi et capitulum tuum tuorumque successorum non custodierint... Baptisterium vero in eadem capella fore non dimittamus alio modo nisi si nos iugales… in pascali tempore in suprascripto castro abitaverimus de infantibus quattuor, et si pascali tempore in eodem castro non abitaverimus ministeriales nostris de infantibus duos…excepto pro subitanea morte…

2-Investiture au comte Arduin4 et à son épouse par l’évêque de Crémone, en libellum à cens, du beneficium autrefois tenu par Sigefred de Soresina, qui comprend de nombreux domaines avec leurs castra, leurs églises, leurs dîmes et autres droits (8 novembre 10365).


Acta Cremonae …, n° 7 p. 85. Voir les textes 6 et 7.

Placuit adque convenit inter dominus Hubaldus episcopus sancte cremonensis ecclesie, necnon et inter dominus Arduinus comes…et Imilda comitissa, … iugalibus…. Dedit …episcopus ad Arduini comes et Imilda et ad suorum filii vel abiatici usque diebus vite suorum, ad fictum censum reddendum libellario nomine, omnes castris, casis, capellis et massariciis6, destrinctis7 et teloneis seu decimis iuris ipsius episcopo, in locas et fundas [liste de douze villages] vel per alias singulas locas, nominative ipsis castris, casis [etc.] seu omnibus rebus quantiscumque Sihifredus, filius quondam Olrici de loco Surxino, in beneficium detinuerit da pars ipsius episcopo, …ea racione ut a modo ipsis iugalibus et suorum filiis vel abiaticis usque diebus suorum istis castris, casis seu capellis et omnibus rebus abeant et tenant in beneficio da pars ipsi episcopio tali ordine, sicut subter legitur.

Et si ipse Arduinus comes abuerit duos filios masculinos, unus de illis filiis, qualis voluerit, in vassallatico iam dicto episcopio permanere debet, omni tempore abeat in beneficio post decessum ipsorum iugalibus istis castris, casis, capellis adque omnibus rebus, quoad ut supra legitur. Et iurare debead fidelitatem ad salva fidelitate domini regis, qui pro tempore fuit [Suit la même règle pour les petits-fils du comte Arduin]. Le comte et son épouse, puis leurs fils et petits-fils, devront remettre chaque année à la cathédrale Sainte-Marie de Crémone, à la Saint-Martin, un fictum de 12 deniers milanais. Si l’évêque ou ses successeurs reprennent ce beneficium, ils devront leur verser une indemnité de 1200 livres et restituer le bénéfice. Si le comte et ses héritiers non adimplaverint (ne remplissent pas [leurs engagements]), l’évêque et ses successeurs pourront reprendre le bénéfice sans verser l’indemnité. Si l’évêque et ses successeurs cherchent à rompre ce libellum [en prétextant que les obligations n’ont pas été remplies], le comte et ses héritiers feront jurer un homme libre qu’ils ont bien rempli leurs obligations, et le libellum restera en vigueur. Unde duo libelli uno tinore scripti sunt anno… Actum loco Iovenalta8. Souscription de l’évêque, du comte, de cinq juges du sacré palais. Signum manus de quatre témoins et de la comtesse Imilda. Wilielmus, notarius et iudex sacri palatii, ibi fui et hunc libello scripsi.

3-Reconnaissance du droit de l’évêque de Crémone à contrôler le clergé d’une église castrale, qui perçoit la quarte de la dîme (1062).


Acta Cremonae …, n° 11 p. 91.

Le marquis Albert renonce à investir de la quarta portio de la dîme de la curtis de Solarolo, et à nommer (ordinandum) dans l’église du castrum des prêtres et clercs qui ne seraient pas soumis à l’évêque Hubaldus de Crémone (nisi tantummodo de episcopatum eidem domni Hubaldi episcopi ; autre traduction : qui ne relèveraient pas du diocèse de Crémone).

4- Contrat agraire comprenant une redevance du dixième en sus du loyer forfaitaire. 1069.


Lombardische Urkunden des elften Jahrhunderts aus der Sammlung Morbio auf des königlichen Universitätsbibliothek zu Halle, éd. A. Hortzschansky et M. Perlbach, Halle, 1890, n° 29 p. 62.

Arnulfus, évêque de Crémone, concède à deux frères un champ suburbain pour un loyer annuel en blé et decimam de omnem fructum, quod exinde annue Dominus dederit, le tout livrable au grenier de l’évêque en ville.

5-Confirmation (warentatio) d’un fief tenu de l’évêché de Crémone par une famille de seigneurs ruraux. 1196.


Acta Cremonae…, n° 84-85, p. 206.

Die quodam de mense augusti, in loco Fori Novi, in episcopio Cremone, presentibus infrascriptis testibus et coram domino Sychardo, cremonensi episcopo. Omnes Cararii, scilicet Rainerius, Loderengus, Origonus et Bergungonus de Maxano, confessi fuerunt et warentawerunt se esse vasallos istius domini episcopi et eius episcopii de infrascriptis omnibus rebus. In primis tota decima que tenetur pro eis in curte Caravazii, quam tenet Iohannes Carara de loco Creme, et totum feudum scutiferi, quos tenent Lazarus Gaulperge de eodem loco cum suis consortibus... [suit une liste de terres, assez modeste, tenues des Cararii par différentes personnes qui semblent être des paysans]. Tunc vero incontinenti iste dominus episcopus nomine episcopii sui haec omnia ista warentavit istis vasallis et Carariis vera esse. Ibi fuerunt pares curie istius domini episcopi, dominus Gufredus, comes de Curte Nova et dominus Teutaldus de Yxo, rogati testes, et archipresbiter de Mixano.

Ego Raimundus notarius… hanc cartam tradivi et scripsi.

6-Les comtes du comté de Bergame restituent à l’évêque de Crémone une partie du bénéfice qui avait été concédé au comte Arduin en 1036 (doc. 2). Il comprend le cataniaticum et la dîme de deux plebes (25 août 1196).


Original, Crémone, Bibl. Civica. Regeste : L. Astegiano, Codex Diplomaticus Cremonae, I, n° 585 p. 193.

…In presentia parium curiae domini Sycardi, episcopi cremonensis…, confessus fuit comes Ribaldus filius quondam comitis Rogerii de comitatu pergamensi, quod comites Arduinus, Airaldus, Ardicio, Albertus et Rogerius tenuerunt ab episcopio cremonensi in feudum… et modo ipsi tenent… cataniaticum plebis et plebatus S. Faustini de Scandolaria et decimariam ipsius plebatus, et cataniaticum et advocaciam plebis et plebatus S. Iacobi et decimariam, et medietatem pro indiviso tocius castri et loci et curtis de Mixano, et decimariam Vidalenghi, et castrum et locum seu curtem Vauxoli, et septem iugera prati in Tedholo in curte Suspiri, et feudum in Orscasale et in Montecolare et in Ianengo et in Crota et in Arzago et in Caxerato et in Farinate. L’évêque confirme et warentat cette déclaration.

…Le comte Ribaldus restitue (refutavit) alors à l’évêque tous les biens qui viennent d’être énumérés, avec les droits sur les vassalli et les coloni terrarum et sur tous les detentores vel possessores vel quasi possessores dictarum rerum, ainsi que tout ce que lui-même et lesdits comtes pouvaient tenir de l’évêché de Crémone dans le diocèse, per feudum vel precariam vel libellum. Il reçoit 23 livres -è

7-L’évêque de Crémone investit en fief Nicolas de Gadio du cataniaticum plebis et de la dîme de plebatus S. Iacobi (1196).


Acta Cremonae…, n° 87 p. 209. 

La plebs sancti Iacobi qui est concédée ici est un des villages qui composaient le bénéfice du comte Arduin en 1036 et ont été restitués en août 1196, ci-dessus doc. 6.

En présence de Ghirardus de Summo, Egidius de Oscasale, Martinus de Cella, Guizardus de Ribaldis, Grandeus de Alleo et Leonardus de Babbo, vassaux du seigneur Sicard, par la grâce de Dieu évêque de Crémone, comme le seigneur et les vassaux le confirmèrent. Ledit évêque investivit per feudum honorifice9 Nicholaum de Gadio de cataniatico plebis sancti Iacobi, in plebe scilicet et plebatu et decimis et iuris decimationis et vassallis, sive consistat in honore sive in personis seu rebus, detracta quidem quarta predicte decime, que quarta pertinet ad ipsam plebem ; preter similiter de sediminibus et clausis ipsius plebis salva tamen iusticia ecclesiarum. Et retinuit in se similiter iamfatus episcopus episcopii nomine liberam dispositionem et ordinationem in temporalibus et spiritualibus in plebe et capellis [ … ]. Et per hanc investituram dedit et cessit atque mandavit dictus dominus episcopus episcopii nomine isto Nicholao secundum ius feudi omnia iura omnesque acciones et rationes que ipsi domino episcopo nomine iamdicti episcopii competebant, tam in rem quam in personam, nomine vel occasione suprascripti catianatici, in plebe videlicet et plebatu, et nomine decime et iuris decimationis, et fecit ipsum Nicholaum secundum ius feudi procuratorem in rem suam de ipso feudo, et parabolam dedit intrandi in tenutam de ipso feudo…

Actum est hoc in camera episcopii cremonensis ista die feliciter. Signum pro manu memorati domini episcopi et comitis, qui hanc cartam scribi rogavit.

Ego Iohannes de Sancta Cruce, sacri palatii notarius, interfui et hanc cartam rogatus scripsi.

8-L’évêque de Crémone renouvelle l’investiture du fief des Sommi, dont le capitaneaticum curtis et plebis Altisvillarum et capitaneaticum plebis Calci. 1202.


Ed. G. Sommi Picenardi, La famiglia Sommi, memorie e documenti di storia cremonese, s. l., 1893, p. 9 ; regeste : L. Astegiano, Codex Diplomaticus Cremonae, I, n° 18 p. 203.

Sicard, évêque et comte de Crémone, investit six représentants des de Summo, nomine quoque aliorum de Summo, tamquam de suo feudo antiquo, de honoribus, decimis, decimariis, terris, plebibus, curtibus, portibus, castris, placitis, fodris, albergariis [etc.], spécialement de toto loco plebis Altisville sive plebis Cogolli ut olim nominata fuit, cum omni honore pertinente ad dictam plebem…et cum omni suo districtu et cum decimis omnibus veteribus et novis dicte plebis et terrae Sommi praeter quartam ; de decimis Parasachi [suit une dizaine de lieux dont les Sommi ont la dîme, dont plusieurs secteurs gagnés sur le Pô : insula, Padi Mortui …) ; les dîmes de plusieurs villages ; de capitaneatico curtis et plebis Altisvillarum10 ; de iuribus in plebatico Calci et de capitaneatico plebis Calci ; de decima quam tenent Falconeri ab Ardenghis in Summo […] Et generaliter de omnibus quae reperirentur fuisse de feudo eorum.

9-Restitution à l’évêque de Crémone d’un fief consistant en le tiers indivis d’un terroir de décimation, comprenant des novales, et investiture en fief à quatre vassaux d’un quart de ce tiers chacun (1224).


Acta Cremonae…, I, n° 141 p. 284. 

Crémone, palais épiscopal. Dominus Ugo, filius domini Egidii de Casali Morano, constituendo se possessorem pro domino Homobono, Dei gratia cremonensis episcopo, recipienti hec omnia nomine et vice sui episcopii, fecit finem et refutationem…ipsi domino, nominatim de tercia parte pro indiviso tocius decime et decimarie et iuris decimationis, detracta quarta terrarum omnium, iacentium infra hos confines, quam terciam partem fuit confessus se ab episcopio Cremone tenere honorifice in feudum. [Suit une liste de terres situées dans les secteurs de bonification au confluent du Pô et l’Oglio, parmi lesquelles plusieurs ronchi (terres de récente mise en culture), parfois opposés aux vetera de plus ancienne culture : ] Videlicet de omnibus ronchis Rubeorum et Lamixole et sortis11 de Lacu, et de omnibus veteribus de Bugnolanzono et de Troncaspina et de foris arzeno12 usque ad Calcinentam et usque ad Casalem Maurum… et de tota terra que iacet in Novaleta et valle de Bochetto, sicut currit dugale inter sortem de Uricis et vallem de Bocchettis usque ad saccam, et a bocca fossatelli usque ad fossatum altum. Et omnes iste terre appellantur Ronchi Veteres (etc.)… detracta quarta decime omnium terrarum Casalis Maioris et Sablonete13, que quarta pertinet ad ecclesias. Quma terciam partem pro indiviso dictarum terrarum fuit confessus dictus Ugo de Casali Morano se et pater eius Egidius tenere honorifice in feudum ab episcopio Cremone, secundum quod confitetur in quodam publico instrumento, ibi viso et lecto et ab Ambrosio de Vescovato notario facto. Quod totum prefatus dominus Homobonus, cremonensis episcopus, guarentavit, aut si que alie sunt ibi coherentie (formules de cession de tous les droits attachés à ce territoire de décimation). Ugo promet de défendre ces biens ab omni homine pro suo facto et omnium illorum de domo sua.

Postea vero his ritis peractis prefatus dominus episcopus nomine et vice sui episcopii investivit honorifice per feudum, presentia dictorum vassallorum et parium curie, dominum Osbertum de Dovara et dominum Conradum de Pomponesco et dominum Zanamum de Persico et Gandulfum Cartampellatam, quemlibet pro quarta parte pro indiviso de dicta tercia parte pro indiviso decime et decimarie (etc.). Ita quod ipsi et eorum heredes seu cui dederint secundum ius et usum feudi habeant et tenant eam… secundum ius et usum feudi… Ibique dicti Osbertus et Conradus fuerunt confessi, quod fecerunt sacramentum fidelitatis prefato domino episcopo et eius episcopio, prefato domino episcopo illud idem affirmante. Preterea isti Zananus et Gandulfus fecerunt ibi sacramentum fidelitatis.

Ego Bartholomaeus de Pescarolo, domini Henrici imperatoris notarius, interfui et rogatus hanc cartam scripsi.

10-Investitures et réinvestitures de dîmes par l’évêque de Crémone aux Dovara. Subinféodation d’une partie des dîmes par les Dovara (début du XIIIe siècle).


Originaux ou copies contemporaines, Archivio di Stato de Mantoue, Archivio Gonzaga. Ces titres de la famille Dovara sont passés aux Gonzague, seigneurs de Mantoue, à la fin du XIIIe siècle, lors du mariage de l’héritière de Buoso da Dovara, seigneur de Crémone, avec un Gonzague.

Regestes : L. Astegiano, Codex Diplomaticus Cremonae, 715-1334, I, n° 107-109 p. 214-215 et n. 1 p. 215.

10a-1210. Sicard, évêque et comte de Crémone, en présence de deux de ses vassaux (pares curie), investit en fief honorable (feudum honorifice) Guilielmus et Riboldus de Dovara, qui représentent aussi quatre autres fratries de Dovara, de tota decima et iure decimationis du territoire (plebatus) de la plebs de Litterarum Iohannis, et de quatre ensembles de terres, en réservant quartis ecclesiarum et earum decimis et novalibus ainsi que les terres dont l’évêché perçoit coutumièrement la dîme (decimas habere consuevit) depuis 40 ans.

10b-Sans date, entre 1185 et 1215. Trois groupes de Dovara (recoupant en partie ceux du document précédent : oncle et ses neveux et sans doute deux fois trois frères) reconnaissent (warentant) qu’ils tiennent en fief de Sicard, évêque de Crémone, decimam plebis et plebatus S. Andreae de ultra Pado et Litterarum Iohannis, sauf la quarte des églises, et qu’ils ont juré fidélité à l’évêque. Celui-ci confirme cette investiture, réservant la quarte des églises, la dîme des terres épiscopales, et celle qui est perçue par les gastaldiones de l’évêché dans le plebatus S. Andreae.

10c-Sans date, même époque. Cinq de Dovara (déjà mentionnés dans les deux documents précédents) investissent per rectum feudum Egidius et Anzelerius de Dothonibus de tota decima locorum et laborationum Insulae Ripae Olii, de decima et iure decimationis loci de Insula Ripae Olii, et terrarum eius citra Oleum, et de decima loci de Montexellis de Insula, excepta decima quae fuit de Cremoxianis et illam quam tenent illi de Videxeto, de decima terrarum villae S. Ypolonarii, S. Laurencii Faroldi, Putei Baroncii, Moxonigholae quae sunt citra Casalocium, terrarum de Samsonis, et de medietate pro indiviso decimae de la Turre, et de decima de Lamo a sero parte viae quae per locum de Lamo apud ecclesiam veterem vadit ad domos de Sachis. Egidius et Anzelerius jurent fidélité, en réservant la fidélité à l’empereur et à leurs seigneurs antérieurs.

10d-Sans date, même époque. Deux autres de Dovara investissent le même Anzelerius de son fief ancestral (feudum avitum), constitué de trois parties (la quatrième étant la quarte des églises) des dîmes mentionnées au document précédent, plus celle de S. Salvatore de Turre. Anzelerius leur prête serment de fidélité.

11-Location à un propriétaire de la dîme de ses terres (1224).


Acta Cremonae …, n°143 p. 286.

L’évêque de Crémone investit pour 20 ans dominus Marchisius de Bonfantis de la dîme (decima, decimaria et iure decimationis) de toutes les terres que possède ledit Marchisius (quas habet et tenet et pro eo habetur et tenetur) dans un certain périmètre, pour un loyer (fictum) d’une livre de poivre par an. Le périmètre est délimité par des routes et des fossés, dans un secteur de la basse plaine du Pô.

1 Cette présentation reprend des éléments que j’ai exposés dans mon article « Dîme et féodalité en Lombardie, Xe-XIIIe siècle », dans La dîme dans l’Europe médiévale et moderne, éd. R. Viader (Actes des trentièmes journées internationales d’histoire de l’abbaye de Flaran, 3-4 octobre 2008), Toulouse, 2010, p. 101-126. Exposés moins systématiques dans F. Menant, Campagnes lombardes du Moyen Age. L'économie et la société rurales dans la région de Bergame, de Crémone et de Brescia du Xe au XIIIe siècle, Rome, 1993, en particulier p. 460, 732-735, 760-765, et dans ma contribution à Storia di Cremona, vol. 2 : Dall’alto Medioevo all’età comunale, dir. G. Andenna, Crémone, 2004, p. 106-197, 198-281, 282-363.

2 H. Keller, Adelsherrschaft und städtische Gesellschaft in Oberitalien (9.-12. Jahrhundert), Tübingen, 1979 (trad. ital. : Signori e vassalli nell’Italia delle città, Turin, 1995).

3 A. Castagnetti, La pieve rurale nell’Italia padana. Territorio, organizzazione patrimoniale e vicende della pieve veronese di S. Pietro di « Tillida » dall’alto Medioevo al secolo XIII, Rome, 1976.

4 Fils de son homonyme du doc. précédent. Ils sont à l’origine de la famille des Giselbertins, du nom de leur ancêtre éponyme père d’Arduinus, cité dans le doc. 1. Ils sont comtes de Bergame et comtes palatins (du palais royal de Pavie), mais en rapide mobilité descendante. Aux XIe-XIIIe s., ils ne résident plus à Bergame, et leurs possessions s’étendent désormais surtout dans le diocèse de Crémone, dont l’évêque leur a concédé les vastes fiefs que recensent les documents transcrits dans le dossier.

5 Le texte a longtemps été daté 1037. La rectification est due à J. Jarnut, Bergamo 598-1098, Bergame, 1980 (éd. allem., 1979), p. 100. Elle n’est pas anodine puisque l’investiture précède la loi sur les fiefs de Conrad II, en la préfigurant, au lieu de la suivre comme une de ses applications.

6 Massariciis : manses.

7 Districtis : les droits de justice.

8 Genivolta, un castrum où les évêques de Crémone résident souvent mais qui se trouve aux marges de la zone d’influence des Giselbertins.

9 Le feudum honorifice comprend l’honor, avec les droits seigneuriaux. La détention de ce type de fief définit la noblesse.

10 Cette indication semble reprendre, sous une autre forme, les droits sur la plebs d’Altavilla déjà cités précédemment.

11 Sors : manse, exploitation paysanne.

12 De foris arzeno : terres gagnées sur le fleuve, au-delà de la digue, arzenum (ital. argine), qui protège les terres des crues.

13 Casalmaggiore et Sabbioneta, deux gros bourgs, chefs-lieux de plebs.


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